Date a Live – Tome 5 Chapitre 1

« … du coup, je vais vous annoncer votre punition. »

La voix d’un homme au ton calme, mais imposant, entra dans les oreilles de Origami.

A l’instant, dans l’une des chambres de la garnison du JGSDF, quelques hommes étaient assis en ligne et la fixaient, elle se trouvait, pour sa part, au centre de la dite pièce. C’était comme s’ils étaient en train de la réprimander pour quelque chose.

C’était tout simplement normal.

Après tout, un procès se tenait-là, Origami pouvait se défendre elle-même de ses précédentes déplorables actions.

L’homme qui était assis en face d’elle, le Général Kiritani, poursuivit de manière digne :

« Le Sergent-Chef Tobiichi sera réprimandée et punie. Pensez bien au fait que vous ne toucherez pas une nouvelle fois à un Realizer. »

« … »

C’était les mots auxquels elle s’attendait. Sans changer d’expression, elle soupira faiblement.

Le résultat avait été décidé bien avant le début du procès.

Même si, pour la forme, le superviseur de la défense directe, le supérieur Kusakabe Ryouko, était présent, elle n’avait pas beaucoup eu la parole. Au final, c’était un de ces procès qu’elle avait dû simplement suivre en vue de punir Origami.

Mais, même ainsi, ce n’était pas aussi désordonné que la situation que Origami avait causée. C’était tout simplement normal, elle avait tout simplement agit en connaissance de cause.

Mais s’il s’agissait de cet Esprit, si elle avait été capable d’abattre l’Esprit du feu, <Ifreet>, qui avait tué ses parents, cela lui aurait importé bien peu de ne plus combattre et de ne plus appuyer la gâchette de son attirail militaire de destruction.

Une erreur de calcul de Origami… <Ifreet>, Itsuka Kotori, n’était pas la cible de sa vengeance.

Non… ce fait n’avait pas encore été confirmé. Mais, Origami ne pouvait pas non plus considérer les paroles que Shidou avait formulées au péril de sa vie comme étant un mensonge complet. S’il y avait une chance que ces dernières soient vraies, il y a 5 ans de cela, à ce même endroit, il y avait eu un Esprit de plus. Du coup, Origami venait peut-être à l’instant de perdre la possibilité de pourchasser le vrai coupable.

A cause de cela, elle, qui n’était inconsidérément affectée par quoi que ce soit, sentait comme si son cœur était légèrement pressé.

Mais… à cet instant…

« … ? »

Soudain, la porte de la pièce s’ouvrit et tous les hommes, assis en rang, tournèrent leurs regards dans cette direction.

« Qu’est-ce qu’il y a, un procès se tient-là actuellement. Qui vous a dit d’entrer… »

En même temps que Kiritani prononça ces mots, tout en sourcillant, il tourna également son visage pour voir l’intrus et s’arrêta en plein de sa phrase.

« … Monsieur Westcott ? »

Face à son expression de mécontentement et à sa voix troublée, Origami se retourna et regarda.

Juste là se tenait un homme accompagné d’une femme qui semblait être sa secrétaire.

C’était un grand homme vêtu d’une combinaison d’aviation noire. Ses cheveux étaient blonds cendrés et il arborait une paire de petits yeux perçants, comme si un couteau les avait taillés dans sa figure. Il devait avoir plus ou moins 30 ans et était, malgré tout, un homme mystérieux qui donnait l’impression d’être un vétéran expérimenté.

Lorsqu’elle vit le visage de cet homme et entendit Kiritani prononcer son nom, Origami sourcilla légèrement.

Il s’agissait du directeur général de la société DEM, Monsieur Isaac Ray Peram Westcott.

Il était au sommet de la plus importante entreprise et la seule capable de produire des Realizer dans le monde entier.

« … aah. Il semblerait que vous soyez tous en plein milieu de quelque chose. Désolé pour mon impolitesse. »

Il haussa légèrement les épaules tout en prononçant ces mots dans un japonais fluide et tout en regardant tout autour de lui dans la pièce.

« Pou, pourquoi est-ce que quelqu’un comme vous est dans un lieu comme celui-ci… ? »

Kiritani exprima ces mots d’une manière nerveuse et porta son regard en direction de Westcott.

« Eh bien, vous voyez, bien que j’ai réussi à vous offrir un cadeau à vous tous, la <Blanche Licorice>, j’ai entendu dire que Mana était tombée. Et, puisque j’avais aussi prévu de faire un tour au Japon, du coup je suis venu. Je pensais venir vous encourager vous tous mais… quelque chose d’intéressant est parvenu à mes oreilles en cours de route. »

« Quelque chose d’intéressant ? »

Lorsque Kiritani secoua sa tête, Westcott acquiesça de manière exagérée.

« Est-ce un membre de l’AST qui a activé la <Blanche Licorice> et qui a combattu un Esprit avec elle ? »

« …Uh… »

Suite aux paroles de Westcott, Kiritani engloutit.

C’était sûrement une réaction normale. Le DW-029, la <Blanche Licorice>, la combinaison miliaire d’annihilation que Origami avait imprudemment utilisée, était une unité expérimentale de DEM. C’était la cristallisation de la technologie de dissimulation. Autant dire qu’elle était difficile pour une utilisation pratique, la seule personne autorisée à activer le dit équipement n’était autre que Mana, l’employée transférée de DEM.

Westcott devina probablement les pensées de Kiritani et balança sa tête à la manière de quelqu’un s’amusant à un jeu.

« Vous ne devriez pas sauter hâtivement aux conclusions. Ce n’est pas comme si je prévoyais de vous accuser ou d’utiliser cet acte déplorable comme bouclier pour forcer quelqu’un à suivre mes ordres. »

« … ? Alors pourquoi ? »

« De la simple curiosité. Même si ça n’a été que quelques instants, j’étais curieux de savoir quel genre de personne était cette Magicienne capable de diriger cette chose démente. Eh bien…»

Tout formulant ces mots, Westcott tourna son regard vers Origami.

« Je ne pensais pas que ce que serait une adorable et séduisante femme tel que vous. »

« … »

Dans son regard, Origami ressentit une étrange et effrayante sensation, *Glup*, elle avala sa salive.

Et, comme pour interrompre cet échange, le Général Kiritani toussota à propos.

« S’il vous plait, laissez-nous nous excuser à propos de cette histoire plus tard. J’étais justement en train de décider de la punition du Sergent-Chef. »

« Que voulez-vous dire par punition ? »

« Nous en sommes venus à la conclusion que ce serait approprié que lui donner un renvoi disciplinaire suite à ses précédentes manœuvres. »

Lorsque Kiritani formula clairement ces mots, Westcott soupira profondément.

« Qu’est-ce que vous dites ? Il n’y a pas beaucoup de Magiciennes de ce niveau-là capables de contrôler cette chose, vous savez ? »

« … Ce n’est pas le problème, Monsieur. C’est la loi au sein de l’escouade. »

« Ooou… »

Face aux paroles de Kiritani, Westcott prit une pose où il plaça exagérément ses mains sur son front et soupira légèrement.

Puis, il pointa ses mains vers le bureau de Kiritani, porta son regard sur lui sans aucune hésitation et ouvrit sa bouche.

« Est-ce que vous ne comprenez toujours pas, alors même que je vous le répète si souvent ? »

« …Uh… »

Sur ces mots, tous les officiers militaires assis en rang haletèrent en même temps.

C’était évident qu’il aurait eu un tel impact mais… ce n’était pas tout.

Isaac Westcott était le directeur général de la société DEM, ce qui voulait dire que, même s’il était l’homme qui contrôlait tous les Realizer au monde, il n’était pas un homme à parler pour ne rien dire.

Trente années auparavant, quelques personnes obtinrent la technologie des miracles.

Un fragment de Magie capable de manifester les rêves dans la réalité.

Bien que ce ne fût pas officiellement annoncé au public, les Realizer furent distribué aux organisations principales de chaque pays.

Si, à tout hasard, par un caprice de la société DEM, la situation devenait telle qu’elle refusait de fournir un pays en particulier, il y avait une possibilité que ce dit pays voit ses pouvoirs grandement réduits.

Le son d’engloutissement du Général Kiritani se fit entendre. En plus de tout cela, le JGSDF avait contracté, à présent, une grande dette envers la société DEM. S’il faisait une erreur de jugement et contrariait l’humeur de Westcott, sans aucun doute, les choses se compliqueraient.

Lorsque Kiritani claqua des dents, il frappa la table avec son poing.

« … Ne me sous-estimez pas, vous, l’entreprise privée. Je ne changerai pas la décision. Le Sergent-Chef Tobiichi aura un renvoi disciplinaire. »

Il dit cela en regardant fermement Westcott.

Pendant un moment, le son de quelqu’un en train d’engloutir put se faire entendre, mais… il n’y eut personne qui eut la volonté d’émettre une objection.

C’était une chose normale à faire. La priorité d’affaire telle que le pouvoir exécutif du JGSDF se pliant aux exigences d’une entreprise étrangère ne pouvait s’exercer dans un lieu comme celui-ci.

« Merveilleux. »

Westcott qui croisait le regard avec Kiritani se tut pendant un court instant, puis il soupira.

Il prit, ensuite, un smart phone de la poche de sa veste et appela quelqu’un.

« … Aah, ça fait plaisir de t’entendre. Ça faisait un moment que nous n’avions pas parlé. Oui, en réalité, il y a quelque chose dont je voudrais discuter avec toi… »

Et, après avoir échangé quelques paroles, Westcott tendit le téléphone à Kiritani.

« … ? Qu’est-ce que… »

« Vous allez comprendre si vous répondez. »

Alors que le visage de Kiritani se déforma face au doute, il prit le téléphone de Westcott.

Puis, après quelques secondes.

« … Saeki, le Ministre de la Défense… ?! »

Kiritani balança sa chaise avec un bruit sec et métallique, tandis que son visage changea de couleur sous le choc.

« Ha… mais… n, non, il n’y a pas de raison que ce genre de chose soit… »

Alors que de la sueur suintait sur le front de Kiritani, une grosse ride se grava entre ses sourcils.

Il acheva sa communication téléphonique et lança le portable à Westcott.

« Ooototo. Traitez-le avec respect, s’il vous plait, puisqu’il s’agit du tout dernier modèle. »

« … Connard. »

« Fufu, le contrôle Sibérien est réellement un système magnifique, n’est-ce pas ? Etre capable, sans l’aide de la force physique, de coincer un adversaire… le tout peut être réglé en étant un peu intime avec un gentleman. »

Westcott remit le téléphone dans sa poche et renvoya le regard à Kiritani tout en haussant des épaules, puis il présenta la paume de sa main comme s’il concluait un marché.

Kiritani grogna, irrité, il leva le rouleau qu’il tenait et le frappa sur la table.

« … Le Sergent-chef Origami sera condamnée à une assignation à résidence pour une période de deux mois… ! »

« … !? »

Suite à cette annonce, tous les officiels alignés ouvrirent grand leurs yeux. Assignation à résidence… en d’autres termes, l’interdiction d’utiliser un Realizer.

Pour ce que Origami en savait, c’était une punition incroyablement douce.

« Général. C’est… »

« … Silence. Je vous ai déjà dit en quoi consistait la punition. Le procès s’arrête-là. Dépêchez-vous et barrez-vous ! »

« Mais… »

Lorsque Origami tenta de dire quelque chose, Ryouko paniqua et lui attrapa la main.

« Ex, excusez-moi ! »

Elle prononça ces mots et salua, puis elle tira Origami et quitta la pièce à vive allure.

A cette occasion, Westcott leva légèrement ses mains, action semblable à celle qu’entreprendrait un ami, mais Origami ne lui répondit que par un regard, puis elle passa la porte en étant toujours tirée par Ryouko.

Cette dernière poursuivit sa route et éloigna Origami un peu plus de la pièce. Atteignant une distance où leurs voix ne pouvaient plus être entendues, elle s’exprima à nouveau :

« … Origami, qu’est-ce que tu essayais de dire à l’instant ? »

« … Peu importe si c’était indirect ou non, le fait que JGSDF cède aux exigences d’une entreprise étrangère est… »

Alors qu’elle prononça ces mots, *Supan !*, Origami fut frappée sur la tête.

« Qu’est-ce que tu fais ? »

« C’est à moi de le dire. Qu’est-ce que tu vas faire si tu dis quelque chose sans tact et si on te punit encore ?! »

« … C’est un problème. »

Suite à ces mots, Ryouko se gratta la tête et soupira.

« Bon, c’est pas bien comme ça ? Que ce soit ou non une coïncidence, pense à tout ça comme si Dieu t’avait envoyé un ange au visage terrifiant afin de t’aider… Tu veux prendre une revanche, pour tes parents, n’est-ce pas ? »

« … »

Tout en écoutant, Origami acquiesça et agrippa fermement le parchemin.

L’expression de Ryouko se relâcha, elle baissa sa tête en guise de satisfaction.

Et…

« … Hmm ? »

A ce moment-là, Ryouko sourcilla soudainement et poussa son regard au plus profond du passage.

Lorsqu’elle se retourna en direction de celui-ci, quelque chose l’attira, elle vit deux têtes en train d’épier depuis le coin de l’intersection du couloir.

Après avoir échangé quelques regards avec Ryouko, elles marchèrent vers elle, puis :

« Wa ! »

Lorsque Ryouko s’écria soudainement, les deux têtes sursautèrent et se cognèrent l’une à l’autre.

« Ou, ouch ouch… Qu’est-ce que c’était ? »

« Mugyuuu, lou, lourde, tu es lourde, Mike ! »

Les deux personnes ci-présentes étaient des adolescentes. L’une d’entre elle était une fille aux cheveux attachés en deux couettes et portant un uniforme du lycée Raizen. L’autre était vêtue d’une robe légèrement plus longue que ses vêtements de travail et portait des lunettes, c’était une fille aux yeux bleus et aux cheveux blonds.

C’était le soldat de deuxième classe Takamine Mikie et le sous-officier de deuxième classe Mildred F. Fujimura. Elles étaient différentes d’un agent de terrain et d’un mécanicien, mais elles étaient toutes les deux des membres de l’AST tout comme Origami et Ryouko. Puisque l’âge de ce duo était proche de celui de Origami, elles étaient étrangement liées à elle.

« Mikie et Mily. Les filles… Qu’est-ce que vous faites dans un tel endroit ? »

Tout en croisant ses bras, Ryouko leur posa cette question avec des yeux mi-clos. Les deux filles ajustèrent leurs positions et commencèrent à agiter les mains.

« Ah, err, eh bien, c’est à propos…ehhh… qu’est-ce que c’était déjà, Mily ? »

« Ueh ?! C’est perturbant, même si tu le balances à Mily… »

En constatant de l’état de ces deux, Ryouko poussa un profond soupir.

« Ça doit probablement être quelque chose comme s’inquiéter pour Origami… franchement… »

« A, Auuuu… »

« Je suis désolée. »

Tout en prononçant ces mots d’excuses, Mily et Mikie baissèrent leurs épaules découragées.

Mais, immédiatement, Mikie leva sa tête et posa son regard sur Origami.

« D, Donc… Comment ça s’est passé, Origami-san ?! »

Sur ces mots de Mikie, Mily la suivit et s’avança. A les voir toutes les deux, Ryouko, sérieusement, afficha l’expression de quelqu’un qui avait abandonné et poussa un long soupir. Suite à quoi, elle fit signe de son menton à Origami comme pour lui dire : « Réponds ». Origami y répondit en baissant légèrement sa tête, puis elle ouvrit sa bouche :

« … On m’a dit et donné un intervalle d’assignation à résidence de 2 mois. »

« Ah, aah… »

Au moment où elle entendit ces paroles, Mikie perdit ses forces dans ses jambes et s’écroula au sol.

Mais, immédiatement, elle balança sa tête et prit dans sa poche une enveloppe brune où était écrit : « Lettre de démission », et la claqua au sol.

« Non, maintenant que les choses se sont finies comme ça, je vais également quitter ce travail~ kyuu ! »

« Mike, tu ne l’as pas bien dit. »

Mily frappa le dos de Mikie comme si elle calmait un animal.

« Je veux dire, calme-toi et répète ce que Origami vient de dire à l’instant. »

« Eh… ? C’est parce que Origami-san a reçu deux mois d’assignation à résidence… Eh ? Que que ? Assignation à résidence ? »

Mikie sécha ses larmes avec ses manches et se releva.

« Assi, assignation à résidence, ce qui veut dire que tu ne vas pas partir, n’est-ce pas ?! »

« Oui. »

A cet instant, le visage de Mikie, qui était teinté de désespoir, s’illumina soudainement.

« C’est, c’est super… ! Si Origami-san avait été virée, alors je… je… uh… »

Les larmes, qui avaient été séchées, se remirent une nouvelle fois à couler des yeux de Mikie. Puis, submergée par ces émotions, elle écarta ses bras et s’élança vers Origami.

« Origami-saaaan ! »

Mais, cette dernière ne répondit pas en conséquence. En vue de se prémunir de l’assaut de ce petit corps, elle tordit le sien et, en raison de leur différence de taille, elle put donner un coup de coude à l’arrière de la tête de cette cible en approche.

Même si elle n’avait pas eu l’intention de l’attaquer, la sensation qui s’était produite dans son corps était simplement une réaction excessive face à un adversaire qui lui arrivait dessus.

« Hebuuu ?! »

Elle poussa un étrange cri, *Slam !*, le visage de Mikie frappa brutalement le sol.

« O, Origami-saan… »

« … J’ai été surprise que tu fonces sur moi si soudainement. »

«  S, sans blague… à l’instant, n’était-ce pas une belle scène d’émotion… ?  »

Mikie se frotta le nez et le front tout en reniflant sa morve.

Tout en regardant de côté Mikie, Ryouko se courba et prit l’enveloppe brune au sol.

« Fu-un… Alors tu veux quitter l’AST. Je suppose qu’il n’y a pas de choix. Même si ça fait mal puisque nous manquons d’effectifs, tu as été suffisamment polie pour préparer quelque chose comme ça, je suppose que je ne peux pas froidement rejeter cette demande, huh. »

Elle fit des gestes exagérés et haussa ses épaules, enfin elle poussa délibérément un soupir.

« Heh ?! »

Celle qui venait de s’écrier d’une voix hystérique était évidemment Mikie. Ses yeux tourbillonnèrent en cercles puis se dirigèrent vers Ryouko paniqués.

« Ah, err ! C’était… ! »

« Hmmm… ? Oui~. Qu’est-ce qui ne vas pas, Mike ? …Aah, désolée de t’avoir appelé d’une manière si familière, Takamine-san. Ne t’inquiète pas, s’il s’agit de toi, tu feras très probablement du bien dans ta vie à partir de maintenant. »

« Capitaine, c’est, c’est une erreur ! C’est une erreuuur ! »

Mikie tendit ses mains pour reprendre la lettre de démission. Mais, alors qu’elle était sur le point de l’attraper, Ryouko la leva.

« C’est, c’est une sorte de malentendu ! C’est un sinistre complot ! »

« Malentendu…huh… Même si c’est écrit de ta main ? »

*Hop**Hop*, ces sons correspondaient aux sauts de Mikie, tandis que Ryouko levait la lettre toujours plus haut afin de l’empêcher de la reprendre.

Il était clair qu’elle jouait. C’était quelque chose de rare chez la super sérieuse Ryouko, mais… Elle avait probablement accumulé du stress jusqu’à présent et, maintenant, elle le relâchait en taquinant Mikie de tout son corps.

Lorsque Origami fixa Ryouko comme elle le faisait toujours, *ahaha*, Mily eut une sourire enjoué.

« Eh bien, toutes les deux, c’est une bonne chose que Origami n’ait pas été virée… mais, c’est surprenant que tu ais réussi à avoir seulement deux mois d’assignation à résidence. Pour parler honnêtement, je ne pensais pas que quelque chose d’autre qu’un renvoi soit possible. »

Origami se demandait par où commencer et avait du mal à l’expliquer. Mily tremblota immédiatement.

« Ne, nenenenenene me dis pas… »

« Mildred ? »

Pensant qu’elle ne se sentait pas bien, Origami l’avait appelée par son nom. Mily n’y prêta pas du tout attention et rougit ; des gouttes de sueur dégoulinèrent, ensuite, de son front.

« En y pensant normalement, cet acte était d’une catégorie punissable et déplorable… mais la sentence a été l’assignation à domicile de Origami… cette punition est étrangement douce… dans une chambre sombre… et les sourires lubriques des officiers supérieurs… ‘Tu n’as pas envie d’être virée, n’est-ce pas ? Alors tu devrais savoir quoi faire pour empêcher ça, pas vrai ?’… Ah~, Origami a été alors forcée de porter des vêtements humiliants et de ramper au sol… et ensuite, sa part de jeune fille que personne n’a jamais vu… »

« Hey ! »

« Gyann ! »

Le poing de Ryouko, *Bam*, partit droit sur la tête de Mily.

« C, c’était pour quoi au juste ?! Le cerveau de Mily est un trésor international, tu sais ! »

« Tais-toi ! Tu as dit à haute voix tout ce que tu pensais. »

« Dit, dit à haute voix… Ne me dis pas que tu veux jouer à ce jeu de maniaque sur moi ?! »

Une fois de plus, le poing de Ryouko partit sur la tête de Mily.

« Ouch ouch ouch… mouu, est-ce que Ryouko va prendre ses responsabilités si je deviens stupide… ?! »

« T’es déjà pourrie de l’intérieur, espèce de Mimidoshima[1]. »

Lorsque Ryouko abandonna et ouvrit son poing, Mily se frotta la tête.

C’est à ce moment-là que les sons des pas de deux personnes se firent entendre dans le couloir.

Lorsqu’elles se tournèrent dans cette direction, elles virent un homme aux vêtements noirs et une femme portant des lunettes de soleil. C’était la secrétaire d’Isaac Westcott.

« … »

Origami baissa la tête. En suivant les mouvements de Origami, les autres réalisèrent la présence de Westcott. Du coup, elles se turent, arrêtèrent de s’amuser et se tinrent droite.

« … Aah. »

Westcott prit conscience du groupe et haussa les sourcils. Au moment où il passa à côté de Origami, il mit ses mains sur ses épaules.

« J’ai de grandes attentes de ta part, jeune Magicienne. Puisqu’il s’agit de toi, je suis sûr que tu abattras les Esprits. »

« … »

Origami engloutit.

Ce n’était pas comme si elle avait ressenti de l’hostilité ou une intention meurtrière, mais le cœur de Origami se contractait encore et encore ce qui était tout simplement impossible. C’était comme si… elle ressentait de la peur envers l’homme qui était passé à côté d’elle il y a quelques instants.

« Donne-le-lui. »

Lorsque Westcott donna cet ordre, sa secrétaire sortit un petit morceau de papier de sa poche et le tendit à Origami.

« Poursuivons. »

Elle le prit sans mot dire. Sur celui-ci étaient écrit : le nom I.R.P. Westcott, une liste de numéros qui devaient être des numéros de téléphone et une adresse mail.

« Si quoi que ce soit te tracasse, tu peux nous appeler aussi souvent que tu le désires… DEUS.EX.MACHINA ne ménagera pas ses moyens pour t’aider dans ta cause. »

« …Je vous remercie. »

Elle avait pris la carte de visite et avait répondu doucement. Mais, au final, elle ne pouvait plus regarder derrière lui.

Qu’il ait réalisé ou non l’état dans lequel se trouvait Origami, Westcott afficha un sourire, puis, accompagné de sa secrétaire, il s’en alla.

« E, errr… Qui était cette personne à l’instant ? »

« Qui ? »

Mikie et Mily secouaient leurs têtes exactement en même temps. Ryouko, qui avait une expression de mal aise, se gratta la tête comme si elle laissait tomber, puis elle fit face au groupe les yeux mi-clos.

« C’était Monsieur Westcott de la société DEM. Vous ne l’avez jamais vu à la télévision ou dans des magazines ? … C’est encore compréhensible de la part de Mikie, mais, Mily, n’as-tu pas été transféré ici par DEM ? Comment peux-tu ne pas le connaître? »

La société DEM est la seule au monde capable de fabriquer des Realizer, le composant vital des CR-Unit.

A cause de ça, les organisations policières des différents pays et les armées, chacune équipées de Realizers, disposent de responsables et d’agents de maintenance venus de chez DEM. Mily est l’un de ces agents.

Suite aux paroles de Ryouko, *Ah*, Mily toucha son menton avec ses doigts.

« Maintenant que j’y pense, il doit y avoir quelqu’un comme ça… »

« Maintenant que j’y pense… C’est pas le chef de chez vous ? »

« Ahaha, c’est parce qu’il est rare que les mécaniciens et les gérants se rencontrent en face à face… De toute façon, tout le monde était satisfait que les gérants restent tranquilles tout en envoyant de l’argent à Mily et autres… »

« Tu as sorti une bien dangereuse remarque l’air de rien. »

Ryouko sourit sèchement, mais Origami n’écouta pas plus de cette discussion.

Elle regarda la carte de visite dans sa main gauche comme éblouie par les mots et les numéros imprimés dessus… puis, une fois de plus, elle humidifia sa gorge avec sa salive.

Les pas de Westcott résonnaient dans le couloir lorsqu’il eut un petit soupir.

« … Est-ce que tu as vu, Ellen ? Personne n’a vu à quel point la situation est grave. Tous ces idiots incompétents réunis ensemble étaient suffisamment étranges pour rejeter la faute sur un génie comme il y en a qu’un sur 10 000. »

« Je suppose que c’est vrai. »

La fille,… Ellen, marchait quelque pas derrière lui alors qu’elle répondit calmement.

« Mais, qu’une Magicienne non purifié puisse bouger la <Blanche Licorice>… Si, à tout hasard, ce Kiritani n’avait toujours pas voulu lever la punition de Tobiichi Origami, ça aurait été mieux de l’inviter dans ma société. En effet, ce serait regrettable de l’abandonner. »

« Auprès de DEM ? »

« Aah. Si un traitement magique était correctement mené, à l’instar de Mana ou Artemishia, elle pourrait devenir une Magicienne capable de surpasser Ellen Mathers, la plus puissante magicienne au monde. »

« … »

Venait de dire Westcott en plissant des yeux alors que la plus puissante des Magiciennes garda le silence. Même s’il l’avait dit pour plaisanter, elle était devenue un peu morose. Westcott pensa qu’elle était affreusement mignonne et leva ses épaules.

Mais Ellen se souvint soudainement de quelque chose et dit :

« … En parlant de ça, il y a eu un rapport. »

Elle ouvrit le dossier qu’elle tenait en main.

« Rapport ? »

« Oui. L’Esprit de classe AAA, répondant au nom de code <Princesse>, celle qui apparaissait souvent dans les environs du Kantou et qui avait cessé de se manifester pendant 3 mois. C’est ce que je te disais il y a quelques jours de cela. »

« Aah, c’est ce que j’ai entendu, mais ce n’est pas vraiment si rare, non ? »

« Oui. Mais, regarde. »

Ellen prit une photographie et la montra à Westcott.

Il y avait deux filles sur celle-ci. L’une d’entre elle était le Sergent-Chef Tobiichi Origami qu’ils ont rencontrée précédemment. Maintenant qu’il y pensait, il avait entendu qu’elle était un membre réserviste de l’AST puisqu’elle allait à l’école la moitié de son temps.

Mais… le problème venait de l’autre fille.

C’était une fille à la silhouette mince, elle portait le même uniforme que Origami. Elle était d’une grande beauté avec ses cheveux noirs comme la nuit qui lui descendaient jusqu’aux hanches. Elle avait de magnifiques yeux tels des cristaux ; une fois ces derniers aperçus, il devait probablement être impossible de les oublier pour le restant de ses jours.

Il n’y avait pas de doute, il n’y avait pas de doute possible. Il s’agissait bien de :

« … <Princesse> ? »

Alors que Westcott régulait son cœur qui battait furieusement, il avait pris une voix douce et avait prononcé ce nom.

Oui. La personne dont il était question-là était bien l’Esprit nommé <Princesse>.

« Qu’est-ce que ça veut dire ? Est-ce que tu veux dire que cet Esprit utilise une compétence de haut niveau pour aller à l’école ? »

Lorsqu’il formula cela en fronçant des sourcils, Ellen ouvrit sa bouche.

« Le nom de cette fille est Yatogami Tohka. Il semblerait qu’il s’agisse d’une étudiante transférée au Lycée métropolitain de Raizen au cours de la période où <Princesse> a disparu. »

« Quelles ont été les mesures du JGDSF ? »

« Le Sergent-Chef Tobiichi a rapporté qu’une étudiante ressemblait à l’Esprit, mais, puisque les résultats des analyses ne révélaient aucun trace Spirituelle en elle, elle a été classée en tant que personne normale. »

« Comment a-t-elle été analysée ? »

« Il s’agit d’une observation extérieur faite par le DS-06. »

« C’est impossible. »

Lorsqu’il entendit le nom de la machine d’observation qui avait été utilisée, Westcott mit sa main droite sur le front et soupira.

« Ils ont utilisé une fois le DS-06, un véhicule à faible précision, et ils ont conclus qu’il s’agissait d’une autre personne qui ressemblait à l’Esprit, tout simplement ? »

« Il semblerait. »

« Ellen, avec tout ça, je suis certain. Un idiot amoureux de la paix est bien plus effrayant que n’importe quel dément. »

« Je vais demander une ré-investigation de toute urgence. »

« …Non, attends. »

Il tendit sa main pour la retenir de ce faire.

« Si nous laissons ça à ce genre de VIP du JGSDF, le mieux qu’ils puissent faire est un examen physique avec les mêmes résultats. »

« Donc… »

« … Ouais, nous allons reprendre l’affaire en main. Si nous nous en occupons, nous pourrons résoudre ça rapidement et simplement. »

« Mais… »

Il empêcha Ellen de poursuivre plus avant. Il savait ce qu’elle allait dire.

Aussi longtemps que Miss Yatogami Tohka aura une chance d’être un Esprit, il serait nécessaire de déployer le potentiel offensif adéquat pour lui faire face, au cas où elle montrerait ses véritables couleurs.

Mais, avoir suffisamment de personnel et d’équipement pour s’opposer à un Esprit de rang AAA, et mettre le tout en place, c’était incroyablement difficile pour l’AST.

Le fait était que la situation actuelle était semblable à avoir un banquet en face de soi, mais ne pas pouvoir y toucher. Il pensait également à demander à l’AST de laisser Ellen faire partie du JGSDF à nouveau.

« … Pourrais-tu me laisser voir ça un peu plus longtemps ? »

« Oui. »

Westcott pointa son doigt en direction des mains d’Ellen et, après avoir donné une brève réponse, elle lui tendit le dossier.

Il retourna ensuite le livre et… les coins des lèvres de Westcott se tordirent.

« Houu… N’est-ce pas une bonne synchronisation… Hey, Ellen, est-ce que ton corps est rouillé de ne pas avoir affronté d’Esprit récemment ? »

« … »

Lorsqu’il dit cela, les joues d’Ellen tressaillirent.

Les Esprits apparaissent, selon leurs caprices, à des endroits et à des moments inattendus. Il y a une limite de temps pour préparer la plus puissante force offensive lorsque le combat apparait n’importe quand. Si par chance, ils acculaient un Esprit, ce serait inutile si ce dernier venait à être Lost[2].

Mais, s’ils étaient au courant de la localisation d’un Esprit, la procédure était bien plus simple.

« Je te laisse t’occuper de tout ça, Ellen… Ellen. Ellen Mira Mathers. La plus puissante Magicienne qui n’est seconde en rien. S’il s’agit de toi, je suis sûr que tu seras capable de l’accomplir. Peu importe qui est l’adversaire, même s’il s’agit de l’atroce entité qui causera la destruction du monde. »

Ellen applaudit avant de répondre :

« C’est une évidence. Peu importe mon ennemi, je ne perdrais jamais. »

Il s’agissait-là d’une réponse qui satisfaisait à ses attentes. *hmhm*, Westcott eut un sourire agréable.

Après une brève inspiration, Takamiya Mana ouvrit ses yeux lentement.

C’était probablement parce qu’elle ne les avait pas utilisé depuis un long moment, sa vision était floue telle une mosaïque.

Elle ne pouvait pas employer pleinement la force de son corps, ce dernier était entièrement parcouru d’une douleur sourde.

« Où… suis-je… ? »

Un instant, la voix qui sortit de sa gorge lui parut être celle d’un inconnu. Sa gorge sèche et le bourdonnement dans ses tympans… ces facteurs étaient suffisants pour qu’elle ne la reconnaisse pas. Ce genre de pensée stupide lui traversait l’esprit.

Elle prit quelques secondes, puis elle recouvra ses esprits et confirma la situation dans laquelle elle était.

Une chambre blanche, un grand lit, son corps tout entier était enveloppé de bandages, des perfusions étaient reliées à son bras gauche et un masque à oxygène se trouvait sur sa bouche.

Des électrodes étaient fixées à sa poitrine et l’électrocardiogramme, relié aux battements de son cœur, bipait à rythme régulier.

Involontairement, elle eut un sourire sec. Peu importe la manière de l’envisager les faits, elle était une patiente en condition critique.

« Pourquoi est-ce que je suis dans un tel… ? »

Elle prononça ces mots et, ensuite, ouvrit grand ses yeux. Elle retira son masque à oxygène et leva son corps endolori et blessé. Puis, elle tourna son cou et ses yeux vers une horloge digitale disposée sur une étagère.

MER 5/7 14 :00.

« Le 5… juillet… ?! »

Mana haleta tout en regardant la date affichée.

Soit l’horloge était cassée soit quelqu’un voulait intentionnellement la tromper en changeant la date, soit ce n’était ni l’un ni l’autre.

Oui, en effet, Mana avait été vaincue et mise en déroute par la vraie Kurumi qui avait manifesté son Ange.

Les autres personnes qui étaient sur les lieux, outre Mana et Kurumi, étaient : Shidou, Tohka et Origami, seulement eux trois. Elle pensa qu’il n’y avait probablement personne capable de renverser la situation. Ce qui revenait spécifiquement à dire…

« Onii-sama… ! »

Mana retira avec vigueur les électrodes collées à sa poitrine et la perfusion qui était enfoncée dans son bras gauche. A l’instant-même où elle le fit, l’électrocardiogramme dysfonctionna et, *Piiii*, émit un tel son.

A ce moment-là, finalement, Mana réalisa quelque chose de basique.

« Pourquoi ne… suis-je pas morte… ? »

Il était clair que son corps lui faisait mal. Sa vision était brumeuse. Il était difficile d’affirmer que ses sens étaient en parfait état.

Mais… elle était en vie.

Elle avait été exposée, sans défense, face à ce mangeur d’existence qu’était <Nightmare>, mais elle avait survécu.

Ce qui voulait dire que la situation était devenue inutilement incompréhensible. Au moment où elle avait perdu conscience, la bataille était à son pire état possible.

Sur le toit de l’école, au sein de la plus profond part de duplication de Kurumi, résidait son Ange qui contrôlait le temps.

C’était le genre de situation désespérée dont on prenait conscience d’un simple regard. Il n’y avait probablement en ce monde aucune force existante capable de vaincre ce monstre.

Mais, dans si tel était le cas, ça n’expliquait toujours pas pourquoi elle était encore en vie… A moins que cette femme perverse ait décidé de ne pas accomplir sa vengeance, pour un motif du genre que c’était-là son caprice de ne pas le faire.

Mana posa ses mains sur sa tête endolorie. Même si elle avait survécu, elle ne savait pas si les autres étaient ou non hors de danger. Que diable était-il arrivé aux autres là-bas ?

« …Eh ? »

Mana laissa échapper ce bruit en levant ses sourcils alors qu’elle plongea dans ses pensées.

La porte de sa chambre s’ouvrit et quelques personnes portant des costumes noirs entrèrent.

« … Takamiya Mana, n’est-ce pas ? »

« … Qui êtes-vous ? Vous êtes habillés de manière trop sombre pour des docteurs ou des infirmières. »

Mana arbora un regard cinglant et les hommes en noir ne bougèrent plus d’un pouce.

« Vous allez venir avec nous. Même si nous ne voulons pas recourir à la violence, si vous résistez, nous n’aurons pas d’autres choix. »

« … Aah ? »

Les traits de Mana se déformèrent de manière menaçante, puis elle regarda l’homme qui lui avait parlé.

« Vous savez à qui vous parlez ? Recourir à la violence ? Contre moi ? Haa, essayez si vous voulez. »

Elle prononça ces mots, se leva et secoua ses poings afin de s’accoutumer à son corps.

« Takamiya-san, qu’est-ce qui ne va pas ? »

L’infirmière ouvrit la porte… et se figea sur place.

« Eh… ? »

Elle avait vu un problème sur l’électrocardiogramme de Mana et était venue pour contrôler, mais… la chambre était actuellement vide.

Sur le lit défait se trouvaient le masque à oxygène et les électrodes, les aiguilles des perfusions étaient éparpillées tout autour et une faible impression demeurait encore sur le lit, comme si quelqu’un y dormait encore il y a peu.

Mais, peu importe la direction où tournait la tête dans la pièce, à gauche ou à droite, même sous le lit, elle ne retrouvait pas la patiente supposée inconsciente.

L’infirmière se précipita vers l’oreiller et appuya sur le bouton pour appeler de l’aide.

« C’est fini… »

Alors que le carillon qu’il était habitué à entendre dans l’enceinte de l’école résonna, Itsuka Shidou tomba sur la table comme s’il était à court d’énergie. Il devait probablement y avoir de la fumée qui sortait de sa tête.

C’était tout simplement normal. En effet, il venait à l’instant d’achever son examen de fin de trimestre, l’un des ennemis les plus redoutables de la vie étudiante.

« Ok, ok, ne vous relâchez pas encore. Faites circuler vos copies en partant du fond. »

Le professeur avec ses lunettes se tenait debout derrière son bureau, sa voix s’éleva et, *clap* *clap*, elle frappa dans ses mains. Il s’agissait du professeur principal, Okamine Tamae, surnommée Tama-chan.

Les étudiants se levèrent tels des zombies et, dans l’ordre, ils passèrent leurs copies à la place devant eux.

Shidou se rendit compte que le mode zombie des autres camarades de classes était supérieur à la moyenne habituelle, mais ça aussi c’était normal.

En plus du fait qu’il s’agissait-là d’un examen avec une grande variété de sujets, à peine quelques jours auparavant, tous les étudiants de l’école avaient été envoyés en même temps à l’hôpital.

A la fin du mois précédent, il y avait eu un accident où tous les étudiants et tous les membres du personnel présents dans les locaux s’étaient évanouis.

Après une investigation rigoureuse allant des tuyaux de gaz de l’école aux matériaux de construction de l’immeuble, en passant par l’étrange substance qui avait été libéré par le gaz, la fermeture temporaire de l’école avait été levée mais… impitoyablement, la date de l’examen de fin de trimestre n’avait même pas été déplacée d’un jour.

« … Hmmm ? »

Et, pendant qu’il plaçait sa copie sur le tas de copies et les passait devant lui, il regarda la fille assise à sa droite. Tout comme il l’avait fait quelques instants auparavant, *pong*, la dite fille s’écroula sur la table.

« Tohka, est-ce que tu vas bien ? »

« U, umu… »

Lorsque Shidou tenta de lui parler, Tohka leva sa tête confusément.

« Comment ça s’est passé ? »

« Mu… Muu, c’était juste pas mal. »

C’est avec un visage épuisé que Tohka agita sa main.

Lors des examens de milieu de trimestre, elle était la personne qui n’avait fait que gribouiller sur sa feuille (Reine s’était débrouillée en secret pour que Tohka ne reçoive pas de remarque en rouge), mais, après avoir compris le concept de contrôle, elle avait voulu faire de son mieux et avait commencé à étudier. Il semblait qu’elle n’aime pas le fait que Shidou étudie pendant qu’elle ne faisait rien du tout.

Au sein de <Ratatoskr>, ils souhaitaient également que Tohka entreprenne ce genre d’action, il y avait même eu une séance de révision à la résidence des Itsuka avant l’examen… mais, comme on pouvait s’y attendre, elle avait perdu la majorité de son énergie puisée à faire quelque chose qu’elle n’était pas habituée à faire.

En réalité, après une heure de révision, elle avait commencé à avoir de la fièvre, une fièvre bien réelle qui avait apporté une flambée de croissance intellectuelle.

« Ok, à présent, toutes les matières, réunies en un seul test, sont finies. Bon travail tout le monde. »

Tama-chan éleva la voix et les sons de rires et de soupirs de soulagement se firent entendre dans la salle de classe.

« Mais, puisqu’il reste encore des choses à faire aujourd’hui, vous ne devez pas rentrer chez vous. »

Tama-chan prononça ces mots pour être sûre et remis en place le tas de copies avant de quitter la salle de classe.

Sur ces faits, Tohka, chancelante, se leva entièrement de sa chaise et, assoiffée, elle dit :

« Shidou… laisse-moi boire… de l’eau. »

« Oh, oh. Tu vas bien ? »

« Umu… Ne t’inquiète pas. Je suis simplement un peu fatiguée. »

Répondit Tohka alors qu’elle trébucha à la porte de la salle de classe suite à son faible jeu de jambes. Elle ouvrit, ensuite, la porte et s’avança dans le couloir.

« Haha…Eh bien, elle a essayé sérieusement après tout. »

Shidou soupira après avoir salué Tohka de dos, puis il se pencha sur sa chaise… *twitch*, il sourcilla.

La raison en était simple, la silhouette de l’étudiante assise à sa gauche venait d’entrer dans son champ de vue.

C’était une fille aux cheveux blancs mi-longs qui semblaient caresser ses épaules de leur pointe. Et, puisque sa tête était tournée vers la gauche…et puisqu’elle regardait par la fenêtre, il ne pouvait qu’imaginer le fait qu’elle n’ait aucune expression sur son visage.

Tobiichi Origami, l’une des camarades de classe de Shidou et un membre de l’AST, une organisation qui chasse les Esprits.

« … u. »

Même s’il n’avait rien fait du tout, il y avait une douleur grinçante dans son cœur. Involontairement, son visage se déforma.

Après les évènements de la fin du précédent mois, Shidou n’avait pas du tout parlé à Origami.

D’une certaine façon, il sentait que s’il laissait passer cette chance, il raterait l’occasion d’avoir une conversation avec elle.

Il rassembla toute sa détermination et finit par dire :

« O…Origami. »

Lorsqu’il l’appela, ses épaules tressaillirent un peu avant qu’elle ne se retourne vers lui.

« … Quoi ? »

Avec sa voix habituelle faible et sans intonation, elle avait répondu de la sorte.

Il se demanda pourquoi il fut un peu soulagé en observant l’état d’Origami.

Mais, lorsqu’elle finit de parler, il y eut un silence entre eux.

« E, err. »

On ne pouvait l’aider si elle restait muette de la sorte. Shidou avait essayé de lui demander ce qui s’était passé après le dernier évènement.

Mais, comme il s’y attendait, il ne pouvait pas tenir ce genre de conversation dans la salle de classe où les autres pouvaient les entendre.

Heureusement, il restait encore un peu de temps avant le début de l’appel et Tohka avait quitté sa place. Après que Shidou ait avalé sa salive, une fois de plus, il prit la parole :

« Origami. Pouvons-nous aller dans un endroit où nous pourrions être seuls un moment ? »

« … »

Suite à ces mots, Origami sourcilla.

« Un endroit où nous pourrions… être seuls ? »

Pour une raison inconnue, elle venait de prononcer ces paroles en séparant les mots les uns des autres.

« Aah. Ecoute, même dans les escaliers où nous avons eu notre dernière discussion ce serait… »

« … Viens. »

Origami se leva d’un coup et, ainsi, elle saisit la main de Shidou de toutes ses forces et s’en alla.

« E, Eh, Origami. »

Même en l’appelant par son nom, elle ne répondit pas. Sans même regarder les escaliers menant au toit, leurs pas s’engouffrèrent dans la partie la plus sombre du bâtiment, là où il n’y avait actuellement personne.

C’est ainsi que Origami se dirigea vers les vestiaires des filles, au bout du bâtiment.

« Non, arrête-toi un peu ! »

« Quoi ? »

Lorsque Shidou finit sa phrase, il agita ses mains et Origami pencha sa tête surprise.

« Puisque cet endroit est plutôt loin des salles de classe, personne ne devrait s’y trouver pendant les examens. »

« Non, c’est peut-être le cas, mais malgré tout ! »

« Ne t’inquiètes pas ! »

« Attends, arrê… non, vraiment, où prévois-tu de m’amener ?! »

Il était inutile de résister. Ses mains tiraillées, il fut emporté jusqu’à la plus lointaine cabine de toilette et, *kachin*, la porte se referma.

« …Err. »

C’est en ce lieu, qui n’était pas supposé accueillir plus de 2 personnes, qu’il fit face à Origami. Des gouttes de sueur s’écoulèrent le long de ses joues. Et, aux frontières de son champ de vue, il lui semblait que Origami avait commencé à se mouvoir.

« Origami, qu’est-ce que tu … »

Dit-il tout en haletant.

C’était normal, il venait de voir Origami utiliser ses deux mains pour les passer sous les deux côtés de sa jupe et, de la sorte, descendre sa culotte blanche jusqu’à ses genoux.

« Att, attends une seconde ! STOP ! Je vais t’attendre dehors si tu as l’intention de faire ta petite affaire ! »

« … ? »

Origami pencha sa tête et arbora une expression comme si la réaction de Shidou était hors propos.

Puis, *clac*, elle battit des mains et remit en place sa culotte. Cette fois-ci, elle s’accroupit, puis tendit ses mains en direction de la taille de Shidou et, *kachin* *kachin*, elle défit la boucle métallique de sa ceinture.

« Hii ! »

S’écria-t-il en haletant et en saisissant paniqué les deux mains de Origami en vue de l’arrêter.

« Qu’est-ce que tu fais ?! Qu’est-ce que tu fais ?! »

« … ? Puis, pourquoi m’as-tu amenée dans un endroit comme celui-ci ? »

« Tu es celle qui m’a amené ici, Origami-san, non ?! »

Il criait, voire presque il pleurait, mais, plus ou moins, il parvint à maîtriser sa respiration.

« Je… voulais simplement parler de ce qui s’est passé le mois dernier. »

« … Aah. »

Lorsqu’il formula ces mots, ce fut comme si Origami les avait déjà acceptés, mais, malgré tout, elle afficha une expression de regret.

« Qu’est-ce que tu pensais que j’allais faire ? »

« C’est. »

« Comme je m’y attendais, pas besoin de le dire, je suis désolé. »

« Je vois. »

Origami se tenait bien droite et regardait le visage de Shidou, puis tranquillement elle dit :

« … Les résultats du procès… j’ai eu une assignation à résidence de 2 mois. »

« Eh ? »

« C’est à cause de ce qui s’est passé ce jour-là. »

« Assignation à résidence… ce qui veut dire que tu n’as pas besoin de quitter l’AST ?! »

Lorsque Shidou s’exprima d’une voix surprise, Origami pencha silencieusement sa tête vers l’avant.

« Je vois… tu n’as pas été renvoyée, huh. »

Il posa ses mains sur sa poitrine et soupira légèrement. Sur ce, les sourcils de Origami tressaillirent.

« Pourquoi est-ce ce que tu as réagi comme ça ? »

« Ah, non… c’est sûr, c’est sûr. Je me demande aussi pourquoi ? »

Répondit Shidou, confus, tout en se grattant la tête.

Il ne voulait soi-disant pas que Origami affronte les Esprits. Si c’était possible, il aimerait qu’elle quitte l’AST, mais malgré tout…

Pour diverses raisons, au moment où il avait entendu ces paroles sortir de la bouche de Origami, il fut un peu soulagé.

« … Ce n’est pas comme si je l’avais accepté. »

« … Uh. »

Face à cette exclamation, il haleta.

C’était probablement parce qu’il avait rapidement deviné ce qu’elle allait dire.

« L’Esprit du feu, <Ifreet>. Tu as dit que ce n’était pas lui qui a tué mes parents… Néanmoins, il n’y a aucune preuve évidente qui le prouve… »

« … C’est… »

Pour tuer l’Esprit qui avait tué ses parents, Origami s’était engagée dans l’AST.

Le précédent mois, elle s’était confrontée à l’Esprit qu’elle pensait être la cible de sa vengeance. Il s’agissait de la sœur de Shidou : Kotori.

Et, bien sûr, Origami avait tout lâché et avait même violé la loi et les règlementations afin d’attaquer et tuer cette dernière.

Mais, à ce moment-là, Shidou s’était souvenu de son passé. Ses souvenirs de 5 ans auparavant. L’image e la ville en flammes. Et la… la présence d’un autre Esprit.

« C’est vrai, ça pourrait être le cas. Mais… je veux que tu me fasses confiance. Je ne te mentirai jamais… »

« Ne te trompes pas. Ce n’est pas comme si je ne croyais pas ce que tu dis. Je veux croire en toi… et, aussi, si je devais le dire clairement, je pense que je voudrais que ce que tu racontes soit vrai. »

« Eh… ? »

« Si possible, je voudrais également ne pas avoir à tuer ta sœur. »

« Origami… »

Après que Shidou ait écarquillé ses yeux, elle serra fort son poing tout en baissant légèrement sa tête.

« … Merci, Origami. »

« C’est ma réplique. »

Origami, une fois de plus, détourna ses yeux en prononçant ces paroles. Sans connaître ses intentions, Shidou eut un vague froncement de sourcil.

Origami reprit lentement ses traits habituels, puis elle s’exprima avec une légère hésitation :

« Je te remercie… de me parler normalement… »

« … Non, toi… »

« Je suis l’être humain qui a essayé de tuer ta sœur… Non, déjà avant, il y a 3 mois, je t’ai presque tué. »

« … »

Les traits de Shidou devinrent durs comme s’il ruminait quelque chose, puis il gratta sa tête désordonnée.

« Ne t’inquiète pas pour ça… je n’arrive pas vraiment à le dire comme il faut. Mais… malgré tout, Origami, est-ce que le fait que je te parle comme je l’ai toujours fait… n’est pas une bonne chose ? »

Lorsqu’il posa cette question, pendant un instant, elle démontra quelque chose de similaire à de l’hésitation, puis elle balança sa tête de côté avec un son de *swing* *swing*.

« Un. »

Shidou joignit ses mains et, une fois encore, pencha sa tête vers l’avant.

« Eh bien, pourquoi ne retournerions-nous pas rapidement en salle de classe? L’appel ne va pas tarder à commencer non plus. »

« … Attends. Il y a encore quelque chose que je voudrais confirmer avec toi. »

« Hmm, qu’est-ce que c’est ? »

Shidou exprima cette question alors qu’il se retourna pour la regarder. Elle le fixait.

« … Shidou. Es-tu un humain ? »

« … Uh. »

Involontairement, il abrégea sa phrase… il avait plus ou moins prédit cette question.

« Déjà auparavant, j’ai ressenti que c’était un peu étrange. A ce moment-là, il n’y avait aucun doute sur le fait que je t’ai tiré dessus… néanmoins, après quelques jours, tu es venu à l’école sans une seule égratignure. Et, aussi, cette fois-là, au parc d’attraction… »

Oui, le jour où Origami avait attaqué Kotori, Shidou avait scellé ses pouvoirs et, par-dessus tout, il avait montré sa capacité de régénération à Origami.

A cette occasion, il avait prononcé des paroles du genre :

« … Kotori est, à présent, humaine et les pouvoirs d’<Ifreet> sont en moi.»

« … C’est pourquoi, si tu as l’intention d’attaquer quelqu’un, alors prends-moi pour cible à la place. »

« Guh… »

En y repensant, Shidou avait été bien imprudent à cette époque.

Même s’il n’y avait aucun autre choix pour persuader Origami, il lui avait tout simplement dévoilé son secret, à elle, un membre de l’AST, l’organisation qui s’oppose aux Esprits.

Origami devina probablement ses pensées en scrutant son expression ; elle prit la parole sans attendre de réponse de sa part.

« Détends-toi, je ne l’ai pas rapporté à mes supérieurs. »

« Uh, vraiment ? »

Lorsqu’il lui posa cette question, Origami était déjà en train d’hocher de la tête.

« Mais, pourquoi est-ce que… ? »

« Je ne peux pas divulguer des informations incertaines et provoquer la confusion au sein de l’unité. Et aussi, si à tout hasard, ils confirmaient que tu es un Esprit, un ordre d’élimination serait probablement lancé contre toi. »

« …Uh ! »

Son cœur battait violement. Un ordre d’élimination, ces mots n’avaient aucun double sens. Cela voulait dire que… l’AST, ces Magiciens des temps modernes, équipés d’armures mécanisées, utiliseraient toute leur puissance pour l’abattre.

Mais, ce serait une chose logique, puisqu’il pouvait sceller les pouvoirs des Esprits et, même si ce n’était qu’à une infime portion, il était capable d’en utiliser quelques-uns.

Néanmoins…

« Je… suis un humain. Du moins, je pense l’être. »

Involontairement, Shidou exprima ce que Kotori disait habituellement, il n’y avait aucune autre manière de le dire.

« Je vois. »

« … Tu ne doutes pas de moi ? »

« Je te l’ai dit auparavant, je veux croire ce que tu me dis. »

Elle tourna sa tête en vue de jeter un coup d’œil au visage de Shidou, puis elle poursuivit :

« Un jour, lorsque le moment viendra où tu auras envie de me dire la vérité, j’espère que tu me donneras plus de détails. »

« … Désolé. Merci. »

Sur ces mots, Origami ouvrit la porte de la cabine et quitta les toilettes.

L’instant d’après, alors qu’il regardait autour de lui pour examiner les environs, Shidou réalisa qu’il se trouvait tout seul dans un endroit incroyablement dangereux. Mais, alors qu’il suivait Origami et s’avançait dans le couloir pour revenir en salle de classe…

« … Shidou ? »

Il entendit le son de la voix dubitative de Tohka juste derrière lui, il haussa des épaules sous le coup de la surprise.

« To, Tohka… »

Il semblait qu’elle venait de finir de boire une boisson et son regard alternait suspicieusement entre Shidou et Origami. Elle poursuivit d’une mine sombre :

« … Pourquoi est-ce que Shidou et Tobiichi Origami sortent ensemble des toilettes des filles ? »

« Guh ! »

En un instant, des gouttes de sueur s’écoulèrent abondamment sur son visage. Ils ont été totalement découverts.

« N, non, c’est… errr… »

Shidou essaya de lui expliquer la situation mais… il y avait déjà des regards braqués sur eux en provenance des autres étudiants qui venaient d’arriver autour d’eux. Il ne pouvait rien dire d’irréfléchi.

« … »

Tout en restant silencieuse, Origami jeta des œillades significatives à Shidou.

« Qu’est-ce que c’était à l’instant ?! Qu’est-ce que vous avez fait tous les deux ?! »

« Je peux rien dire. C’est un secret entre nous deux. »

« Qu, qu’est-ce que tu viens de dire ?! »

Origami leva l’un de ses index et le porta sur le bout de son nez. Face à ce geste comique inhabituel chez elle, Tohka écarquilla ses yeux et s’écria. Immédiatement, elle projeta un regard noir en direction de Shidou.

« Shidou ! Qu’est-ce que vous faisiez tous les deux ?! »

« Eh ?! Non… errr, il s’agit de… »

Shidou, mal à l’aise, se gratta la tête. Même s’il s’en fichait de le dire à Tohka… avec 40 frêles étudiants rassemblés aux fenêtres de la salle, il était réticent à poursuivre, actuellement, cette conversation.

« … Désolé, on se voit plus tard. »

« !! »

Avec nul autre choix, Shidou baissa la tête et Tohka eut une expression choquée, elle s’écroula au sol après qu’un dramatique effet, « Gan ! », apparut derrière elle.

« To, Tohka ! »

« Uu, uuuu… pourquoi est-ce, pourquoi est-ce c’est bon avec Tobiichi Origami et pas avec moi… »

Elle grommela de frustration et grinça des dents.

« Ca, calme-toi ! Plus tard ! Je te dirai tout plus tard ! »

« Vrai, vraiment… ? »

« Vraiment ! Vraiment ! »

Tohka, les jambes pliées et à genoux, fut relevée par les mains paniquées de Shidou, qui parvint, d’une façon ou d’une autre, à réconforter l’Esprit. Mais…

« … Peut pas dire. C’est parce que je suis faite pour ce genre de choses. »

Face aux paroles de Origami, les yeux de Tohka s’ouvrit en grand sous le choc.

« Shi, Shidou… ? Qu’est-ce que vous avez foutu … ? »

En même temps, il put entendre les bruits de chuchotements provenant tout autour de lui.

« Ee… Itsuka-kun est le pire ! » « C’est la première fois que je vois Tobiichi-san avoir ce genre de tête… » « Qu’est-ce que vous avez fait à l’école en plein milieu de l’après-midi ? » « Même si tu as quelqu’un comme Tohka-chan tu… » « Maudit soit-il… maudit soit-il… » « Hey, y a-t-il du poison dans le groupe des acides ou dans les chlorines ? » « Dépêche-toi et cherche le numéro quantique 13. »

« Non, je n’ai rien fait avec elle ! Eh, la seconde moitié, qu’est-ce que tu essayes de faire ! »

Il éleva une voix pleine d’excuses. Néanmoins, les regards persistants autour de lui ne s’arrêtèrent pas complétement.

A ce moment-là, il entendit le bruit de la porte de la salle de classe s’ouvrir derrière lui, et Tama-chan entra.

« Ok, ok, retournez, s’il vous plait, à vos place. L’appel va commencer. »

« ! Ecoute, écoute, Tohka ! Retourne à ta place maintenant ! D’accord ?! Ainsi que tout le monde ! »

C’était une aide inespérée des cieux. Shidou émit des petits cris inutiles et prit l’initiative de s’asseoir.

Tout le monde avait quelque chose à dire, mais ne pouvait le faire depuis que le professeur était arrivé ; du coup, ils revinrent à leurs places respectives.

« … Tu devrais tout m’expliquer en détails plus tard. »

C’est ce qu’elle avait dit tout en s’asseyant.

Après avoir considéré la situation, Tama-chan laissa échapper un rire bête.

« Ara… il semblerait que vous vous amusiez. Qu’est-ce que vous faisiez tout le monde ? »

« Rien, ne vous en préoccupez pas… »

Shidou prononça ces mots alors que de la sueur s’écoulait sur lui. Tama-chan eut un sourire joyeux et lança quelques *Ara* *Ara*, avant de s’installer à sa place.

« Bon, eh bien, je vais commencer l’appel de fin de journée. Mais avant, il y a quelque chose que nous devons décider. »

« Oui~ de quoi devons-nous décider ? »

Tonomachi avait levé la main et avait posé cette question. Tama-chan hocha légèrement de la tête avant de poursuivre :

« Déterminer les groupes pour la sortie scolaire, ainsi que les place dans l’avion. »

« …Ah. »

Au moment où Tama-chan prononça ces mots, Shidou s’écria de la sorte.

En parlant de cela, à la mi-juillet… juste avant les vacances d’été, un voyage scolaire à Okinawa les attendait.

Entre l’incident de l’inconscience de masse et les examens de fin de trimestre, et à cause des différentes affaires relatives aux Esprits, il avait complétement oublié l’évènement le plus important de la vie d’un étudiant.

Néanmoins, il ne semblait pas le seul dans cette situation. A peu près un tiers de la classe hocha de tête à l’instant de Shidou et chuchota : « Ahh… maintenant que vous le dites. »

« Fufufu, tout le monde est si étourdi, huh~. A présent, dépêchons-nous et… ah, ouais… »

Tama-chan leva ses sourcils comme si elle venait de se souvenir de quelque chose et elle prit un imprimé qui se trouvait dans le cahier d’appel.

« Avant ça… la destination du voyage scolaire a changé cette fois. »

La salle de classe s’écria d’une voix :

« Eh ?! »

C’était normal puisqu’il ne restait que 2 semaines avant la sortie scolaire. Changer soudainement la destination du voyage, c’était du jamais vu.

« Hmmm… eh bien, il semblerait que ce soit bien le cas. »

« Err, donc, c’est quoi la nouvelle destination ? »

Une fois de plus, c’était Tonomachi qui posa la question.

Oui, même s’il était curieux de savoir pourquoi ce changement avait lieu si soudainement… la question la plus importante pour tous, c’était la destination en elle-même.

D’autant plus, qu’à l’origine, il s’agissait d’Okinawa. Voyager dans ce paradis accueillant avec ses récifs de coraux, ses eaux bleues et ses plages de sable blanc, tout en mangeant des sucreries et des Sata andagi[3]. Beaucoup de filles, probablement, avaient acheté de nouveaux maillots de bain de marque juste pour cette occasion. Si la destination changeait pour un coin du Japon sans plage, blagues à part, une émeute pouvait vraiment éclater.

Sentant, probablement, l’agitation dans l’atmosphère à travers les pores de sa peau, Tama-chan reprit d’une voix nerveuse.

«  Ne vous inquiétez pas. La nouvelle destination est aussi un lieu fantastique. »

« Et donc, finalement, où est ce lieu ? »

« Errr… c’est l’île de Arubi. »

Lorsque Tama-chan exprima ce nom, à peu près la moitié de la classe s’écria avec un « aah », puis un « je vois ». L’autre moitié pencha sa tête.

« A propos, l’île de Arubi… c’est dans la direction d’Izu, non ? »

« Putain, c’est devenu un coin tout proche. C’est un cran en-dessous, huh. »

« Non, vous ne pouvez pas dire que ça. Ce n’est pas mal puisque c’est touristique. »

« Ok, ok ! S’il vous plait, restez calmes ! »

Afin de faire taire la salle de classe, soudainement bruyante, Tama-chan tapa dans ses mains.

Dans chaque coin de la pièce, avec l’idée de « Bon, disons que l’océan a disparu pour le moment », tout le monde suivit les instructions du professeur calmement.

« Vous pourrez lire les recommandations révisées avec les explications concernant les détails mineurs lorsque ce sera prêt. Pour l’instant, décidons de la façon dont la classe sera séparée. Faites des groupes de 4 ou 5 avec les personnes que vous appréciez. »

Lorsque Tama-chan donna cet ordre, tout le monde déplaça son regard et examina les alentours, avant de, *Gata gata*, se lever et forme un groupe avec ses plus proches amis.

Dans le cas de Shidou, également, Tonomachi se dirigea vers lui.

« Oh, Itsuka, le groupe… »

« Shidou ! »

La voix de Tonomachi fut recouverte par le cri provenant de la droite de Shidou.

C’était Tohka penchée par-dessus sa table avec des yeux pétillants.

« Ce groupe ou quelque chose du genre, formons-en un ensemble ! »

« Eh… eh ? »

Involontairement, il sourcilla et poussa cette exclamation hystérique. Tohka pencha sa tête sous le coup de la curiosité, sans savoir pourquoi Shidou était choqué.

« Nu ? Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Non, comme prévu, c’est pas bon ! »

« Pourquoi ça ? Cinq personnes par groupe, pas vrai ? Donc, il n’y a pas du tout de problème. »

« Tu ne peux pas, Yatogami-san. S’il vous plait, faites des groupes séparés entre garçons et filles ! »

Ayant probablement entendu la conversation, Tama-chan avait crié ces paroles depuis son bureau.

« Muu… pourquoi ça ? Je préfèrerai être avec Shidou, moi ! »

« Pou, pourquoi est-ce…err. »

Le visage de Tama-chan devint rouge comme un physalis et, *Mmmm* *Mmmm*, grommela quelque chose.

Shidou soupira puis scruta de nouveau Tohka.

« Ne dérange pas autant le professeur. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas bon si les groupes ne sont pas séparés entre filles et garçons. »

« Nuu… je vois. »

Les épaules de Tohka s’affaissèrent sous l’effet de la déception. Mais, elle releva rapidement sa tête.

« Je sais ! »

Sur ces mots, elle s’enfuit de la salle de classe. Et, après avoir claqué brutalement la porte, *Gata* *Gata*, on put entendre le son d’une serrure dans le couloir en train d’être trifouillée.

Après environ une minute, la porte de la salle de classe se rouvrit et Tohka entra.

… Tohka portait un survêtement à la place se sa jupe et ses cheveux étaient attachés.

« … Tohka ? »

« Faux. Je… suis, To… ou, oui… Touru. »

Lorsque Shidou l’appela par son nom, pour une quelconque raison, elle avait répondu avec une voix volontairement grave. Il devinait que les intentions de Tohka étaient de…

« Bon, à cause de Tama-chan-sensei, je suis un garçon à partir de maintenant. Il n’y a pas de problème avec ça, non ? »

« Bien sûr qu’il y en a ! »

Tama cria, avec le sentiment de ne pas l’avoir fait assez fort.

« Muu… c’est toujours pas bon, huh… »

Avec un visage épuisé, Tohka rebroussa chemin déçue. Mais…

« … Attends. »

A ce moment-là, une personne inattendue vint au secours de Tohka : il s’agissait de Origami.

« J’espère que vous approuverez l’excuse de Yatogami Tohka. S’il vous plait, soyez souple et soutenez-la. »

« Eh… eehhhh ?! »

Face à la remarque de cette personne qui avait une relation si tendue avec Tohka, le professeur, Tama-chan, eut une expression choquée. Non, sensei, n’était pas la seule. Les autres camarades de classe, qui étaient habitués à leurs disputes, eurent également des visages choqués.

« Toi… quel est ton but ? »

« J’ai reconnu la profonde impression laissée par ton esprit indomptable. Tu as le droit de faire partie d’un groupe de garçons. »

Pendant un instant, Tohka regarda Origami avec des yeux mi-clos en alerte, mais, après quelques secondes, *Fuuun*, elle se souffla au nez et regarda ailleurs.

« … Je… je vais pas te remercier. »

« Pas besoin. »

« Att, att, attendez ! Pourquoi est-ce que vous continuez cette conversation ?! C’est pas bon, n’est-ce pas ? »

Immédiatement, le professeur Tama-chan tapa sur son bureau pour reprendre le contrôle de la situation.

Mais Origami continua sans même s’en soucier.

« … Néanmoins, aussi longtemps que tu assisteras au voyage en tant qu’homme, tu devras suivre correctement les règles. »

« Règles ? »

« Oui. Que ce soit les toilettes ou les bains, tout cela, tu seras avec les garçons. »

« Que… ! »

« Ooh… »

Tohka haleta et son visage tourna au rouge ; en même temps, les garçons commencèrent à être excités. Les autres groupes de filles regardaient calmement ces gars-là.

« Bien sûr, même si les autres scrutent ton corps ou, même si tu étais encouragée à quelque chose, c’est la loi. C’est parce que tu es un garçon. »

« Quequequeque… »

Les mains de Tohka tremblèrent et elle regarda Origami avec un visage au bord des larmes.

Mais, cette dernière n’y prêta pas attention, elle tourna son regard en direction de Shidou.

« … Néanmoins, puisqu’une fille est devenue un garçon, ça engendre un grave déséquilibre. Il y a clairement besoin d’une remplaçante. »

« Huh… ? Qu’est-ce que tu veux dire par… »

« Puisque le nombre de garçon a augmenté, il ne reste personne d’autre à part Shidou pour devenir une fille. »

« Non, je ne comprends pas ce que tu veux dire par là ! »

« Lavons-nous l’une l’autre, Shidomi. »

Shidou ne pouvait pas l’accepter, il s’écria donc :

« Quoi ? C’est mon nom ?! »

Et bien entendu, les camarades de classes, confrontés à ces paroles, se dirent : « Puisque l’honorable étudiante qu’est Origami le dit alors ça doit être vrai ». Puis, avec un « Hmmmm ? », ils penchèrent leurs têtes de manière interrogatives.

A cet instant, Tohka plaça pour une raison mystérieuse ses mains sur son menton et se plongea dans ses pensées, puis elle finit par ouvrir grand ses yeux.

« Attends une seconde ! Si Shidou devient une fille, ça ne nous empêchera pas d’être dans le même groupe ?! »

« Tu peux pleinement vivre ta vie de garçon. Je t’encouragerai. »

« U, Unuuu, tu m’as trompée, Tobiichi Origami ! »

« Ah, calme-toi ! Quoi qu’il en soit, les garçons et les filles sont dans des groupes séparés ! Et le changement de sexe est également interdit ! »

Les deux parties se calmèrent après que Shidou ait prononcé cette phrase de la voix la plus forte qu’il put émettre.

Une fois calmée, le professeur Tama-chan tapota sa poitrine soulagée. Mais…

« Bon, bon, même si vous ne pouvez pas être dans le même groupe, le choix des places dans l’avion est libre. Si vous le voulez, vous pouvez vous asseoir l’un à côté de l’autre. »

Lorsqu’elle prononça ces paroles inutiles, les yeux de Tohka et de Origami se remirent à briller.

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