Lv1 Skeleton – Chapitre 109

« Melpomene, à genoux ! »

« Oui, Maître. »

Se tenant la poitrine sous l’effet de la douleur, elle n’eut d’autre choix que d’obéir à notre contrat.

« Explique-moi pourquoi tu as fait ça. »

Je lui posai la question d’une manière vicieuse, tout juste capable de contenir ma colère.

« C’est à cause de l’une des prophéties de mon frère. »

« Encore une prophétie ? C’est quoi, cette fois ? »

« Il a dit que le porteur de ce collier va mourir. »

« Je vois. Je comprends ton geste désormais. Ok. »

Je plaçai mes mains sur son torse.

« Création de matériau : arsenic. »

« Kuh… ? »

Le poison fut créé directement dans son cœur, la faisant vomir violemment ; elle tomba immédiatement dans les pommes.

« Lena, peux-tu confirmer sa mort ? »

« Elle est en arrêt cardiaque mais possède toujours une légère activité cérébrale. Cependant, l’arsenic bloque les neurotransmetteurs, ce ne sera plus très long. »

« Combien de temps jusqu’à la mort ? »

« Deux minutes et quatorze secondes jusqu’à la mort clinique. »

Tenant le corps inerte de Melpomene dans mes bras, le collier apparut sur son cou. Comme je tentai de m’en saisir, il disparut.

« Je suppose que ce n’est pas si simple. Je devrais me dépêcher de terminer le donjon de Killion. »

« Johra, elle ne présente plus aucun signe de vie. Elle est morte. »

« Ok. Lena, verrouille la pièce. »

« Les ondes sonores et la lumière sont bloquées, le bouclier Rohim est lui aussi activé. »

« Bien. Merci. »

Je me mis à incanter mon chant de résurrection. C’était une magnifique mélodie que j’aurais autrement été parfaitement incapable de reproduire. Le sort glissa sur son corps et le baigna d’un nuage doré ; après environ trente minutes, elle prit une profonde inspiration.

Tirant une chaise, je m’installai et me mis à lire un livre intitulé Généalogie des Dieux en attendant qu’elle ouvre les yeux.

Il lui fallut du temps pour ça mais elle regagna conscience et rassembla toutes ses forces pour poser une simple question.

« Hmm… Ne suis-je pas morte ? »

« C’est vrai, tu es morte. »

« Alors je suis morte, et maintenant, je suis un fantôme ? »

« Non. Je n’ai pas laissé ton corps sans vie. Tu m’as trahi, je ne peux pas te laisser partir si facilement. »

Je lui parlais d’un ton froid et malsain mais en entendant ma réponse, Melpomene ne put s’empêcher de laisser échapper quelques petits gloussements.

« Tu m’as tuée pour me ramener à la vie ? »

« Oui. »

« Pourquoi ne m’as-tu pas simplement laissée pour morte ? »

« J’ai besoin du collier que tu portes. »

« Je pense qu’il n’est plus là. »

« Non. Il est là, il ne veut simplement pas être vu. »

« Alors je suppose que te dire que je suis désolée ne sera pas suffisant, cette fois. »

Melpomene m’offrait son visage de chien battu mais mon cœur n’était pas facilement influençable.

« En effet. »

« Alors… N’es-tu pas curieux ? Ne veux-tu pas savoir pourquoi ? Pourquoi suis-je celle qui porte le collier ? »

« Tu me l’as dit. Tu m’as dit que celui qui le porterait devait mourir. »

« Ouais. C’était prévu aujourd’hui. Le 95ème jour après la naissance de ton enfant. »

« Alors tu connaissais même la date exacte. Comment savais-tu où trouver le collier ? »

« J’ai entendu une conversation entre toi et grande sœur un jour, vous parliez de ce collier. J’ai alors appris qu’il était caché dans le laboratoire et après être venue ici à plusieurs reprises, j’ai pu le localiser avec précision. »

« Lena, quel genre de mesures de sécurités as-tu mis en place ? »

« Johra, la dernière fois, tu m’as dit de ne pas surveiller les personnes qui te sont proches. »

Maintenant qu’elle le disait, je me souvenais vaguement avoir bel et bien dit quelque chose comme ça.

« Au moins, la prophétie a été réalisée. »

« Oui, grâce à toi. »

« Au moment où j’ai porté le collier, j’ai appris les conditions nécessaires pour devenir un dieu. »

Alors on dirait qu’on ne peut les connaître qu’une fois qu’on le porte.

« Dis-moi tout. »

« Je dois tuer tous ceux qui te sont proches. »

Le prix à payer pour devenir un dieu était en effet très élevé. J’étais heureux de n’avoir pas porté le collier pour me retrouver face à un tel dilemme.

« Comme prévu, il n’est pas facile de devenir un dieu. »

« Tu savais ? »

« Oui. »

« C’est pourquoi tu n’as pas encore essayé de le porter ? »

« Exact. »

« Mais Maître… »

« Quoi donc ? »

« Je pense que la condition du collier a changé. Je suis morte et je suis revenue à la vie et depuis, je ne dois plus tuer tes proches. »

Oh, la mort peut changer les conditions ? C’est plutôt avantageux, je peux la ressusciter facilement.

« Quel genre de condition est-ce, désormais ? »

« Je suis condamnée à coucher avec un million d’hommes. »

« Hmm… Je me demande ce qui est pire entre la précédente et celle-ci. »

Donc les conditions ne sont pas uniquement liées à la mort.

« Maître, as-tu vraiment besoin de récupérer ce collier ? »

« Oui. »

« Je vois. Alors je vais te le rendre. Donne-moi juste du temps. »

« Comment vas-tu parvenir à le retirer pour me le rendre ? »

« Je te l’ai dit, j’ai besoin de coucher avec un million d’hommes. Alors, je pourrai lever la malédiction et retirer le collier. »

« Uh… »

Même si elle m’avait trahie à un certain point, ce n’était pas non plus assez grave pour que je veuille la voir coucher avec un million d’hommes. Sans parler du fait que nous l’avions déjà fait, elle et moi et que Viezda serait terriblement déçue si elle découvrait la vérité sur cette condition et que je lui disais que je l’avais laissée faire.

« Tu m’as déjà trahie une fois, et comme si ce n’était pas suffisant, tu veux coucher avec tout ça après avoir partagé mon lit ? Je ne le permettrai pas. »

« Alors que suis-je censée faire ? »

« Meurs. »

« Quoi ? »

« Tu vas mourir encore et encore jusqu’à ce que la condition idéale apparaisse. Deviens une déesse et sers-moi afin de purger ton crime. Voilà la voie qui t’est désormais destinée. »

« Eh bien… Tu le dis facilement, mais n’est-ce pas parce que tu m’aimes aussi ? »

Melpomene affichait un sourire délicieux en entendant que je ne voulais pas la laisser coucher avec qui que ce fut d’autre mais c’était toujours gênant parce que je venais de la condamner à un nombre indéterminé de morts.

Depuis ce jour, nous ne nous accordâmes que deux heures de sommeil par jour pour passer le reste de notre temps à tuer et ressusciter Melpomene. Après un nombre conséquent de répétitions, nous avions réussi à atteindre la perfection, à en faire un art ; je la tuais de la manière la plus rapide, propre et indolore possible avant de la ramener à moi. Mon chant de résurrection grimpa au niveau 4.

De cette manière, neuf mois s’écoulèrent, et Veznos fêtait déjà son premier anniversaire.

« Joyeux anniversaire, Veznos ! »

La grande salle à manger était décorée de multiples couleurs vives. C’était le meilleur anniversaire que j’avais vu de toutes mes vies.

« Félicitations Vez, regarde ce que j’ai préparé pour toi ! »

Jillian lui tendit un plateau d’échecs qu’il avait lui-même sculpté.

« Ouah ! C’est quoi ? »

Vez possédait désormais l’intelligence d’un collégien et le corps d’un enfant de cinq ans à cause de sa croissance rapide. La combinaison des gènes d’une Elfe de Lune et d’un Méta-Humain lui avait donné des avantages indéniables en matière de compréhension.

« On appelle ça les échecs. C’est un jeu dans lequel notre Maître ton père nous a appris à placer nos rêves et nos espoirs. Maintenant, tu peux y jouer, toi aussi. »

Les yeux de la princesse et de Jerna se mirent à briller. Bientôt, elles allaient avoir un nouvel adversaire, et pas des moindres.

« J’ai préparé ça pour toi, Vez. J’étais inquiète que tes cheveux poussent trop vite. Voilà. »

Jerna lui tendit une pince à cheveux d’un magnifique rouge sombre qui contrastait à merveille avec les cheveux blonds de Vez.

« Ouah ! C’est parfait ! Puis-je l’essayer immédiatement ? »

Jerna hocha la tête d’un air excité et l’aida à placer la pince.

« Eh bien, pour ma part, je n’ai pas été capable de préparer quelque chose de spécial même si tu es la fille de l’homme qui m’a sauvée… »

La princesse tendit à Veznos une boîte à bijoux qu’elle gardait sur elle depuis l’époque où elle vivait au palais.

« Sœur princesse, c’est trop, je ne peux pas accepter. »

Vez était déjà assez sage pour comprendre qu’elle devait refuser un cadeau si précieux.

« C’est bon. Je tente de laisser le passé derrière moi alors tu m’aiderais bien en l’acceptant. »

« Papa ? »

« Je pense que tu peux l’accepter si elle le présente ainsi. »

« Merci, sœur princesse, je la chérirai. »

Après ça, chaque serviteur tendit son propre cadeau et Vez souriait jusqu’aux oreilles à chaque fois. En tant que son père, la voir si heureuse me fit sourire également.

« C’est tout ce que j’ai et que je peux te donner… »

Melpomene s’avança timidement vers le milieu de la pièce et se mit à chanter un air des plus cristallins, des plus riches et des plus purs de sa voix d’elfe.

Hum… Mais cette chanson…

« Johra, n’est-ce pas similaire à ton chant de résurrection ? »

Lena et moi-même nous posâmes la question en même temps. Il y avait énormément de similitudes entre ces deux chants.

Celui de Melpomene était vraiment proche de mon chant de résurrection, mais nous étions alors les seuls, elle, Lena et moi, qui aurions pu nous en rendre compte.

Sa chanson parlait des dieux et de la tristesse des humains. C’était l’histoire d’un affrontement entre l’éternité et la mortalité ; nous l’écoutions tous avec une attention particulière et personne ne l’interrompit.

« Johra, regarde Vez. »

Viezda s’approcha de moi et s’appuya sur mon épaule. Nous nous tournâmes tous deux vers notre fille, qui brillait désormais d’une vive lumière bleue.

« Johra, as-tu dis que Vez était une demi-déesse ? »

« Oui. »

« Je pense que cette lumière est une manifestation de ses émotions. Elle doit être très heureuse. »

Viezda enroula ses bras autour de ma taille et observa notre fille tout en souriant. Nous étions tous deux aux anges de voir Vez enchantée comme elle l’était.

J’étais même content de la performance de Melpomene malgré sa trahison et mes sentiments mitigés à son égard. Naturellement, tout ça ne changeait rien au fait que j’allais devoir la tuer plus tard dans la nuit.

Et ce soir-là…

« Pourquoi hésites-tu… Johra ? »

Je l’avais déjà tuée un nombre incalculable de fois, mais pour une raison étrange, cette fois était différente.

Est-ce vraiment important pour moi de devenir un dieu ? Ne puis-je pas trouver un terrain d’entente, un compromis avec les Hauts-Dieux ? Même après l’avoir tuée des centaines et des centaines de fois, nous devons toujours trouver une condition réalisable. Est-ce vraiment rentable de la torturer à un tel point ?

Tandis que j’hésitais et que je me demandais ce que je devais faire, Melpomene prit les devants et se trancha la gorge.

Dévasté, je l’observais se vider de son sang avec un étrange sourire déjà à moitié mort. J’avais besoin qu’elle meure mais je m’étais trouvé, l’espace d’un instant, incapable de la tuer de ma main. Je me tins là, à la regarder pendant quelques secondes, soupirant face à ma propre faiblesse et félicitant silencieusement sa résolution.

« Maître, je pense que cette fois est la bonne. »

Nous répétions généralement le processus dix fois par nuit et elle avait expérimenté la mort à peu près 2700 fois en neuf mois.

C’était évidemment douloureux de mourir, et à la fois physiquement et mentalement épuisant. Même si ce n’était pas facile de se trouver dans mes bottes et de tuer encore et encore quelqu’un qui comptait au moins un peu pour moi, il était tout de même bien plus dur de tenir le rôle que tenait Melpomene. Pourtant, elle était assez forte pour se suicider en sachant que ça apaiserait légèrement mon esprit si je ne le faisais pas moi-même. Après avoir expérimenté cette mort-ci, j’avais choisi de mettre un terme à tout ça et de la laisser vivre en paix. Et comme par hasard, un miracle se produisit.

« Tu es sûre ? »

« Oui. Je pense qu’il ne serait pas trop difficile de satisfaire ces conditions. »

« Qu’est-ce donc ? »

« Mourir 100.000 fois. »

« Quoi ? 100.000 fois ? Tu es folle. »

« Je commence. »

« Attends. »

Elle se coupa immédiatement la carotide avant que je puisse finir de parler. Au travers de nos nombreuses expériences, nous avions appris que plus la blessure était minime, plus la résurrection serait rapide. Effectuer une simple coupure de quelques millimètres était la manière la plus efficace de mourir et de revenir à la vie.

Après un moment, elle ouvrit les yeux une fois de plus.

« Maître ? »

« Ah. Tu es réveillée. »

« Oui. »

« Est-ce que ça va ? La condition a changé ? »

Elle secoua la tête, sûre d’elle.

« J’ai passé la première mort. »

Est-ce une condition spéciale ? C’est sans doute un cas particulier. Le collier en a peut-être eu assez de son entêtement à refuser les conditions.

Elle se suicida une fois de plus, proprement et efficacement sans me laisser la chance de placer un mot.

« Melpomene est devenue une pro du suicide… »

Ainsi, nous passâmes la nuit dans un cycle macabre, à créer un nouveau record du nombre de morts qu’une personne pouvait expérimenter en un si court laps de temps.

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