Lv1 Skeleton – Chapitre 130

« Commençons le prochain match ! Mais l’égalité n’est plus permise. »

Abaddon exprima sa pensée, l’expression la plus sérieuse possible. D’un sourire, je répondis franchement.

« De quoi parles-tu, Abaddon ? Ne viens-tu pas d’admettre ta défaite ? »

« Oui. Alors jouons vite à nouveau. »

« As-tu déjà oublié notre promesse ? N’avons-nous pas décidé que le vainqueur obtiendrait ce qu’il désirerait du perdant ? »

« Oui. Mais n’as-tu pas accepté de jouer à nouveau ? »

Je secouai la tête avant de lui lancer un regard arrogant.

« Je n’ai jamais accepté ça. J’ai simplement dit… jusqu’à notre prochain match. Je n’ai pas dit qu’il arriverait. Par contre, à partir de maintenant, tout ce qui était à toi m’appartient, n’est-ce pas ? »

Abaddon fit la grimace.

« En effet. »

J’avais vu juste : elle n’avait jamais perdu aucun pari dans sa vie. Voilà pourquoi elle n’avait aucune idée de la façon de réagir.

« C’est toi qui as décrété ce point. Tout ce qui est à toi est devenu mien. Est-ce que ça ne t’inclus pas également, Abaddon ? »

Elle me lança un regard empli de haine. Elle venait à peine de réaliser le piège dans lequel elle venait de tomber. Peut-être qu’elle ne s’était simplement jamais attendu à perdre et elle était quelque peu paniquée.

« Alors, ce que tu dis, c’est que maintenant que tout ce qui était à moi t’appartient, tu n’accepteras pas de revanche ? »

Elle testait les eaux, n’osant clairement pas faire quoi que ce fut pouvant mettre sa promesse à mal. Elle contrôlait son tempérament de feu avec grande difficulté.

« Non. Naturellement, toutes les promesses doivent être tenues. Tu m’appartiens totalement, l’univers ne sera pas détruit et notre revanche aura lieu la prochaine fois que nous nous reverrons. Que penses-tu de ça ? »

« C’est… comme tu dis. Alors, quand nous reverrons-nous ? »

« Oh, je prévois de retourner à mon époque, je suppose donc que ce sera à ce moment. »

Abaddon ouvrit des yeux immenses.

« Tu t’appelles Johra, n’est-ce pas ? »

« Oui. Je suis Johra, le dieu de la création. »

« Hmm… Je m’en souviendrai. Alors avant notre prochaine rencontre, j’ai quelque chose à te dire. »

« Quoi donc ? »

« Je suis toute-puissante dans cet univers mais même moi, je ne peux affecter le cours du temps à ce point. Ce que tu fais, te déplacer entre les époques, des époques si éloignées… À force, tu vas provoquer une catastrophe. Un désastre qui va provoquer la destruction de tous les univers… et empêcher leur renaissance. »

« Quoi ?! C’était si risqué ? »

« Je n’ai pas de raison de te mentir. J’ai déjà accepté ma défaite. »

« Alors… je ne peux pas rentrer ? »

« Peut-être que grâce à ta capacité de construire de si précieuses formations, ce serait possible. Mais je vais t’aider, juste au cas où. »

« Pourquoi voudrais-tu m’aider ? Ne me détestes-tu pas ? »

*Ha ha ha*

Le rire tonitruant du dragon fit à nouveau trembler la fabrique de l’espace autour de nous.

« Arrête ! Tu vas tout détruire si tu ris un peu trop ! »

« Il est vrai que dans une certaine mesure, je te hais. Après tout, tu es la première existence à m’avoir fait perdre une chose dans ma vie. Même Sha et L n’en ont pas été capables, ne parvenant qu’à me piéger temporairement. »

« Je sais. Et on dirait que tu es de retour. »

« Ouais. Alors plus que tout, je m’intéresse à toi, le premier à m’avoir réellement fait admettre une défaite. La destruction de l’univers étant mise de côté pour l’instant n’est pas un souci énorme à mes yeux, je suis surtout très curieuse. Tu me rends curieuse. »

« Quoi ! Cesse donc de parler de la fin de l’univers comme si ce n’était rien de plus qu’une blague de bon matin ! »

« Eh bien… Ce n’est rien de plus à mes yeux. Une fois que tu possèdes la capacité de recréer l’univers et la vie, leur valeur chute drastiquement, tu sais. »

Je sentis une légère sympathie pour la solitude que je pouvais lire au fond de ses yeux. L’isolement d’un être tout-puissant n’était pas à prendre à la légère. Lorsqu’on était invaincu et que personne ne pouvait vous arriver à la cheville, on risquait de perdre les pédales un jour ou l’autre, et plus que tout, la valeur des choses.

« Tu te trompes, Abaddon. »

« Ah oui ? »

« Même si tu peux recréer tout ce que tu désires dans cet univers et que tu sais tout ce qu’il s’y passe, voilà ta limite. »

« Ma limite ? »

« Prends mon exemple. Tu n’as pas été capable de me battre. Pose-toi la bonne question : pourquoi ? N’es-tu pas censée être ce qu’il y a de plus proche du savoir absolu ? »

Elle se mit à réfléchir intensément, comme si ma question était la chose la plus importante de sa vie, allant même jusqu’à froncer ce qui lui servait de sourcils pendant plusieurs minutes.

« Tu parles de changement, n’est-ce pas ? »

« Exact. Le changement apporté par le temps est l’essence de l’évolution. Tu n’as simplement jamais eu l’occasion de t’en rendre compte. »

« Le changement n’est-il pas simplement une transition du passé vers le futur ? »

« Peut-être ? Mais si tu pouvais expérimenter la vie et l’univers pour les prochaines années… Disons, vingt milliards… Peut-être que ton opinion pourrait changer. »

« Est-ce vraiment ce que tu penses ? Oses-tu me le garantir ? »

« Eh bien… J’en suis persuadé. »

« Nous reverrons-nous dans vingt milliards d’années ? »

« Ah, ça dépend… »

« Bien. C’est une promesse, dans ce cas. »

« Quoi ? Je n’ai rien dit. »

« Non, tu as déjà accepté. Tu ne l’as pas dit mais je l’ai entendu dans ton esprit. »

« Quoi ? »

Abaddon laissa échapper un rire diabolique. Elle m’avait pris au dépourvu pile au moment où j’avais désiré voir à quel point elle aurait changé en vingt milliards d’années.

« Merde. »

« J’ai promis de t’aider à repartir. Alors je vais t’aider à bondir trois fois. »

« Uh… »

« Tu dois repartir vingt milliards d’années dans le futur. Sais-tu ce que ça représente ? C’est beaucoup trop loin. La création elle-même pourrait s’effondrer, je ne sais même pas par quel miracle tu as pu arriver là d’un seul coup. Il serait bien plus judicieux de te faire faire trois sauts temporels distincts. Et entre chacun d’entre eux, tu devras réparer le continuum. Tu n’as pas le choix. »

« Je peux le réparer ? »

« On dirait que tu ne l’as jamais fait, à t’entendre. Mais oui, bien sûr, tu possèdes la capacité de réparer le temps et l’espace. Tu es le dieu de la création, après tout. Trouve les paradoxes créés par chaque saut et corrige-les. Ce sera peut-être un peu long mais tout devrait aller. »

« Ha, on dirait une quête. Je dois avouer que ça m’avait manqué. »

« Ouais, c’est un peu quelque chose comme ça. »

« Et comment puis-je trouver ces paradoxes ? »

« Je vais t’aider pour ça. »

« Et tu vas utiliser cette opportunité pour que nous nous rencontrions plus tôt que prévu ? »

Elle secoua la tête, fermement.

« Je vais sceller mes souvenirs et devenir un compagnon. Je vais t’aider jusqu’au jour fatidique de notre revanche. »

« Tu es plus sympa que ce à quoi je m’attendais pour un être qui veut détruire un univers. »

« C’est uniquement parce que je souhaite expérimenter ce dont tu as parlé. Tu prétends qu’il existe des choses concernant le changement que j’ignore et je veux les voir… si elles existent. »

« Je pense que tu as fait un choix exceptionnel, Abaddon. »

« Cependant… Je souhaite créer un être qui contiendra certains de mes pouvoirs et mes souvenirs afin qu’il me revienne lorsque le temps sera venu. »

« Hmm… Je vois. Un réceptacle acceptable ? »

« Je n’en ai pas. Désires-tu le créer ? »

« Oui. J’admets également que ce serait un gâchis sans nom de laisser tes pouvoirs dormir pendant tout ce temps et ne pas s’en servir pour garantir le développement de l’univers. Lena, prépare un androïde. Il agira en tant que gardien de la vie. »

« Reçu ! »

Après dix mois de travail, le plus avancé de tous les androïdes que Lena avait fabriqués vit le jour et Abaddon scella une partie de ses pouvoirs et de ses souvenirs à l’intérieur.

« Merci, créateur. Je vais utiliser ces pouvoirs afin de protéger toute vie dans l’univers. Lorsque l’heure sera venue, je vous les retournerai. »

« Hm… Tu lui as donné les bonnes consignes ? »

Je me tournai vers Abaddon, qui avait déjà fermé les yeux pour tomber dans un profond sommeil. Pendant ce temps, l’androïde examinait son nouveau corps.

« Je pense que tu devrais décider quel sera ton nom. »

« Abaddon a déjà décidé. »

« Quoi ? »

« Je possède les souvenirs d’Abaddon, tu te souviens ? Désormais, je suis le Père du Ciel. »

« Quoi ? Attends, tu es le Père du Ciel ?! Je… J’ai créé… ?! »

« Oui, Abaddon a appris ce qu’allait être le futur en lisant ton esprit et je vais devoir agir d’une manière qui va rendre ce futur possible. Je vais commencer par aider ces hommes-rats à évoluer. »

« Parfait ! Alors tu vas faire tout ce que tu peux pour que mon futur se produise ? Tu… Tu vas gérer l’effet papillon tout seul ?! »

« Bien entendu. Tout sera fait selon la volonté de mon créateur et je sais tout ce qui se passe dans cet univers, alors je peux naturellement gérer un tout petit effet papillon. Maintenant, Johra va être transféré 6.68 milliards d’années dans le futur. J’ai du travail. »

« Eh ! Attends une sec… »

Mais l’androïde qui était maintenant le Père du Ciel disparut devant moi, volatilisé.

« On dirait que le futur tout entier dans lequel je suis né est une conséquence de ce que je fais en ce moment… »

Je me mis à observer le désert infini d’un œil vide et pensif.

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