Divas de la Bataille – Tome 1 Chapitre 1

« Un mariage royal !? »

Quelques jours après avoir repoussé l’armée freiyane, le château royal était surchargé par les tractations post-bataille. Dans l’une des chambres royales, le jeune roi Alnoa tenait une conversation inattendue pendant le repas avec sa sœur, Cécilia.

« Oui. Je suis d’accord de former une alliance, mais je n’aime pas trop cette idée de mariage royal, » déclara Cécilia.

Cécilia était magnifique, comme on pouvait s’y attendre d’un membre de la famille royale. Ses cheveux dorés étaient emmaillotés dans un chignon parfait, et elle regardait le jeune roi avec des yeux bleus emplis de tristesses.

« Comment en est-on arrivé à ça ? » demanda Cécilia.

Le père d’Alnoa, le légendaire Roi-Sorcier d’Althos, avait usé de nombreux sorts et combattu vaillamment aux côtés de l’armée freiyane. Il était décédé un an plus tôt à la suite d’une épidémie.

Avec sa mort, l’influence d’Alnoa sur Freiya s’était considérablement affaiblie. Cécile, la Diva d’Althos et héritière légitime du trône, se déclara prêtresse et abdiqua. À sa place, Alnoa, le suivant dans la ligne de succession, avait été couronné roi.

Le décès du Roi-Sorcier avait déstabilisé tout le royaume. La plupart des ministres et des généraux qui avaient loyalement servi le dernier roi avaient démissionné ou s’étaient retirés. Beaucoup de nobles avaient rassemblé leurs richesses et avaient fui le pays. Les seuls restés présents étaient des citoyens qui n’avaient aucun moyen de fuir et d’anciens esclaves abandonnés par leurs maîtres.

L’empire légendaire avait été réduit à une puissance mineure, à la différence de ceux qu’il dominait autrefois. Manquant cruellement de main-d’œuvre, même Cécilia avait dû mettre la main à la pâte sur les questions diplomatiques. Alnoa ne savait pas quoi penser d’un mariage royal alors que son propre royaume était si mal en point.

Cécilia plaça une tasse de thé devant son frère et lui expliqua la situation.

« Pour résumer, immédiatement après notre bataille avec l’armée freiyane, Freiya et le royaume voisin de Subdera nous ont demandé une alliance. Comme preuve de leurs bonnes intentions, les deux pays souhaitent envoyer leurs Divas ici pour se marier au sein de la famille royale. »

Les Divas étaient sept filles qui avaient hérité du pouvoir de la Valkyrie.

Il y a longtemps, la Valkyrie avait vaincu le Roi-Démon en sacrifiant sa propre vie afin de le sceller. Afin d’empêcher le retour du Roi-Démon, elle avait créé sept artefacts qui devaient être transmis à chaque génération à sept jeunes filles. Cécilia était l’une d’elles.

Les sept Divas d’origine avaient été bénies en personne par la Valkyrie avec une force dépassant de loin celle d’une personne normale. Chacune avait fondé son propre pays, et les pouvoirs dévastateurs de la Valkyrie avaient été transmis dans la lignée royale de chaque royaume. Les Divas actuelles, en tant que descendantes des dieux, étaient annoncées comme des symboles de leurs pays respectifs et n’apparaissaient que rarement sur les champs de bataille.

Alnoa n’avait pas eu à se demander pourquoi ils le lui avaient proposé si soudainement, car il avait immédiatement compris le problème. Les coins de sa bouche se recroquevillèrent en un sourire cynique en entendant les détails de l’arrangement. Les Divas se rendraient à un mois d’intervalle, et il devrait faire un choix entre les deux filles. Les pièces étaient toutes disposées devant lui, il devait juste jouer ses cartes correctement. Les intentions des pays voisins étaient aussi claires que le ciel.

Mais sa sœur pensait tout autrement.

« Al, tu n’as pas besoin d’épouser qui que ce soit. Tu m’as, » déclara Cécilia.

Cécilia serrait doucement la tête de son frère avec ses deux bras.

« Euh, Cécilia !? Je pense que je suis assez vieux pour me marier, » répondit-il.

Il avait essayé de résister à son étreinte. Le contact physique constant de sa demi-sœur avait fait des ravages dans l’esprit d’Alnoa, âgé de 15 ans.

« La première visite est prévue pour demain. Comment osent-ils forcer mon petit frère à se marier ? » s’exclama-t-elle. Elle regarda affectueusement son précieux frère. « Mais je suppose que comme tu es roi, cela serait une bonne idée d’au moins les rencontrer. »

« J’aimerais aussi que tu me demandes mon avis de temps en temps, » déclara Alnoa.

Malgré tous ses efforts, Alnoa ne pouvait pas échapper à l’étreinte suffocante de sa sœur. Il se résigna à son sort en voyant l’expression présente sur le visage de sa sœur.

« Si tu veux, je les rencontrerai, mais…, » commença-t-il.

Cécilia lâcha son frère et l’interrompit en mettant un doigt sur les lèvres d’Alnoa. Elle avait ensuite amené son visage juste devant le sien.

« Ne t’inquiète pas. Tu ne devras jamais te marier. Je serai toujours là pour toi, » déclara Cécilia.

Alnoa ne savait pas si elle plaisantait ou pas, et il avait trop peur de le demander. Avec leurs nez se touchant presque, il pouvait sentir la chaleur de son doux regard.

« Mais tu devrais être plus proactif pour rencontrer de nouvelles personnes, » elle avait porté le coup final avec un sourire toujours présent sur son visage.

Le jour suivant, Alnoa se tenait aux portes sous le soleil chaud, habillé en tenue de cérémonie. Il ressemblait plus à un jeune acteur dans le rôle d’un roi qu’à un membre de la famille royale.

Il réprima sa réticence et attendit patiemment la première des candidates pour son mariage. Ce serait son premier visiteur étranger depuis qu’il avait été couronné roi. Les citoyens avaient déjà eu vent de la visite royale et s’étaient rassemblés près des portes du château afin d’apercevoir la Diva étrangère. C’était comme si un festival se déroulait dans la ville. Alnoa était fatigué et grincheux, mais le fait de regarder à travers la mer de ces citoyens avait réchauffé son cœur.

« Tout cela juste parce qu’une princesse étrangère est en visite, » murmura-t-il.

Cécilia l’avait informé que la première candidate serait la Diva de Subdera. Subdera était un voisin magiquement avancé par rapport à Althos, se trouvant juste au-delà des montagnes. Il était un producteur important d’objets magiques, dominant le marché en raison de leurs technologies de pointe. Leur château royal était une ville flottante, qui se maintenait dans l’air grâce à leurs prouesses technologiques. On disait que le château avait déjà traversé le sommet du ciel, mais de telles rumeurs n’avaient jamais été vérifiées.

Est-ce que Subdera désirait les terres du royaume, la vie de son roi, ou les deux ? Ou peut-être étaient-ils simplement intéressés par le fils du légendaire Roi-Sorcier ?

Les pensées oiseuses d’Alnoa furent bientôt interrompues.

« Mademoiselle Lesfina est arrivée ! » La voix du garde retentit à travers la ville, signalant l’arrivée de leur invitée. La foule avait vu leur excitation augmenter en réponse à cette annonce.

« Incroyable. Elle est en retard d’une minute ! Son retard reflète en mal sa capacité à diriger. Ne le penses-tu pas, Al ? » demanda sa sœur.

« Je suis plus inquiet vis-à-vis de toi et du fait de voir comment tu agis comme une belle-mère, » déclara Alnoa.

Il soupira, car ce n’était pas la première fois qu’il avertissait sa sœur de ses commentaires.

« Oh, est-ce mesquin pour moi d’agir ainsi ? » demanda-t-elle avec un visage impassible.

Pendant ce temps, un carrosse d’un noir éblouissant et escorté par un certain nombre de chevaliers s’arrêta juste devant eux. Un domestique ouvrit la porte latérale richement décorée.

Le temps semblait s’être arrêté pendant un moment et le cœur d’Alnoa avait sauté un battement quand la Diva était sortie de son carrosse. Il avait même oublié la foule bruyante autour d’eux.

« Je suis Lesfina, Diva de Sringara venant du royaume de Subdera. Bonjour. » Sa salutation était claire et laconique, indiquant peut-être un soupçon de nervosité de sa part.

La réaction de la foule était véritablement appropriée, considérant son titre en tant que Diva de Sringara. Sringara était l’un des huit rasas (aspects) élémentaires. Il s’agissait du principe qui définit l’amour et l’adoration qui balaie le public face à un interprète.

Les cheveux bleus de Lesfina s’arrêtaient en dessous de ses épaules. Sa robe bleue un peu simple soulignait sa peau claire. Avec ses cheveux bleus courts et ses yeux violets qui semblaient tristes, elle était telle une Gorgone si captivante. Le fait de porter son regard sur elle vous paralysait immanquablement sur place, incapable de détourner les yeux.

Captivé par sa beauté, Alnoa répondait distraitement. « Oui… Bonjour. » Il avait à peine réussi à détourner son regard et à marmonner ces mots.

Lesfina inclina la tête à la réponse d’Alnoa, indiquant qu’elle était clairement confuse. « Comment pouvez-vous me répondre ? Est-ce que mon charme n’a pas fonctionné ? »

« Hein ? De quoi parlez-vous ? » demanda Alnoa en penchant la tête comme s’il l’imitait.

Lesfina redressa son cou avant de murmurer. « Boule de feu. »

Avec ses mains jointes et son chant magique comme seul avertissement, elle envoya une boule de feu juste devant les pieds d’Alnoa.

« Quoi !? » s’écria Alnoa. Il avait sauté dans les airs en panique. « Qu’est-ce que vous faites !? »

Lesfina le regarda avec dégoût. « … Ver. »

« Quoi ? » demanda Alnoa.

Ver ? Que veut-elle dire par là ?

« J’ai trouvé un ver, » répondit Lesfina.

Je suppose que je ne l’ai pas mal comprise.

« Ah d’accord ! » Alnoa avait finalement réussi à rassembler suffisamment de sang-froid afin de donner une réponse timide à ces actions déroutantes.

Il n’y avait aucune trace de tout ce qu’elle aurait pu se trouver sur le sol. Un cratère était tout ce qui restait après sa boule de feu. Le trou ressemblait à celui laissé par une souche d’arbre arrachée du sol. Toute créature prise dans cette explosion se serait transformée en cendres en un instant.

Une erreur et les jambes de son futur mari auraient été brûlées. Lesfina n’avait pas montré la moindre inquiétude à propos de ce quasi-désastre.

Alnoa regarda entre le cratère et le visage de Lesfina, abasourdi

« Ne vous inquiétez pas. Tant que je serai là, je ne laisserai aucun vers, aussi minuscule soit-il, près de vous… Alnoa. »

Alnoa pouvait ressentir un faible sentiment d’accomplissement irradiant de l’expression stoïque de Lesfina.

« D’accord… Merci, » il la remercia calmement afin de tenter de cacher son étonnement. Elle cherchait à être aussi dure que possible à traiter.

« Notre petite Diva ici n’est peut-être pas très bavarde, mais elle n’est pas mauvaise. » Alnoa n’avait pas pu capter ce que Cécilia murmura dans son souffle.

« En tout cas, merci de votre visite. Le nôtre est un pays terne avec peu de choses à voir, mais j’espère que vous apprécierez néanmoins votre séjour. Lilicia, s’il te plaît, montre-lui sa chambre, » il s’était finalement souvenu de ce qu’il devait dire et il avait laissé sortir les premières phrases qu’il avait répétées avant ça.

Lilicia, la chef des femmes de chambre du château se tenait derrière Alnoa en tenue de femme de chambre, attendant d’escorter la princesse dans sa chambre. Alors qu’elle semblait avoir le même âge que son jeune maître, elle servait la famille comme leur servante depuis le sacre du Roi-Sorcier. Elle était une femme vraiment mystérieuse.

« Très certainement, Votre Majesté. » Lilicia baissa la tête avant de dire ça.

« Il s’agit de notre servante, Lilicia. Sentez-vous libre de l’appeler si vous avez besoin de quelque chose, » déclara Alnoa.

« Je vous remercie, » Lesfina s’inclina devant la femme de chambre et lui remit ses bagages.

Il s’agissait d’une introduction assez intense, mais ce n’est toujours pas une excuse pour tâtonner mes salutations. Au moins maintenant, je peux enfin faire une pause.

Mais alors qu’il pensait ça…

« La voiture de Mademoiselle Sharon est arrivée de Freiya ! » La voix du garde avait encore une fois retenti dans toute la ville.

« Quoi !? » cria Alnoa avec surprise.

« Oh, qu’est-ce qui se passe ? » demanda Cécilia

Alnoa et sa sœur avaient du mal à saisir la situation. Un magnifique carrosse avait roulé afin de franchir les portes puis il s’était arrêté juste en face d’eux.

Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi l’autre candidate est-elle déjà là ? Elle ne devait arriver que le mois prochain ! C’est mauvais ! C’est vraiment mauvais !

Le destin était sourd aux préoccupations mesquines d’Alnoa. Sans lui donner le temps de recueillir ses pensées, la porte du carrosse s’ouvrit lentement.

Oh, merde !

Mais personne n’était sorti du véhicule. En fait, il était vide et même l’entourage de l’invitée avait été surpris de constater ça.

« Hein !? La princesse a disparu !? »

Mais alors, un grand cri était venu d’en haut.

« Roi d’Althos ! »

Alnoa se souvenait clairement de cette voix.

« Il est temps pour vous de mourir ! »

Alnoa se souvenait aussi de cette phrase arrogante.

« Attendez, êtes-vous… » Avant qu’il ait pu finir de parler, une fille en armure rouge avait sauté du toit du carrosse et avait frappé avec son épée géante vers le cou d’Alnoa.

« Je vais prendre votre tête ! »

Des cris remplissaient l’air. Les gardes n’avaient pas le temps de réagir face à l’embuscade de la fille. Tout ce qu’ils pouvaient faire était de retenir leur souffle et de s’attendre au pire scénario. Mais…

*Boi-oi-oi-oi-oi-oing ! — *

« Encore !? Qu’est-ce que c’est que ça !? » S’écria-t-elle.

Elle ne comprenait pas ce qui se passait, mais il était clair qu’elle ne pouvait pas le frapper. Quelque chose déviait son épée tout comme la dernière fois.

La lame de la jeune fille et Alnoa étaient presque comme des aimants avec deux pôles opposés. Tous deux seraient repoussés s’ils s’approchaient trop près.

« Gahh ! Que diable croyiez que vous faites là ? » Alnoa, méprisant l’étiquette nécessaire lors d’une rencontre diplomatique et ainsi que sa position de roi, avait fait une remarque grossière envers Sharon. Mais tout autre reproche qu’il planifiait avait rapidement été oublié une fois qu’il avait de nouveau posé les yeux sur elle.

« Ah ! » cria la fille.

Au lieu de s’écraser dans le carrosse, comme Alnoa s’y attendait, elle s’était accrochée à la porte avec ses jambes.

« Êtes-vous sérieuse ? » demanda-t-il sur un ton un peu plus normal.

Elle avait préparé sa prochaine attaque sans hésitation.

« Haaaaah ! »

La bataille n’était pas encore terminée. Elle avait sauté du carrosse une fois de plus, se projetant directement sur Alnoa. Le carrosse s’était retrouvé à trembler derrière la jeune fille aux cheveux rouges alors qu’elle avançait vers sa cible.

Cette fois-ci, elle était sûre qu’il allait mourir.

« Creveeeeezzzz ! » cria-t-elle.

« Alnoa… Je vais vous sauver. » La jeune fille aux cheveux bleus s’était approchée depuis derrière Alnoa. « Je ne laisserai pas de petits vers s’approcher de vous. »

Lesfina, l’autre candidate au mariage, était venue afin d’apporter son aide.

« Hé, faites attention ! Pouvez-vous gérer ça ? » cria Alnoa.

Lesfina hocha la tête avant de répondre. « Bien sûr, car après tout, je suis la Diva de Subdera… et mes plans seraient… si vous mouriez maintenant. »

Alnoa n’avait pas tout à fait compris la dernière partie de sa phrase.

Mais il n’y avait pas de temps à perdre, car la jeune fille aux cheveux rouges le chargeait encore.

« Hé, qu’est-ce que vous faites !? » demanda Alnoa.

« Ne vous inquiétez pas. Je déploie un bouclier. Oh, oups, » s’écria Lesfina.

« Quel est le problème ? » demanda Alnoa.

« J’ai donné ma baguette magique à la servante, » répondit Lesfina.

« QUOI !? » s’écria Alnoa.

« Ce n’est pas grave. Je trouverai une autre solution, » répondit Lesfina.

Elle s’était débarrassée de ses plans d’ériger un bouclier et s’était préparée pour un combat physique. Sa position de combat n’était vraiment pas impressionnante. Il était évident qu’elle était une novice complète lorsqu’il s’agissait de combat au corps à corps.

Elle serait découpée en morceaux en une seconde si cela continuait ainsi.

« Qu’est-ce que vous faites !? Bougez-vous de là ! Vous allez vous faire blesser ! » cria Alnoa.

Il avait attrapé Lesfina par-derrière et avait pivoté en la soulevant, en plaçant son dos entre elle et l’épée qui arrivait.

« Vous êtes mort ! » cria Sharon.

La lame s’était approchée du dos d’Alnoa, et…

*Boi-oi-oi-oi-oi-oing !*

Et elle avait à nouveau été repoussée.

« Ahh ! » s’écria Sharon.

La déviation inattendue de l’attaque de la Diva aux cheveux rouge l’avait déséquilibrée. « Hein ? »

Alnoa avait lâché Lesfina afin de la laisser partir et il s’était retourné pour voir Sharon s’envoler à nouveau vers lui. Elle paraissait à parts égales étonnée et confuse.

« Arg ! »

Sharon s’était écrasé sur Alnoa avant qu’il n’ait eu la chance de dire quoi que ce soit. Tous deux étaient tombés par terre, et elle avait atterri sur lui. C’était la deuxième fois qu’ils se retrouvaient si près l’un de l’autre.

« Attention à vos mains ! » cria Sharon

Alnoa avait tendu les mains pour tenter de s’enfuir, mais…

*Sgoing, sgoing.*

« Kyah ! » cria Sharon

La main droite d’Alnoa était entrée en contact avec quelque chose de doux et élastique.

Merde. C’est vraiment mauvais, pensa-t-il.

Même un jeune homme inexpérimenté comme Alnoa pouvait comprendre ce qu’il avait fini par attraper.

J’aurai du mal à trouver un moyen de m’en sortir. C’est tellement injuste ! Il n’y a pas de justice dans ce monde !? S’il y a un Dieu qui veille sur moi, alors s’il vous plaît, je vous en supplie. Sauvez-moi !

« Oh mon Dieu, Alnoa…, » Cécilia sursauta de surprise.

« … » Il se sentait contraint au silence par la présence inquiétante de sa sœur et de Lesfina qui se tenait au bord de son champ de vision.

Mais la réalité lui avait donné un réveil brutal.

« Espèce de pervers ! » cria la fille assise sur lui.

À la source de la voix, il avait trouvé un visage rouge et brûlant. Et juste un peu plus bas, il avait vu sa main posée sur la poitrine de la jeune femme.

« C’était juste un accident. Je le jure ! » s’écria Alnoa.

« Vous…, » commença Sharon

« Attendez une seconde ! » demanda Alnoa.

« Commencez par me lâcher la poitrine ! » cria Sharon.

De petits nuages parsemaient le ciel chaud du printemps, et le son des cloches résonnait à travers Althos. La foule qui s’était rassemblée devant le château s’était lentement dispersée une fois les portes fermées. Ils avaient supposé que la farce dont ils avaient été témoins était une pièce de théâtre planifiée pour divertir les masses.

« C’est ainsi que le roi d’Althos accueille sa future épouse ? En “la pelotant devant toute la ville !” ? » s’écria Sharon.

« Oui, c’est peut-être vrai. N’oublions pas comment vous avez essayé de m’assassiner ! Attendez, êtes-vous bien la Diva freiyane ? » demanda Alnoa.

« Hahahaha, c’est exact. Vous sentez-vous désolé maintenant ? » demanda Sharon.

« Non. Pas du tout, » répliqua Alnoa.

Ils ressemblaient à un couple de chiens féroces qui s’aboyaient dessus avant un combat de chiens clandestin. Ce n’était pas le spectacle qu’on s’attendrait à voir entre un couple marié (potentiel).

« C’est un plaisir de vous rencontrer, roi d’Althos. Je suis la princesse de Freiya, Sharon. J’ai hâte de passer le “mois” prochain avec vous, » déclara Sharon.

Après quelques minutes de regards intenses, Sharon s’était présentée avec un faux sourire et des manières dignes d’une dame. C’était presque suffisant pour faire oublier à Alnoa qu’elle était furieusement après lui il y a quelques instants. Elle n’était plus rien d’autre qu’une jeune fille essayant de gagner le cœur de son fiancé potentiel.

« Oh mon Dieu. Je ne m’attendais pas à cela de la part d’une Diva d’un pays si déchiré par la guerre. Franchement, je pensais que vous ne seriez qu’un gros gorille —, mais je dois admettre que c’était très malin de votre part de séduire mon frère avec un corps tel que le vôtre ! » déclara Cécilia.

Sharon n’avait pas bronché devant les remarques grossières de Cécilia. Son faux sourire était resté intact, même sous le regard interrogateur de toutes les personnes présentes.

« Y a-t-il un problème ? » demanda-t-elle.

Il y a un énorme problème !

Le problème n’était pas la façon dont elle avait juste essayé de le tuer. Ce n’était pas non plus ses yeux captivants alors qu’elle inclinait sa tête d’une manière mignonne en raison de la confusion. Le vrai problème était toute autre chose.

C’est elle que j’ai affrontée sur le champ de bataille, et elle s’est même présentée. Il n’y a pas d’erreur qu’elle est la Diva de Freiya. Mais alors, pourquoi… ?

« N’étiez pas censé venir ici dans un mois ? » demanda Alnoa.

« De quoi parlez-vous !? » demanda Sharon alors qu’elle ne semblait pas savoir de quoi il parlait.

« Ah ! » Puis elle avait poussé un cri, réalisant qui se tenait à côté d’Alnoa. « Attendez. Je croyais que je devais venir ici en première. »

Sharon était clairement confuse. Si c’était un rôle qu’elle jouait, elle aurait pu tromper même les meilleurs détectives du monde.

« …, » elle avait croisé les bras et avait réfléchi à la situation. Elle était déjà là, alors elle pouvait tout aussi bien en tirer le meilleur parti, se disait-elle.

« J’étais si excitée de rencontrer enfin le roi Alnoa que je suis venue un peu plus tôt ! Hehe ! » annonça-t-elle pour faire bonne figure.

« Ce n’est pas comme ça que ça marche ! » s’écria Alnoa.

Elle semblait être une fille plutôt facile à vivre pour une princesse qui devait assumer le destin d’un pays entier.

La fille aux yeux écarlates gonfla fièrement sa poitrine, ayant donné une excuse supposée parfaite pour son arrivée précoce, mais même avec ce sourire merveilleux sur son visage, son raisonnement n’avait pas satisfait Alnoa.

Cependant, Cécilia n’était pas du même avis sur la question. « Quel est le problème ? De toute façon, vous vous seriez rencontrés tôt ou tard. »

Sharon avait immédiatement pris son parti, agissant comme si c’était son plan depuis le début. « C’est exact ! Je voulais juste me débarrasser de cette épreuve agaçante ! »

« Agaçant » !? Est-ce qu’elle vient d’appeler ça une « épreuve agaçante » !? se demanda Alnoa.

Alnoa avait fixé son regard sur Sharon, qui semblait inconsciente de la colère du jeune roi.

Cet échange terminé, Alnoa avait décidé de faire visiter les deux Divas à travers le palais et de les présenter au personnel. Bien sûr, Sharon avait donné son épée à Lilicia.

Avec un peu de chance, je suppose que je suis en sécurité maintenant…

« Elles ont des surnoms qui leur vont bien, hein ? La “Diva de l’Épée” et la “Diva de la Baguette”, » Alnoa marmonnait en montrant au groupe le chemin à travers les couloirs du château en pierre.

Selon les rumeurs, la Diva de Freiya était une épéiste légendaire bénie par la déesse de la guerre, tandis que Lesfina pouvait lancer d’innombrables sorts sans aucune préparation ou chant. En voyant Sharon et Lesfina en action, ces rumeurs s’étaient concrétisées dans l’esprit du jeune roi.

« Ce qui veut dire qu’elles peuvent probablement faire un face à face avec Cécilia, » murmura-t-il.

Les événements de la journée avaient également donné raison au mythe selon lequel les seules personnes choisies pour exercer le pouvoir des Valkyries étaient de très belles femmes.

Alnoa avait été arraché de ses pensées par Sharon se retournant et le regardant avec dégoût, comme s’il était un sale agresseur.

« Qu’est-ce que vous regardez !? » Elle était toujours sur les nerfs à cause de l’incident dans la cour.

« Rien. Je regarde juste où je vais, » répondit Alnoa.

Comme il avait été pris au dépourvu, il n’avait pas pu lui donner une réponse adéquate. À la place, il avait choisi de rompre le contact visuel avec elle.

« Mais si je vous surprends encore à me fixer, je vous arrache la tête, » déclara Sharon

« … »

En le jugeant au regard de la jeune femme, il serait facile de supposer que la seule raison de la visite de la princesse freiyane était d’assassiner Alnoa.

« Si vous le voulez, vous pouvez me regarder fixement…, » murmura Lesfina.

La tentative timide de Lesfina d’alléger l’ambiance avait laissé Alnoa abasourdi. Son esprit pur avait cherché, sans succès, afin de trouver la bonne réaction. Voyant les joues roses et agitées de sa rivale, Sharon avait profité de l’occasion pour lancer des piques sur Alnoa.

« Son visage est d’un rouge brûlant. Ne lui avez-vous rien fait par hasard ? » lâcha-t-elle.

Je n’arrive pas à croire qu’elle me traite encore comme un pervers à cause de cet accident.

« On s’est rencontrés il y a une heure. Qu’est-ce que j’aurais pu faire ? » Alnoa voulait dissiper les inquiétudes de Sharon, mais elle n’avait pas laissé ça passer.

« Comment le saurais-je !? » demanda-t-elle.

Un plus léger soupçon de rougeur avait commencé à se répandre sur les joues de Lesfina.

« Je pardonne votre liaison. D’après ce que j’ai lu, notre “câlin agressif” fait de nous… un mari et sa femme, » Lesfina avait lâché cette bombe tout en restant d’un calme olympien comme à son habitude.

« A-Attendez un peu. Je pense que vous abusez de cette expression ! Et “affaire” !? C’était juste un accident ! » s’écria Alnoa.

« Une mésaventure !? Comment osez-vous ! Vous…, » s’écria Sharon.

« Oh, on est arrivé. Suivez-moi, s’il vous plaît, » Cécilia interrompit Sharon juste avant qu’une autre longue dispute n’éclate.

« D’accord, Cécilia, » déclara Alnoa.

En entrant dans le salon, les yeux de Lesfina avaient rencontré ceux d’Alnoa pendant un moment. Elle avait couvert son visage en raison de son embarras avant de se précipiter à l’intérieur de la pièce.

« Quand est-ce que vous deux… Argh ! Vous être le pire ! Vous n’êtes qu’une ordure ! » Sharon avait laissé échapper sa frustration sur un Alnoa sidéré et avait ensuite suivi Lesfina dans la pièce.

Ils avaient tous été conduits dans le salon le plus extravagant du château. La salle était remplie de la collection personnelle de meubles exquis de feu le Roi-Sorcier, rassemblés dans le monde entier. Deux beaux canapés étaient placés à côté d’une cheminée réalisée par un maître, apportée du royaume de Girlgon. Les meubles avaient été agencés et avaient été choisis de façon experte, donnant un air sophistiqué à la pièce.

« S’il vous plaît, asseyez-vous. » Alnoa avait offert aux filles l’un des canapés, et il s’était assis sur le canapé opposé.

« Merci, mon chéri, » murmura Lesfina.

Cécilia en avait profité pour préparer du thé, l’un de ses passe-temps.

Alnoa avait alors réfléchi à la façon dont il devait entamer la conversation embarrassante qu’il devait avoir avec les deux Divas assises en face de lui. Mais avant qu’il n’ait pu terminer ses pensées, il s’était retrouvé face à une lame.

« Je vous ai eu ! » cria Sharon.

« Wooooawww ! » cria Alnoa.

La princesse aux cheveux rouges venait de lancer sa troisième attaque sur le roi Alnoa.

N’a-t-elle pas donné ses armes à Lilicia ?

Alnoa écarta la tête juste avant que son visage ne soit touché.

« Tch. » Sharon fit claquer sa langue en raison de sa frustration.

Et ainsi, un nouveau duel de regards avait commencé.

« Quoi !? Pensiez-vous vraiment que mon épée était la seule arme présente sur moi ? » demanda Sharon.

Sharon avait fait tournoyer son couteau et avait raillé Alnoa avec un regard plein de suffisance.

« Pourquoi avez-vous un couteau sur vous !? » Alnoa avait interrogé Sharon tout en regardant l’arrière du canapé sur lequel il était assis avant ça.

« Voulez-vous vraiment le découper ? » demanda Alnoa.

« Avec plaisir ! » répondit Sharon.

« Wôw ! » s’écria Alnoa.

Sharon s’était jetée sur Alnoa qui était maintenant derrière le canapé. Il avait évité de justesse son attaque.

Elle va beaucoup trop loin ! Il est temps de mettre un terme à tout ça.

« Ne me sous-estimez pas ! Croyiez-vous que je vais m’enfuir pour toujours !? » s’écria Alnoa.

« Trop lent ! » répliqua Sharon.

La tentative de contre-attaque d’Alnoa avait été contrecarrée par Sharon, qui avait anticipé une telle manœuvre.

« Prends ça ! » cria Sharon.

« Wahh ! » s’écria Alnoa.

Alnoa n’avait pas pu réagir à son attaque rapide. Il avait perdu l’équilibre et s’était effondré sur le canapé.

Sharon se tenait au-dessus d’un Alnoa sans défense. Elle avait souri victorieusement. Certaine de sa victoire, elle leva son couteau et s’élança de toutes ses forces. Cependant…

La lame du couteau se brisa en deux avant d’arriver jusqu’à lui. Même avec toute sa force placée dans une attaque, elle n’arrivait toujours pas à l’atteindre.

« Encore !? Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi ne puis-je pas vous frapper ? » demanda Sharon.

Enragée, Sharon avait déplacé sa main droite vers sa poitrine avant de sortir un autre couteau de là. On disait que le corps d’une femme détenait de nombreux secrets, mais personne ne s’attendrait à ce que ses secrets soient aussi mortels.

« Arrêtez de résister, sale chien ! » cria Sharon.

Sharon était encore une fois en train d’essayer de commettre un meurtre sans même essayer de cacher ses intentions.

*Clang !*

Cette fois-ci, ce ne fut pas son astuce habituelle qui l’avait sauvé. Il avait reçu de l’aide sous la forme d’une boule de glace projetée depuis le côté et frappant le couteau placé dans la main de Sharon.

« Ce n’est pas comme ça qu’une princesse… Ce n’est pas comme ça qu’une Diva devrait agir, » déclara Lesfina.

Lesfina, qui observait tranquillement jusqu’à présent, avait sorti sa baguette et elle avait tracé un cercle magique devant elle.

« Et… ce serait un problème si vous tuiez mon futur mari avant que notre mariage soit conclu, » déclara Lesfina.

Un « problème » ? C’est tout ? Quoi !? Ma mort est au même niveau que si elle perdait les clés de sa maison !?

Les deux filles avaient ignoré le mécontentement d’Alnoa, préférant plutôt faire face à l’autre avec colère.

« Attendez une seconde ! Vous ne pouvez pas vous battre ici ! » cria Alnoa.

« C’est bon, chérie. J’ai également lu une fois que vous deviez protéger votre bien-aimé à tout prix, » déclara Lesfina, faisant référence à sa grande culture provenant de livres.

« Oubliez ce livre. Écoutez-moi une seconde ! » cria Alnoa.

Mais le cri désespéré d’Alnoa ne pouvait pas pénétrer l’épais voile de tension qui entourait les deux Divas étrangères.

Lesfina avait mis en avant ses bras, et une boule de feu commençant à se former dans ses paumes. Les rumeurs étaient vraies. Elle était capable d’utiliser la magie sans avoir besoin de faire la moindre incantation.

Je suppose que c’est le pouvoir d’une Diva. Attends. Elle a l’intention de faire exploser toute la pièce !? 

« Haha ! Croyez-vous que c’est assez pour me faire peur ? » Sharon avait souri tandis que la boule de flammes se refermait sur elle. « C’est assez rare que je puisse combattre une autre Diva ! »

Elle avait dévié la boule de feu avec une frappe habile de son couteau.

« Attendez ! Comment est-ce possible !? » Alnoa avait été choqué par le spectacle, bien trop abasourdi pour s’écarter de la boule de feu qui arrivait sur lui après avoir été déviée.

*Kaboom !*

L’explosion l’avait fait tournoyer dans les airs.

Hein ? Qu’est-ce qui s’est passé ?

Du point de vue d’Alnoa, l’explosion n’avait pas été très chaude ou douloureuse.

Cependant, les meubles joliment disposés n’avaient pas eu autant de chance. Ce qui avait été pris dans l’explosion avait été la fierté et la joie de la famille royale.

« Nooon ! Cette horloge était la préférée de mon père !? Avez-vous la moindre idée de ce que ça coûte ? » déclara Alnoa.

« Ne vous inquiétez pas. Je me suis assurée que vous ne seriez pas blessée, mon chéri, » répondit Lesfina.

Alnoa pouvait voir que Lesfina se concentrait sur la menace devant elle alors qu’il s’élançait dans les airs.

Cette horloge était un trésor national. Ça vous tuerait de ressentir au moins un peu de remords !?

« Je vais bien, mais ça ne veut pas dire… Gahh ! » cria Alnoa avant de toucher le sol au milieu de sa phrase. L’impact avait fait plus mal que l’explosion.

« Est-ce que ça va !? Cette boule de feu a explosé devant vous ! » Celle qui tentait de tuer Alnoa avait demandé des informations sur son état de santé sur un ton inquiet.

« Je viens de mettre le thé dans l’eau chaude. Pourriez-vous attendre encore quelques minutes ? » demanda Cécilia.

Alnoa avait affronté la douleur qui l’assaillait et avait regardé sur le côté. Là, il avait vu Cécilia qui préparait paisiblement le thé avec son service à thé personnel.

C’est vrai. Cécilia est également une Diva. C’en est presque impressionnant comme elle n’est pas perturbée par tout ce vacarme.

« Q-Quoi qu’il en soit… Recommençons à tenter d’assassiner Alnoa ! » déclara Sharon.

« C’est vraiment quelque chose que vous ne devriez jamais dire à voix haute !? » s’écria Alnoa.

En tant que roi, d’innombrables assassins avaient tenté de le tuer. L’assassinat était un acte méprisable et lâche qu’il ne respecterait jamais.

« Taisez-vous, oui, taisez-vous ! C’est la première fois que je fais ça ! » s’écria Sharon.

Elle est terriblement lunatique pour un assassin…

Même Sharon avait réalisé que sa tentative de meurtre flagrante la plaçait du côté des agresseurs.

« Moi aussi, je souhaite avoir ma première fois avec le roi Alnoa… »

« … »

Lesfina avait lâché une remarque inattendue depuis les coulisses.

« Lesfina, que voulez-vous dire par là ? En fait, désolé. Oubliez ce que j’ai demandé, » déclara Alnoa.

Le mal de tête d’Alnoa devenait la partie la plus douloureuse de cette épreuve.

« Roi Alnoa, appelez-moi Feena. C’est comme ça que mes proches m’appellent, » déclara Lesfina.

« Ah, d’accord ! Alors, appelez-moi Al ! » répondit-il.

« Al.. D’accord, » déclara Lesfina.

Feena hocha la tête en signe d’accord. Si vous regardiez de plus près, vous pourriez alors voir une légère trace de bonheur digne d’une adolescente sur son visage. Pendant un moment, Alnoa avait été captivé par la belle princesse aux sourires timides.

Feena avait mis en valeur sa poitrine (espérons-le) en cours de développement et avait lancé un regard glacial vers Sharon, qui se tenait à côté d’Alnoa.

« Et à la brute là-bas. N’oubliez pas de vous adresser à moi en tant que “Madame Lesfina” ! » déclara Feena.

« Qui êtes-vous en train d’appeler une brute ? » demanda Sharon

Sharon rencontra le regard froid de Lesfina avec un éclat de feu. Son expression était celle d’une bête sauvage, prête à attaquer.

« Désolée… Je voulais dire “monstre”, » Feena continua sans même broncher devant le regard féroce de Sharon.

« Oh, vraiment ? Ne croyez pas que je vous laisserai vous en tirer comme ça ! » Sharon était furieuse, grinçant des dents en raison de la frustration. Une aura rouge avait commencé à émaner d’elle.

« Hé-Hé, calmez-vous…, » cria Alnoa.

« Al. Faites attention, » cria Feena.

Reconnaissant la gravité de la situation, Feena avait sauté pour se placer devant Alnoa afin de le protéger.

« Oh mon Dieu. Désolée de vous avoir fait attendre. Le thé est prêt, » Cécilia désamorça la bombe qui était sur le point d’exploser avec une seule remarque anodine.

« Allez, assieds-toi ! » déclara-t-elle vers son frère.

Elle avait dirigé son doux sourire à Alnoa et l’avait poussé précipitamment vers la table. Les nerfs d’Alnoa s’étaient un peu calmés, mais il avait quand même ressenti le besoin d’avertir sa sœur au sujet de la tempête qui se préparait.

« Cécilia, ce n’est pas le moment ! » déclara-t-il.

« Je comprends que vous vous méfiez tous les uns des autres puisque vous venez de vous rencontrer, mais pourriez-vous vous joindre à moi pour une tasse de thé relaxante ? S’est-il passé quelque chose ? » demanda Cécilia.

Cécilia avait incliné la tête en raison de la surprise, comme si elle n’avait aucune idée de la situation dans laquelle elle venait d’entrer. Qu’elle l’ait planifié depuis le début ou qu’elle ait été simplement inconsciente de tout ça, la Diva d’Althos était un maître tacticien qui ordonnait avec un grand sens de l’autorité.

« Voulez-vous vous joindre à moi pour boire une tasse ? » demanda Cécilia.

Ne prêtant pas attention à l’intense épreuve de force, Cécilia se tenait entre les deux filles et offrait à chacune une tasse de thé.

« La ferme ! Je ne suis pas venue ici pour… Ah ! » cria Sharon.

Un léger cliquetis métallique résonnait dans la pièce. Le couteau de Sharon avait frappé contre la belle tasse de thé offerte et quelques gouttes s’étaient répandues sur le sol.

Il s’agissait d’un véritable accident, mais le sourire de Cécilia était passé de chaleureux à inquiétant. Elle était restée plantée là, tenant tranquillement la tasse de thé à Sharon.

« Ah, euh, je ne voulais pas…, » Sharon s’empressa de prendre la tasse de la main de Cécilia.

A-t-elle peur de Cécilia ? Je ne serais pas surpris. Ça pourrait devenir moche.

« Merci, Mademoiselle Cécilia, » Feena avait comprit le message et avait aussi pris sa tasse.

« Je suis honorée de…, » commença Cécilia.

Quelque chose s’était écrasé sur le sol.

« Ah… Je suis… désolée…, » balbutia Feena.

Feena devint pâle en un instant. Cécilia se tenait encore une fois tranquille, avec un sourire troublant.

Feena avait compris la situation après que Sharon ait effleuré la coupe avec son couteau, mais elle était peut-être trop tendue. Ses doigts tremblants avaient fait tomber la tasse pendant qu’elle la prenait, et elle s’était écrasée sur le sol.

D’accord. Ça va devenir vraiment moche là.

La tension dans la pièce était palpable. On pouvait presque voir la colère s’échapper hors de Cécilia. Si vous vous étiez trop approché d’elle, alors cela vous aurait très certainement déchiqueté.

« Oh mon Dieu… C’est une chose de ruiner les meubles extravagants que mon père a collectionnés et entretenus pendant toute sa vie, mais comment osez-vous casser mon service à thé ? » s’écria Cécilia.

Au milieu de cette situation étouffante, Cécilia passa à l’action.

Merde, c’est mauvais. C’est vraiment mauvais !

Tous les trois retenaient leur souffle devant le sourire inquiétant de Cécilia.

Puis, quelques minutes plus tard…

« Il reste beaucoup de thé, alors buvez ! » déclara-t-elle.

Cécilia regardait Alnoa, Sharon et Feena boire leur thé avec son sourire toujours aussi dangereux. Ils firent tous les trois un petit signe de la tête et la complimentèrent.

« C’est délicieux ! » déclara Alnoa.

Leurs sourires étaient raides. Ils marchaient tous sur la corde raide.

« Ce thé provient de plantes de mon jardin personnel. Comment l’aimez-vous ? » demanda Cécilia.

« C’est très… aromatique…, » répondit Sharon, courbant avec force sa bouche en un sourire.

À côté d’elle, Feena répondait d’une voix frémissante. « C’est… délicieux. »

« Rien ne vaut ton thé, chère sœur ! » Et finalement, Alnoa avait répondu.

Tous les trois avaient fait de leur mieux pour calmer Cécilia, toujours souriante.

« Je n’ai rien fait ! Comment ai-je été mêlé à tout ça !? » Alnoa chuchota une plainte à Sharon et Feena au moment où Cécilia lui tourna le dos.

« Comment le saurais-je !? Pourquoi ne nous avez-vous pas dit que votre sœur se transforme en monstre quand elle s’énerve ? » demanda Sharon.

« Ce n’est pas comme si j’avais eu le temps de le faire. Vous m’avez sauté dessus dès que nous sommes entrés dans la pièce ! » répliqua Alnoa.

Leur dispute silencieuse était sur le point de se transformer en un autre combat à part entière.

« Oh, en voulez-vous une seconde tasse ? » Lorsque Cécilia avait fait demi-tour, ils s’étaient tous redressés.

« Ah, j’ai oublié les gâteaux ! » s’écria Cécilia. Puis elle s’était précipitée hors de la pièce.

Sharon avait attendu quelques secondes, puis elle avait lâché sa colère sur Alnoa. « Expliquez-vous tout de suite ! »

« Qu’est-ce que vous racontez ? » demanda Alnoa.

Il s’était déjà passé tant de choses entre eux deux alors Alnoa avait du mal à déterminer de quoi, exactement, Sharon parlait, même s’il pouvait faire des suppositions éclairées. Pourquoi ses attaques n’avaient-elles jamais pu le frapper ? Pourquoi avait-elle eu vraiment très chaud quand il l’avait tenue dans ses bras ?

« Pensiez-vous vraiment que j’oublierais que vous m’avez tripoté !? » s’écria Sharon.

Vous avez essayé de me tuer, et j’ai accidentellement touché votre poitrine quand vous êtes tombé sur moi ! Lequel de ces deux est le pire !?

« Ah… Je voudrais aussi l’entendre, » déclara Feena.

Pourquoi me trahissez-vous, Feena !?

« Expliquez-nous lentement et correctement cela, » Sharon se leva et se dirigea vers Alnoa.

Il détourna le regard, dominé par les yeux pourpres impitoyables de Sharon.

Cécilia retourna dans la pièce puis se tint à côté d’Alnoa.

Elle avait pris une gorgée de thé et s’était ensuite adressée aux autres filles. « Parliez-vous de la relation entre le Roi-Démon et les Divas ? »

« Cécilia ! » s’écria Alnoa.

Elle leva son doigt, arrêtant l’interjection d’Alnoa.

« Ce n’est pas grave, » déclara Cécilia. « Il serait déraisonnable qu’elles restent ici pendant un mois sans rien savoir. »

Tu as raison, mais…

« Et par mon pouvoir de messagère de Dieu, je leur ferai jurer de ne jamais en parler à des étrangers, » continua Cécilia.

Elle se tourna vers Sharon et Feena et commença à chanter un sort sur un ton mélodieux.

☆☆☆

Cécilia n’était pas seulement la Diva d’Althos, mais également une prêtresse. Elle avait été une petite fille joyeuse, mais après un certain temps, elle était devenue incapable d’effacer son sourire de son visage. Ainsi, tout le monde dans le royaume — qu’il s’agisse de paysans, de nobles ou d’officiers — l’avait louée comme la Diva éternellement aimable et souriante.

Bien sûr, tout le monde s’attendait à ce qu’elle devienne le prochain monarque d’Althos. Mais après la mort de son père, Cécilia avait insisté pour devenir prêtresse.

Il n’était pas rare que les Divas se joignent à l’église, qui vénérait la Valkyrie, mais Cécilia avait ses propres raisons vraiment très spéciales. L’une d’entre elles était pour qu’Alnoa puisse succéder sur le trône, mais sa principale raison d’abdiquer et de devenir prêtresse était parce que…

« Une fois que je serai prêtresse, nous ne serons plus reconnus comme frère et sœur. Ainsi, je pourrais enfin épouser Alnoa ! » avait-elle déclaré pour elle-même. Bien sûr, elle n’aurait jamais dit ça devant son frère.

Si elle devenait prêtresse, ses liens juridiques avec sa famille seraient annulés, ce qui ferait en sorte qu’ils ne seraient plus frères et sœurs. Mieux encore, l’église avait toujours permis d’une manière commode à son clergé de se marier.

Mais Cécilia n’avait pas tenu compte de la gentillesse et de la sollicitude d’Alnoa envers elle. Un jour, alors qu’elle faisait semblant d’être dévastée par l’annulation de leur relation…

« Ne t’inquiète pas, Cécilia ! Dieu ne nous reconnaîtra peut-être plus comme frères et sœurs, mais tu seras toujours ma grande sœur dans mon cœur ! » avait-il annoncé à l’époque.

Ce fut un coup dur pour ses aspirations. Mais en s’appuyant sur cette expérience, elle travaillait maintenant en coulisses pour faire de son rêve de mariage frère-sœur une réalité, un fait inconnu de tous sauf de Lilicia.

☆☆☆

Sans laisser transparaître ses véritables intentions, elle termina le rituel, leva la main gauche et récita les mots qui la liaient.

« Je suis une messagère de Dieu. Ceux qui me jurent de leur serment ne le briseront jamais. »

Sa main gauche s’illumina d’une lumière divine. En regardant sa sublime silhouette, on pourrait confondre la pièce avec une église sacrée.

Tout ce qu’elles avaient maintenant à faire, c’était de faire leurs promesses à Dieu.

Mais les lèvres de Cécilia se transformèrent en un sourire espiègle.

« Si ces sales paysannes osent rompre leur promesse faite à mon très cher Alnoa, alors qu’elles fassent l’expérience de xxxx puis de xxxx et de leur xxxx, pour qu’elles ne puissent plus jamais xxxx à nouveau ♪, » déclara Cécilia.

Elle ne peut pas y mettre fin normalement, n’est-ce pas ?

« Quoi !? » s’écria Sharon.

« M-Mademoiselle Cécilia !? » s’écria Feena.

Sharon et Feena avaient regardé leur future belle-sœur avec étonnement. Elles n’avaient pas la capacité à comprendre ce qu’elles venaient d’entendre.

« Cécilia, qu’est-ce que tu dis !? Avec quel genre de dieu fais-tu un serment ? » demanda Alnoa.

« Oh, ne t’inquiète pas. Il n’y aura pas de problème tant qu’elles tiendront leur promesse, » répliqua Cécilia.

Elle marque un point.

Sharon et Feena acquiescèrent docilement d’un signe de tête, allant à l’encontre de leur comportement confiant habituel.

« D’accord, allons-y ! Je le jure ! » déclara Sharon.

« C’est d’accord, je le jure, » déclara Feena.

Ainsi, leurs vœux avaient été achevés.

« Alors… Al ! » Une fois le sort terminé, Cécilia regarda Alnoa.

« D’accord. Nous allons le leur expliquer. » Ne connaissant pas les véritables intentions de sa sœur, Alnoa avait accepté à contrecœur.

« La réincarnation du Roi-Démon !? »

Le cœur d’Alnoa sauta un battement en regardant l’expression complexe de la jeune femme. Il n’avait aucune idée de la raison pour laquelle Cécilia voulait qu’il leur dise un secret si bien gardé, un secret que seules quelques personnes choisies connaissaient auparavant.

A-t-elle l’intention de les effrayer en révélant ma lignée ?

« Connaissez-vous l’histoire du Roi-Démon et de la Valkyrie ? » leur demanda Alnoa, en partie par frustration.

« Bien sûr, bien sûr. Il y a très longtemps, un roi avait accueilli le Roi-Démon dans son corps pour repousser une invasion de son voisin. Il ne pouvait pas contrôler le Roi-Démon présent en lui et il est devenu fou. Sept de ses belles suivantes ont alors sacrifié leur vie pour invoquer une Valkyrie qui a scellé le Roi-Démon, » déclara Sharon.

Sharon avait fièrement gonflé sa poitrine à la fin de son explication. Ses seins étaient un spectacle plaisir à contempler, mais Alnoa n’avait pas le luxe de les apprécier.

« Pour empêcher la renaissance du Roi-Démon, la Valkyrie a divisé sa conscience et sa force en sept parties et les a distribuées entre sept filles. C’est ainsi que nous, les Divas, sommes nées. On dit que l’une des jeunes filles choisies était même une enfant de trois ans, » Feena avait repris avec indifférence l’histoire là où Sharon s’était arrêtée.

« Exactement. Alors, qu’en pensez-vous, où est scellé le Roi-Démon ? » demanda Alnoa.

Alnoa croisa les bras et donna sa meilleure apparence de professeur alors qu’il donnait une conférence aux Divas.

« Attendez… Vous ne pensez pas que…, » Feena avait eu le souffle coupé.

« Exactement. Juste ici ! » Alnoa avait poussé un soupir exagéré et il pointa du doigt vers le bas.

« Sous ce château !? » demanda Sharon.

Ce n’est pas comme si je l’avais moi-même vu, mais elles n’ont pas besoin de le savoir.

« Et j’ai été choisi comme réceptacle du Roi-Démon, » il avait porté un dernier coup aux filles perplexes.

« C’est exact ! Mon cher petit frère possède les attributs du Roi-Démon de la légende ! » Contrairement à un Alnoa déprimé, Cécilia avait triomphalement gonflé sa poitrine.

« Ce qui veut probablement dire qu’il a aussi les pouvoirs du Roi-Démon. » Sharon, profondément dans ses pensées, la main sur le menton semblait avoir accepté l’explication.

« Oui. J’ai été choisi pour hériter de son pouvoir. Puisqu’il est encore scellé, je ne peux en utiliser qu’une faible partie, mais il ne peut pas non plus s’emparer de mon corps, » déclara Alnoa.

« Attendez une minute ! » Sharon leva les yeux vers Cécilia. « Cécilia est une Diva normale. Elle n’est pas impliquée dans cette affaire. »

« Alors… Vous êtes le réceptacle du Roi-Démon, et votre sœur est une Diva… ? » Feena leva les sourcils.

C’était la vérité, aussi improbable que cela puisse paraître.

« Oh, ce n’est pas exactement ainsi. Nous sommes de mères différentes », dit Cécilia, en jouant avec ses boucles d’or.

« Cécilia est de la Reine précédente, alors que je suis du second mariage de mon père, » déclara Alnoa.

« Exactement. Ce qui veut aussi dire qu’on peut se marier ! » déclara Cécilia.

« Non, on ne peut pas, » répliqua Alnoa.

Alnoa avait poussé un lourd soupir face aux yeux étincelants de sa sœur. Son amour romantique envers son frère était de plus en plus intense et cela avait commencé à user de plus en plus sa patience.

J’espère qu’elle essayait juste de faire une blague pour détendre l’atmosphère. Je l’espère vraiment…

« Ne vous inquiétez pas ! Dieu dit qu’il n’y a rien de plus fort dans ce monde que le pouvoir de l’amour ! » déclara Cécilia.

Même si c’était le cas, qui interpréterait cette déclaration de cette façon !? Je doute que Dieu ait voulu promouvoir l’inceste.

À ce moment-là, la tête d’Alnoa était fermement tenue dans ses mains.

« Alors, qu’est-ce qui se passe avec votre technique folle ? » Sharon avait ramené la conversation sur la bonne voie.

« Je n’en sais rien. » Alnoa leva les mains et haussa les épaules. Il n’avait jamais vécu une telle chose auparavant.

Parmi les trois Divas, Alnoa était le plus proche de sa sœur. Mais Cécilia l’aimait plus que n’importe quelle sœur. Si le monde était condamné et que la mort d’Alnoa était le seul moyen de le sauver, Cécilia sacrifierait volontiers le monde. Elle ne lèverait jamais son épée contre lui comme Sharon l’avait fait.

Sans compter cette fois…

Cécilia avait été collante avec Alnoa depuis qu’elle était petite fille, lui posant des questions comme : s’il l’aimait et s’il allait l’épouser quand ils seraient grands.

Je lui disais souvent qu’elle faisait une tête effrayante quand elle posait ces questions. Elle me regardait avec curiosité et me lâchait. Oh, maintenant que j’y pense, c’est à l’époque où elle a commencé à sourire en permanence.

« Hé, m’écoutez-vous !? »

« Ah ! » s’écria-t-elle.

La Diva aux cheveux cramoisis le sortit de ses pensées.

« Sharon, peut-être que le Roi-Démon à l’intérieur d’Al réagit à la puissance de la Valkyrie qui réside au plus profond de vous. Ou peut-être…, » Cécilia avait répondu à sa question avec un sourire éclatant. Et puis elle s’était blottie contre Alnoa.

« Peut-être que les âmes des sept belles servantes résident encore dans les Divas, et qu’elles sont incapables de blesser leur roi bien-aimé. Ah, ce serait si romantique ! Pas vrai, Al !? »

« Nous nous battons habituellement avec nos armes et notre magie… les artefacts et le pouvoir de la Valkyrie. Le Roi-Démon réagit peut-être aux restes de la Valkyrie qui l’a scellé, » tout en ignorant complètement Cécilia, Feena avait annoncé avec confiance sa propre proposition.

« C’est pour ça que mon épée ne pouvait pas vous frapper ! » Sharon semblait également convaincue par cette explication.

« Maintenant, je sais pourquoi mon charme n’a pas fonctionné. » Feena murmura pour elle-même.

« Ah ! Et c’est pour cela que quand vous me touchez, je… euh…, » Sharon avait un peu rougit et elle jeta un coup d’œil à Alnoa.

« Oh, ça aurait pu être un Déferlement Céleste ? » déclara Cécilia.

« Qu’est-ce qu’un Déferlement Céleste ? » demanda Sharon.

Sharon avait regardé Cécilia avec stupéfaction, qui buvait calmement son thé.

C’était Feena qui avait répondu à sa question. « “Le pouvoir de contrôler le monde apparaît quand le Démon et la Sainte se rencontrent”. Freiya, est-ce que vous vivez si loin dans la cambrousse que vous n’avez même pas les écritures ? »

« Ah ! J’en ai entendu parler ! Je ne l’ai pas moi-même lue, mais c’est écrit dans un livre d’il y a environ mille ans, » Alnoa avait répondu à la provocation de Feena avant que Sharon ne puisse répondre.

Attends, pourquoi elle a l’air en colère ?

« Ne vous inquiétez pas, Al. Je vous en parlerai plus tard, quand nous serons seuls, » répondit Feena, d’un ton poli.

« N’êtes-vous pas un peu biaisé envers Al ? » Sharon avait fait un regard furieux sur Feena.

Alnoa avait haussé les épaules.

Les choses se compliquent à nouveau…

« De toute façon, alors, qu’est-ce que c’est exactement ce Déferlement Céleste ? » Il avait désespérément essayé de remettre la discussion sur les rails avant qu’elles ne recommencent à détruire la salle.

« Fondamentalement, c’est quand les énergies saintes et maléfiques se mélangent, ce qui donne alors naissance à une puissance capable d’aller côte à côte avec les dieux eux-mêmes. Je parie que ton pouvoir s’est infiltré en Sharon, ce qui a provoqué sa réaction si extrême, » Cécilia récitait les détails de mémoire, le doigt sur les lèvres.

Alnoa avait résisté aux attaques de Sharon. Puisque Sharon avait reçu la protection divine de la Valkyrie, ses attaques n’avaient pas pu atteindre le Roi-Démon, retenu par le même sceau de la Valkyrie. Mais on ne pouvait pas dire la même chose de l’autre côté. Les Divas ne pouvaient pas résister aux pouvoirs du Roi-Démon.

« Attendez. Êtes-vous en train de me dire que je ne peux pas lui faire de mal !? » s’écria Sharon.

C’était exactement comme elle le pensait. Tenter d’attaquer Alnoa était pour elle comme essayer de vaincre un grand maître d’échecs avec seulement un roi sur l’échiquier.

Cécilia regarda Sharon comme si elle venait de réaliser quelque chose. « J’ai aussi entendu dire que lorsque ton pouvoir se mélange à l’intérieur d’une Diva, le pouvoir de la Valkyrie les protège du mal. Mais l’un des effets secondaires est qu’elles ressentent quelque chose qui ressemble à de l’excitation sexuelle. »

« Quoi !? Comment avez-vous… Ah, je veux dire… ! » Sharon était visiblement énervée.

« Oh, son Déferlement Céleste vous a excité ? » demanda Cécilia.

« Vilaine Sharon… La Diva de l’Obscénité, » déclara Feena.

Sharon se leva du canapé lors de la provocation de Feena.

« Qu’est-ce que vous venez de dire ? Un mot de plus, et je vous coupe la langue et je la donne aux chevaux ! » s’écria Sharon.

Sharon tremblait en ayant un visage rouge vif. Il était difficile de dire si c’était à cause de la colère ou de l’embarras.

« Les chevaux sont herbivores. Ne le savez-vous même pas ? Quelle imbécile ! » s’exclama Feena.

« C’est ça, vous êtes fichue ! » cria Sharon.

Est-ce que je viens d’entendre quelque chose craquer ?

Sharon, qui en avait assez des insultes de Feena, avait posé sa main sur sa poitrine.

Attendez, elle cache quelque chose d’autre !? Quelle sorte de sorcellerie est-ce que c’est ?

À côté d’Alnoa, Feena se préparait aussi pour la bataille.

« Il est temps de vous abattre, » répliqua Feena.

Un silence sinistre s’installa dans la pièce alors qu’elles se regardaient l’une et l’autre. C’était comme le calme avant la tempête. Une tempête qui s’était intensifiée au cours de la dernière heure grâce à un nombre incalculable de prises de bec. Le moment de son atterrissage était imminent.

« Oh ! Je sais ! Faisons-leur une démonstration en direct ! » murmura Cécilia.

Avec cela, la tempête avait été déclassée de la force d’un ouragan à un simple orage passager.

Je vais devoir traverser la tempête pour l’instant. Mais je préférerais qu’on s’entende tous à l’avenir.

Alors que la situation était sur le point d’exploser, Cécilia sauta gracieusement entre les deux filles et saisit les mains d’Alnoa.

« Al, s’il te plaît, » déclara Cécilia.

« Cécilia, qu’est-ce que tu es…, » demanda Alnoa.

« Hehe… » Elle plaça doucement les mains d’Alnoa contre sa poitrine.

« Attends, Cécilia ! » s’écria Alnoa.

Cécilia ne laisserait pas passer cette opportunité, même si sa vie en dépendait. Elle avait ignoré les protestations de son frère et avait serré les mains d’Alnoa avec encore plus de force sur sa propre poitrine.

« Hyahh ! Ahhhh ! » Ses cris indécents résonnaient dans la pièce.

« Qu’est-ce que tu fais !? » demanda son frère.

« Oh, ne t’inquiète pas. Je vais juste leur faire une démonstration d’un Déferlement Céleste, » Cécilia avait réussi à calmer suffisamment sa forte respiration pour lui donner une réponse.

« Est-ce que cela ne marche que si j’attrape tes seins !? » demanda Alnoa.

La prise de Cécilia sur la main d’Alnoa tenait fermement, peu importe à quel point il luttait contre elle.

Les seins de Cécilia étaient doux au toucher et élastiques.

Qu’est-ce que tu fais devant mes futures mariées !?

Le sourire de Cécilia devint sournois en voyant le regard désespéré dans les yeux d’Alnoa.

« C’est assez ! Lâche mes mains ! » demanda Alnoa.

« Je n’ai pas encore fini. Je dois vérifier si cela marche bien ! » déclara Cécilia.

« Laisse-moi partir ! » redemanda Alnoa.

« Non ! Je ne te laisserai pas t’éloigner de moi ! » répliqua Cécilia.

« Cécilia !! » cria Alnoa.

« Hehe ! » Cécilia se mit à rire.

« Mademoiselle Cécilia est effrayante…, » Feena murmura cela, mais Cécilia l’entendit quand même.

« Effrayante… ? » demanda Cécilia.

Cécilia avait grimacé face à la déclaration de Feena et avait lâché les mains d’Alnoa. Elle tremblait comme une feuille.

Qu’est-ce qui s’est passé ?

Ses joues rouges avaient immédiatement perdu toute leur couleur.

« Hein !? Qu’est-ce qui se passe !? » demanda Alnoa.

Alnoa était devenu en pleine panique en voyant la réaction de sa sœur. Sans qu’il le sache, toutes les fois où il lui avait dit qu’elle avait l’air effrayante l’avaient ébranlé jusqu’à la moelle. Il s’agissait d’un traumatisme provenant de l’enfance qui ne l’avait jamais quitté.

« Suis-je effrayante… ? » demanda Cécilia.

« Cécilia ? » demanda Alnoa.

« Al, je ne suis pas effrayante, n’est-ce pas ? » demanda Cécilia.

« Cécilia, qu’est-ce qui ne va pas ? » demanda Alnoa en retour.

« Ne joue pas à l’idiot ! » déclara Cécilia.

Alnoa remarqua un regard aiguisé sur son dos. Sharon, qui avait été bruyante quelques instants plus tôt, le regardait dans un silence de mort.

Alnoa n’avait pas besoin de la voir pour savoir quel genre de visage elle faisait. Effrayé pour sa vie, il avait décidé de faire demi-tour et de s’expliquer, mais Sharon avait parlé avant lui.

« Jusqu’où pouvez-vous vous rabaisser en caressant votre propre sœur comme ça !? » s’écria Sharon.

« Même en tant qu’épouse, je ne suis pas sûre de pouvoir soutenir ce…, » murmura Feena.

Les deux Divas querelleuses avaient été réunies par un dégoût mutuel vis-à-vis de l’acte dont elles venaient d’être témoins.

Qu’est-ce que c’était ?

Peut-être que la méthode utilisée était mauvaise, ou peut-être que Cécilia voulait simplement dire que tout cela n’était qu’une blague. Quoi qu’il en soit, il n’y avait pas eu de Déferlement Céleste, et les frères et sœurs n’avaient rien appris de nouveau de cette expérience.

« Oh, désolée. J’étais juste excité à l’idée de l’essayer ! » déclara Cécilia.

Cécilia s’était enfin calmée. Cependant, les autres filles regardaient encore froidement Alnoa.

Pourquoi est-ce toujours ma faute !? Ne connaissent-ils pas le sens du mot « accident » ? Ou est-ce le destin des hommes de toujours prendre le blâme, chaque fois qu’un accident indécent se produit !?

« Ne rêvez jamais de pouvoir poser vos sales mains sur moi ! » cria Sharon. C’était ce que Sharon avait conclu de la situation.

Je sais ce que vous ressentez, croyez-moi. Mais le fait d’entendre ça d’une fille aussi mignonne fait toujours mal, vous savez !

« Ne vous inquiétez pas. Je ne le ferais pas, même si vous me le demandiez, » déclara Alnoa.

« Grr… Bien ! C’est après tout ce que je veux, » déclara Sharon.

Cécilia avait pris une gorgée de thé. Elle pouvait sembler calme à l’extérieur, mais à l’intérieur, elle ne voulait rien d’autre que de s’enfuir dans sa chambre et de s’enrouler en boule.

Sharon, par contre, était un livre ouvert. Son faux sourire n’avait pas réussi à cacher sa colère.

« Oh, Lilicia ! Pourriez-vous aussi préparer une chambre pour Mademoiselle Sharon ? » demanda Cécilia.

Lilicia ouvrit lentement la porte du salon et répondit à Cécilia. « Très certainement. La chambre a déjà été préparée. »

Depuis quand se tenait-elle là ?

« Merci. Sharon, Lesfina, permettez-moi de vous guider jusqu’à vos chambres. Je vous ferai visiter le château en cours de route, » déclara Cécilia.

Cécilia avait quitté le salon avec Lilicia qui la suivait de près.

« Votre Majesté, merci de me laisser rester ici et tout le reste…, » déclara Sharon.

C’est si superficiel !

Avec un sourire moqueur, Sharon s’était levée avec grâce et avait suivi Cécilia.

« …, » Feena s’inclina rapidement avec son visage habituel sans expression et quitta la pièce.

Le jeune roi fut laissé en silence, libéré de l’animosité nue à laquelle il faisait face depuis une heure.

« Enfin…, » murmura-t-il.

Après avoir réussi à sortir de la tempête, Alnoa avait poussé un soupir de soulagement. Il s’était alors penché en arrière sur son siège et avait posé ses jambes sur la table.

La vie est pleine de surprises, hein ?

En fin de compte, il avait été décidé qu’elles resteraient toutes les deux ici pour le mois prochain.

Que dois-je faire maintenant ? Je n’étais pas préparé à ça.

« Quelle tournure absurde des événements ? » murmura-t-il.

Il se souvient de la bataille d’Althos et de Freiya quelques jours plus tôt.

Contre toute attente, ils avaient été victorieux. Personne ne s’attendait à ce qu’une armée dirigée par un jeune roi inexpérimenté triomphe de la puissance militaire de Freiya. Voyant leur chute, les pays voisins avaient changé de stratégie. Ils étaient encore certains d’une éventuelle victoire, mais ils craignaient la possibilité d’une longue et pénible guerre. Toute victoire les aurait affaiblis, ce qui en aurait fait des proies faciles pour leurs voisins.

Ce qui voulait dire qu’il valait mieux s’emparer de notre pays sans combattre.

Ainsi, deux des voisins d’Althos avaient envoyé leurs atouts, les Divas, des demoiselles capables d’abattre des milliers de soldats par leur propre force. Les deux pays étaient parvenus à la même conclusion, mais leurs approches différaient. On cherchait à prendre le contrôle du Roi et, à son tour, de son royaume. L’autre cherchait à prendre la couronne plus agressivement en tuant le Roi. Freiya avait refusé de donner l’initiative à Subdera, alors Sharon avait été envoyée un mois plus tôt.

Comme c’est odieux. J’aurais presque préféré une guerre totale.

Alnoa avait poussé un grand soupir et avait avalé les dernières gouttes de sa tasse de thé.

Le lendemain, alors que des rumeurs sur les plans de mariage arrangé du roi se répandaient dans tout le pays comme un feu de forêt, Alnoa faisait tranquillement de la paperasse dans sa chambre. Il était au travail depuis l’arrivée des deux candidates au mariage. C’était vraiment compliqué d’accueillir deux princesses.

Alnoa devait envoyer une confirmation quant à leur arrivée dans leurs pays respectifs dès que possible, tout en s’assurant de garder pour lui autant de détails. Il ne voulait pas savoir ce que Freiya et Subdera feraient si jamais ils apprenaient ce qui s’était passé la veille. Il ne pouvait qu’imaginer l’indignation à laquelle il serait confronté.

L’autre défi était de prendre en charge leurs besoins pendant leur séjour dans son pays.

« Al, avez-vous un moment ? »

La porte de son bureau s’était ouvert sans que la personne frappe à la porte avant. Mais il est vrai que l’on pouvait difficilement l’appeler un bureau en raison de ce qui s’y trouvait. Il y avait un lit pour faire la sieste et une collection de livres préférés d’Alnoa qu’il avait là pour ses pauses, rendant la pièce plus proche d’une chambre à coucher secondaire.

« Sharon, qu’y a-t-il ? » demanda Alnoa.

« Et si j’arrêtais de tenter de vous tuer et que j’essayais de devenir votre femme pour de vrai ? » demanda Sharon.

Son visiteur inattendu n’était autre que Sharon. Elle portait la même robe qu’hier, mais elle était beaucoup plus séduisante maintenant. Pour la première fois aux yeux d’Alnoa, elle ressemblait à une véritable et belle princesse.

Attends, êtes-vous sûre de vouloir admettre que vous êtes venue ici pour m’assassiner ? Eh bien, je suppose que beaucoup de vos actes disent déjà que c’est une évidence.

Alnoa était silencieux alors qu’elle s’approchait de lui. Il se méfiait beaucoup de ce changement d’attitude. Quelque chose lui disait que ça ne finirait pas bien.

À un moment donné, Sharon avait commencé à l’appeler « Al » au lieu de « Votre Majesté ». Il avait décidé qu’il valait mieux ne pas lui demander la raison.

Elle avait probablement changé parce qu’« Al » est plus facile à dire.

« … Vraiment ? » demanda Alnoa.

« Oui. Vraiment, » déclara Sharon.

« N’est-ce pas un nouveau stratagème pour m’attaquer ? » demanda un Alnoa septique.

« … Non, ça ne l’est pas, » répondit Sharon.

« Je suis heureux de l’entendre, mais pourriez-vous me dire ce que vous cachez derrière votre dos ? » demanda Alnoa.

« C’est un secret. Teehee ! » répondit Sharon.

Alnoa ne voulait rien de plus que de pouvoir faire confiance à Sharon, mais malheureusement pour elle, son secret jaillissait de derrière ses cheveux ardents.

Des assassins aussi mauvais en tromperie sont exceptionnellement rares.

« OK, arrêtez de jouer la comédie. Je peux voir votre épée derrière votre tête, » déclara Alnoa.

« Vraiment ? » Sharon regarda Alnoa, perplexe.

« Oui, vraiment ! Êtes-vous stupide ? Me prenez-vous pour un idiot ? » demanda Alnoa.

« Tsss. Et là, j’avais pensé que cela vous tromperait, » déclara Sharon.

« Oui, j’ai bien vu… ! » Alnoa avait poussé un soupir.

On ne s’est rencontrés qu’hier, et elle pense déjà que je suis un idiot, non ?

« N’avez-vous pas donné cette épée à Lilicia ? » demanda Alnoa.

« Je suis une princesse. Je viens de dire aux servantes que garder mon épée loin de moi conduirait à un incident diplomatique ! » expliqua Sharon.

« Oh, pour l’amour de…, » commença Alnoa.

Sharon avait saisi la poignée de son épée en affichant un sourire sournois. « Assez parlé ! »

« Vraiment !? » demanda-t-il.

Ils étaient piégés dans une petite pièce sans espace pour pouvoir esquiver la moindre attaque.

« Allez-vous vraiment réessayer ? » Alnoa ajouta ça tout en restant calme.

Les événements d’hier lui avaient traversé l’esprit. Le résultat était évident, mais le fait d’avoir une épée sur lui faisait encore peur. Il garda ses yeux serrés.

« Mourrrezzzz ! » cria Sharon.

Sharon avait frappé avec son épée au niveau de la tête d’Alnoa, mais, comme prévu, l’arme avait rebondi avant qu’elle ne puisse l’atteindre. La table avait pris le coup à la place de son visage et elle avait été coupée en deux, y compris la pile de documents qui reposait sur le dessus.

« Non ! Je viens de les finir ! » cria Alnoa.

« Qui s’en soucie ? Vous n’en aurez pas besoin là où vous allez ! » répliqua Sharon.

Elle l’avait regardé avec un visage suffisant, comme si elle n’avait même pas compris ce qui venait de se passer.

« Je suis presque sûr que vous auriez encore besoin de ces documents même si je mourais, » déclara Alnoa.

« Ne vous inquiétez pas. Je rendrai votre mort aussi indolore que possible ! » annonça Sharon.

Merde… On ne peut pas parler à cette fille quand elle est si excitée.

Face à cette agression insouciante, Alnoa ne pouvait penser qu’à une seule option. Au moment où Sharon avait encore abaissé son épée, Alnoa s’était élancé vers l’avant.

« Écoutez-moi bien ! » cria-t-il.

Les mots longs sont inutiles dans un combat au corps à corps. Je n’ai qu’à pousser vers l’avant !

« J’arrive ! » cria-t-il.

« Gahh ! »

Alnoa l’avait poussée. Sharon avait crié et avait reculé comme un animal effrayé. Se sentant coincée, elle s’était effondrée à genoux avec des larmes se formant dans le coin de ses yeux rouges.

« Quel est le problème ? » demanda-t-il

Elle avait tremblé devant les paroles d’Alnoa. Avec ses mains couvrant ses seins, elle le fixait du regard.

« Qu’est-ce que vous croyez faire ? » cria Sharon.

« C’est moi qui devrais vous demander ça ! » répliqua Alnoa.

C’est quoi cette réaction ? Je visais juste sa poitrine, attends, non. J’essayais juste de retenir ses bras. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle réagisse ainsi.

« Ne m’avez-vous pas promis de ne jamais me toucher ? » demanda Sharon.

« Dans ce cas, c’était de la légitime défense ! » répondit Alnoa.

Oh, c’est vrai ! Elle a peur du Déferlement Céleste. C’est logique, mais ça fait mal de la voir comme ça. Suis-je vraiment si effrayant ?

« R-Reculez ou bien je vais crier ! » déclara-t-elle avec force.

Sharon se précipita avec désespoir vers l’arrière comme un chiot effrayé.

Je me demande ce qu’elle pense maintenant de moi.

« H-Hey…, » dit-il.

« Je vous ai dit de reculer ! » répondit-elle.

« C’est vous qui m’avez attaqué ! » déclara Alnoa.

« Taisez-vous ! » dit Sharon.

Aussi charmante, mais toujours aussi déraisonnable que jamais.

Alnoa avait eu une soudaine et sournoise étincelle d’inspiration.

Attends, c’est plutôt amusant. C’est l’heure de la vengeance. Je peux peut-être même l’empêcher d’essayer de me tuer.

« Hé, reculez ! » cria Sharon.

« Excusez-vous, » déclara Alnoa.

« Pourquoi ? » demanda-t-elle.

« Pour avoir ruiné mon travail, » répondit Alnoa.

Premier pas.

« Pourquoi devrais-je le faire ? » demanda Sharon.

Deuxième pas.

« D’accord, d’accord ! Je m’excuserai ! » déclara Sharon.

Troisième pas.

« Je suis désolée ! Je suis désolée d’avoir détruit vos documents ! Eh bien ? Êtes-vous heureux ? » demanda-t-elle. Sharon l’avait regardée avec les yeux larmoyants. Elle était sur le point de pleurer.

« Toujours pas assez, » chuchota Alnoa. « Jurez-moi que vous n’essaierez plus de m’assassiner. »

Alnoa, inébranlable, continua son avance.

« Impossible, car c’est ma mission, » répliqua Sharon.

Quatrième pas.

« D’accord, d’accord ! Arrêtez ! S’il vous plaît, arrêtez ! Je vous en supplie ! » supplia Sharon.

Cinquième pas.

« Pourquoi ne vous arrêtez-vous pas ? » demanda une Sharon larmoyante.

Sixième pas.

« Ahh ! » Elle avait heurté le lit d’Alnoa. Elle n’avait nulle part où s’enfuir.

Alnoa avait réfléchi sur les actions qu’il devait entreprendre tout en regardant la fille qui gémissait.

Je suis peut-être allé trop loin.

Les puissants yeux pourpres de Sharon avaient perdu leur lumière et étaient maintenant remplis de larmes.

« Espèce de lâche ! Comment osez-vous jouer des tours aussi sales !? » S’écria Sharon.

Arg, cette fille…

« Résistez-vous toujours ? » demanda-t-il.

Je suppose que parler ainsi aux autres fait partie de sa nature. Mais je pense que c’est suffisant. Après tout, il s’agit d’une princesse.

« Je ne perdrai jamais ! » déclara Sharon.

Sharon avait roulé sur le lit et avait tendu la main afin d’ouvrir la porte proche de là.

« Pour l’instant, je vais mettre cette bataille en attente, mais la prochaine fois, la prochaine fois, je vous aurai ! » déclara Sharon.

« Hé, c’est…, » commença Alnoa.

Alnoa avait l’intention de dire « c’est la porte de la salle de stockage, une pièce remplie à ras bord de documents », mais Sharon était trop pressée pour écouter. Elle avait ouvert la porte qui grinçait avec force.

« Attendez, ne faites pas ça ! » cria Alnoa.

« Ahh ! » cria Sharon.

« Attention ! Wowww ! » s’écria-t-il.

La force mise dans l’ouverture de la porte avait fait tomber de grandes piles de documents. Alnoa haleta et se précipita pour protéger Sharon. Les documents s’étaient effondrés tout autour d’eux avec un bruit sourd et fort.

« Outch… »

La poussière des vieux documents remplissait la pièce. Alnoa et Sharon étaient restés silencieux un moment, ayant évité de justesse le désastre.

Je ne veux pas penser à ce qui se serait passé si Freiya avait découvert que leur princesse a été blessée dans mon bureau par une pile de vieux documents poussiéreux qui lui sont tombés dessus. J’espère qu’elle a… euh… Attends, est-ce sa culotte !?

Passons en revue l’enchaînement malheureux des événements qui avaient mené à la situation actuelle.

1) Sharon, agenouillée sur le lit, ouvrit la porte du débarras.

2) Toujours sur le lit, Sharon est tombée sur ses fesses.

3) Alnoa se précipita sur le lit et s’étendit sur Sharon afin de la protéger.

Et maintenant, ce scénario était sur le point d’atteindre sa fin évidente.

« Lâchez-moi, pervers ! Arrêtez de pousser votre entrejambe contre mon visage ! Espèce de monstre ! » Sharon avait lâché un barrage d’insultes vers Alnoa avec un visage rougissant et brûlant.

« Je suis désolé ! Je ne voulais pas le faire ! » répondit Alnoa.

Est-elle comme ça à cause d’un Déferlement Céleste ?

Sharon avait tiré sur sa jupe, masquant sa culotte de la vue d’Alnoa.

« Maintenant, je suis souillée pour toujours. » Sharon marmonnait ça d’une voix faible et tremblante.

« Quoi ? » demanda-t-il.

« Rien ! » Elle avait détourné le regard.

« Lâchez-moi, c’est tout ! » lui demanda Sharon.

« Ah, oui. Désolé, » déclara-t-il après s’être déplacé

Elle avait poussé un soupir de soulagement une fois qu’Alnoa était descendu d’elle.

Ne vient-elle pas de dire qu’elle a été souillée ?

Au moment où les choses s’installaient, un son avait retenti dans la pièce. Le couple turbulent s’était ébranlé et avait dirigé leurs attentions vers la source de ce bruit — l’entrée de la pièce.

Oh merde ! Bien sûr que quelqu’un entendrait tout ce bruit !

« Vraiment ? Vous faites… un 69 dès le deuxième jour ? » demanda une voix féminine.

« Non ! Nous ne le faisons absolument pas ! » cria Alnoa.

Alnoa espérait que sa sauveuse venait d’entrer dans sa chambre, mais ce qu’il avait eu à la place, c’était un démon. Un démon sous la forme de Lesfina, son autre candidate au mariage.

« Qu… Qu’entend-elle par “le 69” ? » demanda Sharon.

« Rien ! Ne vous inquiétez pas pour ça ! » répondit Alnoa.

« Eh bien, vous voyez, quand un homme et une femme vraiment…, » commença Feena.

« Feena ! Ne le dites pas ! S’il vous plaît ! » demanda Alnoa.

« Hein ? » Feena était curieuse de savoir pourquoi Alnoa l’avait arrêtée.

Sharon n’arrivait pas à comprendre ce à quoi Feena faisait référence, mais elle s’était finalement rendu compte que c’était quelque chose d’assez obscène.

« Je ne suis PAS comme ça avec ce cochon ! » déclara Sharon.

Sharon s’était un peu calmée. Feena en avait profité pour regarder Alnoa dans les yeux et dire ce qu’elle était venue dire. « Al. J’ai pris ma décision. »

« Quelle décision ? » demanda-t-il en retour.

Alnoa avait rencontré son regard et s’était levé du lit comme si rien ne s’était produit avant ça.

« Je veux devenir une bonne épouse. Je veux vous faire mien…, une marionnette pour mon usage exclusif. Donc, même si vous me trompez, même si vous couchez avec votre sœur… Je ferai de mon mieux pour regarder ailleurs, » annonça Feena.

Elle avait dit de très bonnes choses jusqu’à arriver sur la partie à propos de la « marionnette ».

« Je ferai de mon mieux pour faire… ce que vous faisiez ensemble juste avant ça, » continua Feena.

« Vous vous méprenez encore. Elle essayait de me tuer ! » s’écria Alnoa.

Le déni d’Alnoa était tombé dans l’oreille d’une sourde.

« Cependant…, » continua Feena.

Feena jeta son regard vers sa rivale, affichant du dégoût sur son visage habituellement sans expression.

« Quoi !? » s’écria Sharon.

Alnoa voyait Feena sérieuse pour la première fois. Il s’agissait d’un spectacle qui lui avait causé des frissons dans toute sa colonne vertébrale.

« Vous ! » cria Feena.

Sentant la colère de Feena, Sharon s’était mise en garde.

« Je ne vous pardonnerai jamais ! Quoi qu’il arrive, je protégerai Al ! » Feena marcha avec fermeté jusqu’à se positionner devant Sharon.

Elle est trop cool ! C’est le genre de phrase qui ferait pâlir n’importe quelle femme si elle était prononcée par un homme.

« Arrêtez de vous mettre sur mon chemin ! » cria Sharon.

« Je ne peux pas faire ça. Je ne vous laisserai pas faire du mal à mon mari, » déclara Feena.

Sharon avait jeté un coup d’œil vers Alnoa, espérant qu’il la soutienne. Mais Alnoa ne voulait pas se ranger de son côté.

Feena dirigea une fois de plus son regard froid et tranchant sur Sharon.

« Au fait…, » commença Feena.

« Quoi ? » demanda Sharon.

« Quel est votre objectif ? » demanda Feena.

Sharon avait haussé les sourcils face à la question inattendue. Il s’agissait d’un petit geste que Feena n’avait pas manqué de remarquer.

« Je suis ici pour tuer cet homme ! » répondit Sharon.

« Non. Je veux savoir ce que vous espérez obtenir en le tuant, » répliqua Feena.

Elle n’arrête pas de dire qu’elle est là pour me tuer comme si ce n’était rien !

« Tch. »

« Je le savais. On ne peut pas vous faire confiance. Vous êtes venue ici pour…, » commença Feena.

Sharon avait chargé Feena avant qu’elle n’ait pu finir sa phrase.

*Clac !*

Un cliquetis métallique aigu avait résonné dans la pièce.

« Hé, c’est votre…, » commença Sharon.

« Je ne vous laisserai pas prendre le dessus aujourd’hui, » répliqua Feena.

Feena avait tenu sa baguette au-dessus de sa tête, bloquant ainsi la frappe de Sharon.

« Oh ? Vous êtes plutôt bonne ! D’accord, allez-y ! Voyons voir quelle relique est la plus forte ! » déclara Sharon.

Feena avait bloqué la frappe de Sharon d’une main, et elle n’avait même pas bronché.

« Est-ce donc la relique de Subdera ? » demanda Alnoa.

Alnoa ne pouvait que regarder avec admiration. Sa baguette était faite d’un matériau mystérieux, peut-être de l’obsidienne.

Ces reliques étaient considérées comme le symbole des Divas et elles auraient été créées par la Valkyrie elle-même. Une autre théorie était que ces reliques étaient les armes préférées des sept jeunes filles. Chaque Diva avait sa propre relique, y compris Cécilia, dont la relique était un khakkhara, une sorte de bâton également connu sous le nom de crosse.

« N’avez-vous pas été assez bavarde aujourd’hui ? » demanda Sharon.

« … »

« Votre farce froide et silencieuse a disparu ! Ne vous inquiétez pas. Je vais vous abattre ! De cette façon, vous pouvez garder le silence pour toujours ! » déclara Sharon.

Sharon avait serré sa poignée sur la poignée de sa lame.

*Wlam !*

Avec cela, une véritable tragédie s’était produite.

« Nooon ! Mes livres ! Mes documents ! » cria Alnoa.

L’épée déviée de Sharon avait tranché proprement à travers son étagère. Les pleurs d’Alnoa avaient rempli la pièce emplie de tensions.

« Mes précieux livres…, » se lamenta Alnoa.

Sharon et Feena n’avaient pas été troublées par les sanglots d’Alnoa. Elles n’avaient pas quitté les yeux l’une de l’autre une seconde.

« Dégagez le passage ! » cria Sharon.

Sharon avait saisi son épée afin de tenter de l’effrayer, mais Alnoa n’arrivait pas à penser clairement. Tout ce qu’il pouvait voir, c’était les documents détruits devant lui.

« Hé vous ! » cria Alnoa après s’être tourné vers Sharon et avoir tendu la main vers elle. « Regardez où vous balancez ce truc ! »

« Ahh ! » cria Sharon. « Je suis désolée ! » Sharon avait paniqué et avait crié des excuses pour l’arrêter.

« Si vous voulez y aller toutes les deux, faites-le dehors ! » Alnoa avait laissé échapper tout son stress refoulé sur les deux Divas.

« D’accord. Je serai une bonne épouse et j’écouterai mon mari, mais…, » Feena s’était arrêtée.

Une bonne épouse ne détruirait pas la chambre de son mari !

« Non… Mes documents ! » murmura Alnoa.

Il voulait s’effondrer et pleurer après avoir vu combien son travail avait été détruit. Feena tapota légèrement son épaule afin de le réconforter.

« Ne vous inquiétez pas. Au moins, votre cachette secrète n’est pas dans cette pièce, » déclara Feena.

« Ouais, au moins… Attends, comment savez-vous ça !? » S’écria Alnoa.

« C’est un secret, » répondit Feena.

Alnoa s’était demandé un instant si Feena était peut-être la plus dangereuse des deux filles.

« Arg. Espèce de pervers ! » Sharon avait regardé Alnoa depuis l’autre côté de la pièce et avait couvert sa poitrine avec ses bras.

Attendez, comment ai-je fini par être vu comme celui qui a attaqué ?

« Je vois que tout le monde s’amuse. Mais selon Cécilia, dans ce pays, les relations sexuelles illicites avec des princesses étrangères sont un crime passible de la peine de mort, » déclara avec clarté une autre femme.

Alnoa regarda la voix de son sauveur et trouva Lilicia qui lui souriait doucement.

Elle plaisante, n’est-ce pas ? Je l’espère vraiment…

« Lilicia, qu’es-tu… ? » demanda Alnoa.

« Un avis urgent est venu de l’un des avant-postes, » Lilicia avait coupé la parole à Alnoa et avait déclaré le but de sa venue, mais elle s’était arrêtée.

« Hmm… »

« Il s’agit d’une lettre urgente, Votre Majesté ! » annonça Lilicia.

La lettre en question était coincée entre ses seins.

Ne met-elle pas en valeur ses seins alors qu’elle fait ça ?

Alnoa avait tranquillement saisi la lettre. En réponse, Lilicia avait produit un gémissement obscène.

Pourquoi a-t-elle agi ainsi ? C’est d’un niveau d’embarras vraiment ridicule.

« Est-ce l’un de vos fétiches, mon chéri ? » demanda la Diva aux cheveux bleus.

« Non, cela ne l’est certainement pas ! » répondit Alnoa.

« Vous forceriez votre femme de chambre à faire quelque chose d’aussi pervers ! Espèce de monstre ! » cria Sharon.

« Pourquoi supposez-vous que j’ai demandé ça ? » demanda Alnoa.

 

☆☆☆

Alnoa avait essayé d’ignorer leurs poussées de critiques et de se concentrer sur le contenu de la lettre présent dans ses mains.

Voyons voir…

« Lilicia ! Dis à ma sœur que j’aurai besoin d’elle plus tard, » l’expression d’Alnoa avait changé en un instant. Il avait rapidement donné cet ordre et avait quitté la pièce.

« Très certainement. Je dirai aussi à Jamka de préparer les troupes et les faire immédiatement vous suivre, » répondit Lilicia.

« Lilicia, s’est-il passé quelque chose ? » demanda Sharon.

Lilicia avait ignoré la question de Sharon et avait vu Alnoa partir avec un sourire.

« Al…, » murmura Feena.

Feena regarda tranquillement à travers la fenêtre quand Alnoa quitta le château. Une brise printanière avait soufflé sur son visage et avait guidé sa vision vers le haut. Althos se prélassait sous les doux rayons du soleil. À ce moment-là, le royaume était apparu comme une fière nation, et non comme une puissance mineure.

Alnoa avait relu la lettre du haut de son cheval alors qu’il était au galop. Il ne s’attendait pas à ce que les choses en arrivent là. Un groupe d’anciens citoyens vivant dans les plaines du nord d’Althos avait été attaqué.

Ce doit être eux qui ont fui le pays quand j’ai été couronné.

Il n’était pas surprenant que les personnes abandonnent leur pays en période de troubles. Le Roi-Sorcier avait lui-même construit ce pays, ce qui rendit sa mort particulièrement troublante. Son décès avait réduit Althos au statut de puissance mineure. S’ils perdaient une guerre et devenaient un état vassal, ils auraient eu autant de valeur que des esclaves.

Alnoa ferma les yeux et murmura pour lui-même. « Ils ont peut-être jeté leur pays, mais pour moi, ils sont toujours citoyens d’Athos ! »

Il avait alors ouvert les yeux sur une vaste plaine sans limites. Le soleil doux brillait, enveloppant les plaines devant lui de lumière et le remplissant d’espoir.

Alnoa rêvait d’un monde sans faim, sans vol ni crime, où tout le monde pourrait vivre heureux, même dans les étés les plus chauds et les hivers les plus amers. Et le premier pas vers la réalisation de ce rêve avait été de libérer tous les esclaves. D’un bout à l’autre du pays, ils avaient travaillé jour et nuit pour une once de nourriture. Ils avaient été maltraités et tués selon les caprices de leurs propriétaires.

Je vais changer ce monde pourri.

Après un long voyage à travers les champs verts, des signes de civilisation apparurent.

« Je suis enfin là. Attendez. Non…, » déclara-t-il.

La fumée s’élevait à l’horizon. Il avait entendu dire qu’il n’y avait que quelques centaines de personnes vivant ici, mais il n’en avait pas vraiment l’impression. Bien qu’encore en développement, il s’agissait d’une ville agréable avec des rues bordées de bâtiments en briques. Dans d’autres circonstances, Alnoa aurait été impressionné.

« Qu’est-ce que…, » commença-t-il.

La réalité de la situation l’avait durement frappée, le rendant sans voix. Il était arrivé en retard, et la ville naissante était engloutie par les flammes. Les cris désespérés des habitants de la ville en fuite remplissaient l’air et se fondaient en un seul cri, comme si le village lui-même pleurait. Leur vie ne tenait qu’à un fil.

« Bon sang…, » murmura-t-il.

Des soldats en armures marchaient à travers la ville en feu. La lettre avait fait en sorte qu’Alnoa s’attendait à ce que des bandits ou des mercenaires pillaient le village, mais il avait été naïf. Les soldats portaient des uniformes assortis et se déplaçaient dans un but précis, exécutant clairement les ordres. Il s’agissait d’une armée avec laquelle il avait affaire.

« Attendez, qu’est-ce que c’est !? » s’écria Alnoa.

Un groupe de créatures bizarres était mélangé aux forces ennemies, cela avait attiré l’attention d’Alnoa. Ils étaient à peu près de taille humaine, mais leurs membres étaient longs et en forme de brindilles, et leur tête était enfouie à l’intérieur de leur poitrine. Ils avaient l’air d’être sortis tout droit d’une histoire d’horreur, mais ils avaient aussi une aura emplie de désir et de solitude. Alnoa n’avait jamais rien vu de tel.

Il secoua la tête, essayant d’écarter leur sentiment d’isolement écrasant.

C’est mauvais. Je suis venu ici pour me débarrasser de voleurs. Je n’étais pas prêt à combattre des monstres. Mais je ne peux pas laisser ces hommes et ces femmes aller jusqu’à leur mort. Je ne sais pas si ça va marcher, mais…

Alnoa galopa et se mit à chercher dans son sac à dos. Il sortit une pochette en cuir remplie d’huile et la jeta sur le sol entre l’armée mystérieuse et les habitants des villes en fuite.

« Feu ! » cria-t-il.

La tache d’huile s’était enflammée en raison de ce simple chant. Des fleurs rouges fleurissaient sur les plaines verdoyantes.

« Wôw ! »

Le cheval aguerri d’Alnoa n’avait pas bronché, mais les chevaux des maraudeurs avaient été envoyés dans une frénésie à la simple vue de l’explosion de flammes. Alnoa avait alors tiré sur les rênes de son cheval et s’était tourné vers ses anciens citoyens.

Il leur avait alors déclaré, « L’aide est en route ! Courez vers le sud ! »

Les habitants de la ville s’étaient dirigés vers le sud comme le demandaient ses instructions. Voyant cela, Alnoa avait dégainé son épée courte et avait tourné son attention vers l’ennemi. Mais avant même qu’il puisse se retourner…

*Wham !*

Alnoa frappa durement le sol. Il s’était retrouvé allongé sur le dos, regardant l’une des créatures sans tête présente devant lui et qui venait de l’attaquer.

« Gahh ! »

La douleur n’était venue qu’après avoir réalisé qu’il avait été projeté loin de son cheval par les bras longs et minces de ce monstre.

Alnoa s’était recroquevillé sur le sol en raison de la douleur. Un homme en armure, probablement le commandant du groupe, criait triomphalement. « Excellent ! Capturez-le ! S’il résiste, n’hésitez pas à lui casser un bras ou deux ! »

Tous les soldats du commandant s’étaient précipités vers Alnoa.

« J’appelle…, » Alnoa s’était lentement relevé et avait commencé à chanter en un murmure. Il se permettait même d’afficher un sourire suffisant aux soldats qui l’entouraient, et puis… « Vent ! »

Il avait terminé le chant et avait relâché le sort. Un tourbillon avait émergé d’Alnoa, se transformant rapidement en tempête de sable.

« Argh ! Mes yeux ! Je ne vois rien ! »

« Où cachait-il le catalyseur ? »

Alnoa n’avait pas besoin d’un catalyseur comme une baguette ou un anneau, il n’en avait jamais eu besoin. Il était possible que les pouvoirs du Roi-Démon l’aient permis, ou que le corps d’Alnoa lui-même soit devenu un catalyseur en tant qu’effet secondaire du fait d’avoir accueilli le Roi-Démon. Alnoa ne savait pas. Cependant, sa puissance magique était faible bien qu’il n’avait pas besoin d’un chant. En pratique, cela signifiait que son pouvoir n’était utile que pour les attaques-surprises. Et l’attaque-surprise avait fonctionné cette fois-ci. Les soldats et les créatures étaient bloqués à devoir protéger leurs yeux de la tempête de sable.

« Désolé, mais je n’ai pas le temps pour ça ! » déclara Alnoa.

Ne se souciant pas des apparences, Alnoa s’était éloigné de la scène. Mais un soldat avait été séparé du reste, le commandant. Il avait détecté Alnoa et avait foncé vers lui, la lance à la main.

« Espèce d’enfoiré de tricheur ! Meurs ! » cria le commandant.

Il s’était précipité vers l’avant et avait tenté d’enfoncer sa lance dans le cou d’Alnoa. Alnoa avait évité de justesse l’attaque, au prix de quelques mèches de cheveux. Maintenant que le commandant était déséquilibré, Alnoa l’avait frappé à l’estomac avec le pommeau de son épée.

« Arg ! » cria le commandant.

Ce fut un dur coup que le commandant avait ressenti à travers ses nombreuses couches d’armure et de graisse. L’impact l’avait même fait tomber de son cheval.

« Ne vous inquiétez pas, je ne vous tuerai pas, » annonça Alnoa.

Le commandant était inconscient, couché sur le sol. Alnoa s’était placé au-dessus de lui et tenait son épée au-dessus du cou du commandant.

« C’est assez ! Si vous voulez qu’il vive, lâchez vos armes et libérez les habitants de la ville ! » cria Alnoa.

Leur vue revenant finalement, les soldats avaient tourné leur regard vers Alnoa.

J’espère que ce type n’est pas aussi impopulaire qu’il en a l’air.

Le plan d’Alnoa aurait échoué si les soldats avaient réfléchi rationnellement à la situation, mais…

« Espèce de lâche ! »

Les soldats avaient lâché leurs armes à contrecœur.

Je suppose que ça a marché d’une manière ou d’une autre.

« Ouf, je suis content que tout le monde se soit enfui…, » la déclaration d’Alnoa était restée inachevée, ses mots avaient été remplacés par un afflux de sang sortant dans sa bouche. « Gahh ! »

Une douleur intense rayonnait de son épaule droite, forçant son épée courte à être lâchée par ses mains. Une brindille sortait de son épaule. Il tourna la tête, essayant de trouver la source, et vit au loin l’un des monstres en forme d’arbre, étirant son bras à travers le champ de bataille et à travers son épaule.

« Ce n’est pas juste ! » murmura-t-il. Alnoa avait réussi à faire sortir cette phrase avant de s’effondrer sur ses genoux.

Ayant repris connaissance entre temps, le commandant se leva, brossa ses vêtements, puis cria un nouvel ordre. « D’accord ! Laissez-le aux abominations et continuez avec le plan. Compris ? »

« A-Attends ! » Alnoa avait essayé de se relever et de poursuivre le commandant, mais une autre brindille était arrivée, cette fois en perçant une de ses jambes.

Le commandant avait grogné vers Alnoa et était retourné jusqu’à son unité.

« Attendez ! Je serai votre adversaire ! Laissez ces personnes en dehors de tout ça ! » cria Alnoa.

Immobilisé par les abominations arboricoles, Alnoa était impuissant et il ne pouvait donc pas intervenir.

« Grâce à votre petite farce, le plus gros de ces racailles a réussi à s’échapper, » le commandant plissa son front et s’approcha de nouveau d’Alnoa, cette fois avec un fouet à la main.

« Oh, Dieu merci. Si de toute façon ils ne sont que de la racaille pour vous, alors laissez-les partir et… ah ! » déclara Alnoa.

L’impudence d’Alnoa s’était heurtée à un claquement impitoyable du fouet sur ses joues. La douleur était atroce. C’était comme si tout son corps était en feu.

Le commandant, grassouillet, regarda la douleur d’Alnoa avec plaisir. « Mais nous dépassons toujours notre quota, alors il ne devrait pas y avoir de problèmes. »

Le commandant sourit d’une manière sadique avant de continuer. « L’Armée impériale est heureuse de récupérer n’importe quel homme en bonne santé en tant qu’esclave, mais toi… Les salauds comme toi sont trop insolents pour être des esclaves. »

L’Armée impériale ? Bien, continuez comme ça. Laissez fuir plus d’informations, espèce de cochon bavard !

Alnoa avait penché sa tête pour supporter la douleur et rendre son visage plus difficile à lire pour le commandant. Regardant le sol, Alnoa ne pouvait pas voir les flammes sombres qui brûlaient dans les yeux du commandant.

« Guh ! »

Alnoa avait été envoyé sur le sol avec un coup de pied dans le ventre.

« J’adorerais continuer à jouer avec toi, mais j’ai des endroits où je dois aller. Abominations ! Rejoignez-nous une fois que vous en aurez fini avec ce plaisantin ! » Après avoir donné ses ordres, le commandant et ses cohortes avaient quitté les lieux.

Ils prendront ces civils comme esclaves si je ne me dépêche pas !

Alnoa avait un atout dans sa manche pour cette occasion. Depuis quelque temps, il préparait un mouvement secret, alors même qu’il était sur le sol, se tordant de douleur, cela pouvait marcher. Il avait attendu que les abominations se rapprochent, puis…

« Maintenant ! » murmura Alnoa.

Il plaça la paume de la main vers eux et relâcha son sort magique. « Sois banni dans ces flammes ! Boule de feu ! »

La boule de feu était le sort magique le plus puissant dans l’arsenal d’Alnoa. Il aurait dû facilement détruire les monstres arboricole, mais…

« Quoi !? » s’exclama-t-il.

Alnoa s’était contracté sur lui-même, mais non pas à cause de la douleur cette fois-ci, mais en raison de son état de choc. Il était sûr que cela aurait été suffisant pour se débarrasser des monstres, mais la boule de feu n’avait eu aucun effet sur leur corps en forme d’arbre.

« Vous foutez-vous de moi ? » se demanda-t-il.

« Guhuhuhuh ! Gahahaha ! »

L’un des monstres s’était approché de lui et l’avait attaqué. Il n’avait fallu qu’un seul coup pour le faire voler. Brisé au niveau de son esprit et de son corps, il n’avait plus la force de se relever. Il gisait là alors que les branches de l’abomination s’enroulaient autour de lui.

Ahh, alors est-ce comme ça que je vais mourir ?

Alnoa avec son visage encore par terre, regardant le monstre. Une partie de lui était certaine qu’il ne mourait pas. Quel genre de roi mourrait ici ? Comment quelqu’un avec un rêve aussi splendide que le sien pourrait-il périr maintenant ? C’était l’hôte du Roi-Démon. Il ne pouvait pas mourir.

Mais la cruelle réalité de la situation était qu’il ne pouvait pas vaincre un seul de ces monstres arboricoles. Au moment où le désespoir s’installait, un nouvel espoir était arrivé. Avec un bruit sourd, les branches enroulées autour de lui avaient perdu leur adhérence et étaient tombées au sol.

« Vous êtes bien plus fringant que la dernière fois que nous nous sommes rencontrés ! » déclara une voix féminine.

« Sharon ? » demanda Alnoa.

La Diva aux cheveux rouges avait sauté entre Alnoa et le monstre.

« Pourquoi ? » demanda Alnoa.

Alnoa était trop déconcerté pour montrer sa gratitude.

« Pourquoi ? Pas pour vous aider, c’est sûr ! Mais cela aurait été un problème si quelqu’un d’autre vous avait tué à ma place. C’est tout ! » répondit Sharon.

Est-ce vraiment important de savoir qui me tue ?

Alnoa s’était dit que ce serait mieux s’il gardait ses pensées pour lui pour le moment.

« Je suis également là, » La Diva tranquille aux cheveux bleus avait lancé une énorme boule de feu qui avait explosé entre Sharon et le monstre.

« Hé ! Essayez-vous aussi de me faire frire !? » cria Sharon.

« Autant pour moi, » répondit l’autre Diva.

« Dois-je vous couper en deux à la place de ce monstre arboricole !? » s’écria Sharon.

« Maintenant, ça suffit. Vous aurez tout le temps de vous battre une fois que nous aurons fini ici, » une voix familière les avait arrêtées.

« … Cécilia, tu es aussi là ? » demanda Alnoa.

« Oh, Al. Ne t’ai-je pas dit de ne pas aller trop loin ? » demanda Cécilia.

La gentille voix de sa sœur et son toucher doux et guérisseur avaient presque suffi à endormir Alnoa.

« Je vais vous anéantir ! »

« Comment osez-vous ? Je vais vous transformer en charbon de bois ! »

Mais il avait été rapidement ramené à la réalité par les cris de guerre impitoyables des deux Divas.

« Non… Ne le tuez pas, » cria Alnoa.

Leur cible était le monstre qui tentait de tuer Alnoa il y a quelques instants. Il n’avait pas de raison d’essayer de le sauver, mais son intuition était de leur dire qu’elles ne devraient pas le tuer.

« Huh. Si c’est ce que vous voulez, je le laisserai cette fois-ci vivre, » déclara Sharon.

« Je suis une bonne épouse, alors… J’écouterai la demande de mon mari. Je vais le congeler, » répliqua Feena.

Les deux Divas avaient compris la gravité de la demande d’Alnoa. Ensemble, elles avaient préparé leur prochaine attaque.

« C’est parti ! » Sharon avait chargé, se dirigeant vers le monstre à une vitesse fulgurante avec un large sourire bien visible. « Haahh ! »

Elle avait frappé avec son épée avec force, visant le centre de la créature.

« Attendez, c’est trop puissant ! » cria Alnoa.

Alnoa s’attendait à ce que l’attaque de Sharon sectionne la créature en deux, mais elle avait résisté à l’impact et avait propulsé un peu en arrière.

Bon sang. D’une certaine façon, la solidité de cette créature est impressionnante.

« Boule de glace, » Feena envoya une boule de glace vers le monstre, le gelant en un instant.

Franchement, elles forment une bonne équipe.

« Pensiez-vous vraiment que je le tuerais après que vous m’ayez spécifiquement demandé de ne pas le faire ? » Sharon fronça les sourcils à Alnoa. Elle avait expliqué qu’elle n’avait frappé le monstre qu’avec le plat de la lame. Même une abomination inhumaine n’aurait aucune chance contre l’une des Divas, de jeunes femmes capables d’affronter des centaines de soldats à la fois.

« Alors, Cécilia, que s’est-il passé avec les civils capturés ? » demanda Alnoa.

Cécilia avait répondu à la question d’Alnoa avec un sourire triste. Il n’avait pas réussi à sauver tout le monde. Ce n’était pas la faute de Cécilia ou des princesses, c’était la sienne, et il le savait. C’était naïf de sa part de penser qu’il pouvait tout régler seul.

Sharon s’approcha d’Alnoa et le regarda d’un air renfrogné. « Pourquoi ? Pourquoi risqueriez-vous votre vie pour sauver ceux qui vous ont abandonné, vous et votre pays ? »

Il était facile de se tromper et de penser Sharon cherchait la confrontation, mais Alnoa avait reconnu à quel point elle était sérieuse.

« Ne vous attendiez-vous pas à ce que le réceptacle du Roi-Démon aille sauver ses ex-citoyens… pour sauver les personnes dans le besoin ? » demanda Alnoa.

Alnoa s’était assis avec l’aide de Cécilia et il avait regardé Sharon profondément dans les yeux. Après avoir pris une grande respiration, il avait continué à parler.

« Je veux débarrasser ce monde de toute guerre, » avoua Alnoa.

« Quoi !? » s’écria Sharon.

Elle est plus perplexe que ce à quoi je m’attendais.

« Je ne tuerai personne, et cela même si mon ennemi n’est pas un humain, » continua Alnoa.

Tuer mène à la tristesse, la tristesse mène à la rage, la rage mène à plus de meurtres. Il s’agissait d’un cercle vicieux. Alnoa avait insisté pour y mettre fin et avait ordonné à son armée de ne jamais prendre de vie, peu importe le nombre de personnes qui se moquaient de ses idéaux.

Sharon pouvait se moquer de lui, Feena pouvait dire qu’il était stupide, et elles pouvaient toutes les deux rentrer chez elles, mais Alnoa s’en fichait. Il partagerait son rêve avec n’importe qui. Si l’autre personne refusait de le suivre, alors qu’il en soit ainsi.

« Un Roi-Démon bienveillant, hein ? Ça a l’air plutôt cool…, » Sharon murmura cela et évita le contact visuel, espérant qu’il ne l’entendrait pas.

« Bref, qu’est-ce que ce monstre qui vous a causé tant de problèmes ? J’y allais assez sérieusement, mais il ne semblait pas trop être affecté par ça, » Sharon avait pointé du doigt vers le monstre gelé. Elle pensait que si ce n’était qu’un simple arbre, il aurait été réduit en copeaux par elle.

« Je n’en sais rien. Les soldats impériaux l’ont qualifié d’abomination, » répondit Alnoa.

« L’Armée Impériale ? Une abomination ? » Sharon avait froncé les sourcils lors de la première déclaration et avait incliné la tête lors de la seconde.

Feena se fit entendre avec la réponse à ses questions. « J’ai entendu dire que l’Empire du Nord utilisait des soldats barbares qu’ils appelaient “abominations” pour aider à étendre leur territoire. On disait qu’ils étaient très forts. »

« Attendez, est-ce un soldat impérial ? » Sharon avait pointé son épée vers la créature gelée.

« Hein… ? »

Est-ce que je vois des choses, ou est-ce que le monstre arboricole a un peu frémi quand Feena a dit son nom ?

« Je ne faisais pas que voir des choses. Ce truc n’est toujours pas bloqué ! » déclara Alnoa.

Alors qu’il n’était pas encore totalement guéri, Alnoa avait titubé et avait préparé son arme aussi vite qu’il le pouvait.

« Voulez-vous un autre essai !? » s’écria Sharon.

Sharon avait saisi avec force son épée tout en se mettant en position pour le deuxième round avec le monstre arboricole.

« C’est bon, Al. Je vous protégerai, » déclara Feena en se plaçant devant Alnoa.

Cécilia se leva sans dire un mot avant de se placer à côté d’Alnoa, s’emparant de son fidèle khakkhara. Les quatre individus regardaient les fissures se répandre à travers le corps du monstre gelé. Ce n’était pas du sang, mais une lumière aveuglante qui avait surgi de là. Au moment où ils avaient retrouvé leur vision, l’arbre s’était desséché et avait fait germer un gros cristal.

« Qu’est-ce que c’est que ça ? » demanda Alnoa.

Puis le cristal s’était brisé, donnant naissance à un petit enfant qui lui semblait incroyablement fragile. Il y avait une marque d’esclave sur son bras.

« Hé, vas-tu bien !? » s’écria Alnoa, puis il avait boité pour aller jusqu’à lui avant de bercer le garçon dans ses bras.

Même pour un enfant, il est vraiment très léger.

Surpris par le poids si faible de l’enfant, Alnoa était tombé sur le dos. Il avait appelé à l’aide, ne se souciant pas des apparences.

« Il respire encore ! Cécilia ! » cria-t-il.

Cécilia avait étendu le petit garçon et avait immédiatement commencé à chanter un miracle. Feena ne pouvait pas enlever ses yeux de son bras.

« C’est la marque de l’Empire Gaust. C’est un esclave de l’Empire, » déclara Feena.

En entendant l’explication de Feena, Alnoa fut encore plus confus qu’avant.

Leurs soldats ne sont-ils pas suffisants ? Ont-ils vraiment besoin d’amener ces monstres à la chasse à l’homme ?

« Je suis content que vous ne tuiez personne, » murmura Feena.

« Wôw ! »

Le murmure soudain de Feena avait prit de court Alnoa. Il pensait qu’elle était encore à quelques mètres de lui.

« J’utilise un sort qui masque ma présence et ma forme, » murmura Feena.

« Est-ce que cela vaut vraiment la peine d’utiliser une telle magie de haut niveau ? Bref, qu’est-ce que vous voulez ? » demanda Alnoa.

« Je veux juste que vous sachiez que c’est bon. Ça ne me dérange pas, » répondit Feena.

Alnoa n’était pas tout à fait sûr de ce dont parlait Feena.

« Pff, » il avait regardé dans la direction des troupes disparues et avait ruminé contre son impuissance. Il avait presque contracté les poings assez fort pour casser la peau et faire couler le sang.

« Mais Al, êtes-vous sûr ? » demanda Feena.

« À propos de quoi ? » demanda-t-il en retour.

Ses pensées lugubres l’avaient mis dans une humeur sombre. Feena avait été déconcertée par la réaction agitée d’Alnoa pendant un moment avant de continuer.

« Maintenant, l’empire va tout découvrir à propos de nous, » répondit Feena.

« Oh. C’est vrai…, » répondit-il.

L’Empire Gaust était situé au nord d’Althos. Il s’agissait d’un vaste royaume qui abritait la plus grande armée du continent. Son empereur précédent, Meldis l’empereur d’Ashen, ne l’avait pas beaucoup développé et avait gaspillé les ressources du pays.

Leur empereur actuel était monté sur le trône à peu près en même temps que l’ascension d’Alnoa. Sa première action avait été d’envahir leur voisin le plus faible et de les annexer totalement. Gaust avait fait exécuter leur famille royale et toute la caste de nobles, et les rumeurs disaient qu’ils avaient réduit en esclavage toute la population.

« C’est vrai. Ils pourraient nous voir comme une menace s’ils savent que nous hébergeons actuellement trois Divas, » déclara-t-il.

Malgré cela, Alnoa n’avait pas la moindre hésitation dans les yeux. Il savait qu’Althos n’avait aucune chance si Gaust envahissait maintenant. Mais il savait aussi qu’ils étaient incapables de frapper immédiatement. Il n’était pas facile pour une armée d’atteindre Althos. L’Empire Gaust n’avait que trois voies d’invasion.

L’une d’entre elles traversait la forêt qui borde Althos et Freiya, mais pour la traverser avec une force d’invasion importante, il faudrait d’abord la brûler jusqu’au sol. Freiya interviendrait sûrement pour empêcher que cela se produise. Même l’Empire Gaust ne pourrait pas faire la guerre à deux pays à la fois.

Un autre itinéraire serait Labona, une ville libre située entre Althos et l’Empire. Il s’agissait d’une ville gouvernée par des marchands qui préféraient la neutralité à la prise de position, l’Empire aurait à proposer une offre extrêmement généreuse pour les faire bouger.

La dernière route possible serait Esanthel, le voisin du nord-ouest d’Althos, gouverné par la Diva de Vira, le rasa de l’envie. Mais les relations de l’Empire avec Esanthel étaient mauvaises et l’armée d’Esanthel était dite extrêmement solide.

Négocier des alliances ou conquérir les personnages contrôlants ces routes prendrait beaucoup de temps.

« De toute façon, nous n’avons pas à nous soucier d’eux pour l’instant. Concentrons-nous sur le problème actuel, » déclara Alnoa.

Alnoa avait mis de côté son épuisement et avait regardé l’esclave qui respirait à peine.

« Un esclave impérial… Qu’est-ce qu’ils planifient ? » demanda-t-il.

Alnoa se tourna vers Feena, mais elle était à nouveau partie.

« Feena ? » l’appela-t-il, mais sans réponse.

Il l’avait finalement repérée alors qu’elle était en train de ramasser les éclats du cristal.

« Je veux me pencher là-dessus. » Puis, Feena avait continué à les collectionner en silence.

« Qu’est-ce que c’est ? » demanda Sharon.

Sharon avait rejoint Feena et l’avait aidée à ramasser les morceaux de cristal, peut-être parce qu’elle avait fait l’expérience directe de la puissance du monstre.

« Je ne peux pas le dire avant d’y avoir jeté un coup d’œil, mais… Il faut des esclaves, comme des expériences humaines… Utilise leur pouvoir magique… L’amplifier…, » les pensées disjointes de Feena faisaient apparaître la raison pour laquelle l’Empire traitait ses esclaves comme ils l’avaient fait.

 

☆☆☆

 

« Hmmm, il y a trois Divas se trouvant en Althos ? Et elles ont vaincu une abomination sans difficulté ? »

Dans une pièce pavée de pierre et ne contenant qu’un bureau et une chaise, un jeune homme aux yeux féroces écoutait le rapport de son subordonné.

Il s’agissait de Gil. Il s’était battu dans les arènes comme esclave afin de trouver une place dans l’Armée Impériale. Il avait gravi les échelons pour devenir commandant en chef. Et maintenant, il naviguait dans le paysage politique pour devenir le chef de fait de l’Empire, du moins selon les rumeurs.

Une fille vêtue d’une tenue de servante, disant être sa sœur, suivait Gil partout où il allait.

« Gil, comment riposter contre Althos ? Dois-je envoyer une armée ? » demanda la femme.

« Laisse-les, c’est tout. Ce n’est pas le moment de s’occuper d’eux, » répondit Gil.

Gil s’était tourné vers un soldat dans la pièce.

« Nous devons nous hâter avec nos plans actuels, » déclara Gil.

« Oui, Sire ! » Le soldat s’inclina avec respect puis il s’en alla rapidement.

« Gil…, » murmura la jeune femme.

Après avoir confirmé qu’ils étaient seuls, la jeune fille enlaça tranquillement Gil par-derrière.

« Ne t’inquiète pas, Eleanor. J’ai prévu quelque chose pour Althos. Et j’ai autre chose à te demander. Quelque chose que toi seule peux faire. Veux-tu bien faire ça pour moi ? » demanda Gil.

Gil la regarda avec douceur et posa ses mains sur les siennes. Son regard tranchant se détendit un peu.

« Oui, Gil ! » répondit-elle. Un léger rougissement était apparu sur les belles joues d’Eleanor. Elle s’accorda encore quelques instants de la chaleur réconfortante de Gil puis elle quitta la pièce, le laissant seul.

« Le roi d’Althos, hein ? Je vois, je vois…, » il murmura dans la chambre vide. Il affichait une expression complexe, une expression qui aurait pu être soit heureuse ou triste.

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