HP9999999999 – Chapitre 9

“Kyaaa… !”

“Whoa là, c’était limite…”

Ma main droite parvient à soutenir Rina, alors même que les effets du tremblement de terre sont sur le point de la faire tomber.

“Vraiment, maintenant, ce village doit être à court de chance. Être attaqué par des bandits est une chose, mais être victime d’un tremblement de terre bizarre juste après, c’est une autre paire de manches.

Bien sûr, je m’assure de le dire exprès. Si j’avais voulu envoyer un tremblement de terre encore plus important, j’aurais pu le faire, mais j’ai le sentiment que si j’en fais trop, cela pourrait avoir un impact négatif sur la diffusion de mes bonnes actions. La seule chose dont je dois me soucier, c’est qu’ils ne comprennent pas que ce tremblement de terre est en fait de ma faute, mais je ne pense pas que quelqu’un le sache de sitôt. Et bien, je l’espère…

“Ah ! Je… Je suis terriblement désolée ! Je vous ai touché sans permission, Maître !”

Presque en synchronisation avec les tremblements de terre, Rina tombe au sol et se prosterne devant moi à la vitesse de la lumière. Je suis, à juste titre, surpris par ses actions.

“Vous pouvez me battre comme bon vous semble, cela ne me dérange pas. Utilisez moi juste pour calmer votre colère !”

“… Pas besoin de cela. C’est moi qui t’ai touché en premier après tout. Je n’ai pas non plus de problème à être touché. Alors s’il te plaît, il n’y a vraiment pas besoin de se prosterner.”

Donc, le foyer dont elle faisait partie n’avait pas apprécié qu’elle les touche de manière injustifiée, n’est-ce pas ? Tout cela mis à part, il est de plus en plus évident que ce genre de comportement soumis est devenu plus un instinct qu’une habitude.

Je m’accroupis devant elle, ce qui rapproche mon champ de vision du sien.

“Je ne suis pas comme tes anciens maîtres. Rassure-toi, je crois vraiment que je devrais donner la priorité à tes propres souhaits plutôt qu’aux miens.”

“Mes… souhaits ?”

“En effet. Que veux-tu faire à partir de maintenant ? Si tu souhaites la liberté, alors je serais plus qu’heureux de te libérer.”

“Je… Me dire quelque chose comme ça est une chose, mais…”

Le visage de Rina s’agite dans la confusion. J’ai le sentiment que Rina, privée de sa liberté depuis aussi longtemps qu’elle l’a été, n’a même pas pensé à ce qu’elle ferait si ce jour arrivait.

Je lui donne un peu de temps pour réfléchir, puis je m’élève à nouveau de toute ma stature.

“Très bien, je te laisse sous ma garde. Jusqu’à ce que tu sois certaine de ce que tu veux faire de ta vie, je m’assurerai de prendre soin de toi.”

“Merci… Merci… Tellement…”

La jeune fille répond avec son ton invariable, presque mécanique. Non pas que je puisse la blâmer cette fois-ci ; il n’y a pas grand chose de bon à attendre lorsque le Grand Roi s’approche de vous, humain ordinaire, et vous emmène dans sa demeure. Il se peut que je doive prendre des mesures préventives…

“Mais avant de pouvoir commencer avec ça…”

Je lève ma main droite et la tient au-dessus de la tête de Rina. Ses épaules tremblent légèrement lorsqu’elle réagit.

“Incantation : Guérison toute puissante !”

Pratiquement au même moment où je jette le sort, les cicatrices qui jonchent son corps tout entier commencent à s’effacer, guérissant sous ses yeux.

“Quoi… ?”

Les yeux ronds et grands ouverts, Rina se déplace pour exposer à nouveau cette partie de son épaule. Il va sans dire que ses cicatrices disparaissent complètement, ne laissant pas la moindre trace derrière elles.

“Peu importe combien de fois j’ai essayé de traiter ces cicatrices, elles ne se sont jamais effacées… Mais maintenant… En un seul instant…”

“C’est une bêtise pour quelqu’un comme moi. Vous êtes une jeune fille, n’est-ce pas ? Vous devriez chérir votre propre corps.”

A peine ai-je fini mon discours qu’elle se met à pleurer, les larmes coulant à flots.

“Merci beaucoup… Cela me rend si heureuse. Merci… beaucoup… !”

Sa voix, en fort contraste avec le ton robotique sans émotion qu’elle avait utilisé quelques instants plus tôt, transporte maintenant un air nouveau qui affirme qu’elle est heureuse, heureuse de tout son cœur.

“J-Juste comment pourrais-je jamais arriver à rembourser une telle dette… ?!”

“Pas besoin de ça. Ton bonheur est tout ce que je pouvais demander.”

Très bien alors, et maintenant ? Je suppose que la meilleure solution serait d’utiliser la téléportation pour nous transporter tous les deux dans ma chambre à coucher. Là-bas, elle aura peut-être une grande chance de n’être découverte par aucun démon.

“Rina, écoute. Je ne dis pas que je me fiche de l’endroit où tu le fais, mais tu dois toucher mon corps.”

L’effet du sort de téléportation ne s’étend, après tout, qu’à moi et à tout ce avec quoi je suis en contact.

“T”, ça ne ferait pas l’affaire ! Je suis bien trop impressionnée pour envisager de vous toucher, Sire !”

“…”

Très bien, ça suffit. On ne peut pas aider. Je tape ma main sur l’épaule de Rina.

“Incantation” : Téléportation !”

En lançant le sort, nous nous retrouvons tous les deux dans le château du Grand Roi – encore une fois, en plein milieu de ma chambre à coucher. Complètement et totalement perplexe, Rina regarde la pièce avec inquiétude, ses yeux se promenant dans tous les coins et recoins.

“Où est ce… ?”

“Mes chambres à coucher. Mon sort nous a permis de nous rendre dans ma chambre en un clin d’œil. Je m’excuse si je vous ai fait peur.”

“Vous avez sûrement beaucoup de sorts sous la main…”

“Je suppose que oui…”

Cela me rappelle ce que je fais dans la grande salle lorsque je suis parti ? La question de la qualité m’intéresse. Après tout, je n’avais laissé qu’un mannequin de substitution à ma place et j’étais parti seul. J’espère qu’Anri n’a pas encore compris…

En tout cas, j’ai fait appel à Clairvoyance pour jeter un coup d’oeil aux affaires de la grande salle.

“…Qu’est-ce que…”

Le spectacle qui se déroule devant mes yeux réussit à faire sortir un cri de surprise de mes poumons. Des démons venus de tous les coins du château s’étaient rassemblés dans la salle, et au milieu d’eux se tenait Anri, prête à se fourrer la tête dans la boucle d’une longue corde reliée au plafond.

Mais qu’est-ce que c’est que ça ? Une sorte de show suicide ?! Comment s’est arrivé ? ! Pour l’amour de Dieu, je dois me dépêcher de l’arrêter avant… !

“Rina, je vais prendre congé immédiatement ! Ne fais pas un seul pas hors de cette pièce avant que je ne revienne ! Je suis sérieux ! Ce n’est pas une sorte de comédie du Dachou Club*, d’accord ? !”

(ndt :Dachou Club : Un trio de comédiens assez connu au Japon.) 

“C’est quoi un ‘Dachou Club’… ?”

“Désolé, oublie ce que je viens de dire. Ne quitte pas cette pièce, d’accord ? !”

“Je… comprends. Si mon maître le commande, alors j’obéirai.”

Sérieusement, j’aimerais vraiment qu’elle arrête de m’appeler comme ça. Mais je n’ai pas le temps de m’inquiéter pour ça maintenant ! Je lance la téléportation et je quitte ma chambre.

“Yuuto-sama… Je m’excuse humblement de l’incompétence de vos serviteurs. Je vous aime…”

Anri laisse couler une seule larme sur sa joue. Puis, alors qu’elle s’apprête à passer sa tête au travers de la boucle –

“Je suis là !”

Mon sort de téléportation me matérialise au milieu de la grande salle. Je coupe la corde à main nue, la déchiquette en morceaux, puis je rattrape le corps d’Anri qui tombe au sol avant d’y atterrir moi-même.

Je l’ai fait… En un rien de temps, aussi !

“C’est Yuuto-sama !”

“Yuuto-sama est revenu à la maison !”

Au même moment, les masses de démons rassemblées dans la grande salle éclatent dans des acclamations de pure joie.

“Yuuto-sama… Vous êtes vraiment revenu chez nous, n’est-ce pas… ?!”

Les joues d’Anri deviennent rouges comme une betterave quand elle me pose sa question. On dirait bien qu’ils ont compris que je suis sorti du château. J’aurais dû savoir qu’un plan aussi enfantin ne tiendrait pas la route en temps normal…

“Peu importe, Anri. Pourquoi agis-tu ainsi ? Et pourquoi les autres restent là à te regarder ? Ils n’ont même pas levé le petit doigt.”

“On est vraiment désolés ! Nous avons essayé à maintes reprises de l’arrêter, mais peu importe le nombre de fois où nous avons essayé de l’en dissuader, elle ne voulait tout simplement pas écouter…”

Un des démons est assez gentil pour répondre. Eh bien, Anri est la deuxième personne à commander après moi. Je suppose qu’il n’est pas facile de persuader quelqu’un qui vous dépasse de faire quoi que ce soit…

“Anri, explique-toi.”

“T- Tout de suite”. Quand j’ai remarqué que vous aviez disparu, Yuuto-sama, j’ai fait appel à toutes les forces de votre armée, je les ai un peu énervé, et je les ai fait vous rechercher.”

Sérieusement, tu es allé aussi loin ? !

“Mais peu importe à quel point nous avons cherché, nous ne pouvions pas vous trouver… C’est alors que j’ai réalisé la vérité. J’ai réalisé que vous vous étiez impatienté par ma faute  et que vous aviez quitté le château.”

C’est la première chose à laquelle tu as pensé ? ! Même le pire des persécutions n’est pas aussi terrible !

“Avec vous parti de ma vie, il n’y avait plus de raison de continuer à vivre. C’est alors que je suis devenue totalement déterminée à mettre fin à ma propre vie ici et maintenant.”

Ses motifs quelque peu douteux mis à part… C’est vraiment de ma faute si elle est allée aussi loin, n’est-ce pas… ?

“Quand as-tu remarqué que j’avais quitté le hall ?”

“Je l’ai remarqué à la minute où vous avez utilisé cette poupée pour vous remplacer, Yuuto-sama. Cette poupée ne sent pas comme vous.”

Sérieusement, l’odeur t’a mise la puce à l’oreille ? ! On dirait que je n’accorde pas assez de mérite à Anri…

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