Gekkô – Chapitre 5

Je devais bien l’avouer : Yôko Tsukimori était effectivement la fille parfaite.

Je fus naturellement désigné pour lui apprendre les ficelles du métier, étant donné que nous étions dans la même classe. Au début, j’étais plutôt réticent à l’idée de devoir accomplir cette tâche ingrate, mais je pus rapidement me rendre compte qu’il était assez appréciable d’apprendre des choses à quelqu’un qui avait une bonne mémoire.

Deux semaines seulement s’étaient écoulées depuis que Tsukimori avait commencé à travailler au Victoria, mais elle était déjà capable d’accomplir n’importe quelle tâche en salle, telles qu’accueillir les clients, prendre leur commandes et utiliser la caisse enregistreuse.

Pour ce qui était de s’occuper des clients, elle avait peut-être même surpassé tout le monde dans le café. Qui plus est, grâce au fait que certains clients venaient uniquement pour l’admirer dans ses habits de serveuse, les ventes étaient en hausse, elles aussi.

Le patron et les autres employés étaient complètement subjugués par ses talents, même si cela n’avait rien de surprenant pour moi qui la côtoyais au lycée.

Quelle fut ma surprise, par contre, de voir que Tsukimori et Mirai-san s’entendaient à merveille. J’aurais facilement pu comprendre si elles s’étaient entendues comme chien et chat, mais en vérité, on peut même dire que c’était devenu un très bon duo.

— J’étais persuadé que tu n’aimais pas ce genre de filles, déclarai-je à Mirai-san.

— C’est tout le contraire. Ce sont les filles comme Yôko qui ne me supportent pas.

Mirai-san esquissa le genre de sourire que ferait le chef d’une sombre organisation qui projetterait de conquérir le monde.

— Pourquoi ça ?

— Les magiciens n’aiment pas les spectateurs qui peuvent voir à travers leurs astuces. Et tu vois, les astuces de ces femmes ne fonctionnent pas sur moi.

Évidemment, l’intuition de Mirai-san était étrangement bonne.

— Il y a cette nana à ma fac qui plaît beaucoup aux mecs justement grâce à ce genre d’astuces. Bah, un jour, son attitude me revenait pas — enfin, mon moral était au plus bas à ce moment-là — mais n’empêche que je lui ai taillé un costard devant tout le monde. Et quand j’en ai eu fini avec elle, elle s’est mise à chialer comme une madeleine… C’était pénible.

— Je compatis.

— Pas vrai ? Depuis, elle se barre toujours en courant quand elle me voit. Comme si c’était moi la méchante !

Mirai-san semblait satisfaite d’avoir mon approbation, mais ma compassion était évidemment destinée à la pauvre jeune fille qui s’était mise Mirai-san à dos.

— Mais Yôko a rien à voir avec ça. Elle a l’air sincère, sans la moindre astuce ou faux-semblant.

Mirai-san posa son regard en direction des tables où Tsukimori était en train de servir des clients.

— J’avais bien l’intention de la démasquer, mais j’ai beau l’observer sous toutes les coutures, je ne vois aucune faille. Au début, j’étais excitée à l’idée de voir arriver une rivale digne de ce nom tout en me disant « va pas croire que tu pourras me berner bien longtemps ! », mais…

Mirai-san fit une courte pause pour ricaner.

— … Ces derniers temps, j’en suis venue à me dire que c’est ce qu’elle est vraiment.

Je suivis son regard en direction de Tsukimori.

En effet, elle était tout le temps majestueuse, alors j’avais du mal à l’imaginer se plaindre. Même avec ma personnalité étriquée, je considérais son éclat comme pur et non comme de la poudre aux yeux.

Elle avait même réussi à dompter la « bête ». Pas étonnant que les « humains » autour d’elle soit sous son charme.

— Ce que j’aime le plus chez elle, c’est le fait qu’elle n’ait pas peur de moi, dit Mirai-san, qui s’était alors tourné vers la cuisine avant de crier soudain, SARUWATARI !

— O-Oui ?!

— Travaille comme il faut !

— Je… Oui ! Je vais le faire comme il faut ! cria Saruwatari-san qui se mit à accélérer la cadence.

— Tu vois ? Tous les autres gars sont comme ça, pas vrai ?

— Serais-tu une démone ?

— Crétin ! On dirait pas comme ça, mais Saruwatari a un faible pour moi, tu sais, dit Mirai-san en me donnant une pichenette sur le front. Malheureusement pour lui, les timides, c’est pas ma tasse de thé.

— Tu es vraiment une démone.

Je restais sans voix à me frotter le front.

— Quoi qu’il en soit, le fait est que je l’aime bien. Même si c’est qu’un masque. J’ai perdu !

— C’est si simple que ça ?

— Oui. Aussi vicieuse que Yôko pourrait en fait être, je ne pourrais plus me résoudre à la détester maintenant. C’est comme pour le chocolat, j’arrive pas à me retenir d’en manger malgré le fait qu’on me ressasse à longueur de journée que trop en manger est mauvais pour la santé.

L’auto-proclamée accro au chocolat s’assit au bord du comptoir, sortit un carré de chocolat de sa poche et le lança en l’air avant de le rattraper avec sa langue rouge.

— Ah, quelles sont ces manières, Mirai-san ! Arrête de grignoter du chocolat quand le patron a le dos tourné. Il m’a parlé de toi, tu sais. Un jour, tu t’es évanouie parce que tu ne mangeais rien d’autre que du chocolat, la réprimanda Tsukimori, qui était venue pour transmettre une commande, avec l’attitude d’un délégué de classe envers un délinquant.

— En parlant du loup ! rétorqua Mirai-san avec un ton intimidant parfaitement à même d’être utilisé par un délinquant.

— Vous parliez de moi ? Pas en mal, j’espère. N’est-ce pas ?

— Mais bien sûr que non. On faisait même tes éloges, Yôko.

— Très bien, je vais te croire sur parole cette fois-ci.

Malgré les apparences, elles semblaient toutes les deux apprécier discuter ensemble.

— Tu m’aimes, pas vrai ? demanda brusquement Mirai-san.

— Bien sûr, répondit Tsukimori en l’espace d’une seconde en gloussant. Tu m’aimes aussi, n’est-ce pas ?

— Évidemment.

Une autre réponse immédiate. Elles avaient presque l’air de vieilles amies.

— Tu vois ? C’est de ça que je voulais parler.

— Je vois.

Il y avait toujours quelques points qui m’étaient incompréhensibles, mais je comprenais plus ou moins où elle voulait en venir.

— … D’une certaine façon, vous vous ressemblez vraiment, hein, murmura soudainement Tsukimori.

Mirai-san et moi échangeâmes un regard.

— Un mec avec aussi peu de charme et moi ?

— Je ne suis pas aussi direct qu’elle, tu sais.

Nos contestations furent synchrones.

— Tu flattes jamais personne, t’es toujours à contre-courant. En gros, « tu fais les choses à ta façon ». Ce trait de ta personnalité me rend en fait très jalouse.

Je marquai une pause avant de lui répondre :

— Mirai-san est imbue de sa personne jusqu’à la moelle, alors que je me contente d’aller à mon propre rythme. Contrairement à elle, je suis capable de m’adapter et de suivre les ordres de mes supérieurs si nécessaire.

— Je suis toujours honnête, et j’ai pas toujours une idée derrière la tête comme toi, répliqua rapidement Mirai-san.

— Il faut se rendre à l’évidence que parfois, toute vérité n’est pas bonne à entendre.

— T’es vraiment un type insolent sans le moindre charme, Nonomiya.

— Tu peux parler, toi qui persécutes sans pitié les gens !

Je ricanai, et Mirai-san se leva en me fusillant du regard.

— Très bien, Nonomiya !! T’as dépassé les bornes ! Viens, on va régler ça dehors ! Je vais remettre droit ton côté tordu avec mes poings !

Tsukimori, qui nous observait, se mit soudain à glousser.

— On dirait un frère et une sœur.

— … Nonomiya, mon frère ?

Elle lâcha mon col et m’examina de la tête au pied.

— Sœurette, essayai-je de la taquiner.

Pour moi, c’était plus une façon pour un yakuza de s’adresser à sa supérieure hiérarchique.

— ……… Quel cauchemar.

Que ce soit parce que Tsukimori lui avait coupé son appétit pour les disputes ou parce qu’elle était écœurée par la façon dont je l’avais appelée, Mirai-san disparut dans la cuisine en se tenant la tête.

— On ne dirait pas comme ça, mais Mirai-san t’aime bien, Nonomiya-kun, chuchota Tsukimori. En fait, je pense même que ça lui a fait vraiment plaisir que tu l’appelles « sœurette ». Je suis sûre qu’elle s’est enfuie parce qu’elle se sentait gênée.

Je la fixai du regard.

— Que se passe-t-il ? Pourquoi ce regard dubitatif ?

— Malgré le fait que tu as passé bien moins de temps que moi avec Mirai-san, tu sembles bien la comprendre.

— J’ai l’œil pour les gens. Dès notre rencontre, je savais que nous nous entendrions bien, me déclara Tsukimori, semblant vraiment satisfaite du compliment que je lui avais fait.

— Mais pour ce qui est de ton œil pour les hommes, c’est pas encore ça.

Apparemment, elle était de bonne humeur ; tout ce que j’eus en retour de cette remarque cynique fut un sourire mielleux.

— Je ne trouve pas. Je reste persuadée que tu deviendras l’homme de ma vie.

Elle posa habilement une tasse de café sur le plateau et se dirigea le pas léger vers une table.

Je n’avais pas l’intention de suivre ses plans, alors je pouvais aisément assumer qu’elle ne se basait sur rien ; mais en voyant son sourire confiant, je ne pouvais m’empêcher de penser que ses paroles allaient devenir réalité.

Il n’empêche que je n’avais pas la moindre intention de lui faire confiance du jour au lendemain comme Mirai-san.

Elle aurait sûrement continué à douter de Tsukimori, si elle avait été à ma place.

Parce que je savais pour les recettes de meurtres.

Après que Tukimori ait commencé à travailler au Victoria, Usami devint une cliente régulière du café.

Avec son côté très sociable, il ne fallut pas attendre bien longtemps avant qu’elle ne se mette l’ensemble des employés et du patron dans la poche, et maintenant, elle était devenue une véritable habituée. À cause de ça, j’étais sans cesse rongé par la peur que monsieur Kujirai ne lui offre un poste de serveuse.

— Hé, Nonomiya, Nonomiya, écoute ça !

Vu qu’elle venait généralement après ses heures de club, elle arrivait principalement en début de soirée, quand le nombre de clients commençait à diminuer. Elle nous faisait alors un « récit des évènements de la journée ».

— Je vais être titulaire au prochain match !

— Bravo. Permets-moi de t’offrir une boisson pour fêter ça.

— Youpi ! cria-t-elle si énergiquement qu’elle se leva presque d’un bond. Hum, dans ce cas… Je peux te demander une autre faveur ?

Elle était brusquement nerveuse et se mit à me regarder avec un air gêné. Ses grands yeux ronds me faisaient penser à un ouistiti pygmée.

— Si c’est dans mes cordes.

— Je peux prendre une photo de toi ?

— Pourquoi faire ? On se voit presque tous les jours. Je vois pas vraiment l’intérêt.

— Mais si ! Je veux une photo de toi en serveur !

— Je vois.

Je fis mine d’y réfléchir.

— Non.

— Pourquoi ?! Où est le problème ? Ça ne te fera aucun mal !

Il était tellement amusant de la voir s’énerver et se comporter comme une enfant capricieuse.

— Je suis pas fan des photos.

Ce n’était pas un mensonge. J’étais sincère.

— Mais ton look de serveur vaut vraiment le détour ; ça serait du gâchis, crois-moi ! Oh allez quoi, juste une ! tenta-t-elle avec fougue de me convaincre.

— Bah, comme t’es enfin devenue titulaire et que tu y tiens tant-

— Hein ? Tu es d’accord ?

Une lueur pleine d’attentes brillait dans les yeux d’Usami.

— Non.

Que je me fis une joie d’éteindre.

— HEEEIN ?! Pourquoi ?!

— Parce que j’ai pas envie de me faire aspirer mon âme.

— C’est une superstition débile !

Taquiner Usami était comme un devoir pour moi. Parce que se délecter de ses réactions était comme obtenir le son net et perçant d’une cloche, je ne pouvais m’empêcher de l’embêter.

— Beuh ! T’es méchant !

— Dis ce que tu veux, mais ma réponse reste « non ».

— Je vais en prendre une en cachette alors…

— Vu que tu viens juste de prévenir la personne en question, ça n’a plus rien de secret.

— Prends ça !

Usami avait opté pour une tactique radicale : elle pointa son téléphone portable dans ma direction et tenta de me prendre en photo. Je lui tournai le dos instantanément.

— Aaaah ! P-Pourquoi tu t’es retourné ?!

— Il est formellement interdit de prendre des photos dans cet établissement. Si vous ne vous conformez pas au règlement, je vais devoir vous demander de quitter les lieux, madame, lui expliquai-je d’un ton solennel, ce après quoi Usami gonfla ses joues et rangea son portable dans son sac, non sans chuinter un « Méchant ! ».

Sans le vouloir, un rire s’échappa de mes lèvres.

— Fais pas la tête, Usami. Je ne peux te laisser me prendre en photo, mais je t’offre le désert en échange.

Son visage amer m’avait ému et me donnait envie de la dorloter. C’est une autre forme du bâton et de la carotte, j’imagine.

— … un chocolat glacé et une tarte à la mangue.

— Mais certainement, lui répondis-je avec mon plus beau sourire, avant de me diriger vers la cuisine pour transmettre la commande.

Je ne pouvais empêcher mon visage de se détendre, ce qui était parfaitement compréhensible. Les réactions franches d’Usami avaient un je-ne-sais-quoi qui me libérait de mon stress — sûrement parce que j’avais affaire à des gens bizarres, et c’est peu de le dire, le reste de la journée.

— T’es comme un petit garçon qui joue avec son jouet préféré.

Le menton posé sur sa main, Mirai-san esquissait un sourire en coin.

— Oh, mais jamais je ne la considérerais comme un jouet ! répondis-je tout en classant les additions après avoir transmis la commande à Saruwatari-san.

Évidemment, avec sa grande présence d’esprit, Mirai-san avait déjà remarqué mon intérêt pour Usami. Je ne cherchais même pas à le cacher de toute façon.

— Mais je rêverais d’avoir un petit animal de compagnie comme elle à la maison.

Dans ma tête, j’imaginais un ouistiti pygmée tentant désespérément de croquer dans une mangue bien plus grosse que lui.

— Ça revient au même.

— Quoi qu’il en soit, c’est vrai, je lui porte beaucoup d’intérêt.

— Que c’est rare de te voir admettre quelque chose aussi facilement.

Mirai-san me dévisagea d’un air surpris.

— Tout dépend de qui il est question ! Sa franchise m’oblige à être honnête à mon tour.

— Eh ben, c’est cool ! T’as plus qu’à sortir avec et en profiter pour corriger ton côté tordu par la même occasion.

Mirai-san éclata de rire, tout en se penchant vers l’avant.

Ce côté tordu que tu mentionnes tout le temps empirerait sûrement encore plus si je sortais avec toi, pensais-je sans le dire à haute voix.

— Cela me paraît faisable.

Avant que je ne m’en rende compte, Tsukimori se tenait à côté de moi.

— De ce que j’ai pu en voir, Chizuru est également intéressée par toi, Nonomiya-kun, dit Tsukimori avec un de ces sourires adultes dont elle avait le secret.

— Oh ? Alors elle n’est pas contre non plus ? J’ignorais que Nonomiya était un tel tombeur.

Mirai-san examinait avec curiosité Tsukimori. Dans mon regard, par contre, il n’y avait que de la méfiance.

Qu’est-ce qu’elle avait derrière la tête ?

Contrairement à Mirai-san, qui ignorait que Tsukimori m’avait demandé de sortir avec elle, je n’arrivais pas du tout à comprendre pourquoi elle m’encouragerait à sortir avec Usami.

— Pourquoi ne pas tenter ta chance ?

Mirai-san ne manqua pas cette merveilleuse occasion qui lui tendait les bras.

— C’est pas à moi d’en décider. Ah mais, où avais-je la tête, une relation amoureuse ne concerne qu’une personne.

— Hé, Yôko vient juste de dire que t’avais tes chances, non ?

Mirai-san fronça les sourcils en entendant mon ton cassant.

— Et tu vaux pas mieux, Tsukimori. Je n’apprécie pas trop que t’essayes de jouer les entremetteuses sans que personne ne t’ait rien demandé. Ce genre de remarques impulsives est déplacé, autant pour Usami que pour moi.

Je me rendis compte que j’étais irrité. Pas énervé, mais irrité. Pas comme le feu, mais comme du « charbon ardent ».

— Tu as raison, Nonomiya-kun. Je n’aurais jamais dû dire ça. Pardonne-moi.

Tsukimori n’hésita pas à admettre son erreur et se courba en guise d’excuse.

— Euh, ouais, ‘scuse. Je m’attendais pas à ce que tu le prennes autant au sérieux, dit Mirai-san d’un ton gêné en se grattant la tête, comme pour suivre l’exemple de Tsukimori.

— … Non, c’est moi qui devrais m’excuser. C’est juste que je ne suis pas habitué à ce genre de conversations.

Je faisais preuve d’une certaine forme de discernement face à elles, ce qui était le meilleur moyen que j’avais trouvé pour masquer mon irritation.

Incapable de continuer la conversation, nous partagions quelques instants de silence.

Puis, Mirai-san en eut marre et disparut dans la cuisine, en quête d’une victime pour se libérer de son ennui :

— Saruwatariii !!

Tsukimori, par contre, me tourna le dos et s’arrêta de bouger — une attitude indécise qui ne collait pas vraiment à l’image que je me faisais d’elle.

De mon côté, je me sentais encore mal à l’aise, avec cet arrière-goût amer dans la bouche même maintenant que la conversation était terminée.

Ce n’était pas en réaction à Mirai-san qui mentionnait mon sérieux avec Usami.

Bien entendu, une partie de moi détestait quand les gens se mêlaient sans réfléchir des affaires amoureuses des autres. Cependant, ce genre de situations était monnaie courante, et j’aurais pu m’en sortir sans problème en cachant mes sentiments comme j’en avais l’habitude sans la moindre hésitation jusqu’ici.

Mais dans ce cas précis par contre, je m’étais couvert de honte en dévoilant ouvertement mes sentiments, ce qui n’était pas du tout dans mes habitudes. C’était sûrement la première fois que je vivais pareille expérience.

Pourquoi me sentais-je tant irrité ? C’était un sentiment désagréable ; tout en sachant qu’il était là, j’en ignorais la cause.

À ce moment-là, j’entendis un murmure.

— … Je suis désolée, murmura Tsukimori avec une voix faible et gênée qui fut facilement noyée dans le brouhaha ambiant du café.

Je ne pouvais pas voir son visage comme elle me tournait le dos, mais d’une certaine façon, je ressentais comme des « remords » dans sa voix.

Je n’aurais jamais imaginé que Tsukimori regrettait à ce point d’avoir dit ça. En même temps que ma surprise, je ressentis également un fort sentiment d’apaisement.

J’avais trouvé la raison de mon irritation. Je ne savais toujours pas vraiment pourquoi, mais il semblerait que la cause était Tsukimori.

Pourquoi est-ce qu’elle m’irritait ?

Une autre question se souleva.

Je choisis de faire table rase sur mes sentiments et d’apporter à Usami sa commande, étant donné que je pensais que cela ne serait qu’une perte de temps que de me perdre dans les méandres de mes pensées.

Cependant, j’avais fait une découverte : une nouvelle forme de sentiment envers Tsukimori était sur le point de naître en moi.

Je n’en connaissais par contre pas encore le nom.

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