Hidan no Aria – Tome 1 Chapitre 3

J’étais de retour.

Assault. Ou comme on le surnommait souvent, « le cours sans lendemain ».

Le taux de survie à ce cours était de 97,1%.

Autrement dit, un peu moins de trois personnes sur cent ne survivaient pas jusqu’à la remise des diplômes. Ils mourraient soit durant l’exercice de leur mission, soit pendant les entrainements. Oui…

Voilà ce qu’était Assault, le côté obscur de Butei.

Un bâtiment lui était entièrement consacré, à l’intérieur duquel où entendait des échos de coups de feu et d’armes s’entrechoquant. Mais, comme j’avais du m’inscrire pour pouvoir le suivre en cours facultatif et faire vérifier mon équipement, je n’avais plus beaucoup de temps pour m’entrainer.

Je devais y rester pour accomplir une mission ; pour cette raison, je voulais un peu m’entrainer au pistolet, mais ce n’était pas possible aujourd’hui. En Assault, le travail se faisait toujours en groupe, l’ambiance entre les élèves était donc naturellement amicale.

– Oh~ Kinji ! J’espérais ton retour ! Tu vas pouvoir mourir plus rapidement !

– Tu n’es toujours pas morte, Natsumi. Tu mourras certainement un dixième de seconde avant moi.

– Kinji ! Tu es enfin revenir mourir ! Un idiot comme toi va crever en un rien de temps ! À Butei, ce sont les idiots qui meurent les premiers !

– Alors pourquoi es-tu encore en vie, Mikami ?

À Rome, fais comme les romains.

Cet échange de propos morbides était les salutations de cet endroit. Ils étaient ravis de me revoir et répondre « meurs meurs » à chacun de leur « meurs meurs » me prit un temps fou.

En sortant du bâtiment d’Assault, où sentait si fort l’odeur de la poudre, je vis, sous le soleil couchant, qu’une petite fille m’attendait devant la porte.

Inutile de préciser que c’était Aria.

Elle me reconnu et trottina jusqu’à moi.

Je me mis à marcher avec mécontentement et elle marcha à côté de moi.

– … Tu es plutôt populaire, dis donc. Je suis assez surprise.

– Je n’ai pas envie d’être aimé par de telles personnes.

C’est ce que je pensais vraiment.

– Tu n’es pas très amical et je te trouve personnellement un peu introverti. Mais, comment dire, j’avais l’impression… qu’ils te respectaient tous.

… Certainement parce qu’ils se souvenaient de l’examen d’entrée.

Quand j’étais entré en Hysteria Mode.

Cet examen qu’on nous avait infligé à nous – aspirants d’Assault… consistait à nous enfermer dans un bâtiment vide de treize étages. Ils nous avaient armé et mis par groupe, et nous devions battre les autres candidats à l’examen. C’était un format très banal de combat.

J’avais très rapidement vaincu ou capturé à moi tout seul tous les candidats, utilisant des pièges, ainsi que les cinq examinateurs secrètement cachés dans le bâtiment.

… Fais chier.

Je me rappelais de choses dont je ne voulais pas me souvenir.

Sentant que je commençais à m’énerver, Aria, qui marchait toujours à mes côtés, baissa les yeux vers le sol.

– Dis, Kinji.

– Quoi ?

– Merci.

– Qu’est-ce qu’il y a encore ?

Je répondis avec irritation à Aria qui, malgré sa voix basse, semblait avec parlé avec bonheur.

Ouais, elle avait l’air heureuse.

Sûrement parce qu’elle avait littéralement gagné un esclave qui se battrait pour elle.

– Ne te méprend pas. Je suis venu ici parce que je n’avais pas le choix. Dès j’aurais résolu une mission, je retournerai immédiatement en Inquesta.

– Je sais mais…

– Quoi ?

– Quand tu es entré tout à l’heure et que tout le monde t’a entouré, tu avais vraiment la classe.

– …

Pourquoi dit-elle ça ?

Ce n’était sûrement pas son intention, mais qu’une jolie fille me dise quelque chose comme ça me laissait sans voix.

– Moi, personne ne m’approche ici, nos différences de niveau sont trop importantes. Personne n’est aussi bon que moi… Enfin, je suis une aria après tout…

– Aria ?

Je tournai la tête vers elle quand je l’entendis prononcer son prénom d’une façon un peu étrange.

– Une aria est aussi un solo à l’opéra. Quand le chanteur est seul sur scène à chanter. Tout seul… Je suis toujours seule, peu importe que je sois à Londres, à Rome ou au lycée Butei.

– Donc, tu as l’intention de faire de moi ton esclave pour que nous devenions un duo ?

Quand j’eus finis de parler sans lui avoir jeté un regard, Aria rit.

Je tournai les yeux vers elle et vit qu’elle riait comme si je venais de raconter une bonne plaisanterie.

– Tu sais être drôle finalement.

– Ce n’était pas une blague.

– Ah bon ?

– Je ne comprends pas ce que tu racontes.

– Tu sais ce que je pense, Kinji ? Depuis que tu es revenu ici, tu es un peu plus vivant. Jusqu’à hier, tu avais l’air de quelqu’un qui se ment à lui-même. Tu semblais souffrir. Maintenant, tu es charmant.

– Non… Pas du tout.

Aria venait encore de me dire quelque chose d’embarrassant.

Je n’avais pas envie de l’écouter.

Mais, il y avait quelque chose de vrai dans ce qu’elle venait de dire.

– Je vais au gamcen. Rentre chez toi toute seule. Et puis, tu vas au dortoir des filles à partir d’aujourd’hui. Nous n’avons plus besoin de rentrer ensemble.

– Marchons ensemble jusqu’à l’arrêt de bus.

Comme d’habitude, elle me parlait d’un ton sec, mais elle semblait vraiment contente de m’avoir ramené en Assault. J’arrivais à lire tous ses sentiments sur son visage, elle était facile à comprendre. Elle n’était pas faite pour Inquesta.

– Dis, qu’est-ce que c’est un gamcen ?

– Une abbréviation pour game center. Tu ne sais pas ça ?

– Je ne suis qu’une enfant de retour dans son pays, je n’y peux rien. Ah ! Alors, je viens avec toi. Aujourd’hui, je vais exceptionnellement jouer avec toi. C’est ta récompense.

– Non merci. Ce n’est pas une récompense, plutôt une punition.

J’accélérai un peu, pour essayer de distancer Aria. Tap tap tap tap tap.

Aria rit « Ahah ! » et se mit à marcher au même rythme derrière moi. Tap tap tap tap tap.

– Arrête de me suivre ! Je ne veux pas te voir !

– Je n’ai pas non plus envie de te voir, débile !

– Alors ne me suis pas !

– Comme si j’allais t’obéir !

Tap tap tap tap tap tap tap”…

Nous courûmes côte à côte jusqu’au game center.

Je trouvais qu’elle courrait anormalement vite.

– … Ah… Ah… C’est quoi ça ?

Aria était à côté de moi, une de ses couettes me touchait.

Ses yeux rouges étaient tournés vers la machine attrape-peluche qui se trouvait devant le magasin.

– … Ah… Ah… Ah, c’est une machine pour attraper des peluches.

– Une machine pour attraper des peluches ? C’est tellement gamin. Enfin, on est là où tu voulais aller, les jeux ne sont sûrement pas de mon niveau intellectuel.

Aria regardait la machine avec dédain.

Derrière la vitre, je vis des peluches empilés qui ressemblaient vaguement à un mélange entre un léopard et un lion.

– … Ah… !

Bang !

Aria se précipita vers la machine

La vision de son petit corps collé contre la vitre me fit penser à celui d’une élève d’école primaire.

Si je la laissai rentrer seule dans le game center, elle allait sûrement se faire réprimander par un policier.

– Quoi ? Tu n’en as jamais vu ?

– …

– Ça va ?

– ……….

– Tu as faim ?

– ……..C’est mignon……..

Quoi.

Aria qui disait quelque chose comme ça, j’allais me sentir mal.

Oui, les peluches étaient mignonnes… Mais était-ce vraiment quelque chose que Aria le Quadra, à l’esprit assassin et plus forte que n’importe qui, dirait ?

Elle s’est trompée de réplique ou quoi ? J’eus envie de me moquer d’elle, mais sa bouche s’était mis en forme de triangle et elle bavait presque. Qu’est-ce que tu fais ? Et si quelqu’un te voyait dans cet état ?

– Tu veux essayer ?

– Je ne sais pas comment jouer.

– Même les maternelles savent comment jouer.

– C’est inné chez eux ?

– Bien sûr. Tu veux que je t’apprenne ?

En entendant ça, Aria hocha frénétiquement la tête.

Qu’est-ce qu’il lui arrivait ? Elle était vraiment bizarre.

Je découvris rapidement qu’il n’y avait pas grand chose à lui apprendre. Dès qu’elle comprit l’utilisation des boutons « horizontal » et « vertical », elle sortit une pièce de 100 yens de son porte-monnaie.

Elle ajusta sa position devant la machine et bougea délicatement son poignet, comme un tireur d’élite qui se prépare à tirer.

Bzzzzz…

Pof.

Mais elle visa mal. Elle ne fit qu’effleurer la patte du mi-lion mi-léopard et ne réussit pas à le soulever.

– Je…. Je ne faisais que m’entrainer. J’ai compris comment jouer maintenant.

– Même un idiot qui joue pour la première fois comprends comment ça marche.

– Je recommence !

Aria sortit une autre pièce de 100 yens de son porte-monnaie. Elle l’inséra dans la machine et appuya avec force sur les boutons.

Mais… Pof.

Cette fois-ci, elle ne réussit qu’à soulever légèrement le la queue de la peluche.

– Au fait, si tu mets 500 yens, tu as droit à 6 parties.

– Ne me dérange pas ! Je vais réussir cette fois ! J’ai compris la clé du succès !

N’est-ce pas exactement ce que dirait quelqu’un qui ne connait pas la clé du succès ?

Pof.

Comme je m’y attendais, elle ne souleva la peluche que de quelques centimètres.

– Ah——— Aaah !

– Ne casse rien.

– J’ai vraiment compris ! Je suis sérieuse là !

ClangPofClangPof.

Aria – qui ne semblait toujours pas décidé à abandonner – introduisit un billet de 1.000 yens dans la machine.

– Cette fois-ci, je suis vraiment sérieuse ! Je suis vraiment vraiment vraiment sérieuse !

Elle n’avait aucune chance. J’allais devoir l’aider.

Mais je ne pensais vraiment pas qu’elle serait aussi peu douée qu’une élève d’école primaire à ce jeu.

Elle ressemblait aux accros des machines à sou.

– Recule.

Quand Aria eut gâché environ 3.000 yens, je ne pus supporter d’en voir davantage et sorti avec un soupir mon propre portefeuille.

Sa fierté de noble refusait de lâcher les boutons et je dus la pousser sur le côté.

Laissez-moi voir.

Hum.

Ma cible était près du trou.

C’était un grosse pile de peluche. Les animaux étaient tous les mêmes, elle serait heureuse peu importe celui que j’attraperai.

Clang.

Je réussis brillamment à saisir une des peluches de la pile.

– …. !

Gloups. J’entendis Aria avaler sa salive.

– Hé ?

Je regardai avec attention. La queue de la peluche que je venais d’attraper avait entrainer une deuxième peluche avec elle.

– Kinji, regarde ! Tu en as eu deux !

Je peux m’en rendre compte sans que tu ais besoin de me le dire.

– Kinji, si tu en fais tomber une, je ne te pardonnerai pas !

– Arrête ce genre de commentaire.

– Ah… Ah. Vas-y, vas-y, vas-y !

Je n’étais pas aussi enthousiaste qu’Aria, mais je commençais petit à petit à être moi aussi emporté par l’excitation.

J’étais sûr d’en avoir un mais… le deuxième… est-ce que je pouvais aussi avoir le deuxième ?

Le deuxième… qu’allait-il se passer ?

La trappe…

S’ouvrit…!

Clang.

L’une des peluches tomba dans le trou, et la deuxième, toujours accrochée à la queue du premier——— tomba aussi dans le trou.

– On a réussit !

– Ouii !

J’étais vraiment content.

Alors, sans réfléchir———

Vraiment sans réfléchir.

Clap ! ♪

Je tendis la main et frappa dans celle d’Aria, qui souriait comme moi jusqu’aux oreilles.

– Ah.

Nous parlâmes en même temps, nous regardant avec des yeux ronds.

Puis, nous détournâmes rapidement les yeux avec un “humpf”.

Merde.

J’étais en colère contre moi-même.

Pourquoi étais-je aussi sympa avec une personne comme ça ?

Aria——— dit “Ce n’est pas trop mal pour un idiot dans ton genre” et ouvrit la trappe avec empressement pour récupérer les deux petites peluches.

Je les examinai et vit qu’elles portaient des étiquettes où était marqué « léopon ». Qu’est-ce que c’est que ça ?

– Trop mignon——— !

Aria, qui ne faisait plus aucun effort pour dissimuler ses émotions, serra contre elle la peluche. Elle la serrait si fort que celle-ci semblait sur le point d’exploser.

… Quand elle a ce genre de comportement, on dirait vraiment une fille normale

Et je, comment dire… je n’arrivais pas à en croire mes yeux.

En fin de compte, Aria était… une fille normale ?

Elle était totalement différente de l’Aria que j’avais vu…

Ce qui me fit penser quelque chose. L’Aria que j’avais côtoyé jusqu’à présent, celle qui m’avait harassé pendant tout ce temps… Est-ce qu’elle s’était forcée pour agir de la sorte ?

Son comportement actuel… Elle n’avait aucune raison de se forcer à agir de la sorte.

– Kinji.

Je retournai sur terre… et vis Aria qui m’offrait un des deux léopons.

– Voilà pour toi. Récompense pour tes efforts.

Aria, les yeux plissés par son sourire, me surprenait vraiment.

Elle était aussi capable d’avoir ce genre d’expression sur son visage ?

Aaaah, merde.

Elle est mignonne.

Je pris le léopon et vit qu’il y avait une ficelle sur celui-ci qui permettait de l’attacher à un portable.

Maintenant que j’y pensais, il n’y avait pas de décoration sur le mien.

Je l’y accrocherai alors.

Je sortis mon téléphone portable et essayai d’insérer la ficelle dans un des trous.

Aria, me voyant faire, tira son propre portable rose perle et essaya elle aussi d’y accrocher son léopon. Quelle coïncidence, le sien aussi avait une ficelle.

La ficelle, fixée sur le derrière du lion, était très grossière. Je n’avais toujours pas réussi à la faire passer dans le trou.

Et au fait, monsieur le créateur, pourquoi avez-vous mis cette ficelle ici ?

– Kinji, le premier qui accroche le léopon à son téléphone a gagné.

– Tu te fiches de moi ? T’es une vraie gamine…

– Aah, j’y suis presque.

– Moi aussi… Ça y est, comment aurais-je perdre face à toi ?

Maintenant que j’y pensais, c’était la première fois qu’une fille m’offrait quelque chose.

Shirayuki m’avait donné beaucoup de cadeaux, mais elle était comme une amie d’enfance, ça ne comptait pas.

Nous avions fait tous les efforts possibles pour être celui qui arriverait à attacher son léopon le premier.

J’étais vraiment incapable de faire ce que je me promettais.

La disparition de l’envahisseur fit revenir le calme dans mon appartement.

Ce matin, c’est le réveil de mon téléphone portable, posé à côté de mon lit une personne, qui me réveilla.

Encore endormi, je cherchai de la main le téléphone mais ne réussit qu’à attraper le léopon qui y était accroché.

– …

Je dévisageai un moment le léopon… avant de me préparer pour aller à l’école.

Je mangeai les restes du repas de la veille et levai le poignet pour regarder l’heure sur la montre que Riko m’avait rendu.

– …?

Il me restait encore un peu de temps.

Je pensais pourtant m’être préparé assez lentement.

Bon et bien, je vais me faire du thé.

Bizarre.

J’étais parti de chez moi un peu plus tôt que d’habitude.

À travers les trombes d’eau, je vis que le bus de 7h58 était déjà devant l’arrêt et que des étudiants se bousculaient pour rentrer à l’intérieur.

Comme ce bus passait près de l’école juste avant le début du premier cours de la journée, il était toujours bondé.

Si je baissais ma garde, je n’allais pas pouvoir rentrer.

– Ah ! C’est bon, je suis dedans ! Génial, génial ! Hé, Kinji, salut !

Je courus jusqu’au bus et vis Muto de Logi qui m’interpellait depuis le haut des marches.

Le véhicule était plein à craquer d’étudiants.

C’était mauvais.

À cause de la pluie, les élèves qui allaient d’habitude en vélo à l’école prenaient le bus.

– Muto ! Aide-moi à monter !

– Je voudrais t’aider, mais je ne peux pas ! Il n’y a plus de place ! Prend ton vélo !

J’agitai les mains, essayant de faire signe à Muto pour qu’il me hisse à l’intérieur, mais je vis qu’il était lui-même sur le point de tomber du bus.

– Mon vélo est cassé ! Si je ne rentre pas dans ce bus, je vais être en retard !

– Impossible, impossible ! Kinji, l’école est-elle vraiment la priorité numéro un pour un garçon comme toi ? Sèche le premier cours ! Allez, on se voit pour le deuxième cours !

Il… venait de dire « on se voit pour le deuxième cours » ! C’était un idiot ou quoi !?

Les portes se fermèrent, coupant court aux déclarations de ce traitre de Muto.

Le bruit des conversations et des rires qui venaient de l’intérieur du bus me firent grincer des dents de frustration.

Fais chier. J’étais censé aller à pied jusqu’à l’école avec cette pluie ? Je serais en retard, c’est sûr.

Je me mis à marcher, seul, sous la pluie qui tombait en cordes.

La route de l’île de l’Académie était une ligne droite, je pouvais parfaitement voir ma destination.

Après tout, cette île artificielle avait été créé à l’origine pour construire un aéroport à faible coût.

Ce n’était pas surprenant que cette école soit tout en longueur.

S’il n’y avait que ça. Mais, en plus, il pleuvait. Cela faisait grandir mon niveau de mécontentement d’environ 1000%.

Je devrais suivre ce que Muto avait dit, sécher le premier cours.

Mais, non, je ne pouvais pas. Le premier cours était celui de japonais, un cours normal. Les cours normaux étaient très importants pour moi, qui espérait être transféré dans un lycée ordinaire. Je ne pouvais pas le sécher.

Au moment où, perdu dans mes pensées, je passais à côté du bâtiment d’Assault… mon téléphone portable se mit à sonner.

– Allo.

Je tirai le portable par le léopon et l’approchai de mon oreille—

– Kinji. Où es-tu ?

C’était Aria.

Quoi ? Il était 8h20. Pourquoi est-ce qu’elle m’appelait pendant les cours ?

– Huuum. Je suis prêt d’Assault.

– Très bien. Prépare-toi avec des armes de classe C et rejoins-moi devant le dortoir des filles. Tout de suite.

– Pourquoi ? Les cours d’Assault ne commencent que cet après-midi.

Aria se mit à crier en entendant mes réflexions.

– Ce n’est pas un cours, c’est une mission ! Quand je te dis de venir tout de suite, tu te dépêches de ramener tes fesses !

Je me dévisageai avec mécontentement.

Un gilet pare-balle TNK. Un casque avec visière, spécialement renforcé. Une oreillette sans fil, marquée de l’emblème de Butei. Des gants. Tout mon corps était couvert de sangles en cuir fermant des étuis et petits poches, qui stockaient les balles.

C’était exactement la même tenue portée par les SWAT (Special Weapons And Tactics) et les SAT. Un équipement d’assaut utilisé par les Butei pour leur sortie. Les missions dont s’occupait Assault étaient d’ordinaire extrêmement dangereuse et pour cette raison, les participants devait être munis d’armes de classes C.

———Les missions.

Qu’est-ce qui se passait ?

Qu’est-ce qui pouvait bien se passer ?

J’espérai que ça ne soit qu’une petite mission.

Je m’approchai du toit, priant de toutes mes forces.

Aria portait comme moi sa tenue de classe C. Elle était debout sur le toit, au milieu de la pluie.

Aria. Pourquoi était-elle aussi excitée ? Elle n’était pas là depuis longtemps pourtant…

– …?

Reki, tout comme moi, avait obtenu un rang S à l’examen d’entrée. Mais, c’était une tireuse d’élite qui avait maintenu ce niveau.

Elle avait un corps fin et était plus grande qu’Aria d’environ une demi tête. C’était une magnifique jeune fille aux cheveux courts mais, à cause de son visage sans expression qui ressemblait à celui d’un robot, on ne lui avait jamais accordé beaucoup d’attention.

Personne ne connaissait son véritable nom. Pas même elle.

– Reki.

Je la saluai. Elle resta toujours aussi immobile une statue et ne me répondit pas.

Cela n’avait rien de surprenant, Reki portait toujours un énorme casque, écoutant quelque chose.

L’année dernière, j’avais beaucoup travaillé avec elle en Assault… et apparemment, elle ne s’était toujours pas débarrassé de cette mauvaise habitude.

Toc toc. Je lui frappai la tête plusieurs fois de mon doigt. Reiko enleva enfin son casque et se tourna pour me faire face. Elle avait un très visage très joli, comme celui des filles dans les jeux vidéos.

– Tu as été recruté par Aria ?

– Oui, répondit Reki d’une voix terne.

– Tu as toujours ce casque sur les oreilles, qu’est-ce que tu écoutes comme musique ?

– Ce n’est pas de la musique.

– Alors, qu’est-ce que c’est ?

– Le bruit du vent, dit Reki.

Puis, elle souleva son fusil d’assaut – un Dragunov semi-automatique si je ne me trompais pas – et le mit sur son dos, comme une raquette de tennis.

– C’est l’heure.

Aria s’était tournée vers nous.

– J’avais prévu de recruter un autre Butei de rang S. Mais, j’ai l’impression qu’ils sont tous occupés ailleurs.

Apparemment, aux yeux d’Aria, j’avais un rang plus élevé que je ne devais.

– Alors nous allons nous lancer dans la poursuite à seulement trois. Je ferais de sorte de compenser.

– Poursuite ? Qu’est-ce que nous allons poursuivre ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Tu devrais expliquer la situation !

– Un bus a été détourné.

– Un bus ?

– Un bus de Butei. Celui qui s’arrête à ton arrêt à 7h58.

———!?

Qu’est-ce que tu viens de dire !?

Le bus a été détourné ?

C’est le bus dans lequel Muto et les autres étudiants s’étaient serrés comme des sardines.

– Le terroriste est dans le bus ?

– Sa localisation est inconnue, mais je ne pense pas qu’il soit à l’intérieur. Parce qu’il y a une bombe dans le bus.

———Une bombe.

Entendre ce mot me fit automatiquement repenser à l’incident d’il y a quelques jours, quand mon propre vélo avait été pris pour cible.

Aria, qui devait penser la même chose que moi, me dévisagea.

– Kinji. C’est l’œuvre du Tueur de Butei. Le même qui a fait explosé ton vélo.

Le… Tueur de Butei ?

Ce nom familier fit se dresser mes cheveux sur la tête.

C’était le nom de cette personne dont Shirayuki m’avait parlé, celui qui tuait toutes ces personnes.

– Le premier incident a été le détournement de la moto d’un Butei. Puis, il y a eu une voiture. Après, il y a eu ton vélo et cette fois-ci, c’est un bus… Chaque fois, le terroriste règle la bombe pour qu’elle explose si le véhicule ralenti, afin de priver les victimes de toute liberté de mouvement. Et après, il actionne lui-même la bombe. Mais le signal électrique nécessaire à la détonation est fixé. Et c’est le même que celui de la fois où je t’ai sauvé.

– Mais, le Tueur de Butei n’a pas déjà été arrêté ?

– Cette personne n’était pas le vrai coupable.

– Comment ça ? Attends. Qu’est-ce que tu veux dire ?

C’était bizarre.

C’était même plus que bizarre.

Mais———

Aria me regardait d’un air strict.

– Ce n’est pas le moment de donner des explications, surtout quand elles ne sont pas nécessaires. C’est moi qui dirigerait l’escadron, dit Aria en redressant la poitrine.

Reki, toujours immobile, lança un coup d’œil à Aria

– Attends… Aria, attends un peu ! Tu———

– L’incident se déroule en ce moment même ! Le bus peut exploser n’importe quand ! Notre mission est de sauver tous ceux qui sont à l’intérieur ! Alors !

– Je veux bien que tu sois leader ! Mais tu dois expliquer la situation à tes subordonnés ! Dans toutes les situations, les Butei sont en danger de mort !

– Loi de Butei, article 1 : « Croyez en vos camarades et entraidez-vous » ! Les victimes sont nos camarades de Butei ! Il n’y a rien à expliquer de plus !

Tout à coup, on entendit un bruit assourdissant, assez fort pour cacher celui de la pluie.

C’était le bruit d’un hélicoptère.

Je levai les yeux et vit les lumières bleu rotatives d’un hélicoptère de Logi qui se préparait à atterrir sur le toit du dortoir des filles.

Je ne savais pas qu’Aria… était capable d’obtenir une telle chose en si peu de temps.

Si notre véhicule était déjà là, il n’y avait en effet pas le temps de donner des explications.

– … Merde. Aaah, d’accord ! Tout va bien se passer si je le fais, hein !

Aria, entendant mes cris, repoussa en arrière ses cheveux mouillés, tout ébouriffés par les bourrasques que créait l’hélicoptère, et——— sourit.

– Kinji. C’est la première mission, celle que tu as promis.

– C’est quelque chose d’aussi énorme. Je suis déçu.

– Tu vas tenir ta promesse, n’est-ce pas ? J’attends beaucoup de toi.

– Je te préviens, je n’ai pas les compétences que tu penses. Et j’ai passé de très longues vacances. Amener un Butei de rang E comme moi dans une mission S, ça ne te dérange pas ?

– Je te protégerai en cas de danger. Ne t’inquiète pas.

D’après les informations que Connect nous communiquait grâce à nos oreillettes sans fil, le bus était un Isuzu Erga Mio. Après la montée de Muto dans le bus devant le dortoir des garçons, il ne s’était arrêté à aucun arrêt et était devenu incontrôlable. Peu après, Connect avait reçu un appel des étudiants dans le bus comme quoi il aurait été détourné.

Le bus – dont la limite de 60 personnes à bord avait été largement dépassé – avait fait le tour de l’Ile de l’Académie, avant de passer par le pont sud d’Omi et d’entrer dans Odaiba.

– Est-ce que la police de la partie est de Butei est entrée en action ?

À cause du bruit assourdissant de l’hélicoptère, je parlais à Aria à travers l’oreillette.

– Ils ont commencé. Mais, la cible est un bus qui roule. Il leur faut plus de temps pour se préparer.

– Alors, nous serons les premiers à agir.

– Bien sûr. J’ai commencé à agir dès que j’ai reçu le signal électrique. La nouvelle ne s’était même pas encore répandu.

Aria, après un « humpf », examina ses pistolets chéris.

L’un était argent, l’autre était noir, mais à part la couleur qui différait, le modèle était le même.

La base devait être celle d’un Colt M1911. Comme tous les brevets de ce pistolet avaient expiré, il était libre d’être modifié.

La partie la plus intéressante de ces pistolets était la poignée, où était fixé un conque gravé. Les gravures représentaient un magnifique visage qui ressemblait beaucoup à celui d’Aria.

– Je le vois.

La voix de Reki nous poussa, Aria et moi, à sortir la tête derrière les vitres par-balles pour regarder vers le bas.

À droite, on apercevait les immeubles d’Odaiba, la route de la baie, ainsi que le train à grande vitesse qui longeait les côtes.

Mais à cette distance, on ne pouvait pas distinguer les véhicules, ils étaient trop petits.

– Je ne vois rien, Reki.

– Il y a un bus, juste devant l’hôtel Japan Airlines, qui est en train de tourner à droite. Je vois quelques étudiants de Butei à l’intérieur.

– Tu vois vraiment aussi clairement… De combien est ta vue ?

– Environ 6.0.

Un chiffre impressionnant énoncé aussi calmement nous surprit tellement que nous nous tournâmes pour échanger un regard.

Le pilote de l’hélicoptère, suivant les directions de Reki, descendit. Maintenant, je pouvais voir le bus du lycée Butei rouler. Il allait beaucoup trop vite.

Le bus, dépassant les voitures, se dirigeait vers la station de télévision. Quand les personnes travaillant à la station aperçurent l’hélicoptère qui poursuivait le bus, ils sortirent leur appareils photos et leur téléphones et commencèrent à filmer la scène.

– Descend tant que nous sommes au dessus du bus. Je vais examiner l’extérieur du bus. Kinji s’occupera de la situation à l’intérieur. Reki, tu restes dans l’hélicoptère en attendant les ordres.

Aria nous donna ses ordres en douceur et attrapa deux parachutes d’Assault qui ressemblaient à des sacs à dos.

– À l’intérieur… Si le criminel est dans le bus, je vais être en danger.

– Le Tueur de Butei ne sera pas à l’intérieur.

– Rien ne dit que c’est l’œuvre du Tueur de Butei !

– Si ce n’est pas lui, trouve une façon de t’en occuper toi-même. Tu devrais en être capable.

———Tu…

Les Butei étaient souvent critiqué pour ça, mais pour réussir une mission rapidement et sans problème, ils devaient être capable de s’adapter à n’importe quelle situation.

Mais——— La décision d’Aria n’était pas la bonne. On aurait aussi pu dire complètement démente.

Comment dire, elle courait toujours à toute allure vers la situation, et comptait sur ses capacités hors du commun pour s’occuper des problèmes en un instant. Mais moi… Tu fais un peu trop confiance à tes camarades, tu sais ?

———Je commençais à comprendre pourquoi n’importe où allait Aria, elle était connue comme une aria.

Nous déployâmes nos parachutes, utilisant notre poids pour nous poser sur le toit du bus.

Mais, je glissai du bus. Je n’avais pas fais d’assauts aériens depuis longtemps.

Aria m’agrippa le poignet et me ramena sur le toit.

– Hé, sois sérieux ! cria Aria avec colère.

– Je suis sérieux… Mais, je…, bougonnai-je.

J’accrochai le câble de mon harnais au bus pour me donner plus de liberté de mouvement.

Aria, qui avait fait la même chose, sauta vers le bout du bus d’un mouvement expert.

Pour m’assurer que le coupable n’était pas à l’intérieur du bus, je confirmai la situation à l’aide d’un miroir accroché à un perche télescopique.. Il n’y avait que des étudiants, personne ayant l’air suspect.

Je fis signe aux étudiants d’ouvrir une fenêtre et sautai à l’intérieur, après avoir coupé mon câble.

Les étudiants, complètement paniqués, se précipitèrent vers moi en hurlant quand ils me virent.

Tout ces hurlements me rendait complètement incapable de comprendre ce qu’ils disaient.

– Kinji !

Je me tournai vers cette voix familière. C’était celle de la même personne qui m’avait dit « on se voit pour le deuxième cours » et laissé sous la pluie, celle de Muto.

– Muto——— Comme on se retrouve, le deuxième cours n’a pas encore commencé pourtant.

– Oui, c’est vrai. Merde…! Pourquoi suis-je entré dans ce bus ?

– C’est ta punition pour avoir abandonné un ami.

– …Kinji, va parler à cette fille.

Muto pointa du doigt une fille qui portait des lunettes, debout près du siège du conducteur.

– To-to-to-to-tooyama-senpai ! Au secours !

C’était une élève de l’école primaire Butei. En larme, elle me suppliait de la sauver.

– Qu’est-ce qui se passe ?

– Quelqu’un a modifié mon portable. E-et il dit…

« Si vous ralentissez, vous explosez. »

Alors, c’était bien lui.

Comme l’avait dit Aria, le coupable était la même personne.

La même personne qui avait fait exploser mon vélo !

– Kinji, quelle est la situation ? Rapport !

La voix d’Aria grésillait dans le casque.

– Comme tu l’as dis, le coupable contrôle le bus depuis une source externe. Et toi ?

– …Il y a une bombe ici !

Je courus jusqu’au fond du bus, où tout ce que je pouvais voir était un des pieds d’Aria et son câble.

Elle devait certainement être tête à l’envers, à examiner le dessous du bus.

– C’est un module explosif plastique de type Kaczynski β, le même explosif utilisé par le Tueur de Butei. D’après ce que je vois, la bombe doit contenir 3500Ccs d’explosifs !

J’étais sous le choc.

Qu’est-ce que c’était que ça ! La charge était complètement exagérée !

Si elle explosait, elle était capable de détruire un train entier, alors un bus !

– Je vais essayer de la désamorcer——— Ah !

Il y eu un choc sourd et Aria cria.

Tous les étudiants se pressèrent contre le sol, pleurant et gémissant.

Je regardai par la fenêtre, paniqué———

Un cabriolet avait heurté le bus avait de freiner dans un grincement sec. Il était maintenant à quelques mètres du bus.

– Aria ! Est-ce que ça va ?

———Pas de réponse.

Elle avait du être blessé dans la collision.

Je sortis le haut du corps par la fenêtre, essayant de grimper sur le toit.

Vrouuum ! Un bruit d’accélérateur me fit tourner la tête et je vis la voiture qui venait de percuter le bus – un Renault suporu spider toute rouge – accélérer pour arriver au même niveau que le bus.

Le Uzi, posé sur le siège du conducteur vide, était tourné dans sa direction !

– Tout le monde à terre !

Les étudiants, entendant mon cri, se jetèrent sur le sol——— Tatatatatatatata !

Une volée de balles percutèrent les fenêtres du bus, qui se brisèrent toutes en morceaux.

– Ouaaah !

Je me pris une balle dans la poitrine et fus renvoyé à l’intérieur du bus.

Grâce au gilet par-balle, je n’avais pas été blessé… Mais, j’avais quand même reçu l’impact en plein fouet. C’était comme si un genoux s’enfonçait dans ma poitrine. Je ne m’y ferais jamais.

Scriiiii.

Le châssis se mit soudain à vaciller dangereusement. Je réussis à me frayer un chemin jusqu’au conducteur———

– …!

Celui-ci était effondré sur le volant.

Il avait reçu une balle dans l’épaule.

Il avait été touché car il avait continuer à conduire.

Le bus se penchait de droite à gauche, dangereusement.

Evitant le trafic, il était collé contre les barrières de sécurité, laissant derrière lui des trainés d’étincelles.

———C’était le bordel complet…!

Que faire ?

Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je n’ai absolument aucune idée de la façon dont résoudre la situation actuelle——— !

« Tournez à droite à l’intersection du Ariake Colosseum. »

Une voix de synthèse sortait du téléphone portable que la jeune fille, recroquevillée par terre, avait lâché.

Et plus important, le bus commençait à ralentir !

– Mu-Muto ! Va conduire le bus ! Il ne doit pas ralentir !

J’ôtai mon gilet par-balle et le tendit à Muto, avant de poser une main sur la fenêtre. J’allais de nouveau sortir.

– T-Tu peux compter sur moi !

Il mit le gilet par-balle. Avec l’aide d’autres étudiants, il transporta le conducteur sur le côté, puis s’assit sur son siège.

– Ce bus a certainement rompu toutes les règles du code de la route existantes. Amuse-toi bien Muto. À tout les coups, tu vas perdre ton permis !

– J’espère que tu vas tomber du bus ! Que je puisse t’écraser !

Accélérant sous la pluie battante, le bus se dirigeait vers le Rainbow Bridge.

– …T’essayes d’emmener la bombe en centre-ville——— ?!

Je m’assis avec précaution sur le rebord de la fenêtre, m’assurant que je n’allais pas être éjecté.

Au moment de traverser le pont, le bus fit une embardée. Il oscilla dangereusement pendant un moment, mais réussit finalement à se stabiliser.

C’était grâce à Muto, qui avait ordonné à tous les étudiants de se regrouper sur la gauche, pour que le bus ne se renverse pas.

Du Muto tout craché. La seule chose dans dans laquelle il excellait vraiment à Logi.

La bus accélérait sur le Rainbow Bridge——— Il n’y avait aucune voiture à portée de vue.

Apparemment, la police avait verrouillé toute la zone.

– Aria ! Ça va !?

– Kinji !

Aria, accrochée à son câble, me dévisageait. J’étais debout sur le toit.

– Aria ! Où est ton casque ?!

– Je l’ai perdu quand le cabriolet a percuté le bus ! Et toi ? dit Aria en désignant ma propre tête.

– Le conducteur était blessé——— J’ai prêté le mien à Muto pour qu’il puisse continuer à conduire.

– C’est trop dangereux ! Pourquoi es-tu sorti sans équipement ? Tu n’arrives pas à prendre des décisions aussi simples ! Retourne dans le bus——— Attention ! Dégage de là ! Débile, qu’est-ce que tu fous ?!

Aria avait dégainé ses pistolets et les pointait sur moi. Son visage avait pâli.

———Qu’est-ce qui se passait ?

Ne comprenant pas la situation, je me tournai———

Et vis le cabriolet, maintenant devant la bus, dont sortait le Uzi.

Pointé sur ma tête.

Il tira.

Une balle.

———Je suis mort.

Je pensai vraiment être mort.

Mais, du coin de l’œil, je vis Aria faire feu à son tour et, comme au ralenti, utiliser son petite corps pour me dégager de la trajectoire.

Pffiut ! Pffiut !

J’entendis le son de deux balles heurtant la chair.

Du sang frais dans l’air.

Mais, je n’avais pas mal du tout.

– Aria !

Aria roulait sur le toit du bus.

La pluie lavait la trainée sanguinolente qu’elle laissait derrière elle.

– Aria ! ———Aria !

Je mobilisai toutes mes forces pour tenir le câble et maintenir Aria sur le bus.

Le cabriolet, devant le bus, avait ralentit et était maintenant à notre niveau.

Ce n’était pas bon, si il tirait, nous étions morts——— !

… Mais le Uzi ne tira pas.

Je tournai la tête pour le regarder et vis que le Uzi fixé au siège avait été détruit pendant le bref instant où je m’étais occupé d’Aria.

« Je te protégerai en cas de danger. Ne t’inquiète pas. »

Cette voix, digne d’une doubleuse d’anime, résonnait encore et encore dans ma tête.

– ARIA——— !!

Je hurlai, utilisant toute ma force pour tirer Aria, inconsciente, sur le toit.

La vue de son visage me glaça. À ce moment———

Bang !

Il y eu un coup de feu.

Bang ! Suivi d’un autre.

– …?!

Après ces bruits, le cabriolet perdit tout à coup contrôle et vint violemment percuter le chemin de fer——— Boum !

Il explosa derrière nous.

Je vis l’hélicoptère du lycée Butei qui, pendant tout ce temps, nous avait calmement suivi sur le Rainbow Bridge.

Reki était agenouillée dans la cabine de l’hélicoptère et son fusil à lunette était pointé dans notre direction.

À Odaiba, où il n’y avait que des immeubles, il lui avait été impossible de trouver une opportunité pour tirer, mais, nous avions atteint le pont et Reki avait eu une ouverture.

– … Je ne suis qu’une balle.

J’entendis la voix de Reki dans mon oreillette.

– Elle n’a pas de cœur. Elle ne peut pas penser——— continua-t-elle, comme si elle récitait un poème. ———Elle vole juste droit sur sa cible.

J’avais souvent entendu ces mots en Assault.

C’était quelque chose que Reki disait toujours quand elle tirait.

Quand elle eut fini de réciter son « incantation »———

Le canon de Reki étincela, pan pan pan.

À chaque éclair, je sentais vibrer le châssis du bus – dong dong dong – sous le coup des balles, puis j’entendais le bruit du coup de feu.

ClingClang. Quelque chose à l’arrière du bus tomba et roula sur la route que nous venions de franchir.

C’était la bombe, qui avait été détaché du bus.

– … Je ne suis qu’une balle———

Un nouveau coup de feu suivi la litanie de Reki. Pan !

L’objet fut projeté en l’air dans un gerbe d’étincelle, comme un ballon de football.

Il survola la rambarde du pont et, de là, retomba dans la mer.

———BBRRAAAAOOUUUUUM !!

La bombe, en explosant, créa une énorme colonne d’eau.

Puis, le bus commença à ralentir… jusqu’à s’arrêter complètement.

Sur le toit, il y avait Aria, toujours inconsciente…

Et moi, qui avait laissé les autres faire le travail, en restant dans un coin. Les gouttes de pluie battaient violemment mon corps.

Aria fut envoyé à l’hôpital de Butei où ses blessures furent déclarées… légères.

Elle avait eu beaucoup de chance.

Les deux balles n’avaient fait qu’effleurer son front, sans causer de blessures graves.

Elle avait du passer un IRM pour vérifier le risque de commotion. Mais, il n’avait révélé aucun signe d’une hémorragie interne. Ses seules blessures étaient superficielles.

Le jour suivant, après avoir rendu mon rapport à Inquesta, je me rendis à l’hôpital de Butei——— et remarquai qu’Aria avait été installé dans un chambre VIP individuelle. Maintenant que j’y repensai, Riko m’avait bien dit qu’Aria était de la noblesse.

La chambre avait une petite antichambre, où avaient été posé des lys blancs. En regardant de plus près, j’aperçus un carte « de la part de Reki » au milieu des fleurs. Cette fille robotique avait envoyé ça ?

J’étais très surpris.

… plic… plic

À travers la porte légèrement entrouverte, j’entendis un bruit un peu bizarre, en provenance de la chambre.

Trouvant ça un peu étrange, je regardai discrètement par le trou de la serrure. Aria était assise sur le lit et… regardait à l’aide d’un miroir la blessure sur son front.

– …

Elle était tellement concentrée qu’elle ne remarqua pas ma présence de l’autre côté de la porte.

La plaie sur son front était encore légèrement gonflée et formait une petite zone rougeâtre.

Les deux balles avaient laissé une cicatrice en forme de croix. Ce magnifique front dont elle était si fière avait perdu sa splendeur.

La veille, j’avais parlé au médecin… et celui-ci m’avait dit que les blessures lui laisseraient très probablement une cicatrice.

———Une cicatrice qui ne partirait jamais. Une cicatrice permanente.

plic … plic

Aria, les yeux baignés de larmes, portait la barrette qu’elle avait toujours. Et ses larmes tombaient une à une, plicplicplic.

À la vue de cette scène, mon cœur fut comme transpercé par un millier d’aiguilles.

Aria… adorait son front.

Et maintenant, celui-ci était couvert d’une cicatrice éternelle. Elle devait être dévastée.

– … Aria.

Comme si je venais d’arriver, je reculai d’un pas et frappai à la porte.

– Ah ! A-Attends un peu !

De la chambre me parvint le bruit d’objets déplacés avec précipitation.

– … C’est bon.

Prenant cela pour une invitation à rentrer, je pénétrai dans la pièce. Je vis qu’elle avait remis son pansement sur son front et qu’elle était en train de trafiquer son pistolet avec divers outils.

Cette scène avait l’air un peu artificielle, mais je savais qu’elle faisait semblant d’être en train d’entretenir son pistolet.

– …Tu es venu me rendre visite ?

Elle me dévisagea d’un regard impatient, n’essayant pas de dissimuler son irritation.

– Ne me prend pas pour une patiente. Les médecins exagèrent les choses en me forçant à rester à l’hôpital pour une petite blessure comme ça.

– Bien sûr que tu es une patiente. La blessure sur ton front———

– Et bien quoi ? Qu’est-ce que tu regardes ?

– Et bien… Elle va laisser une cicatrice, non ?

– Bah quoi ? Je m’en fiche. Tu n’as pas à te sentir coupable pour quelque chose comme ça. Hum, j’ai fini de l’entretenir.

Clac. Aria replaça ses pistolets dans leurs étuis, près du lit, et croisa les bras.

– Article 1 de la Loi de Butei : « Croyez en vos camarades et entraidez-vous ». Je n’ai fais que suivre cet article. Ce n’était pas spécialement pour toi.

– Article blabla de la loi de Butei… Arrête de suivre ces phrases comme une idiote !

– C’est toi, Kinji, qui me traite d’idiote ? Enfin… il y a un peu de vérité dans ce que tu dis. Je suis vraiment idiote d’avoir sauvé quelqu’un d’aussi stupide que toi, dit Aria avec un « humpf », avant de tourner la tête.

Je sentais que si nous continuions encore dans cette conversation, nous ne ferions que nous disputer davantage. Je lui tendis un sac en plastique du petit supermarché.

Après un bref silence, le nez d’Aria entra en action.

– … Des pains à la pêche ?

Alors, elle pouvait le deviner rien qu’à l’odorat.

Les yeux camélias d’Aria s’ouvrirent en grand et elle se tourna vers moi.

– Sers-toi. J’ai acheté les… cinq que le magasin avait encore en stock. Tu les aimes, pas vrai ?

Entendant mes paroles, Aria regarda silencieusement le sac. Puis, elle s’en emparât précipitamment.

Elle croqua férocement dans les pains à la pêche froids.

Cette scène… C’était exactement comme donner à manger à un animal blessé.

– Prend ton temps. Les pains ne vont pas s’enfuir.

– La ferme. Je mange comme je veux, me rétorqua Aria, un morceau encore collé contre les lèvres.

Elle se remit à manger ses pains en silence.

La nourriture de l’hôpital de Butei était réputée pour être absolument dégoutante. Elle devait crever de faim ici.

– Très bien… Je te raconte pendant que tu manges. Après l’incident, nous avons retrouvé la chambre d’hôtel où se trouvait le coupable.

– … Il a laissé des indices derrière lui ?

– Non. Enfin, il serait plus juste de dire qu’il a effacé toutes les traces, dis-je en sortant un document de mon sac, que je posai sur les genoux d’Aria.

– Voici le rapport qui résume tout ce qu’Inquesta et Repier – sous la supervision de Riko Mine – ont trouvé quand ils ont travaillé ensemble à passer la chambre d’hôtel au peigne fin. Apparemment, ils n’ont découvert aucun indice relatif au coupable.

– Comme prévu. Le Tueur de Butei est un criminel extrêmement rusé. Il ne laisse jamais derrière lui des détails qui pourraient l’incriminer.

– …Alors tu crois que c’était le Tueur de Butei ? Moi, je pensais que c’était des imitateurs du Tueur de Butei qui étaient à l’origine du détournement de mon vélo et du bus. Parce que, qu’on que tu en dises, il a déjà été arrêté.

– Je te l’ai déjà dit ! Ce n’était pas la bonne personne.

Ça ne sert à rien d’argumenter avec Aria sur ce point…

Tous ces incidents n’étaient pas quelque chose qu’un simple imitateur aurait pu mettre en place.

– Dans le rapport, il y aussi les résultats de l’enquête sur le détournement de mon vélo. Enfin, pour être honnête, ils ne sont pas non plus très concluants. Les Segway et les Uzi utilisés par le coupable avaient été volé.

– Ces gens sont vraiment inutiles. Lire ce document est une perte de temps.

– Tu n’as qu’à le jeter à la poubelle si c’est ce que tu penses.

Je ne pensais pas qu’Aria ferait vraiment ce que je venais de dire. Cela m’énerva.

Peut-être à l’intérieur n’y avait-il pas des indices qui nous aideraient à trouver le coupable, mais l’équipe de Riko avait travaillé toute la nuit sur le rapport.

– … Sors d’ici. Tout ça ne te concerne plus.

– …?

– C’était ta première mission depuis ton retour en Assault. Comme la mission est terminée, tu as remplis l’engagement que tu avais fait avec moi. Tu peux retourner en Inquesta. Au revoir.

Elle pronconça ces mots en mangeant nonchalamment ses pains à la pêche.

– Qu’est-ce que tu racontes… Tu fais vraiment tout ce qui te chante. Tu m’as tiré dans toute cette histoire, et maintenant, tout est terminé ?

– Tu veux que je m’excuse ? Ou tu veux que je te rembourse pour que tu puisses être heureux ?

– … Tu me provoques là ?

– Je veux que tu sortes. Laisse-moi tranquille.

– Très bien, je m’en vais.

J’avais atteint les limites de ma colère.

Je ne comprenais pas pourquoi j’étais aussi énervé. C’était comme si chaque phrase d’Aria me frappait.

Je fis demi-tour furieusement et marchai hors de la pièce en respirant bruyamment.

– Pourquoi…

Au moment où je posai la main sur la poignée de la porte, j’entendis Aria murmurer quelque chose dans mon dos.

– Je… J’avais placé tellement d’espoir en toi… Je pensais que si je te faisais participer à une mission, tu me montrerais ton véritable pouvoir, comme la dernière fois !

– … C’est ce que tu désirais, oui ! Mais, je n’ai pas un pouvoir de ce genre ! Et… J’ai décidé de quitter le lycée Butei ! Pourquoi placer des espoirs aussi importants en moi !?

J’avais tourné sur moi-même pour crier, sans réfléchir.

Devant elle… bizarrement… je n’arrivais jamais à rester calme.

Ah, fais chier. Pourquoi je me comportais de la sorte ?

Ça ne me ressemblait pas du tout.

– Parce que je le dois ! Je n’ai plus beaucoup de temps !

– Qu’est-ce que tu veux dire par là !? Je ne comprends rien à ce que tu racontes !

– Un Butei se doit de découvrir les choses par lui-même, pourquoi pas toi ? Par rapport——— Par rapport à moi, la raison qui te fait arrêter Butei est complètement nulle !

Nulle ?

Quand j’entendis ça———

Je me précipitai sur elle, sans réfléchir.

J’avais complètement oublié que c’était une fille, j’étais sur le point de la saisir par le col.

… Je retins ma colère et stoppait ma main, à quelques centimètres d’elle.

Je la retenais, je le retenais de toutes mes forces.

– Qu’est-ce que…

C’était la première fois qu’elle me voyait aussi énervé… Même Aria était en train d’avoir peur de moi.

Je posai mes deux mains sur le lit et baissai la tête.

Ah. Mon visage…

Il avait du être extrêmement effrayant.

Comme j’aimerais que personne ne me voit jamais dans cet état.

Shirayuki avait dit que depuis des générations, ma famille, les Tooyama, avait été des alliés de la justice.

Au fil des années, nos travails n’avaient pas été les mêmes, mais nous possédions tous le fameux pouvoir du Hysteria Mode——— et depuis des siècles, nous nous battions pour protéger le faible.

Quand j’étais encore très jeune, mon père mourut. C’était un procureur « armé ». Mon frère, un Butei, était mon héro. Je désirais plus que tout au monde lui ressembler.

À cette époque, c’est donc sans hésiter et de mon plein gré que je m’étais inscrit au lycée Butei.

Le Hysteria Mode m’avait attiré beaucoup de problèmes au collège. J’espèrais – comme mon père et mon frère – devenir capable de l’actionner de ma propre volonté.

… Mais, l’hiver dernier, un grand changement survint, qui bouleversa le cours de ma vie.

Il y eut un horrible naufrage dans la baie d’Uraga.

Un des passagers du navire de croisière japonais, l’Embellir, disparut… L’enquête ne permit jamais de découvrir le corps de la victime. C’était un horrible accident.

Cette personne était un Butei qui se trouvait par hasard sur le bateau… et qui s’appelait Kin’ichi Tooyama. Mon frère.

D’après les dires de la polices, mon frère – qui s’était toujours battu pour le faible et n’avait jamais perdu face au mal de toute sa vie – avait aidé les autres passagers à sortir du bâteau qui coulait et n’avait pas réussi lui-même à s’échapper.

Effrayée de se faire poursuive en justice, la compagnie de transport, ainsi qu’une partie des passagers qui avaient été blessé, blâmèrent férocement mon grand frère.

Ils dirent qu’il avait été « incapable de prévenir l’accident », « un Butei inutile ».

D’innombrables calomnies étaient diffusées sur internet ou dans les journaux hebdomadaires, répandues par les familles des victimes. Comme une inondation.

Aujourd’hui encore, j’en ai des cauchemars.

———Grand frère, pourquoi es-tu mort pour sauver les autres ?

———Pourquoi a-t-on fait de toi le bouc émissaire ?

Tout ça, c’était à cause du Hysteria Mode, cet héritage de notre lignée ! Oui. Les Butei et les alliés de la justice doivent se battre, encore et encore. Mais, une fois brisé et même après leur mort, ils continuent à subir cette honte ! Il n’y avait rien de bon à être un Butei… !

Alors——— je pris la décision de ne plus jamais rien avoir à faire avec quelque chose d’aussi idiot que Butei.

Je voulais être quelqu’un de normal.

Vivre une vie comme tous ces gens qui ne font que parler et ne prennent jamais leurs responsabilités. Je voulais vivre une vie normale.

Oui, c’est ce que j’ai décidé.

Ma décision est déjà prise——— Oui.

Je levai la tête. Aria… était toujours silencieuse.

Quand mon regard croisa ses yeux camélias, je compris. Je compris mes sentiments si complexes envers elle.

Elle était comme moi.

Aria avait sur les épaules un poids que personne d’autre ne pouvait comprendre et, dans l’intérêt des Butei, elle chargeait dans la direction que moi j’essayais tant de fuir. Vers une issue sombre.

J’avais choisi de fuir, mais elle avait choisi de faire face.

Et à cause de ça——— Je n’arrivais pas à rester calme.

– Peu importe ce qui se passe… Je vais abandonner le titre de Butei. Je vais changer d’école et intégrer un établissement normal l’année prochaine.

– …

– Tu m’entends ?

– Je comprends… Je comprends… La personne que je cherche…

Elle détourna le regard et ferma les yeux. Puis, après un long moment, elle les rouvrit.

Et, comme si elle marquait là le point final du dernier paragraphe d’un livre qu’elle ne pouvait plus continuer à écrire, elle dit :

– … Ce n’est pas toi.

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