Date a Live – Tome 3 Chapitre 4

« … Compris ? Tu vas rencontrer Tohka à 10 heures, puis direction l’aquarium situé à l’est de la ville de Tenguu. Puis, en plein milieu, tu vas trouver une excuse pour t’enfuir. Tu seras récupéré par le <Fraxinus> une fois à l’extérieur. Suite à quoi, tu vas retrouver Kurumi à 10h30 au guichet, puis, de retour sur la place devant la station de métro, tu rejoins Tobiichi Origami. Néanmoins, à ce stade, Tohka aura été laissé seule pendant 30 minutes, tu devras immédiatement rectifier la situation. C’est la même chose pour les autres filles, tu devras réduire l’intervalle de temps entre elle et effectuer des ajustements appropriés, tu ne peux pas les laisser seules trop longtemps. Nous surveillerons l’emploi du temps ici-même. Shidou, quoi que tu fasses, pour ne pas les blesser, tu devras les convaincre avec des mots chaleureux. Même si la priorité est de faire tomber amoureuse Kurumi pour qu’elle te laisse l’embrasser, tu ne dois pas non plus blesser les sentiments de Tohka, et ce serait fâcheux si Tobiichi Origami venait à l’apprendre. En clair… c’est ce que j’en dis. Shidou, tu as bien compris ? »

« … Je, je t’ai entendu. »

… Mais qu’il imprimât tout ça dans sa tête, c’était-là une chose totalement différente.

Shidou marmonna dans sa barbe, feignant une fausse toux comme pour dissimuler ce fait. Il répondit à la voix de Kotori à travers son communicateur.

Au final, Shidou fut incapable de rejeter l’invitation de Tohka et de Origami, ce qui engendra cette situation de triple rendez-vous.

A la base, le rendez-vous de Kurumi aurait dû être placé en tête des priorités, néanmoins s’il revenait sur sa promesse, l’état mental de Tohka se détériorerait de manière significative, avec pour risque le retour de ses pouvoirs Spirituels. Et, à cause d’un risque d’irruption au cœur des rendez-vous avec Tohka et Kurumi, Origami ne pouvait pas être laissée seule non plus.

Le résultat…c’était cet emploi du temps infernal.

« C’est inutile si tu ne fais qu’entendre, tu sais ? Enracine-le correctement dans ton esprit. »

« Uu… »

Aurait-on vu à travers lui ? De la sueur coula sur son visage.

« Haa… Eh bien, quoi qu’il en soit… Il faut tout simplement agir en fonction de la situation. Es-tu prêt ? »

« Aa, aaah… Probablement. »

Suite à ces mots, il regarda de plus près ses vêtements. Actuellement, Shidou revêtait une tenue simple qui consistait en un haut de couleur bleu marine et d’un pantalon beige.

Kotori avait lu que [L’évaluation que donnent les filles concernant la tenue vestimentaire des garçons était essentiellement négative]. C’était normal de voir des amateurs échouer parce qu’ils se concentraient trop sur tel ou tel point, en fait ça passait si les vêtements n’était pas de bonne qualité, du moment qu’ils étaient propres.

« Bon, il est presque l’heure… C’est parti pour notre bataille (de rendez-vous) ! »

« Oo, oh. »

En s’exclamant ainsi, Shidou prit une profonde inspiration comme s’il cherchait à éliminer sa nervosité.

A cet instant, Shidou se tenait face à la statue de chien à l’est de l’entrée de la station de métro Tenguu.

Même si elle avait un nom, en raison de sa similitude avec le chien loyal de la station de Shibuya, les résidents des environs l’appelaient Pachi avec à la fois du sarcasme et de l’affection[1].

Puisqu’elle se trouvait en face de la station de métro, à l’instar de Hachi, elle avait la même fonction en tant que lieu de rendez-vous. Autour de Shidou, on pouvait voir de nombreuses autres personnes.

A ce moment-là, une voix familière entra dans ses tympans, comme si elle s’extirpait de cette foule.

« Shidou ! »

En tournant la tête en direction de celle-ci, il put voir Tohka qui affichait un sourire plus brillant que le soleil.

Elle ne portait pas l’uniforme habituel d’école, mais une tenue composée d’un haut léger et d’un pantalon à la mode. C’était comme s’ils avaient été taillé sur mesure.

« C, c’est… »

Alors que Shidou fixait Tohka confus, la voix de Reine fut retransmise à travers le communicateur.

« … Aaah, comme on pouvait s’y attendre de la part de Tohka, elle est superbe, peu importe ce qu’elle porte. Eh bien, ne posons pas trop de questions. Pas mal, n’est-ce pas ? »

« Ou, ouais… »

Avait bêtement répondu Shidou. Pas mal était un euphémisme, elle était du niveau de l’excellence. Elle avait capté toute son attention en un instant.

« Shidou ? »

« Aa, aaah… Désolé. J’étais distrait… Nn, ça te va très bien. Tu es très mignonne, Tohka. »

« Qu… »

Face aux paroles de Shidou, le visage de Tohka devint rouge.

Elle secoua ses bras frénétiquement et se retourna.

« Très, très bien, allons-y ! Dépêchons-nous ! »

« Qu, qu’est-ce qui ne va pas, pourquoi cette précipitation… »

Mais, soudainement, Shidou se tut. C’était parce que Tohka, qui marchait devant lui, venait de s’arrêter d’un coup, en conséquence il se cogna contre elle.

« Tohka ? Qu’est-ce qui ne va pas ? »

« Mu, muu… »

Tohka regarda aux alentours avec des sourcils incurvés comme si elle était inquiète. Son visage portait encore des marques de rougeur.

« Shidou, en parlant de ça, où est-ce qu’on est supposé aller exactement… ? »

« Eh ? On ne va pas à l’aquarium ? »

Tohka afficha une expression inquiète, comme si elle n’en connaissait pas l’exacte localisation.

« Haha… Attends une seconde. »

Shidou sortit le billet de son portefeuille et jeta un œil au plan qui se trouvait à l’arrière de celui-ci.

« Voyons ça ? Tenguu Gojuusou… huh. Nn, bon bah, c’est tout à fait à l’opposé de nous. »

En disant ça, il désigna la direction opposée à celle qu’avait prise Tohka. Cette dernière se retourna immédiatement et suivit de près Shidou. Elle voulait plus ou moins que ce soit lui qui trace la route.

A cet instant précis.

« … ?! »

En remarquant un visage familier qui venait d’entrer dans son champ de vue, Shidou fronça des sourcils.

Il empêcha vigoureusement son corps de se retourner mais déplaça son regard sur sa gauche.

Sur la place, qui n’était séparée de lui que par une simple route, devant la fontaine, se trouvait Tobiichi Origami.

Dans une tenue qui consistait en un pull-over et une mini-jupe, un petit sac qui pendait à son épaule, elle maintenait une posture immobile. Une personne, qui n’en savait rien, aurait probablement pensé qu’elle était un mannequin taille réelle.

L’heure du rendez-vous avec Origami était à 11 heures. Il était actuellement 10h05. C’était résolument trop tôt.

« Nu ? Quelque chose ne va pas, Shidou ? »

« Non, rien, rien du tout ! Dépêchons-nous et avançons ! »

Ça n’aurait pas été une bonne chose de rester-là à regarder Origami. Shidou déplaça Tohka sur son flanc droit comme s’il tentait de la cacher, il tourna sa tête dans sa direction et commença à marcher.

« Ara, comme ça ! Ne pas laisser une fille marcher le long de la rue et ne pas la laisser hors de ton champ de vue…nn, même si c’est démodé, c’est aussi, contre toute attente, gratifiant, d’une certaine façon. »

« Vrai, vraiment… ? »

Shidou sourit amèrement alors qu’il répondit doucement à Kotori. Même si ce n’était pas là son intention… Eh bien, le résultat était tout de même pas mal.

Origami disparut enfin de son champ de vue, c’est à ce moment-là que Tohka, qui marchait à côté de lui, prit la parole :

« En parlant de ça, Shidou. »

« Nn ? Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Qu’est-ce que c’est exactement un aquarium ? »

« Quoi… Tohka, ne me dis pas que tu n’y as jamais été ? »

« Ne te méprends pas. Shidou, tu es le seul avec qui je sortirai… »

« … »

Qu’est-ce qui se passe, mon visage devient chaud… Habituellement, elle aurait répondu par un « Ne, ne te méprends pas ! On va simplement à l’aquarium, n’est-ce pas ?! » ou quelque chose comme ça.

Tout en s’éclaircissant la gorge comme s’il essayait de se calmer, Shidou s’exprima :

« Si nous parlons bien de l’aquarium… Eh bien, c’est simplement un endroit avec beaucoup de poissons. »

« Quoi !? »

Avec des yeux écarquillés, Tohka demanda :

« Shioyaki ? »

« Non, non, non. »

« Sautés ? »

« Puisque je te dis que tu te trompes ! »

« Ne me dis pas que c’est…acqua pazza[2]? »

« Haa… ? »

« Ha, ne me dis pas qu’ils sont cuits à la vapeur ? »

« Je ne parle pas de nourriture ! D’ailleurs, pourquoi es-tu si instruite sur ces méthodes de cuisine ?! »

Bien qu’il ne savait pas où elle avait acquis de telles connaissances, c’était à une ampleur si extrême. Shidou aurait probablement été impressionné par sa connaissance si ce n’était pas dans les arts culinaires.

« Muuu, je me trompe ? »

« Ouais. C’est un endroit pour y voir nager des créatures aquatiques. »

« Poisson… nager… ?! »

Tohka fronça des sourcils avec une expression de haute vigilance.

Maintenant qu’elle le mentionnait, Tohka n’avait probablement jamais vu de poissons en dehors des plats gastronomiques.

« Ah… Bon. Tu comprendras lorsque tu les verras. Allons-y. »

« Mu… muuu, vrai, vraiment. »

Shidou guida Tohka qui hocha de la tête et s’avança le long de la route.

Peu de temps après, ils arrivèrent tous deux à leur destination, le Tenguu Gojuusou. Achevée l’année dernière, c’était une galerie marchande hybride qui était considérée comme nouvelle. Diverses chambres d’hôtes, d’aires de jeux d’intérieur, de cinémas et un centre commercial à grande échelle étaient alignées côte à côte, c’était un petit centre commercial. Puisque c’était une nouvelle attraction, la côte de popularité était très élevée, on pouvait y voir un grand nombre de personnes fréquenter le quartier.

« Ah, là! C’est l’aquarium. »

« Shidou. »

A ce moment-là, Tohka prit soudainement la main de Shidou.

« … ?! Toh, Tohka ? Qu, ququququ’est-ce qu’il y a… ? »

« Mu, nous pourrions nous perdre avec tellement de gens partout. »

« Aaah… tu, tu as raison. »

Alors que Shidou tentait de contrôler ses battements cardiaques en accélération, il prit la main de Tohka en retour et ils s’avancèrent ensemble dans l’aquarium.

Tendant le billet au personnel, ils cheminèrent dans l’intérieur obscur de celui-ci.

Suite à cela.

« Qu… Qu’est-ce que c’est… ? »

En même temps que la main que tenait Shidou trembla, la voix de Tohka résonna dans l’aquarium.

Les touristes autour d’eux les regardèrent.

« To, Tohka. Nous devons rester silencieux, ici. »

« ! Uu, umu… Je suis désolée. Mais Shidou, c’est… incroyable. »

Tohka baissa doucement le volume de sa voix et leva son visage.

L’intérieur de l’aquarium était composé d’une couche de verre, des espèces de poissons de toutes tailles et formes y nageaient. L’échelle était si grande que même Shidou ne put s’empêcher de soupirer d’admiration. C’était tout naturel pour Tohka d’avoir été ébahie face à cette scène.

« Est, est-ce que ce sont tous des poissons… ? »

Demanda Tohka tout en marchant sans regarder devant elle.

« Aaah, exact. C’est magnifique, pas vrai ? »

« Uu, umu. C’est magnifique… »

Tout en prononçant ces mots, Tohka lâcha la main de Shidou, s’avança lentement et appuya fermement ses mains contre l’énorme mur de verre. Devant ses yeux, un vaste banc de petits poissons s’agitait.

Les yeux de Tohka s’ouvrirent en grand et suivirent fermement les mouvements de celui-ci. C’était, d’une certaine façon, mignon de la voir comme ça, Shidou ne put s’empêcher de sourire.

« Shi, Shidou, continuons et jetons un œil ! »

« Haha, d’accord, puis… »

Exactement à ce moment-là, le communicateur dans son oreille droite émit une alarme stridente, les épaules de Shidou furent involontairement secouées.

« Shidou, il est presque l’heure pour toi de retrouver Kurumi. Le <Fraxinus> va te récupérer, dépêche-toi et rends-toi dans une zone isolée. »

« … »

« Shidou, tu ne viens pas ? »

Probablement perplexe face à Shidou qui venait soudainement d’interrompre sa marche, Tohka pencha sa tête de manière confuse.

« Ah… A ce propos… »

Le regard de Shidou se perdit pendant quelques temps, suite à quoi il pencha son corps vers l’avant tout en se tenant le ventre.

« Ah, ça fait maaaaal… »

« ?! Qu, qu’est-ce qu’il y a, Shidou ?! »

« N, non. Mon ventre est un peu… Je vais aux toilettes, est-ce que tu peux m’attendre un moment ? »

« Qu… Est, est-ce que tu vas bien… ? Si, si ça fait vraiment mal alors Kotori pourrait… ! »

« Pas, pas besoin ! Ce n’est pas grave à ce point, donc ne t’inquiètes pas tellement ! D’accord ?! »

« Uu, umu… »

Même si Shidou le lui avait expliqué de la sorte, Tohka continuait de le regarder avec l’expression de la plus haute inquiétude. Un violent sentiment de culpabilité le frappa dans sa poitrine.

Mais, s’il continuait à se montrer indécis, Kurumi devrait attendre. Shidou se dirigea vers la sortie avec une sensation similaire à celle de quelqu’un abandonnant un chiot dans une boîte de carton.

« Je, je vais tenter de revenir aussitôt que possible, va voir les poissons avant tout ! »

« Uu, umu, compris. Si tu ne peux vraiment pas le supporter, tu devrais immédiatement contacter Kotori… !? »

« Ah, ouais… »

Shidou hocha de la tête et marcha en se tenant le ventre.

Après avoir franchi le coin du bâtiment, hors du champ de vue de Tohka, il se redressa et se mit à courir.

« Eh bien… Tu attendais vraiment… »

Lorsqu’il arriva en face du guichet de la station de métro, qui était toujours peint excessivement, Kurumi était déjà là.

Elle portait une robe et une longue jupe, qui semblait être d’une qualité suprême. Néanmoins, puisqu’ils étaient totalement noirs, ses vêtements avaient une allure funéraire.

« Non. Je viens juste d’arriver. »

Après que Kurumi eut prononcé ces mots, elle sourit légèrement. Shidou reprit son souffle et fit face à Kurumi, une fois de plus.

« Désolé… je suis légèrement en retard. »

« Ufufu, tu n’avais pas besoin de te presser, tu sais. »

« N, non, Bon… haha. »

Alors qu’il s’expliqua vaguement, Shidou sourit.

Bien qu’il puisse se déplacer à très grand vitesse grâce au <Fraxinus>, pour être transférer, il avait dû se rendre dans un lieu isolé sans aucun obstacle. Afin de se rendre de l’aquarium, qui avait un grand trafic humain, à l’entrée de la station de métro, il avait dû auparavant courir sur une longue distance.

« … Bon bah maintenant, l’évènement principal de la journée peut commencer. Fais du bon travail ! »

Venait de dire Kotori. Shidou tapota son oreillette pour indiquer son consentement.

La plus grande mission de la journée était d’embrasser Kurumi et de sceller ses pouvoirs d’Esprits.

En même temps qu’il reformulait cet objectif, les lèvres de Kurumi entrèrent dans son champ de vision, Shidou ne put s’empêcher de se gratter la joue.

En cet instant, elle fit une révérence.

« Je te suis très reconnaissante de m’avoir invitée aujourd’hui. Je suis très heureuse… Bon, où devrions-nous aller en premier ? »

« Nn… vraiment. »

En même temps que Shidou répondit de la sorte, dans son oreille droite la voix de Kotori dit : « Attends un moment. » Sur l’écran principal du <Fraxinus>, des choix multiples s’affichèrent.

① Faire du shopping amoureux dans un grand centre commercial.

② Aller voir un film romantique tous les deux.

③ Dans un magasin de lingerie, l’observer alors qu’elle se change.

« Tout le monde, choisissez ! »

En disant ça, l’écran miniature dans la paume de Kotori afficha immédiatement les résultats.

« Umu… »

En même temps que Kotori acquiesça, les voix des membres d’équipage se firent entendre depuis le pont inférieur.

« Nous devons choisir la ② ! A l’intérieur d’une pièce obscure, des mains se chevauchant involontairement ! Il n’y a pas d’autre choix que celui-là ! »

« Non, non, nous devons choisir la ① bien sûr ! Les filles préfèrent le shopping ! »

En effet, les deux choix étaient viables. Toutefois, Kotori se gratta la joue. La plus grande galerie marchande et le plus grand cinéma les plus proches d’eux… c’était dans le Tenguu Gojuusou, là où justement se trouvait Tohka. Même s’il était peu probable qu’elles tombent l’une l’autre, il n’y avait pas besoin d’accroître des facteurs incertains.

Donc avec tout ça, la seule option était…

« Quant à la ③, elle provoquerait évidemment du dégoût, n’est-ce pas… ? »

Conclut Kotori avec un ton de voix confus. Celle de Reine s’éleva d’en-dessous :

« … Non, aussi bien pour les nombres que pour la réaction d’hier, nous ne pouvons dire avec certitude qu’elle rejetterait l’idée. »

« Umu… »

Kotori fronça les sourcils et acquiesça. Même si le risque était élevé, ça valait le coup d’essayer, puis cela prouverait pleinement que Kurumi aime Shidou à un certain degré. C’était comme utiliser du papier de tournesol.

« Shidou, ce sera la ③. Apporte-la au magasin de lingerie de la station de métro. »

« Ooh, compris… Ce n’est pas vrai, haa… ?! »

La voix stupéfaite de Shidou résonna à travers l’émetteur.

« E, eeeh… Kurumi. Est-ce qu’il y a quelque chose que tu voudrais acheter… ou voir ? Pa, par exemple, des vêtements… ou quelque chose comme ça ? »

« Tu veux dire des vêtements occidentaux ? Aaah, je veux bien jeter un œil à ceux-ci. »

« Des, des vêtements occidentaux tu dis… Qu’en est-il de ceux que tu portes en-dessous… »

« En-dessous… ? »

A cet instant, elle saisit probablement ce qu’il voulait dire, les joues de Kurumi rougirent légèrement.

« N, non, c’est vraiment étrange, n’est-ce pas ? Très bien, eh bien, choisissons un… »

Le front de Shidou transpirait alors qu’il se préparait à partir, puis le bord de ses vêtements fut soudainement saisi avec vigueur.

« Eh… ? »

Se retournant pour voir, les yeux de Kurumi fixaient Shidou.

« Est-ce que Shidou-san a… choisi ? »

« Eh ?! Aa… aa, aaah… »

Shidou, inquiet, acquiesça, Kurumi afficha un sourire timide.

« Fufu, eh bien… s’il te plait, choisis-en un de mignon, d’accord ? »

« Eh, ehhhh… Très bien. »

C’était lui qui l’avait invitée en premier, qui plus est, elle ne semblait pas détester ça. Shidou commença à avancer avec des mouvements raides comme un robot.

« C’est surprenant. Elle a vraiment accepté. »

« … Hey. »

C’était tes instructions initiales, pensa Shidou en tapotant doucement l’oreillette.

A cet instant précis, il regarda sur la place à l’opposé de la station de métro. En face de la fontaine, il pouvait voir le visage de Origami dont la position n’avait pas changé depuis les 30 dernières minutes.

Néanmoins, on ne pouvait complétement dire qu’il n’y avait pas de changement du tout. Probablement à cause de la vaste masse de personnes, un trio de garçons parlait à Origami en vue de la draguer.

Mais Origami ne bougeait pas d’un pouce. C’était comme si elle ne percevait pas leurs existences du tout.

L’un des membres du trio, probablement frustré d’être ignoré, agrippa l’épaules de Origami.

Origami employa des mouvements gracieux pour tordre le bras de l’homme et le mettre à terre.

Ce devait être douloureux, l’homme gémit avec des larmes aux yeux. Pour leur part, les compagnons du jeune homme était paralysés de peur. Les gens alentours qui avaient perçus l’agitation commencèrent à se rassembler autour d’eux. Finalement, même la police arriva et embarqua les jeunes hommes.

Origami revint, ensuite, à sa position d’origine, comme si rien ne s’était passé.

« … »

« Shidou-san, de quoi est-il question ? »

Demanda Kurumi, en pensant probablement que Shidou, qui s’était arrêté de marcher avec un visage dégoulinant de sueur, se comportait suspicieusement.

« Non… c’est, c’est rien. »

Shidou agissait comme s’il n’avait pas vu Origami, il entra dans l’immeuble derrière la station de métro.

Après quoi, ils se rendirent, par ascenseur, à la boutique de lingerie au troisième étage. Bien que Shidou soit venu dans cet immeuble de nombreuses fois, c’était la première fois qu’il se rendait dans une telle boutique.

Depuis l’entrée, de grandes quantités de lingerie féminine sexy étaient alignés. Bien sûr, que ce soit le personnel ou les clients, c’était toutes des femmes.

Lorsque Shidou entra dans le magasin, soudain, des regards curieux, provenant des gens autour de lui, le prirent pour cible. Même s’il se sentait rassuré avec Kurumi à ses côté, ce n’était pas un endroit qui le rendait heureux.

« Eh bien, comme c’est mignon ! Lequel est-ce que Shidou-san préfère ? »

Kurumi trouva immédiatement ses cibles, elle lui montra deux ensembles de sous-vêtements. Chacun d’eux était orné de dentelles exquises aux motifs mignons, Shidou rougit involontairement.

« Ou…Bien. Ensuite… »

« Shidou, attends un instant. »

Sur l’écran du point, une autre fenêtre de choix multiples s’afficha.

① Celui de droite. Le design séducteur aux dentelles noires est un fondement.

② Celui de gauche. Un design rafraichissant bleu clair.

③ « Je préfère un modèle qui dévoile un peu plus… » Tout en désignant la lingerie exposée derrière lui.

« Tout le monde, choisissez ! »

Faisant suite au cri de Kotori, le graphique de résultat se révéla peu après. Même s’il n’y avait qu’une différence de quelques millimètres, étonnamment, la ③ avait le plus de votes.

« Puisque nous sommes déjà là, nous devrions bien sûr prendre l’offensive ! Engourdir les sens de la cible dès le début, pour qu’après, lors du moment du baiser, la résistance soit moindre ! »

Les voix de l’équipage se firent entendre. Kotori gémit tout en soutenant son menton avec sa main.

« Eh bien, puisque l’IA nous a donné une troisième option, nous devrions l’essayer pour constater de sa valeur… Shidou, ce sera la ③. Choisis la lingerie derrière Kurumi. »

Conclut Kotori. Le Shidou à l’écran pointa son doigt derrière Kurumi.

« Eh, Eh bien… Même si les deux sont pas mal, je préfère celui-là… »

Suivant les instructions, il désigna quelque chose derrière Kurumi. A ce stade… soudainement, les joues de Shidou frémirent quelques fois.

Accroché-là, il y avait un objet extrêmement dangereux, un ensemble fait de matériaux qui étaient presque transparents.

« Est-ce que Shidou-san aime ce genre… ? »

« N, non, comment dire… »

Alors que Shidou était confus, Kurumi replaça la lingerie qu’elle avait en main à sa place d’origine et prit la lingerie sexy que Shidou avait désigné, non sans avoir hésité un moment.

« Non, Kurumi, tu n’as pas besoin de te forcer… »

« Non, puisque Shidou l’a choisi spécialement… Bien entendu, je dois l’essayer. S’il te plait, dis-moi s’il me va bien, d’accord… ? »

« Eh, c’est… oh, ouais… »

Shidou hocha de la tête alors que Kurumi entra dans la cabine d’essayage devant elle et tira le rideau.

Bien entendu, à cause de cela, Shidou se retrouva seul dans le magasin… Il avait l’impression que la réalité autour de lui était devenue bien plus grave.

« … »

Une atmosphère pesante enveloppa tout son corps. A cet instant, l’épaule de Shidou fut tapotée par quelqu’un.

« Nn… ? »

Se retournant avec surprise, un trio de filles se tenait devant lui. Même s’il se retrouva étourdi un moment, il se rappela immédiatement. Elles étaient, en effet, dans la classe de Shidou, le trio Ai-Mai-Mii.

« Ya… Ya… Itsuka-kun. Pourquoi es-tu dans ce genre d’endroit ? Un fétichisme de travestissement ? »

« En parlant de ça, tu n’étais pas supposé aller à l’aquarium avec Tohka-chan aujourd’hui ? »

« Eh ? Ne me dis pas que tu es revenu sur ta parole ? Tu veux mourir ? »

Ai, Mai et Mii parlèrent l’une après l’autre.

« Eh ? Ah, non… »

Involontairement, Shidou fut troublé. Même s’il était curieux de savoir comment le trio féminin était au courant de la promesse entre lui et Tohka… Ce n’était pas la question à l’instant-même. Si elles venaient à le trouver avec Kurumi, ça pourrait donner lieu à une situation très dangereuse dans le futur.

Remarquant probablement que Shidou agissait de façon anormale, les trois filles le regardèrent furieusement.

« Eh ? Attends, vraiment ? Je ne peux pas le croire. Est-ce que tu as rejeté l’invitation de Tohka-chan… ? »

« N, non, ce n’est pas ça ! J’allais justement y aller maintenant-même ! »

Shidou agitait sa tête paniqué, le trio y répondit avec des regards suspicieux.

« Vraiment ? Si tu nous mens, je ne te le pardonnerai pas. Mon père est un cadre dans une loge de magie noire. Il est possible de lancer une malédiction du genre ‘Tout contact avec une fille raccourcira ta vie d’une année’, tu sais ? »

« C’est vrai ! Laisser Tohka-chan pleurer n’est pas quelque chose qu’on peut facilement résoudre, pas vrai ? Ma mère est une Reine SM[3], elle peut te punir jusqu’à ce que tu lui dises merci en pleurant, tu sais ? »

« Si c’est vrai, je vais te faire disparaître. Mon oncle a un emploi outre-mer en tant que tueur à gage. J’utiliserai le ‘Tue quelqu’un contre un coupon’ que j’ai reçu à mon anniversaire, tu sais ? »

« Utiliser un reçu pour tuer quelqu’un ! D’ailleurs, qui d’autre as-tu tenté de tuer ?! »

Incapable d’arrêter de crier, Shidou soupira.

« Au, au moins, tant que tu ne rompras pas ta promesse envers Tohka, nous serons très soulagées… »

A cet instant, le rideau de la cabine d’essayage s’ouvrit.

« Tu les trouves comment… ? »

Les genoux de Kurumi se frottaient l’un l’autre comme si elle était embarrassée. En effet, elle portait de la lingerie trop révélatrice pour une lycéenne normale, elle couvrait à peine sa peau d’une blancheur de perle qui se retrouvait à nu.

« … Pas si vite, Itsuka-kun ? »

Soudain, il sentait comme si la température ambiante chuta.

« C’est, c’est, c’est… »

A ce moment-là… alors que Shidou allait donner une excuse, dans son oreille droite une alarme perçante retentit. Suite à quoi, la voix de Kotori se fit entendre.

« Shidou, c’est l’heure. Même si je voulais me concentrer plus sur Kurumi, si nous sommes en retard et si Origami vient nous chercher, ce sera fâcheux. Va auprès de Tobiichi. »

« Même si tu le dis de cette façon… »

« Très bien, très bien, dépêches-toi de partir… Ah, n’oublies pas de dire ‘Tu es mignonne’ à Kurumi, d’accord ? »

« …Com, compris. »

Tout en se réconciliant avec son for intérieur, Shidou dit, tout en se tenant le ventre :

« Ça fait maaaaal… Je suis désolé, Kurumi ! Mon estomac ne va pas très bien ! Je vais aux toilettes, du coup attends-moi un peu ! Et aussi… ces sous-vêtements te vont très bien ! Tu es très mignonne ! »

Shidou s’enfuit après avoir lancé une telle réplique. Derrière lui, le visage de Kurumi devint rouge.

Néanmoins, les trois personnes autour de lui poussaient des grognements terrifiants en direction de son dos.

« Minute reste-lààà ! Pourquoi est-ce que Tokisaki est ici ?! »

« Et ta relation avec elle est si intime que tu lui fais porter des sous-vêtements lubriques ? Est-ce que tu joues seulement avec Tohka-chan ?! »

« J’hésite vraiment à te poignarder ou alors te tirer dessus ! »

Shidou s’enfuit alors qu’il sentait bien qu’il allait se mettre à pleurer.

« Dé, désolé, Origami… Je suis légèrement en retard… ! »

Dit Shidou tout en haletant. Origami porta son regard sans expression sur lui et répondit :

« Il n’y a pas de problème. Je viens juste d’arriver également. »

J’en doute.

… Il dut utiliser une quantité considérable d’efforts pour s’empêcher de dire ça. Origami était là depuis une heure au moins, mais cela aurait été suspicieux que Shidou le sache.

« Eh, ehhh… Où allons-nous aller aujourd’hui ? »

« Film. »

Le visage de Shidou se contracta. Si nous parlons bien du plus proche cinéma depuis ici…

« He, hey Origami, où est le cinéma… ? »

« Tenguu Gojuusou. »

« … Donc c’est bien celui-là ! »

Shidou afficha un sourire maladroit et tapota légèrement son oreillette.

« Nnn… Ouais. Puisqu’il y a une possibilité d’entrer en contact avec Tohka, ce n’est pas très désirable. Demande pour un autre lieu et vois ce qu’il en est. »

« A, à propos, Origami, tu serais d’accord pour qu’on aille dans un autre lieu… »

Alors que Shidou allait poursuivre, Origami lui tendit un billet.

« Je te le donne déjà. Ne le perds pas. »

« … Oui. »

L’initiative tomba complétement à l’eau, le billet avait été déjà préparé, s’il le rejetait à nouveau cela paraîtrait anormal.

« Bon, il n’y pas d’autre choix alors. Puisque la zone est grande, ça devrait aller, les installations où nous allons sont différentes. »

« C, c’est vrai. »

Venait doucement de dire Shidou tout en regardant Origami.

« Bon eh bien, allons-y. »

Origami acquiesça. Tous les deux commencèrent à marcher.

Néanmoins, Origami étreignit tout à coup le coude de Shidou, le pressant de force contre son corps, il ne put faire autrement que de se figer.

« Qu, qu’est-ce que… Origami-san… ? Qu’est-ce que tu fais… ? »

« Juste joindre les bras. »

Une réponse simple et brève. Tout en se rendant compte qu’il valait mieux ne rien dire, il reprit sa marche non sans avoir le cœur qui battait la chamade.

Son bras, de temps en temps, lui transmettait la sensation de quelque chose de moelleux, ses yeux commencèrent à s’emballer.

Etrangement, ces sensations-là passaient extrêmement lentement. Il marcha le long de la route qu’il avait empruntée auparavant avec Tohka et ne se décontracta que lorsqu’il atteignit le Tenguu Gojuusou ; il paraissait avoir pris soudainement une année.

En se rendant vers leur destination, pour quelque raison, Origami commença à se diriger vers l’aquarium.

« … ! Hey, Origami… ! Ou, ououououou est-ce que tu es en train d’aller, le cinéma n’est pas supposé se trouver par là… ?! »

Il dit cela en attrapant soudainement le coude de Origami. Mais, cette dernière pointa silencieusement son doigt en direction de l’entrée.

« Ce n’est pas encore l’heure de la diffusion. Entrons et allons manger avant. »

« Eh ? »

Il regarda la direction que désignait Origami. A côté de l’aquarium, on pouvait voir un restaurant.

« Ah, aaah… Je vois, c’est bien celui-là ? »

Shidou, soulagé, engloutit.

Néanmoins, l’aquarium où se trouvait Tohka était juste sous son nez, si les choses se passaient de la sorte, ce serait mauvais pour sa santé mentale.

Il devait y avoir d’autres endroits où ils pouvaient aller manger. Alors que Shidou allait suggérer un changement de lieu… il fut à moitié traîné de force.

« H, hein… ? »

Alors que Shidou était perdu quant à quoi faire, il était déjà entré dans le restaurant.

Il semblait qu’une table avait été réservée à l’avance. Origami donna son nom et l’amena jusqu’à une place proche d’une fenêtre.

Il semblait même que la nourriture avait été ordonnée à l’avance, la serveuse les laissa après avoir confirmé leur commande pour les boissons.

« … »

« … »

Après quoi, pendant un certain temps, ils s’assirent face à face tous les deux, tout en gardant le silence.

« … Dis quelque chose bon sang, Shidou. »

« Aa… aaah… »

Il se gratta la joue et ouvrit sa bouche.

« Hey, Origami, pourquoi tu voulais sortir avec moi aujourd’hui… ? »

Lorsqu’il eut fini, Origami le fixa dans les yeux.

« Je ne vais pas te laisser seul aujourd’hui. »

« Eh… ? »

Les sourcils de Shidou se soudèrent ensemble. Mais Origami poursuivit sans y prêter attention.

« Après le rendez-vous, viens chez moi. »

« … ?! Pou, pourquoi… ? »

« Puis, je veux que tu y restes pendant un certain temps. »

« Eh… eeehhh ?! »

Shidou ne put s’empêcher de crier. Les clients autour d’eux semblaient choqués également, leurs yeux se tournèrent dans leur direction.

Mais, Shidou n’avait aucune pensée de libre pour y prêter attention.

« Co, cocococomment ça peut être, ce genre de… »

« Je suis sérieuse. »

« Eh, eeeeeeh… ? »

Les yeux de Shidou s’inondèrent, sans dire mot. Les yeux de Origami étaient réellement aussi sérieux que ses mots. Ce qui voulait dire que ce qu’elle venait de dire auparavant n’était absolument pas une blague.

A ce moment-là, les cieux lui prêtèrent réellement main-forte. La serveuse apporta la nourriture. Elle employa des mains expérimentées pour disposer les assiettes sur la table, expliqua les plats de façon simple et concise et les laissa après avoir posé l’addition sur la table.

« Pourquoi ne mangerions-nous pas avant, la nourriture va refroidir ! D’accord ?! »

Lorsque Shidou eut prononcé ces mots, Origami acquiesça avec un air d’entendement.

Bien que confus, il mit de la nourriture en bouche. Pour dire vrai, il ne pouvait guère goûter quoi que ce soit. Alors qu’il était sur le point de finir de manger, une alarme se fit entendre dans son oreille droite.

« Shidou, Tohka se sent très mal à l’aise actuellement. Retourne-y à l’instant. Ça ira puisque tu es préoccupé maintenant, pas vrai ? »

Il tapota l’oreillette pour approuver, puis il se leva.

« Nn, Origami ! Désolé, je dois aller aux toilettes un moment! »

Shidou prononça ces mots, puis il passa par les toilettes et quitta le restaurant.

Shidou montra le talon de son billet et entra, une fois de plus, à l’aquarium, il repéra ensuite la silhouette de Tohka près de l’entrée.

Ses sourcils formaient un ‘八’ à cause de son malaise, elle regardait autour d’elle comme si elle essayait de chercher quelqu’un.

Quant à qui cela pouvait être, il n’y avait aucun doute possible. Ça ne pouvait être que Shidou.

« Tohka ! »

Shidou s’approcha d’elle et l’appela. L’expression maussade de Tohka s’illumina immédiatement.

« Shidou ! Es, est-ce que tu vas bien… ? »

« Oh… oo, comment dire… »

En disant ça, Shidou tapota son ventre avec un son de * Pa !*. Tohka poussa un profond soupir comme si elle était soulagée… Sans savoir pourquoi, il sentit que sa conscience serait accablée par la culpabilité.

A ce moment précis, l’estomac de Tohka poussa un *Guruguruguru*… un bruit adorable.

« Nu… nuuu. »

Tohka, embarrassée, baissa la tête. Shidou sourit amèrement. Elle avait probablement faim.

C’était néanmoins compréhensible, après tout, il était déjà l’heure de déjeuner.

« Tohka, il semblerait qu’on puisse utiliser les talons des billets pour entrer dans l’aquarium à nouveau, est-ce que tu veux aller manger quelque chose ? »

« Mu… Umu ! C’est super ! »

Lorsque Shidou eut achevé sa phrase, Tohka hocha de la tête vigoureusement.

« Bon, eh bien, qu’est-ce qu’on fait ? Tohka, est-ce qu’il y a quelque chose de particulier que tu as envie de manger ? »

« Nn, qu’est-ce que tu as envie de manger, Shidou ? »

« Eh ? Moi ? Si tu me le demandes… »

Shidou se frotta l’estomac. Puisqu’il venait à peine de manger, il n’avait pas faim du tout.

Néanmoins lorsqu’il avait prononcé ces mots, Tohka avait révélé une expression de malaise, une fois de plus.

« Shidou… est, est-ce que ton ventre te fait toujours mal… ? Il semblerait qu’on doive en parler à Kotori… »

« Uu… »

Même s’il ne savait pas vraiment pourquoi, il sentait bien qu’il devait avoir encore un second round de repas.

« Dé, désolé, je t’ai fait attendre… ! »

Après avoir mangé avec Tohka, Shidou était revenu dans le bâtiment où se trouvait Kurumi, il frottait son ventre plein alors qu’il parlait.

« Non. À part ça, est-ce que tu vas bien ? »

Demanda Kurumi tout en paraissant inquiète.

Pour information, dans sa main, elle tenait un sachet du magasin de lingerie.

« Aaah… Comment dire… N, ne me dis pas que tu as acheté ces sous-vêtements… ? »

« Nn… C’est parce que Shidou-san m’a dit qu’ils m’allaient bien. »

« … »

Shidou se sentit gêné alors qu’il grattait sa joue.

Alors qu’il tentait de changer de sujet, il regarda les alentours… C’était étrange pour Shidou de regarder à l’intérieur d’un magasin de sous-vêtements pour femmes.

« … M, maintenant que tu le mentionnes, où sont passées les trois filles… ? »

« Après que Shidou-san soit allé aux toilettes, elles sont parties. »

« Vrai, vraiment… »

Shidou soupira. Au moins sa vie semblait avoir été épargnée.

« Ah, elles ont laissé un message pour toi. C’est… ‘Itsuka-kun, demain, prépare-toi à souffrir’. »

« … »

Il reprit ses mots. Demain, il était fichu.

A ce moment-là, Kurumi prit la parole tout en observant l’expression de Shidou :

« Je disais, Shidou-san… »

« Nn… ? Qu’est-ce qu’il y a ? »

Shidou secoua sa tête. Kurumi afficha un sourire innocent en prononçant une phrase qui le plongea dans le désespoir. « C’est bientôt l’heure de déjeuner, n’est-ce pas ? »

« Fu… ce Shidou-san. C’était supposé être un rendez-vous important, mais il semble affreusement occupé aujourd’hui. »

Assise sur un long banc dans le parc, Kurumi soupira légèrement.

Il était actuellement 15h30. Le nombre de fois où Shidou était parti aux toilettes s’élevait à trente.

Cela faisait cinq heures depuis le début du rendez-vous, mais le temps qu’ils avaient passé ensemble n’était seulement qu’un tiers de celui-ci.

« … Eh bien, c’est pas grave, je pense. »

Kurumi soutint son menton avec ses mains et se mit doucement à rire avec son habituel *Fufu*.

Après tout, ce n’était qu’un petit problème, une modalité, une question de temps. Car en fin de compte… Shidou sera sien, quoi qu’il arrive.

« Après tout, à la fin… Il sera quand même mien. »

Elle tapota légèrement sur sa joue avec son index et fredonna, sur un coup de tête, une chanson.

En fermant les yeux, le visage de Shidou s’imposa naturellement à son esprit.

Il était possible que ce sentiment fût ce que les humains appellent « amour ».

Pour le moment, elle se renseignait sur Shidou, qu’elle soit endormie ou debout, des questions le concernant apparaissaient dans son esprit.

Je veux en savoir plus sur lui.

Ses intérêts.

Ses pensées.

Son… goût.

« … Hehe. »

Le sourire de Kurumi s’intensifia, elle se leva et s’étira doucement.

Des fantasmes faisaient surface dans sa tête, son corps commença à devenir chaud, pour diverses raisons. C’est pourquoi, elle voulut boire quelque chose de froid.

Heureusement, il y avait un distributeur non loin. Puisque Shidou ne revenait pas depuis un certain temps, ça devrait aller si elle s’absentait seulement un instant. Kurumi marcha à travers le parc à petits pas.

… A ce moment-là.

« … ? »

Kurumi avait traversé le parc, elle avait atteint une ruelle paisible ainsi que le distributeur. Soudainement, ses sourcils se froncèrent.

Elle était de bonne humeur mais ses oreilles venaient d’entendre un bruit déplaisant.

« … »

Kurumi, sans rien dire, commença à marcher, elle s’arrêta dans une impasse à l’intérieur de la ruelle.

« … Ara ara. Qu’est-ce que vous faites donc ici ? »

Demanda-t-elle en ouvrant silencieusement ses yeux à moitié.

« … Hyi ? »

Les jeunes furent effrayés par la voix de Kurumi, ils se retournèrent.

Juste-là, il y avait quatre personnes. Ils avaient tous des pistolets… Mais, on était au Japon, il était plus que probable qu’il s’agissait de répliques… Ils faisaient face au fond de la ruelle.

Et, au plus profond de cette dernière, elle vit une ombre qui tremblait légèrement. C’était un chat. Un chaton qui venait de naître il n’y a pas si longtemps, il traînait ses pattes en criant *Mii…Miii…*.

A ce stade, Kurumi comprit. Ils étaient probablement en train de tester leurs répliques d’armes, c’était une façon simple de déstresser… Eh bien, il semblait qu’elle avait bien vu. Ses yeux rétrécirent.

« … C’est quoi le problème ? Est-ce que tu nous menaces ? »

« Hey, qu’est-ce que tu vas faire à propos de ça ? »

« Ah… Une fille ? »

Tout le monde remarqua la présence de Kurumi et la regardait de concert.

« Ah… Nous sommes vraiment désolés, cet endroit est déjà occupé. Va-t-en ! »

En disant cela, ils agitaient leurs mains comme s’ils essayaient de chasser Kurumi.

Néanmoins, elle entreprit un pas en avant et révéla un sourire plein de charme.

« Ara ara. S’il vous plait, ne dites pas ça ! J’ai quelques connaissances quant à l’utilisation de pistolets, vous savez ? Puis-je me joindre à vous ? »

« Aah… ? »

L’un des jeunes fixa Kurumi… et fronça ses sourcils.

Il semblait bien qu’il remarquât, enfin, qu’une rare beauté se tenait face à lui. Alors qu’il s’approcha de Kurumi, son visage afficha un regard intime.

« Ah… Qu’est-ce que… tu veux te joindre à nous ? »

« Nn. Absolument. »

« On ne peut pas refuser. Eh bien… »

« Ufufu, pas la peine de s’inquiéter… Cela dit, pourrions-nous changer légèrement les règles ? »

Les jeunes s’interrogèrent sur les paroles de Kurumi.

« Changer les règles ? Qu’est-ce que tu veux dire ? »

« Rien de compliqué… Il s’agit juste d’un petit changement de cible, vous savez ? »

Un sourire dangereux se dévoila sur le visage de Kurumi.

« Muuu… Où est-ce qu’il est parti Shidou… ? »

Tohka sourcilla tout en regardant à gauche et à droite.

Une masse de gens se mouvaient autour d’elle, mais il n’y avait aucune trace de Shidou.

Puisqu’elle s’inquiétait à propos de ses disparitions, elle avait essayé de le suivre, mais, une fois entré dans un bâtiment isolé, la silhouette de Shidou avait soudainement disparue.

En effet, bien que c’était-là un rendez-vous exceptionnel, Shidou n’arrêtait pas de disparaître. Du coup, ils n’avaient pas passé beaucoup de temps ensemble.

« Muuu… »

Tohka était mécontente et se sentit mal à l’aise peu de temps après.

Être avec Shidou la rendait heureuse. Le simple fait de marcher ensemble, côte à côte, et de parler ensemble lui faisait perdre sa perception du temps.

Néanmoins… Non, c’était justement à cause de ça… Une fois que Shidou était parti, cette sensation de solitude était devenue si forte en elle.

A cet instant… probablement parce qu’elle était plongée trop profondément dans ses pensées, Tohka heurta une personne qui marchait devant elle.

« Nuoooo… ! »

Elle tomba à la renverse. Puis, elle se releva tout en tapotant son derrière.

« Dé, désolée. Je marchais trop vite. »

« Ça ira. Je ne faisais pas assez attention. »

Tohka s’excusa auprès de cette personne qui utilisa un ton monocorde dans sa réponse… Elle ne savait pas pourquoi, mais c’était comme si cette voix lui était familière.

Elle jeta un œil et ses sourcils se levèrent sous le coup de la surprise… Devant elle se trouvait le visage qu’elle avait le moins envie de voir.

« Tobi… Tobiichi Origami ?! »

« … Yatogami Tohka. »

Probablement qu’en cet instant, Origami réalisa la même chose. En même temps que Tohka l’avait appelée, elle avait répondu avec une pointe d’agacement dans sa voix.

« Pourquoi tu es dans un lieu comme celui-ci ? »

« C’est, c’est ma question ! Qu’est-ce que tu fais ici ? »

« Je ne suis pas obligée de répondre à tes questions. »

« Quo… »

Alors qu’elle allait se défendre, Tohka changea d’idée, ce n’était pas le moment ou l’endroit pour se disputer avec Origami.

« … Bon, oublie ça. Je suis très occupée pour le moment. Je n’ai pas de temps à perdre avec toi. »

« Bien. Je suis occupée aussi. »

« Hmph. A faire quelque chose qui ne peut pas être vu par les autres… ? »

« Je dois trouver Shidou. »

« …Quoi ? »

Le nom qui venait de sortir de la bouche de Origami fit sourciller Tohka.

« Attends. Shidou est en rendez-vous avec moi, pourquoi est-ce que tu t’en mêles ? »

« Ça n’a pas de sens. Aujourd’hui Shidou est en rendez-vous avec moi. »

« Qu, quoi ?! Arrête de mentir ! »

« Je ne mens pas. Toi, de ton côté, tu devrais arrêter avec ces délires irréalistes. »

« Je, je ne délires pas ! Aujourd’hui, nous sommes allés à l’aquarium ensemble ! »

« De quel genre de Shidou es-tu en train de parler ? D’un chien ou d’une poupée ? »

« Je parle bien sûr du Shidou humain ! »

« … »

Aussitôt que Tohka finit de parler, Origami afficha l’expression de quelqu’un réfléchissant à un problème… Peu après, elle leva la tête légèrement comme si elle avait remarqué quelque chose.

« Ne me dis pas… »

Sur ces mots, elle s’en alla et laissa derrière elle, Tohka.

« A, arrête-toi là ! Finis ta phrase ! Qu’est-ce qui se passe exactement ? »

Tohka, de son côté, poursuivit Origami.

« Haa… haa, haa… »

Shidou, avec un corps légèrement corrodé par la fatigue, arriva finalement au long banc dans le parc où il avait laissé Kurumi.

Bien que la distance entre eux ne fût pas si grande, Shidou avait dû courir une bonne trentaine de fois, de-ci de-là, entre Tohka, Kurumi et Origami. Son corps avait finalement atteint ses limites.

A ce stade, Shidou essuya sa sueur à l’aide de sa manche et sourcilla.

« Hein… ? »

« Quel est le problème, Shidou ? »

« Gah… Kurumi n’est pas là. »

En effet, sur le long banc, la silhouette de Kurumi était absente.

« Eh ? Attends une minute. Equipe de surveillance, une idée de la localisation de Kurumi ? »

« Um, l’image a été interrompue. Il y a probablement quelque chose qui cloche avec les caméras… »

« … Pourquoi est-ce que c’est arrivé ? »

Soudainement, au moment où Kotori acheva sa phrase…

« Commandant ! Il y a un faible signal d’émission Spirituelle dans le coin… ! »

Tout à coup, une autre voix appartenant à un des membres de l’équipage se fit entendre dans le microphone.

« Où ? »

« Tout près, dans une ruelle à la sortie est du parc ! Ce signal est… il n’y a pas d’erreur possible, c’est Tokisaki Kurumi ! »

« … ?! »

Shidou leva la tête alors que ses épaules sursautèrent, il regarda dans la direction de la sortie est du parc.

« …Hmmm. Il semblerait que quelque chose s’est passé. Shidou, va y jeter un œil ! »

« Aa, aaah…. ! »

Ravalant ses paroles menaçantes dans son estomac, Shidou commença à se déplacer à travers le parc.

Suivant les instructions du <Fraxinus>, il passa à côté d’un distributeur et continua jusqu’à une ruelle voisine.

Et là…

« …Haa ? »

A l’instant où il arrive à destination, ses yeux s’écarquillèrent sous le coup de la stupéfaction et il resta là debout sans bouger le moindre muscle.

Ce qu’il voyait, c’était un accablant cramoisi.

Les murs et le sol gris étaient aspergés d’une grande quantité de cramoisi.

En même temps, trois sortes d’objets tordus flottaient tel de petits îlots.

Face à cette situation bizarre, Shidou était incapable de comprendre instantanément ce qui se passait.

Non, cela ne prit pas un moment, mais plusieurs moments, plusieurs innombrables secondes.

Lorsque l’hypothèse se forma dans son esprit, son cerveau commença à rejeter la situation qu’il venait de saisir.

C’était parce qu’il ne pouvait absolument pas la comprendre.

Dans une telle rue, en plein milieu d’une journée ordinaire comme celle-ci.

… Quelqu’un était mort.

« U…waaaaaaaaa ?! »

Bien après, la réalité eut finalement raison du rejet de son cerveau.

Shidou poussa un hurlement.

« Shidou ! Calme-toi, Shidou ! »

La voix de Kotori vibrait sans son tympan, mais elle n’avait absolument aucun impact.

Au moment où son cerveau prit conscience de la scène devant lui, la puanteur âcre autour de lui assaillit ses narines, il ressentit involontairement l’envie de vomir. En vue de résister à la remontée de son pesant repas, il porta sa main à sa bouche.

« … ! Uuu… ! »

« …Ara ? »

Sa vision se leva en réponse à cette voix. Au milieu de cette mer de sang cramoisie se tenait une fille vêtue de noir.

Kurumi, vêtue de sa tenue astrale noire et cramoisie, tourna sa tête en direction de Shidou et dit :

« … Shidou-san. Tu es déjà arrivé ? »

Dans sa main gauche, elle tenait, -sorti d’on ne sait où,- un pistolet antique à l’allure complexe.

En cet instant, Shidou réalisa autre chose.

A l’intérieur de la ruelle, un homme était agenouillé au sol et tremblait.

Un très jeune homme. Pour diverses raisons, sur son ventre étaient peints avec du sang trois cercles, comme s’il était une cible.

« Hyii…Hyii… »

L’homme poussa un petit soupir comme s’il était sur son lit de mort et porta son regard sur Shidou.

« Ai… Aide…moi ! … Cette personne est… un monstre… ! »

« Ara ara. »

Kurumi tourna son visage vers l’homme une fois de plus et le visa avec le pistolet qu’elle tenait en main.

« Kurumi… qu’est-ce que tu… ? »

Shidou s’exprima de manière confuse alors que Kurumi commença à ricaner.

Ce n’était pas l’habituel rire adorable. C’était un rire qui provoquait chez autrui un grincement de dent et du malheur.

« Tu avais l’intention de tuer quelqu’un, mais tu ne pensais pas que tu pourrais être tué en retour, tu ne trouves pas ça étrange ? Pointer le canon d’un pistolet sur une vie, n’est-ce pas ainsi ? »

« … Arrête… »

Alors que l’homme s’exprima sur un ton épuisé, Kurumi appuya la détente sans aucune hésitation.

Immédiatement, une balle noir comme si elle était faite d’ombre solidifiée sortit du canon, traça une trajectoire en ligne droite et perfora la cible dessinée sur l’estomac de l’homme en plein centre.

« Iguu… »

Le corps de l’homme tressaillit. Peu après, aucun bruit ne se fit plus entendre.

« 100 points, je dirais. »

Kurumi poussa un petit soupir et jeta le pistolet. Suite à quoi, ce dernier disparut dans l’ombre de cette dernière.

« Je t’ai fait attendre, Shidou-san. Je t’ai fait voir une scène si embarrassante. »

Kurumi tourna sa tête en direction de Shidou.

« …dou ! Shidou ! Cours ! Maintenant ! »

Shidou, à cet instant, prit enfin conscience des cris répétés de Kotori à travers le communicateur. A peine capable de tenir debout, il essaya de forcer ses jambes tremblantes à quitter le lieu.

Néanmoins…

« Ufufu, c’est… inutile, tu sais. »

« Uwa… ?! »

La voix de Kurumi s’éleva derrière lui, alors que ses jambes furent soudainement saisies et qu’il tomba dos au ciel. Puisque c’était trop soudain, sa tête heurta violemment le sol.

« … »

Ses yeux ne voyaient plus que des étoiles alors qu’une douleur sourde déforma involontairement ses traits, mais ce n’était pas le moment de prêter attention à ce genre de détails.

Il devait s’enfuir… Néanmoins, quelque chose semblait s’être accroché à sa jambe droite, il ne pouvait même plus bouger un muscle. Des mains blanches s’extirpaient de l’ombre de Kurumi et s’agrippaient violemment à la jambe de Shidou.

« Qu, qu’est-ce…que c’est… ? »

Shidou renversa son corps et essaya hâtivement de se débarrasser de ses entraves. Néanmoins, ses jambes était saisies avec une force inimaginable, il n’y avait aucune façon de leur échapper.

En même temps, Kurumi s’approcha lentement vers lui.

« Fufu, je t’ai attrapé. »

Tout en disant cela, elle afficha un petit sourire, s’accroupit et se rapprocha comme si elle voulait s’appuyer sur lui.

« … »

Son cœur était endolori comme si on venait de le lui arracher. Mais, ce n’était pas en raison de sa beauté et de actions audacieuses… C’était uniquement à cause de la peur.

En effet, actuellement, Shidou… était effrayé par Kurumi, effrayé par les Esprits.

La calamité qui détruit le monde. L’ennemi naturel des humains.

Des phrases qui avait été répétées un certain nombre de fois auparavant.

Des mots que Origami avait répétés jusqu’à provoquer des nausées.

Mais, ces premières expériences, accompagnées par l’odeur autour de lui, envahissaient son cerveau.

« …Aah, aah, quel échec ! J’aurais dû en finir avec eux plus tôt… Je pensais profiter de mon rendez-vous avec Shidou-san un peu plus longtemps. »

Kurumi saisit les joues de Shidou avec ses deux mains.

« … »

Je veux courir. Je veux crier.

Mais, c’était impossible. Ses jambes s’étaient contractées et sa gorge laissa échapper des soupirs irréguliers.

Kurumi se rapprocha de la joue de Shidou.

Au lieu de tenter de lui porter un baiser, elle essayait bien plus de lui mordre la gorge, pourrait-on dire…

« …Eh… ? »

A cet instant, exactement à ce moment-là, la gorge de Shidou émit finalement un son.

Au moment où les lèvres de Kurumi allaient entrer en contact avec celles de Shidou, une étrange sensation enveloppa son corps.

Une sensation qu’il n’avait jamais éprouvé auparavant. C’était comme si l’air autour de lui s’était changé en un fluide extrêmement visqueux, comme si cette sensation avait un esprit qui lui était propre, une bien étrange impression.

Ensuite.

« …Sss. »

Après cette courte exclamation, le corps de Kurumi fut projeté en arrière.

Ce corps mince heurta le mur de béton, mur où on vit apparaître de petites craquelures.

« Quo… »

Shidou ne pouvait pas comprendre ce qui se passait, il ouvrait grand ses yeux sous l’effet de la confusion. Que diable, à l’instant…

« … Est-ce que tu vas bien, Nii-sama ? »

Alors qu’il était en plein dans ses pensées, c’est une telle voix qui arriva à ses tympans.

« Haa… ? »

Shidou leva sa tête tout en émettant ce son stupide.

Sans savoir quand elle était arrivée, Mana, qui portait sa CR-Unit, se tenait-là, son dos face à Shidou comme si elle l’avait protégé. L’équipement sur ses épaules était à la fois semblables à des boucliers, mais également à des ailes. C’était le même genre que Shidou avait vu la veille sur la vidéo.

« Ma…na… »

La voix de Shidou était enrouée alors qu’il prononça ce nom. En même temps, Mana se tourna vers lui et acquiesça.

« C’était tout juste. Est-ce qu’il t’est arrivé quelque chose de grave ? »

« Aa, aaah… »

Stupéfait, il émit ce son. Probablement que Mana interpréta mal sa réaction, elle regarda sa tenue et se gratta l’arrière de la tête avec mécontentement.

« Aaah… tu es effrayé, n’est-ce pas ? Comment t’expliquer… ? C’est une longue histoire. »

A cet instant, des bruits de fragments de béton tombant au sol provinrent de devant elle.

« … Eh bien, nous reparlerons de tout ça plus tard. »

Alors qu’elle venait de finir sa phrase, Kurumi se releva lentement et elle ouvrit sa bouche pour dire :

« Ara, ara… Interrompre le rendez-vous entre Shidou-san et moi, n’est-ce pas complétement impoli de ta part ? »

« Tu es bruyante. Et toi alors, qui lorgne sur mon Nii-sama… ? »

« Mana-san et Shidou-san sont frères et sœurs ? »

« …Hmph, ça ne te concerne pas. »

Mana acheva sur ces mots et tourna sa tête. En réponse à ceux-ci, l’équipement sur ses épaules commença à se transformer sur les extrémités, les parties de devant se divisèrent en cinq, exactement comme une main humaine.

Ensuite, une lueur vert clair brilla aux extrémités de ces dix parties.

« Dépêchons-nous et finissons-en, <Nightmare>. »

Sur ces mots, Mana claqua des doigts. Les parties mécaniques sur ses épaules commencèrent à dégager de la lumière désordonnée qui frappa Kurumi.

C’était quelque chose qui ne dura qu’un seul instant. Néanmoins, Kurumi entortilla son corps et esquiva gracieusement les rayons de lumière.

« Ufufu, c’était périlleux. »

« …Tch. »

Mana avait fait doucement claquer sa langue et avait bougé légèrement ses doigts.

Suite à quoi, les rayons que Kurumi venait d’esquiver changèrent de trajectoire et revinrent vers elle.

« Gyu… »

Il semblait qu’elle ne fut pas capable de les esquiver cette fois. Ses deux jambes et son ventre furent transpercer par la lumière, Kurumi poussa un étrange cri de douleur et s’écroula sur place. De son corps, du sang cramoisi s’écoula lentement sur le sol.

« … »

Face à un spectacle si brutal, Shidou ne put rien faire d’autre que figer son expression.

« C’était sûrement chose facile…pour un monstre. »

Néanmoins, l’expression de Mana ne changea pas, elle leva lentement sa main droite. Ensuite, les parties, qui ressemblaient à des mains, se transformèrent encore pour prendre la forme d’un bouclier alors qu’une épée de lumière émergea de la pointe de ce dernier.

« … »

Shidou retint son souffle.

Il reconnut cette forme. Sur la vidéo, c’était l’épée que Mana avait utilisée pour tuer Kurumi.

« Ma…na… ! »

Shidou ne put s’empêcher de s’écrier de la sorte.

« Y’a-t-il un problème ? Je vais me débarrasser d’elle dans une seconde, attends un instant, s’il te plait. »

« Non… Ne le fais pas ! Tuer, c’est quelque chose de… ! »

S’exprima Shidou. Mana ouvrit grand les yeux comme si elle venait d’entendre quelque chose d’incroyable.

Néanmoins, elle referma rapidement ses paupières et secoua sa tête.

« … Ça veut dire que cette fille a utilisé une identité humaine pour s’infiltrer dans la classe de Nii-sama… Nii-sama, même si je ne peux pas t’expliquer les détails, c’est mieux que tu l’oublies. Elle n’est pas humaine. Elle est une forme d’existence qui ne doit pas être autorisée à vivre. »

En prononçant ces mots, elle commença à marcher vers Kurumi qui était toujours étendue au sol.

« … ! Ce n’est pas le problème ! Arrête ! Ne le fais pas… ! »

Supplia Shidou. Kurumi laissa échapper un bref soupir de sa bouche alors qu’elle s’exprima d’une voix faible.

« …Fu, fu… Vraiment, Shidou-san, tu es une personne vraiment gentille…huh… »

… L’épée de Mana s’abattit sur elle.

*Shuu*, après ce son dérangeant, Kurumi ne bougea plus.

« Huu. »

Mana agita légèrement sa main droite et, accompagnant cette action, l’équipement dans sa main revint à sa place initiale, sur son épaule.

« Pour…quoi ? »

Shidou regarda le dos de Mana et demanda d’une voix tremblante.

Mana soupira brièvement, se tourna en direction de Shidou et s’avança vers lui. En même temps, l’équipement de combat sur corps dégagea une faible lueur et, en un instant, il reprit la forme de ses vêtements normaux.

« La mort de quelqu’un que tu connais est choquante, mais, Nii-sama, si je n’avais pas tué cette fille, elle aurait très bien pu te tuer. »

« … »

Lorsqu’elle eut achevé sa phrase, Shidou ne put répondre.

« Même si dire ceci semble un peu impoli… S’il te plait, crois que ce qui vient de se passer aujourd’hui n’était qu’un cauchemar et oublie-le totalement. Il n’y a pas lieu de se sentir blesser par la mort de cette fille. Sa mort est indispensable, elle est une chose sans importance pour la création. »

Face aux mots de Mana, Shidou ne put rien faire d’autre que de serrer fermement ses poings.

« Je connais la position de l’AST… ! Je sais également que je dois être reconnaissant d’avoir été sauvé par quelqu’un ! Mais… Mais, appelé les Esprits comme ça… »

Mana fronça des sourcils.

« Nii-sama, comment es-tu au courant pour tout ça ? »

Les sourcils de Shidou se levèrent. Maintenant qu’elle le mentionnait, Mana n’était pas au courant qu’il savait pour les Esprits et l’AST.

Néanmoins, après quelques secondes, elle attrapa ses coudes comme si elle réalisait quelque chose.

« … Ce doit être Sergent-Chef Tobiichi qui l’a fait. Après tout, elle… prête très attention à Nii-sama. »

Mana poussa un soupir d’impuissance et, une fois de plus, se concentra sur Shidou.

« Eh bien, oublie-ça, ça sera bien plus simple. Même si je ne sais pas comment tu as été mis au courant, mais c’est ainsi. » Ajouta Mana sans une once de regret.

Shidou scruta Mana, il ressentit sans aucune raison une peur étrange.

« Comment… peux-tu rester aussi calme. Tu viens juste de… une personne. »

Il avait probablement hésité à dire ce genre de choses, sa gorge était endolorie. Mais, il était parvenu à les faire sortir.

« Tu viens juste de… d’assassiner quelqu’un…n’est-ce pas… ? »

« Pas un humain, un Esprit. »

« Malgré tout… ! Pourquoi es-tu toujours si calme… ? »

« Parce que j’y suis habituée. »

« … »

Lorsque Mana prononça ces mots, sa voix était extrêmement froide, Shidou retint son souffle.

« <Nightmare>… Tokisaki Kurumi, même parmi les Esprits, elle est considérée spéciale. »

« Spéciale ? »

Mana répondit tout en hochant la tête :

« Nnn. ».

Puis :

« Elle est intuable, tu sais ? Peu importe le nombre de fois où tu la tues, peu importe la manière employée, cette fille s’en sortira, elle réapparaîtra sûrement provenant de nulle part et, une fois de plus, elle tuera des gens. »

« … ?! Quel, quel genre de… »

Lorsqu’il s’exprima de la sorte… il réalisa soudainement le sens derrière cette explication. C’était la même chose que ce qu’il avait vu sur la vidéo de la veille.

« C’est exactement comme je te l’ai dit. Si tu veux une explication plus détaillé, je serais dans l’embarras également. »

Mana soupira légèrement et leva son menton.

Cette expression, c’était comme si elle avait vieilli… Elle parut extrêmement fatiguée.

« … Donc, je continuerai de tuer. Cette fille. <Nightmare>. Tokisaki Kurumi. Je continuerai de la tuer, peu importe le nombre de fois que ça prendra. »

Mana avait poursuivi avec de la fatigue mêlée à sa voix. L’expression de Shidou se déforma.

« Ce n’est pas vrai… ! »

« Eh ? »

« Ce… ce n’est pas une question d’être habituée à ça. Ton cœur… ne ferait que se flétrir ! »

Lorsque Shidou eut formulé ces mots, Mana sourcilla légèrement.

« Qu’est-ce… que tu racontes, Nii-sama ? »

« Ça suffit, arrête, Mana… tu es ma sœur, pas vrai… ? Alors juste une fois, ça suffit. S’il te plait, fais comme ce que je te dis… »

La voix qui sortit de la gorge de Shidou avait des airs de prière.

Ce n’était pas un délire. Un cœur qui est tourmenté s’amoindrira constamment… et si cela se poursuivait, jusqu’au stade irréparable, il se briserait.

… Lorsque Shidou fut abandonné par sa mère, il était presque devenu comme ça.

… Lorsque Tohka avait senti les pulsions de violence et de meurtres des humains dirigées vers elle, elle aussi était presque devenue comme de la sorte.

« … Pardonne-moi de ne pas être capable de te servir, Nii-sama. »

Mana répondit avec un sarcasme dirigé vers elle-même.

« Aussi longtemps que <Nightmare> continuera de revivre et de massacrer des humains, je devrais lui prendre sa tête. Sinon, elle continuera de tuer encore plus de gens… Mis à part moi, personne n’est capable de faire une telle chose. »

« … »

… Tu as tort… Il n’y a pas que cette solution-là.

Néanmoins, avant que Shidou ait pu formuler cela, Mana tourna son visage du côté de l’espèce de main droite.

« …Nn, Nii-sama. Ce sera tout pour aujourd’hui. »

« Qu… Il y a beaucoup d’autres choses que je dois te dire. »

« Les renforts sont en train d’arriver. Si Nii-sama continue de rester ici, les choses deviendront pénibles. »

Mana força à moitié Shidou à se retourner et le poussa par derrière.

« Mana, tu… »

« Tu n’écoutes toujours pas, n’est-ce pas ? »

Mana sourit amèrement alors qu’elle leva son doigt, le corps de Shidou flotta dans les airs.

« Quoi… C’est… »

En effet. C’était le Territory Personnel généré par l’Unité Realizer de l’AST.

Mana avait étendu son Territory sans déployer son CR-Unit.

« Nous nous reverrons. Cette fois, le temps n’est pas de notre côté. »

« Atten… »

Le corps de Shidou s’envola hors de la ruelle alors qu’il était en plein milieu de sa phrase… et il atterrit en douceur au sol.

« … »

Ce n’était pas important si les membres de l’AST arrivaient, Shidou retourna rapidement dans la ruelle.

Néanmoins, ce fut impossible. L’entrée de cette dernière était bloquée par un mur invisible, il était impossible de poursuivre plus loin. Ça devait être l’œuvre de Mana.

« …Tch… »

Shidou s’agenouilla et frappa le sol avec suffisamment de force pour que son poing saignât.

« …Aah. »

Mana, qui avait déplacé Shidou hors de la ruelle, recoiffait ses cheveux défaits.

Il semblait qu’elle avait dit beaucoup de choses inutiles.

Mais… pourquoi ? Parce qu’elle voulait que Shidou écoute.

« Ce genre de choses, c’est supposé être mon travail. »

Dit-elle en regardant le corps de <Nightmare> qui gisait pitoyablement dans cette ruelle… le corps de Tokisaki Kurumi.

A cet instant… sorti de nulle part, un chaton apparut tout en traînant sa patte arrière et il se dirigea vers le corps de Kurumi.

Intriguée, Mana s’accroupit et lui caressa la tête. Le chaton eut un petit *Nya*.

« Hey, si tu traînes dans un lieu comme celui-ci, tu vas être plein de sang, tu sais ? »

Tout en disant cela, elle ramassa le chaton. Après quoi, elle regarda une fois encore le corps de Kurumi.

« … Pourquoi, huh ? »

Ses lèvres répétaient les paroles de Shidou.

Maintenant qu’il l’avait mentionné, pourquoi… est-ce que Mana voulait sans cesse poursuivre et tuer Kurumi ?

Kurumi était le plus brutal des Esprits, celui qui tuait les gens. Quant à elle, elle avait un excellent potentiel d’utilisation de CR-Unit. C’est pourquoi, Mana avait intensifié l’utilisation de son pouvoir, afin de pouvoir apporter la joie aux gens. Ça devait… probablement… être pour ça.

« … »

A cause de la soudaine douleur dans sa tête, son expression se tordit. Sa mémoire devenait brumeuse, elle ne pouvait pas s’en rappeler correctement.

Elle secoua doucement sa tête, comme si elle essayait de se défaire de sa douleur. A cet instant…

« Nn ? »

Mana aperçut quelque chose d’étrange au sol. Cette chose était près de l’endroit où Shidou avait été attaqué par Kurumi, quelque chose de similaire à une petite machine se trouvait-là.

Avec dextérité, elle l’attrapa et le scruta.

« Il s’agit d’un communicateur… pas vrai ? »

En effet, c’était exactement comme un petit communicateur qu’on pouvait mettre dans son oreille.

« Pourquoi est-ce que ce genre de chose… »

Mana pencha sa tête et, inconsciemment, rapprocha son oreille droite. Et donc…

« …Shidou ! Réponds-moi, Shidou ! Le <Fraxinus> va te récupérer ! Dépêche-toi et rends-toi dans un autre lieu ! »

« … ? »

Dans le communicateur, une voix familière appelait le frère de Mana.

Shidou, tremblotant, retourna au long banc dans le parc et s’assit mollement dessus.

« … »

Dans sa tête, la scène, à laquelle il venait d’assister, se rejouait d’elle-même.

Kurumi avait tué des humains et Mana, pour sa part, avait tué Kurumi.

Shidou le comprenait intérieurement, dans son cœur. En poussant à l’extrême…Tohka et Origami avaient le même genre de relation.

Néanmoins, Tohka ne le faisait pas exprès et Origami n’avait pas la capacité d’éliminer des Esprits.

Au cours de ces deux mois, Tohka s’était habituée au monde des humains, mais elle ne pouvait toujours pas se relâcher.

C’était juste une pensée, mais si la balance était rompue, la reconstitution d’une scène identique à celle d’auparavant était plus que probable.

Une Tohka qui aurait des intentions de meurtre et une Origami qui disposerait du pouvoir de tuer des Esprits.

Kurumi et Mana… elles étaient tout simplement comme le pire scénario d’une Tohka et d’une Origami.

« Quelle est cette… Ce genre de chose… »

Il était complétement incapable de comprendre.

Pourquoi est-ce que Kurumi tuerait des humains aussi aisément ?

Pourquoi, est-ce que Mana tuerait Kurumi si facilement ?

Il était trop naïf. Même s’il avait dit que c’était dangereux, il pensait encore, au fond de lui-même, que les « Esprits doivent tous être de bonnes personnes comme Tohka et Yoshino ». Au final, il avait eu l’arrogante présomption que l’AST était incapable de tuer les Esprits…

Après cela…

« Shidou ! »

Une voix familière l’appela, il releva rapidement sa tête.

Tohka courait en direction de Shidou. C’était probablement parce qu’il n’était pas revenu. Du coup, elle l’avait recherché. Derrière elle se trouvait la silhouette de Origami. Il semblait qu’elle s’était rencontrée en cours de route.

« Shidou, où est-ce que tu étais ?! »

« … Qu’est-ce que c’est exactement que ça ? »

Tohka et Origami, qui venaient d’arriver devant Shidou, dirigèrent leurs voix mécontentes vers lui.

Mais, l’actuel Shidou n’avait plus aucune raison de s’excuser.

« …Désolé. »

Une excuse qui sortit de sa gorge et qui retomba, une fois de plus, dans le silence.

« …Shidou ? »

« Il y a quelque chose qui ne va pas ? »

Elles le trouvèrent probablement étrange, Tohka et Origami scrutèrent son expression toutes deux avec des regards inquiets.

« ! Shidou ! Tu n’es pas blessé, n’est-ce pas ? »

A ce moment-là, Tohka prit la main de celui-ci.

A cause du soudain enchaînement des évènements, cela lui était sorti de la tête, il avait une éraflure dans la paume de sa main. Elle avait probablement dû se produire suite à sa chute lorsque sa jambe droite avait été saisie.

Néanmoins, au moment où sa main fut touchée par Tohka, la scène de Kurumi teinte de sang lui revint à l’esprit…

« Hyi… »

Sa gorge émit un son comme s’il avait des difficultés à respirer, tout en repoussant la main de Tohka.

« Eh…ah, Shidou… ? »

Tohka regarda confusément sa main et Shidou, l’un après l’autre.

« D, désolé… est-ce que je t’ai fait mal ? »

« … Je suis…désolé. »

Shidou baissa lentement sa tête et employa sa main tremblante pour saisir son autre main.

Tohka était évidemment inquiète pour lui et, repoussée de la sorte, elle eut envie de pleurer.

« Désolé… je suis vraiment désolé. »

« Tu, tu n’as pas besoin de garder ça pour toi. Dis-nous simplement ce qui t’es arrivé… ? »

« … Je suis désolé… »

Sur ce genre de mots, Shidou se leva et s’enfuit.

« Shi, Shidou ?! »

« Où est-ce que tu… »

Les voix de Tohka et Origami se firent entendre derrière lui. Néanmoins, Shidou ne s’arrêta pas.

Elles ne le poursuivirent pas.

Après quoi… après avoir couru quelques temps.

Lorsqu’il arriva dans une rue vide, Shidou fut englobé par une étrange sensation de flottement.

« … C’est… »

Il se souvint à peine que c’était-là le système de transfert du <Fraxinus>.

Exactement comme il l’avait prévu, en un instant, la vision de Shidou passa d’un coin isolé du parc à l’intérieur du <Fraxinus>.

« … C’est bon de voir que tu vas bien. »

A ce moment-là, une voix retentit derrière lui. Kotori en uniforme militaire bordeaux se tenait là avec une expression complexe.

« … Kotori. »

« Tu es finalement arrivé au point de transfert. Je t’ai crié dessus tellement de fois. »

Alors qu’elle acheva sa phrase, Shidou porta sa main à son oreille droite, ses yeux s’écarquillèrent.

« … Le communicateur, il n’est plus là. »

En effet, le communicateur qui se trouvait dans son oreille droite tout au long de la mission n’était plus là. Il avait dû le laisser tomber quelque part… Il ne l’avait pas réalisé jusqu’à présent.

« Est-ce qu’il est tombé ? Depuis quand ? »

« … Désolé, je ne suis pas trop sûr moi-même. »

Suite à sa réponse, Kotori hocha légèrement de la tête et appuya son menton sur sa main.

« … Si tu y penses bien, ça doit être au moment où Kurumi t’a attaqué, n’est-ce pas… ? Du coup, cette voix à l’instant… »

« Il s’est passé quelque chose… ? »

Demanda Shidou, mais Kotori soupira légèrement et secoua sa tête.

« C’est rien… Mis à part ça, tes blessures doivent être observées. Dépêche-toi et va-y. »

« … Aaah… mais, Tohka et Origami… »

« Pour Tohka, le <Fraxinus> va la récupérer et lui donner une version simple de ce qui vient de se passer. Pour Tobiichi Origami… Eh bien, ce serait mieux que tu la laisses seule. Fais-toi simplement pardonner demain à l’école. »

« Vraiment… »

Répondit faiblement Shidou tout en la suivant.

A mi-chemin, il prit la parole alors qu’il était toujours derrière elle.

« …Hey. »

« Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Je… Ce que nous avons fait tout ça, c’est vraiment correct… ? »

Dans le couloir, les pas de Kotori s’arrêtèrent, elle se tourna vers lui.

« Qu’est-ce que c’est supposé vouloir dire ? »

« … Je suis… C’est parce que je suis incapable de pardonner… l’incapacité des Esprits à contrôler de manière consciente l’apparition des déchirures spatiales et parce qu’ils se font attaqués par les humains sans aucune raison, c’est la raison pour laquelle je vous aide. »

« … Nn, c’est vrai. »

« Mais… Kurumi, elle… »

Elle a tué quelqu’un. Non pas à cause d’une déchirure spatiale, mais de ses propres mains, en utilisant sa propre volonté.

Face à cela, il ne pouvait que se sentir misérable et effrayé.

« De quoi est-ce que tu parles ? »

« De mon point de vue, c’est…impossible… »

Finalement… Shidou laissa échapper cette phrase.

« Ça a été facile jusqu’à maintenant, puisque Tohka et Yoshino sont de bonnes personnes… Finalement… je n’ai pas vraiment fait grand… »

A ce stade, il s’interrompit… Plus précisément, il fut arrêté de force.

Kotori attrapa son col et, remarquablement, lui donna une gifle.

« Eh, ah… »

« … Ne dis pas des mots inutiles si facilement… »

Il resta abasourdi. Kotori avait prononcé ces mots avec une expression amère. Ou alors, ce pouvait être l’expression de quelqu’un au bord des larmes… Actuellement, il ne pouvait pas vraiment faire la différence.

« De mon point de vue ? Impossible… ? Hmph, ne te plains pas à cause de quelque chose de ce genre-là ! Tu n’es vraiment plus aussi résolu qu’avant… ?! »

« Qu’est-ce que c’est ce genre de… ? »

Il ne pouvait absolument pas comprendre ces mots, il tenait son visage alors qu’il posa cette question.

Néanmoins, Kotori ne répondit pas, elle agrippa le torse de Shidou et poursuivit.

« Tu… tu n’as donc pas le courage d’affronter des Esprits encore plus terrifiants ? Sauve-les pour me le prouver ! Ne me dis pas si facilement que tu ne peux pas le faire ! Si tu abandonnes maintenant, Kurumi tuera encore plus de gens. Mana continuera de faire ça à Kurumi… et son cœur continuera de se flétrir… ! Mis à part toi… il n’y a personne d’autre qui peut arrêter ça… »

« … »

Lorsqu’elle eut fini, Shidou avala vigoureusement sa salive.

Les « Esprits encore plus terrifiants » que mentionnait Kotori ne se référaient pas à Tohka et Yoshino, il le savait très bien… mais la dernière moitié de ces mots sombraient d’eux-mêmes au plus profond de son esprit.

En effet, Kurumi massacrant des humains, bien qu’elle fût immortelle, et Mana continuant de la tuer…

Comme l’avait dit cette dernière, depuis bien longtemps, c’était quelque chose qui se répétait.

Et il y a de fortes chances que…cela continue en boucle. Aussi longtemps que Kurumi possèderait ses pouvoirs Spirituels.

Et, la seule personne capable de les sceller n’était autre que Shidou.

« … »

Shidou, sans mot dire, retint son front.

Je ne veux définitivement pas que Kurumi continue de massacrer des humains.

Et… je ne veux également plus que Mana continue de tuer Kurumi.

Ces deux-là étaient véritables, les vrais sentiments de Shidou. Et la méthode pour atteindre un tel objectif…était claire depuis le début.

« … En effet. »

En même temps que ces mots, il s’avança en tremblant.

« Ah, attends… ! »

Suite à quoi, Kotori le suivit avec une expression paniquée.

« … En vue d’empêcher Kurumi de tuer encore plus de gens, il n’y a pas d’autre choix que celui de sceller ses pouvoirs. Et pour empêcher Mana de la tuer, une fois de plus… il n’y a personne d’autre que moi. Es-tu satisfaite ? »

« …Nn. »

Sans savoir pourquoi, la voix de Kotori portait en elle une once d’incertitude.

Cette nuit-là. Shidou était couché sur le sofa du salon et réfléchissait.

« … »

Il leva sa tête pour regarder la lumière fluorescente qui était installée au plafond et poussa un long soupir.

Demain, Kurumi viendrait à nouveau à l’école.

Lorsque cela arrivera, la mission se poursuivra.

Pour accroître ses sentiments envers lui, pour l’embrasser et sceller ses pouvoirs.

Puis, tout serait résolu.

Kurumi ne tuera plus personne et, naturellement, Mana arrêterait également de la tuer.

C’était ce que Shidou espérait, la seule méthode qui mènerait à cet happy end pour tous, il n’y en a qu’une… Juste, une.

« … »

Son corps tout entier se sentait pesant, comme s’il portait quelque chose de lourd. Il expira de manière déprimante.

A cet instant, dans la direction du couloir, il entendit le bruit de la porte d’entrée en train d’être ouverte.

« Nn… ? »

Il se leva avec lassitude et regarda en direction de l’entrée du salon.

Si quelqu’un était entré sans sonner ou sans s’annoncer… ce devait être Kotori. Néanmoins, elle avait mentionné la veille, qu’afin de travailler, elle resterait à bord du vaisseau. Dans ce cas… qui était-ce ?

Il ouvrit la porte avec ce genre d’interrogation, Tohka s’avança timidement.

« Tohka… ? »

« … Nn. Je peux entrer ? »

Il y avait un mauvais enchaînement d’évènements puisqu’elle était entrée avant d’avoir demandé… Néanmoins, nous pouvons ignorer les petits détails pour le moment.

« Oo, oh, bien sûr. »

Tohka acquiesça légèrement alors qu’elle entra dans le salon et qu’elle s’avança en direction de lui.

« Shidou… ça ira si je te touche ? »

Tohka, qui se rendit aux côtés de Shidou et posa une telle question. Peut-être était-elle encore affectée par l’accident dans le parc où Shidou avait frappé sa main.

« Aa… aaah, c’est bon. »

Lorsqu’il eut achevé sa phrase, Tohka monta sur le canapé et se mit entre le canapé et Shidou.

« Qu’est-ce que tu fais… ? »

« C’est bon, arrête de parler pendant un moment. »

Sur ces mots, Tohka enveloppa ses bras autour du corps de celui-ci et l’étreignit fermement par derrière.

« Toh, Tohka ? Qu, qu’est-ce que tu… »

Demanda Shidou en transpirant alors qu’il sentait cette douce sensation dans son dos.

« … Nn. La télévision a dit que lorsque quelqu’un est seul ou effrayé, il irait mieux si je fais ça. »

« … Laisse-moi te demander quelle émission c’était exactement ? »

« ‘Etre avec Maman’… Celle-là. »

C’était une émission pour enfant, quoi qu’on en dise. Shidou ne put s’empêcher de sourire amèrement.

Mais, elle avait raison. Shidou se sentait, effectivement, légèrement plus calme.

Pendant combien de temps va-t-elle m’enlacer… ?

Soudain, Tohka prit la parole.

« … J’ai entendu parler de l’incident, par Reine. »

« Incident… »

« Celui à propos de Kurumi et Mana. La raison pour laquelle Shidou agissait bizarrement… je l’ai apprise. »

« … Vraiment ? »

Shidou avait engloutit et avait répondu de la sorte.

Normalement, Reine ne lui en aurait pas trop dit concernant l’incident entre les Esprits et l’AST… Ça devait être ça… Si elle ne lui avait rien dit, son état mental aurait à nouveau sombré dans la tourmente.

« Shidou. Tu te souviens encore ce que tu as dit lorsque j’ai emménagé dans ta maison… ? »

« Eh… ? »

Répondit Shidou en guise de réponse. Tohka pousuivit.

« Si un Esprit comme moi apparaissait… tu le sauverais. »

« Aaahh… »

Shidou acquiesça légèrement. Cette phrase, il s’en souvenait encore clairement.

En effet, Shidou avait promis. A cette époque, il n’avait pas menti, mais sa détermination n’avait pas été secouée jusqu’à présent.

« Mais, Kurumi, elle… »

« … n’est pas différente, elle et moi. »

« Eh ? »

Tohka appuya sa tête contre le dos de Shidou.

« … Dans mon cas, il y avait Shidou. Tu m’as sauvée. Mais, Kurumi, elle n’avait personne. Pendant tout ce temps, sur une durée plus longue que la mienne, personne ne lui a tendu une main secourable.»

Comme si elle était endolorie, Tohka mit plus de force dans ses bras.

« Si ça n’avait pas été grâce à toi, j’aurais encore été dans le même état qu’il y a deux mois, toujours exposée aux intentions meurtrières et à l’hostilité… Je serais probablement comme Kurumi maintenant. »

« Ce genre de… »

Sur ces mots, Shidou resta sans voix.

Deux mois auparavant, Tohka, qui avait d’abord rencontré Shidou, avait été dans un tel désespoir que nul n’aurait pas pu le deviner en la regardant maintenant. Elle en avait eu assez de ces combats incessants, elle avait été fatiguée et condamnée, probablement qu’elle avait dû faire face à son for intérieur.

Ce genre de désespoir… Si quelqu’un d’autre que Shidou avait dû le délier, il n’aurait eu aucun effet.

« Vraiment… si Kurumi est un Esprit brutal au-delà de toute rédemption, je te protégerai, Shidou. »

« Eh… ? »

« Donc…Shidou. Je t’en prie. Ne laisse pas un tel incident se produire à nouveau. Fais que Kurumi arrête de tuer des humains. Empêche son âme de s’assombrir… »

« … »

Sur ces mots, Shidou engloutit.

Aaah, il comprit enfin.

Il avait tellement détesté les actions de Kurumi.

Quant à Mana, elle ne pardonnerait jamais les massacres de celle-ci.

En vue d’arrêter ce cercle vicieux, d’arrêter Kurumi, sa détermination se renforça.

Néanmoins, il manquait toujours un élément vital.

« … Merci, Tohka. »

« Mu… Nu ? P, Pourquoi ? Pourquoi est-ce que tu me remercies… »

« …Non, je te le dois. »

C’était inévitable de devoir embrasser Kurumi pour sceller ses pouvoirs, néanmoins, tout ce à quoi Shidou pouvait penser, c’était la question de comment Mana et Kurumi avaient pu assassiner des gens.

Parce qu’il avait assisté à une scène trop choquante, il avait complétement oublié l’objectif important qui était de « sauver Kurumi».

Il est vrai que cette dernière est un Esprit qui a tué d’innombrables personnes. Néanmoins, il ne permettrait pas qu’on s’habitue à un tel acte.

Toutefois…

Lorsque les pouvoirs de Tohka avaient été scellés, Shidou avait la détermination de la sauver.

Il avait eu le désir de sauver cette fille qui était la cible d’hostilité sans aucunes raisons, quoi qu’il en soit.

Lorsque les pouvoirs de Yoshino avaient été scellés, il avait la détermination de la sauver.

Cette fille qui, malgré les hostilités à son égard, se préoccupait davantage de ses agresseurs, elle devait être récompensée.

Shidou était donc passé à l’action.

De plus, il possédait une extraordinaire capacité de guérison qui se cumulait à sa capacité de sceller les pouvoirs des Esprits.

D’un autre côté, il était seulement un lycéen à l’égard de sa taille, de sa force physique et de son intelligence. Mais la raison pour laquelle il fut capable de tendre la main à l’autre partie jusqu’au point d’en vomir du sang, c’était justement à cause de cette conviction.

Sauver Kurumi.

Pour cette fille qui était emprisonnée dans ce cycle sans fin de meurtre, pour la sauver.

Et… Mana également.

Pour ne pas laisser cette fille, qui se désignait elle-même comme sa sœur, continuer de tuer, pour empêcher qu’elle ne corrompe son âme plus longtemps encore.

Ce pouvait être un délire ou simplement une pensée.

S’il ne croyait pas qu’il pouvait y arriver, alors il lui serait impossible de leur tendre la main.

« … Tohka. C’est bon, je vais bien maintenant. »

« Mu… Est-ce que tu ne te sens plus seul ? »

« Aahh. »

« Vraiment, tu n’es plus effrayé ? »

« … Eh bien, je suis toujours un peu effrayé, c’est tout. »

Shidou se gratta le visage tout en souriant amèrement.

« Mais, je vais bien maintenant. »

« Nn… Vraiment ? »

Sur ces mots, Tohka desserra son étreinte sur lui.

Shidou se leva et s’étira légèrement. En même temps, son estomac grogna… Maintenant qu’il se souvenait, depuis qu’il avait vomi son repas dans une ruelle, il n’avait rien mangé du tout.

« … Préparons quelque chose à manger. Tohka, tu veux manger aussi ? »

« Nn ! »

Tohka hocha vigoureusement de la tête.

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