Iris on Rainy Days – Chapitre 4

Lettres :

« Iris, je t’aime plus que tout au monde. » (Wendy von Umbrella)

Un robot incontrôlable abattu par l’armée

(Édition du soir du « Daily Ovale » en date du 10 août)

Un incident impliquant une vaste évasion de robots s’est produit tard dans la nuit d’hier dans un chantier de la société RL Composite Construction. L’armée a été dépêchée sur place et a réussi à mettre un terme à l’escapade des robots fugitifs.

Un immense robot dans les environs d’Ovale a par ailleurs été neutralisé lors de l’opération. Selon nos informations, il se trouve que c’était un robot militaire de la série « F-110 » qui avait pris part aux guerres du nord au sein d’une unité du bataillon Mech appelée « Ouroboros ».

Contactée par nos soins, la direction de RL s’est refusée à tout commentaire quant à l’utilisation d’un robot militaire dans son chantier. Par ailleurs, le Ministère de la Défense et le constructeur robot, la société Galosh, qui ont pris part au développement de la série « F-110 » vont devoir rendre des comptes auprès de la justice sur cette affaire.

[…]

Les morceaux de papier retrouvés sur la scène provenaient d’un livre pour enfants

(Édition du « Daily Ovale » en date du 14 août)

Le service presse du Ministère de la Défense s’est fendu hier d’un communiqué officiel sur la vaste évasion de robots qui s’est produit le 9 août dernier dans un chantier de la société RL.

Pour rappel, après l’explosion de l’imposant robot de la série « F-110 » qui avait résisté jusqu’au bout, de grandes quantités de papier se sont retrouvées éparpillées sur la scène. Plusieurs citoyens avaient fait part de leur inquiétude sur le sujet, et le communiqué du Ministère de la Défense vient répondre à cette question.

Ils provenaient d’un certain nombre de livres. Les enquêteurs ont pu confirmer que les morceaux de papier brûlé retrouvés sur place provenaient d’une série de livres pour enfants, « Visa Darke, le dieu maléfique du dimanche» (série en huit volumes, Éditions Highcut), écrite par Sandy Windbell.

L’enquête tente toujours d’établir le lien entre ces livres et l’évasion des robots.

La robotique moderne n°35 « La mort d’un certain robot »

(Supplément du « Daily Ovale » en date du 16 août)

Cela s’est produit dans la matinée du 10 août.

Sur la Place de la Fontaine Vénus, devant la gare d’Ovale, un homme qui fumait une cigarette cerceau en attendant son train fut témoin d’une scène pour le moins étrange.

Un robot était étendu devant la statue de la déesse.

Jusque-là, rien d’extraordinaire me direz-vous, mais la particularité de cet incident réside dans les actions de ce robot.

Il n’avait plus que le haut de son corps, la partie basse semblant avoir été sectionnée par une bombe. Par ailleurs, seule sa tête et son bras droit étaient encore liés à son corps.

Qui plus est, ce robot avait rampé en utilisant son seul bras valide le long de la rue commerçante jusqu’à la statue de la déesse. Il lui fallut une dizaine de minutes pour parcourir une centaine de mètres, et une fois avoir atteint sa destination, il plaça un objet au pied de la statue. C’était un étui à cigarette de couleur argenté. Puis, le robot se mit à marmonner en direction de la statue comme s’il parlait avec elle. Finalement, ses batteries étant tombées à plat, il s’arrêta.

Après avoir eu connaissance de cet incident, je me suis rappelée d’un cours du prestigieux Professeur Umbrella, une sommité dans le domaine de la robotique morte dans un accident en mai dernier. Le professeur attirait l’attention sur le fait que les « hallucinations » dont sont parfois sujets les robots pourraient être les premiers symptômes annonciateurs de la folie. Il est possible que ces hallucinations naissent de la forte volonté du robot de retrouver son bien-aimé propriétaire.

Peu après la mort du professeur, même si rien n’a pu l’étayer, je reste sous le charme de cette théorie. Est-ce que ce robot s’est rendu jusqu’à la Place de la Fontaine à cause d’hallucinations lors de ses derniers instants ? Si le professeur Umbrella était toujours en vie, j’aurais vraiment voulu pouvoir lui demander son avis sur la question.

[…]

Après avoir contacté la filiale d’Ovale du Département d’Encadrement des Robots, il semblerait que les débris du robot aient déjà été mis à la casse.

Karen Cloudy

Lettre du Professeur Umbrella

Lettre du Professeur Umbrella retrouvée dans ses affaires après sa mort.

Chère Iris,

Si tu lis cette lettre, cela veut dire que je ne suis plus de ce monde.

… Cette façon prétentieuse d’écrire semble tout droit sortie d’une série télé, alors j’ai un peu honte de moi.

Cela fut vraiment difficile pour moi de t’écrire cette lettre.

Malheureusement, te le dire en face m’est trop difficile (le fait est que c’est bien trop gênant à dire), alors je préfère te le dire par écrit.

Commençons par le commencement.

En réalité, ce n’est pas moi qui t’ai créée.

Je t’ai un jour expliquée t’avoir fabriquée il y a trois ans, mais c’était en fait un mensonge.

Pardonne-moi.

Cependant, il y avait une raison à cela.

Il y a trois ans, je t’ai rencontrée.

Ce soir-là, je rentrais chez moi, et j’avais aperçu un robot inconnu sous l’arche à l’entrée de ma maison.

Ce robot, c’était toi, Iris.

La première fois que je t’ai vue, tu ressemblais à un robot qui venait d’être recyclé. Ton bras droit et ta jambe gauche étaient dans un piteux état, des fils et des circuits sortaient de ton ventre, et presque toute ta peau artificielle avait été arrachée.

Au début, je voulais simplement faire comme si je ne t’avais pas vue.

Ton apparence me mettait vraiment mal à l’aise, et si tu te trouvais là, c’était vraisemblablement parce que tu avais été illégalement jetée ici. Ce genre de choses arrivait de plus en plus souvent à cette époque-là. J’avais l’intention d’appeler le Département d’Encadrement des Robots pour qu’ils se chargent de toi.

Mais au moment où j’allais passer sous l’arche, tu as dit ça :

« Grande sœur… »

J’étais abasourdie.

À l’époque, cela faisait six mois que ma sœur était morte.

Et ta voix ressemblait tellement à celle de ma sœur Iris.

Non, quand j’y repense, c’est sûrement sous le coup de l’émotion. Après avoir perdu ma sœur, je me sentais vraiment seule, et il m’arrivait de fondre en larmes en repensant à elle.

En tous les cas, ce jour-là, j’ai cru voir en toi ma sœur roulée en boule comme un chaton mort de froid.

Quand j’ai repris mes esprits, j’étais déjà en train de mettre mon parapluie au-dessus de toi. Je ne pouvais pas laisser ton corps plus longtemps sous la pluie.

Ensuite, je t’ai transportée jusque dans la maison. Je sentais que ton corps était vraiment très léger quand je t’ai portée sur mon dos, mais c’est sûrement parce que tu avais perdu beaucoup de composants. Tes circuits principaux ne fonctionnaient plus du tout, et les marques que tu avais au niveau de l’abdomen semblaient provenir d’un choc avec une voiture. Les dégâts de tes circuits mentaux étaient particulièrement importants, et les données qu’ils contenaient ne pouvaient plus être lues (c’est pour ça que tu ne te souviens plus de ton passé).

Après t’avoir réparée, je t’ai baptisée « Iris », et je t’ai donnée l’apparence de ma sœur. Et j’avais une bonne raison à cela.

Comme tu le sais bien, il existe un système de déclaration des robots dans ce pays. Du fait de la réglementation en vigueur, les propriétaires des robots ne peuvent en assumer la responsabilité et les droits qu’une fois avoir procédé à leur déclaration auprès du Département d’Encadrement des Robots. Autrement dit, c’est un système d’accueil des robots.

Bien sûr, j’ai cherché à retrouver la personne à qui tu étais déclarée. C’est comme ça que j’ai trouvé le nom de ton propriétaire.

Cette personne semblait être assez riche. C’est pour ça que tes circuits mentaux et certaines pièces de ton corps étaient d’une grande valeur. Mais, en même temps — je ne sais pas vraiment si je devrais écrire ça, mais je pense que tu as le droit de connaître la vérité, alors j’ai décidé de tout te raconter.

Quand je t’ai trouvée, tu avais d’innombrables traces de maltraitances. Ton corps était parsemé de blessures qui semblaient provenir d’objets contendants ou tranchants. J’en suis donc venue à penser que ton propriétaire devait être très cruel et fou. Je tremble rien que de repenser à tes blessures. C’est la raison pour laquelle j’opère à un contrôle précis de ta peau lors de ta maintenance. Au bout d’un certain temps, tes « anciennes blessures » finissent par refaire surface. C’est un phénomène sans précédent dans l’ingénierie robotique, et je cherche toujours la raison pour laquelle cela arrive.

Ainsi, j’ai utilisé le système de « déclaration de propriété ». Tant que le propriétaire est en vie, un robot qui ressemble à un parent décédé ne peut faire l’objet d’une saisie ou d’une vente aux enchères. J’ai donc profité de failles dans la loi afin qu’ils ne puissent s’en prendre à toi, et aussi pour que tu sois rayée des fichiers de la police.

Pour toi, le fait que tu aies l’apparence de ma sœur te rend heureuse. Mais devoir remplacer ma sœur décédée te cause sûrement du souci aussi.

Mais je te demande de me croire. Je ne t’ai jamais vue comme un substitut de ma sœur. C’est la vérité. Pour moi, tu es la seule et unique Iris de ce monde.

Cette lettre commence à devenir longue, mais il me reste encore quelque chose à te dire.

Jusqu’ici, je t’ai toujours dit que ma sœur était morte dans un accident avec un camion. Mais là encore, c’était un mensonge.

En vérité, la voiture où nous nous trouvions n’était pas entrée en collision avec un camion, mais avec un robot qui était devenu incontrôlable. Et c’est comme ça que ma sœur qui était assise à côté de moi mourut.

C’est également pour cette raison que je me suis mise corps et âme dans la recherche sur les robots qui deviennent incontrôlables et dans la médecine légale. Afin qu’il n’y ait plus jamais d’autres victimes comme ma sœur, je voulais contribuer en tant que chercheuse.

Si je t’écris cette lettre aujourd’hui, c’est aussi parce que ce genre de recherches n’est pas sans risques, je ne peux prédire quel genre d’accident pourrait m’arriver. Bien sûr, nous prenons beaucoup de précautions lors des autopsies, mais aucun système n’est infaillible. C’est pour cette raison que je t’écris ce testament juste au cas où — cette lettre qui t’est destinée.

Au sujet du cadeau que je veux te donner.

Je pense que tu le sais déjà, mais en marge de mes recherches, j’aide les robots abandonnés sur le trottoir, c’est un but de toute une vie que je me suis fixée.

J’ai commencé à le faire après t’avoir rencontrée. Avant ça, je faisais comme si je ne les voyais pas. Après avoir perdu ma sœur, je ne m’approchais plus des robots dès que je n’étais plus au travail.

Mais les choses ont changé après notre rencontre. À chaque fois que je tombais sur un robot abandonné, cela me rappelait toi. C’est pour ça que je n’ai pas pu m’empêcher de les aider.

C’est la façon de vivre que j’ai choisie après t’avoir rencontrée, après t’avoir sauvée.

Ma chère Iris, j’ai préparé ce petit cadeau pour toi.

Il se trouve que ton corps ne pourra pas tenir très longtemps. Je pense que les blessures et contusions qui apparaissent sur ton corps ne feront qu’empirer avec le temps.

Et donc, je t’ai préparé un corps de rechange. Le jour viendra où tu pourras changer de corps. Que tu puisses vivre éternellement heureuse, tel est mon plus grand souhait.

Mis à part la maintenance ou les réparations, tu peux aussi demander à mon collègue, Ralph Ciel, si tu as des questions.

C’est quelqu’un sur qui on peut compter, alors il pourra t’aider.

À l’heure où j’écris ces lignes, une petite bruine s’est mise à tomber dehors.

Tout comme le jour où je t’ai rencontrée, c’est un jour froid et pluvieux.

Ma rencontre avec toi — Iris — en ce jour de pluie est je pense la volonté de la statue de la déesse.

C’est vrai, tu as toujours dit que je ressemblais à la statue de la déesse.

Qu’une statue de déesse se mette à fumer une cigarette cerceau serait sûrement une idée amusante.

On s’amusera à lui jouer un tour la prochaine fois, comme accrocher un étui à cigarette cerceau autour du cou de la statue de la déesse. Mais à quel genre de punition divine aurons-nous droit ? — je sais, ce n’est pas très rationnel comme façon de penser.

Sur ce, je vais m’arrêter là.

Pardonne-moi, j’ai beaucoup pleuré, au point de mouiller le papier.

Je te promets d’aller voir un film avec toi demain. Vu que ce sera un film d’horreur, tu vas sûrement faire la tête. Hi hi hi, j’attends ça avec impatience.

Et pour terminer.

Iris, je t’aime plus que tout au monde.

Wendy von Umbrella

Tentative de redémarrage de Ralph Ciel

En voyant le magnifique corps de jeune fille étendu sur le lit, Ralph soupira.

Il s’est passé beaucoup de temps.

Il y a trois mois jour pour jour, il avait appelé la jeune fille pour lui apprendre la terrible nouvelle. Maintenant, il avait l’impression que cela faisait des années.

Les débris d’un robot à qui il ne restait que la tête et le bras droit étaient rangés dans une boîte transparente dans un coin du laboratoire. Pour les recycler, il avait posé de longues vacances, pour pouvoir se déplacer librement. Du coup, quelques jours auparavant, il avait fini par trouver les circuits mentaux qui étaient semble-t-il le lien vital d’un robot.

Exténué, il avait enfin terminé les dernières vérifications. Puis, il enclencha le bouton de l’alimentation.

Après un grésillement, la poitrine de la jeune fille se mit à palpiter violemment, avant de retourner à son état original.

Ralph continuait d’observer la scène devant lui.

Cette personne était vraiment un génie.

Une légère rougeur commença à émerger sur le visage blanc de la jeune fille. Avec ce genre de détails, ce robot était décidément d’excellente facture.

— Mnn…

Enfin, la jeune fille avait émis un léger bruit.

Ralph se leva de sa chaise, avant de s’approcher du lit. La jeune fille ouvrit lentement les yeux, et une lueur vive se réfléchit dans ses yeux bleus. Même si ce n’était pas la même couleur, ses profonds yeux rappelaient le défunt Professeur Umbrella à Ralph. Le robot avait été doté de l’apparence de sa sœur, alors c’était parfaitement compréhensible.

Pour lui, l’existence d’une femme comme Umbrella était très importante. Ralph avait fini par le comprendre après sa mort. Il était entré au centre de recherches à l’âge de quinze ans, et l’y avait rencontrée. Umbrella était son professeur, et également une magnifique fleur qu’il ne pouvait qu’observer de loin. Quand elle l’eut choisi comme assistant, il se disait que la vie était belle, et se mit même à croire en Dieu.

Malheureusement, bien que Ralph ressentait des choses pour elle, il garda ses sentiments enfouis dans son cœur jusqu’à la dernière seconde. C’était parce qu’il voyait bien que sa silhouette ne se reflétait pas dans ses pupilles ambres. La seule personne dans ses yeux était la jeune fille — de numéro d’identification HRM021-α.

— Pro… fesseur ?

La jeune fille s’assit sur le lit froid, en murmurant doucement.

Maintenant que la jeune fille s’est réveillée, que me reste-t-il ? se demandait Ralph. Cependant, la réponse était évidente. Ralph aimait le Professeur Umbrella, et la respectait du plus profond de son cœur. C’est pour cette raison qu’il n’avait pu se résoudre à abandonner la jeune fille que le Professeur aimait tant.

— Tu comprends ce que je dis ? demanda Ralph d’une voix calme et grave.

La jeune fille ouvrit lentement ses lèvres roses, tout en prononçant un petit « Oui… » En entendant sa voix mélodieuse, Ralph ne put s’empêcher de penser qu’elle ressemblait à celle du Professeur Umbrella.

— Les circuits de contrôle des mouvements sont toujours en cours de démarrage. Tu pourras bouger d’ici trente minutes, alors patiente jusque-là.

La jeune fille cligna des yeux tout en acquiesçant lentement.

Puis, elle dit calmement :

— La pluie… s’est arrêtée…

Quand son corps fut en mesure de bouger, la jeune fille souleva son buste du lit et demanda :

— Que… fais-je ici ?

La jeune fille fixa Ralph avec ses profondes pupilles bleus.

C’est à ce moment que Ralph réalisa. Contrairement à la dernière fois où ils s’étaient rencontrés, la couleur de ses yeux avait légèrement changé. Les pupilles de la jeune fille étaient passés d’un vibrant bleu ciel à un profond bleu foncé, ils étaient aussi beaux que le bleu du ciel après un ouragan.

— Regarde ça d’abord.

Ralph tendit un miroir à la fille. La fille se regarda dedans, avec une expression perplexe. Les cheveux bordeaux qui lui tombaient sur ses épaules, la peau blanche, les yeux bleus — le miroir reflétait la silhouette de la fille de quinze ans qu’était Iris Rain Umbrella.

— Maintenant, laisse-moi tout t’expliquer, dit Ralph tout en déplaçant une chaise à côté de la jeune fille.

Puis, il se mit à lui expliquer lentement tout ce qui s’était passé depuis.

Après la mort du Professeur, on avait ordonné à Ralph de faire le tri dans les affaires du Professeur. Et c’est comme ça qu’il était tombé sur son testament parmi la grande pile de papiers et livres qu’il restait au centre de recherches. Pour être précis, ce n’était qu’un brouillon, il semblait ne pas être terminé et il n’y avait pas d’enveloppe. Cela s’était passé trois jours après la mort du Professeur.

C’est à ce moment-là qu’il réalisa qu’elle était destinée à Iris et avait alors immédiatement contacté le manoir Umbrella, mais elle avait déjà été récupérée par le Département d’Encadrement des Robots. Ralph n’aurait jamais cru qu’ils allaient passer à l’action si rapidement, et tout cela le rendait vraiment nerveux.

Ralph se mit immédiatement à la recherche d’Iris. Hélas, le Département d’Encadrement des Robots refusa de lui communiquer la moindre information à son sujet, en arguant des impératifs de confidentialité. Au final, il ne parvint pas à retrouver Iris, qui avait été désassemblée.

Trois mois après la mort du Professeur, Ralph qui avait plus ou moins baissé les bras avait soudain appris une étrange nouvelle. Quelqu’un avait retrouvé un robot à la Place de la Fontaine Vénus, et il avait donné un étui à cigarette cerceau à la statue de la déesse. C’était son amie journaliste Karen Cloudy qui lui en avait parlé.

En se remémorant le contenu du testament du Professeur, l’intuition de Ralph le poussa à se mettre à la recherche du robot en question. Enfin, grâce à son pouvoir de persuasion — et bien sûr, un petit pot de vin ayant bien aidé — il parvint à déplacer les débris du robot en prétendant s’en débarrasser. En voyant la photo du Professeur et d’Iris collée dans l’étui à cigarette, Ralph avait compris que son intuition ne l’avait pas trompé.

Ainsi, il avait enfin pu mettre la main sur le corps d’Iris. Le fait qu’il ait pu si rapidement terminer la maintenance était dû au corps de rechange qu’avait fabriqué le Professeur pour Iris.

— … Voici le testament du Professeur.

Ralph lui tendit la lettre qui était conservée dans une enveloppe bleue. Elle s’en saisit en tremblant, et commença à lire la lettre qui commençait par « Chère Iris ».

Après quelques temps, Ralph continua :

— … Les biens du Professeur Umbrella sont à toi maintenant. Cependant, les robots n’ont pas le droit de posséder quoi que ce soit aux yeux de la loi, alors la propriété va revenir au Laboratoire Principal de l’Université d’Ovale. Et aussi…

En entendant ses mots, Iris se contenta d’acquiescer silencieusement.

Elle se mit à sangloter, et des larmes coulèrent sur le testament dans ses mains. En voyant ses yeux bleus emplis de larmes, Ralph se dit qu’ils étaient vraiment beaux.

— Ah, c’est vrai. Attends une seconde.

Après ça, Ralph se leva de son siège.

Quand il revint cinq minutes plus tard, Iris s’était déjà levée du lit, et était adossée contre le mur tout en portant un vêtement blanc qui ressemblait à des rideaux. Une boîte transparente d’environ un mètre de large se tenait devant elle, et contenait les débris d’un robot — son « précédent corps », celui à qui il ne restait qu’une tête et un bras droit, un corps qui n’était plus qu’un tas de ferraille.

— Est-ce que… je peux le toucher ? demanda-t-elle à Ralph de façon hésitante.

Ralph appuya sur le bouton, ce qui ouvrit la boîte transparente, et dit :

— Hum, bien sûr.

Comme si elle réconfortait un bébé endormi, Iris caressa la joue du robot. Puis, elle se baissa et serra doucement le corps du robot contre elle avant de dire :

— Merci pour tout…

Des larmes coulèrent le long de son beau visage, et perlèrent sur le buste du robot.

Ralph la regardait silencieusement. La scène de la silhouette de la jeune fille qui tenait des débris de robot dans ses bras paraissait surréaliste, mais elle était étrange au point de remplir de tristesse le cœur des gens. Trois ans auparavant, il en avait dû être de même quand le Professeur avait transporté la jeune fille — HRM021-α — pour la réparer.

Après qu’Iris ait relâché à contrecœur le robot, Ralph demanda :

— Au fait… Le truc que je suis allé chercher, c’est ça.

Une boîte à carte teintée de noir par de l’huile se trouvait dans ses mains.

— Cette boîte se trouvait dans le buste du corps que tu tenais dans les mains. Il y a un plan et une carte de crédit au nom de quelqu’un d’autre dedans, qu’est-ce que…

À ce moment-là, le visage d’Iris se changea en un instant.

Ses yeux bleus s’écarquillèrent, et elle se saisit de la boîte et l’ouvrit. Une photo d’une jeune fille de douze-treize ans et ce qui semblait être ses parents était collée dans la boîte.

— Ah ! s’est-elle soudain écriée.

Puis, elle s’agrippa aux épaules de Ralph, et le tira vers elle comme si elle voulait l’embrasser. Ralph, surpris, demanda :

— Qu-Que se passe-t-il ?

— Combien de temps s’est écoulé depuis que vous m’avez récupérée ?!

Confus, Ralph répondit :

— Euh… Environ deux semaines…

— Deux semaines…

Iris serrait la boîte à carte contre elle, avant de lever la tête, pleine de détermination.

— Il faut que j’y aille !

Après avoir crié ça, elle ouvrit la porte de la chambre et sortit de la pièce, uniquement vêtue d’un fin vêtement blanc.

Ralph resta coi quelques instants, puis courut après elle, l’air nerveux.

Je suis sortie sans mes chaussures. Monsieur Ralph est en train de crier quelque chose derrière moi, mais sa voix n’est plus à portée de mon système auditif.

Mes batteries sont complètement chargées. Le système de contrôle des mouvements n’est pas encore complètement opérationnel, mais ce n’est pas grave.

Deux semaines se sont écoulées depuis.

Seigneur ! Oh mon Dieu !

J’implore inlassablement la statue de la déesse qui ressemble au Professeur. Je cours sans m’arrêter, à une vitesse de cent mètres en neuf secondes. Comme si je suis sur le point d’accueillir l’arrivée de mon bien-aimé Professeur, j’avance à vive allure. Mon corps est uniquement vêtu d’un vêtement blanc, mais ce n’est pas bien grave.

Le centre de recherches est assez proche du manoir Umbrella, mais également de la Place de la Fontaine où se tient la statue de la déesse.

Mais aussi, il est tout près de là où elle se trouve.

Tout en courant, je me mets à chercher sur le plan de la ville. Les données de ma mémoire et du plan trouvent rapidement une correspondance. Je vais pouvoir la retrouver en remontant le système de drainage de la fontaine.

Finalement, j’atteins la rue commerçante. Le poissonnier crie alors de surprise : « Hein, Iris ?! » Je lui fais un geste de la main tout en souriant, et je reprends mon chemin.

La statue de la déesse s’agrandit dans mon champ de vision. Des vieillards en train de discuter, des enfants qui jouent et des couples qui vivent leur amour sont assis sur les bancs non loin. C’est la scène que je préfère. Devant moi gisent les restes de la boutique d’occasion. Quand j’y repense, je m’étais une fois retrouvée à court de batterie ici même. Mais, cela n’a plus d’importance aujourd’hui. Je continue à courir sans m’arrêter après avoir tourné après l’épicerie, et je me retrouve dans un quartier résidentiel-

Enfin, j’arrive devant « cette maison ».

Je pénètre le portail, il y a des traces sur le sol montrant que quelqu’un a été traîné ici, des traces que j’ai moi-même laissées ici.

En me rendant dans le jardin, je vois des fils arrachés un peu partout. Ce sont des restes de mon précédent corps.

Plus loin, je m’agenouille et me mets à fouiller les buissons.

Je cherche avec inquiétude.

Seigneur.

Ah, Seigneur, merci.

— Lilith…

La fille est là à m’attendre, exactement dans la même position, les yeux fermés comme si elle dormait.

Lettre d’Iris Rain Umbrella

Cher Professeur,

Vous m’avez écrit une lettre.

C’est donc pour cette raison que je vous en écris une à mon tour.

Enfin, je dis ça, mais en fait, je suis en train d’écrire des notes pour le cours particulier.

Professeur.

Tout d’abord, je voulais vous dire que vous m’avez rendue heureuse.

Lilith s’est réveillée la semaine dernière.

Ah, Lilith, c’est ma nouvelle amie.

Elle est douée pour parler, courageuse et on peut toujours compter sur elle.

Quand je l’ai trouvée dans les buissons dans le jardin, j’ai poussé un gros ouf de soulagement.

Était-ce grâce à la statue de la déesse ? Ou grâce au pouvoir du Professeur ?

Après avoir récupéré son corps, j’ai réalisé que ses cheveux étaient blonds. Avant ça, ma vision était monochrome.

Elle me parait bien plus jolie en couleur. Par contre, elle déteste toujours porter un costume de bonne. Je trouve que ça lui va bien pourtant.

Professeur.

À part Lilith, je m’étais fait un autre ami.

Il s’appelait Volkov.

Pour nous protéger toutes les deux, il s’est sacrifié pour retenir les soldats.

Grâce à monsieur Ralph, nous avons récupéré une partie de son corps.

Une des pièces du corps de Volkov avait été envoyée au centre de recherches pour analyse.

Maintenant, Lilith garde toujours le fragment de Volkov dans son buste.

Professeur.

Après vous avoir perdu, je pensais que ma vie n’avait plus aucun sens.

Mais, après être entrée en contact avec le monde extérieur, avoir travaillé de toutes mes forces, et avoir rencontré Lilith et Volkov, même si j’ai d’abord eu du mal, j’ai fini par comprendre ce que je devais faire.

Professeur, est-ce que vous connaissez le livre pour enfants « Visa Darke, le dieu maléfique du dimanche » ?

Ce livre raconte l’histoire d’un dieu maléfique nommé Darke qui aime faire n’importe quoi et de son anneau magique Flo Snow. Ils rencontrent toutes sortes de problèmes à cause d’objets magiques.

Ah, c’est vrai. Darke ressemble pas mal au Professeur. Tous les deux ont l’air froid au premier abord, mais sont en fait très gentils. Darke a donné un nouvel anneau à Flo Snow à la fin. Et le Professeur m’a donné un nouveau corps.

Le gentil dieu maléfique meurt à la fin de l’avant-dernier volume, pendant que Flo pleure toutes les larmes de son corps du fait de cette perte. Mais, à mesure qu’elle se remet de sa peine, elle se met à vivre de nouvelles choses. Comme Darke le faisait en son temps, elle collecte les objets magiques qui ont perdu leurs pouvoirs. Elle a ainsi hérité de la dernière volonté du défunt Darke, et a trouvé un nouveau sens à son existence.

C’est pour ça que je veux créer une « maison », comme elle. Pour faire simple, un « foyer » pour robots. Je veux héberger tous les robots qui ont perdu leur propriétaire, ont été abandonnés, ont arrêté la guerre ou ceux qui ne peuvent plus continuer à travailler dans les chantiers ici, dans ce manoir. Puis, nous travaillerons tous ensemble pour gagner notre vie. L’argent amassé servira aux réparations et aux rechargements des batteries.

Monsieur Ralph est d’accord avec moi. Il s’occupera des réparations et de ma maintenance pendant ses temps libres. C’est quelqu’un de gentil.

Après avoir parlé de mon idée à Lilith, la première chose qu’elle a dit, c’est « C’est sans fin franchement, alors tu ferais mieux d’abandonner ». Elle m’a expliqué que des dizaines, voire des centaines de milliers de robots sont abandonnés chaque année, et que mon idée n’était tout simplement pas adaptée, et que ça serait une perte de temps et d’argent.

Mais, après avoir fait de la publicité pour le refuge, numéros Vingt-Huit et Cinquante-Cinq — ah, euh, ce sont les numéros d’anciens collègues de chantier — ont appelé le manoir trois jours après. Lilith a été la plus surprise quand elle a décroché le téléphone. Numéro Quatre-Vingt-Six nous a contactées avant-hier aussi, et d’autres robots inconnus sont venus au manoir hier. Étant donné la situation, laissons-les travailler ici — c’est ce qu’a décidé Lilith. Elle veut travailler dur dans les chantiers pour gagner de l’argent.

J’ai vraiment l’impression qu’on ne va pas avoir le temps de s’ennuyer.

Vous rappelez-vous de ce robot de la boutique d’occasion ? L’immense robot dont parlaient les informations qui avait tout saccagé à la place de la fontaine.

Lilith m’a dit que son nom était Lightning o’ Milber.

Pourquoi est-il devenu incontrôlable ?

J’avais absolument envie de connaître la réponse, alors j’ai demandé aux marchands de la rue commerçante. Et voilà ce que m’a dit la vendeuse de l’épicerie.

Le propriétaire de la boutique d’occasion venait de mourir quelques jours avant que le robot ne devienne fou. Les deux s’entendaient vraiment très bien.

Vous l’aviez dit, n’est-ce pas ? Les robots sont parfois sujets à des hallucinations.

Alors, même si je manque de preuves, je ne peux m’empêcher de penser ça :

Le jour où il s’est dirigé vers la place, il devait sûrement être à la recherche de son maître.

Je sais ce que c’est que de perdre son maître. À chaque fois que je repense au Professeur, je suis accablée par la solitude et la tristesse, même aujourd’hui, et ma poitrine se serre très fort. D’ailleurs, au moment où j’écris cette lettre, j’ai les mains qui tremblent.

Bon, Professeur. Il est temps d’arrêter ici.

Tendrement,

Votre Iris.

Oh, et

Professeur, Professeur !

Regardez par la fenêtre !

Il y a un ciel bleu vraiment, vraiment magnifique…

J’aime les jours ensoleillés comme aujourd’hui.

Mais Professeur.

J’aime aussi les jours de pluie.

Et vous savez pourquoi ?

Hi hi, n’est-ce pas évident ?

C’est parce que j’ai rencontré mon bien-aimé Professeur un jour de pluie.

Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *