Hidan no Aria – Tome 2 Chapitre 2

Les réactions de Shirayuki et d’Aria qui suivirent cet accident furent comme le jour et la nuit.

Appliquant sa devise qui était « enquête toi-même sur ce que tu veux savoir », Aria se mit à étudier seule à la bibliothèque les secrets de l’origine de la vie chez les humains, et découvrit apparemment que ses connaissances en physiologie était totalement fausses. Pendant un certain temps, elle se mit à rougir et à agir bizarrement à chaque fois qu’elle me croisait. Mais elle était du genre à oublier vite, et redevint rapidement la Aria arrogante qui me frappait, m’écrasait et me tirait dessus sans raison. Ne pouvait-elle pas avoir un peu pitié de moi ?

Au contraire… Shirayuki, elle, nous évitait très clairement depuis l’accident.

Avant, elle avait toujours été là à s’occuper de moi, que cela me plaise ou non. Mais depuis son combat contre Aria, à chaque fois qu’elle me voyait, elle se transformait en un petit animal effrayé qui se cachait au plus vite.

Et puis un jour——— au déjeuner.

– Tôyama-kun. Je peux m’assoir ?

Nous étions dans la cafétéria bondée du lycée. J’étais en train de manger le steak de mon menu tandis qu’Aria dévorait les pains à la pêche qu’elle avait apporté, quand un garçon à la beauté rayonnante surgit devant moi et me posa cette question.

Il eut un sourire de gentleman. C’était Ryô Shiranui de Assault.

Il était dans la même classe que moi et dans le passé, nous avions souvent fait équipe.

Son rang Butei était de A. Beaucoup de critères étaient pris en compte pour obtenir un rang A, mais Shiranui avait des capacités assez équilibrées. Il était aussi doué en combat à main nu qu’au tir au pistolet ou dans le maniement des armes blanches. Sa remarquable confiance lui venait aussi de son arme, un SOCOM (1) équipé d’un système de visée laser.

Shiranui remit dans sa position d’origine mon plateau. Celui-ci avait été légèrement déplacé quand il avait posé son propre plateau qui portait des sandwichs. Il n’oublia pas non plus de s’excuser en inclinant légèrement la tête. C’était vraiment un garçon bien élevé.

… De plus, il était très populaire auprès des filles.

Cela n’avait rien d’étonnant. En plus d’être beau garçon, il était une des rares personnes polie du lycée Butei.

Le plus étrange à son sujet——— était qu’à l’époque où je trainais avec lui et Mutô après les cours, avant que je ne fasse la connaissance d’Aria——— il n’avait pas de petite-amie.

– On m’a raconté, Kinji. Je vais t’interroger et t’as pas intérêt à t’enfuir.

Un autre garçon à l’air renfrogné poussa mon plateau pour poser le sien. C’était Gôki Mutô.

L’homme fort de Logi, réputé pour être un passionné de véhicules et capable de piloter aussi bien un train qu’un sous-marin nucléaire.

Il avait choisi un Colt Python (2) comme revolver sous prétexte qu’il était le plus simple à entretenir. Un revolver que tous les autres Butei considéraient hors de question à cause de sa faible capacité et de son absence de silencieux.

Mutô ne plaisait pas aux filles. Ce n’était pas un mauvais garçon, mais il était trop grossier.

– Comment ça « m’interroger » ?

– Kinji, tu t’es disputé avec Hotogi-san, pas vrai ?

… Voilà bien le lycée Butei.

Les informations, ou plutôt les rumeurs, se répandaient anormalement vite.

Mais pourquoi est-ce que Mutô avait l’air de si mauvaise humeur ?

– Hotogi-san est totalement déprimée. Qu’est-ce qui s’est passé ?

– Rien de particulier… Mutô, t’as croisé Shirayuki, toi ?

– Shiranui m’a dit qu’il l’avait vu ce matin faire une divination par les fleurs dans la serre.

– C’est quoi ça, une divination par les fleurs ?

– C’est assez populaire, je crois, dit Shiranui.

Ses sourcils étaient bien dessinés.

– Connais pas— T’en as entendu parler, Aria ?

Aria, assise devant moi, secoua la tête quand elle entendit ma question. Son visage indiquait qu’elle n’en savait pas plus que moi.

Ses deux longues couettes roses s’agitèrent autour de sa tête comme un denden-daiko [1].

Elle était actuellement très silencieuse car elle avait la bouche pleine de pains à la pêche.

– Je suis sûr que tu connais, Tôyama-kun. C’est quand tu enlèves l’une après l’autre les pétales d’un fleur en disant « il m’aime », « il ne m’aime pas », « il m’aime »…

Ah——— C’était ça.

Je ne savais pas qu’il y avait encore des gens de nos jours qui faisaient des trucs aussi vieillots.

Cette Yamato Nadeshiko était vraiment un objet du souvenir descendu du ciel.

– Elle a remarqué que je l’observais quand a retentit la sonnerie du début des cours… Et elle a du arrêter sa divination en plein milieu. Mais j’ai cru voir qu’elle pleurait… Alors, pourquoi est-ce que vous avez cassé ? Tout amour a déjà disparu entre vous deux ?

Cof, cof. Un morceau de pain à la pêche s’était coincé dans la gorge d’Aria.

… Ne parlez pas d’amour devant elle, voyons.

Cette jeune fille va avoir des réactions excessives.

– Hum… J’ai l’impression que vous ne comprenez pas bien. Shirayuki et moi n’avons pas du tout ce genre de relation. Nous sommes juste des amis d’enfance.

– Des amis d’enfance… ? C’est toujours ce qu’on dit quand on veut détourner une question. D’après les rumeurs, Kanzaki-san était folle de jalousie et a tiré sur Hotogi-san. Et d’après moi, tu t’entendais de mieux en mieux avec Kanzaki-san et les deux filles ont été obligé de s’affronter… Car tu vois, en Assault, Kanzaki-san ne fait que parler de toi, Tôyama-kun. Et ça a l’air très amusant.

En quelques secondes, Mlle Aria H. Kanzaki devint écarlate. Elle avala tout rond son pain à la pêche.

Aria avait la bouche pleine de pains à la pêche.

– E-E-Espèce——— de pervers !

– Arg ?!

Elle me frappa au visage sans que j’en comprenne la raison.

Hé. C’est pas un peu bizarre, là ?

C’est Shiranui que tu devrais frapper.

– Je vais le répéter très clairement. Je ne me suis pas battue avec Shirayuki parce que j’étais ja-jalouse ! Kinji est mon Partenaire ! Nous ne nous aimons pas ! Et jamais, jamais, ja———mais, ça ne sera le cas. Vrai de vrai !

Arrête de le nier avec autant de force.

– Vraiment… Donc ça veut dire, Tôyama-kun, que tu vas pouvoir te réconcilier avec Hotogi-san ?

– Comment ça me « réconcilier » ? Et puis tu sais Shiranui——— J’ai croisé Shirayuki ce matin dans un couloir de l’école, cinq minutes avant le début des cours, et elle s’est précipitée dans les toilettes des filles sans même me dire bonjour. Alors, ce n’est pas elle que tu as du voir. Et je n’ai pas besoin de ton avis personnel pour me réconcilier avec elle.

– Tu as raison. Désolé, s’excusa Shiranui.

Il eut un sourire qui ressemblait à celui d’une divinité paternelle. Le sujet semblait être clos.

Mais, il tourna la tête et murmura à voix basse à l’oreille d’Aria quelqu’un chose du genre « Tôyama-kun est vraiment de mauvaise humeur… ».

Quant à Mutô… Il avait une expression assez bizarre, comme s’il se retenait de me demander quelque chose. Enfin bon, Mutô avait toujours des expressions bizarres, cela n’avait rien d’anormal.

– … Au fait, Shiranui.

Je décidai de changer moi-même de sujet afin qu’ils arrêtent de m’embêter à propos de Shirayuki.

– Qu’est-ce que tu vas faire pour le Adseard ? Tu as été choisi comme représentant, non ?

Le Adseard——— était la compétition sportive internationale des lycée Butei qui avait lieu tous les ans, une rencontre inter-lycée, du même genre que les Jeux Olympiques.

Enfin, comme les membres d’Assault et de Snipe y participaient, la compétition ressemblait plus à un champ de bataille qu’à un festival en l’honneur de la paix.

– Je ne vais pas participer aux compétitions, je pense. Je ne suis que suppléant.

– Donc tu dois aider à l’organisation, hein. Qu’est-ce que tu vas faire ? Tu es obligé de trouver quelque chose pour donner un coup de main.

– Je n’ai pas encore décidé. Je ne sais pas trop…

Shiranui eut ce léger soupir ennuyé que faisait craquer toutes les filles.

Tout le contraire de Mutô qui avait la bouche pleine d’un sandwich aux yakisoba (3) et des pâtes coincés entre les dents.

– Et toi Aria, qu’est-ce que tu vas faire pour le Adseard ?

– Je ne vais pas non plus participer aux compétitions. J’ai été sélectionné pour les épreuves de tir au pistolet, mais j’ai refusé.

– Tu dois donc aussi aider à l’organisation… Qu’est-ce que tu vas faire ?

– Je vais juste être pom-pom girl pour la cérémonie de fermeture.

– Pom-pom girl… Ah, tu veux dire Aru=Kata.

Aru=Kata était un mot typiquement Butei, issu de la combinaison du mot italien « arma » et du mot japonais « kata » [2]. C’était une parade, avec des danses comme celles des pom-pom girls, mais exécutées avec des armes à feu et des pistolets.

Et les filles de notre école, sans honte aucune, osaient se dénommer « pom-pom girls ».

– Kinji, tu dois participer toi aussi, vu que tu es mon Partenaire. Choisis ce que tu veux…

– Aah…

Cette parade avait pour objectif de redorer mondialement l’image des Butei auprès du public.

Et comme les organisateurs avaient du penser que des jolies jeunes filles serait le plus efficace, toutes les danseuses étaient des filles habillées en pom-pom girls.

Les garçons avaient pour seul rôle de jouer des instruments à l’arrière plan.

– Jouer d’un instrument… Je ne suis ni spécialement bon, ni spécialement mauvais.. Ça devrait aller.

– Ah. Et si je faisais la même chose, Tôyama-kun ? Allez Mutô, on va faire ça tous ensemble.

Shiranui sourit une nouvelle fois d’un sourire aussi doux qu’une caresse en se tournant vers Mutô et moi.

Ses dents étaient vraiment bien alignées.

– Un groupe de musique ? C’est plutôt pas mal… OK, je le fais ! répondit Mutô.

Vraiment. Ces deux-là se laissaient toujours guider par les évènements.

Enfin j’étais mal placé pour les critiquer.

– … Mais quand même Kanzaki-san, tu n’aurais pas du refuser de participer. Tout le monde sait ça. Quand tu obtiens une médaille au Adseard, la vie s’offre à toi. Une médaille te permet de rentrer sur recommandation dans une université Butei, ce qui permet de trouver plus facilement du travail. Et puis après tu as le choix, commencer une carrière dans un Centre Butei ou lancer une entreprise Butei privée…

– Je me fiche de l’avenir. Il y a des choses que je dois faire, maintenant. Je n’ai pas le temps de participer à des entrainements pour une compétition sportive.

Des choses que je dois faire.

Vu sa voix pleine de détermination———

Je compris qu’elle signifiait là sauver sa mère, Kanae Kanzaki. Celle-ci avait été emprisonné à tort et si elle voulait la faire libérer, Aria devait attraper les véritables coupables——— Riko Mine, Lupin la Quatrième, que nous avions affronté était l’une d’entre eux. Aria portait sur son dos le lourd fardeau de devoir tous les arrêter.

Et moi, en tant que son Partenaire——— Je partageai le même destin.

Riko, qui avait malencontreusement réussi à s’échapper lors du détournement de l’avion, était aussi celle qui avait tué mon frère.

Rien que pour cette raison, je devais mettre un terme à tout ça.

Elle… avait parlé comme si mon frère décédé était encore vivant. Je savais qu’elle avait sans doute fait ça dans le but de me provoquer, mais en toute sincérité, je ne pouvais m’empêcher de douter un peu.

– Mais plus important que le Adseard… continua Aria.

Elle croisa les bras sur sa poitrine et se pencha vers l’arrière.

Apparemment, elle tentait d’allonger sa petite taille afin de me regarder de haut. Quel dommage, tu ne fais que 1m42.

– Il faut qu’on s’occupe de ton dressage, Kinji.

– Dre-Dressage ? À quel genre de jeu est-ce que vous jouez tous les deux—— ?

Un tic agita la joue de Mutô. Il nous dévisagea à tour de rôle.

– Ne répète pas les mêmes choses que Shirayuki, Mutô. Et toi, Aria… Tu pourrais au moins parler d’ « entrainement » devant les gens.

– Tais-toi. Tu es mon esclave, donc je dois te dresser.

J’étais pourtant ton Partenaire tout à l’heure.

Je ne redeviens ton esclave que quand ça t’arrange, hein ?

– Et comment est-ce que tu comptes concrètement me « dresser » ?

– Et bien… hum— À partir de demain, nous allons nous entrainer ensemble tous les matins.

Arg.

Apparemment, Aria venait tout juste de mettre au point cet horrible projet qu’était un entrainement quotidien. Ravie, elle se murmura à elle-même : « Oui, c’est une bonne idée… ».

Merde. Ça me retombait sur le dos. J’aurais mieux fait de ne pas parler de l’Adseard.

Le lendemain matin, sept heures.

Suivant les ordres qu’Aria m’avait donné la veille après m’avoir collé ses deux pistolet sur la tempe, je m’étais levé de bonne heure et m’étais rendu sur le lieu de notre rendez-vous…

– Qui-suis-je— ?

Je me tournai en direction d’Aria, qui venait de me cacher les yeux, et restait sans voix quelques secondes.

Trop—

Trop mignonne.

– Vraiment, c’est super simple de s’approcher de toi par derrière. Quel faible.

Aria cessa de se mettre sur la pointe des pieds et posa ses deux mains sur les hanches.

Elle était… habillée en pom-pom girl.

Le costume des pom-pom girls du lycée Butei était de couleur noir, ce qui était plutôt rare.

Le haut sans-manche était percé d’un trou au-dessus de la poitrine, à travers duquel on pouvait apercevoir la peau blanche parfaite d’Aria. Habituellement, les trous sont en forme de cœur ou d’étoile mais, comme on pouvait s’y attendre venant du lycée Butei, le trou ici était en forme de balle.

Je baissais lentement les yeux vers sa jupe. Elle était si courte que c’en était presque Gunchira (le fait d’apercevoir les pistolets cachés sous la jupe d’un fille, le terme avait été inventé par cet idiot de Mutô [3] ).

– C-C’est quoi… ces vêtements ?

– Ça se voit, non ? C’est un costume de pom-pom girl. Il n’y a donc pas de limite à ton ignorance ?

– Tu es très mal placé pour me dire ça. Et je voulais dire : « Pourquoi est-ce que tu es habillée comme ça ? ».

– Et bien dis-le correctement, idiot. J’ai décidé de m’occuper de mon entrainement de pom-pom girl en même temps que de ton dressage. Si je fais les deux en même temps, ça me permettra de moins perdre de temps, tu comprends ?

Satisfaite, elle jeta un regard autour d’elle afin de vérifier qu’il n’y avait personne aux alentours.

Nous nous trouvions——— au bord de l’île artificielle sur laquelle se trouvait le lycée Butei, un endroit communément appelé l’ « Arrière du Panneau ».

C’était un terrain vague long et étroit, situé à côté du gymnase et derrière l’énorme panneau indicateur qui faisait face au Rainbow Bridge.

C’était un lieu toujours désert qu’Aria – pourtant fraîchement débarquée au lycée – avait rapidement découvert et qu’elle comptait utiliser pour mon entrainement. Et aussi pour son propre entrainement apparemment.

– Et… donc. Qu’est-ce que je dois faire ?

– Ahem.

La petite Aria s’éclaircit la gorge, comme si elle était sur le point de dire quelque chose d’important.

Elle avait vraiment le comportement d’une gamine.

Elle était très mignonne, je l’admettais, mais en même temps, elle m’irritait.

– Selon moi, tu es un Butei de rang S.

– Mais seulement selon toi.

– Ne m’interromps pas inutilement.

Voyant qu’elle saisissait ses deux pistolets, je me tus. Je tenais à la vie.

– Être de rang S en Assault signifie en gros « être capable d’avoir, seul, le même niveau au combat qu’un membre des forces spéciales ».

Abusé…

– Tu possèdes en toi cette capacité, que tu es quelque fois capable d’utiliser. Mais tu n’arrives pas t’en servir quand tu le souhaites. Il est donc certain qu’il existe une « clé » qui permette de te réveiller.

Aria parlait comme un professeur.

Mais elle ne pourrait jamais deviner ce qu’était cette « clé ». Même pas en rêve.

– Après le détournement de l’avion, j’ai fais quelques recherches——— Et je pense que tu as une double personnalité.

Une… double personnalité ?

Hahaha ! Loupé.

Le Hysteria Mode n’était pas d’origine psychique, c’était une modification héréditaire du système nerveux.

Cela n’avait donc aucun lien avec la schizophrénie.

Mais… Je pris un air admiratif et décidai de la laisser exposer son raisonnement.

– Je vois. Tu en as appris pas mal.

Oui, Aria. Je t’en pris, continue tes recherches totalement fausses.

– J’ai beaucoup lu de livres et j’ai cherché sur internet. C’était très intéressant. Tu as du subir un traumatisme dans ton enfance qui est à l’origine de ta seconde personnalité. Et en situation de combat, tu es submergé par le stress et cela te fait changer de personnalité.

– Je vois.

– Tu étais totalement différent pendant le détournement de ton vélo et de l’avion.

– C’est vrai.

– Donc——— Nous allons commencer l’entrainement spécial n°1, qui consistera à faire augmenter ton stress comme lors d’un combat.

Et tout en disant ces mots, Aria tira de derrière son dos les deux katana qu’elle avait réussi à cacher là malgré sa tenue.

– … H-Hé ! Attends !

– Quoi ? Je sortirai mes pistolets plus tard, tu n’as pas à t’inquiéter.

– Ce n’est pas ça ! Si tu m’attaques avec ces trucs, tu vas juste réussir à me découper en morceau !

– Je sais que tu n’as pas plus qu’une cuillère à soupe de cerveau dans ta tête, mais essaye de réfléchir un peu. Je dois faire les choses dans l’ordre, tu comprends ? dit Aria d’un ton tranchant.

Elle laissa échapper un soupir.

– L’entrainement que j’ai inventé consiste à faire monter du stress en toi – qui est actuellement en Débile Mode – jusqu’à ce que tu te réveilles et contre-attaques.

– Que je contre-attaque…?

– Tu n’as toujours pas compris ?! Tu es impossible. Bon, je vais t’expliquer point par point alors nettoie tes oreilles en pleurant de bonheur et écoute-moi.

Je ne pense pas qu’il existe quelqu’un de censé qui se nettoierait les oreilles tout en pleurant de bonheur.

– Premièrement. Tu es actuellement en Débile Mode. Deuxièmement. Tu te réveilles quand tu es en situation de combat. Troisièmement. Quand cela arrivera, tu contre-attaqueras. Voilà ce que j’ai mis au point, l’ordre idéal dans lequel les évènements doivent se dérouler.

C’est tout ?

Malgré son attitude très condescendante, son plan était d’une simplicité extrême.

Si elle osait se présenter avec ça comme l’arrière-petite-fille de Sherlock Holmes, le célèbre détective… je suis sûr que le gouvernement anglais se dépêcherait de faire une analyse ADN pour préserver l’honneur du pays. Sérieusement.

– Donc, la première chose que tu dois apprendre est… contrer.

– Contrer… Comment ça ?

– Tout d’abord, le Edge Catching.

Aria leva son katana vers moi.

– At———

———tends ! Elle frappa si vite que je n’eus même pas le temps de finir de hurler.

Zlim !

J’entendis juste à côté de mon oreille droite le son d’une lame coupant l’air.

Et maintenant, si vite que je ne pouvais même pas le suivre des yeux, le katana d’Aria se dirigea droit sur mon épaule———

———Et s’arrêta à quelques centimètres de ma peau. Je n’avais rien pu suivre.

Fuaah

Une douce odeur de gardénia se mêla au courant d’air qu’Aria venait de créer avec son katana.

– Bien. Maintenant imagine 500 fois dans ta tête ce qui vient de se passer. Tu as dix minutes.

Aria leva ses yeux camélias vers moi qui, sous le coup de l’émotion, était resté sans voix.

– … Imagine ?

– Oui. Répète dans ta tête les mouvements que je viens de faire et imagine-toi arrêter mon sabre avec tes deux mains. Tu peux bouger les bras si tu veux, comme ceux qui boxent dans le vide.

Aria, avec un mouvement fluide et compliqué, rangea le katana dans l’étui qu’elle avait dans le dos.

– Je dois donc juste… m’entrainer pour de faux ?

– Tu croyais quoi ? Imaginer ton visage couvert de bosses ?

– D’accord, d’accord. Je le fais.

J’eus un grand soupir et commençai à me représenter attraper le sabre d’Aria avec mes deux mains.

Aria hocha la tête, apparemment satisfaite.

– Oui, oui. Le Kinji qui fait ce que je lui demande est un gentil Kinji. Un gentil garçon. Je crois savoir que dans I.U – ceux qui ont fait arrêter ma mère – il y a un expert en armes blanches. Les techniques de contre sont la base de l’entrainement des Butei. Alors, entraine-toi avec soin, OK ?

Après avoir prononcé ses conseils comme une grande sœur, elle me sourit.

Comment pouvais-je accepter d’être traité comme un enfant par cette gamine ?

– Allez, je fais le décompte. 9 minutes, 59 secondes. 58…

– C’est bon, c’est bon. Je le fais.

– Ne dis rien d’inutile. Pour la peine, je te rajoute 30 secondes !

Mais c’était quoi ces règles…

Cette fille était un dictateur en puissance.

(… Mais bon… Je vais le faire…)

J’eus un petit soupir.

Même si je me fichais de la clé de mon Hysteria Mode ou de quoi que ce soit d’autre…

Je m’étais promis de me consacrer entièrement à cette affaire.

Je n’avais pas l’intention de devenir un allié de la justice.

———Mais j’avais décidé de devenir son allié, juste quelques temps.

(Alors je n’ai qu’à obéir aux ordres d’Aria…)

Oui, j’allais suivre ce qu’elle me dirait, mais je ne faisais pas ça parce que je la trouvais mignonne ou parce que j’étais tombé amoureux d’elle.

C’était juste normal de suivre le précepte « ne pas abandonner ce qu’on a décidé ».

Donc, en ce qui concernait les autres choses que j’avais décidé —— c’est à dire quitter le lycée Butei l’année prochaine pour une école normale et devenir quelqu’un d’ordinaire qui mènerait une vie ordinaire —— tout ces projets, je n’avais aucune intention de les abandonner.

Tout en pensant, je continuais de m’entraîner mentalement…

Aria sortit un Ipod de sa jupe et appuya sur quelques boutons.

En tournant les yeux, je vis qu’une vidéo s’était affichée sur le petite écran, juste au-dessus du clavier tactile.

C’était le film d’une représentation type de Aru=Kata. Je m’étais finalement inscrit pour jouer d’un instrument comme me l’avait demandé Aria et, maintenant que j’y réfléchissais, les membres du comité d’organisation de l’Adseard m’avait envoyé le même film ce matin.

– Ah… C’est plutôt mignon, se murmura Aria.

Elle me tourna le dos et s’éloigna de quelques pas.

Clap.

Clapclap.

Et tout à coup, elle se mit à danser nonchalamment.

Oh. Elle…

Elle était plutôt douée.

Je ne connaissais rien aux pom-pom girls car je ne m’y étais jamais intéressé, mais mes yeux non-initiés trouvaient qu’Aria – avec ses deux couettes roses virevoltantes autour d’elle – dansait aussi bien qu’une professionnelle.

Au début, ses mouvements étaient les mêmes que ceux des pom-pom girls traditionnelles——— Clapclap.

Puis, elle ajouta les gestes « kata » et la danse devint beaucoup plus impressionnante.

Quoi qu’il en soit, la toute mignonne Aria portait un costume de pom-pom girl… et cela lui allait très bien.

Aria – qui jonglait toujours avec ses couteaux et ses revolvers – leva bien haut une jambe et exécuta un salto arrière.

Apparemment, comme elle ne portait que ses sous-vêtements sous sa jupe, cela ne la gênait pas du tout. Vraiment, cette fille était très douée quoiqu’elle fasse.

ClapclapclapClapclapclap.

Aria leva ses pompons et un sourire [] s’étala sur son visage.

Habituellement, ses yeux étaient toujours remplis de colère et – même si ce sourire faisait parti de la danse – le résultat fut deux fois plus intense. Même si j’étais bien incapable d’expliquer quel était ce résultat.

Mais, d’un autre côté… En la voyant s’entrainer de la sorte…

Je trouvais vraiment qu’elle donnait l’impression d’une jeune fille normale.

J’étais certain que si elle s’entrainait dans une école normale, personne ne la trouverait bizarre. Ils diraient juste d’elle que c’était une fille énergique, un peu égoïste et qui faisait plus jeune que son âge, une lycéenne comme on en trouvait tant———

– Dis donc… Kinji ?

Aria s’était tout à coup arrêté de danser.

Elle se tourna vers moi, ses deux couettes roses flottant autour d’elle.

– Qu’est-ce que tu regardes avec autant d’insistance depuis tout à l’heure !? Tu me dégoûtes.

Elle posa ses deux mains, qui tenaient toujours les pompons, sur sa taille.

Puis, voyant que sa jupe était un peu sans dessus dessous, elle la remit en place avec les pompons.

– … Quoi, ce n’est pas un spectacle ?

Elle gonfla ses joues écarlates, apparemment embarrassée par ce que je venais de dire.

– La représentation des pom-pom girls est un spectacle. Et sache que je n’ai pas plus que ça envie de te regarder.

Légèrement mal à l’aise d’avoir dévisagé Aria aussi longtemps, je détournai les yeux.

– Alors qu’est-ce que tu regardais ?

– Ce… Ça ne te regarde pas.

– Ah bon… Vraiment.

Ah——

C’était quoi cette atmosphère ?

– Plus important, tu t’es bien entrainé ? Dans cinq minutes, je vais recommencer à t’attaquer, hein ?

– Recommencer…

Je sentais que je n’allais pas tarder à souffrir le martyr.

Après tout, c’était la même chose qu’être frappé avec une barre en métal.

– Je vais commencer lentement, tu n’as pas à avoir aussi peur. Mais je vais accélérer le rythme rapidement—

Et un sourire absolument diabolique étira ses lèvres.

– Aïïïe…

Les cours étaient terminés mais mes bosses et mes cotusions me faisaient toujours souffrir. Tout en les frottant, je sortis du bâtiment d’Inquesta.

Et merde. Aria, espèce de sadique. Son entraînement consistait juste à me frapper sans merci.

J’avais l’impression d’avoir oublié une grande partie des dates d’histoire et du vocabulaire anglais que je connaissais.

– Kinji—— !

Aria courut vers moi, baignée dans la lumière du soleil couchant.

Apparemment, elle s’était encore cachée devant le bâtiment d’Inquesta pour m’attendre.

– Je préfère te prévenir tout de suite, je n’ai pas l’intention de m’entrainer après les cours. Je dois faire mes devoirs pour les cours normaux.

– Je n’ai encore rien dit !

– Et je ne compte pas revenir en Assault. Si tu essayes de me menacer pour m’y obliger, j’arrêterai d’être ton Partenaire. Je vais continuer ma vie tranquille à Inquesta jusqu’à ce que je change d’école l’année prochaine.

– Je n’ai encore rien dit— !

Aria, indifférente à mon ton tranchant, se mit à marcher en direction de l’arrêt de bus.

Mais elle se retourna vers moi et, un sourire jusqu’aux oreilles, dit :

– On va encore s’entrainer demain matin, hein !

… Bah, j’acceptai si ce n’était que ça.

Après tout, j’étais son Partenaire.

Et puis, si je lui rétorquai une troisième phrase désagréable, j’allais certainement me faire « percer de trous ».

– Tu sais quoi, Kinji. Aujourd’hui, en Assault, on a appris les techniques à utiliser pour contrer un couteau lancé———

Aria se mit à me raconter d’une voix enjouée toutes sortes d’histoires bizarres pour lesquelles je n’avais aucun intérêt. Ces derniers temps, elle était de très bonne humeur.

J’en connaissais la raison.

C’était parce que je me conduisais de plus en plus comme son Partenaire.

Tout comme le légendaire détective Sherlock Holmes avait John H. Watson, les membres de la famille d’Aria – c’est à dire la famille Holmes – avaient besoin d’un Partenaire pour exprimer leur véritable potentiel.

Cette aria – cette Aria toujours toute seule – en avait cherché un partout. Littéralement, dans le monde entier.

Et elle avait fini par en trouver un dans le lycée Butei de Tokyo.

——— Moi en Hysteria Mode ———

Je ne pouvais pas utiliser mon pouvoir en temps normal, mais j’étais le seul Partenaire qui pouvait aller avec la prodige qu’elle était.

– Hé, Kinji.

– Quoi ?

– Haha ! Rien du tout~

– T’es chiante.

La jupe de son uniforme s’agitait tandis qu’elle avançait sur le chemin. De temps en temps, elle se retournait afin de confirmer que j’étais toujours là. Elle me rendait fou.

– Dis, Aria… Pourquoi est-ce que tu ne cherches pas plus de Partenaires… ? Ça ne serait pas mieux de trouver deux ou trois personnes supplémentaires afin de pouvoir former une équipe ?

Ils pourraient protéger cette gamine à ma place.

– Je n’ai pas besoin d’alliés. Et puis, je ne suis pas très douée pour m’entendre avec les gens.

Ça, je ne le sais que trop bien.

– Je sais très bien me battre seule, j’ai juste besoin d’un Partenaire qui puisse me suivre. Quand j’aurai terminé ton dressage, ça sera bon. Je n’ai besoin que de toi.

Et merde.

Ça veut dire que je serais le seul à devoir la supporter ?

Sous le coup de cette révélation…

– … J’ai mal à la tête. Tu m’as trop frappé.

– Prends de l’aspirine.

– Il me faut du sirop « spécial racine de kudzu » du groupe pharmaceutique Yamato si je veux soigner mon mal de tête et mon rhume…

– Spécial ? Comment ça ?

– Ça veut dire que c’est du concentré de plusieurs ingrédients. Qu’il y des plantes médicinales chinoises comme du kudzu ou de l’ephedra [4] à l’intérieur.

– On dirait un grand-père. Bon bah, va boire ça. Car demain, l’entrainement reprend.

– Je suis vraiment crevé là… Ça ne s’achète que dans le quartier d’Ameyoko, je suis trop fatigué pour aller là-bas. Et puis, la pharmacie se trouve pile entre les stations de Ueno et d’Okachimachi et c’est aussi loin de l’une que de l’autre.

– Kinji…

Tout à coup.

Aria – qui comme je le pensais n’écoutait pas mes plaintes – s’arrêta devant le panneau des Masters.

– Regarde ça.

– … De quoi ?

Je regardai avec attention la zone du panneau qu’Aria me montrait du doigt.

Convocation : Deuxième Année Classe B – SSR – Shirayuki Hotogi >

Les Masters convoquaient Shirayuki.

… C’était plutôt bizarre.

Shirayuki… Cette élève modèle à la moyenne de 75, présidente du conseil des étudiants, présidente du club de jardinage, présidente du club d’art, présidente du club de danse, cette élève exemplaire au comportement parfait – si on oubliait son attaque surprise sur Aria l’autre jour – cette Shirayuki convoquée par les Masters ?

– Aria. Tu… leur as raconté que tu t’étais fait agresser par Shirayuki ?

– … Je suis une noble !

Ses pupilles écarlates me fusillèrent du regard.

– Je ne ferais jamais quelque chose d’aussi lâche qu’aller raconter mes affaires privées aux professeurs. Même si c’est elle qui m’a provoqué. Ne me sous-estime pas.

Oooh~

Quel admirable comportement de la part d’Aria.

J’étais agréablement surpris. Aria, toujours à côté de moi, posa un doigt sur sa bouche, semblant réfléchir.

– Kinji, c’est une chance en or pour se débarrasser de cette fille si violente.

Semblant oublier qu’elle était elle-même violente – et même très violente – elle leva les yeux vers moi.

– … Enquêtons sur cette affaire et découvrons son point faible !

Tu ne viens pas de dire que les nobles ne faisaient pas des choses aussi lâches ?

– Comment ça… son point faible ? Shirayuki n’a rien fait depuis la dernière fois.

– Bien sûr que si !

Hein.

– Ces derniers temps, quand je suis seule, je sens une présence derrière la porte comme si quelqu’un m’observait, caché. Et mon téléphone bourdonne, comme si la ligne était sur écoute———

……

– De l’eau coule dans les couloirs de l’école quand je passe, on me lance des billes avec des sarbacanes, je tombe dans des trous préparés à l’avance !

… Attends…

– J’ai reçu une lettre avec écrit « sale renarde ! ». Et avec un dessin de renard !

Oh, c’est assez mignon ça.

– … Bref ! Cette fille me déteste de tout son cœur ! Et toi Kinji, tu ne te rends compte de rien, tu es vraiment insensible ! Incapable !

– Je vois…

– Mais si encore, il n’y avait que ça !

Que ça ?

– La dernière fois, quand j’ai ouvert mon casier dans le vestiaire des filles, j’ai découvert qu’on avait installé un piège avec une corde à piano ! Je——— Comme je ne suis pas très grande——— Je ne pouvais pas avancer dans le fond du casier récupérer mes vêtements ou la corde allait se resserrer autour de mon cou !

Ouah… Ce n’était vraiment pas drôle.

Si la petite Aria avait mis la tête dans le casier sans s’apercevoir de rien… Couic.

Un piège aussi cruel ne s’apprend qu’en troisième année de Assault ou en Lezzad.

– Kinji. Nous allons profiter du fait que Shirayuki soit convoquée pour, ensemble…

Aria, folle de rage, se tourna vers moi, paralysé———

Et m’ordonna la chose la plus effrayante possible…

– … Infiltrer les Masters !

Le lycée Butei de Tokyo était un lieu extrêmement dangereux. Mais il existait à l’intérieur de celui-ci trois zones d’un tout autre niveau de dangerosité.

Le bâtiment d’Assault.

L’entrepôt du sous-sol.

Et le bâtiment des Masters.

Pourquoi un lieu où se rassemblaient quelques professeurs serait-il dangereux ?

La raison en était fort simple.

Parmi les professeurs du lycée Butei, il n’y avait que de dangereux individus.

Cela n’avait rien d’étonnant. Comment les professeurs de cette école si bizarre auraient-ils pu être normaux ?

D’après le peu que je savais, ils avaient travaillé à l’étranger comme membre des forces spéciales, mercenaires, mafieux et même – d’après les rumeurs – assassins, avant de devenir professeurs. Un rassemblement d’individus dont il ne valait mieux pas connaitre l’entière carrière professionnelle.

Bien sûr, on trouvait quelques professeurs normaux dans les départements d’Inquesta ou de Connect, mais malheureusement, ils étaient en sous-nombre.

– Kinji. Je… Je n’arrive pas à l’atteindre. Porte-moi.

Mademoiselle Aria s’adressait à voix basse à son esclave…

Car nous étions actuellement en train d’infiltrer les Masters – ce trou rempli de serpents.

– … Tout de suite.

Bah, si j’avais refusé d’infiltrer avec elle, Aria m’aurait certainement tabassé à mort avant de me percer de trous.

Je préférais encore affronter ces professeurs capables de tuer en quelques secondes.

J’avais accepté mon triste sort. Nous avions discrètement pénétré dans un couloir des Masters et actuellement, j’étais en train d’aider Aria à atteindre le conduit qui se trouvait au plafond.

Elle allait sûrement encore me traiter de pervers si je la portais dans mes bras et je l’aidais donc à atteindre le conduit en la portant sur mes épaules comme un enfant.

– A——llez. T’es lourde, t’es—— lourde.

Je me plaignais à voix basse.

– Je vais te percer de trous !

Bam.

Ses genoux qui portaient de longues chaussettes noires s’enfoncèrent dans mes épaules. D’au moins dix centimètres.

– … Geu… Arg…

Ignorant mes cris d’agonie, Aria réussit à s’accrocher à l’ouverture du conduit qui courait au plafond. Elle posa un pied sur ma tête et – alors qu’apparaissait devant moi cette zone entre les chaussettes et la jupe (cette partie de la jambe que Mutô appelait le zettai ryôiki [5] si je ne me trompais pas) – s’engouffra l’intérieur.

Elle m’aida à mon tour à me hisser dans le conduit en me tirant par les bras puis s’éloigna à quatre pattes.

En comprenant que je devais suivre la jupe que portait ma maîtresse aux deux couettes, je me sentis sur le point d’entrer en Hysteria Mode——— mais je fus sauvé par l’obscurité qui régnait dans le conduit. Je ne voyais pas le zettai ryôiki et à peine sa jupe.

Clangclang.

Clangclang.

Devant moi…

Clacclacclacclacclac.

Aria avançait à une vitesse ahurissante.

Je ne réussis à la rattraper qu’à un tournant, avec l’impression de l’avoir poursuivi à toute vitesse.

– Aria.

– Quoi ?

– T’avances vite à quatre pattes.

– C’est une de mes spécialités. Je suis la plus rapide des filles d’Assault.

– C’est bien ce que je pensais.

– Pourquoi ?

– Bah oui, il n’y a rien qui te gêne, toi.

– Comment ça ?

– Ta poitrine.

Bam.

Aria me frappa avec son pied.

Pied qui s’enfonça d’au moins dix centimètres dans ma joue.

Nous avions enfin——— trouvé Shirayuki.

Elle se trouvait dans le bureau du professeur qui l’avait convoqué. Aria et moi pouvions voir à l’intérieur de la pièce grâce à la bouche du conduit d’aération.

Mais, nous n’avions pas d’autres choix que de coller nos deux têtes l’une contre l’autre si chacun voulait voir à travers l’ouverture.

S’il venait à avoir un contact physique entre nous deux… Aria allait très certainement piquer une crise. Pour cette raison, j’éloignai légèrement ma tête de celle d’Aria… et regardai son profil.

Son visage, qui se trouvait à quelques centimètres à peine du mien, était éclairé par la lumière qui passait à travers l’ouverture du conduit d’aération…

———Aaah.

Merde.

Elle était vraiment mignonne, pensai-je en me mordant la langue.

Cela me rendait fou de rage de l’admettre, mais son visage était vraiment très beau.

Bien proportionné comme celui d’une poupée, tout en étant riche d’émotions.

Capable de sourire, d’être triste ou concentré comme actuellement, il me saisissait à chaque fois. Ses émotions étaient aussi fortes que celles d’une jeune actrice hollywoodienne. C’était de la triche d’être aussi jolie.

– Hotogi…

La femme prononça le nom de Shirayuki à voix basse.

Professeur principal de la classe B de deuxième année et responsable du département de Dagula——— Mme Tsudsuri croisa ses jambes qui portaient de longues bottes, assise dans un fauteuil noir en cuir.

Shirayuki s’assit sur le siège qui lui faisait face et baissa légèrement les yeux.

– Dis donc, tes résultats scolaires ont pas mal baissé ces derniers temps—

Elle souffla un nuage de fumée qui s’éleva en volute. Elle portait toujours un long manteau sombre, même dans son bureau.

Celui-ci n’était pas attaché, comme les blouses blanches des scientifiques fous qu’on voit dans les mangas.

Accroché à sa taille se trouvait un étui en cuir noir, contenant un pistolet également noir, un Glock 18 (voir) .

Le professeur Tsudsugi——— était numéro 1 sur la liste des professeurs les plus dangereux.

Ses yeux étaient toujours à moitié fermés, comme si elle était sans arrêt sous l’emprise de la dogue. Quoi qu’il en soit, elle ne fumait pas les cigarettes qu’on trouvait sur le marché, la preuve en était cette forte odeur d’herbe qu’elles dégageaient. Est-ce qu’on avait vraiment le droit de fumer ça au Japon ?

De sa main couverte d’un léger gant noir en cuir, elle tapota sa cigarette (?) contre un cendrier.

– Fuu~ Bah… Après tout, les cours n’ont aucune importance—

Hé. Les professeurs n’ont pas le droit de dire ce genre de choses.

C’est pour ça que la moyenne des élèves du lycée Butei ne dépasse pas 50.

– Je——— Heu——— Hum——— … Ah oui. Le changement. C’est la raison du changement qui m’intéresse.

C’était plutôt inquiétant d’oublier un mot aussi simple, non ? Mais, il ne fallait pas se fier à son visage las. Elle était réputée pour être la meilleure de Butei dans un domaine.

Les interrogatoires.

Apparemment, elle faisait partie des cinq meilleurs du Japon.

Ses méthodes étaient inconnues, mais tout ceux qu’elle interrogeait – et même les criminels les plus déterminés – finissaient toujours par avouer ce qu’elle voulait savoir. Pour cette raison, elle était surnommée quelque chose comme la « Déesse » ou la « Reine ».

Elle secoua ses cheveux couleur de jais coupés au carré et rejeta la tête en arrière.

– Dis— Je ne vais pas y aller par quatre chemins. Hotogi, est-ce que par hasard— ce gars t’a contacté ?

– Vous voulez dire… Durandal ?

En entendant Shirayuki———

Aria fronça les sourcils.

Durandal.

Je connaissais ce nom… pour l’avoir lu dans un mail collectif.

C’était un monstre——— qui ne kidnappait que les Chôtei, ces Butei possédant des pouvoirs surnaturels.

Mais à vrai dire, cela faisait tellement longtemps que ce n’était plus qu’une simple rumeur aujourd’hui.

Après tout, personne ne l’avait jamais vu. Et puis, ces Chôtei qui avait été ou était actuellement kidnappés avaient sûrement dû disparaitre pour d’autres raisons, non ? C’était du moins ce que tout le monde pensait.

Plus personne ne croyait en l’existence de Durandal. Ce n’était qu’une légende urbaine.

– Non, il ne m’a pas contacté. Et pour ainsi dire… Même si Durandal existait bel et bien, je suis sûr qu’il s’en prendrait à un Chôtei bien plus puissant que moi…

– Hotogi— Tu devrais être un peu plus sûre de toi. Tu es le trésor de cette école, tu le sais, non— ?

– N-Non, je…

Shirayuki baissa les yeux, embarrassée.

Elle baissa les yeux, embarrassée.

– Hotogiii… Je te l’ai déjà dit de nombreuses fois, mais engage un garde du corps. J’ai reçu un rapport de Lezzad qui disait que la probabilité que Durandal s’en prenne à toi était très élevée. Et quelqu’un de SSR a prédit la même chose, non ?

– Mais… Un garde du corps… C’est…

– Quooiii ?

Tsudsuri déchira une feuille qui ressemblait à une page d’un dictionnaire japonais/anglais et l’enroula autour de ses mystérieuses herbes. Puis, elle la porta à sa bouche.

– Je… J’ai un ami d’enfance et je dois être à ses côtés pour prendre soin de lui… Si quelqu’un devait toujours me suivre partout, ce serait…

– Hotogi. Les Masters sont très inquiets pour toi. C’est bientôt le Adseard, une période pendant laquelle beaucoup d’étrangers peuvent pénétrer sur le campus. Au moins pour cette période, il te faut un puissant Butei——— comme garde du corps. C’est un ordre—

– Mais, Durandal n’existe peut-être même pas…

– C’est un ordre— ! C’est important et je te l’ai déjà dit deux fois. Ne m’oblige pas à me répéter une troisième…

Tsudsuri alluma sa cigarette et… Fuuu~

Souffla un nuage de fumée en plein sur le visage de Shirayuki.

Dis donc, Tsudsuri.

Toi, tu fais ce que tu veux, mais fait quand même attention à la santé de Shirayuki.

– Kof kof. T-Très bien. Je vais le faire.

Shirayuki hocha la tête, tout en essuyant les larmes causées par la fumée qui lui coulaient des yeux.

(…)

Avec ce que je venais d’entendre, je commençais à comprendre la raison pour laquelle Shirayuki avait été convoqué.

Shirayuki était une Chôtei susceptible d’être visée par Durandal… et apparemment, l’école l’avertissait.

Les Masters lui ordonnaient d’engager un garde du corps.

Mais jusqu’à maintenant, elle avait toujours refusé.

… Je la comprenais, le système était loin d’être fiable.

De nombreux élèves du lycée Butei recevaient des avertissements similaires de la part de l’école.

———Mais très peu d’entre d’eux étaient véritablement attaqués par la suite.

Les prédictions de SSR étaient rarement correctes et le département de Lezzad était réputé pour faire souvent des erreurs. Surtout que dans le cas présent, l’agresseur était Durandal, dont l’existence même était extrêmement floue.

En résumé———

Les Masters nous surprotégeaient.

Shirayuki était une brillante élève, la lueur d’espoir des Masters. Il ne pouvait pas ignorer une telle situation. Et même si les informations étaient plus qu’incertaines, ils sur-réagissaient et lui ordonnaient d’engager un garde du corps.

Ma pauvre Shirayuki. Ça doit être vraiment désagréable de se faire ainsi manipuler par les adultes.

Je fis la mou et, tout à coup…

Clac !

Aria…

… donna un grand coup dans l’ouverture du conduit d’aération qui s’ouvrit sous le choc.

– Mais… ! Qu’est-ce que… !

Elle me martela de violents coups de poing alors que je tentais de la retenir…

———Shlack !!

… tomba du conduit et atterrit sur le sol de la pièce, sa jupe flottant follement autour d’elle.

Shirayuki et Tsuduri la dévisagèrent avec des yeux écarquillés. Je fis de même.

Mais au fait, je n’avais pas pu voir de là où je me trouvais, mais avec un tel mouvement, elle avait du découvrir ce qu’il y a avait sous sa jupe, pas vrai ? Non, de toute façon, il n’y avait rien à voir.

« … Je vais être ton garde du corps ! »

Quand Aria fit cette déclaration, je fus si surpris que je…

Bambambam.

– Woouuaah !?

Pam.

Je tombai du conduit, droit sur Aria.

– Arg !?

– Kya !?

Écrasée sous mon poids, elle me repoussa violemment sur le côté.

– Ki-Ki-Ki-Kinji ! Ne fous pas n’importe où ton débile de visage !

Alors qu’elle s’égosillait, écarlate, Tsudsuri la saisit par l’arrière de son col et la souleva.

Et au moment où je réussis à me remettre debout——— elle m’attrapa par le cou et… Vlam ! Pampam.

Me jeta avec Aria contre le mur.

Pas la peine d’y aller aussi fort, Tsudsuri.

– Hum~ ? Qu’est-ce que c’est que ça ?

Tsudsuri s’agenouilla devant nous et nous dévisagea tour à tour.

– Et bien, et bien… Ça ne serait pas le couple du détournement de l’avion ?

Fuu~ Elle nous souffla la fumée de sa cigarette sur le visage. Kof kof. Puis, un mince sourire sur les lèvres, elle pencha la tête sur le côté et leva les yeux vers le plafond. Ah… Son attitude… fait vraiment flipper…

… Et puis, comment ça le « couple » ?

– Toi, tu es Aria H. Kanzaki——— Tes armes sont deux Governments et deux kodachi. Tu es surnommé la « Quadra » et tu es une Butei de rang S qui travaille en Europe. Cependant——— d’après les rapports, tu travailles toujours en solo au centre Butei de Londres. Parce que tu es incapable de travailler avec les gens. Quelle idiote~

Tsudsuri saisit une des couettes d’Aria et l’examina de près, tout en continuant de faire soigneusement sa description.

– V-Vous me faites mal. Et je ne suis pas une idiote ! Les nobles ne font juste pas étalage de leur talent. Si quelqu’un déclare que mes accomplissements sont les siens, je le laisse faire, c’est tout !

Nullement intimidée par l’étrange Tsuduri, Aria répondit en dévoilant ses canines.

– Vraiment— Quel gâchis. Je suis contente d’être née prolétaire— Quant à tes points faibles… Ah oui, tu ne sais pas na…

– AAAAHH——— !

Aria se mit à hurler de toutes ses forces en agitant les bras, couvrant la fin de la phrase de Tsudsuri.

Elle était devenue écarlate et sa bouche s’ouvrait et se fermait sans qu’elle ne dise rien de cohérent.

Na… Quoi ?

– C’est faux ! Ce n’est pas un point faible ! J’ai juste besoin d’un gilet de sauvetage !

Je vois.

Elle vient de se dénoncer elle-même.

Shirayuki, sous le choc de ce qui venait de se produire, ne semblait pas avoir compris, mais ce n’était pas mon cas.

Aria ne savait pas——— nager.

Haha ! J’ai appris quelque chose d’utile aujourd’hui.

Good job, Tsudsuri !

– Quant à toi———

Alors que j’étais en train d’imaginer avec délice Aria se noyer dans un bassin pour enfant, Tsudsuri lâcha Aria qu’elle semblait maintenant ignorer et se tourna vers moi.

– Tu es Kinji Tôyama.

– Ah… Je vous assure que je ne voulais pas venir ici, c’est elle qui m’a…

– Plutôt insociable, tu as tendance à créer une certaine distance entre toi et les autres.

Apparemment, elle connaissait toutes les données des étudiants sur le bout des doigts et parlait au fur et à mesure qu’elles lui revenaient en mémoire.

– … Cependant, beaucoup d’élèves d’Assault te considèrent avec respect et pensent de toi que tu es un garçon au fort potentiel et au grand charisme. Quant à tes missions… Tu as retrouvé un chat à Aomi et tu as empêché le détournement du vol ANA600… n’est-ce pas ? Attends, les deux ne sont pas un peu extrêmes ?

– Ne me posez pas de questions.

– Ton arme… est un Beretta M92F illégalement modifié.

Gloups.

– Surnommé le Kinji Model, il peut tirer jusqu’à trois balles en rafale et est équipé d’un automatique, n’est-ce pas ?

– Ah— Non, c’est… Il a été cassé pendant le détournement. Maintenant, j’utilise un pistolet de l’armée américaine que j’ai acheté pour pas cher. Et qui est légal, évidemment.

– Héhé—— Mais tu as déjà contacté Amdo pour qu’ils te le modifient, non ?

Scchh~

– Waaah !

Tsudsuri – dont le visage semblait partagé entre le rire et la colère – avait posé le bout de sa cigarette sur ma main !

J’y crois pas… Cela avait été si court que je n’aurais probablement pas de cicatrice, mais un professeur prêt à brûler un étudiant…

Et puis merde ! Comment faisait-elle pour être au courant de tout ?

– Donc—— ? Qu’est-ce que tu voulais dire par « être ton garde du corps » ?

Aria se leva, faisant face sans peur à la femme aux cheveux noirs coupés courts.

– Exactement ce que j’ai dis. Je vais devenir le garde du corps de Shirayuki, gratuitement et vingt-quatre heures sur vingt-quatre !

– H-Hé, Aria…

Pourquoi voulait-elle à ce point devenir son garde du corps ?

Après tout, c’était Shirayuki qui l’attaquait sans arrêt.

Je lui lançai un regard interrogateur qui n’ébranla nullement sa résolution.

– … Hotogi. Je ne sais pas trop pourquoi, mais on dirait bien qu’un Butei de rang S offre de te protéger gratuitement.

Tsudsuri tira sur les manches de son manteau noir et se tourna vers Shirayuki.

– Ce… C’est hors de question ! Passer mes journées entières avec Aria, ça serait trop horrible !

Aria leva ses sourcils, puis eut la réaction que j’attendais.

– Accepte-moi comme garde du corps ou je tire sur ce gars——— !

Vlam !

Elle tira de sous sa jupe écarlate son Governement blanc et posa le canon sur ma tempe.

Hé ! Héé ! Article 9 ! Article 9 de la loi de Butei !

Les Butei ne doivent pas tuer, souviens-toi Aria !

– Ki… Kin-chan…

Paniquée, Shirayuki posa ses deux mains sur sa bouche.

Aria eut un petit sourire féroce, comme si tout se produisait comme elle l’avait prévu.

– Pfffiuu~ Je vois— Ça c’est de la relation humaine ! Donc ? Qu’est-ce que tu comptes faire, Shirayuki ?

Tsudsuri regardait la scène sans intervenir, visiblement amusée.

J’y crois pas.

Elle devrait au moins obliger Aria à décoller ce pistolet de ma tête.

– J-Je… J’ai une condition !

Shirayuki relâcha ses bras, ferma les yeux de toutes ses forces. Puis cria :

– Kin-chan doit devenir mon garde du corps ! Vingt-quatre heures sur vingt-quatre !

La voix larmoyante de Shirayuki résonna dans le bureau de Tsudsuri.

– M-Moi… Moi aussi je veux vivre avec Kin-chan !

Mon âme…

Fuuuuh~

S’éleva de mon corps sans vie.

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