Je Scellerais Les Cieux – Chapitre 143

Debout devant sa fenêtre, à l’étage, en pleine nuit, Meng Hao pouvait apercevoir une montagne couverte de sorts ondulants qui formaient comme une fine gaze.

C’était de là que venait ce cri déchirant et on pouvait voir dans les airs une multitude de silhouettes venues des montagnes environnantes pour voir ce qui se passait.

Bientôt, plusieurs faisceaux prismatiques s’élancèrent vers la montagne. Peu de temps après, les ondulations disparurent et tout redevint silencieux.

Meng Hao fronça les sourcils et ses yeux étincelèrent. Il se souvint que la montagne d’où provenait le cri était celle de l’homme au teint jaunâtre. Ayant vu des silhouettes voler vers la montagne, Meng Hao était sur le point d’aller enquêter lorsque soudain, il se ravisa.

Son visage s’illumina et il regarda son sac de Cosmos. Il frappa dessus et le Jade de Scellement de Démon en sortit, scintillant et émettant une lueur mystérieuse. Un sentiment très étrange s’éleva dans le cœur de Meng Hao. Il ne pouvait pas mettre le doigt sur ce que c’était, mais il lui semblait qu’un Qi invisible picotait son cœur.

Pensif, il prit le morceau de jade laissé par le huitième Scelleur de Démon et le plaça dans sa paume.

La voix archaïque de ce dernier résonna dans son esprit.

«Certains esprits, dans le cycle de réincarnation, évitent la mort. Quoique leur Qi puisse paraître démoniaque, il ne l’est pas. Ils sont au-dessus des créatures vivantes, mais infectés par les dizaines de milliers de variations du monde mortel. Leur Qi est serein. Consommé par les os et l’esprit, ils peuvent ouvrir la voie vers le chemin. Si vous rencontrez un tel Qi, vous devez le sceller! »

Meng Hao réfléchit un moment et finit par renoncer. Debout près de la fenêtre, il projeta son Sens Spirituel dans la direction d’où venait le cri glacial et aussitôt, entendit des plaintes.

«C’est le sixième mort. Si la secte ne nous donne pas d’explications, nous partirons! »

«C’est vrai. Nous avons accepté la mission contre des Pilules de Terre. Si certains d’entre nous meurent au combat, c’est la vie; mais depuis quelques temps, des Daoistes meurent en pleine nuit ! Ensuite, vous scellez la zone et ne laissez personne enquêter. C’est très étrange! Bien sûr que nous avons des questions!»

Près de la montagne, une dizaine de Cultivateurs fixaient  froidement les Cultivateurs de la Secte qui les empêchaient d’enquêter sur la mort du Daoïste.

Au loin, d’autres avaient quitté leurs montagnes respectives et regardaient de loin. Ils ne disaient mot mais tous exsudaient le pouvoir de leurs bases de Cultivation. Une grande pression s’éleva et devint une sorte de révolte silencieuse.

Les disciples de la Secte étaient tous très mal à l’aise lorsque soudain, une  voix grave retentit: Un vieil homme portant une ample robe de Daoïste apparut. Il émanait de lui une telle tension que tous les visages blêmirent.

«La Secte vous offrira une explication dans trois jours.»

Tous les disciples s’inclinèrent.

«Salutations, Aîné Chen.»

Le vieil homme s’avança.Bien qu’il se tint au pied de la montagne, les Cultivateurs de l’Établissement des Fondations, qui  flottaient dans les airs au-dessus de lui,  étaient tous silencieux. Bon nombre d’entre eux, qui de toute évidence l’avaient reconnu, s’inclinaient respectueusement.

Meng Hao se tenait à sa fenêtre, le visage  toujours détendu mais peu à peu, ses sourcils se froncèrent légèrement. Le vieil homme était un Aîné de la Secte et sa base de Cultivation n’était pas au stade de l’Établissement des Fondations, mais de celui de la Formation du Noyau.

Son regard balaya la foule. Sa voix n’était pas très forte et pourtant, elle atteignait l’esprit de tout le monde dans la zone.

«J’apprécie énormément que vous ayez tous pu venir à la Secte du Tamis Noir. En ce qui concerne les meurtres qui ont eu lieu ces derniers jours, je suis, moi aussi, furieux. Dans trois jours, je tuerai le meurtrier de ma propre main.»

«Notre ainé Chen étant  présent, nous sommes beaucoup plus à l’aise. Merci à vous, notre aîné, d’avoir rendu justice.»

Les Cultivateurs de la Fondation s’inclinèrent l’un après l’autre et retournèrent dans leurs montagnes respectives. En effet, il n’y avait plus lieu de tergiverser après l’intervention d’un ainé, même s’il ne leur avait donné aucune explication.

Bientôt, tout redevint silencieux. Le doyen Chen s’en alla, comme la plupart des disciples de la Secte. La montagne d’où venait le cri était redevenue silencieuse et plus personne n’était disposé à faire d’autres tentatives pour aller enquêter.

Le regard pensif, Meng Hao retourna s’asseoir, jambes croisées, pour méditer. Dans son esprit résonnaient les paroles du huitième Scelleur de Démon.

«Quelque chose d’étrange se passe dans cette Secte…»

Les yeux de Meng Hao s’ouvrirent, remplis d’une lueur intense. Le Qi piquant qu’il ressentait semblait se densifier.

Il baissa la tête un moment et réfléchit. Puis il prit le masque de l’Héritage de Sang Immortel, y envoya son Sens Spirituel et vit le Patriarche du Clan Li, enveloppé dans le brouillard de sang. Depuis quelque temps, il semblait affaibli. Il ne criait plus comme avant et était visiblement à bout de force.

«Vous savez forcément certaines choses à propos de la Secte du Tamis Noir, n’est-ce pas?» Demanda Meng Hao par le biais de son Sens Spirituel. Il avait toujours trouvé l’identité spirituelle du vieil homme étrange, plus encore quand il pensait à Li Daoyi.

«Je connais mon c*l, petit salopard vicieux, si j’en ai l’opportunité je…», rétorqua le Patriarche du Clan Li, la voix rauque et pleine de venin.

Avant même qu’il n’ait fini de parler, Meng Hao, très calme, entailla son doigt, prit une goutte de son sang et l’utilisa pour densifier le brouillard autour du vieil homme. On entendit un  cri misérable après quoi Meng Hao rétracta son Sens Spirituel. Sans poser plus de questions, il  rangea le masque.

Sous les Dix Mille Montagnes, se trouvait un énorme réseau de grottes de calcaires qui évoquait un labyrinthe géant. Dans ses renfoncements, on pouvait voir une grande plateforme ornée de torches ardentes dont la lumière projetait partout des ombres vacillantes.

Au sommet de la plateforme, trois vieux Cultivateurs étaient assis en tailleur. Le corps flétri, ils  semblaient presque morts. Un puissant Qi de Mort tourbillonnait autour d’eux. Cependant, leurs yeux étaient ouverts et brillaient d’une antique lueur surnaturelle.

Leurs silhouettes semblaient se tordre et se déformer, comme si leur existence se situait quelque part entre le physique et l’incorporel.

Au milieu d’eux se trouvait une peau, visiblement issue d’une bête sauvage. Ses bords étaient en lambeaux et une sorte de carte était dessinée dessus, qui semblait se tortiller lentement. Debout au-dessus, on pouvait voir l’image fantômatique d’un homme qui, en cet instant, poussait un cri silencieux. On aurait dit le fantôme d’un homme d’âge moyen, au visage sombre. C’était l’une des cinq personnes qui étaient arrivées avec Meng Hao.

Très vite, son corps devint flou et disparut. Les bords de la peau se dilatèrent lentement et celle-ci devint un peu plus brillante. N’importe qui aurait trouvé cela particulièrement étrange.

Quelques minutes passèrent et l’un des vieillards prit la parole. Sa voix était rauque et râpeuse. «Demain, au clair de lune, elle consommera une autre personne. Ensuite nous pourrons commencer».

«Cette fois, nous devons réussir, quoi qu’il arrive. Nous devons…! Nous devons acquérir cet objet légendaire. Pas seulement pour nous, mais pour les Patriarches. Alors nous pourrons tous nous éveiller. Nous n’aurons plus à nous cacher dans ce royaume de ténèbres, cet endroit vide et sans terre où poser le pied.»

«Il n’y a pas assez de chiots de l’Établissement des Fondations. Nous avons répandu la nouvelle, mais les Sectes et les Clans ne sont pas faciles à duper. Hmph. »

«On ne peut rien y faire. Ces chiots de l’Établissement des Fondations ne sont qu’une partie d’un ensemble. Avec tout ce que nous avons préparé, nous devrions réussir, cette fois».

Le son de leurs voix s’estompa lentement et tout se figea. On ne voyait plus que la peau qui se tortillait, placée entre eux comme une sorte d’objet de culte.

La nuit passa sans incident et bientôt l’aube se leva.  Meng Hao ouvrit les yeux  et vit au dehors un rayon de lumière multicolore s’approcher. Celui-ci prit la forme d’une femme en  robe noire, grande et mince, à la peau claire avec de beaux cheveux qui lui tombaient sur les épaules. Arrivée à proximité, elle ralentit et s’arrêta devant la résidence de Meng Hao.

«Disciple Han Bei* de la Montagne aux Pilules de la Secte, dépêchée pour vous apporter une Pilule de Terre », dit-elle. « Compagnon Daoiste, pouvez-vous sortir s’il vous plaît?»

Elle avait une voix douce,  un ravissant sourire, aussi beau qu’une fleur,  un  regard séducteur et une présence lumineuse. Vêtue d’une longue robe vert émeraude ornée de broderies violettes, elle semblait venir d’un autre monde.

Meng Hao l’invita à entrer et ils s’assirent à une table.

Elle le regarda, son sourire immuable. Etait-ce volontaire ou inconscient ? On aurait dit que ses yeux devenaient plus brillants.

«Compagnon Daoiste, puis-je vous demander votre honorable nom ?» Demanda-t-elle avec un léger sourire. Sa voix était aussi agréable que l’appel d’une alouette et c’était un véritable plaisir que de l’écouter.

«Meng Hao» répondit-il froidement, sans chercher à cacher son identité. Visiblement, la femme qu’il avait devant lui avait une  base de Cultivation extraordinaire, probablement était-elle au début de l’Établissement des Fondations.

«Meng…» Han Bei le regarda, choquée. Elle observa son visage et se mit à rire. «Ainsi, vous êtes le Daoiste Meng. Voici votre contrat. Pourriez-vous y apposer votre empreinte digitale? Je pourrai alors vous donner votre pilule. Par la suite, si vous respectez  toutes les exigences établies par la Secte, vous en obtiendrez une seconde.» Elle leva sa main délicate. Autour de son poignet, on pouvait voir un bracelet vert émeraude. Celui-ci émit une lueur et un rouleau de papier apparut dans ses mains. Elle le tendit à Meng Hao.

Impassible, il regarda un long moment son bracelet et prit le parchemin. Après l’avoir parcouru, il leva son pouce droit et apposa son empreinte sur le papier.

Han Bei ne le quittait pas des yeux. Lorsqu’il eut terminé, elle prit une boîte de jade de la taille d’une main et la plaça sur le côté.

«Voici votre pilule. Veuillez noter qu’elle ne peut pas être consommée pendant la journée. Son nom complet étant Pilule de la Terre du clair de Lune,  il faut attendre le clair de lune pour la consommer.» Elle sourit et se leva pour partir, lorsque soudain, Meng Hao demanda:

«Nous sommes-nous déjà rencontrés?»

Ses mots l’amèna à le regarder, surprise.

«Je ne me souviens pas vous avoir déjà vu, compagnon Daoiste Meng.»

«Désolé», dit-il. «Je vous ai prise pour quelqu’un d’autre.»

Il fronça les sourcils comme s’il réfléchissait profondément. Han Bei sourit et, sur un dernier signe de tête, se transforma en un faisceau de lumière et partit. Lorsqu’elle se fut éloignée, son sourire céda place à un air pensif.

Meng Hao prit  la boîte de jade contenant la pilule. De retour dans sa résidence, il l’ouvrit. À l’intérieur se trouvait une pilule médicinale de la taille d’un bonbon. Elle était blanche et enveloppée dans un sceau de cire. Malgré cela, un lourd arôme médicinal s’en dégageait, ainsi que de l’énergie spirituelle.

«En fait, une de ces pilules me suffit. Mais je ne peux pas le consommer. Je dois la tester pour voir si elle est authentique ou pas.» Il rangea la boîte de jade, puis ferma les yeux et se remit  à méditer.

Le temps passait, et bientôt, la nuit tomba. La lune brillait dans le ciel et tout était silencieux. À l’extérieur de la montagne de Meng Hao, cependant, une silhouette sombre apparut sans bruit. Elle avait un aspect très étrange, semblable à un cadavre. Un examen plus attentif révéla que les traits de la personne n’étaient autre que ceux de l’homme d’âge moyen au teint jaune qui était décédé.

Les yeux brillants, iI regarda les montagnes autour de lui puis choisit celle de Meng Hao. Son corps étincela et il flotta en direction de sa résidence.

Tandis qu’il approchait Meng Hao, qui était assis en posture de méditation, leva soudain la tête. Ses yeux se mirent à briller.

Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *