Hidan no Aria – Tome 1 Chapitre 5

Peu importe à quel point j’étais stimulé, je ne pouvais pas maintenir le Hysteria Mode plus que quelques minutes. Le temps que j’arrive au terminal n°2 de l’aéroport d’Haneda [1], j’étais revenu à mon état normal.

Mais j’allais quand même devoir l’arrêter.

Si mes prévisions était correctes…

Aria allait bientôt le rencontrer. Elle allait le rencontrer.

Le Tueur de Butei——— !

Je franchis les barrières de sécurité en montrant ma licence de Butei, ce qui me permis de ne pas avoir à passer sous le détecteur à métaux.

Aria.

Il faut que tu reviennes.

Je ne te laisserai pas affronter le Tueur de Butei.

C’est lui qui a tué mon frère, alors——— Toi, seule, tu n’as aucune chance. Absolument aucune !

Mon frère était très fort.

Plus fort que n’importe qui. Et aussi très intelligent. Son Hysteria Mode était vraiment d’une autre ampleur que le mien.

(Aria——— !)

Cette fois-ci, tu ne t’en sortiras pas une simple blessure au front !

C’est un assassin.

Il va te tuer——— !

Je courus à toute vitesse vers la zone d’embarquement. Les portes pour le vol ANA600 se fermèrent dans mon dos. Le Boeing 737-350 allait décoller pour l’aéroport Heathrown de Londres dans quelques secondes.

– …Je suis de Butei ! Arrêtez cet avion !

La petite hôtesse de l’air à qui je venais de montrer mon badge Butei me dévisageait avec des yeux ronds.

– M-Monsieur !? Je suis désolé mais, q-qu’est-ce qui se passe ?

– Je n’ai pas le temps d’expliquer ! Arrêtez cet avion !

Elle hocha la tête, effrayée, et partit en courant en direction des escaliers qui menaient au cockpit.

J’aurais voulu la suivre, mais mes jambes se dérobèrent sous moi. Depuis que j’avais quitté Assault, je n’avais plus autant d’énergie qu’avant. J’avais épuisé toutes mes forces pour arriver ici le plus vite possible. J’avais l’impression de ne plus pouvoir faire un pas de plus.

Je… vais réussir à empêcher cet avion de décoller, hein ?

———Au même moment.

Vroum.

L’avion s’ébranla.

Il… avançait !

– Heu… Je, je n’ai rien pu faire. Le pilote a dit que, selon les règles et dans ces conditions, seul un agent de la tour de contrôle est en mesure d’arrêter le vol…

L’hôtesse de l’air qui venait de redescendre du cockpit parlait en tremblant.

– Q-Quel con… !

– N-Ne tirez pas, s’il vous plait ! Êtes-vous vraiment un Butei ? Le pilote était très énervé, il a dit que personne ne l’avait contacté afin qu’il annule le vol…

L-L’enfoiré…!

Que faire ?

Le menacer avec mon pistolet ?

Non, impossible. Vu ce que l’hôtesse de l’air venait de me dire, le pilote ne me faisait aucune confiance. Même si je le menaçais, il décollerait sans doute quand même.

En regardant par un hublot, je vis que l’avion du vol ANA600 était déjà entré sur la piste de décollage.

Si je le forçais à arrêter l’avion maintenant, nous pourrions percuter un autre avion sur la piste.

Utilise ta tête, Kinji. Cette méthode ne peut pas marcher.

L’ennemi avait agit le premier. Si je réfléchissais pas, nous allions perdre.

———J’allais devoir changer de tactique.

L’avion monta lentement en altitude. Enfin, le signe indiquant qu’il fallait garder sa ceinture de sécurité s’éteignit.

Quand j’eus finis de calmer la petite hôtesse de l’air – je n’avais pas d’autre choix – je lui demandai de m’accompagner jusqu’au siège d’Aria… enfin, jusqu’à la cabine d’Aria.

Cet avion était en effet bien différent des avions normaux.

Le premier étage était occupé par un bar très spacieux. Au second, des cabines s’alignaient de chaque côté d’un petit couloir.

J’en avais entendu parler à la télévision———

On appelait ça un « Vol-Croisière ». Chaque passager avait sa propre cabine individuelle. En résumé, c’était un avion ultra-luxueux.

Il n’y avaient pas de sièges normaux mais, comme dans un hôtel de luxe, douze cabines avec chambre et salle de bain. Un avion conçu tout spécialement pour les riches et les célébrités.

– … Ki-Kinji ?!

Aria me regardait entrer dans sa suite décorée de fleurs fraiches avec des yeux ronds .

Bon. Au moins, on s’était retrouvé.

– … C’est bien la noblesse, ça. Il a coûté combien le ticket aller-simple de cet avion… 2.000.000 yens ? dis-je en voyant le lit immense.

Aria se leva d’un bond de sa chaise.

– … Tu rentres sans même avoir frappé à la porte, tu n’as aucune manière !

– Oh, t’as vraiment aucun droit de dire ça.

Impossible de savoir si elle se souvenait de la façon dont elle avait pénétré mon propre appartement. Elle laissa juste échapper un « humpf » énervé.

– … Pourquoi tu m’as suivi ?

– Pourquoi le soleil se lève-t-il ? Pourquoi la lune brille-t-elle ?

– Arrête ça ! Je vais te percer de trous si tu ne me réponds pas !

Alors… Elle menaçait encore de me tirer dessus——— ? Aria avait posé ses mains de chaque côté de sa jupe.

Cela me détendit un peu.

Génial. Elle avait ses pistolets.

– Loi de Butei, article 2 : « Une promesse ne peut être rompu ».

– …?

– Je te l’ai promis. Je devais revenir en Assault et m’occuper d’une – et d’une seule – affaire avec toi——— Or, l’affaire du Tueur de Butei n’est pas encore réglé, n’est-ce pas ?

– Que… Mais tu ne fais rien ! Tu ne sers à rien ! cria Aria en dévoilant ses canines.

On aurait dit un lion miniature.

– Rentre chez toi ! Je l’ai bien compris grâce à toi——— Je suis une aria ! Il n’y a pas de Partenaire pour moi sur cette planète ! J’ai décidé de combattre le Tueur de Butei, et tous les autres, seule !

– J’aurais aimé que tu me dises ça plus tôt.

Je m’assis sur un des sièges et regardait avec attention les villes qu’on apercevaient en bas.

– … Rentre chez toi quand on sera arrivé à Londres, je t’achèterai un ticket en classe économique. Tu n’es plus qu’un étranger pour moi ! Ne m’adresse plus la parole !

– J’ai pas toujours été un étranger ?

– Tais-toi  ! Interdiction de parler !

Le vol ANA600, balayé de vents violents, avait finit de survoler la baie de Tokyo.

Aria, jambes et bras croisés, étaient assise sur son siège. Elle regardait avec mécontentement à travers le hublot, les joues gonflées.

J’avais l’impression d’avoir manger un plat empoisonné.

Peu importe où nous allions, Londres ou ailleurs, nous y allions. Nous ne pouvions plus qu’attendre.

– …Chers passagers, nous avons le regret de vous annoncez que nous sommes forcé de contourner la zone de turbulence créée par le typhon. Pour cette raison, nous atteindrons notre destination avec une demi-heure de retard———

L’avion trembla légèrement, comme pour marquer l’information.

Ce n’était pas grand chose mais…

Broum ! Brooouuum— !

Il y eut un grondement de tonnerre très proche.

Flash——— !

Puis, un grand éclair traversa le ciel… Aria se recroquevilla avec un petit cri, les yeux écarquillés.

– Tu as peur ?

– B-Bien sûr que non. Tu dis n’importe quoi ! Ne m’adresse pas la parole ! Ça m’énerve.

Un nouveau coup de tonnerre secoua la cabine—

– Aaah ! cria Aria.

Je ne pus m’empêcher de rire en la regardant.

Ah~ Alors comme ça, Aria le Quadra avait aussi une faiblesse. Les orages.

– Tu peux aller te cacher sous les draps si tu as peur du tonnerre.

– L-La ferme.

– C’est ce que font les petits enfants, non ?

– Espèce de dé-dé-débile !

Brooouuum——— !

Un nouveau coup de tonnerre assourdissant. Aria, totalement paniquée, était incapable de rester immobile. Elle sauta de sa chaise…

Et alla se réfugier dans le lit, sous les draps. Vraiment.

La scène était telle que je me l’étais imaginé… Oubliant la situation dans laquelle nous nous trouvions, je me mis à rire de façon incontrôlable. C’était vraiment une gamine !

– Aria— J’espère que t’as pris des couches de rechange !

– Imbécile de Kinji ! P-Plus tard, je te percerai de trous !

Ahahah ! Elle tremblait de peur.

Broooouuum——— ! Broooouuum——— !

Impossible de savoir si elle était très malchanceuse ou si le pilote était mauvais, mais l’avion semblait se rapprocher de l’orage.

– …….Ki-Kinji…….

Aria, la voix pleine de sanglots, m’appelait de dessous les draps. Incapable d’en supporter davantage, elle se leva et agrippa ma manche.

– D’accord, d’accord. N’aie pas peur. Je vais allumer la télévision.

Je saisis la télécommande de la main qu’Aria ne serrait pas comme une enfant, allumai la télévision et parcourrai les chaines. Des films et anime défilèrent sur l’écran…

Je finis par choisir une chaine qui diffusait ce qui semblait être une série télévisée historique, destinée aux adolescents.

« … Ces fleurs de sakura qui tombent sur mon corps, tu les as déjà vu, n’est-ce pas~~ ? »

Ah… C’était… Un film historique sur la vie d’un de mes ancêtres.

Un magistrat célèbre, du nom de Kin Tôyama.

D’après ce que m’avait dit mon frère, lui aussi portait dans ses gênes le Hysteria Mode——— Il était exhibitionniste. À chaque fois qu’il se déshabillait, son intelligence et sa force montait en flèche.

– Allez. Regarde ça, tu vas te détendre.

– H-Hum.

Apparemment la règle qu’avait mise en place Aria et qui m’interdisait de parler ne tenait déjà plus.

Sa main, qui tenait ma manche en tremblant, était petite et frêle…

C’était vraiment la main d’une jeune fille normale.

Et si——— Si…

Si en cet instant, c’était une jeune fille ordinaire.

Et si moi, je n’étais qu’un lycéen des plus banal.

– Aria.

Alors, comme ça, je pouvais poser ma main sur la sienne.

– Ki-Kinji…?

Oui.

Comme un camarade de classe normal. Comme un ami.

C’était la moindre des choses que je pouvais faire pour l’empêcher de trembler.

Après avoir hésité quelques secondes, les doigts d’Aria se refermèrent sur ma main. Et à ce moment précis…

Bang ! Bang !

Un grand bruit résonna dans l’avion———

Ce n’était pas un coup de tonnerre, mais un bruit que nous, lycéens Butei, avions l’habitude d’entendre———

Des coups de feu——— !

Je me précipitai hors de la pièce et vit que l’étroit couloir était en plein chaos.

Tous les passagers des douze cabines étaient sortis, ainsi qu’un grand nombre de membres de l’équipage——— Des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux qui s’époumonaient, terrifiés.

Je tournai la tête vers l’avant de l’avion d’où était parti les coups de feu et vis que la porte du cockpit était ouverte.

– …!

J’aperçus la petite hôtesse de l’air effrayée.

Elle trainait le pilote et le copilote hors de la pièce.

Ils ne bougeaient pas, quelque chose avait du leur arriver.

En la voyant lâcher les deux corps dans le couloir, je sortis précipitamment mon pistolet.

– …Ne bouge plus !

Elle m’envoya un clin d’œil et retourna dans le cockpit.

« Attention please [2], veuillez rester calme. »

Puis, elle sortit de sa poitrine une petite cartouche qu’elle jeta au sol.

Celle-ci vint rouler jusqu’à mes pieds, me glaçant de terreur.

– Kinji ! cria Aria.

Elle avait enfin vaincu sa peur de l’orage et était sortie de la cabine.

Sssssshhhhhh…!

Je connaissais ce son.

C’était——— Une bombonne à gaz.

Sarin, soman, tabun, phosgène, zyklon B. Tous les gaz toxiques que j’avais étudié en Assault me revinrent en mémoire. S’il était puissant, nous étions fichus.

– …Rentrez tous dans vous cabines et fermez les portes ! hurlai-je.

Je fis marche arrière vers le compartiment, poussant Aria avec moi.

Au moment où nous allions fermer la porte, une grosse secousse secoua l’avion.

Toutes les lumières s’éteignirent, plongeant les passagers dans la panique.

Les signaux de secours rouge étaient les seuls à percer la pénombre qui régnait dans l’avion.

– … Kinji ! Est-ce que ça va !?

Je tournai la tête vers la voix inquiète d’Aria, analysant ma respiration.

J’arrivai à… respirer. J’arrivai à voir. Aucun de mes membres n’étaient paralysés.

Tous mon corps fonctionnait correctement. Le gaz que l’ennemi nous avait envoyé semblait sans défense.

– Aria. Cette annonce à l’instant… C’était le Tueur de Butei. Comme je le pensais, il est là.

– … Comme tu le pensais… ? Tu savais que le Tueur de Butei allait se montrer——— ?

Ses yeux camélias étaient écarquillés.

Je décidai de lui raconter tout ce que j’avais deviné en Hysteria Mode.

– Tu crois que les premiers crimes du Tueur de Butei sont les cas de détournement de la voiture et de la moto, mais j’ai découvert qu’il avait aussi détourné un bateau——— et tué un Butei. Sans doute au cours d’un combat direct.

– … Qu’est-ce qui te fais croire ça ?

– C’est le seul de ses crimes dont tu n’avais pas connaissance, car tu n’as sans doute pas intercepté son signal électrique.

– Oui…

– Ce qui veut dire que le Tueur de Butei n’a envoyé aucun signal électrique. Il ne contrôlait pas le bateau à distance. Il était lui-même sur le bateau !

J’étais cependant encore septique sur une chose. Comment mon frère avait-il pu ne pas réussir à s’enfuir…

– Une moto, une voiture, un bateau… Les moyens de transport auxquels il s’attaque sont de plus en plus gros. Et puis tout à coup, il s’en prend à des choses plus petites. Mon vélo, puis le bus.

– …!

– Tu comprends maintenant, Aria ? Ce gars te ciblait depuis le début et tu as totalement marché. Il a fait retomber les charges sur Kanae pour te déclarer la guerre. Et maintenant, comme mon frère——— non, comme le Butei qu’il a tué sur le bâteau, il va te combattre directement. C’est… un détournement.

Aria grinçait des dents en m’écoutant.

À ce moment———

Popo—popopoPopo—Popo—popo—po—.

Les lumières des ceintures de sécurité et les signaux de secours se mirent à clignoter d’une drôle de manière.

– … Du morse japonais…

Les mots qui s’échappèrent de la bouche d’Aria me poussèrent à tenter de déchiffrer le message. L’avion était agité de secousses.

Venez-Venez-I.U-c’est-le-paradis.

Venez-Venez-Je suis-au-bar-du-premier-étage.

– … Il essaye de nous attirer en bas.

– Parfait. Je vais le percer de trous.

Le front plissé, Aria tira les deux pistolets accrochés sous sa jupe.

– Je viens avec toi. Enfin, je ne sais pas si le moi actuel peut t’être d’une grande aide.

– Tu n’as pas à venir.

Brooouuum——— ! Au coup de tonnerre, le corps d’Aria se raidit.

– Je fais quoi alors ?

– … V-Viens.

Nous suivîmes les points lumineux qui brillaient au sol et descendîmes avec précaution au premier étage.

Je vis le bar, extrêmement luxueux.

Sous le grand lustre…

Il y avait une fille, assise les jambes croisées et accoudée au comptoir. L’hôtesse de l’air que j’avais vu plus tôt.

– …!?

Nous pointâmes nos pistolets vers elle, sous le choc.

Elle… portait l’uniforme du Lycée Butei.

Un uniforme——— customisé, couvert de frou-frou et de broderies.

Cette jupe gonflée, couverte de pétales d’œillets… C’était celle que portait Riko à Odaiba.

– Vous avez aussi marché dans celui-là, dit l’hôtesse de l’air.

Et elle ôta le fin masque qui lui collait au visage.

En dessous se trouvait———

– … Riko !?

– Bonsoir [3].

Elle but une petite gorgée du cocktail bleu qu’elle tenait à la main et me fit une clin d’œil. C’était bien Riko.

J’étais sous le choc.

Quand nous nous étions séparé à Odaiba——— Elle avait pris mon Vespa customisé pour se rendre jusqu’à l’aéroport ? Et après s’être déguisé en hôtesse de l’air, elle avait infiltré l’avion grâce à son badge de Butei …?

– Beaucoup des personnes intelligentes et douées en combat ont hérité de ces capacités. Au lycée Butei, une grande partie de l’élite se trouve dans ce cas. Mais… Ta famille est différente, Olmes.

– …!

Un tremblement traversa le corps d’Aria quand elle entendit les derniers mots prononcés par Riko. Elle se raidit.

Olmes——— ?

C’était à ça que correspondait le H du nom de famille d’Aria ?

– Qui… es-tu…?!

Riko rit doucement en voyant le front plissé d’Aria.

Une lumière, à travers un hublot, illuminait son visage.

– Mon nom complet——— est Riko Mine Lupin la Quatrième.

… Lupin… ?

Comme… ce Lupin ? Celui des bouquins d’Inquesta, le célèbre voleur français ?

Riko était l’arrière-petite-fille… d’Arsène Lupin ?!

– Mais… Ma famille ne m’appelle jamais Riko. Aucun d’entre eux n’utilise ce prénom si mignon que ma mère m’a donné. À la place, ils disent cette chose si bizarre…

– Bizarre… ? murmura Aria.

– La Quatrième. La Quatrième. La Quatrième. Mademoiselle la Quatrième— Tous le monde, même mes serviteurs, m’appellent de cette façon. C’est horrible.

– Q-Quel est le problème… Tu es bien la quatrième, non ?

Riko lança un regard furieux à Aria.

– … Bien sûr qu’il y a un problème ! Vous me prenez pour un numéro ? Vous me prenez pour un morceau d’ADN ? Est-ce que je suis un numéro ? Je suis Riko ! Pas un numéro ! Pourquoi êtes-vous tous comme ça !

Elle avait soudainement explosé.

Mais ces cris ne semblaient pas nous être adressés.

Mais. Mais. Qu’est-ce qu’elle avait ?

– Si je ne surpasse pas mon arrière-grand-père, ma vie ne sera jamais ma vie. Juste celle de l’arrière-petite-fille de Lupin. C’est pour cette raison que j’ai rejoint I.U et obtenu ce pouvoir——— Grâce à ça, je vais pouvoir récupérer ce qui m’a toujours été du——— Mon identité !

Aria l’écoutait avec beaucoup d’attention. Moi, je n’y comprenais rien.

– Attends, attends un peu ! Qu’est-ce que tu racontes…!? C’est qui Olmes, c’est qui I.U ? Le Tueur de Butei… c’est vraiment toi !?

– … Le Tueur de Butei ? Ah, ça…

Le regard de Riko se posa de nouveau sur Aria.

– Ce n’était qu’un petit jeu. Ma véritable cible est Olmes la Quatrième——— Toi, Aria.

Ses yeux était totalement différents de ceux de la Riko que je connaissais.

C’était le regard qu’a un prédateur qui dévisage sa proie.

– Il y a un siècle, nos arrière-grand-pères se sont battus, mais aucun n’a réussit à prendre l’avantage sur l’autre. Si je bats Olmes la Quatrième aujourd’hui, j’aurais dépassé mon arrière-grand-père. Kinji… Tu as parfaitement rempli le rôle que je t’avais donné, tu le sais ?

Son regard animal s’était posé sur moi.

Elle avait retrouvé son air normal, léger. Elle rit.

– Ceux de la lignée des Olmes se doivent d’avoir un Partenaire. Le premier Olmes qui a combattu mon arrière-grand-père en avait un excellent. Je t’ai choisi afin que tu remplisses cette condition.

– Aria et moi… Tout ça c’était…?

– Oui.

Riko avait retrouvé son air normal, léger. Elle rit.

Elle avait fait semblant d’être Riko l’idiote——— ? Tout ce temps ?

– C’est moi qui ait installé la bombe sur ton vélo et qui ait envoyé des signaux électriques extrêmement faciles à intercepter.

– … Tu savais que je traçais les signaux du Tueur de Butei…!

– Bien sûr que oui~ C’est ta faute, tu es allée à Connect sans cacher tes intentions~ Mais, comme tu ne t’en sortais pas très bien avec Kinji… J’ai un peu aidé les choses avec le détournement du bus.

– C’est aussi toi qui a détourné le bus…!?

– Kinji~ Quel qu’en soit la raison, un Butei ne doit jamais donner sa montre à quelqu’un d’autre, tu le sais ? Si ta montre est déréglée, tu as peu de chance de réussir à avoir ton bus~

Ma montre——— Alors casser ma montre dans la serre faisait aussi parti de son plan ?

Elle avait trouvé l’excuse de me la réparer pour la prendre et en changer l’heure.

Voilà pourquoi je n’avais pas eu le bus de 7h58———

– Alors… tu avais tout orchestré…!

– Oui. Enfin presque. Des évènements inattendus se sont aussi produits. Après le détournement du bus, tu n’as pas devenu le partenaire d’Aria. Et tu es entré en action dès que je t’ai parlé de la mort de ton frère. Je n’avais pas vu ça venir.

Mon grand frère.

– … Ne me dis pas que… tu… mon frère… !?

Mon grand frère.

Mon idéal, celui que je respectais le plus.

Elle l’avait… !

Je savais.

Je savais pourquoi mon sang bouillait dans mes veines.

Il était mon point faible.

Je ne pouvais pas rester calme quand ça concernait mon frère——— !

– Hihi~ Allez Aria. Ton Partenaire semble contrarié. Battez-vous tous les deux contre moi— !

Riko. Elle était bien Lupin la Quatrième.

Cela faisait encore parti de son plan, c’est ça…!

– Kinji. Je vais t’annoncer une bonne nouvelle. Tu sais quoi, ton grand frère… est actuellement mon amoureux.

– Ferme-la !

– Kinji ! Elle le fait exprès ! Calme-toi !

– Comment pourrais-je me calmer !

Je ne te laisserai plus déshonorer la mémoire de mon frère——— Plus jamais !

Au moment où j’allais appuyer sur la détente de mon Beretta, que je serrais de toutes mes forces.

L’avion fit une nouvelle fois agité d’une secousse.

– …!

– Ohlala~ ♪

J’eus un court moment d’absence——— et lâchai mon Beretta.

Il glissa au sol derrière moi dans un bruit métallique.

En tournant la tête——— Je vis le visage souriant de Riko. Elle avait braqué son Walther P99 sur moi.

– Non, non [3]. Ça, tu n’as pas le droit. Ne prend pas part à ce combat. Le partenaire de Olmes n’est pas censé l’assister quand il se bat. Il doit juste, de son point de vue de personne normale, découvrir des indices utiles à révéler le véritable potentiel de Olmes. Si tu ne t’entraines pas à…

Alors que Riko continuait distraitement son raisonnement——— Aria entra en action.

On aurait vraiment dit un petit lion.

Elle tapa du pied sur le sol et dirigea ses deux pistolets jumeaux sur Riko.

Elle pensait sans doute pouvoir gagner vu l’arme que tenait son ennemie.

Habituellement, lors des combats rapprochés entre Butei, vu que ceux-ci portent leurs vestes par-balles, les balles servent plus à assener des « coups » à l’adversaire qu’à véritablement tuer.

En ce moment, le plus important était donc le nombre de balles qu’elles avaient chacune.

Si sous la jupe gonflée de Riko se trouvait deux Uzi de vingt ou trente balles, elle aurait eu un avantage énorme. Mais, le Walther qu’elle tenait dans sa main ne pouvait en contenir que seize.

Quand à Aria, son Colt Government en avait sept. Huit, si elle avait déjà une dans la chambre.

Ses deux Colt équivalaient donc à seize balles. Comme son ennemie.

Mais———

– Aria. Arrête de croire que tu es la seule avec deux pistolets~

Riko jeta son verre à cocktail et de sa main maintenant vide———

Tira un deuxième Walther P99 de sous sa jupe.

– …!

Mais, ce n’était pas suffisant pour arrêter Aria.

Bang ! Bang ! Elle attaqua Riko en combat rapproché.

– Kss… Espèce de…!

– Haha ! Hahahaha~ !

Aria et Riko tiraient à bout portant.

Loi de Butei, article 9.

Peu importe la situation dans laquelle il se trouve, un Butei ne doit pas tuer.

Aria, suivant cette règle, ne visait pas la tête de Riko.

Et Riko, de la même façon——— ne visait pas la tête d’Aria.

Comme dans un combat à main nu, elles se touchaient presque.

La technique Butei pour les combats rapprochés consistait à tirer sur l’adversaire tout en esquivant ses tirs.

Bang ! Bang !

Les balles se figeaient dans les murs et le plancher. Aucune n’atteignait sa cible.

– … Ah !

Quand Aria fut à cours de munitions, elle saisit les bras de Riko.

On aurait presque dit qu’elles s’enlaçaient.

Puis, les pistolets de Riko furent eux aussi vides.

Parfait ! En combat à main nu, Aria aurait l’avantage——— !

– Kinji !

J’avais commencé à agir avant même qu’elle ne m’appelle.

Schalk.

J’avais tiré mon couteau papillon, héritage de mon grand frère, et l’avait fait tourné dans ma main.

Sa lame était rouge sous la lumière des signaux de secours.

– Riko, c’est terminé !

Je m’approchai lentement d’Aria par derrière, focalisé sur ses deux pistolets, quand…

– Quel hasard que tu sois toi aussi un Quadra, Aria~ dit Riko. Ça nous fait beaucoup de points communs… Nos ancêtres, notre beauté, notre… titre.

– …?

– Oui, on m’a donné le même surnom que toi, Aria. « Riko la Quadra ». Cependant…

Je me gelai sur place.

Sans m’en rendre compte.

Devant cette vue si incompréhensible.

C’était quoi… ça ?!

– Ton Quadra n’est pas parfait. Car tu ne connais pas encore… ce pouvoir——— !

Ssshh… Ssshh.

Les deux couettes de Riko——— telle les cheveux de Méduse, se mirent à bouger———

Slash.

Une des mèches s’empara d’un couteau caché dans le dos de Riko et frappa Aria.

– …!

Aria, encore sous le choc, réussit à esquiver le coup mais———

La deuxième couette avait elle aussi saisit un couteau et du sang frais gicla à la seconde attaque.

– Aah ! cria Aria, en tombant à la renverse.

Du sang rouge, écarlate, coulait de deux entailles qu’elle avait au visage.

– Haha… Haha… Cher arrière-grand-père. Qui aurait cru qu’en 108 ans la différence de niveau entre nos deux familles serait si énorme. Ce n’est même pas un combat. Non seulement elle n’a pas réussit à trouver un partenaire, mais elle n’est même pas capable d’utiliser son propre pouvoir ! J’ai gagné ! J’ai gagné~ ! Aujourd’hui, Riko est enfin Riko ! Haha ! Hahaha ! Hahahaha !

Riko criait presque———

Ses cheveux saisirent Aria, toujours au sol.

Ils avaient l’air très résistants. Contre toute attente, ils soulevèrent facilement une Aria ébahie——— et la jetèrent à mes pieds comme une poupée de chiffon.

– Aria… Aria !

Le visage d’Aria était couvert de sang et ses yeux étaient fermés——— Elle n’avait pas lâché ses pistolets.

Riko tendit la langue vers un des couteaux ensanglanté que tenait sa mèche et le lécha, aux anges.

J’avais du mal à croire ce que je voyais.

Cette fille était un monstre.

Je devais m’enfuir d’ici avec Aria !

J’entendis le grand rire de Riko derrière moi.

« Hahahaha——— ! Dis, dis~ Nous sommes dans un avion, où comptes-tu t’enfuir ? »

Je portai Aria comme une princesse, comme la dernière fois——— Elle était terriblement légère.

Les êtres humains paraissent toujours plus lourds quand ils sont éveillés.

Aria était inconsciente. Son corps était sans vie.

Je décidai de retourner dans sa suite et la déposait doucement sur le lit.

Puis, je pris une des serviettes et essuyai le sang qui lui maculait le visage.

– Ah… gémit Aria.

Elle avait une profonde entaille au dessus de la tempe, derrière ses cheveux.

C’était très mauvais——— Une artère était touchée.

Peut-être pas une artère aussi importante que la carotide, mais il allait quand même falloir arrêter l’hémorragie———  !

– Tiens bon… Ta blessure est légère !

Je sortis à toute vitesse un pansement de ma trousse de secours Butei et le posai avec soin sur sa plaie. Le pansement imbibé de vaseline arrêterait le saignement, mais ça ne serait que temporaire.

Aria eut un faible sourire en entendant mon mensonge. Impossible de savoir si elle m’avait cru.

– Aria !

J’eus un mauvais pressentiment et trifouillai dans les poches réservés aux stylos de ma trousse de secours. J’en sortis enfin une petite seringue marquée « Razzo ».

– Du Razzo——— Ok ! Tu n’as pas d’allergie !?

– … N-Non…

Le Razzo était un composé de morphine et d’adrénaline. En résumé, c’était un anti-douleur et un calmant très puissant, capable de remettre sur pied n’importe qui.

– Le Razzo doit être injecté directement dans le cœur, c’est d’accord ? L’avertis-je. Je n’ai pas d’autre choix…

Je m’agenouillai sur le lit, les jambes de chaque côté du petit corps d’Aria.

Et avançai les mains vers son uniforme.

– … S-Si tu fais… des trucs louches… je te…

– Oui, tu dois aller mieux et me percer de trous——— !

J’ouvris la fermeture éclair de sa veste et la rabattis de chaque côté.

– Urg…

Aria eut un petit frisson———

Devant moi se trouvait ce soutien-gorge, aux motifs en forme de cœur, pique, carreau et trèfle.

Sa peau était aussi blanche que de la porcelaine. C’était le dernier vêtement qui protégeait ses adorables seins de jeune fille.

Les battements de mon cœur s’accélérèrent.

Être aussi excité dans un tel moment…

Mais, aaah, merde ! Comment faisait-elle pour être aussi mignonne ?

– Aria…! l’appelai-je.

Je posai une main tremblante sur sa poitrine couleur porcelaine et tâtai, cherchant le sternum.

Son cœur se trouvait——— deux centimètres au-dessus de mes doigts. Près de son soutien-gorge.

– Ki-Kinji…

– Ne bouge pas.

– … J-J’ai… peur… murmura Aria d’une voix tremblante.

Avec les dents, j’enlevai le bouchon qui fermait la seringue que je tenais dans ma main droite.

– … Aria, tu m’entends !? Je vais te l’injecter !

Elle ne répondit pas.

Elle ne bougeait plus du tout.

Son cœur——— avait cessé de battre !

Aria !

– … Reviens à toi !!

Flic.

J’avais plongé d’un geste sec la seringue dans sa poitrine.

Je devais enfoncer le médicament dans le cœur d’Aria. Moins je réfléchirai et mieux ça serait. Si j’hésitai, je le manquerai à tous les coups.

– …!

Aria eut un spasme.

Son visage se tordit sous l’effet puissant de la drogue.

Mais rien ne pouvait moins m’importer.

C’était la preuve qu’elle était vivante, qu’elle était revenue à elle.

– Ah…!

Aria ouvrit en grand sa petite bouche tremblante, tentant d’aspirer le plus d’air possible.

Comment allait-elle…?

Du sang commençait à remonter dans son visage et sa respiration se faisait de plus en plus forte.

– … Ah !

Elle se redressa d’un bond, comme un zombie d’un film d’horreur.

– Je… Quoi !? C-C-C-C’est ! C’est quoi ça ! M-Mes seins !?

Apparemment, la drogue était si forte que ses souvenirs étaient encore un peu confus.

– K-Kinji——— ! Encore toi, hein ! Tu… Pourquoi tu veux absolument voir mes seins ! Tu veux te moquer de moi parce qu’ils sont petits ! Et alors, je m’en fiche ! Ils ne grossiront plus ! Peu importe ! C’est comme ma taille, je ferais 1m42 toute ma vie !

Elle était si gênée que son visage et son corps étaient rouge tomate. Elle tentait de fermer la fermeture éclair de sa veste quand elle remarqua enfin la seringue qui était plantée dans sa poitrine.

– Aaaah——— !

Elle laissa échapper un grand cri qui n’avait rien de classe et tira de toutes ses forces sur la seringue.

– A-Aria, souviens-toi ! Tu as été battu par Riko et je t’ai injecté du Razzo———

– Riko…. Riko——— !

Aria se rhabilla en deux-trois mouvements et se leva en s’emparant de ses deux pistolets posés sur le lit.

Avec un regard féroce, elle se dirigea vers la porte de la suite, les jambes vacillantes.

———Oula.

Le Razzo était une drogue puissante, mais c’était aussi un stimulant.

Elle semblait avoir totalement perdu le sens des réalités, son corps ne devait pas très bien supporter le médicament.

Elle n’était pas en condition pour un combat contre Riko——— !

– Aria, attends ! Tu n’as pas réussi à la battre tout à l’heure !

Je me mis devant la porte, lui coupant le passage, et saisis les deux pistolets qu’elle tenaient dans ses mains.

– Ça n’a aucun rapport ! Lâ-che-moi ! Va te cacher dans un coin si tu as peur ! criait Aria en dévoilant ses canines.

Elle n’arrivait pas à se libérer de mon emprise.

– A-Arrête de faire autant de bruit, Aria ! Si Riko nous entends——— Elle va savoir dans quelle suite on se trouve et deviner qu’on n’est pas capable de travailler en équipe !

– Je m’en fous ! Je suis une aria, je vais m’occuper de Riko toute seule ! Tu sais quoi, tu aurais mieux fait de ne pas venir me sauver !

Les deux pupilles écarlates d’Aria qui me dévisageaient étaient remplies de larmes d’énervement.

Que faire ? Je n’arrivais pas à la calmer.

– Et puis, tu me détestes non ? Tu me l’as dis le jour où nous sommes allés à Oumi, quand on cherchait le chat ! Je——— Je m’en souviens très bien !

Aah, tu voudrais pas faire un peu moins de bruit ?

Je devais trouver un moyen de faire taire ses cris perçants.

Mais je ne pouvais pas lâcher ses deux pistolets ou, à tous les coups, elle allait me tirer dessus et réussir à sortir de la pièce.

———Qu’est-ce que je pouvais faire ?

… Il y avait bien une solution.

Un ultime moyen qui toucherait un des points faibles d’Aria.

Mais si je faisais ça———

J’allais très certainement entrer en Hysteria Mode.

Dans cet Hysteria Mode rempli de souvenirs si douloureux, dans cet Hysteria Mode qui avait causé la perte de mon grand frère.

Je m’étais promis de ne jamais montrer ce côté de moi que je détestais tant… et en particulier aux filles.

Mais… Mais !

Mais en cet instant, c’était la seule solution !

Riko devait sûrement être en train de nous chercher. Non, elle devait même sûrement être déjà derrière la porte.

Si elle nous entendait nous disputer, elle allait faire irruption dans la pièce.

Et la suite était facile à deviner.

Moi, désarmé, et Aria——— Elle allait nous tuer——— !

« Je m’en souviens très bien ! Tu m’as dis « je te déteste » ! Et j’ai fais comme si de rien n’était mais——— Je pensais vraiment que tu aurais pu être mon Partenaire et tu as dit que tu me détestais ! ———Tu sais, ça m’a vraiment fait mal——— »

Aaah, Aria.

———Pardonne-moi !

« Alors, c’est bon ! Vu que tu me détestes, je peux faire ce que je veux ! Vu que tu me détestes——— »

Je fis taire Aria.

En posant mes lèvres.

Sur les siennes.

– … !

Sous le choc, Aria écarquilla ses yeux camélias.

Cette fille qui ne supportait rien à l’amour et que j’embrassai désespérément———

S’était totalement figée sur place, comme je m’y attendais.

J’avais réussi à la faire taire. Tout son corps, des pieds à la tête, était comme transformé en pierre.

———Aah~ C’était à double tranchant———

Les lèvres d’Aria ressemblaient à des pétales de fleur, petites, douces… J’eus très vite l’impression que ces pétales cachaient des braises et que des flammes se répandaient dans tout mon corps.

———Boum boum.

Une douleur insoutenable traversa mes membres et je me raidis.

Cette chaleur démente, inénarrable se concentrait au centre de mon corps.

———Impressionnant. C’était la première fois de ma vie… que mon Hysteria Mode était aussi intense.

———Fuaah !

Nos lèvres se séparèrent et nous aspirâmes tous deux une grande bouffée d’air.

Le baiser——— avait duré longtemps, vu que nous étions restés tous les deux immobiles.

– Aria… Je suis désolé. C’était la seule solution.

– … Tu… T-Tu… J-Je…

Aria semblait avoir perdu toute sa détermination. Elle s’assit sur le lit, perdue.

– E-E-Espèce d’idiot…! Dans un tel moment… tu as fais ça…! C’était-c’était-c’était m-mon… premier baiser…!

Pendant un court instant, je crus qu’elle allait se remettre à crier, mais je me trompais.

Sa voix était faible, comme enrouée.

– Ne t’inquiète pas, moi aussi c’était mon premier.

– Espèce d’idiot…! Tu vas le regretter…!

Aria leva vers moi des yeux embués de larmes. Elle tremblait comme un petit animal terrorisé———

J’étais en Hysteria Mode. Je m’agenouillai devant elle pour me retrouver à hauteur de ses yeux.

– Oui, je vais prendre mes responsabilités. Mais avant ça——— nous avons quelque chose à faire.

– … Kinji…! Tu es encore…

Elle avait du remarquer que ma voix était plus calme et plus grave que d’ordinaire.

Ses yeux étaient écarquillés——— Elle était probablement en train de se rappeler que j’avais eu la même attitude lors du détournement de mon vélo.

J’approchai doucement la bouche de sa joue indemne et murmurai :

– Loi de Butei, article 1 : « Croyez en vos camarades et entraidez-vous ! ». Moi, je te fais entièrement confiance. Alors, crois aussi en moi et laisse-moi être l’appât. Si nous unissons nos forces——— Nous pouvons vaincre le Tueur de Butei.

– C’est l’heure de la bad end— Hihihi~ Hihihi~

Riko, qui semblait avoir déniché quelque part un trousseau de clé, déverrouilla la porte.

Ses cheveux qui tenaient encore les couteaux poussèrent la porte——— Elle riait, un pistolet dans chaque main.

– Je pensais que vous alliez vous entretuez— et j’étais pressée de voir ça. Mais comme il ne se passait rien, j’ai décidé de faire mon entrée— Ah…

Elle remarqua que contrairement à tout à l’heure——— j’étais extrêmement calme.

Elle eut l’air ravie. Ses pistolets et ses couteaux cliquetèrent.

– Haha ! Qu’est-ce que tu as fais à Aria ? Pas mal, dans un tel moment… Hihihi~

Est-ce qu’elle… savait ?

Ce que je devais faire pour entrer en Hysteria Mode ?

– Alors ? Où est-elle ? Ne me dis pas qu’elle est morte ? dit Riko.

Ses couteaux, enroulés dans ses cheveux, se tournèrent vers le lit.

J’avais placé des draps et des coussins sous la couverture. De l’extérieur, le tas ressemblait à un corps humain.

– J’sais pas…

Mes yeux se tournèrent quelques secondes vers la salle de bain. Riko eut le temps de suivre mon regard.

– Ah… Tu es si magnifique, Kinji. Tu m’excites. Je crois que je vais devoir te tuer.

– Oui, tu ferais bien. Ou c’est toi qui va mourir, murmurai-je.

Riko se raidit et pointa ses pistolets sur moi.

– … La classe~ Kinji, je t’aime. Montre-moi——— le pouvoir du Partenaire— de Olmes !

Au moment où elle allait appuyer sur la détente…

Je saisis une bouteille d’oxygène posée près du lit et me protégeai avec.

– …!

Si elle tirait, nous allions exploser.

Aussi bien moi que Riko.

Comprenant parfaitement la situation, elle relâcha son doigt quelques secondes.

Et ces quelques secondes furent suffisantes.

Je jetai la bouteille d’oxygène dans sa direction et me ruai sur elle.

Dans ma condition actuelle, je pouvais la battre.

Flik. J’ouvris mon couteau papillon.

– …!

Riko avait juste froncé les sourcils.

Arg !

– Que…!?

L’avion se pencha en avant, comme s’il venait de percuter une poche d’air.

C’était la deuxième fois qu’une telle malchance se produisait——— Même en Hysteria Mode, je ne pouvais pas prédire une telle chose.

Je perdis l’équilibre et luttai pour rester debout. Puis je vis———

Que Riko, souriante au milieu de la suite penchée, avait levé son Walther, visant ma tête.

Et.

——— !

Une balle grise fut éjectée du canon. Elle vola jusqu’à moi.

Ah. Je n’allais pas pouvoir l’éviter. Je n’aurais pas le temps de pencher la tête à droite ou à gauche.

C’était impossible.

J’allais——— !

Schlaaack.

J’avais levé mon couteau———

Et coupé la balle en deux.

… Ce mouvement me surprit moi-même.

Mon Hysteria Mode d’aujourd’hui était vraiment effrayant.

Trancher une balle… Je n’avais que 50% de chance de réussir un tel coup.

———J’entendis les deux moitiés de balle percuter les murs de la pièce.

Je tirai le Colt Government noir que j’avais emprunté à Aria——— et le pointai sur une Riko ébahie.

– Ne bouge plus.

– Je vais tuer Aria !

Au moment où je pensais que Riko allait abandonner la partie, elle pointa son pistolet vers la salle de bain.

Bam !

Aria sauta du haut du porte-bagage fixé au plafond.

Le Colt Government argenté brillait dans sa main———

Bang ! Bang !

Les deux pistolet de Riko sautèrent de ses mains.

– …!

Aria lâcha son propre pistolet et descendit droit sur Riko, comme une météorite. Elle tira ses deux katana.

– … Yaaah !

Et d’un grand geste, elle trancha les deux mèches de cheveux qui tenaient les couteaux.

Clangclang———

Les cheveux marrons tombèrent au sol, toujours enroulés autour des couteaux.

– Ah——— !

Riko posa ses deux mains sur sa tête et pour la première fois, émit un cri d’angoisse.

Aria rangea d’un mouvement souple ses deux lames et ramassa lentement le pistolet qu’elle avait lâché.

– Mine Riko Lupin le Quatrième———

– Tu es en état d’arrestation pour tentative d’assassinat——— !

Nous pointâmes tous les deux sur elle les Colt Government———

Contre toute attente, Riko sourit. Elle riait même en nous regardant d’un air radieux.

– Alors c’était ça ! La douche et le lit étaient des leurres——— Et pendant ce temps, Aria était caché dans le porte-bagage grâce à sa petite taille… Pas mal~ Sans une bonne entente, vous n’auriez jamais pu mettre un double leurre de ce genre au point…

– On a vécu ensemble, même si c’était contre la volonté. Ça aurait été difficile sans s’entendre.

– Vous pouvez être fiers. C’est la première fois que je me retrouve dans une telle situation.

– C’est fini. Tu es en échec et mat !

– Dééébile~ dit Riko d’un ton cruel.

Tous ses cheveux se dressèrent dans ma direction en se tortillant.

Je fus si surpris devant cet étrange spectacle que je compris trop tard.

———C’était quoi cette manette… dans ses cheveux !?

– Arrête ! Qu’est-ce que tu fais !

Je courus vers elle, tentant de l’arrêter.

Et à ce moment———

Vlam

L’avion se pencha de nouveau en avant. Le mouvement était trop violent——— !

Aria, perdant l’équilibre, vint heurter le mur.

Je réussis à grande peine à rester sur mes jambes.

– Bye bye, Ki-kun~

La seconde d’après, Riko sortait à toute jambes hors de la pièce.

Je trouvais vraiment étrange le fait que l’avion semble toujours plonger en avant quand Riko en avait besoin.

Enfin, je compris que Riko avait caché une manette dans ses cheveux, grâce à laquelle elle contrôlait l’avion à distance.

Le vol ANA600 descendait à travers les nuages du typhon à tout vitesse.

Pourquoi voulait-elle que l’avion baisse en altitude ?

Je traversai le couloir, entendant les cris des passagers paniqués, et pris l’escalier.

Riko était dans un coin du bar, adossée à un hublot.

– Nous sommes dans un avion——— Où comptes-tu t’enfuir, petit écureuil ?

Je levai le Colt dans sa direction, répétant les mots qu’elle avait prononcé plus tôt.

– Hihi~ Kinji. Tu sais, tu ferais mieux de ne pas m’approcher, dit Riko en dévoilant ses dents blanches.

À côté d’elle, sur le mur, se trouvait quelque chose qui ressemblait à une tâche de terre——— probablement des explosifs.

– Tu le sais bien, le Tueur de Butei utilise des bombes.

Riko, voyant que je n’avançais plus vers elle, souleva sa jupe et me fit une révérence insolente.

– Dis, Kinji. Tu n’as pas envie de rejoindre le paradis sur terre——— I.U ? Je peux t’y conduire. À I.U———

Son regard se fit plus dur.

– … Il y a aussi ton frère, tu le sais ?

Elle… Elle osait encore———

– Arrête… de me provoquer. Compris, Riko ? Si tu dis encore une seule phrase sur mon frère, je pense que je serais tellement énervé que je pourrais briser l’article 9 de la loi de Butei. Aucun de nous deux ne souhaite une telle chose, n’est-ce pas ?

Loi de Butei, article 9.

Peu importe la situation dans laquelle il se trouve, un Butei ne doit pas tuer.

– Ah. Je n’en ai pas tellement envie— Oui, tu dois rester un Butei, Kinji~

Riko me fit un clin d’œil et enroula ses bras autour de son corps———

– Bon, dis à Aria pour moi——— Que nous sommes prêt à vous accueillir n’importe quand, ok ?

Brouuum——— !

Tout à coup, la bombe installée derrière elle explosa !

– …!

Perçant un trou arrondi dans le mur de l’avion.

Riko sauta à travers. Elle n’avait pas de parachute——— !

– Ri…

J’étais sur le point de crier son nom, mais aucun son ne sortit de ma bouche.

L’air qui se trouvait dans l’avion était violemment inspiré par l’extérieur.

Le signal d’alarme se mit à sonner. Au même moment, les masques à oxygènes tombèrent du plafond.

Tout ce que le bar contenait était aspiré par le trou.

Papiers, serviettes, verres, bouteilles——— Et moi———

– …!

Je m’agrippai de toutes mes forces à un tabouret fixé au sol. Les canons à silicone et les extincteurs automatiques se mirent en marche. Le produit visqueux qu’ils formèrent se solidifia sous le contact de l’air, formant quelque chose qui ressemblait à une toile d’araignée et qui boucha le trou de Riko.

Je jetai un coup d’œil par le hublot le plus proche.

Sous le soleil couchant, au loin———

Je vis Riko qui tournait sur elle-même, comme dansant dans les airs.

Flop.

Elle tira sur une ruban dans son dos et son uniforme à frou-frou se transforma en parachute.

La dernière chose que je vis fut Riko, en sous-vêtement, qui agitait sa main dans ma direction avant de disparaitre à travers les nuages. C’était donc ça. Voilà qui expliquait pourquoi elle voulait descendre à basse altitude.

– …!?

Tout à coup, je vis deux points lumineux, extrêmement rapide, traverser les nuages en passant près de Riko. Ils se dirigeaient droit sur l’avion.

J’étais en Hysteria Mode, mais je n’arrivais pas à les suivre du regard.

———C’était.

Comment était-ce possible ?

———Des missiles——— ?

Brroooouuuum——— !

Le plus effrayant ne fut pas le bruit de l’impact, mais le fort tremblement qui l’accompagna et qui se répandit dans tout l’avion.

C’était bien différent d’une secousse provoquée par le vent ou un éclair. On aurait dit que l’avion avait été frappé par deux énormes marteaux.

– …!

Désespéré, je me collai à un hublot.

Et regardait l’aile en priant.

Le vol ANA600 avait été frappé par quelque chose——— sorti tout droit d’un cauchemar.

Des quatre moteurs situés sous les ailes, deux avaient été endommagé. Les deux autres semblaient toujours fonctionner correctement.

Des deux moteurs touchés s’échappait une épaisse fumée qui ressemblait à du sang. L’avion volait toujours, avec difficulté.

J’avais la tête qui tournait à cause du choc de l’impact.

Mais je devais me rendre immédiatement dans le cockpit.

L’avion avait tenu bon, mais il continuait toujours sa descente infernale.

Le pilote et le copilote, drogués par Riko, étaient toujours inconscients.

– … Tu es lent ! cria Aria en me voyant entrer.

Elle avait du les fouiller et réussir à pénétrer dans le cockpit grâce à la carte magnétique qu’elle avait trouvé sur l’un d’entre eux.

Un appareil un peu bizarre, ressemblant à celui qui fixait les pistolets aux Segway, avait été jeté au sol, près de mes pieds. C’était sûrement le dispositif qui permettait à Riko de piloter l’avion à distance, avec la manette cachée dans ses cheveux. Aria l’avait réduit en morceaux.

Elle était assise dans le grand fauteuil du pilote, la main autour du levier de commande.

– Aria——— Tu sais piloter ?

– Seulement les Cessna [4]. Je n’ai jamais piloté un avion de ligne, dit-elle.

Elle tira le levier vers elle et je ne pus m’empêcher de me demander si elle maitrisait vraiment la situation.

Incroyable. L’avion s’éleva lentement dans les airs, comme répondant à ses mouvement.

– J’arrive à contrôler sa direction.

– Et atterrir ?

– Ça, je ne peux pas.

– … Je vois.

L’avion volait maintenant à l’horizontal.

À travers la pluie qui tombait de l’autre côté du hublot, je vis que nous allions bientôt atteindre la mer.

L’avion était à 300 mètres de hauteur. C’était dangereux.

Je m’assis sur le fauteuil du copilote et cherchai la radio. J’allais changer les paramètres de « receveur » à « émetteur » quand j’entendis :

– …31——— Veuillez répondre. Je répète——— Ici la tour de contrôle de l’aéroport d’Haneda. Le vol ANA600 est prié de toute urgence d’utiliser la fréquence radio n°127-631 pour répondre. Je répète, n°127-631. Veuillez répondre———

Je fis ce qu’on me demandait puis appuyai sur le bouton « on » du micro situé sur le tableau de bord.

– … Ici le vol 600. Notre avion a été détourné mais nous en avons repris le contrôle. Le pilote et le copilote ont été blessé. Deux Butei passagers de cet avion sont actuellement en train de le piloter. Moi, Kinji Tôyama et Aria H. Kanzaki.

Le représentant de la tour de contrôle d’Haneda eut un petit cri de surprise et de soulagement en m’entendant.

Bien. La première chose à faire était de rester en contact avec la tour de contrôle.

De la main gauche, j’appuyai sur les touches du téléphone par satellite que j’avais trouvé sur la ceinture du pilote. Les téléphones par satellite ressemblaient beaucoup à des téléphones portables normaux mais, comme ils étaient directement reliés au réseau satellite, cela leur permettait d’être toujours connectés, peu importe leur localisation. C’est pour cette raison qu’ils étaient souvent utilisés sur les navires à marchandise, les avions, etc.

Au moment d’appuyer sur « appel », je connectai par Bluetooth le haut-parleur du téléphone à la radio.

J’étais toujours en Hysteria Mode. Mes décisions étaient calmes et réfléchies.

– T’appelles qui ? demanda Aria.

Au même moment, une voix s’éleva de la radio.

– Allo ?

– Mutô, c’est moi. Désolé de t’appeler avec un numéro bizarre.

– K-Kinji ?! T’es où ?! Ta petite-amie a des problèmes !

– Ce n’est pas ma petite-amie. Et Aria est avec moi.

Mutô Gôki. L’homme fort de Logi.

Je n’aurais jamais cru qu’un ami dans son genre pourrait un jour m’être utile.

– Que… Quoi ?! Qu’est-ce que tu fous…?

– Pe… Pe-petite… !?

Aria se mit à bégayer en entendant le mot « petite-amie ». Elle me montra une nouvelle fois son grand talent à rougir.

Voyant qu’elle semblait sur le point de rétorquer quelque chose——— je posai mon doigt sur ses lèvres.

– …!

Elle rougit encore davantage, mais resta silencieuse.

– …Mutô. Tu as l’air d’être au courant pour le détournement de l’avion. C’est passé à la télé ?

– Ça tourne en boucle depuis ce matin ! Apparemment, des passagers ont réussi à contacter l’extérieur. Connect a tout de suite déniché une liste des passagers et quand on a su que le nom d’Aria était dessus, tout le monde s’est réuni dans la salle de classe.

———J’expliquai clairement la situation à Mutô et à la tour de contrôle d’Haneda : nous avions été victime d’un détournement et le coupable avait réussi à s’enfuir. Après quoi, nous avions été percuté par des missiles qui avaient endommagé deux moteurs.

– … Vol ANA600, ne vous inquiétez pas. Le Boeing 737-350 est le fruit de la toute dernière technologie. Les deux moteurs restant sont capables de faire voler l’avion normalement, même si le temps est mauvais. Il n’y aura pas de problème sur ce point.

Aria laissa échapper un soupir de soulagement en entendant la tour de contrôle.

– Au fait, Kinji. Tu as dis que deux moteurs avaient été endommagé, pas vrai ? Dis-moi tout de suite combien il reste de carburant. Sur le tableau de bord——— Il doit y avoir un écran rectangulaire, un peu en haut, avec deux indicateurs horizontaux et trois verticaux, marqués « carburant ». Dis-moi à combien est le « Total ».

Comme on pouvait s’y attendre du geek des moyens de transport. Mutô parlait comme s’il avait le tableau de bord devant lui.

– Il est——— de 540. Mais ça baisse, 535 maintenant.

Muto laissa échapper un cri en m’entendant.

– Merde… Il y a une grosse fuite.

– Une fuite de carburant…? Dis-moi comment faire pour l’arrêter ! cria Aria d’une voix paniquée.

Muto prit quelques instants pour répondre———

– Il n’y a rien à faire. Pour le dire simplement, les moteurs du Boeing 737-350 possèdent une soupape de carburant. Si elle a été touché, on ne peut pas la refermer.

– Combien de temps pouvons-nous encore voler ?

– Vu la vitesse à laquelle le carburant diminue, la fuite est importante. Je dirais… environ quinze minutes.

– C’est vraiment le super fruit de la toute dernière technologie ! lançai-je, énervé, à la tour de contrôle d’Haneda.

– Kinji, je viens de parler avec Connect. Tout ce temps vous avez tourné en rond au dessus de la baie Sagami. Là, vous êtes au dessus du canal Uraga——— Retournez tout de suite à l’aéroport d’Haneda. C’est la seule solution qu’il vous reste.

– C’est ce que je comptais faire de toute façon, répondit Aria.

– …ANA600, comment comptez-vous faire ? Vous ne devez surtout pas désactiver le pilotage automatique.

– Le pilotage automatique ne marche plus. C’est moi qui pilote l’avion.

Les yeux d’Aria se tournèrent vers l’écran où le bouton « autopilot » clignotait d’une lumière rouge, émettant à chaque fois un bip.

Je ne savais pas trop comment cela marchait, mais elle semblait avoir raison.

– …Exact. Nous aimerions que vous nous expliquiez comment atterrir, demandai-je à Haneda.

– Ce n’est pas quelque chose qu’un amateur peut apprendre sur le tas… Mais je me mets immédiatement en relation avec les autres avions de la zone. Nous allons essayer de trouver un pilote qui ait de l’expérience avec ce genre d’appareil.

– Nous n’avons pas le temps. Connectez-moi à tous les avions de la zone. Vous pouvez le faire ?

– Ah, je… Je peux le faire, mais… que comptez-vous faire ?

– Ils vont m’apprendre à atterrir tous en même temps. Tu m’aiderais aussi, Mutô.

– … Tous ensemble ? Kinji, tu n’es pas le prince Shôtoku [5]…!

– Dans mon état actuel, je peux le faire. Dépêchez-vous, nous n’avons pas de temps à perdre.

Je sentis le regard impressionné d’Aria posé sur moi.

Je me tournai vers elle et, au moment où elle allait dire quelque chose, lui fit un clin d’œil avant de détourner les yeux.

En dessous des nuages——— De l’autre côté de la mer noire et de la tempête qui soufflait, je voyais les lumières de Tokyo.

Nous volions dans cette direction.

J’écoutai attentivement les onze voix qui me parlaient en cœur et compris rapidement comment atterrir.

Elles m’expliquèrent aussi comment lire les instruments de mesure.

Nous étions actuellement à 1000 pieds de hauteur——— C’est à dire 300 mètres.

Pour un avion de ce genre, cette altitude était extrêmement dangereuse. Mais comme il ne nous restait que dix minutes et que chaque goutte de carburant nous était précieuse, nous ne pouvions nous permettre de nous élever davantage – même pas d’un petit mètre.

Nous étions en train de survoler Yokosuka quand soudain———

– Vol ANA600. Ici le responsable du contrôle aérien, représentant du ministère de la Défense.

En entendant cette voix grave qui s’élevait de la radio connectée a l’aéroport d’Haneda, mes yeux et ceux d’Aria se croisèrent.

Le ministère de la Défense…?

– Nous ne pouvons vous autoriser a utiliser l’aéroport d’Haneda. La piste atterrissage a été verrouillé par les forces d’autodéfense.

– Qu’est-ce que vous racontez !

Ce n’était pas moi qui avait crié, ni Aria. C’était Mutô.

– Qui est-ce ?

– Gôki Mutô, je suis un Butei ! Le vol 600 a une fuite de carburant ! Il ne lui reste plus que dix minutes ! Ils n’auront pas le temps d’atteindre un autre aéroport, ils doivent atterrir à Haneda !

– Butei Gôki Mutô. Il ne vous sert a rien de vous énervez contre moi. C’est un ordre du ministère de la Défense.

———Un mauvais pressentiment me fit jeter un regard par le hublot.

Aria respirait difficilement, elle venait de faire de même.

De chaque côté de l’avion——— se trouvaient deux F-15 J Eagles——— les avions de chasse des forces japonaises d’autodéfense.

– Hé, monsieur le représentant. Je vois vos potes par le hublot…

– … Ils vont vous servir de guide. Nous vous demandons de suivre nos instructions et de voler en direction de Chiba. Les avions vous assisteront afin que vous atterrissiez sans problème.

Aria poussa le levier vers la droite——— afin de tourner l’avion vers l’océan.

Je coupai la connexion radio avec Haneda et posai ma main sur celle d’Aria afin de l’empêcher de continuer son geste.

– … Ne vas pas vers l’océan, Aria. Ils nous mentent.

– …?

– Le ministère de la Défense ne pense pas que nous allons réussir a atterrir. Ils veulent nous conduire au-dessus de la mer pour nous descendre.

– C-Comment…?! Mais il y a des civils a bord !?

– Les pertes seraient bien plus importantes si nous nous écrasions sur Tokyo. C’est un mal pour un bien.

Je serrai la main d’Aria et tournai le levier vers la gauche——— en direction de Yokohama. Je prenais les commandes.

– Kin… Kinji ?

Les doigts d’Aria étaient crispés, elle était clairement inquiète… Elle leva les yeux vers moi, comme si elle voulait que je la rassure.

– Si nous allons dans cette direction, nous serons tués. Aria, on vole vers la terre.

L’avion survola le quartier Minato Mirai de la ville de Yokohama et entra enfin a Tokyo.

Il nous restait sept minutes de carburant.

– Et maintenant Kinji, on atterrit où ? Il n’y a pas de piste d’atterrissage à Tokyo.

– Mutô. Quelle longueur doit faire une piste d’atterrissage ?

– Pour un Boeing 737-350 à deux moteurs… Je dirais environ 2.450 mètres.

– … Quelle est la vitesse du vent ?

– Du vent ? Reki, à combien souffle le vent sur l’île de l’Académie ?

– ‌À ce que je sens, il va y avoir un vent sud-est de 41,02 m/s, dans cinq minutes.

J’entendis la voix lointaine de Reki de Snipe.

– Donc Mutô, si on atterrit avec un vent de face de 41 m/s, quelle longueur doit faire la piste d’atterrissage ?

– … Et bien… Environ 2.050 mètres.

– … Ça va être juste.

Mutô et Aria se turent un instant après m’avoir entendu murmurer.

– O-Où as-tu l’intention d’atterrir ? Il n’y a pas de piste atterrissage de cette taille à Tokyo.

– Tu connais la superficie de l’île artificielle sur laquelle est bâti le lycée Butei ? Elle fait deux kilomètres nord-sud et 500 mètres est-ouest. Si nous atterrissons dans la diagonale, ça nous fera jusqu’à 2061 mètres.

– H-Hé…

– T’inquiète pas, Mutô. Je n’ai pas l’intention de m’écraser sur l’« île de l’Académie ».

– …?

– Je vais me poser sur l’« île vide ». C’est une île identique à l’île de l’Académie, située au nord du Rainbow Bridge.

– … H-Hé ! Comment t’as fais pour mettre au point une telle stratégie ? Est-ce que tu es vraiment… Kinji ?

– Haha …! Qui est la personne assise à côté de toi, Aria ?

– Q-Qu’est-ce que tu racontes…

– Tu ne réponds pas ?

Je réprimandai intérieurement mon Hysteria Mode qui trouvait le temps d’embêter Aria dans une telle situation.

Comme à son habitude, Aria commençait à rougir.

Ses petits yeux s’écarquillèrent et elle sembla sur le point de dire quelque chose.

Mais——— Elle comprit que maintenant, c’était moi qui avait pris les choses en main…

Et la fière princesse tourna la tête avec  « humpf ! ».

– Kinji.

Sa voix ressemblait à celle d’un enfant qui se résigne à obéir à ses parents.

– Alors, t’as entendu ça, Mutô ? Pas de chance, hein.

Les quartiers d’Harajuku et de Shibuya plongés dans la nuit défilaient sous l’avion.

Nous devions effrayer les gens dans les rues.

– … L’île artificielle… ? Ce n’est pas complètement impossible, dit Mutô avec un soupir.

Aria sembla se détendre un peu.

– Mais c’est vraiment une île vide, Kinji. Il n’y aura pas de feux ou de repères lumineux. Peu importe l’avion, il faut des feux de signalisation pour atterrir de nuit. La visibilité doit déjà être extrêmement basse à cause de la pluie et du vent qui souffle de plus en plus fort. Se poser dans de telles conditions———

– Alors, on a qu’à abandonner et se suicider tous les deux comme des amoureux. Ok, Aria ?

Je coupai Mutô et me tournai vers Aria.

– J-Je préfère encore mourir que me suicider avec toi.

Aria, remarquant le paradoxe de ses propos, me tira la langue.

– Haha ! Au moins ça a permis pour la première fois de nous mettre d’accord, moi et Aria. Enfin une bonne nouvelle.

– Qu’est-ce que tu veux dire ?

– Je——— n’ai pas non plus envie de me suicider. Je ne supporterai pas de voir Aria mourir.

Le visage d’Aria semblait me dire « Mais~ Pourquoi tu dis ca ! ». Une nouvelle fois, elle baissa la tête en rougissant.

– Bref Mutô. On va tenter d’atterrir dans ces conditions.

– Attends, Kinji, attends ! L’« île vide » doit être recouverte d’eau de pluie ! Tu ne vas pas réussir a t’arrêter au bout des 2.050 mètres !

– Je trouverai bien quelque chose. Fais-moi confiance.

– … Que… Comme tu veux ! Mais si tu meurs, je vais te tuer, tu vas voir ! cria Mutô.

Il dut avoir une crise de folie——— car je l’entendis hurler quelque chose à nos camarades de classe avant de raccrocher.

L’avion du vol ANA600 sembla effleurer les grattes-ciel de Shinjuku quand il entama son large virage à droite.

Il nous restait encore trois minutes.

Pour atterrir sur une piste aussi petite, il allait falloir réduire la vitesse de l’avion. Nous survolâmes lentement le Tokyo Dome, la gare de Tokyo puis Ginza. Une pluie forte continuait toujours de tomber.

– Aria. Nous sommes plus bas que la tour de Tokyo. Fais attention à bien l’éviter.

– Ne me surestime pas.

Elle déploya le train d’atterrissage et me passa les commandes.

Devant moi, j’apercevais la baie de Tokyo.

L’île artificielle ne devait pas être loin———

———Ou pas.

J’étais en Hysteria Mode, je parvins instantanément à la conclusion.

Nous avions survécu jusqu’à là…

Mais atterrir——— c’était tout bonnement impossible.

Je ne voyais pas l’« île vide ».

Mutô avait eu raison. La baie de Tokyo qui touchait Shiodome était entièrement plongée dans l’obscurité.

Je compris immédiatement que nous ne pourrions jamais atterrir sans feux de signalisation.

Je ne pouvais déterminer ni notre hauteur, ni l’angle d’atterrissage.

Même le meilleur des pilotes ne pourrait pas nous sauver.

Il ne nous restait plus qu’à trouver un endroit peu peuplé pour nous y écraser——— Au moment où cette pensée horrible me traversa l’esprit——— Aria parla, comme alerté par son sixième sens.

– Kinji. Ça va aller. Tu peux le faire. Tu dois le faire. Tu ne veux plus être un Butei, hein. Si tu meurs maintenant, tu auras échoué. Et puis moi——— je n’ai pas encore sauvé ma mère !

Ces mots qu’Aria prononçait… semblaient presque magiques…

– Nous ne pouvons pas mourir ! Nous ne pouvons pas mourir maintenant !

Clicclic… clic… clic.

L’une après l’autre, des lumières apparurent sur l’« île vide », juste devant le Rainbow Bridge…

– Kinji ! Enfoiré, tu me vois !?

La ligne radio qui nous connectait à Mutô se ralluma et nous entendîmes le bruit de la pluie à travers celle-ci.

– Mutô !?

– Si je te laisse mourir, Shira… Non, certaines personnes seront tristes ! J’ai volé le plus gros bateau à moteur de Logi et tout ceux qui ont voulu m’ont donné leurs lampes torche! Tu vas devoir écrire des lettres d’excuse pour chacun d’entre nous !

Mutô fut interrompu par trois voix, non quatre… J’entendis des dizaines de voix à travers la radio.

« Kinji ! » « On voit l’avion ! » « Encore un peu ! » « Allez, tu peux le faire ! »

Mon Hysteria Mode les comprenait toutes.

Ces voix.

C’était eux.

Les étudiants que j’avais sauvé lors du détournement du bus——— !

Ils avaient quitté l’île de l’Académie pour l’île vide et ils utilisaient leurs lampes torche pour nous guider lors de l’atterrissage !

———Loi de Butei, article 1 : Croyez en vos camarades et entraidez-vous———

Je fis lentement descendre l’avion en altitude, volant vers cette piste qu’ils nous indiquaient——— !

Scraaaaaaaaatch——— !!

Le vol ANA600 se posa de force sur l’île artificielle détrempée.

Malgré la violence de l’impact, Aria réussit à déclencher la rétrofusée [6].

– Arrête-toi, arrête-toi, arrête-toi, arrête-toi, arrête-toi, arrête-toi——— ! cria-t-elle d’une voix aigüe.

– C’est parti——— !

Je tirai d’un coup sec sur le manche, forçant l’appareil à ralentir.

L’avion n’allait pas réussir à s’arrêter au bout de cette piste de 2.050 mètres couverte de pluie

Comme l’avait dit Mutô.

Mais, je pouvais le faire.

J’avais choisi cette île artificielle pour une raison———

Il se rapprochait.

Le pilier.

Le pilier de l’éolienne——— !!

Baaaaaaaang——— !!

Une des ailes de l’avion percuta le pilier, forçant l’avion à tourner sur lui-même.

Dans le cockpit, nous fûmes secoués comme des vêtements dans une machine à laver———

– … Geuh… Aïe…

… L’odeur… des gardénias.

Ah, c’est vrai. C’était le parfum d’Aria.

Tout mon corps me faisait mal. J’ouvris les yeux.

À travers un hublot, je vis le Rainbow Bridge. L’avion du vol ANA600——— s’était immobilisé.

Ça avait été juste, mais nous étions saufs.

Mais… Pourquoi n’arrivais-je pas à bouger ?

Je m’y attendais un peu… J’étais toujours assis sur le siège du copilote. Aria était allongée sur moi.

Toujours inconsciente, elle reposait sur ma poitrine, les bras autour de moi, son beau visage à quelques centimètres du mien.

Comme la dernière fois, elle m’enlaçait.

Je regardai sa poitrine, inquiet… mais tout allait bien. Sa chemise ne s’était pas relevée.

Au moins, elle n’allait pas essayer de me tuer.

Au moment où cette pensée me traversait l’esprit, je vis que sa jupe s’était totalement retournée———

– …!

Je détournai les yeux le plus vite possible.

Puis, je concentrai mon regard sur un point vers le haut et, le plus lentement possible, afin qu’elle ne se rende compte de rien———

Je remis doucement sa jupe en place.

Ça devrait aller comme ça.

J’avais déjà frôlé la mort à cause de son haut. Je n’allais quand même pas laisser son bas faire de même.

———N’est-ce pas ?

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