Bienvenue à la N.H.K. ! – Chapitre 5

― Prends les lucioles, par exemple. Essaye d’imaginer leur beauté, l’éphémère beauté de leur vie, qui ne dure pas plus d’une semaine.

» Les femelles lucioles brillent dans l’unique but de s’accoupler avec les mâles ; et les mâles ne scintillent que pour s’accoupler avec les femelles. Et une fois l’accouplement terminé, ils meurent. En bref, l’instinct de reproduction est la seule et unique raison de vivre des lucioles. Dans ce monde élémentaire et avec cet unique instinct, il n’y a pas de place pour la tristesse. C’est précisément pour cette raison que les lucioles sont si belles. Ah ! Rien ne vaut les lucioles !

» Maintenant, considérons l’espèce humaine. On se retrouve alors face à une société d’une complexité extrême.

» Je crois que Freud avait déclaré quelque chose du genre « Les humains sont des créatures à l’instinct détraqué. » À chaque fois que j’ai affaire dans ma vie à la frustration, à la rage, ou à la tristesse, je ne peux m’empêcher de repenser à cette phrase.

» Des concepts contemporains tels que « l’amour » ou « le romantisme » ont forgé l’homme, cette créature à l’instinct détraqué, masquant sa nature originelle. Bien sûr, tout ça n’est que mensonge. Pour occulter la supercherie, l’humanité doit créer toujours plus de nouveaux concepts. C’est pour ça que le monde devient plus complexe tous les jours.

» Cependant, cette complexité ne saurait cacher les différentes contradictions nées de notre instinct détraqué. Irrémédiablement, ces contradictions donnent naissance à des antinomies fondamentales : mots et instinct, idées et le moi physique, raison et désir sexuel. Ces concepts opposés sont comme deux serpents qui se mordraient la queue l’un de l’autre. Les deux serpents se retrouvent constamment piégés dans leur lutte féroce pour la supériorité, alors ils tournoient encore et encore, nous causant ainsi toujours plus de douleurs.

» Tu comprends ? Est-ce que tu vois où je veux en venir ? Quoi ? Tu n’as rien compris du tout ? Bah, c’est pas grave.

» Ce que j’essaye de dire-

Je jetai mon oreiller sur Yamazaki.

― La ferme ! Va mourir !

Yamazaki, assis sur le kotatsu, se pencha vers l’arrière pour éviter l’oreiller et continua tranquillement son exposé.

― À cause de notre instinct détraqué, nous souffrons. Nous persévérons dans cette voie car notre instinct a été corrompu par la raison. Dans ce cas, que sommes-nous censés faire ? Devrions-nous abandonner le savoir ? Nous débarrasser de la raison ? Quoi qu’il arrive, cela nous est impossible. Pour le meilleur et pour le pire, nous avons mangé le fruit du savoir il y a bien, bien longtemps. C’était écrit dans la brochure religieuse « Éveillez-vous ! » que la bonne femme m’a donnée tout à l’heure.

― Quoi ?! Mais qu’est-ce qui t’a pris de me réveiller à deux heures du matin pour me sortir cet obscur charabia tout en te soûlant, et par-dessus tout, dans ma chambre ?

― Notre raison et notre instinct s’opposent mutuellement, mais nous ne pouvons nous débarrasser d’aucun des deux. Sachant cela, quelle est notre raison d’être ? Arriver à un consensus judicieux et commencer à essayer de flirter avec des filles ? Se marier et avoir des enfants ? C’est, en fin de compte, la voie conformiste. Cependant, j’ai découvert… que les femmes… ces choses ne sont pas humaines. Au contraire, elles sont, en fait, sûrement plus proches des monstres. J’ai réalisé la cruelle vérité il y a de cela un an environ. Alors que je travaillais dans une supérette pour payer mes frais de scolarité, toutes sortes de choses sont arrivées. Ce sont vraiment des souvenirs très durs, et je n’ai plus envie de me les remémorer.

Après avoir dit tout ça d’une traite, Yamazaki prit une seconde canette de bière dans mon frigo.

Avant que je ne puisse l’en empêcher, il l’ouvrit et la siffla en une gorgée.

Soudain, il cria :

― Les femmes, c’est de la merde ! Qu’elles aillent se faire voir !

Le visage de Yamazaki était rouge pourpre. Il semblait déjà complètement soûl. De toute façon, il tenait très mal l’alcool malgré qu’il en boive tout le temps. Je m’étais demandé à une époque s’il n’était peut-être pas un alcoolique en puissance ; puis, quelque temps après, il m’avait expliqué, « Ma famille à Hokkaïdo tient une fabrique de vin. J’en bois depuis le collège. T’en fais pas pour moi ― je vais parfaitement bien ! »

J’avais du mal à déterminer quelle partie de son corps allait bien. Une fois soûl, il était impossible d’arrêter les longues tirades de Yamazaki jusqu’à ce qu’il s’essouffle, et ce, même en lui criant dessus ou en l’ignorant. Je l’avais appris à mes dépens.

Je n’avais aucune idée de comment m’y prendre avec lui.

Puis, il sembla se dégonfler ; ses épaules retombèrent tout comme sa voix.

― Les femmes, c’est de la merde. Mais, il y a toujours des fois où j’ai envie de flirter avec. Je suis un humain, après tout, alors j’y peux rien… De toute façon, j’ai connu une autre terrible expérience. C’était avec la plus jolie fille de ma classe. Elle s’appelait Nanako. À mon école, où toutes les filles otaku du pays affluent, elle était la seule à avoir un visage plutôt bien. Et pas la peine que je te précise que je suis moi-même pas mal. Mon corps délicat et mon charme ont fait que les filles m’embêtaient en primaire ― mais maintenant par contre, je me suis rendu compte que mon apparence devait être un avantage.

» J’ai dit à Nanako « Sortons ensemble ! » Elle a répondu, « Désolée, Yamazaki, mais t’es un peu, tu sais… En plus de ça, je sors avec Kazuo. »

» Comment ça « tu sais » ? Je suis « un peu » quoi ? Et par Kazuo, tu veux parler de ce gros lard ? Je… Je me suis donné la peine de te déclarer ma flamme poliment, et c’est tout ce que tu trouves à dire ?!

Yamazaki agita ses deux bras dans tous les sens, en criant :

― Remets les pieds sur Terre, salope ! Ce que je veux dire, c’est que tu pourrais au moins me laisser tirer un coup avec toi ! Allez, fais pas ta mijaurée quoi !

Je ressentis un intense frisson de peur me parcourir. Il semblait que j’étais tombé sur une autre de ses facettes cachées. Comme s’il avait remarqué mon visage horrifié, Yamazaki se dépêcha d’arborer un faux sourire.

― Ha ! Ha ha ha ! Non, non, je plaisantais. C’était juste une blague ! Comment un mec comme moi aurait pu dire à une fille qu’il l’aime ? Les femmes de la vraie vie sont toutes des merdes, de toute façon. Depuis le collège où j’ai failli être violé par des amies de ma grande sœur, j’ai tiré un trait sur elles.

C’était une déclaration encore plus choquante que la précédente. Tout en tâchant d’apparaître calme, je continuais de fumer ma clope. Pendant ce temps, le volume de la voix de Yamazaki allait crescendo.

― Ou pas ! J’ai menti. Tout ce que je viens de te raconter, c’était du flan. Ha ha ha, je suis un peu bourré, hein ? Hein ? Qu’est-ce qui t’arrive, Satô ? Me regarde pas comme ça. C’est quoi cette expression qui mêle pitié, moquerie et peur ? Me… Me regarde pas. Me regarde pas comme ça !

Je n’avais pas du tout la moindre idée de ce que je devais faire.

Je crois qu’en gros, Yamazaki essayait de dire que les femmes rendaient fous les hommes.

― Les vraies femmes ne tournent pas rond. Être humain, ça signifie avoir cet instinct de faire l’amour avec des femmes. Notre raison rejette naturellement les femmes, mais notre instinct, quant à lui, n’aspire à rien d’autre que faire l’amour avec des femmes. Et donc, on a un problème.

Il semblerait que c’était la voie vers laquelle la discussion s’orientait.

Pourquoi tu me racontes tout ça ?! avais-je envie de lui crier. Néanmoins, comme un adulte le ferait, je pris sur moi.

En y repensant, il n’avait vraiment pas de bol, le pauvre. À cause de la nature pervertie de notre société moderne, son état mental était en plus devenu complètement détraqué.

Pauvre vieux.

― Non, je veux pas de ta pitié !

― Du calme. Hé, j’ai une idée ! Pourquoi ne pas aller dans un bordel ? Et comme ça, peut-être que ta confusion disparaîtra.

― Je viens pourtant de te l’expliquer, non ? J’en ai rien à cirer des vraies femmes !

― Tu parles de vraies femmes, mais t’en vois d’autres types, toi ?

À l’instant même où je lui demandai ça, il se tourna vers moi et sembla être sur le point de fondre en larmes. Puis, son visage arbora une expression de fierté.

Tout en souriant malicieusement, il dit :

― Elles sont toutes proches, pourtant ! Et tu ne l’as pas encore remarqué ? Satô, cette semaine, tu as dû toi aussi succomber à leur charme.

J’étais sans voix.

― Tu vois maintenant où je veux en venir, pas vrai, Satô ?

Je clignai des yeux.

― Qu’elles sont adorables, continua-t-il, ces filles qui vivent dans le monde en deux dimensions. Qu’elles sont merveilleuses, ces filles qui sont à l’intérieur de mon écran d’ordinateur.

Bon, étant donné son dialogue à rallonge, je me devais d’au moins lui concéder ce point.

― Ouais, d’accord, Yamazaki, les jeux érotiques sont une incroyable culture.

― Tant que tu comprends, c’est tout ce qui m’importe. Les eroges sont l’unique phare qui guide la raison humaine dans sa victoire sur l’instinct. Alors tant que nous les aurons, les vraies femmes ne nous seront plus d’aucune utilité. Les jeux érotiques représentent notre espoir. Alors, Satô, tu as fini le pitch pour le jeu ?

― P-pas encore… D’ailleurs, tu trouves pas que les jeux que tu m’as prêtés sont un peu tendancieux ?

― Comment ça ?

― Bah, tu sais… Les personnages dans ces jeux sont un peu trop jeunes ; genre, toutes les héroïnes ont toutes l’apparence de gamines de primaire…

― Ha ! Mais qu’est-ce que tu me baragouines là, Satô ? C’est pas ton genre. Pour commencer, les héroïnes d’eroges ne sont rien de plus que des personnages fictifs, dessinées en deux dimensions par ordinateur. Afin de représenter au mieux l’innocence, la pureté et la féminité, rien n’est plus approprié qu’une petite fille, non ? On se sent plus détendus avec le symbole de la petite fille. Et comme ce sont des personnages en 2D, elles n’ont aucune chance de causer des dommages à notre fragile état psychologique. Et cerise sur le gâteau, le thème devient celui du plus faible personnage possible socialement, physiquement et émotionnellement ― la petite fille. Grâce à cette sécurité à deux niveaux, nous n’avons plus à craindre de nous sentir blessés, et nous pouvons échapper à la peur de nous prendre un râteau. Pour ainsi dire, telle est l’essence du moe : idéale, jeune, féminité innocente. Tu comprends ? Tu comprends, hein ?

Je méditai sur ses paroles… Non, je n’y comprends rien !

J’étais sur le point de crier, mais Yamazaki avait déjà disparu de ma chambre.

Sur mon kotatsu, il avait laissé un cadeau : un CD.

Je repensai à tout ça sérieusement le lendemain matin. Il se serait avéré que Yamazaki s’était pris un râteau par une fille. Du coup, il s’était soûlé comme un cochon par désespoir et avait décidé « Qu’elles aillent se faire voir ― j’ai toujours mes jeux érotiques ! » Du moins, cela pouvait expliquer le pourquoi du comment.

Toutefois, si ça avait été là toute l’histoire, il ne se serait pas donné la peine de partager sa honte avec moi. Il n’était pas obligé de déclarer qu’il était un gros lolicon[1]. Il avait argumenté sa confession avec une théorie tirée par les cheveux ; mais au bout du compte, c’était toujours un lolicon qui aimait les jeux érotiques. Il était dangereux. Ou, tout du moins, Yamazaki était plus dangereux que je ne l’aurais jamais imaginé.

Quand j’insérai le CD qu’il m’avait laissé la nuit dernière dans le lecteur de mon ordinateur, je fus horrifié par son contenu. Ça craignait vraiment ; c’était vraiment trop dangereux. Le CD-R de 700 Mo était rempli d’images JPEG. C’étaient des photos ― des portraits de filles qui semblaient en fin d’école primaire. Pire, elles étaient nues. En bref, c’était des photos de nu.

Délibérément, je fermai les rideaux de ma chambre. Les récentes lois sur la pédopornographie rendaient ce CD beaucoup trop dangereux. Même innocent, je pouvais très bien terminer en prison, tout ça à cause de Yamazaki. Mais qu’est-ce qui avait bien pu lui passer par la tête ? Tu peux pas te contenter de quelques images dessinées, bon sang de bonsoir ! Je voulais l’engueuler, mais il était parti en cours.

Sur mon écran de quinze pouces, une fille nue souriait à pleines dents.

J’avais mal au cœur, et j’avais du mal à respirer. En tenant ma tête, je décidai en attendant d’explorer entièrement le CD. Au bout d’un moment, je tombai sur un fichier texte, que j’ouvris. C’était un message de Yamazaki.

« Alors, qu’est-ce que t’en penses, Satô ? Effrayant, j’imagine ? Souviens-toi, pour faire un jeu érotique de bonne qualité, il est nécessaire d’avoir des références issues du monde réel. Alors laisse ces images de la vraie vie envahir ton imagination. C’est l’album photo de Rika Nishimura. Elle est connue pour être le plus grand trésor du monde lolicon. Comme ce sont des images softs, t’as pas à t’en faire. Allez, on va faire un super jeu en utilisant le sourire de Rika ! »

Cet enfoiré ! J’en tremblais de rage. Pour commencer, quand est-ce que j’ai donné mon accord pour faire un jeu érotique pour pédophiles ? Oh, allez quoi, m’impose pas tes goûts douteux.

Hum… Ça m’était venu à l’esprit en y repensant bien ― peut-être qu’il était en train d’essayer de me convertir ?!

C’était peut-être différent à l’époque de Genji Hikari ; mais, de nos jours, la société considère les lolicons comme des détraqués qui doivent être éliminés. De ce fait, cela doit être extrêmement difficile de trouver d’autres personnes partageant le même centre d’intérêt. Et ce devait être la raison pour laquelle Yamazaki avait l’intention de faire de moi, son partenaire de création de jeux érotiques, un de ses complices lolicons.

Non, mes soupçons n’étaient rien de plus, pour faire simple, que de simples suppositions, et il était peut-être simplement en train d’essayer de faire un jeu érotique de bonne facture. Après tout, dans le milieu érotico-vidéo-ludique actuel, les jeux avec des petites filles comme héroïnes étaient monnaie courante. En fait, on pouvait même dire que ces personnages de type nymphette était le symbole même de cette forme de média malsain.

Maintenant que j’y pensais, il existait une autre appellation pour un jeu érotique, celle de « jeu bishôjo ». Pas un jeu de « belles femmes », mais un jeu de « belles filles ». Je pensais que le cœur du problème résidait autour de ce point précis.

Que va-t-il advenir du Japon, où ces jeux bishôjo représentaient une part de marché importante ? Faire semblant de réfléchir à ce noble problème social estompa de force mes inquiétudes. Puis, timidement, j’ouvris la collection de photo de Rika Nishimura sur mon PC.

Quelques secondes passèrent.

Je frémis… Rika Nishimura était en fait vraiment mignonne.

― N-Non, non ! Je me suis juste égaré l’espace d’un instant ! Dans mon sombre studio de trente mètres carrés, mon cri résonna dans le vide. Et Rika me faisait son sourire innocent, montrant ses côtes saillantes, et son corps infiniment souple.

J’avalai ma salive et cliquai sur la souris avec mes doigts tremblant. L’image suivante s’afficha sur l’écran. Oh, Rika…

C’est mal ! Je levai la tête et, avec toute la force de mon corps, la cognai contre le mur, ce qui produisit un énorme bruit sourd. Des larmes coulèrent de mes yeux. Ça faisait mal. Et pourtant, Rika continuait de sourire… Oh, Rika.

Non, non !

J’ouvris précipitamment Internet Explorer. Bon ! Le problème était simplement dû au fait que Rika elle-même était trop mignonne ; ça ne voulait pas dire que j’étais un pédophile ou quoi. Il se trouve que j’ai été ému par sa beauté, c’est tout, mais je suis toujours quelqu’un de normal. Pour le prouver, il me fallait trouver d’autres images de lolitas sur Internet. Il était au moins évident que d’autres filles que Rika ne m’exciteraient pas.

Cependant, du fait des nouvelles lois contre la pédopornographie, il était devenu bien plus difficile de trouver ce genre d’images sur Internet que je ne m’y attendais. Je tentais d’écumer la surface du net, mais tout ce que je trouvais était des sites frauduleux qui utilisaient des numéros de téléphone à l’étranger.

Mais il faudrait être fou pour douter de mes compétences de recherche sur Internet. J’étais un vétéran, avec quatre ans d’intense surf sur la toile. Pour trouver des données intéressantes, le meilleur moyen était de faire le tour des forums. Telle était la loi du monde virtuel. Je décidai de commencer par une recherche dans un moteur de recherche pour scanner toutes les images pornos des forums.

Quoi ? Plusieurs milliers de pages de résultats… Même après avoir affiné ma recherche, je me retrouvai toujours avec une centaine de résultats. C’était tout simplement beaucoup trop.

Pour le moment, je tentai d’ouvrir le premier lien. Instantanément, et à une vitesse terrifiante, un nombre incalculable de pop-ups s’ouvrirent sans crier gare.

― Bordel ! Un piège ! jurai-je.

C’était une de ces attaques d’ouverture de multiples pop-ups écrites en JavaScript, qu’on trouve souvent sur les sites payants. Malgré tout, je ne bronchai pas. Ok, j’ai compris ! C’est une tâche beaucoup trop difficile pour Internet Explorer.

Dans un cas comme celui-ci, il fallait passer à un navigateur à onglets. Les navigateurs à onglets : ces excellents navigateurs permettaient de voir de multiples pages en même temps, dans une seule et unique fenêtre. Je téléchargeai Donut, le navigateur très largement reconnu pour être le plus stable parmi les navigateurs à onglets, et l’ouvris immédiatement. Oh ! Ça rend la navigation si simple ! Parti comme c’était, j’allais trouver ce que je voulais en moins de deux.

J’ouvris autant de pages simultanées que mon PC pouvait le permettre et farfouillai chacune d’entre elles. Des images de lolitas, des images de lolitas… Dans de nouveaux onglets, j’ouvris tous les liens postés sur les forums, puis cliquai sur d’autres liens se trouvant sur les pages d’accueil, les vérifiant une à une de haut en bas. J’étais à la recherche d’un forum pornographique plus underground.

Te laisse pas avoir par les sites payants ! Fais gaffe aux fichiers .exe ! Supprime toutes les pubs à la con avec un logiciel anti-pop-up !

Les aiguilles de ma montre avançaient ; dehors, il faisait déjà nuit. La lumière bleutée de mon écran était la seule chose qui éclairait mon studio de trente mètres carrés. Les précieuses secondes qu’il me fallait pour aller allumer les lampes seraient du pur gaspillage de temps. Ma superbe et divine vitesse de frappe balaye l’Internet tout entier avec une intuition diabolique ! Gare à mes clics à la vitesse de la lumière !

Je suis une bête sauvage !

Je suis un loup !

Quand je suis redescendu sur Terre, une semaine s’était écoulée. Je me séparai de ma souris et de mon clavier pour la première fois depuis une douzaine d’heures, puis j’entrai dans ma salle de bain. Le reflet dans le miroir était celui d’une personne incroyablement dangereuse ― en clair, moi. La barbe de trois jours, les cheveux gras, le regard vide, la mâchoire en compote… bref, un hikikomori marginal et sans emploi que tout le monde éviterait, dont personne ne voudrait s’approcher… un sale, débraillé, puant, cauchemardesque…

Un pédophile se tenait là.

― Arg…

Je glissais doucement sur le sol de la salle de bain.

Comment est-ce que j’en étais arrivé là ?

Ce qui est fait, est fait. J’avais… J’avais téléchargé des images de nymphettes à travers le monde. Et je ne me satisfaisais plus des images. J’avais même commencé à collecter des vidéos, au format MPEG et RealMovie. Mon disque dur de 30 Go était plein à craquer de corps indécents de petites filles pour qui, en vérité, je ressentais de la pitié.

Je ne peux pas continuer comme ça. Non, c’est pas possible. Un hikikomori pédophile, c’est à peu près ce qu’il y a de pire au monde. Je ne suis plus humain. Je suis un monstre. Je ne peux plus continuer à vivre. Je ne pourrais plus jamais marcher à la lumière du soleil.

Certes, j’étais sûrement un hikikomori. Mais j’étais certain de ne pas être un pédophile. Mes goûts étaient assez classiques, et en fait, j’en avais même déjà pincé pour des femmes plus âgées que moi. Et malgré tout cela, maintenant…

« Ahhh… hunh hunh ! » Des sanglots insoutenables jaillirent, et mes larmes perlèrent sur le sol. C’était des larmes de rédemption. Oui, je reconnaissais mes erreurs, et je voulais maintenant me repentir. Je voulais changer. Mais il était déjà trop tard.

À l’instant même où j’avais commencé à murmurer à moi-même des choses du genre, « Trop mignonne, Nozomi », je savais que j’étais bon pour l’enfer. À l’instant même où j’avais commencé à marmonner des pensées comme, « Super, cette Kiyomi. Elle est peut-être qu’en 6ème, mais elle est géniale. », j’étais prêt à tomber en enfer. À l’instant même où j’avais commencé à opiner, « Waouh, elles sont hardcores, ces Russes, et les Américaines te font de ces trucs aussi », le sourire aux lèvres, je savais qu’il y avait cent pourcent de chance que je finisse en enfer.

Je suis désolé, oui, désolé, pardonnez-moi, je ne voulais vraiment pas le faire. Je ne pensais pas à mal. Depuis le début, c’était juste pour rigoler. Mais maintenant…

« Argh ! » Ça faisait mal. Je souffrais. Ma poitrine me faisait mal. Mon cœur cédait sous les remords. Je ne voulais pas être un pédophile ou quoi que ce soit du même genre. Mais maintenant, toutefois, j’étais un hikikomori pédophile de premier ordre, la pire espèce d’être humain qui ait jamais existée.

Non, écoutez-moi : vous faites erreur. Une grosse erreur ! Je ne vais pas m’enfermer avec une fille dans mon studio ! Je ne vais kidnapper personne ! Vous vous trompez. C’est pas moi qui ai commis ce crime ! Je vous en supplie, veuillez me croire ! J’vous le jure ! Me regardez pas comme ça ! Non, me regardez pas !

Mais… des cartables rouges. Et des flûtes à bec. Puis des filles innocentes qui jouent dans le parc. Gah !

« Tu veux jouer avec tonton ? »

« Je te donnerai un bonbon. »

« Soulève juste ta jupe. »

« Jouons au docteur. »

« Voilà ta piqure ! »

Je suis fichu, complètement fichu ! Je ferais mieux de mourir au plus vite. C’est quoi ce bruit ? La ferme…

― Satô ! T’es là, pas vrai ? Ouvre, s’il te plaît !

Quelque part au loin, quelqu’un m’appelait :

― Satô ! T’es vivant ? T’es mort ? Si t’es vivant, ouvre la porte, je t’en supplie !

Quelqu’un était en train de marteler la porte de mon appartement. Mais je n’avais plus la volonté de me montrer en public. Fichez-moi la paix…

― Quoi, t’es vraiment pas là ? Et moi qui voulais te prêter cette merveilleuse vidéo illégale.

Tout en me levant, j’essuyai mes larmes et ouvris la porte.

Après avoir écouté mon histoire, Yamazaki afficha un visage témoignant d’un gros dégoût.

― Tu t’es enfermé une semaine entière juste pour télécharger du porno ? Tu mérites même plus le statut d’être humain, là.

― Tout est de ta faute, d’abord.

― Certes, mais je crois que c’est dans ta nature, après tout. Pas vrai, Satô ?

― T-T-Tu ressens pas de remords pour m’avoir entraîné là-dedans ? Comment tu peux dire une chose pareille ?

― Je t’avais dit que c’était juste des modèles, non ? Écoute, Sato, t’es pas net comme type si t’as vraiment téléchargé trente gigas de porno. Je veux même plus m’approcher de toi. T’approche pas ― tu me fous les jetons !

― G-gr-grrrr !

Du fait d’une colère intense, je voyais littéralement rouge. Mes deux poings tremblaient.

― B-Bon, pour changer de sujet, parlons plus sérieusement de notre plan pour la réalisation du jeu. Je vais te prêter cette cassette, ok ?

Je lui arrachai la cassette des mains et la cassai en deux avec mon genou.

― Qu-qu-qu’est-ce que tu…? bégaya Yamazaki.

À ce moment-là, j’aperçus mon unique échappatoire au monde lolicon.

Je regardai Yamazaki droit dans les yeux.

― Yamazaki.

― Quoi ? Rembourse-moi pour la cassette.

― Les médias lolicons, c’est pas humain ; c’est atroce.

Il était silencieux.

― Échappons-nous, oui, échappons-nous ensemble ! Si on ne s’enfuit pas maintenant, on sera des lolicons jusqu’à la fin de nos jours ! Allez, vite !

Je pris vigoureusement la main de Yamazaki et l’entraînai hors de mon appartement.

Après une halte chez Yamazaki pour récupérer son appareil photo numérique, nous ressortîmes, en marchant rapidement à travers la ville.

C’était un après-midi de début mai. Il faisait chaud en ville, mais il y avait peu de monde dehors.

― Où est-ce qu’on va ?

Sans répondre, je continuai à avancer tout droit.

Sur le chemin, je m’arrêtai dans une supérette pour acheter un appareil photo jetable, que je donnai à Yamazaki. Puis, je continuai à me diriger vers ma destination, tout en traînant Yamazaki derrière moi.

Il était trois heures de l’après-midi. Le meilleur moment possible.

― Un appareil numérique et un jetable ? Qu’est-ce que tu veux que je fasse avec ça ? demanda Yamazaki, essoufflé.

Une fois ma destination atteinte, je lui répondis :

― Prends une photo de moi.

― Pourquoi ?

― Bah, tu sais où on est, non ?

― Hm. On dirait le portail d’une école primaire.

― Exactement, l’école primaire d’Ikuta, une école publique qui accueille près de cinq cents enfants. Et je vais me cacher dans les buissons devant la porte. Yamazaki, cache-toi, toi aussi. Vite !

― Hein ?

― La fin des cours va bientôt être sonnée. Quand ça arrivera, les enfants vont sortir par ce portail.

― Certes, mais encore ?

― Je vais prendre des photos.

― D-de quoi ?

― Des gamines de primaire.

Il se tut.

― Je vais prendre des super photos de jolies petites fifilles, en utilisant ton appareil photo dernier cri.

Silence.

― Tu comprends, Yamazaki ? Je suis sur le point de prendre quelques photos en catimini. Je vais me cacher et prendre en photo des petites filles. Je risque même « d’accidentellement » prendre des photos de leurs culottes. Mais c’est pas grave. Si on reste cachés dans ces buissons, personne ne nous trouvera. Je vais prendre en photo ces primaires. Je prendrai autant de photos que possible ― enfin, seulement de la plus jolie fille, bien sûr.

La sonnerie retentit. En l’espace de quelques minutes, des enfants allaient traverser ce portail.

― Yamazaki, tu vas me prendre en photo avec cet appareil jetable. Prends autant de photos que tu peux de ce sale type que je suis, ce sale pédophile, tandis que je prendrai des photos des petites de primaire ! T’as compris ? C’est par cette seule et unique voie que nous pourrons échapper à notre mal de lolicons ! Tu vois où je veux en venir, pas vrai ? T’as compris ? C’est une image dégoûtante. Et pourtant, dans le même temps, c’est aussi nous qui apparaissons dessus. Il faut que tu graves cette dégoûtante, pathétique et perverse facette de nous sur cette pellicule. On la développera ensemble et on regardera objectivement notre laideur, notre bassesse et notre abjection. Et comme ça, on pourra guérir de notre mal de lolicons et redevenir normaux.

Les voix des petites filles résonnaient depuis l’entrée de la cage d’escalier. J’étais prêt à dégainer mon appareil. Juste encore un peu…

― Prêt, Yamazaki ?! Je vais bientôt prendre des photos. D’un instant à l’autre, les premières petites filles arriveront. Je vais les prendre en photo à leur insu ! Et alors, tu immortaliseras ce moment ! Compris ? Si tu comprends, réponds-moi, Yamazaki.

» Oh, la première est magnifique ! Dans sa robe blanche, ses collants noirs, et ses bottes marron foncé, elle déchire ! Moe, moe ! Tu m’écoutes, Yamazaki ?! Je suis en train de presser le déclencheur ! Maintenant, à ton tour d’en faire de même. Utilise pas le flash par contre ― sinon, ils sauront qu’on est là, et ils appelleront immédiatement la police.

» Ah, quel frisson, j’en ai le sang qui bout et la chair de poule. Que c’est excitant ! Mon cœur bat à tout rompre ! De nos jours, les filles de primaire sont trop mignonnes. Je suis en train de presser le déclencheur là ! Clic ! Clic ! Superbe photo !

» Baptisons cette sublime petite là-bas ― elle a l’air d’être en CM2 ― appelons-la Sakura, pour l’instant. À la seconde où Sakura s’est retournée pour aller à la rencontre de ses amis, je ne pouvais pas laisser ce parfait angle en diagonale à quarante-cinq degrés me filer entre les doigts ! Hé hé hé, tu m’écoutes, Yamazaki ? T’es bien en train de me prendre en photo, Yamazaki ? Capture jusqu’aux moindres détails ma facette hideuse de lolicon, ou je resterai à jamais ce pervers sans nom.

» Waouh ! Encore et toujours plus d’enfants sortent du bâtiment. Regarde-moi ces jolies fillettes qui respirent la joie de vivre. Je vais les prendre en photo, oui, je vais les prendre en photo encore et encore ! Souffle, brise du printemps ! Lève-toi, vent soudain ! Et soulève leurs jupes !

» T’es toujours là, Yamazaki ? Je suis en train de regarder à travers l’objectif de l’appareil photo, alors je peux pas voir si t’es là ou pas. Tu te tiens bien en diagonale derrière moi, pas vrai, Yamazaki ? Fais bien en sorte d’immortaliser ma répugnance. T’as compris, pas vrai ? Allez, quoi, Yamazaki, tu m’écoutes, oui ? Allez, dis quelque chose ! Je suis en train de faire de mon mieux pour prendre des photos des culottes de ces petites. Tu devrais partager mon enthousiasme et faire de ton mieux, toi aussi. Tu m’écoutes ou quoi ? Hé, je t’ai dit de dire quelque chose ! Oh et puis zut. On est en train de commettre un crime, après tout. Si t’as trop peur pour parler, quoi de plus normal ? T’as une petite voix de toute façon.

» Hé, tu sais quoi ? Prendre des photos en cachette, c’est marrant. Et moi, je suis moche là… Hum, ça me rappelle, j’ai jamais voulu devenir ce genre de salopard. Quand j’étais petit, je rêvais d’entrer à l’université de Tokyo et de devenir un grand scientifique. Je voulais inventer quelque chose qui serait utile à l’humanité. Et maintenant, me voilà un hikikomori lolicon ! Tu devrais pleurer. Ouais, c’est vrai. Allez, pleure ! Verse des larmes pour mon apparence répugnante !

» On voulait simplement se marrer tous les jours ; on voulait vivre une vie quotidienne normale, banale et vivifiante. Hélas, les vagues incompréhensiblement violentes du destin ont rendu ça impossible à atteindre ― alors pleure de désespoir ! On voulait vraiment être utiles à tout le monde, être respectés de tous, vivre en harmonie avec la société. Mais maintenant, nous sommes des hikikomoris lolicons ― alors pleure de désespoir ! Tu te dois de pleurer !

» Oh, je suis triste. Infiniment triste. Mais ces gamines de primaire sont trop mignonnes. Ça m’excite.

» Ah… Ooh… Mes larmes ne veulent plus s’arrêter. L’objectif se floute, alors j’ai du mal à voir. Mais je vais continuer à prendre des photos de ces petites ― alors, Yamazaki, il faut que tu continues à en faire de même de ton côté. C’est triste, mais faisons de notre mieux. On ne peut pas s’empêcher de pleurer, mais faisons tout ce qu’on peut. On va se donner du mal pour photographier ces petites de primaire !

» Hein ? Quoi ? Pourquoi tu me tapes sur l’épaule tout à coup ? Un problème ? Hé ho, arrête ça. Ça commence justement à devenir intéressant.

» Qu’est-ce que je disais ! Regarde celle-là, la petite aux cheveux courts qui portent des mi-bas. Elle est trop mimi ; j’ai envie de la ramener chez moi. La prendre sous le bras comme de la nourriture à emporter et la porter jusque chez moi. Hein ? Quel casse-pied. Je suis occupé là ! Allez, c’est quoi ton problème, Yamazaki ? Si tu me tapotes comme ça, l’image va être floue. Hé ho, tu me soûles sérieusement là. Qu’est-ce qui te prend tout à coup ?

― Satô ! Hé ho, Satô !

― Chut ! Moins fort, ou on va se faire choper !

― Qu’est-ce que tu fiches dans un endroit pareil, Satô ?

― Mais ça crève les yeux, non ? Cette fille aux cheveux courts…

― Cette fille ?

― Je prends des photos en ca-

À ce moment précis, mes yeux quittèrent le viseur. La main qui était posée sur mon épaule entra alors dans mon champ de vision. Ces doigts fins et souples ne pouvaient appartenir à un homme…

Je me retournai.

Misaki était là. Mon cœur commença à battre cinquante fois plus vite qu’en temps normal.

Il soufflait une douce brise.

Le temps s’arrêta.

Entretemps, Yamazaki avait quant à lui disparu, remplacé par Misaki.

Pire, Misaki arborait son costume religieux ― robe simple à manches longues et parasol blanc. Vêtue comme ça, elle était accroupie dans les buissons avec moi.

― T-T-T’es là depuis combien de temps ?

― Juste quelques secondes.

J’étais sur le point de lui demander ce qu’elle avait entendu de mes délires à voix haute, avant de me rétracter. Quoi qu’il en soit, c’était une situation de crise.

Un homme louche, appareil photo numérique autour du cou, se cachant dans les buissons près du portail d’une école primaire. N’importe qui l’aurait pris pour un pervers ― et à raison. J’étais à court de solutions. Gah ! Mère, père, je suis désolé. Ça ne m’a pas suffi d’abandonner la fac. Il fallait en plus qu’on me jette en prison pour crimes sexuels en plus de ça. J’ai vraiment échoué dans mon rôle de fils. Comment puis-je expier ce crime ?

J’étais déjà à court de temps. Misaki, qui n’arrêtait pas de me dévisager, allait bientôt commencer à crier. « Il y a un pervers ici ! Appelez la police, vite ! »

Non, non. Ça ne terminerait sans doute pas comme ça. Après tout, elle était habillée en religieuse. Et les religions avaient des règles strictes, du genre « Tu ne commettras point l’adultère. » Bien entendu, désirer sexuellement un enfant serait plus qu’inadmissible ― raison pour laquelle la rage de Dieu s’abat sur les pédophiles.

Exactement. Misaki allait sûrement me menacer de la façon suivante, « Le Seigneur connait tous tes pêchés ! » Elle continuerait par, « Car si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur et sait tout ! » me faisant frissonner de peur. Après m’avoir dit, « Car le salaire du pêché, c’est la mort ! », elle tenterait ensuite de me jeter dans les flammes de la colère divine !

Telle était la fin absolue. En regardant le ciel, je me préparais pour le moment où la punition divine s’abattrait sur moi. Et ainsi, ma vie prendra fin. Mon avenir serait scellé. D’une seconde à l’autre.

Le temps s’écoulait tandis que j’attendais, mais Misaki ne me dénonça pas. En me retournant vers elle, je pus constater qu’elle me fixait toujours du regard. Nos corps étaient cachés dans les buissons, et on se regardait l’un l’autre silencieusement.

Finalement, Misaki expliqua :

― J’ai juste aperçu Yamazaki, qui se cachait le visage derrière ses mains, en train de courir en direction de ton appartement. Je me demandais ce qui se passait ; alors j’ai voulu jeter un coup d’œil ici, et je t’ai vu, Satô, donc…

― Tu connais Yamazaki ?

― L’homme de l’appartement 202, c’est ça ? Il avait l’air vraiment content de recevoir « Éveillez-vous ! ». C’est assez rare.

― Ah bon ? Quel drôle de type.

― Je te dérange ? T’avais l’air très occupé, Satô.

― N-Non ! Pas du tout. Enfin, pas vraiment. Au fait, Misaki, qu’est-ce que tu faisais dans le coin ?

J’essayais de changer de sujet. Je commençais à croire que j’allais peut-être vraiment réussir à m’en sortir indemne.

― J’étais sur le point de rentrer chez moi après notre tournée religieuse. Tata Kazuko et moi étions juste en train de passer par là. J’ai laissé tata rentrer sans m’attendre quand je t’ai trouvé ici.

― Ah ouais ? Au fait, j’aime vraiment bien ton costume de religieuse. Le parasol te donne une aura très spirituelle.

Juste après que j’ai dit ça, Misaki baissa les yeux.

― C’est un déguisement.

Son visage vira au rouge pendant qu’elle disait ça.

― Hein ?

― Je déteste faire cette tournée de sollicitations religieuses, alors je ne sors jamais sans mon parasol. Comme ça, personne ne se souviendra de mon visage.

Sa raison me paraissait étrangement rassurante. Malgré tout, elle demeurait toujours mystérieuse. Je ne savais toujours pas qui elle était vraiment.

Mais c’était une bonne occasion de m’enfuir. Allez, mets les voiles et vite !

― Bon ben, je vais y aller moi.

Je me levai.

Misaki en fit de même, tout en fermant son parasol.

Puis, je commençai maladroitement à m’éloigner. J’avais atteint le trottoir derrière les buissons, je me dirigeai rapidement vers mon appartement.

― Satô ?

― Quoi ? demandai-je sans me retourner ni ralentir.

― Alors comme ça, tu es en fait un pédophile ?

C’était comme si mon cœur s’était arrêté de battre. Faisant mine de n’avoir rien entendu, j’avançai encore plus rapidement.

Misaki enchaîna :

― C’est pas grave si tu es un pédophile. En fait, c’est peut-être même encore mieux pour toi. Si tu dis être un hikikomori pédophile, ce serait le fin du fin. Tu serais tout en bas dans l’échelle de la société humaine après tout.

Je m’arrêtai et me retournai.

Misaki arborait son habituel sourire.

― Ouais. En y réfléchissant bien, c’est encore mieux un pédophile. Comme ça, je pense que tu es encore plus parfait pour mon projet.

Excitée, elle sautilla. Cela semblait, une fois encore, qu’elle en rajoutait.

Avec la voix la plus calme possible, je déclarai :

― Je n’ai pas la moindre idée de quoi tu parles. Quoi qu’il en soit, je ne suis pas un hikikomori pédophile, si tu veux tout savoir. Je suis un créateur ! Je prenais juste des photos pour m’en servir comme modèles.

― Hm…

― C’est la vérité.

― Bah, on se reverra. Et d’ici là, tâche de ne rien faire qui terminerait au 20 heures, d’accord ?

Sur ces mots, Misaki s’éloigna.

C’était un après-midi de mai.

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