Date a Live – Tome 4 Chapitre 2

Elle croyait avoir l’enfer sous les yeux.

Les résidences et rues qu’elle connaissait tant étaient toutes englouties dans une mer de flammes cramoisies. Qu’il s’agissait des maisons habituellement parallèles les unes par rapport aux autres, des arbres qui se trouvaient en temps normal sur le chemin de l’école ou de la végétation du parc, tout ce qui pouvait être brûlé l’était par ces flammes vacillantes. Une par une et sans aucune exception, chaque chose était réduite en charbon ou en tas de cendres.

Accompagnés des bruyants crépitements de cet incendie, on pouvait entendre des cris, les bruits de pas de personnes qui s’échappaient, et occasionnellement, d’énormes bruits semblables à ceux d’explosions.

« Qu’est-ce… que… ? »

Devant cette scène surréaliste, Origami, abasourdie, pouvait seulement prononcer ces mots.

Une action dénuée de sens. Elle n’avait pas bougé en disant ces mots, ce n’était évidemment pas quelque chose sage à faire.

Cependant, personne ne devrait la critiquer pour avoir agi d’une telle manière. C’eut été bien trop demander à une fille de douze ans que comprendre rapidement une situation pareille.

C’était parce que, après avoir fait quelques courses, les rues qu’elle avait empruntées juste avant avaient totalement changé. Origami ne put que tomber sur les genoux, en essayant de se calmer.

Et soudainement… À ce moment-là, les yeux d’Origami s’ouvrirent spontanément.

« Papa, Maman… ! »

C’est vrai. Son père et sa mère devaient toujours être chez eux.

L’instant où elle s’en rappela, Origami jeta immédiatement les sacs qu’elle tenait par terre, et sprinta en direction de sa maison.

Même si un petit enfant se précipitait vers eux, il ne serait pas capable de faire quoi que ce soit, d’autant plus qu’ils s’étaient peut-être déjà échappés. Cependant Origami, qui était dans la confusion la plus totale, était incapable de faire un tel raisonnement. Elle ne pouvait que sprinter le long de la rue qui avait grandement changé en quelques heures.

Après quelques minutes, Origami, qui était finalement arrivée chez elle, afficha un visage rempli de désespoir. Sa maison était enveloppée des même flammes rouges que les autres. Elle pouvait à peine distinguer les ombres à l’intérieur des flammes.

« Comment c’est, possible… »

Ce n’était pas comme si elle n’y avait pas réfléchi. Malgré tout, tant qu’elle ne l’avait pas vu de ses propres yeux, Origami s’était accrochée à ce petit espoir. Cependant, c’était impossible ainsi…

« … ?! »

Après cela, ses épaules tremblèrent. La porte de sa maison, fut éjectée de son encadrement.

Et de là, son père le front recouvert de sueur, sortit de la maison tout en portant sa mère dans les bras.

« … Papa ! Maman ! »

Origimi hurla désespérément de toutes ses forces, appelant ses parents.

« T-Tu es rentrée, Origami ?! »

« Est-ce que tu vas bien ? C’est dangereux ici, dépêche-toi, va-t’en ! »

Disant cela, son père tendit son bras dans sa direction et se rapprocha d’elle.

Origami était ravie de pouvoir les revoir en vie, et tandis que des larmes s’étaient mises à couler le long de son visage, elle renifla à plusieurs reprises. Elle tendit ensuite la main pour pouvoir saisir celle de son père…

« … Hein ? » s’exclama soudainement Origami, comme si quelque chose venait d’arriver.

L’instant où elle avait tendu sa main, de la lumière sembla s’abattre depuis les cieux.

S’ensuit alors une puissante onde de choc, qui projeta le corps d’Origami dans les airs.

« Ah… ! »

Après avoir volé quelques mètres et heurté un mur de boue, elle toussa à plusieurs reprises. Une côte avait dû s’être brisée, provoquant une énorme douleur dans son corps.

C’était suffisamment douloureux pour qu’elle fonde en larmes. Cependant, elle s’inquiétait plus de la sécurité de ses parents. À peine capable de résister aux larmes, elle se retourna pour regarder vers l’endroit d’où elle avait été expulsée.

… Cependant, il n’y avait plus personne. Le sol où se tenaient les deux parents d’Origami s’était élevé et creusé, comme un mini-volcan.

Comme si elle se tortillait, elle se rapprocha doucement de l’endroit.

Après cela.

« Ah, aa… ah… Aaaaaaaaah… »

Alors qu’elle regardait ce qui était autrefois ses parents sur le sol qui s’était dressé, les dents d’Origami se mirent à claquer.

Elle fut prise d’une accablante sensation de vertige. De l’impression que le monde s’était déformé. Un monde cramoisi qui se transformait lentement en un monde noir et gris, les couleurs du désespoir qui corrodait la conscience d’Origami.

Pourquoi ? Comment ? Des questions dénuées de sens flottaient dans sa tête, circulant sans arrêt, et sans réponse.

«  »

Origami leva la tête. Cette lumière qui avait calciné ses parents, elle voulait déterminer son origine.

Et puis… son corps, fut une nouvelle fois incapable de bouger.

« Un an… ge… » murmura-t-elle à voix basse, confuse.

Là-bas il y avait… un ange.

Bien sûr, elle réalisa que c’était quelque chose qui ne pouvait exister en ce monde. Mais il n’y avait pas d’autre mot qu’Origami put utiliser pour décrire précisément l’être en face d’elle.

La douleur troublait sa vue, elle était donc incapable de voir clairement, mais cette chose qui flottait en l’air avait sans aucun doute une forme humaine.

Dans les airs, comme inspectant les rues enflammées, une mince silhouette… C’était probablement une jeune fille.

Cette silhouette utilisa sa main pour toucher sa tête, causant de légers tremblements sur tout son corps.

C’était, au lieu de le regretter… comme si elle se moquait d’eux.

« C’était toi, hum… »

… Pour papa, et maman.

L’autre moitié de sa phrase fut incapable de sortir de sa bouche. Elle serra fermement son poing ensanglanté, grinça les dents, regarda avec haine cet ange qui dansait au milieu de la mer de flammes, et jura d’une voix remplie de haine.

« Je ne t’oublierai jamais… ! Tuer… Je vais te tuer… ! Je… vais définitivement… ! »

À ce moment-là, Tobiichi Origami reprit connaissance, et ouvra ses deux yeux, surprise.

« … »

Bien qu’elle dormait pendant tout ce temps, elle avait beaucoup transpiré.

Après qu’Origami se soit assise, elle prit de profondes inspirations pour calmer son cœur. De l’air avec une légère odeur de désinfectant circulait à l’intérieur de ses narines et de ses poumons.

Après avoir repris son calme, Origami regarda lentement autour d’elle, pour savoir où elle se trouvait.

Un plafond et des murs blancs. Du coin des yeux, elle vit ce qui semblait être un pied à perfusion.

Immédiatement, elle réalisa qu’elle était en train de dormir dans l’hôpital de la JSDF où elle recevait généralement ses soins médicaux. C’était une chambre personnelle spécifiquement préparée pour elle.

« … »

Sans rien dire, elle s’essuya le front. Sa tête avait été délicatement enveloppée de bandages, devenus humides à cause de toute la sueur qu’elle avait produite dans son sommeil. Bien sûr, les autres bandages situés ailleurs que sur sa tête et ses vêtements d’hôpital étaient tout aussi trempés. Origami desserra ses vêtements, afin de les faire sécher.

Normalement, elle ne transpire pas autant lorsqu’elle dort… C’était peut-être à cause de ce rêve qu’elle venait d’avoir.

Cinq ans auparavant. Le jour où les parents d’Origami sont morts.

Le nom de cette existence qu’elle a prise pour un ange, allait bientôt lui être révélé.

Des calamités biologiques spéciales, des Esprits. Cet énorme incendie fut causé par une seule de ces existences non-humaines.

Cependant… Ce cauchemar ne lui était pas revenu depuis longtemps, Pourquoi l’avait-elle de nouveau fait ?

« … ! »

Se souvenant de ce qu’il s’était passé, Origami retint son souffle.

Elle se rappela de la raison de sa présence ici.

« Shidou… ! »

Elle prononça le nom de son bien-aimé. C’est vrai. Origami était en train de se battre contre un Esprit sur le toit, Tokisaki Kurumi… et elle avait perdu connaissance après avoir été défaite.

Elle était très inquiète pour Shidou et Mana, et intriguée par les motivations de Kurumi (il y avait aussi une forme de vie qu’on pourrait confondre avec un déchet, mais il était préférable qu’elle l’oublie). Puisque Origami avait survécu, la possibilité que les autres aillent bien était haute… Cependant, elle ne pouvait pas aller plus loin dans ses déductions. Dans tous les cas, elle avait besoin d’informations.

Origami ferma les yeux et essaya de revivre ses derniers souvenirs avant de tomber dans les pommes… Et quand elle se rappela de ce moment, sa gorge se serra.

Tandis qu’Origami était immobilisée par les clones de Kurumi, l’original s’était rapprochée de Shidou.

Puis, venue du ciel, une chose inimaginable apparut.

« L’Esprit… du feu… ! »

Origami se rappela de cette silhouette qui avait été reflétée dans ses yeux, s’exprimant d’une voix remplie de haine.

L’Esprit du feu. Nom de code : <Efreet>[1]. Cinq ans auparavant, cet Esprit avait causé l’incendie du quartier résidentiel de Nankou-machi.

… Apparaissant sous les yeux d’Origami, c’était l’Esprit qui avait tué ses parents.

« Je t’ai retrouvé. Enfin… »

Pendant cinq ans, elle avait recherché sans relâche son ennemi. Avec pour seul but de tuer la cible de sa vengeance même si pour cela elle devait sacrifier sa vie. Même si c’était une pure coïncidence, Origami l’avait enfin retrouvé.

Son cœur se mit à battre la chamade, sa respiration devint une nouvelle fois incontrôlable. Son triste vœu s’était enfin réalisé, et une sensation proche de l’extase courrait dans sa tête.

Mais… pourquoi, quelque chose manquait. L’Esprit du feu qui était apparu sur le toit… le visage d’Efreet, comparé à celui de cinq ans plus tôt, était d’une certaine manière différent.

Mais ce n’était pas le problème. Même si elle n’arrêtait pas d’y réfléchir, elle n’arriverait pas à savoir pourquoi. Origami se le demanda encore quelques minutes, puis redressa sa tête et descendit du lit. Elle mit les pantoufles posées à côté de ses pieds, et se leva.

Elle ne pouvait rien y faire si elle n’arrivait pas à le savoir maintenant. Puisque Origami avait été déplacée ici, cela voulait dire que Mana devait aussi être à l’intérieur de l’hôpital. Et si elle était là, elle pouvait peut-être lui donner plus d’informations détaillées.

Origami tenta d’ignorer le léger vertige qui la prenait et fit un pas devant elle… mais chancela et tomba sur le lit, utilisant son bras pour amortir la chute.

« Ça doit être… ici. » murmura faiblement Shidou.

Il regarda sur la carte si l’immense bâtiment qui lui faisait face était bien celui qu’il recherchait.

Les mots “Hôpital Militaire de Tenguu” étaient écrits. Il semblerait qu’il ne s’était pas trompé.

« Cette fille… J’espère vraiment qu’elle va bien… »

La veille, Mana, qui fut la première personne arrivée à la rescousse de Shidou et qui dut faire face à Kurumi, avait vu son temps stoppé par Zayin, et avait dû subir de sérieux dégâts.

On avait dit à Shidou qu’elle avait été transférée dans l’hôpital militaire le plus proche, donc il avait décidé de lui rendre visite.

Après avoir passé la porte d’entrée, il se dirigea vers la réception.

« Excusez-moi… »

« Comment allez-vous, c’est votre première fois ici ? Normalement, vous devez avoir d’une recommandation… »

À peine Shidou eut-il entamé la conversation que la réceptionniste se mit à parler.

« Ah, non. Je suis là pour rendre visite à quelqu’un. Puis-je vous demander où se situe la chambre de Takamiya Mana ? »

« Takamiya-san ? Puis-je vous demander si vous êtes de la famille ? »

« C’est… oui, c’est ça. » bafouilla Shidou tout en approuvant de la tête.

C’est vrai. Takamiya Mana est la véritable sœur de Shidou… Tout au moins d’après elle.

Même si Shidou n’avait pas de souvenir exact, Mana elle-même insistait sur la fait qu’elle ne pouvait pas avoir tord… S’il avait nié maintenant, il était fort probable qu’il aurait été questionné sur leur relation. Pour le moment, il valait mieux approuver.

« Attendez un instant s’il vous plaît. »

La réceptionniste manipula son ordinateur avec des mains expérimentées.

Après quelques secondes, elle élargit ses yeux de surprise, et regarda une nouvelle fois Shidou.

« C’est… Je suis vraiment désolée, Takamiya Mana-san est actuellement dans un cabinet médical spécial où aucune visite n’est autorisée. »

« Hein… ?! » lâcha involontairement Shidou.

« E-Est-ce que sa vie est en danger ? »

« Je ne sais pas… Je n’ai pas accès à plus d’informations… »

« Mais je suis de sa famille, alors peut-être que… »

« Je suis sincèrement désolée… Le traitement de Takamiya Mana-san utilise un équipement très spécial et c’est contre les règles de le montrer à un étranger… »

« Pas possible… Alors est-ce que je peux vous demander une faveur ? Laissez-moi seulement jeter un coup d’œil… »

« M-Même si vous me le demandez comme ça… »

La réceptionniste avait l’air embêtée. Et puis à ce moment-là…

« … Shidou ? »

Shidou entendit une voix qui lui était familière venir de derrière lui. Se demandant de qui il s’agissait, il se retourna, et vit une fille vêtue d’une robe d’hôpital, se cramponnant à un pied à perfusion pour rester debout.

« Origami ? »

C’était sa camarade de classe, Tobiichi Origami.

Une fille avec des longs cheveux atteignant ses épaules et un visage plutôt attirant semblable à celui d’une poupée. Son front était recouvert de bandages, et du plâtre avait été placé autour de ses minces membres.

Quand elle vit le visage de Shidou, Origami lâcha un soupir de soulagement. Bien que son visage n’affichait aucune émotion, on avait l’impression qu’elle s’était enfin calmée.

« Tu vas bien ? »

« … Mm, mm. »

Comment dire, savoir que quelqu’un s’inquiète pour toi et te demande directement si tu vas bien, c’est en quelque sorte embarrassant. Il se gratta le visage et détourna le regard.

Cependant, Origami continua de fixer le visage de Shidou, et reprit la parole.

« … Qu’en est-il de Yatogami Tohka ? »

« … ?! »

Il fut interpellé pas les mots d’Origami, et regarda une nouvelle fois en sa direction.

C’était compréhensible. Tohka et Origami, une dispute aurait été inévitable si elle s’étaient vues, alors penser qu’Origami se serait inquiétée pour Tohka…

Peut-être qu’Origami l’avait finalement acceptée en tant que camarade de classe, et était enfin disposée à la comprendre. Il était heureux d’une certaine manière, et approuva exagérément avec un hochement tête.

« Mm, Tohka va bien aussi. »

« Tch. »

« Hein ? »

« C’est rien. »

Pendant un instant, la froide Tobiichi-ojousama[2] avait montré une expression qui n’était pas digne d’elle, mais il s’imaginait surement des choses. En se persuadant de cela, Shidou sourit amèrement.

« M-Mais, pourquoi es-tu là ? Les chambres des patients ne sont-elles pas à l’étage ? »

« Pour savoir où est la chambre de Mana. … Et toi ? » répondit Origami, le regard toujours fixe.

« Mm… C’est pour ça. Pareil, je suis venu rendre visite à Mana. »

« Je vois. Pour lui rendre visite ? »

« Mmmm, oui. »

« Seulement Mana ? »

« … C’est… A-Aussi pour toi, Origami… »

« Ah bon. »

Le visage d’Origami resta tout aussi inerte quand elle parla. Mais d’une certaine manière, elle avait l’air heureuse… Il regretta tout de même son mensonge.

« Eh bien alors, où est la chambre de Mana ? »

« Ah, mm… apparemment, elle est en salle d’opération, donc on ne peut pas aller la voir. Alors pour le moment, on peut seulement prier pour qu’elle… »

« … Si c’est comme ça, attendre ne servira probablement à rien. »

« Hein ? »

« Même si je ne peux pas expliquer les détails, ils utilisent surement des équipements top secret pour conduire l’opération. Personne ne sera autorisé à lui rendre visite tant qu’elle ne sera pas déplacée dans une chambre normale. Tu seras arrêté si jamais tu essayes d’y entrer de force. »

« … »

Les sourcils de Shidou se levèrent. Des équipements hautement secrets. Ça doit probablement être des Realizer conçus pour la médecine. Reine avait effectivement dit qu’on en utilisait dans cet hôpital.

Les Realizer, cette technologie qui permet de rendre l’imagination réalité, étaient le plus grand secret du pays. D’où une telle réaction, compréhensible.

« … J’ai compris, Je repasserai demain. »

Après le hochement de tête d’Origami, plus aucun mot ne fut échangé… Elle continuait juste de fixer les yeux de Shidou.

Et un long moment se passa dans ce silence.

C’était horrible de rester en plein milieu d’un couloir d’hôpital. Même s’il avait compris que ça risquait de gêner les autres, il avait comme perdu l’opportunité de partir.

De la sueur coulait non-stop sur son visage, et il avait du mal à s’exprimer.

« U-Um… Origami ? Tu ne vas pas retourner dans ta chambre ? »

« Si, j’y vais. »

« A-Ah bon. Alors je devrais partir aussi… »

Et puis, alors que Shidou avait l’intention de prendre la sortie, Origami, *Pata*, tomba soudainement sur les genoux.

« Ori-Origami ?! Tu vas bien ? »

En s’accroupissant précipitamment, il l’attrapa par les épaules et l’aida à se relever. Il semblait qu’elle s’était blessée lors de sa chute ; son nez et son front étaient rouges.

À cause de la chute exagérée, le personnel de l’hôpital et les patients autour d’eux avaient l’air extrêmement choqués. Cependant Origami ne semblait pas gênée par le chahut de la foule, et regardait Shidou.

« Je ne vais pas pouvoir retourner toute seule dans ma chambre. »

« … »

« Accompagne-moi jusque là-bas. »

« … C’est… »

« Accompagne-moi jusque là-bas. »

« … J-J’ai compris à la fin. »

Shidou hocha de la tête comme pour se rendre.

« Alors… est-ce que tu peux marcher toute seule, Origami ? »

« C’est difficile. »

« … Ah bon. Alors attends-moi. Je vais emprunter une chaise roulante. »

Après avoir dit ça, alors que Shidou s’apprêtait à se lever, Origami tira sur le coin de ses vêtements.

« Uu, il y a un problème ? »

« Je n’aime pas les chaises roulantes. »

« Hein ? Pourquoi ? »

« Ça me rend malade. »

« … »

Peut-on avoir le mal des transports dans une chaise roulante, et dans ce couloir d’hôpital parfaitement lisse… ? De quoi est en train de parler un membre de l’AST habitué à voler avec un CR-Unit ? Bien qu’il voulait lui poser pas mal de questions, Shidou décida de se taire pour le moment.

« A-Alors qu’est-ce que je dois faire ? »

« Porte-moi. »

« Haa ? »

Incapable d’imaginer ces mots sortir de la bouche d’Origami, Shidou ne put s’empêcher de répondre ainsi.

Non, en fait il s’était déjà préparé à affronter une telle situation… Mais comment le dire, il ne s’était jamais imaginé que ce serait avec Tobiichi Origami.

« Porte-moi. »

« C-C’est… »

« Porte-moi. »

« … D’accord. »

Réalisant que toute résistance était futile, Shidou tourna son dos vers Origami. En un instant, Origami se leva légèrement, en s’appuyant sur le dos de Shidou. C’était dur de s’imaginer qu’elle avait des vertiges lorsque l’on voyait ses mouvements agiles. Il aurait été plus correct de dire que le dos de Shidou avait été possédé que de dire qu’il la portait.

« Uu… »

Il avait l’habitude de porter des filles à cause de Kotori qui chaque jour s’endormait dans le salon… Mais comme il s’y attendait, c’était d’une certaine manière différent. Mis à part sa taille un peu plus grande que celle de Kotori, une douceur unique aux filles se dégageait d’Origami… Pour le dire d’une autre manière, c’était comme si elle était un peu trop proche.

« … Origami ? J-Je crois que tu utilises un peu trop de force là. »

« Pas du tout. » dit-elle tout en resserrant encore son étreinte.

Sa poitrine, couverte par la fine robe d’hôpital, était fortement appuyée contre le dos de Shidou.

« Uu, gu… »

D’un point de vue objectif, on ne pouvait pas dire que la croissance d’Origami se passait bien… Cependant, elle était très douée pour le combat au corps à corps. Le visage de Shidou le brûlait, et tandis qu’il secouait frénétiquement sa tête pour garder son sang-froid, il se mit à pousser le pied à perfusion, relié au poignet d’Origami.

« A-Alors… Origami. Où est ta chambre ? »

« Bâtiment Ouest. Troisième étage. Chambre numéro 305. »

« D’accord… J’ai compris. »

Shidou hocha la tête pour montrer qu’il avait compris, et commença à marcher tout en poussant le pied à perfusion d’une main.

En suivant les instructions des panneaux, il entra dans le couloir qui reliait le bâtiment central et le bâtiment ouest. À ce moment…

« Waah ?! »

Alors qu’ils étaient sur le point d’arriver au croisement, Shidou lâcha un bruit féminin.

Les doigts d’Origami se déplaçaient de manière frénétique, sur tout le corps de Shidou comme s’ils essayaient de le lécher.

« Ori-Origami. Ça chatouille… »

« Ah bon. »

Quand elle eut dit cela, ses doigts s’arrêtèrent enfin. Shidou se mit une nouvelle fois à marcher, tout en lâchant un soupir de soulagement.

Quand ils atteignirent le bâtiment ouest, ils prirent l’ascenseur jusqu’au troisième étage, et continuèrent tout droit, conformément aux instructions d’Origami.

Quelque temps plus tard, ce fut sa nuque qui fut embêtée.

Cependant les deux bras d’Origami étaient toujours autour du coup de Shidou. Celui-ci avait l’impression que quelque chose était bizarre et fronça les sourcils… La raison fut vite découverte : en plus d’un bruit de respiration, il sentait quelqu’un souffler dans sa nuque.

« Ori-Origami… ?! »

Hu… Ha… Hu… Ha…

« Attends deux secondes… »

Hu… Ha… Hu… Ha…

« Hé, hé… »

Troublé, il tourna la tête. Cependant.

« Hyi ?! »

À ce moment-là, il ressentit quelque chose à quoi il ne s’attendait pas à l’arrière de son cou, et Shidou ne put s’empêcher de sursauter.

Bien que ses deux mains étaient immobiles, Shidou avait l’impression qu’on lui caressait la colonne vertébrale, comme des chatouilles.

« Quoi ?! Qu’est-ce que tu viens de me faire ?! »

Shidou parvint enfin à reprendre ses esprits, se mit à sprinter vers la désignée chambre 305 et plaça Origami dans le lit à l’intérieur.

« … »

Après qu’Origami ait été posée avec soin, celle-ci se lécha les lèvres pour une raison obscure.

« Haa… Haa… »

Bien qu’il n’avait parcouru qu’une courte distance et qu’Origami n’était pas si lourde que ça, il était étrangement fatigué. Shidou se pencha quelque temps appuyé au mur pour reprendre son souffle.

Après approximativement une minute, il observa la chambre, son cœur enfin calmé.

C’était une chambre principalement blanche. Dans cet espace d’environ 10 mètres carrés, il y avait un lit, une télévision, une chaise et un meuble, sur lequel étaient posés un vase rempli de fleurs et un panier à fruits contenant des pommes, témoins d’une probable visite précédant celle de Shidou.

« C’est… bon, Origami. Je vais devoir partir maintenant. »

Lorsque Shidou dit ça, l’estomac d’Origami gargouilla.

« … ? Tu n’as pas dîné ? »

Origami répondit avec un hochement de tête.

« Ah… Dois-je appeler une aide-soignante ? »

« … »

Origami leva soudainement sa tête, et attrapa une pomme qui était posée sur le meuble.

Et puis, après avoir pris le couteau qui était également dans le panier, elle les tendit vers Shidou.

« Épluche-les moi. »

« Hein ? Aaah… d’accord. »

Il n’avait aucune raison de refuser sa demande si ce n’était que ça. Shidou s’assit sur un tabouret proche, accepta la pomme et l’économe, plaça une corbeille sur ses genoux et commença à éplucher le fruit.

Pour Shidou, qui cuisinait fréquemment chez lui, c’était une tâche très simple. Il ne lui fallut même pas une minute pour diviser la pomme en huit et les aligner sur une assiette posée pas très loin.

« Très bien, ça sera tout maintenant ? » dit-il, en lui passant le plat.

Cependant, Origami, qui n’avait pas l’air satisfaite, secoua sa tête de droite à gauche et ne tendit pas sa main pour prendre l’assiette.

« … ? Pourquoi, Origami ? »

« Nourris-moi. »

« Quo… »

Shidou se figea sur place avec l’assiette toujours dans sa main, les épaules tremblant un moment. Quand il jugea ne plus pouvoir rester aussi pitoyable, il ouvrit la bouche, simulant une toux.

« Non… Tu dois au moins être capable de faire ça, pas vrai ? »

« On m’a dit d’éviter toute activité physique. »

« Mais il n’y a pas un instant, tu étais tranquillement en train de marcher avec un pied à perfusion à tes côtés. »

Origami ignora les mots de Shidou, et ouvrit la bouche en faisant « Ah ».

« … Toi, vraiment… Je suppose que je n’ai pas le choix. »

Shidou laissa s’échapper un soupir et après avoir pris un morceau de pomme, il l’amena dans la bouche d’Origami. Origami fronça alors les sourcils comme si elle était sincèrement surprise.

« Si tu ne peux pas bouger tes mains, alors bouge au moins ta bouche… »

« … ! Pof ! «

Il avait d’une certaine manière l’impression que ses mots avaient été ignorés. C’était parce qu’Origami avait soudainement mordu la pomme, coupant sa phrase de force.

Origami regarda Shidou après que la moitié du morceau de pomme que celui-ci lui avait mis dans la bouche soit mâchée et avalée. Elle semblait attendre l’autre moitié située dans la main de Shidou, car elle ouvrit la bouche une nouvelle fois.

« Uh, voilà. »

Et puis, une fois que Shidou lui eut passé l’autre morceau… Origami, en une seule bouchée, le mit dans sa bouche en même temps que les doigts de Shidou.

« Uu ?! »

Il n’avait pas du tout prévu cela. Il laissa involontairement s’échapper un bruit sous le choc.

« Ha, haha… est-ce que tu es née idiote ? »

Shidou afficha un faible sourire, et lâcha la pomme dans la bouche d’Origami et essaya d’en sortir les doigts. À ce moment-là, son poignet fut fermement saisi, l’empêchant de retirer ses doigts.

« Hein… ? Heeeein ?! »

« … »

Ignorant les cris de Shidou, Origami qui tenait fermement son poignet commença à lui lécher les doigts. *Lèche* *Lèche lèche* *Lèche lèche lèche* *Suce suce* *Bisou* *Suce*

« Hé, hé, Origami… ! Non, attends, vraiment… Ori-Origami-san ?! »

Shidou cria d’une voix aiguë, puis secoua ses mains de panique, et parvint finalement à s’échapper de celles d’Origami. Entre les doigts de Shidou et les lèvres d’Origami qui étaient connectés l’instant précédent, un fil luisant de salive s’étendait… Quelle scène érotique, le visage de Shidou ne put s’empêcher de devenir rouge.

« Merci pour le repas. »

Origami s’essuya la bouche et joignit ses mains, tout en baissant sa tête pour faire une révérence. Shidou, le visage recouvert de sueur, s’essuya les mains.

« C’est… bon maintenant ? »

Shidou venait de finir sa phrase lorsque Origami pointa du doigt le dessus du meuble.

« Ça. »

« Um ? »

Il y avait, à l’endroit qu’Origami avait montré, un thermomètre électronique.

« Je dois prendre ma température. »

« Aaah, ah bon. »

Shidou prit le thermomètre, et le passa à Origami. Cependant, Origami le refusa.

« Uh, qu’est-ce qu’il y a ? Tu ne voulais pas prendre ta température ? »

« C’est difficile de le faire toute seule. J’espérais recevoir ton aide. »

« Haa ? »

Shidou fronça ses sourcils et lui posa une autre question.

« N-Non non non. T’as juste à le placer sous ton bras, non ? »

« Effort physique. »

« … D’accord d’accord, j’ai compris. »

Shidou avait l’impression d’être manipulé, mais il ne pouvait rien y faire. Il laissa s’échapper un soupir et il sortit le thermomètre de son emballage.

« Maintenant que tu le dis… Comment je suis supposé t’aider à prendre ta température ? Il n’y a en fait rien que je puisse faire, si ? »

« Assis-toi là-bas. »

Après la question venant d’un Shidou surpris, Origami, *Don Don*, tapota le lit.

« Ah ? Aaah… »

Shidou pencha sa tête et s’assit à l’endroit désigné, puis Origami se leva, et s’assit en face de Shidou de sorte qu’on eut dit que ce dernier serrait son dos contre lui. Comme par hasard, leurs positions étaient maintenant totalement inversées par rapport à l’instant précédent.

« … ! Ori-Origami… ? »

Il pouvait vaguement voir sa nuque blanche comme de la neige se rapprochait de son visage depuis le trou entre ses cheveux. Shidou commença à dévier son regard.

Cependant, Origami ne semblait pas gênée par ça et elle commença à déboutonner sa robe de chambre, révélant sa poitrine.

« … ?! Qu-Qu-Qu-Qu-Qu-Qu-Qu-Qu-Qu-Qu-Qu’est-ce que tu fais, Origami ?! »

« Quand Tokisaki Kurumi est arrivée dans notre école, Shidou, tu te laissais facilement séduire par ses actions. »

« H-Hein… ? »

« J’en ai déduit qu’être agressive était efficace. »

Origami se murmura cela à elle-même, puis attrapa la main droite de Shidou et qui était en train de tenir le thermomètre. Et après cela, elle le guida lentement vers son aisselle gauche.

« … Plante-le à l’intérieur, Shidou. »

« … ?! »

« Le thermomètre. »

Bien qu’ils ne parlaient pas de quelque chose d’indécent, Shidou se sentait très embarrassé.

« Non, c’est, comme prévu ce genre de chose est…. »

« Si tu ne peux pas le faire, alors aide-moi à me laver et à me changer… »

« Je vais le faire ! Ça serait génial si je pouvais t’aider en prenant ta température. »

« Ah bon. »

Origami sembla être un peu déçue lorsqu’elle hocha la tête, et regarda de nouveau en face d’elle. Shidou prit une profonde inspiration, et déplaça sa main tremblante tenant le thermomètre vers l’aisselle d’Origami.

« … ! »

Puis, à l’instant où le bout du thermomètre toucha sa peau, le corps tout entier d’Origami frissonna.

« E-Est-ce que tu vas bien, Origami ? »

« Je vais bien. C’était juste un peu… froid. »

« A-Ah bon… »

Il reprit le contrôle de ses émotions, et déplaça une nouvelle fois le thermomètre.

« … Ah… Uh… »

À chaque fois, Origami faisait un petit bruit qui ne pouvait être entendu que de là où il était. Ce son était comme un gémissement, un halètement, un son indescriptible.

La Origami habituelle n’aurait jamais exprimé un son si doux et tentant. À chaque fois que ce son résonnait dans ses tympans, Shidou avait l’impression de monter rapidement vers les cieux.

« Uh… Shidou, encore… plus profond, un peu. »

« … Hum, désolé. »

« Si, tu… ne, l’enfonces pas correctement… alors tu ne peux pas… correctement, mesurer. »

« O-Oh… »

Il prenait simplement sa température, alors pourquoi, pourquoi avait-il l’impression de faire quelque chose qu’il ne devait pas ? Ça devait être son imagination. C’était forcément son imagination.

Shidou commença à réciter dans sa tête le Prajna Paramita Sutra[3] (bien que le contenu était désorganisé) pour pouvoir rester calme, et enfonça le thermomètre encore plus profondément dans l’aisselle d’Origami.

« Uuuh… »

Instantanément, Origami courba son corps et se mit à trembler un moment.

Après cela, elle se mit à respirer plus rapidement.

« Ori-Oooooooooooooooooorigami… ? »

« … S’il te plaît plante-le dedans, plus fermement. »

« P-P-Puis-je demander… p-pourquoi ? »

« Le thermomètre… va tomber. »

« Ah… C’est, mm… C’est vrai. »

Bien que la façon dont Shidou l’avait mis lui semblait suffisante, il exerça plus de force pour que l’aisselle d’Origami puissent tenir plus fermement le thermomètre.

C’est vrai, il serait incapable de mesurer correctement sa température si l’appareil tombait et qu’une erreur se produisait. Il ne pouvait rien y faire, il n’avait pas le choix. C’étaient les lois de l’univers qui ne pouvaient être rejetées par un humain chétif comme Shidou.

Bras, poitrine, estomac ; la douceur et la chaleur du corps d’Origami lui étaient toutes deux transmises, et une légère odeur de sueur venant de son cou qui flottait dans l’air arrivait aux narines de Shidou. Il avait comme l’impression qu’on l’avait lobotomisé et que par conséquent, il n’arrivait plus à comprendre quoi que ce soit.

… Et puis, à ce moment-là, le bip soudain du thermomètre résonna et força Shidou à reprendre ses esprits.

« Ha ! »

Il ouvrit grandement ses yeux confus, et sortit le thermomètre de l’aisselle d’Origami.

« Ah… »

Le corps d’Origami se mit à trembler une nouvelle fois, mais il essaya d’ignorer cela en se concentrant sur les nombres du thermomètre.

« 36,2 dégrées… C-C’est normal. »

« … Ah bon. » dit Origami avec une légère once de regret.

Après avoir lentement reboutonné sa chemise, elle se retourna pour regarder une nouvelle fois Shidou.

« Shidou. »

« Qu-Qu’est-ce qu’il y a… ? »

« Tu es très… compétent. »

« … A-A-A-A-Ah bon. »

Shidou n’avait aucune idée du domaine dans lequel il était compétent, mais il préférait ne pas poser la question car il avait peur de la réponse. Il se contenta de hocher de la tête et de répondre :

« A-Alors… J’y vais maintenant. Origami, prends soin de toi. »

Shidou bougea son corps, manœuvrant derrière le dos d’Origami et se leva du lit. Et ainsi, il se dirigea vers la porte. Cependant,

« … Une dernière chose, ça te gêne pas ? » dit Origami derrière lui.

« … Qu’est-ce qu’il y a ? »

Il avait un mauvais pressentiment, et c’est pourquoi il lui avait répondu cela. Quel genre de requête ça pouvait être cette fois… Cependant, Origami dit quelque chose à quoi il ne s’attendait pas.

« Hier. J’espérais pouvoir entendre la suite des événements après mon combat contre Tokisaki Kurumi… Il doit y avoir un autre esprit qui est apparu dans les cieux. Vêtu d’une tenue astrale en forme de kimono, l’Esprit qui utilise les flammes. »

« … »

Shidou retint involontairement son souffle.

Une sonnerie d’alarme résonna dans sa tête. Origami parlait sûrement de Kotori.

« Est-ce que tu t’en souviens ? »

« … A-Aaah. »

Shidou hésita un instant, avant de hocher la tête.

Bien que c’était un peu flou, Origami avait bien vu Kotori, alors le cacher n’aurait servi à rien. Cela aurait même été très suspicieux s’il avait dit qu’il n’avait pas vu l’Esprit.

Shidou ne savait pas si Origami avait remarqué sa détresse. Elle continua de parler calmement.

« À ce moment-là, avant de me faire assommer par Tokisaki Kurumi, et de perdre connaissance… Qu’importe la précision des détails, j’espérais que tu pouvais me dire où se situe l’Esprit des flammes. »

« Non… c’est, comment dire, vu que j’ai également perdu connaissance, je ne suis pas sûr des détails. »

En entendant les mots de Shidou, Origami laissa s’échapper un soupir de soulagement.

« … Ah bon. Si tu te souviens de quelque chose, j’espère que tu m’en informeras immédiatement. »

« O-Oh… »

Shidou hocha la tête, mais il se sentait très mal à l’aise.

Origami était une membre de l’AST. La chasse aux Esprits était leur mission. Alors les savoir rechercher des informations sur des Esprits récemment apparus est compréhensible… Mais comment dire, il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond avec Origami.

« Pourquoi tu veux à tout prix savoir des choses sur cet Esprit… »

« C’est parce que. »

Les mots d’Origami s’interrompirent, et elle se mordit légèrement les lèvres avant de reprendre.

« Est-ce que tu te souviens de ce que je t’ai dit avant ? »

« Avant… ? »

« À propos de mes parents, assassinés par un Esprit. »

« … Aaah… Je m’en souviens. »

Shidou hocha de la tête. Il n’allait jamais l’oublier. La raison pour laquelle Origami détestait tant les Esprits, ces calamités qui détruiront le monde. C’était, à cause de l’incident arrivé cinq ans auparavant.

« Il y a cinq ans. Celui qui a provoqué cet énorme incendie dans le quartier résidentiel de Nankou-machi, l’Esprit qui a brûlé mes parents… C’était, cet Esprit des flammes. »

« Quo… »

Shidou était sans voix.

Il plaça sa main sur son ventre, et il avait l’impression qu’à chaque inspiration, celui-ci se ballonnait. Il avait de plus en plus de mal à respirer, et une envie de vomir surgit dans son estomac.

Il prit plusieurs profondes inspirations, tout en pensant à ce qu’Origami venait de dire… Cependant, son esprit restait dans le chaos et le malaise.

Origami, elle l’avait dit auparavant.

Qu’un Esprit – l’Esprit des flammes – avait tué ses parents.

… Kotori, a tué ses parents.

« … Pendant tout ce temps, je l’ai cherché pendant tout ce temps. Pendant tout ce temps, je le cherchais sans fin. »

Elle ne semblait pas avoir remarqué le regard confus de Shidou, alors qu’elle continuait de parler.

« Et je viens de le retrouver par hasard. Je l’ai enfin retrouvé. »

« Le tuer. Le tuer. Je dois le tuer. En utilisant, mes propres mains. »

« J’ai passé ces cinq dernières années avec cette seule idée en tête. »

« Pour cela, j’ai rejoint l’AST. »

« Pour cela, j’ai obtenu un Realizer. »

« Pour cela, j’ai perfectionné mes mouvements et mes compétences. »

« Tout ça, c’était pour que je puisse descendre ce criminel. »

« Tout ça, c’était pour que je puisse affronter l’Esprit des flammes. »

« Tout ça, c’était pour que je puisse tuer <Efreet>. »

Origami n’arrêtait pas de le maudire d’une puissance qu’on n’aurait habituellement pas pu imaginer.

Son visage n’exprimait aucune émotion. Sa voix non plus. Elle ne faisait aucun geste exagéré. Malgré tout, ses paroles assassines débordaient de haine et pouvaient faire trembler de peur quiconque les écoutait.

<Efreet>. C’était le nom de code donné à Kotori quand elle est devenue un Esprit.

… Il y a cinq ans. Cela correspondait donc bien à ce que Kotori avait dit.

« Mais, comment c’est possible, ne me dites pas que… cette fille… »

« … ? Sais-tu quelque chose ? »

Origami pencha sa tête et Shidou secoua hâtivement la sienne de gauche à droite.

« Non, non… Ce n’est pas le cas. »

« Ah bon. »

Après avoir dit cela, Origami évita le regard de Shidou. Instantanément, ce dernier avait l’impression d’avoir les épaules plus légères, comme si elles étaient nouées par des liens pendant toute la conversation et qu’elles s’étaient enfin libérées. Cependant, il n’avait pas l’intention d’arrêter maintenant cette discution. Shidou commença à parler tout en bégayant un peu.

« Ori-Origami. »

« Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Si tu ne peux pas en parler, alors oublie mais… si c’est possible, j’espérais pouvoir en entendre plus de ta part sur l’esprit d’il y a cinq ans. P-Parce que, je serais peut-être capable de me souvenir de quelque chose grâce à ça. » dit Shidou.

Origami semblait d’accord et hocha la tête.

« Ce jour-là. Je retournais à la maison après avoir fait quelques courses… »

Origami commença son histoire d’une voix calme. Le fait était que ses parents, même s’ils étaient plongés au cœur du désastre, étaient à l’origine encore vivant. Cependant, l’Esprit apparut, et il tua ses parents en face de ses yeux. À cause de sa perte de conscience et de sa vision floue, elle était incapable de l’identifier. Puis peu de temps après, elle apprit l’existence de l’Esprit à l’origine de ce désastre… <Efreet>.

Cela remontait à cinq ans, mais elle ne s’arrêta pas une seule fois pour fouiller dans ses souvenirs… C’était comme si, elle les avait vécus la veille.

« … »

Après qu’il eut écouté jusqu’au bout, le cœur de Shidou battit de plus en plus, malgré l’agacement de celui-ci.

C’était parce que l’information que Shidou craignait entendre, n’avait pas été révélée par la bouche d’Origami.

Mais ce qu’il avait compris… c’était que cet Esprit, était totalement différent de Kotori.

Pour Shidou, il était impossible que Kotori avait tué les deux parents d’Origami.

« … Tu sais tout. »

C’était fini. Bien avant que Shidou puisse entendre cette information vitale, le récit d’Origami prit fin.

Shidou avait l’impression de chuter, et il s’avança vers Origami.

Un peu. Juste un tout petit peu. Voulant avoir une preuve de l’innocence de Kotori, Shidou lui posa une question.

« I-Il n’y a rien d’autre… ? Ça, comparé à l’Esprit que tu as vu hier… »

Cependant, à ce moment-là.

« … Cette annonce est adressée aux visiteurs. Les visites vont bientôt prendre fin pour aujourd’hui. Veuillez bien vouloir vous diriger à présent vers la sortie, merci. Je répète… »

Une annonce résonna depuis le couloir, interrompant Shidou.

« Qu’as-tu dit ? »

Origami pencha la tête, voulant entendre une nouvelle fois la question de Shidou. Cependant, Shidou secoua légèrement sa tête.

« R-Rien… rien du tout. Prends soin de toi, Origami. »

Origami hocha la tête en guise de réponse. Shidou quitta précipitamment la chambre avant qu’elle puisse lui dire autre chose.

Il devait rester quelques minutes avant la fin définitive des visites.

Cependant, Shidou était incapable de lui reposer cette question. Même si la réponse qu’il aurait eu l’aurait concerné. Mais, Shidou savait lui-même pourquoi il ne voulait pas reposer la question à Origami.

… Il avait, incroyablement peur.

… Peur qu’Origami donne une preuve, que l’Esprit qui était apparu cinq ans plus tôt était effectivement Kotori.

« … »

Il essaya de faire le moins de bruit possible en fermant la porte, puis se retourna vers le couloir, et commença à marcher.

Bien qu’il était dans le couloir de l’hôpital, ça pouvait être dangereux de marcher vite, alors il avait le pas lent.

Cependant, c’était comme s’il ne savait plus quoi faire, et ses pas s’accéléraient naturellement. Il plaça une main sur sa poitrine pour contrôler les battements de son cœur, tandis que ses chaussures frappaient bruyamment le sol.

« … »

Après cela, la seule chose qui arrêta Shidou, bien parti pour sortir de l’hôpital, fut son téléphone qui vibra soudainement dans sa poche.

En y repensant, il avait oublié de l’éteindre quand il était entré dans l’hôpital. Il se précipita pour en sortir, et une fois dehors, il prit son téléphone et répondit à l’appel.

« Oui… Allo ? »

« … Allo, c’est Shin ? »

« Reine ? »

Vu qu’il était pressé, il n’avait pas eu le temps d’identifier le numéro, mais à cause de cette voix endormie et aussi du surnom “Shin”, il avait immédiatement reconnu la personne présente à l’autre bout du fil… Bien qu’ils se connaissaient depuis un bon bout de temps déjà, Reine n’était toujours pas capable de se rappeler du nom de Shidou.

« … Aaah. Tu es sorti de la chambre de Mana ? »

« Ah… En quelque sorte, ouais. »

« … ? C’est une réponse plutôt vague. »

« C’est que, elle est toujours en salle d’opération, alors elle ne peut recevoir de visite pour le moment. »

« … Hmm, je vois. »

Reine répondit d’une voix faible et affligée.

« … ? Il y a quelque chose qui cloche ? »

« … Non, ce n’est rien. À part ça, Shin, est-ce que tu peux rentrer immédiatement au <Fraxinus> ? C’est à propos de Kotori… »

« … ! »

Le prénom prononcé par Reine laissa Shidou sans voix.

Le visage de Kotori avant son départ du <Fraxinus>, mélangé avec les mots d’Origami, lui faisaient extrêmement mal au fond de lui.

« E-Est-ce qu’il lui est arrivé quelque chose ?! »

« … Non, ce n’est pas le cas. La raison de ce rappel est pour qu’on puisse se mettre d’accord sur une stratégie. »

« Une stratégie ? »

Shidou fronça les sourcils lorsqu’il lui posa la question.

« … Oui. Shin, on peut dire qu’il sera extrêmement difficile pour toi de conquérir Kotori… Mais tu as tout de même un très gros avantage comparé aux conquêtes de Tohka ou de Yoshino. »

« Un avantage… hum ? »

« … Oui. La raison est simple. Elle est différente des Esprits qui apparaissent soudainement de nulle part, la cible de notre conquête est une personne qui est depuis très longtemps à nos côtés. Ses loisirs, les choses qu’elle aime, les endroits qu’elle fréquente, les objets qu’elle veut… etc, etc. Le nombre d’informations qu’on a est incomparable à ceux des autres Esprits… Aussi, il ne reste plus qu’un seul jour, la date où nous allons élaborer le plan de bataille a déjà été décidée. Et on ne pourra pas mener cette réunion à bien sans toi. »

« V-Vous avez raison. »

Tout ce qu’elle avait dit était vrai. Il était impossible de conquérir Kotori lorsqu’elle était en mode commandent, mais si on se penchait sur toutes les informations la concernant qu’ils avaient à leur disposition, c’était tout à fait autre chose. À différents niveaux, on pouvait dire qu’elle était la cible la plus facile à avoir.

« Et donc, j’ai réuni les membres de l’équipage qui savent ce qui arrive à Kotori, et on va entreprendre une conversation pour le rendez-vous qui aura lieu le surlendemain. Shin, tu dois nous rejoindre. »

C’était évident. Shidou hocha vigoureusement la tête.

« Je comprends. Si je peux vous aider de quelque façon que ce soit, laissez-moi participer. »

« Merci de ton aide… Le <Fraxinus> va venir te chercher. Puis-je te demander de rentrer chez toi en premier lieu ? »

« Oui, pas de problème… Ah, Reine. »

« … Um ? Il y a un souci ? »

« Je voulais… juste te demander… Bien que ça date de cinq ans, Kotori, elle… »

« … Kotori, elle ? »

Reine lui reposa la question. C’est juste que, Shidou s’était mis une nouvelle fois à réfléchir sur les mots qu’il avait entendus plus tôt. C’était peut-être parce qu’il n’avait pas vraiment vu les choses de long en large qu’il hésitait à demander… ou alors il hésitait à questionner Reine, la subordonnée et amie de Kotori, à propos d’une telle accusation.

« … Non, rien. »

« … ? Ah bon. Alors, on se verra plus tard. »

Après avoir dit cela, Reine raccrocha. Shidou appuya sur le bouton sans rien dire et remit le téléphone dans sa poche. Il reprit sa marche d’un pas lourd.

« Shidou ! »

Une fois à l’intérieur du navire grâce à l’unité de transfert du <Fraxinus>, Shidou retrouva Reine et Tohka, vêtue du même uniforme militaire que Reine, probablement parce qu’elle n’avait pas eu le temps de se changer.

« A-Ah, ça va Tohka ? Tu t’es révei… »

Coupant Shidou, Tohka lui bondit dessus.

« Ou-Ouah ! »

Comme il ne s’y attendait pas, son corps se raidit. Cela ne semblait pourtant pas gêner Tohka qui enlaçait fermement Shidou, ses bras autour de son cou.

« Mmm ! Shidou ! Tu vas bien ! C’est super ! »

« Mm… Tout ça, c’est grâce à toi. » dit Shidou en souriant amèrement.

Puis, ce dernier lui tapa doucement les épaules pour lui faire comprendre qu’il était temps de le lâcher. Tohka laissa s’échapper un léger “Uuh” en réalisant les intentions de Shidou et était sur le point de desserrer son étreinte quand soudain…

« … Hum ? »

Elle fronça les sourcils et rapprocha son visage une nouvelle fois du cou de Shidou.

Comme si elle essayait d’identifier une odeur, son nez n’arrêtait pas de renifler.

« Qu-Qu’est-ce qu’il y a ? Quelque chose ne va pas, Tohka ? »

« Non… C’est juste qu’il y avait une mauvaise odeur. Je me demande pourquoi… C’est normalement une odeur agréable au nez, mais quand je l’ai sentie à l’instant, ça m’a rendue malade, ou plutôt mise en colère pour être plus précise… Aaah, c’est ça, c’était un peu comme l’odeur de Tobiichi Origami. » dit-elle, sérieuse.

Quel incroyable sens de l’odorat ! Le corps de Shidou était sur le point de s’arrêter à cet instant.

« … ! C-C-C-C-C-C-C’est juste ton imagination, non… ? »

« Uu… ah bon. Ça doit l’être. Comment ai-je pu penser que tu sentais comme Tobiichi Origami ? À moins que tu aies porté cette fille, tu ne pourrais pas être imprégné de son odeur.

« … ! C-C’est vrai ! Ce genre de chose, c’est juste impossible ! »

« … Votre petite discussion a assez duré, Shin. » dit soudainement Reine en secouant la tête alors qu’elle ne faisait que les regarder depuis un coin auparavant.

L’air aussi fatiguée que d’habitude, Reine donnait l’impression qu’elle allait s’endormir à tout moment.

« Ah… Oui, je suis désolé. »

« … Mm, alors suis-moi. Tohka, est-ce que tu peux aller jouer avec Yoshino un moment, s’il te plaît ? »

« Uu ? Je ne peux pas rester avec Shidou ? »

Les sourcils de Tohka formèrent un “八” alors qu’elle fixait Shidou du regard. Sa poitrine lui était douloureuse… mais vu que il était question d’une réunion stratégique pour conquérir Kotori, il valait mieux que Tohka reste dans l’ignorance.

« Tohka, désolé. Je dois aller m’occuper de quelque chose. »

« Mmm… Je comprends. »

Bien que Tohka faisait la moue, elle partit sans discuter.

« … Très bien, alors allons-y. » dit Reine, et elle commença à marcher en tremblant.

Shidou se pressa de la suivre.

Passant à travers des couloirs encore inconnus à Shidou, ils arrivèrent en face d’une porte massive. Reine se tint devant cette porte, et des bip résonnèrent de celle-ci alors qu’elle s’ouvrait.

« … Allez, entre. »

L’intérieur de la salle était large. Au centre de la salle se trouvait une large table ronde, ainsi qu’un nombre assez important de membres de l’équipage qui s’étaient déjà assis. Cette salle semblait être utilisée pour les réunions stratégiques.

« … Cherchons quelque place libre. »

Reine entra en tremblant dans la pièce, et s’assit à une place libre. Shidou l’imita et s’assit à côté d’elle. En regardant un peu son nouvel environnement, il remarqua la présence d’un écran en mini-cristaux et d’un clavier. Il semblait que chaque place était équipée de ces installations.

Puis, l’homme assit sur le siège principal toussa et se leva immédiatement.

De longs cheveux atteignant son dos, un visage qui n’était pas aussi profond que celui d’un japonais, c’était le genre d’homme que l’on pense normalement trouver que dans des manga shoujo.

Kannazuki Kyouhei. Le Vice-Commandant du dirigeable <Fraxinus>, et également le Vice-Commandant de la division militaire. Maintenant que Kotori était en quarantaine, il était par défaut son remplacent.

« C’est super de vous avoir tous réunis ici, mes amis. Suite à la situation critique dans laquelle nous sommes, je vous demande de bien vouloir laisser le commandement à moi, Kannazuki, et je serai votre hôte pour cette réunion… Shidou-kun, c’est vraiment un honneur de vous avoir parmi nous. »

« Non, c’est plutôt à moi de dire ça. »

Shidou hocha la tête, et Kannazuki continua avec un sourire.

« Bon alors, passons sans plus attendre au vif du sujet. Que vous étiez déjà au courant du corps du commandant, ou que vous veniez de le découvrir… qu’importe votre situation, s’il vous plaît, aidez-nous… Aujourd’hui, nous allons organiser le rendez-vous entre le Commandant Itsuka et Shidou-kun qui aura lieu dans deux jours. S’il vous plaît, révélez-nous tout ce que vous savez à propos du Commandant pour faire de ce jour un jour merveilleux pour elle. » dit Kannazuki.

Ce dernier regarda autour de lui chaque membre de l’équipage qui était présent aujourd’hui dans la pièce et… il prit une profonde inspiration.

« … Shin. Il serait peut-être préférable que tu te bouches les oreilles. » dit soudainement Reine.

« Hein ? »

Shidou pencha la tête, interrogateur. Et ensuite…

« Bon alors, les gars. Chers membres du <Ratatoskr>. C’est un événement très important pour la déesse qu’on adore. Maintenant, c’est pour nous le moment de lui rendre sa gentillesse. Commandant ! Commandant Itsuka Kotori ! Notre soutien est essentiel ! Êtes-vous prêts à faire face à cette épreuve ?! »

« OOH ! »

Après la déclaration de Kannazuki, les membres de l’équipage autour de la table ronde répondirent avec un rugissement. Leurs cris terrifiants secouèrent l’air, et les ondes sonores réfléchies par les murs de la salle attaquèrent les tympans de Shidou.

« Qu-Qu’est-ce qu’il se passe ?! »

Ne semblant pas avoir remarqué l’état de Shidou, Kannazuki continua son discours.

« Souhaitez-vous être récompensés par notre Commandant ?! »

« OOH ! »

« Souhaitez-vous voir le sourire de notre Commandant ?! »

« OOH ! »

« Souhaitez-vous être à quatre pattes au sol tandis que le Commandant vous donne de violents coups de pied avec le talon de sa botte ?! »

« Oo… Hein ? »

On aurait dit que cela n’avait pas fait l’unanimité. Kannazuki simula une toux.

« C’est maintenant le moment ! C’est le moment pour lui témoigner notre amour ! Chantez-le bien fort, ce nom que nous vénérons tous ! »

« KO.TO.RI !! KO.TO.RI !! LO.VE. KO.TO.RI !! »

La salle était en effervescence. Cela ne venait pas d’un ordre ou d’une réponse, c’était plus comme s’il s’agissait du concert d’une idol.

« Très bien ! Alors, commençons avec les rapports ! Le rêve de notre Commandant, les espoirs de notre Commandant, pour pouvoir tous les atteindre, on doit la faire tomber amoureuse ! »

« Compris ! » répondit l’équipage.

Après le discours de Kannazuki, chaque membre de l’équipage commença à manipuler l’ordinateur situé près de lui, tapant toute sorte de données.

Shidou secoua sa tête de droite à gauche alors qu’il avait encore des bourdonnements aux oreilles.

« Qu-Qu’est-ce qu’il vient de se passer… c’était… »

« … Eh bien, c’est parce que, on adore tous Kotori. »

« Haa… » dit Shidou, transpirant du visage.

Soudain, un bruit résonna depuis l’autre côté de la salle. Cela venait d’un homme mince avec quelques mèches blanches dans les cheveux. Son nom semblait être… MikimotoPresident.

« Vice-Commandant ! Laissez-moi passer en premier ! »

« Très bien, je t’accorde la permission de parler ! »

« Oui ! Ça doit être un cadeau avant tout ! Puisqu’on sait ce qu’elle aime, ça sera facile de gagner ses faveurs comparé aux autres Esprits ! On sait tous que le Commandant adore les Chupa Chups ! Si on est capable de faire un Chupa Chups avec une saveur inédite et qu’on l’offre au Commandant… ! »

« NON ! Trop naïf ! De ce que l’on sait, tu ne penses pas que ça risque plutôt d’être l’amour que le Commandant a envers les Chupa Chups que tu vas nourrir ?! Grave-le dans ton cœur ! Ce que l’on aime le plus, c’est ce qui est le plus difficile à offrir !

« … ! J-Je suis sincèrement désolé ! »

« Au suivant ! »

« Oui ! »

Suivant les ordres de Kannazuki, une autre personne se leva. Ce qu’on remarquait le plus chez elle, c’était ses lunettes rondes. C’était NakatsugawaDimension Breaker.

« J’ai déjà pu récolter quelques informations sur le Commandant grâce à sa camarade de classe et amie, Kiotome Kana-chan. Apparemment, le Commandant semble adorer un jeu sur mobile, Mister Pig.

« Attends deux secondes, où est-ce que t’as eu cette information nom de Dieu ?! »

Shidou hurla involontairement, tandis que Nakatsugawa révéla un large sourire sur son visage et dressa son pouce.

« Ne t’en fais pas. Je lui ai donné assez de pot-de-vin pour ça, je n’ai rien révélé à propos du <Ratatoskr> (nous), et j’ai réussi à lui faire croire que j’étais un pauvre stalker[4] qui a après Kotori-chan.

« Qu’est-ce qu’il se passe exactement ici ?! »

« Haa… Haa… Hé petite, la personne qui était avec toi, c’est ton amie n’est-ce pas… ? J-Je vais te donner de l’argent, alors est-ce que tu peux m’en dire un peu plus sur elle… ? »

« C’est une catastroooooooooophe ! Et puis, cette Kana-chan serait le genre de personne qui n’hésite pas à trahir ses amis pour de l’argent ? »

« Il semblerait que sa mère soit gravement malade, alors elle a besoin d’argent qu’importe le prix. Après mûre réflexion, elle s’est décidée à le faire. Mais ensuite, elle a pleuré dans son oreiller à cause de la culpabilité. »

« Désolé, Kana-chan ! Je n’en avais aucune idée !! »

Shidou saisit sa tête, et le personne suivante, un homme d’age moyen, KawagoeBad Marriage, se leva de son siège.

« Vice-Commandant, c’est à moi. »

« Très bien, j’ai hâte de vous entendre. »

« Oui… En premier lieu, jetez un coup d’œil à ceci s’il vous plaît. Cette vidéo a été prise le 2 mai. »

Après cela, Kawagoe appuya sur la commande à côté de sa main. Puis, à l’écran au centre de la table, une vidéo du pont du dirigeable apparut.

Dans le siège du commandant, Kotori était assise. Il semblait qu’elle venait de finir le travail du jour. Kotori, « Uu… », s’étira légèrement, en utilisant ses mains pour se masser les épaules et parla.

« … Pfiou, qu’est-ce que c’était fatiguant. Ça serait bien que je puisse aller me relaxer aux sources chaudes une fois de temps en temps. »

« … ! »

Cette scène tira des membres de l’équipage présents un rugissement.

« E-Elle a dit… des sources chaudes… »

« Oui. Le Commandant est en effet intéressée par ça… Et j’ai une proposition à vous faire. »

Au même moment, l’image à l’écran changea en celle d’une auberge traditionnelle avec sources chaudes.

« Vous procurer le repos dans vous avez toujours rêvé. Vous revigorer corps et esprit, un repos plein de liberté ! Offrez-vous un séjour de quatre jours et trois nuits aux sources chaudes de Tsukimihara ! À l’aide de sources chaudes naturelles, aidons le Commandant à se relaxer et à se sentir libre ! »

« A-Alors c’est ça… »

« Et, ce n’est pas tout. Ces sources chaudes, avec un bon timing… les bains mixtes sont autorisés ! »

« Quo… »

Une nouvelle fois, l’équipage trembla. Kawagoe tendit ses deux mains en avant avec une aura terrifiante.

« D’après mes recherches, la dernière fois que le Commandant et Shidou-kun ont pris une douche ensemble remonte à cinq ans ! »

« P-Pourquoi savez-vous ce genre de chose… ?! »

Malgré ses cris, Shidou fut magnifiquement ignoré. Kawagoe continua son discours avec une passion ardente.

« Bien qu’ils essaieront de résister en se disant qu’ils sont frères et sœurs, Shidou-kun sera naturellement attiré par le corps grandissant et attractif de sa petite sœur, et de même pour le Commandant, lorsqu’elle commencera à éprouver un certain intérêt pour le corps de son frère… ! Leur raison perdra face à leurs fortes émotions. Leur corps rentreront involontairement en contact alors que chacun réalisera l’existence de l’autre… ! Bien entendu, cette scène devra assurément être enregistrée avec une caméra de meilleure qualité que celle d’ordinaire. »

« O-Oooh… »

L’équipage s’excita, bien qu’il y avait également quelques femmes dedans. Pour une raison ou une autre, elles aussi étaient toutes excitées. C’était comme s’il s’agissait du vrai but de cette rencontre.

« À l’approche de l’ultime nuit, tous leurs merveilleux moments prennent fin. À ce moment-là, le Commandant arrive enfin à rassembler son courage et à dire : « … Hmph, on peut très bien dormir ensemble si tu veux cette nuit. »

« … !! »

Les membres de l’équipage donnaient l’impression qu’ils se sentaient mal alors qu’ils gigotaient.

« Ils ne savent plus qui a pris l’initiative de donner la main à l’autre. Sans qu’ils s’en rendent compte, leur corps se rapprochent l’un de l’autre. Et enfin, enfin leurs lèvres se rencontrent ! Aaah, c’est quelque chose qui doit être célébrée ! Commandant ! C’est quelque chose que l’on doit célébrer… ! »

Kawagoe utilisa sa main pour se couvrir les yeux. Quand on y regardait d’un peu plus près, il semblait pleurer. Non, ce n’était pas que Kawagoe. À part Reine, tout l’équipage semblait extrêmement touché et des larmes apparaissaient dans leurs yeux.

« Shidou-kun… Prends soin du Commandant… »

« Je t’en supplie, fais en sorte qu’elle soit heureuse. »

« Uwawa… »

Vu que plusieurs visages en larmes le scrutaient du regard, Shidou se sentit mal à l’aise et se gratta la tête.

« Non, mais, même si vous le dites de cette manière… »

« … ! Quelle mauviette ! Et tu te dis être un homme ?! »

« C’est vrai ! Sois un peu plus responsable s’il te plaît ! »

« Je ne laisserai jamais le Commandant à un type comme toi ! »

C’était comme s’ils étaient tous devenus les parents de Kotori. Gêné, Shidou appuya sa main sur son front.

« Ahh mais, votre plan est excellent ! Je vous décerne la Médaille Sacrée Kotori (Sainte Kotori) ! »

« J’en prendrai soin ! »

Kawagoe frappa du poing la paume de son autre main, et s’inclina de respect. Shidou le regarda, puis se retourna pour parler à Reine qui était assisse juste à côté de lui.

« Puis-je demander, ce qu’est exactement une Médaille Sacrée Kotori (Sainte Kotori) ? »

« … Un badge avec une photo de Kotori dessus fait par Kannazuki. »

« … Ah bon. »

Comment le dire, c’était vraiment une médaille qui ne méritait pas tant d’attention.

Reine s’adressa à haute voix au reste de l’équipage qui semblait s’être définitivement décidé pour le plan.

« … Cependant, on franchira la limite de Kotori si le séjour dure quatre jours et trois nuits. »

« … Ah. »

L’équipage resta bouche bée, les membres se regardant les uns les autres.

L’inquiétude s’afficha sur leur visage.

« U-Uwu… C’est effectivement vrai. On ne peut pas tout simplement réduire la durée du séjour ? »

« On ne peut pas ! Le but principal de ce plan, c’est de réduire sans qu’ils s’en rendent compte la distance qui les sépare, pour faire de la dernière nuit un déclencheur… ! »

« … Qui plus est, les actions de Kotori pour votre dernière nuit semble être purement le fruit de votre imagination. »

« Ah… ! »

Après la remarque de Reine, l’équipage retint son souffle.

« Mm… Alors qu’est-ce qu’on doit faire… »

Kannazuki gémit péniblement. En le regardant, Reine laissa s’échapper un léger soupir.

« … Eh bien, je pense qu’on n’a pas besoin d’un plan si compliqué. »

« Alors, vous voulez dire que… »

« … Oui. Shin, est-ce que Kotori t’as déjà parlé d’un endroit où elle voudrait aller ? »

« Un endroit où elle voudrait aller… Hum. »

« … Aaah. Il peut aussi s’agir d’une chose que tu as involontairement entendue ou d’une rumeur, tant que Kotori parlait de faire cette sortie avec toi. Si elle te l’a dit directement, et plus spécialement si elle a dit qu’elle voulait y aller avec toi, ce serait encore mieux. »

« T-Très bien… »

Shidou posa son menton dans sa main. Si c’était un endroit où Kotori espérait pouvoir aller avec son frère, alors…

« C’est… ah, j’ai trouvé. Maintenant que j’y pense, elle a bien dit une fois, lorsqu’elle regardait une publicité, qu’elle aurait bien voulu qu’on aille au parc aquatique d’Eibu… »

« … Mm, ah bon. Alors pourquoi on ne choisirait pas cet endroit ? »

Reine utilisa un ton léger pour parler tout en hochant la tête.

« C-C’est bon ? Quand Kotori a dit ça, elle était en mode petite sœur, pas en mode commandante, vous savez ? »

« … Ce n’est pas grave. Ce n’est pas comme si elle avait une autre personnalité comme Yoshino. Est-ce mieux si on le dit de cette manière, qu’elle était dans un état où elle exprimait librement ses sentiments et ses envies ? »

« Oui… »

Cependant, Kannazuki fronça les sourcils comme de douleur.

« Un parc aquatique… hum. Eh bien, pour passer un rendez-vous, c’est effectivement un bon endroit, mais si on le choisit sans avoir de plan concret… »

Le reste de l’équipage semblait partager son opinion. Ils avaient tous l’air réticent, la bouche en forme de “へ”.

« … Mais on pourra voir le mignon maillot de bain de Kotori si on choisit le parc aquatique. »

« … »

Une seule phrase de Reine suffit pour qu’on puisse entendre tout l’équipage retenir son souffle.

… Le rendez-vous qui devait déterminer le destin de Kotori et du <Ratatoskr> fut tout simplement et par pure coïncidence décidé ainsi.

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