Everyone Else is a Returnee – Chapitre 80

Pour entrer au quatorzième étage du bâtiment, il fallait avoir la permission de son propriétaire, qui s’occuperait personnellement des ventes. À l’inverse du treizième, celui-ci n’avait aucune vitrine. Ce n’était pas nécessaire, non plus d’ailleurs que de cacher son visage. Il était temps d’avancer dans la lumière. Pourtant, il en vint très rapidement à le regretter.

– Vous n’aviez pas besoin de venir accompagné ? lança-t-il à son interlocuteur privilégié.

– J’entends bien, mais pour quoi je passerais, à venir sans un subordonné ? lui répondit Yoon Daehan, pris d’un léger rire.

– Ça faisait un moment, monsieur Yu. Je viens seulement d’apprendre votre nom, mais nous nous sommes déjà rencontrés, lui répondit justement la subordonnée en question, le Lieutenant Han Yolang.

– Effectivement… soupira l’intéressé.

Toute militaire fut-elle, elle était maquillée. Rien de très étonnant de la part d’une femme qui souhaitait plus que tout se marier…

– Bien, je vous ai dicté mes conditions. La question qui demeure est, combien sont-ils prêts à payer ? en vint-il directement au fait.

– Si la qualité de ce que vous êtes prêt à nous fournir est la même que celle de la boutique, ils sont prêts à vous payer au prix du marché, lui répondit le Commandant Daehan. Reste à savoir si l’offre sera suffisante ?

– Le prix du marché dépasse de très loin celui que je pratique. Restons sur le prix Avant-Garde. Pour le reste, je vois que le gouvernement a d’ores et déjà compris mon projet. Ne vous inquiétez pas, j’ai tout ce qu’il faut pour vous régaler.

– Parfait. Donc, pour faire simple, le prix leur convient.

En vérité, l’équipe de Suppression profiterait de l’échange même si elle avait dû payer dix fois ce prix. Pour cause, il y avait en principe une limite de 2 objets par personne… ainsi fonctionnait Avant-Garde. Yu Ilhan sembla invoquer une épée à deux mains, qu’il amena à lui en fait de la besace. C’était de toute façon de la magie.

– Voilà à quelle qualité vous pouvez vous attendre, expliqua-t-il.

– Bien… répondit Yoon Daehan.

Tout en pensant, à la vérité, qu’elle était de moins bonne facture que celles vendues à l’étage inférieur. Han Yolang fut ainsi la première à céder à la curiosité.

Épée Bâtarde du Tigre
Rang : Rare
Puissance d’attaque : 2650
Options :– Augmente de 40 % la puissance d’attaque face aux monstres de plus faible niveau.
Durabilité : 2100 / 2100
Une arme produite en série, dont les propriétés transcendent le matériau qui la compose.

 

Yoon Daehan l’inspecta à son tour et fut frappé par la même stupéfaction.

– 2650 de puissance d’attaque ?! Et cette option, je n’ai jamais vu ça ! Vous me présenteriez le forgeron ? lança Han Yolang.

– Désolé, son identité constitue un secret d’entreprise, répondit Yu Ilhan en mimant la négative du doigt. Bien sûr, tous les objets ne seront pas comme celui-ci. Les deux variables à prendre en compte sont la puissance d’attaque et les options. Néanmoins, c’est une bonne représentation de ce à quoi vous devez vous attendre. C’est mieux que ce que je propose à l’étage inférieur, mais moins bien que les armes de haut rang.

– Et donc, quel est votre prix ? reprit le Commandant Yoon.

– Ça dépend de ce que le gouvernement est prêt à faire. Je peux toutefois déjà vous dire que je préfère une rétribution en services qu’en argent. Pour diriger une entreprise, ces services peuvent être très utiles… répondit Yu Ilhan. J’ai déjà beaucoup d’argent, et je sais comment en obtenir encore davantage. Au final, je crois que la notion d’argent va vite disparaître.

– Tellement cool… ne put s’empêcher de lâcher le Lieutenant Han, l’air admiratif.

– Tout d’abord, reprit le jeune homme en s’efforçant de l’ignorer, il faut qu’on se mette d’accord sur un point qui me tient à cœur. Je refuse formellement que le gouvernement tire des bénéfices de cette transaction. Dès lors, j’aurais besoin d’une liste des membres de l’équipe de Suppression ainsi que leurs souhaits. Une arme et une armure par personne. Vous saurez vous en tirer ?

– Bien sûr, d’ailleurs, la liste est déjà constituée. Vous savez, il n’y a pas que des imbéciles dans l’armée, le rassura Yoon Daehan.

– Alors, c’est parfait.

Tandis que les deux continuaient de discuter affaires, le regard de la jeune femme se fit de plus en plus insistant. À la veille de l’obtention du niveau 80, sa silhouette et son visage étaient tout simplement parfaits. Il n’était pas né très beau, mais actuellement, d’aucuns l’auraient très sûrement engagé comme modèle.

Il est beau gosse et très doué… je crois que je viens de trouver le candidat parfait à épouser ! pensa-t-elle.

C’était décidé : elle allait le séduire. Il l’avait déjà repoussée, quelque temps auparavant, mais ce nouveau rapprochement ne pouvait à ses yeux que constituer un coup du destin.

– Je crois qu’on a fait le tour. Tout sera prêt d’ici 3 jours, il ne nous reste donc plus qu’à signer le contrat, trancha Yu Ilhan.

– Bien. Je tiens à vous remercier personnellement, monsieur Yu, lui signifia le Commandant Yoon, tout en se saisissant de sa main.

– Je vous en prie, c’est la moindre des choses. Vous en avez sacrément bavé… comment ne pourrais-je pas avoir pitié de vous ?

Le visage de Yoon Daehan se troubla légèrement. Il y avait de quoi se vexer, mais dans leur situation, peut-être la pitié était-elle encore la seule chose qui pouvait les aider.

– Souhaitez-vous partager le déjeuner avec nous, monsieur Yu ? reprit le plus gradé des deux. Je connais un bon endroit, non loin d’ici.

– La proposition m’enchante, mais j’ai hélas beaucoup trop à faire pour prendre le temps de manger, avoua Yu Ilhan.

– C’est à cause d’une femme, c’est ça ? grogna Han Yolang.

Son regard s’était chargé de flammes, aussi son collègue ne parvint-il à les éteindre qu’en lui lançant une tape sur la tête.

– En quelque sorte, lui confirma Yu Ilhan. Vous n’êtes sans doute pas sans savoir qu’Avant-Garde et le clan de la Déesse de la Foudre sont associés ? Je dois justement aller rencontrer Kang Mirae.

– Ah… soupira Yolang, l’air abattu.

Elle n’était pas laide, mais l’Impératrice jouait dans une tout autre catégorie. C’était comme essayer de comparer Excalibur et une épée d’entraînement…

– Tu ne l’as sûrement pas fait exprès, mais tu viens de lui briser le cœur, lui signifia Herta.

– Je commence à en avoir marre des gonzesses…

De fait, elle était pour lui parfaitement insignifiante. Après un millénaire aux côtés de Lita, ses standards de beauté avaient pour le moins changé… Alors, il ne put que lui souhaiter de rencontrer un homme bien et après les avoir salués, il accueillit trois nouveaux arrivants.

Je suis pas sûr d’être gagnant au change… pensa-t-il, à moitié amusé.

– Salut, Ilhan ! T’es toujours aussi beau… lui lança aussitôt Na Yuna.

– Merci, mais tâche de rester pro, tu veux ? s’agaça l’intéressé.

Avant de commencer à parler affaires, et en l’absence de secrétaire attitrée, il alla rapidement préparer du café. Naturellement, avec l’influence des archives qui prenaient en compte son niveau de cuisine, celui-ci fut incroyablement bon alors même qu’il était de base tout à fait ordinaire. Kang Mirae en écarquilla légèrement les yeux, mais parvint rapidement à se contenir.

– Donc, les ventes des équipements de rang supérieur commenceront la semaine prochaine ?

– Tout à fait. Par contre, je ne vendrai rien de réellement exceptionnel, par crainte que les acquéreurs des artéfacts ne s’imaginent immortels et aillent s’attaquer à bien plus gros qu’eux, lui répondit Yu Ilhan.

– Un peu comme Mirae. Tu sais qu’elle a… aïe !

Na Yuna fut interrompue par une violente claque, qui lui laissa une marque rouge sur le visage. Kang Hajin s’efforça de garder son sérieux en regardant les deux se chamailler une nouvelle fois, et prit la parole.

– L’artisan avec qui tu as passé un contrat, là, il peut vraiment refaire des artéfacts comme le bâton de Mirae ?

– Dépendant du temps et des matériaux à sa disposition, oui. Ce n’est pas quelque chose qu’il peut se permettre tous les jours, mais je suis sûr qu’il peut faire bien plus que ce que tu peux soupçonner, Kang Hajin. Dès lors, je vais avoir besoin du matériau divin dont vous m’avez parlé. Na Yuna et toi devez aussi recevoir des artéfacts dignes de ce nom.

– J’ai donc à tes yeux la force d’utiliser un artéfact légendaire ? s’interloqua Kang Hajin.

– Là n’est pas la question. Je crois surtout qu’il va t’en falloir pour survivre à ces deux monstres-là, répondit Yu Ilhan en désignant les deux femmes de la tête.

S’il avait le mérite d’être sincère, son propos ne manqua pas d’agacer Hajin. Même en ayant mis son sentiment d’infériorité de côté, le fait qu’il refuse de lui répondre voulait tout dire… mais d’un autre côté, il était vrai que les deux hommes étaient très différents. La bataille japonaise lui avait fait comprendre. En quelque sorte, Yu Ilhan était un maître, là où Kang Hajin devait se contenter de la position d’élève. Pourtant, plus que lui, c’était surtout sa sœur Mirae qui avait de la difficulté à l’admettre.

– On a le matooos ! cria soudainement Na Yuna.

Elle lui tendit la main, révélant trois pierres de taille menue et, alors qu’il s’apprêtait à s’en saisir, elle tenta de lui attraper la sienne. Trop lentement.

– Huh !

– Pff… soupira-t-il.

Pierre magique sacrée de Letna, Déesse de la Beauté
Rang : Légendaire
Une pierre magique spéciale, trouvée dans le temple de Letna. Son pouvoir sacré permet la création d’artéfacts pour les prêtres et les paladins.

 

– Où les as-tu trouvées, exactement ? l’interrogea Yu Ilhan, pas franchement convaincu par la description des annales akashiques.

– Héhé… on me traite un peu comme la prophétesse, répondit fièrement Na Yuna.

– Je vois. Et j’utilise ça comment ?

– L’artisan saura probablement, non ?

– Pas sûr qu’il s’y connaisse en divinités…

Ils échangèrent un regard un peu étrange, mais avant qu’un véritable malaise ne s’installe, Kang Hajin reprit la parole.

– Il faut la réduire en poudre et l’appliquer telle quelle.

– Pendant la conception ou durant la phase de raffinement ? l’interrogea Yu Ilhan.

– Tout ce qui importe, c’est d’insuffler son essence dans l’équipement. La méthode importe assez peu, lui répondit le paladin.

– Bien, alors je vais lui faire savoir de se mettre au travail. Ça ne devrait pas être très long.

– Alors, merci. Nous avons encore pas mal à faire, alors on va prendre congé dès maintenant.

Kang Hajin exprima un sourire cordial mais somme toute assez froid avant de se lever, suivi de près par sa sœur qui en fit de même.

– Au fait… ajouta-t-elle finalement. Au sujet du combat contre Orochi ?

– Oui ? s’étonna Yu Ilhan.

– J’ai compris beaucoup de choses. Il est encore un peu tôt pour qu’on devienne partenaires. J’ai encore des progrès à faire, se justifia l’Impératrice.

C’était une femme de convictions… si lui n’entretenait aucunement le souhait de la fréquenter davantage, elle ne semblait absolument pas décidée à lâcher. Enfin, l’idée qu’elle progresse à son contact n’était pas inintéressante.

– Alors, vivement, répondit-il.

– Bien. Alors à plus tard, répondit-elle en souriant.

Il s’était un peu préparé à l’idée qu’elle lui réclame une part du trophée, l’ayant aidé à combattre Orochi, mais tel ne fut pas le cas. Était-ce par qu’elle s’en servirait plus tard pour obtenir des faveurs de lui, ou par fierté ?

– Moi, je n’ai jamais dit que je partais ! s’opposa vivement Na Yuna.

– Ne le dérange pas davantage, grommela Mirae.

– J’ai quelque chose d’important à dire !

L’Impératrice fit alors apparaître son traditionnel orbe de foudre au creux de sa main, mais Yuna ne semblait toujours pas décidée à se lever. Si seulement elle avait pu tirer… mais ce bâtiment était désormais la propriété de leur bienfaiteur.

– Hajin, assomme-la qu’on puisse y aller, s’agaça pour de bon sa sœur.

– Compris ! fit l’intéressé en s’avançant vers sa cible.

– Attendez. Je vais quand même l’écouter, je la ferai sortir par la suite, les interrompit Yu Ilhan.

– Non, on t’a assez dérangé comme ça, tenta de le convaincre Kang Hajin.

– De toute façon, je la balancerai avec le sofa par la fenêtre s’il le faut, ne vous en faites pas.

– Oulaaa ! paniqua Yuna.

Il se doutait bien de ce qu’il pouvait avoir à lui dire, mais amusé de la situation, il fit sortir les deux autres. Na Yuna se leva alors directement et, l’air plus sérieux, pointa du doigt Yu Ilhan.

– Je crois que je connais ton secret. C’est toi, qui fait tout ?

– Oui, admit-il immédiatement.

La mâchoire de la jeune femme semblait sur le point de céder. Elle avait bien quelques suspicions, mais de là à ce qu’il l’admette si aisément ?

– Je ne risque rien en t’admettant la vérité, de toute façon, ajouta-t-il en voyant sa réaction.

– Hmpf. Je voulais tourner ça à mon avantage, mais…

– Mais quoi ? Que souhaitais-tu me demander ?

– J’aimerais qu’on lâche les obséquiosités, qu’on arrête de faire semblant, lui confia Yuna.

Mais gênée par l’éclat de rire du forgeron, elle fut rapidement contrainte de changer de sujet.

– Pourquoi tu l’as caché ? lui demanda-t-elle dès lors.

– Pour la même raison que toi, Na Yuna, tu caches ta véritable personnalité, répondit-il sans un brin d’hésitation.

– Je vois… c’est vraiment du gâchis de te laisser à Mirae.

– Je n’ai aucune intention de me donner à elle.

– Ah, ça me rassure !

Elle hocha de la tête, comme pour prétendre que tout allait bien. À la vérité, elle avait d’ores et déjà conscience que ses tentatives étaient vouées à l’échec, mais… partir ainsi alors que sur un malentendu, ça pouvait passer, c’eût été trop dommage.

– Tu veux qu’on devienne amis ? Tu sais, le genre d’amitiés qui peuvent évoluer sur quelque chose… lui lança-t-elle soudain.

– Non.

– Hmm… t’es autiste, c’est ça ?

– Non, je suis parfaitement normal, répondit-il en souriant.

– Ah, donc tu aimes les hommes ?

– Non plus.

– Alors, pourquoi ?

– Faut vraiment que je te l’écrive sur un papier pour que tu piges enfin ? s’agaça-t-il finalement.

Comprenant bien où elle souhaitait en arriver, il appuya sur le bouton de l’ascenseur et aida de façon assez peu discrète la jeune femme à y entrer. C’est le visage dénué de toute expression qu’elle entendit les propos qui suivirent…

– T’es pas trop mon style de nana, je crois bien.

– Hmpf…

Mais son visage ne trahissait aucune malice. En fait, son honnêteté l’avait touchée.

– Alors soyons véritablement amis, Ilhan. Je ne demande rien de mieux, répondit-elle en souriant.

– On ne s’est pas compris. Ce n’est pas seulement ta tronche qui ne me revient pas, c’est aussi et surtout ta personnalité. Tu me débectes, capisce ?

– Heeeeeeeeeeeeeeiiin ?!!!

La reine des soirées venait de vivre son tout premier râteau et ce, face au roi solitaire…

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