The Second Coming of Gluttony – Chapitre 1

Splash !

Du sang gicla dans toutes les directions. Une femme porta un regard hébété sur la lance s’empalant sur le côté gauche de sa poitrine. Alors qu’elle sentait le froid de la pointe pénétrer son cœur, ses pupilles se dilatèrent et son corps perdait progressivement ses forces.

Quand la femme tomba à terre, un cri angoissé se fit entendre et un homme se précipita dans le dos du lancier. Celui-ci lâcha son arme, surpris par la vitesse avec laquelle la voix s’approchait de lui. Surpris, mais rien de plus. Il se retourna sur lui-même, lançant un coup de poing à l’ennemi lui arrivant par derrière.

L’impact projeta sa cible sur le dos. Le lancier ne s’arrêta pas là et arma à nouveau son poing ensanglanté.

Pah !

La tête de l’homme à terre se fendit en deux instantanément. Le lancier poursuivit son assaut, une fois, deux fois, trois fois… Il rugit, il cria, il frappa la tête de son ennemi jusqu’à ce que le crâne soit fractionné en mille morceaux. Ce ne fut qu’à ce moment-là qu’il stoppa enfin ses poings et regarda autour de lui avec ses yeux injectés de sang. Il ramassa sa lance, avant de quitter le sol humide couvert d’un mélange immonde de chair humaine et de matière grise.

Cet homme ressemblait à un démon entouré d’une brume tourbillonnante, une brume tourbillonnante de cendres…

Kof kof. La femme à terre toussa sèchement. L’odeur de cendres autour d’elle la fit grimacer, mais seulement un instant. Elle leva la tête pour observer les alentours.

« Il y a quelqu’un ? »

Seul un coup de vent lugubre lui répondit.

« Tout le monde… est mort ? »

Elle patienta, mais aucune réponse ne vint. Pfft. Un gloussement lui vint soudainement, puis elle se mit à fredonner comme si elle souhaitait chanter une berceuse.

« Mort… tout le monde est mort… »

Elle regarda le cadavre brûlé à côté d’elle, se disant qu’il était moins endommagé que d’autres. À un autre endroit, un tas de viande qui fût jadis un être humain flottait dans une flaque de sang. Ce tableau morbide se répétait tout autour d’elle, et son visage trahissait une déception grandissante.

Sa gorge lui faisait mal. Elle parvint tant bien que mal à redresser son buste avant de cracher de la salive. Son teint s’éclaircit quelque peu, et porta son regard trouble vers le ciel.

Comment…. Comment s’était-elle trouvée dans cette situation ?

Un jour, une race extraterrestre arriva sur son monde. On découvrit plus tard que cette race avait été chassée de sa planète-mère. C’était après avoir subi une terrible défaite et avoir erré sans but dans le cosmos pendant une éternité que les membres de cette race envahirent sa planète. Dans le but d’en devenir les souverains.

« Cette bande de crétins. »

Cette femme était la princesse d’un royaume subordonné à l’Empire. La première fois qu’elle avait entendu parler de l’apparition d’une race extraterrestre, elle avait 6 ans. À 10 ans, elle avait appris la chute de l’Empire.

Le tout-puissant Empire, targué de « Soleil ne se couchant jamais » en raison de leurs infaillibles technologies et techniques magiques, était tombé en moins de quatre ans.

Peu après, la race extraterrestre dévora le Dieu Suprême vénéré par l’Empire, transformant ses terres en une région sauvage sans maître. C’était probablement à ce moment-là que tout commença. Privé de la protection de son Dieu Suprême, la planète devint une proie de choix pour beaucoup d’autres races qui attendaient le moment opportun pour attaquer.

Le leader de la première race extraterrestre s’imposa comme le nouveau Dieu Suprême et lança une invasion massive sur l’intégralité de la planète. D’autres races extraterrestres firent alors leurs apparitions, une par une. L’une d’entre elle arriva en parlant de « survie », les autres arrivèrent avec des étendards de « conquête »….

La princesse eut un faible rire nerveux en remémorant les événements passés. Une terre autrefois régie par les hommes était maintenant un champ de bataille pour plusieurs races étrangères.

Poussés et acculés dans tous les sens, les habitants natifs de ce monde n’étaient plus qu’une bougie menaçant de s’éteindre dans le vent.

Toutefois, l’apparition des races extraterrestres fut accompagnée de celles des sept dieux oubliés, nés ensemble au moment même de la naissance de la planète. Ces sept dieux firent la promesse d’aider les humains survivants, et en échange ceux-ci promirent de les vénérer.

Le marché fut conclu. À la grande surprise des humains, l’aide apportée par ces dieux prit une forme intrigante. Ils choisirent de lutter contre les envahisseurs en invoquant une nouvelle race, mais qui ressemblait énormément aux habitants natifs de ce monde. Il n’y avait pas d’autre choix. Si même le puissant Empire avait été vaincu en quatre petites années, comment les royaumes vassaux, dont la population avait drastiquement diminué à cause de la guerre, pouvaient-ils résister aux envahisseurs ?

« Ces satanés fils de putes, » jura la princesse tandis qu’elle regardait le ciel sans expression. On n’aurait jamais dû leur faire confiance.

En réalité, les débuts n’avaient pas été si mauvais. Les premiers Terriens invoqués pour aider les habitants de ce monde avaient évolué étonnamment rapidement grâce à la protection divine des dieux. Mais au fil du temps, leur influence grandit et dépassa celle des habitants originaux, et la situation commença à changer.

Il y avait tous les types d’excuses. Certains formèrent des groupes par nationalité, d’autres par couleur de peau, quelques-uns par religion et même par idéologie politique. Mais au final, le problème fût le « bénéfice ». La division des Terriens en différentes factions créa des fissures entre les royaumes auparavant soudés. L’alliance formée pour garantir leur survie tomba à l’eau, et les conflits internes résultants affaiblirent leur position.

Certains se retournèrent même contre les nouveaux dieux. C’était absolument incompréhensible. Mais n’y avait-il que cela ?

Lors de la dernière bataille, la majorité des Terriens refusèrent finalement de participer. Ils ignorèrent froidement les supplications désespérées des habitants de ce monde, et retournèrent sur leur planète mère. Ceci était la raison de la rage bouillonnante de la princesse.

« Ces fils de… »

Elle fut sur le point de jurer à nouveau, mais s’arrêta soudainement. Splash… splash… Un léger bruit se fit étendre au milieu de la montagne de cadavres refroidissants. Il s’approcha d’elle avant de s’arrêter sur sa droite. Là où se trouvait le cadavre carbonisé.

[Incroyable.]

Devant le cadavre se trouvaient des ténèbres qu’il était impossible de décrire avec des mots.

[Vraiment incroyable ! Je n’avais pas vraiment d’espoir, mais tu es parvenu à survivre cette bataille sanglante…]

Un Terrien ?

Comme s’il répondait à la question de la princesse, l’homme brûlé à terre leva la tête. Une puissante vague d’émotions naquit dans le cœur de la princesse, mais elle n’eut d’autre choix que de la restreindre. En effet, l’état dans lequel se trouvait le Terrien était insoutenable, et elle luttait pour ne pas détourner son regard.

Aussi peu nombreux fussent-ils, certains Terriens avaient tout de même participé à la bataille. La situation de l’homme brûlé témoignait qu’il avait accomplit son devoir sur le champ de bataille. Cette réflexion fit naître chez la princesse de la sympathie pour l’homme, mais elle ne put s’empêcher de se dire que c’était dommage. Si seulement tous les autres Terriens étaient comme lui….

[Je souhaiterais pouvoir te récompenser comme il se doit, mais il ne te reste plus beaucoup de temps.] Une voix grave se fit entendre.

[Puisque tu as tenu ta promesse, il est temps pour moi de tenir la mienne. Dis-moi, quel est ton souhait ?]

Alors que les ténèbres s’installaient dans les yeux de l’homme, ce dernier regarda faiblement devant lui. Lorsqu’il ouvrit la bouche, il cracha des morceaux d’organes accompagnés par une gorgée de sang. Il semblait avoir perdu la voix, seul le son du vent traversant ses cordes vocales sortirent de sa bouche.

[Tu n’as pas besoin de parler. Je peux lire ton esprit. Dis-moi, souhaites-tu être ressuscité ?]

La princesse se retint de rire. Vouloir être ressuscité ? À quoi bon ? Tout était déjà perdu.

« … »

[Quoi ?] s’exclamèrent les ténèbres. [Tu souhaites recommencer ?]

La princesse sentit son cœur se resserrer.

[C’est impossible !] rugirent les ténèbres. [Même avec tes exploits, comment serait-il possible de retourner dans le temps ? Tu souhaites que tout redevienne comme avant avec les quelques prouesses que tu as accomplies ?]

« … »

[Quelle impudence ! Peut-être que si tu accomplissais tes exploits du jour plusieurs dizaines de fois, mais dans l’état actuel des choses, je ne peux pas t’accorder ce vœu. Sans même parler de ton âme, pas un seul morceau de ton corps ne peut être renvoyé dans le passé !]

« … »

[Cesse d’insister ! Puisque ta vie arrive à son terme et en honneur de ce que tu as accomplis aujourd’hui, je ne te punirais pas pour cela. Demande-moi un autre vœu.]

Un silence pesant s’installa.

[… Pourquoi fais-tu un tel vœu ?]

Les ténèbres étaient-elles émues à la vue de cet homme baisser la tête ? Dans tous les cas, aux oreilles de la princesse, la voix semblait s’adoucir légèrement.

[Mon enfant, dépêche-toi et fais le vœu d’être ressuscité. Quant au vœu que tu souhaites, tu pourras me le redemander à l’avenir, lorsque tu auras accompli davantage d’exploits. Mais je ne peux pas garantir que cela sera possible.]

Les épaules de l’homme tremblèrent très légèrement, comme s’il rigolait. C’était déjà un miracle qu’il ait survécu à la bataille, mais il allait devoir accomplir des prouesses équivalentes à plusieurs dizaines de fois ce qu’il avait réalisé aujourd’hui ? L’homme, la princesse et la voix savaient tous les trois que c’était impossible. L’homme redressa à peine la tête, sa bouche bougea légèrement.

[Tes souvenirs ?]

« … »

[Tu veux que tes sentiments soient…]

« … »

[Comme tu ne peux renvoyer dans le passé ni ton âme ni ton corps, tu veux renvoyer les sentiments que tu as ressentis ici ?] Les ténèbres semblèrent choquées par la demande de l’homme, et le silence s’installa à nouveau.

[… Renvoyer des sentiments basés sur des souvenirs… Les sentiments ne sont que des pensées de tes émotions,] répondit la voix après un long silence. [Mais même cela est difficile.]

Pendant un très court moment, les lèvres de l’homme formèrent un très léger sourire.

[Je suis vraiment désolée.]

C’était la fin. Les épaules de l’homme cessèrent de bouger. Plop. Sa tête tomba en avant et ne se redresserait plus jamais. Il cessa complètement de bouger.

[C’est ridicule…]

Soudain, une chose ressemblant à une main s’échappa des ténèbres et caressa doucement la tête de l’homme, comme si elle venait de subir une grande perde.

« Je comprends. » La princesse, qui observait la scène jusqu’alors, exprima ses sentiments. La main cessa de bouger.

[Tu es… une descendante des Familles Royales.]

« C’est exact, Ô Vénérable Gula, » répondit la princesse avant de ricanner, se demandant bien quelle importance cela pouvait avoir.

« Le royaume est tombé. Les portes ont sans doute été prises à l’heure qu’il est. Compte-tenu de ce qu’il a vécu, n’est-ce pas un meilleur sort que de mourir ? Même si le Serment lui fera perdre sa mémoire, cela l’aidera au final. Il pourra rentrer chez lui. »

[Non. Cet enfant n’a pas souhaité retourner.] La princesse écarquilla les yeux à l’annonce de la voix grave. [Il a dit qu’il nulle part où aller s’il rentrait, aucun lieu qu’il puisse nommer « maison ».]

« Aucun lieu qu’il puisse nommer maison… » répéta la princesse, émue. Elle ressentait peut-être de la camaraderie pour lui. Le royaume ayant chuté, elle venait également de perdre sa maison. Bien que quelques humains survivraient sans doute, leur sort ne serait sans doute que très peu différent d’un troupeau de bétail. Après tout, les humains ne seraient pas les vainqueurs dans cette guerre.

« Mais alors pourquoi ne lui avez-vous pas accordé son vœu ? », grommela-t-elle tout bas, ce qui sembla amuser la voix dans les ténèbres.

[Sottises. Tous les effets doivent provenir de causes. Dans tous les cas, le vœu de cet enfant aurait eu une incidence sur le passé.]

La princesse eut un petit rire amer. Elle ne pouvait pas comprendre, et elle ne souhaitait pas comprendre. Cela ressemblait à une excuse.

[Ses exploits étaient tout simplement insuffisants pour devenir la cause.]

« Vous dites ça, mais vous semblez en être désolée. »

[Comment pourrais-je ne pas l’être ? Cet enfant est initialement né avec la destinée d’un Exécuteur.]

« Un Exécuteur ? » s’étonna la princesse. Les Exécuteurs étaient les apôtres accomplissant la volonté des sept dieux. Ils représentaient les sept leaders choisis pour mener le combat contre les monstres menaçant le monde. Le problème était qu’un seul d’entre eux avait participé à la bataille.

[C’est vrai. Il brillait plus intensément que n’importe quelle autre étoile. Si seulement il n’avait pas tout gâché de ses propres mains… Pourquoi les humains n’apprennent-ils le regret qu’après que tout soit terminé ?]

Les ténèbres se turent. La princesse les imita et garda la bouche close. Elle s’était manifestée parce qu’elle ne voulait pas mourir seule. Même si elle avait repris conscience, elle savait depuis qu’elle avait rouvert les yeux qu’il ne lui restait que peu de temps à vivre. Elle porta son regard sur l’homme mort à sa droite. Sa mort humble lui semblait d’autant plus désolante. Elle ne pouvait pas réellement tout savoir, mais pour souhaiter retourner dans le passé, il avait certainement vécu à répétition des situations de vie ou de mort. Même cela ne lui avait pas permis de voir son vœu accordé. Il s’était battu comme un chien, et mourut comme un chien, sans recevoir la moindre compensation.

« Ô Vénérable Gula, » s’exprima la princesse après un moment d’hésitation. Elle fouilla dans sa poche. « S’il vous plaît, accordez à ce Terrien son vœu. »

[Mmh ?]

« Le Serment Royal… Il est impossible que vous l’ayez oublié, si ? »

L’état de confusion de la voix dans les ténèbres fut levé, et elle garda le silence. Dans la paume ouverte de la princesse se trouvait un collier de magnifique facture. Même s’il était recouvert de sang, sa beauté ne pouvait être masquée et il brillait de mille feux.

[C’est le…]

« En additionnant la promesse que vous avez donnée à mon père, et les exploits de cet homme, cela devrait suffire pour lui accorder son vœu, non ? Même s’il est difficile de retourner dans le temps. »

[… As-tu une motivation spécifique pour en arriver là ?]

« Bien sûr. »

Quand les Terriens ont transmigré vers ce monde, les Familles Royales ont également fait la promesse de les récompenser pour leurs efforts. La princesse n’avait pas la moindre envie de ne serait-ce que penser aux bâtards qui avaient fui la bataille finale, mais le Terrien ici présent était resté jusqu’au bout. Puisqu’il avait accompli son devoir, il était temps qu’elle-même, en qualité de princesse, honore la promesse des Familles Royales. Ce geste lui permettait également de conserver une once de fierté avant de mourir.

[Je pourrais plutôt exhaucer ton propre souhait, si tu le veux.]

« Mais que pouvez-vous faire pour moi ? » rit la princesse. Cette longue guerre lui avait appris que même les dieux n’étaient pas omnipotents. Que pouvait-elle bien souhaiter pour ce monde condamné ?

[Je vais me répéter. Cet enfant ne peut pas retourner dans le passé. À la limite, ses désirs et ses regrets… Mais même ses sentiments ne seront pas ancrés dans son esprit, et ne paraîtront qu’un rêve distant. Un rêve qu’il pourrait très bien considérer comme insignifiant, puis oublier. Une chose dont je suis certaine est que vous allez tous les deux mourir ici. Es-tu bien sûre que c’est ce que tu souhaites ?]

La voix dans les ténèbres résonna plusieurs fois aux oreilles de la princesse, pour s’assurer de son souhait final. Ce serait mentir de dire qu’elle n’avait aucune hésitation. Mais… elle était épuisée. La guerre avait duré trop longtemps, bien trop longtemps. En qualité de régente de ces terres, elle avait enduré tout ce temps, mais souhaitait maintenant se reposer. Retourner dans le néant lors d’un sommeil éternel ne semblait pas une si mauvaise affaire.

Si seulement tous les terriens étaient comme toi…. Elle n’aurait pas eu de regrets.

[Tu désires vraiment que je lui accorde son vœu ? Même si tu dois abandonner tout ce qui t’appartiens de droit ?]

Un sourire se dessina pour la dernière fois sur ses lèvres.

« Oui. »

Le vœu fut finalement décidé.

[Dans ce cas… très bien.] La princesse sentit comme une paire d’ailes se déployer dans les ténèbres. [Rapproche-toi, mon enfant.] Son corps devint soudainement aussi léger qu’une plume. Le temps qu’elle remarque cela, sa vision était devenue trouble. Son environnement se mit à tourner, et quelque chose d’inconnu se dévoila devant ses yeux. La dernière chose qu’elle vit fut…

[J’ai hâte -]

… un fragment bleu s’élever au-dessus de l’homme, et elle entendit…

[- de vous revoir tous les deux un jour.]

… la voix dans les ténèbres rire de joie.

Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *