Tokyo Ravens – Tome 1 Chapitre 1

« Savez-vous quelle est l’essence de la sorcellerie ? »

« La réponse est : “le mensonge”. »

– Tsuchimikado Yakô.

C’était un incident qui s’était produit de nombreuses années auparavant.

Quand les membres adultes de la famille se réunissaient pour une occasion, Harutora et Natsume jouaient souvent ensemble.

Harutora, l’espiègle, se blessait souvent, mais Natsume, la princesse de la famille principale, était très modeste et docile. Elle avait peur de rencontrer des étrangers et avait peu d’amis. Ainsi, à chaque fois que Harutora venait, son visage rougissait d’excitation. Elle écoutait tout ce que Harutora lui disait et le suivait où qu’il aille.

L’endroit où ils jouaient était la cour à l’intérieur du domaine de la famille principale.

Il y avait entre autres dans ce vaste jardin une forêt de bambous, un lac, quelques lanternes de pierre, quelques petites collines, de la mousse, de petits insectes et des temples. Il était rempli de joie et d’aventure.

Mais à un moment, quand ils jouaient, Nastume fut soudainement effrayée et se cacha derrière Harutora. Elle arborait une expression larmoyante alors qu’ils jouaient à chat ou à cache-cache, et étreignit fermement Harutora en disant :

« Je crois qu’il y a quelque chose, qui regarde dans ma direction. »

Harutora ne voyait rien.

Tout d’abord, il pensa que Natsume était trop effrayée, la traita de trouillarde, de pleurnicharde, et la gronda même.

Retourne juste auprès des adultes, si tu as si peur. Je peux jouer tout seul.

À cause de Harutora, Natsume finit presque par pleurer. Cependant, elle ne le fit pas mais réussit à endurer sa peine, se forçant à sourire et continua à jouer avec Harutora.

Mais quand les parents de Harutora lui dirent que Natsume était “une enfant qui pouvait voir”, il sut qu’il se trompait.

Natsume n’avait pas eu peur, mais avait vu quelque chose que Harutora n’avait pas vu.

« Désolé. »

Les yeux de Natsume s’écarquillèrent quand elle vit Harutora baisser la tête pour s’excuser. Harutora continua à insister sur le fait qu’il était en tort et s’excusa en disant que c’était de sa faute.

Je ne vois rien qui m’effraie et ce que je ne peux pas voir ne peut pas me faire peur.

Donc, quand tu as peur, je te protégerai coûte que coûte, Natsume.

Et alors, Natsume bredouilla soudainement des mots pour elle-même et jeta à Harutora un regard rempli d’espoirs.

Peux-tu devenir mon shikigami ?

À cette époque, Harutora ne comprit pas la signification de ses mots. Qu’est-ce qu’un shikigami ? demanda-t-il, et Natsume secoua la tête en disant : je ne sais pas. Mamie a dit qu’un shikigami me protégerait. Tu deviendras mon shikigami comme le veut la “tradition” de notre famille, Harutora et tu resteras à mes côtés pour me protéger.

Mais Harutora ne comprenait toujours pas.

Quelle est cette “tradition” ?

C’est décidé entre ma famille et la tienne, Harutora.

Vraiment ? Pourquoi est-ce que je n’en ai jamais entendu parler ?

Mais ça avait été déterminé ainsi.

Natsume répondit sur un ton forcé, ayant l’impression que ses incantations les plus précieuses avaient été traitées avec dédain, et cela embarrassa Harutora. Le regard de Natsume perdit ensuite en assurance quand elle vit l’expression de Harutora.

Est-ce que tu ne… deviendras pas mon shikigami ?

Sa voix tremblait, et Harutora paniqua, pensant qu’il l’avait encore fait pleurer.

Cependant, Natsume ne pleurait pas. Elle était agitée, effrayée, et ses yeux semblaient sur le point de pleurer, mais Harutora vit que ces yeux ne vacillaient pas. Ces yeux ressemblaient à la surface d’un lac sur une montagne dans les nuages, ne montrant que le reflet des cieux et de l’espace. Ils contenaient une détermination résolue d’un genre qui était inconnu à Harutora.

Il semblait attiré par les yeux de Natsume. C’est bon, répondit-il.

D’accord, je deviendrai ton shikigami, Natsume. Je resterai toujours à tes côtés pour te protéger.

Natsume leva la main droite et étendit le petit doigt. Harutora tendit lui aussi la main droite et utilisa son propre petit doigt pour saisir celui de Natsume.

Natsume commença à scander des paroles, et avait l’air si sérieuse qu’elle en faisait peur. Harutora se joignit à elle, et leurs voix formèrent une promesse.

Une fois qu’elle eut retiré sa main, Natsume avait l’air d’avoir gagné la plus grosse loterie de sa vie et arborait un sourire radieux. Harutora vit ce sourire éblouissant et pensa qu’ils s’étaient enfin réconciliés.

Mais pourquoi ne souriait-il pas aussi gaiement que Natsume ? Son esprit pensait que c’était une bonne chose, mais il y avait une partie de son cœur qui ne pouvait tout simplement pas se calmer. C’était comme s’il avait avalé un morceau de bonbon gros comme un poing.

C’était lourd, douloureux, mais il ne pouvait pas le recracher—

C’était très sucré quand il le léchait.

Après ça, tous les deux continuèrent de jouer dans le jardin du manoir, comme d’habitude. À chaque fois que Natsume semblait effrayée, Harutora regardait à l’endroit où il n’y avait rien, agitait ses poings, criait courageusement et poursuivait la chose que seule Natsume pouvait voir.

Peu importe ce qui arrivait, il ne devait absolument pas la laisser se faire blesser.

— Cela s’était produit il y a plusieurs années.

À cette époque, Harutora ne comprenait pas encore ce que le “futur” voulait dire.

Le miasme avait déjà débordé dans le voisinage quand le moyen de transport du personnel arriva.

La plupart des personnes se trouvant dans le quartier commerçant s’étaient rendues aux abris, laissant derrière elles une rue vide. Des onmyôji portant des vêtements qui les protégeaient du miasme sortirent de la voiture qui avait effectué un arrêt d’urgence.

La source du désastre spirituel était un vieil arbre poussant au milieu du quartier commerçant. Il dégageait une pression spirituelle anormale, tordant son tronc à la manière d’un animal.

L’aura – une chose qui emplissait chaque créature.

Cette aura oscillait et fluctuait souvent, maintenant un état stable dans tout le corps.

Mais, occasionnellement, l’oscillation échappait à tout contrôle, et l’aura clairement déséquilibrée devenait du miasme, accentuant davantage le déséquilibre.

Un accident durant lequel l’aura était incapable de se rétablir, durant lequel elle excédait de loin le niveau acceptable d’auto-purification – voici quels étaient les désastres spirituels reconnus comme tels par ceux versés dans l’onmyôdô. Et extraire l’esprit – “l’Exorcisme” – était le devoir des onmyôji, membres de l’Agence d’Onmyô.

Comme un groupe de corbeaux dansant dans la nuit de Tokyo, ils encerclèrent le vieil arbre, sortant l’un après l’autre de petites dagues de leurs poches.

Ils chantèrent l’incantation, jetant leurs dagues vers la route d’asphalte. Les dagues emplies de force magique percèrent la route et s’y plantèrent. De la lumière blanche sortit des lames, se répandant le long du sol. Elle encercla le vieil arbre et forma un halo de lumière, coupant la source du désastre spirituel du monde extérieur et créant une barrière.

Le vieil arbre n’arrêta pas de bouger pour autant. Il continua à vomir du miasme comme s’il faisait jaillir des spores, et les branches se débattirent pour résister à la force, comme si elles voulaient détruire la barrière.

Le désastre spirituel avait déjà atteint la seconde phase, et la situation ne permettait pas aux onmyôji de le prendre à la légère. Si cela continuait, il entrerait bientôt en phase trois, et le miasme prendrait forme, donnant naissance à des “démons”.

Juste à ce moment-là…

« Désolé, je vous ai tous fait attendre ! »

Une moto approcha dans le dos des onmyôji qui maintenaient la barrière.

Un homme aux yeux perçants avançait rapidement avec le véhicule.

Il ne portait pas des vêtements d’onmyôji avec une protection contre le miasme, mais était à la place vêtu d’une chemise colorée et d’un jean avec les genoux troués, ce qui ne le faisait pas du tout ressembler à un onmyôji.

Mais il était le commandant à la tête de ce groupe, la crème des onmyôji du pays – l’un des onmyôji Nationaux de Première Classe.

« Je vous ai enfin rattrapés. Je vais me débarrasser de ce démon en un coup. Vous autres, restez aux aguets et maintenez la barrière ! »

L’homme portait un katana à la hanche. Il descendit de la moto, se ruant vers l’arbre et brandissant l’arme.

Il fendit l’air avec, dessinant un motif complexe. Il manipula l’aura, la convertissant en force magique. La lame brilla alors d’une lumière aveuglante comme si elle était engloutie dans les flammes.

Le commandant des corbeaux psalmodia :

« Par les cinq éléments, esprit vif du métal, tranche l’esprit du bois ! Le métal surpasse le bois ! Disperse-toi, miasme démoniaque ! »

L’épée levée s’abattit vers le vieil arbre–


« Wow, impressionnant ! »

Tsuchimado Harutora aspira des nouilles à l’aide de ses baguettes jetables, regardant intensément l’écran de télévision.

Il était assis dans une petite boutique d’udon à l’atmosphère rappelant celle de l’ancienne ère Showa. Les fenêtres de la boutique étaient ouvertes en grand, et le vieux ventilateur électrique faisait circuler l’air frais, chassant la chaleur de l’été.

L’écran de télévision était actuellement en train de diffuser en direct les onmyôji éliminant le désastre spirituel. Puisque les désastres spirituels se produisaient presque tous à l’intérieur de Tokyo, c’était presque une scène étrangère à Harutora qui vivait dans un endroit aussi campagnard.

Harutora pointa ses baguettes vers la télévision de la boutique.

« Regarde, Tôji. Cet arbre fait au moins deux mètres de diamètre, mais il a été coupé instantanément, presque comme dans un manga. »

Il était rempli d’excitation quand il parla à Ato Tôji qui était assis en face de lui.

Tôji avait fini de manger depuis longtemps, vautré paresseusement dans son siège. Il écoutait ce que disait Harutora, tournant la tête pour regarder la télévision derrière lui. La paire d’yeux féroces sous le bandana ceint autour de son front y jeta un regard ennuyé.

« …… Après tout, des élites comme les onmyôji ne sont pas si différents de personnages de mangas, de toute façon. »

« Des élites ? »

« Ceux qui se qualifient à “l’Examen d’onmyô de Première Classe”, aussi connus sous le nom d’onmyôji Nationaux de Première Classe… Est-ce qu’il n’y avait pas un reportage spécial dans le magazine que je t’ai laissé lire l’autre jour ? »

« Hein ? Alors ce type au katana est l’un des “Douze Généraux Divins” ? Impressionnant ! »

Harutora reporta à nouveau son regard sur la télévision. La diffusion en direct avait été remplacée par un reporter faisant une déclaration sur place, et Harutora fixa encore joyeusement l’écran. Il lui fallut encore un moment avant qu’il se souvienne qu’il était toujours en plein repas, après quoi il continua à manger ses nouilles.

Généralement parlant, onmyôji était une profession assez curieuse.

Mais une fois que quelqu’un devenait un onmyôji National de Première Classe, c’était une position complètement différente.

Les soi-disant “Douze Généraux Divins” portaient juste un titre qui leur avait été conféré par les médias, puisqu’il n’y avait qu’une douzaine d’onmyôji Nationaux de Première Classe qui avait passé l’examen pour le devenir. On pouvait dire que ceux-ci étaient des onmyôji d’élite encore plus extraordinaires.

« Les diffusions de ce genre deviennent de plus en plus fréquentes ces derniers temps. » dit Harutora en aspirant de l’udon.

« Il semble que le nombre de désastres spirituels tendent à augmenter… Mais ce ne sont que les affaires de Tokyo. » ajouta Tôji en regardant par la fenêtre.

« Cet endroit est vraiment paisible. »

Harutora posa ses baguettes alors qu’il était en train de manger son udon puis regarda Tôji.

« Qu’y a-t-il ? Est-ce que tu penses à ta famille après en avoir été éloigné pendant longtemps ? »

« Ce n’est pas ça, je ne déteste pas la paix. »

« Ha ha, ne mens pas. Quand tu étais à Tokyo, tu étais un violent délinquant juvénile. »

« La ferme, mange tes nouilles. »

Tôji étrécit les yeux et fronça les sourcils, et Harutora rit tout en tendant la main vers la petite bouteille de sauce chaude.


Une fois qu’ils furent sortis de la boutique, Harutora ne put s’empêcher de plisser les yeux du fait de l’éblouissante lumière du soleil et de la vaste étendue de blancheur qui leur faisait face.

Le soleil d’août était haut dans le ciel, la forte chaleur se réfléchissait sur la route d’asphalte, et les cigales chantaient par à-coups comme le fracas des vagues.

De l’autre côté de la route se trouvait un parc plein de verdure. En levant le regard, le ciel bleu s’étalait devant lui, de gros nuages blancs s’étirant à travers le ciel.

C’était l’été.

Harutora et Tôji sortirent de la boutique de nouilles et se tinrent devant pendant un moment.

« …… Il fait si chaud. »

« C’est l’été, tu sais. »

Leurs oreilles pouvaient presque entendre le son de leur peau en train de frire alors qu’ils se tenaient sous la chaude lumière du soleil. Quand ils traversèrent la route et arrivèrent à l’ombre des arbres, ils reprirent leur promenade sans but.

C’étaient actuellement les vacances d’été, et aujourd’hui, ils avaient eu des cours de rattrapage d’été pendant toute la matinée, et ils n’avaient pu prendre leur déjeuner tardif qu’il y a un instant, sur la route du retour.

Tous les deux portaient leur uniforme, composé d’une chemise blanche à manches courtes et d’un pantalon gris, pour les cours de rattrapage qui venaient de se dérouler, mais Tôji avait en plus un bandana ceint autour du front, maintenant en arrière ses cheveux longs.

Peut-être les atmosphères qu’ils dégageaient tous les deux étaient-elles différentes, puisque même s’ils portaient tous deux des uniformes identiques, Tôji paraissait bien plus beau. Ils étaient comme un tigre tirant la langue à cause de la chaleur et un loup cherchant calmement une proie. Tôji avait grandi assez beau en premier lieu, et bien sûr, ce pouvait être l’une des raisons qui créaient la disparité entre eux.

« J’ai encore un fort goût d’épices dans la bouche. »

« Tu as mis trop de sauce épicée. »

« Je n’ai pas fait exprès, c’est parce que le couvercle de la bouteille est tombé. »

« Tu as toujours aussi peu de chance. »

Tôji pouffa de rire.

En fait, Harutora avait étrangement peu de chance, et le couvercle de la bouteille qui tombait quand il versait de la sauce épicée comptait même comme une petite affaire. Par exemple, il avait été impliqué dans des accidents de voiture douze fois. Il était très dur de juger si se faire renverser douze fois par des voitures et être toujours en vie signifiait qu’il était chanceux ou pas.

« C’est à coup sûr une malédiction héritée de mes ancêtres. »

« Eh bien, avec ta lignée, la probabilité est assez élevée. »

Comme d’habitude, Harutora n’arrêtait pas de se plaindre, et Tôji qui marchait à côté de lui répondait sarcastiquement.

La lumière du soleil passait à travers les feuilles et brillait sur la route d’asphalte, comme si de la luminescence avait été éparpillée partout. Des ombres noires clairement soulignées contrastaient avec la lumière inégale, et regarder la scène semblait faire baisser quelque peu la chaleur.

« Très bien… Que devrait-on faire ensuite ? »

Harutora marmonnait encore. Son téléphone sonna promptement comme s’il avait saisi cette opportunité.

« Oh. » Harutora sortit son téléphone de sa poche.

Il ouvrit le téléphone pliant, et après avoir vu le nom affiché sur l’écran, il ferma immédiatement les yeux à moitié, et referma le téléphone sans dire un mot. Ensuite, il le remit dans sa poche comme si rien ne s’était passé.

« … Hokuto ? » Tôji tourna son regard vers lui, en quête de confirmation.

« … C’était Hokuto. »

Harutora n’expliqua pas davantage, Tôji ne posa pas non plus d’autres questions.

Tous les deux écoutèrent les cigales tout en se baladant tranquillement.

« Que fera-t-on après ? Je n’ai pas d’argent sur moi, mais est-ce qu’on ne devrait pas tout simplement aller aux arcades pour traîner, comme prévu ? » proposa Harutora, sa bonne humeur retrouvée.

« …… Non, malheureusement, tu gâches tes efforts. »

« Quoi ? Que veux-tu dire ? »

« Tu t’es déjà fait prendre, comme on pouvait s’y attendre de la part de ta malchance. »

Tôji tendit légèrement le doigt dans le dos de Harutora.

« Espèce de Bakatora ! »

Une voix qui semblait être l’illustration même de la vitalité résonna d’un ton léger et vif.

Ensuite, Harutora entendit le son de pas tapants sur la route d’asphalte – et peu après, quelque chose de chaud et doux sauta sur son dos.

« Je t’ai trouvé ! Pourquoi n’as-tu pas décroché ton téléphone ? Dépêche-toi de me le dire ! Bakatora ! »

« Arr… Arrête, Hokuto ! Peux pas respirer– ! Vais mourir– ! »

Deux mains surgirent de derrière le dos de Harutora, agrippant son cou. Des cheveux clairs et courts flottèrent légèrement dans la brise estivale.

Le cou de Harutora se faisait vigoureusement étrangler, et il essaya désespérément de desserrer les bras de Hokuto. Mais cette dernière n’abandonna pas l’opportunité de délivrer le coup de grâce et elle leva les bras, broyant la tête de Harutora avec.

« Bakatora ! Bakatora ! »

« Hé, arrête ça. Ne te penche pas sur moi, il fait trop chaud, espèce de garçon manqué ! »

« Qu’est-ce que tu as dis ! C’est toi qui sens la transpiration, Harutora. »

« Ne me sens pas ! »

« Ah, il y a une odeur de soupe, est-ce que tu as encore mangé de l’udon ? »

« Ne t’ai-je pas dit de ne pas sentir le corps des autres ! Es-tu un chien ? »

Le visage rouge, Harutora fit un grand pas en arrière. Hokuto le relâcha enfin, affichant un brillant sourire, et dit d’un ton juvénile :

« Il fait si chaud, je ne te pensais pas capable de manger de l’udon, ton cerveau a vraiment dû frire. »

« Sois un peu moins bruyante ! Et aussi, ne méprise pas l’udon. Pour le Japon, c’est un plat- »

« Tôji, qu’as-tu mangé ? »

« Des soba. »

« Est-ce que tu m’oublies ? Ou tu m’ignores juste délibérément ? »

Harutora rugit avec intensité, mais Hokuto qui l’avait dans la paume de sa main semblait bien s’amuser.

Hokuto et lui avaient été ainsi depuis le collège jusqu’à aujourd’hui. Elle avait de grands yeux, ses lèvres se courbaient naturellement vers le haut, et sa façon de parler ressemblait à celle d’un garçon, mais, fait qui semblait assez inattendu, elle avait un visage bien formé et adorable. Elle portait un polo moulant et une mini-jupe, et ses mains ainsi que ses pieds étaient bronzés par le soleil.

Elle agita ses jolies jambes tannées d’avant en arrière, se déplaçant tour à tour entre un Harutora à l’air frustré et Tôji qu’elle ne dérangeait pas.

« Vous êtes allés aux cours de rattrapage aujourd’hui aussi, les gars ? Comme prévu de la part du Roi de l’Échec et du Maître de l’École Buissonnière. »

« Tu es bruyante, qu’es-tu venue faire ici, au fait ? »

« Hm ? Rien, je suis juste venue ici pour me balader. »

« Une balade un jour super chaud comme celui-ci ? N’es-tu pas celle dont le cerveau a été frit ? »

« Au moins, c’est beaucoup plus porteur de sens que les cours de rattrapage. Le savais-tu, Harutora ? Dans ce monde, seuls les gens intelligents prospèrent. »

« Uh, le pouvoir de persuasion de ce type est vraiment ennuyant…… »

« Je ne suis pas un type, je suis une fille, Bakatora. »

« La ferme, espèce de garçon manqué. »

Frustré, Harutora fixa Hokuto qui dramatisait.

À propos, “Bakatora” était une création originale de Hokuto, qui avait décrit Harutora comme “un vieux tigre, passant un jour de printemps à dormir paresseusement en montrant son ventre” pour le rabaisser. Comme l’analogie était très pertinente, elle n’avait pas pu s’empêcher de faire l’éloge de sa propre créativité quand elle avait pensé à ce surnom, mais Harutora se sentait juste furieux en pensant à ses origines.

Tôji soupira sans piper mot tout en les regardant se chamailler tous les deux comme d’habitude.

« En parlant de ça, tu as encore cette intuition étrange, comme toujours. As-tu vu la diffusion, à l’instant, toi aussi ? »

« Ouais, et toi aussi, Tôji, tu sembles aussi vif que d’habitude. »

« Bon alors, je devrais à nouveau mettre le sujet sur la table…… »[1]

Que c’était insupportable. Tôji se tourna sur le côté, détournant le regard. Harutora semblait juste mécontent, comme un tigre dont la tête avait été rasée.

Hokuto ne s’inquiéta pas de leur réaction à tous les deux.

« Quoi qu’il en soit ! Peu importe ce pourquoi je vous ai appelés, les gars, Harutora doit d’abord payer pour avoir ignoré mon appel. Dépêche-toi, allez ! »

Après que Hokuto avait raidi son dos et fait cette déclaration, elle attrapa la main de Harutora, l’obligeant à courir.

Son bras était fin comme celui d’une fille, mais elle était étonnamment forte. « Hé, qu’est-ce que tu fais ? » Comme Hokuto remorquait Harutora, il fut obligé de la suivre.

Tôji leva un sourcil, paraissant assez impuissant.

Ensuite, il enfonça les deux mains dans les poches de son pantalon, suivant lentement les pas de ses deux amis.

« …… Je ne comprends vraiment pas. Pourquoi dois-je offrir de la glace pilée à Hokuto ? Vraiment, je ne pige pas du tout…… »

Dix minutes plus tard.

Harutora s’assit sur un banc du parc, fixant la glace pilée dans une coupe en plastique, et se plaignit d’un ton fâché, le regard mécontent.

Au contraire, Hokuto, qui avait reçu sa compensation, semblait folle de joie.

« Tu es bête, Harutora, pas étonnant que tu échoues toujours à tes examens. »

« Ne dis pas n’importe quoi ! C’est mon droit, de décrocher ou non mon téléphone, et quant à la glace pilée– »

« … Miam. »

« Hé, ne mange pas la glace pilée de quelqu’un d’autre sans rien dire ! En plus, tu as mangé la couche supérieure, bon sang ! » rugit Harutora en éloignant sa coupe de Hokuto.

Comme celle-ci avait mangé trop vite, elle plissa la peau de son visage et frotta ses tempes, on pouvait dire qu’elle se faisait mal toute seule.[2]

« …… Hokuto, es-tu ici pour conseiller à nouveau à Harutora de devenir un onmyôji ? » demanda Tôji en ouvrant la bouche tout en buvant un soda à côté.

Au moment où il dit cela, Hokuto redressa son dos comme si c’était sa réponse.

« Harutora. »

Hokuto rapprocha son visage, le regardant droit dans les yeux. Harutora recula inconsciemment en voyant ses grands yeux le fixer.

« Qu, Quoi ? »

« Tu as vu la diffusion à la télé tout à l’heure, pas vrai ? »

« Ou, Oui…… »

« Ne t’es-tu pas imaginé à leur place ? Veux-tu te l’imaginer ? Tu le veux, pas vrai ? Voir ça t’a vraiment fait penser à devenir un onmyôji comme eux, pas vrai ? »

Le ton de Hokuto était extrêmement excité.

Harutora sentait que les mots qui avaient été prononcés plus de dix fois allaient être répétés, et il ne put s’empêcher de soupirer.

« …… Je ne veux pas du tout. »

« Pourquoi ? Harutora, tu es un descendant d’Abe no Seimei, de la famille Tsuchimikado, des onmyôji authentiques ! »

Ennuyé, Harutora fit la grimace devant l’attitude agressive de Hokuto.

Chaque mot que Hokuto avait prononcé était vrai.

Abe no Seimei avait été actif pendant l’ère Heian, un onmyôji distingué de l’époque. Après sa mort, ses fils s’étaient proclamés “Tsuchimikado”, de véritables onmyôji, et avaient pendant très longtemps dominé le monde de l’onmyôdô, jusqu’à l’ère Meiji. Inutile de le dire, Harutora – Tsuchimikado Harutora était un descendant de cette célèbre famille.

Mais.

« Je te l’ai dit, Hokuto. Je l’ai dit tellement de fois que je ne veux même plus le répéter. Même si je suis un Tsuchimikado, je suis d’une “famille secondaire”, c’est complètement différent de l’incroyable “famille principale”. »

« Tu restes malgré tout un Tsuchimikado ! Tu es né dans une famille légitime dont l’histoire remonte à l’ère Heian ! Mais tu vas dans un lycée médiocre, tu paresses toute la journée, tu échoues à tes tests et tu t’en fiches, tu vas aux cours de rattrapage tous les jours après l’école et tu te plains sans arrêt… Ne penses-tu pas que tu es pathétique ainsi ? »

« Inutile d’être aussi indiscrète…… »

Harutora écouta le discours clair et logique de Hokuto mais ne put s’empêcher de froncer les sourcils.

Par le passé, Hokuto avait essayé de persuader Harutora à plusieurs reprises, voulant qu’il “devienne un onmyôji“. Et à chaque fois qu’elle voyait des nouvelles à propos des onmyôji, cela s’intensifiait. Elle disait toujours la même chose, comme quoi il était né dans une famille célèbre. On pouvait dire de sa méthode de persuasion qu’elle était enthousiaste, mais elle était plus proche de l’entêtement.

« Comme tu es né dans une famille célèbre, n’est-ce pas une obligation ? »

« Pas du tout, de quelle époque viens-tu ? »

« Harutora, tu es trop irresponsable ! »

« Qu’est-ce que tu veux dire pas responsable ou irresponsable ? Il se trouve juste que je suis né dans la famille Tsuchimikado secondaire, je suis juste un lycéen ordinaire et inintéressant… Même si mon père est un onmyôji spécialisé, c’est juste un docteur d’onmyô de campagne. »

« Pas vrai ? » Harutora essaya de sollicité l’approbation de Tôji. Ce dernier, qui regardait calmement leur interaction à côté arbora un sourire amusé et acquiesça.

« Je le sais. Après tout, il est mon sauveur. »

Auparavant, quand Tôji était à Tokyo, il s’était retrouvé mêlé à un désastre spirituel, avait plané à la frontière entre la vie et la même, et avait croisé un docteur d’onmyô – un docteur spécialisé qui utilisait des techniques d’onmyôdô pour ses traitements – qui se trouvait à Tokyo et qui avait réussi à les sauver, sa vie et lui.

Ce docteur d’onmyô qui avait soigné Tôji était le père de Harutora.

Même maintenant, des restes du désastre spirituel s’attardaient encore dans le corps de Tôji, et il devait régulièrement recevoir un traitement de la part du père de Harutora à cause de cela. La raison pour laquelle il était allé en cours de rattrapage cette fois-là n’était pas parce que ses notes étaient mauvaises, mais parce que son traitement le faisait passer trop peu de temps en classe. Il avait un peu touché à l’onmyôdô et en avait personnellement constaté les effets, alors il était assez bien informé sur les techniques d’onmyôdô.

« Le père de Harutora est un excellent docteur d’onmyô qui ne fait pas le moins du monde honte à la famille Tsuchimikado, tout le contraire de son bon-à-rien de fils. »

« Peu importe, en tout cas, je n’ai aucun talent pour les techniques d’onmyôji. Je ne peux même pas voir l’aura, mais ce n’est pas un souci, je ne vois aucun inconvénient là-dedans. »

Harutora lâcha ces remarques et releva la tête pour avaler un gros morceau de glace.

onmyôji était une profession du genre extrêmement curieux, et évidemment, une condition basique pour l’exercer était d’avoir un certain talent ou une certaine qualité, comme être capable de ressentir l’aura – une capacité de voyance connue sous le nom de “vision spirituelle”. Posséder de la force était également essentiel pour être un onmyôji.

Mais Harutora n’avait pas la capacité de voir les esprits, en d’autres termes, Harutora n’était pas fait pour devenir un onmyôji. C’était la preuve la plus irréfutable.

Hokuto était la seule à ne pas accepter cette façon de voir les choses.

« Est-ce que ça ne suffirait pas que tu demandes à ton père de te permettre de “voir” ? Il y a de tels sorts parmi les techniques d’onmyôji, pas vrai, Tôji ? »

« Je pense que oui. J’ai entendu dire qu’avec un traitement réalisé par un onmyôji aux capacités exceptionnelles, les effets pouvaient durer de nombreuses années, » ajouta Tôji.

Hokuto fixa Harutora avec un regard disant : “tu vois”. Ce dernier tourna juste la tête et rétorqua :

« J’ai dit que, pour l’instant, je n’y voyais aucun inconvénient.

Mais ce qui est plus important encore, c’est que l’âge d’or de la famille Tsuchimikado s’est terminé il y a longtemps. En ce moment, même la famille principale décline tout comme l’aristocratie, et une famille secondaire comme la mienne n’est pas bien différente d’une famille ordinaire. »

« Dans ce cas, Harutora peut devenir un onmyôji incroyablement fort et redorer le blason de la famille Tsuchimikado ! »

« …… D’où te vient cet enthousiasme…… »

Un sentiment éreintant de futilité attaqua et épuisa Harutora. Il n’était pas intéressé et ne pensait pas avoir de talent, alors il avait beaucoup de mal à accepter l’idée selon laquelle il devait se laisser persuader de devenir un onmyôji juste parce qu’il était né dans une famille célèbre. Il ne comprenait pas pourquoi cela intéressait autant Hokuto.

« Ah, et aussi, il y a une fille talentueuse qui a le même âge que moi dans la famille principale, alors je n’ai pas à m’embêter avec la mission de redorer le blason de la famille Tsuchimikado. »

Harutora dit ceci comme si c’était un aparté, mais une lueur flasha dans les yeux de Hokuto quand elle entendit cela.

« …… Est-ce que tu parles de la fille que tu avais évoquée avant – cette cousine ? »

« C’est ça, elle est douée. Elle est allée à Tokyo pour étudier après le collège. Elle étudie dans cette célèbre école qui entraîne les onmyôji. De plus, elle n’a que seize ans, mais elle a déjà été désignée comme héritière de la famille Tsuchimikado. Je vais lui laisser la famille Tsuchimikado, et l’honneur de la famille sera maintenu sans soucis. »

« Qu’est-ce que tu racontes ? L’autre personne est une fille, ne te sens-tu pas frustré ? »

« Pas le moins du monde. »

Il répondit rapidement, et la fille baissa la tête, démoralisée.

« …… Que c’est triste, tu devrais au moins te sentir un peu embarrassé. »

« Mais la différence de pouvoir entre elle et moi est trop énorme, alors je n’ai aucune raison de me comparer à elle. »

Répondit Harutora avec désinvolture.

« Mais comme la famille principale a une fille douée, les gens de son entourage n’attendent pas grand-chose d’un enfant de la famille secondaire comme moi. Quand j’ai dit à ma mère et à mon père que j’allais aller dans un lycée médiocre, ils n’ont pas dit grand-chose. Je peux même dire que mon quotidien s’est bien détendu grâce à elle. »

Ces derniers mots reflétaient ses véritables pensées. Harutora n’était pas du tout jaloux ou envieux de la fille de la famille principale, sans parler de se sentir inférieur. Au final, il n’avait aucun désir de devenir onmyôji, et n’était pas non plus capable d’imaginer avoir un tel désir.

Ils s’étaient encore contactés quand il était petit, mais après le collège, leur relation était devenue de plus en plus distante.

Plus particulièrement maintenant……

« …… Vraiment ? » demanda calmement Hokuto.

« Quoi ? »

« Est-ce réellement vrai que personne n’attend quoi que ce soit de toi, Harutora ? »

« Je viens de dire que, probablement…… Non…… »

Les yeux de Hokuto brillèrent d’un sentiment blessé qu’ils n’avaient jamais montré auparavant, et Harutora devint de plus en plus hésitant tout en parlant.

Hokuto regarda Harutora droit dans les yeux. Il n’avait pas encore compris ce que la lueur qui y brillait signifiait et avait l’impression que son âme était presque absorbée par ses grands yeux.

Le bruit des cigales se fit brusquement distant.

La scène s’étant déroulée six mois auparavant se réveilla dans son esprit. Ce jour d’hiver de sa troisième année de collège, quand Harutora avait décidé d’étudier dans un lycée normal…

Une paire de beaux yeux magnifiques avait regardé droit dans la direction de Harutora.

Des larmes avaient tout à coup brillé dans les yeux en amende silencieux et humides.

« Menteur. »

Un rêve éveillé qui lui traversa l’esprit.

Sa poitrine était agitée et une douleur profonde le fit souffrir comme une ancienne blessure.

Maintenant.

« …… Ça coule, » dit Tôji.

En y regardant de plus près, sa glace pilée avait fondu et une grande partie gouttait de la coupe que tenait Harutora. « Merde ! » Harutora se leva prestement, mais malheureusement, une zone mouillée s’étalait déjà depuis longtemps sur son pantalon.

Arrivé un moment, le soleil s’était déplacé, et seule la main de Harutora n’était plus sous l’ombrage des arbres. Comme on pouvait s’y attendre de la part du malheureux Harutora.

« Pourquoi ne l’as-tu pas dit plus tôt ! »

« Tu aurais dû le remarquer toi-même d’abord. »

« …… On dirait que tu t’es fait pipi dessus. »

« Tu sembles très contente, Hokuto ! »

Le visage de Harutora rougit et Hokuto retrouva son expression normale, riant joyeusement. « Là. » Elle offrit son mouchoir. Malgré le fait de ne pas en vouloir pour plusieurs raisons, tout ce que Harutora put faire fut de prendre son mouchoir et de le lui emprunter pour le moment.

« …… Très bien, la consultation d’aujourd’hui va se terminer ici. Le fils aîné de la famille secondaire est encore en première année de lycée, alors il n’y a pas d’urgence à décider de sa voie future pour l’instant. »

Tôji plissa les yeux, regardant les nuages sous son bandana.

En effet, sous cette vague de chaleur croissante, le futur ressemblait à une image floue créée par un mirage.

En tout cas, personne ne pouvait dire avec précision ce qui les attendait.

Ce qui était plus important, c’est qu’en ce moment, c’étaient les vacances d’été.

« Ces gens qui veulent devenir des onmyôji spécialisés travaillent dur dans cette voie une fois qu’ils sont sortis du collège. » répliqua Hokuto, pas encore convaincue.

« Comparer sa situation à celle d’autre personnes est inutile, puisque Harutora ne peut pas voir les esprits. Penses-tu que tel qu’il est actuellement, il peut devenir un onmyôji ? »

« Mais…… »

« En plus, ses autres notes sont également mauvaises. »

« Ah- »

« Pourquoi n’as-tu rien à répliquer à ça ! Et toi, Tôji, tu es trop indiscret ! »

Le son des cigales éclipsa le bruit de protestation de Harutora, ainsi que le bruit des rires de Hokuto et le soupir de Tôji qui s’y mélangeaient.

Un après-midi d’août.

Le soleil éclatant ne montra aucun signe d’assombrissement.

Après cela, Harutora et les autres se rendirent au centre d’arcades, faisant passer le temps tranquillement, et se séparèrent quand le soleil commença à décliner.

Au cours des derniers jours, ils avaient mené ce genre de vie. Hokuto et Harutora ne fréquentaient pas le même lycée, mais une fois que les vacances d’été arrivaient, tous les trois étaient ensemble presque tous les jours.

« La paix est vraiment paisible…… »

« L’ennui est aussi vraiment ennuyant. »

Répondit Harutora à Tôji alors qu’ils marchaient dans la soirée le long de la rue bordée de magasins en direction de la station de tramway. Puisque la direction menant à la maison de Hokuto était différente, elle s’était séparée d’eux plus tôt. Les deux garçons étaient ensemble, dégageant tous deux le même air paresseux.

La rue commerçante était très animée et il y avait partout un essaim de personnes qui étaient venues pour acheter le dîner. L’odeur de cola flottait depuis les magasins de nourriture, stimulant la faim de Harutora.

Il remarqua que des posters annonçant le festival des feux d’artifice étaient collés aux murs des magasins et sur les poteaux électriques. Le festival des feux d’artifice était un festival se déroulant au temple local et, avec le spectacle de feux d’artifice, il était grandement fréquenté chaque année.

Le festival se déroulerait le lendemain et, bien sûr, Harutora et les autres, n’ayant rien d’autre à faire, avaient décidé de se joindre à la fête ensemble.

« En parlant de festivals, Tôji, c’est la première fois que tu y vas. »

Tôji avait emménagé ici au printemps, et tous les deux étaient devenus amis à ce moment-là.

« L’année dernière, tu y es allé avec Hokuto, pas vrai ? »

« Exact, je me souviens que nous y sommes allés l’année dernière et l’année d’avant. »

« Est-ce que ça ira ? Cette année, je serai là pour tenir la chandelle. »

« Hé, hé, Hokuto et moi sommes de simples amis tu ne penses quand même pas que ce garçon manqué et moi sortons ensemble, pas vrai ? Elle parle de la même façon qu’un garçon. »

Bien qu’elle fût mignonne, elle était une personne qui étranglait la gorge des autres par derrière sans y penser. Elle ne parlait pas non plus comme une fille, mais plutôt comme un garçon, même s’il ne pouvait traîner librement et nonchalamment avec Hokuto qu’à cause de cela.

Après avoir entendu la réponse de Harutora, Tôji leva légèrement le sourcil droit.

« Vous êtes juste de simples amis ? »

« Exactement, la première fois que nous avons participé au festival, je n’ai dit que quelque chose du genre : “On dirait vraiment qu’on est en rendez-vous galant”… »

« … Elle s’est fâchée et l’a nié ? »

« Oui, j’ai frénétiquement expliqué que je plaisantais et qui sait si elle l’a entendu, puisqu’elle a continué à me faire l’inviter à des trucs. Je n’ai vraiment pas eu de chance à ce moment-là. »

« …… Harutora. »

« Quoi ? »

« Ça te va assez bien comme surnom, Bakatora. »

« Quoi ! »

Harutora fixa Tôji, l’air peu convaincu. Tôji était trop ennuyé pour répondre, mais une légère trace de sourire passa sur ses lèvres à la place.

« Mais Hokuto n’était pas aussi ennuyeuse à ce moment-là, et elle ne parlait pas autant de ces histoires d’onmyôji. Ça a probablement commencé au début de cette année ? Elle a tout à coup commencé à me harceler…… Mais en fait, je ne sais pas quelles mauvaises idées elle peut bien avoir en tête. »

Harutora pouvait comprendre si elle voulait elle-même devenir une onmyôji. Mais il ne savait pas ce qui se passait dans sa tête, à essayer de convaincre une personne qui se trouvait juste être membre d’une famille notable de devenir un onmyôji, en se basant sur l’histoire de sa famille. Même si elle ne faisait que s’amuser, ce genre d’attitude était bien de trop ennuyante.

« …… Elle ne peut pas accepter le fait que l’on te regarde de haut, hein ? »

« Personne ne me regarde de haut. Pour tout te dire, c’est elle qui me regarde le plus de haut. »

« C’est vrai. »

« Elle ne saisit pas non plus la situation, les Tsuchimikado ont perdu leur position il y a bien longtemps. »

Harutora n’arrêta pas de se plaindre en marmonnant.

Un rictus clairement railleur apparut sur le visage de Tôji au fur et à mesure qu’il écoutait.

« Tu ne peux pas lui en vouloir pour ça, puisqu’elle n’est pas au fait de toutes les informations internes, après tout. Tu devrais juste lui dire de but en blanc que la famille Tsuchimikado actuelle ne peut pas être qualifiée de notable et qu’ils sont en fait tenus à l’écart des choses. »

Les mots de Tôji étaient glaciaux, et Harutora ne put s’empêcher de montrer son amertume.

Hokuto avait dit la vérité. La famille Tsuchimikado avait vraiment été un clan légitime pendant toute l’ère Heian, une célèbre famille de l’onmyôdô.

Cependant, ce nom était devenu beaucoup plus dur à prononcer dans la communauté de l’onmyôdô depuis que le Japon était entré dans l’ère moderne.

L’ancêtre de la famille Tsuchimikado, Abe no Seimei, sur qui l’on racontait beaucoup d’histoires, était célèbre, même aujourd’hui. Mais ses enfants, la famille Tsuchimikado, n’étaient connus de presque personne, et en général, seules des personnes “du milieu” réagissaient en entendant ce nom.

Après la Restauration de Meiji, le Bureau d’Onmyô ― l’organisation en charge des divers onmyôji ― avait été aboli à cause de la mise en application de nouvelles lignes de conduites, et le nom des Tsuchimikado perdit du même coup de sa renommée dans l’onmyôdô. Le déclin des Tsuchimikado pouvait même être retracé plus loin, jusqu’au shogunat des Tokugawa, quand une grande part du pouvoir actuellement lié à l’onmyôdô avait été confié aux familles secondaires Kurahashi et Wakasugi, et même si les Tsuchimikado étaient la famille principale, elle avait été réduite à une coquille vide.

Mais quand l’ère Meiji s’était terminée, après que l’ère Taishô s’était finie et qu’avait commencé l’ère Showa, le Japon était embourbé dans les affres de la guerre et c’est avec surprise que la famille Tsuchimikado avait à nouveau reçu de l’attention.

À la veille du déclenchement de la guerre du Pacifique, les hauts-gradés de l’armée japonaise qui croyaient en la religion et en des pouvoirs surnaturels projetèrent d’utiliser la magie dans l’effort de guerre.

Ce groupe de personnes ressuscita le Bureau d’Onmyô et nomma à sa tête le jeune qui était tout juste devenu chef de la famille Tsuchimikado ― Tsuchimikado Yakô.

Cependant, il se pourrait que les choses se soient en fait déroulées dans l’autre sens.

L’armée ressuscita l’étrange et ancien Bureau d’Onmyô, le dépoussiéra et le reconstruit. Elle investit même de grandes sommes d’argent dans la recherche et le développement, tout ça parce qu’on leur avait clairement montré les effets de la “magie” d’un homme. Et cette personne était Tsuchimikado Yakô. Sa force et son talent magique incomparables attirèrent l’attention de l’armée.

Le jeune chef de la famille Tsuchimikado reçut le soutien financier et humain de l’armée, parvenant à réformer historiquement la magie japonaise.

De plus, il n’étudia pas seulement la magie, il intégra aussi du Bouddhisme ésotérique, du Confucianisme, du Shintoïsme, et d’autres religions japonaises en lien avec la magie, et ajouta des connaissances uniques, formant un tout nouveau système de magie. En même temps, c’était l’achèvement du genre de magie extrêmement viable et utile que l’armée avait demandé.

Vers la fin de la guerre, le système de magie achevé était épuré et le développement était davantage rationnalisé, devenant l’onmyôdô du Japon moderne–

“L’onmyôdô Général”. En d’autres termes, on pouvait dire de Tsuchimikado Yakô qu’il était le père de la magie moderne.

Malgré tout, le nom de Yakô était maintenant devenu tabou au sein de la communauté magique.

Ce tabou prenait sa source dans les derniers jours de la défaite du Japon dans la guerre du Pacifique.

À cette époque, l’armée avait envoyé le Bureau d’Onmyô dans une impasse, échappant à la réalité et se plongeant progressivement dans la folie. L’armée implora Yakô d’exécuter un rituel magique de grande ampleur afin de changer la donne – qui se solda finalement par un échec.

Il ne restait pas de document détaillé à propos de ce rituel, mais il avait conduit à des séquelles assez dévastatrices. Yakô, qui avait exécuté le rituel, avait été tué, mais ce n’était pas tout : un effet du rituel avait été le profond bouleversement de l’aura de Tokyo, détruisant l’équilibre original et menant à un énorme désastre spirituel comme on n’en avait jamais vu auparavant.

La rumeur voulait à ce moment-là que le Hyakki Yagyô [3] avait parcouru la capitale pendant la nuit.

Mais Tokyo était sous les bombardements américains à l’époque, et la ville était presque paralysée, alors il était en réalité impossible de saisir la vérité sur la situation, et ce qui s’était véritablement passé n’était pas clair.

« …… Mais tout ça me paraît dater d’il y a très longtemps…… C’était juste une grosse gaffe faite par ton ancêtre au siècle dernier. »

« C’est vrai. » répondit tout bas Harutora d’une voix sèche.

En tout cas, la perturbation de l’aura s’était peu à peu stabilisée à un certain degré au fil du temps, mais une guérison complète du bouleversement n’était toujours pas en vue même après que la guerre était finie. Les chercheurs pensaient tous que pendant le rituel de Yakô, une espèce de changement critique s’était produit.

Résultat, pendant l’occupation par le gouvernement des États-Unis, il fut confié au Bureau d’Onmyô la tâche de s’occuper des désastres spirituels qui continuaient de se produire même après la guerre ― tout fut laissé au Bureau d’Onmyô pour qu’ils s’en débarrassent. Après la mort de Yakô, le Bureau d’Onmyô, à moitié ruiné, se sépara également de l’armée, se concentrant sur la lutte contre les désastres spirituels de Tokyo. Ironiquement, ce qu’ils utilisèrent fut le puissant onmyôdô achevé par Yakô.

Maintenant, le Bureau d’Onmyô avait changé de nom et était devenu l’Agence d’Onmyô. Elle supervisait tous les divers utilisateurs de magie du pays, mais son devoir principal était de réprimer les désastres spirituels qui éclataient partout au Japon ― et la grande majorité à Tokyo.

Les traces que Yakô avait laissées derrière lui unissaient toujours la communauté magique du Japon et l’histoire de l’onmyôdô avançait main dans la main avec les malheurs de la famille Tsuchimikado. Il ne serait pas exagéré de dire que la situation de la communauté magique japonaise moderne avait de profondes racines dans la famille Tsuchimikado.

« Tu es vraiment né dans une famille compliquée. »

« Je ne te le fais pas dire. »

Il y avait des piles de livres parlant de cette histoire, dont aucune partie n’avait été laissée dans l’ombre.

Mais à l’exception de personnes comme Tôji, qui s’était impliqué de sa propre initiative, personne n’aurait l’opportunité d’entrer en contact avec ces connaissances.

« Pourquoi ne vas-tu pas chercher Hokuto et ne lui expliques-tu pas dans quelle situation complexe se trouve la famille Tsuchimikado en ce moment ? »

« Mais j’ai peur qu’elle me réponde : “Alors c’est à toi de laver les stigmates de ton ancêtre !” et que ça l’excite encore plus. »

« C’est très probable. »

« En parlant de ça, est-ce qu’elle ne sait vraiment rien de tout ça, vu qu’elle essaye de me persuader avec tant de ferveur ? »

« Le grand désastre spirituel était mentionné dans les manuels scolaires, mais le nom de Yakô n’apparaît pas. »

« Mais elle sait d’une façon ou d’une autre que la famille Tsuchimikado était célèbre. Ce n’est pas une connaissance très répandue. »

« En parler maintenant est inutile et ce qui est plus important, c’est qu’elle avait une parfaite maîtrise du sujet dès le départ, alors qu’elle sache cela ne serait pas étrange, quelles que soient les circonstances. »

« Ouais…… »

Harutora croisa les bras en marchant sur la route, commençant à se sentir vexé.

Hokuto et lui se connaissaient depuis longtemps, mais en fait, tous les deux s’étaient rencontrés par hasard. Ils avaient à peu près le même âge, mais il ne savait pas dans quelle école étudiait Hokuto, où elle vivait, ou même quel était son nom de famille. De plus, Hokuto évitait toujours ces sujets en riant.

« Se pourrait-il qu’elle soit une espionne des onmyôji ? »

« C’est une organisation nationale, de quels “espions” tu parles ? »

« Alors, se pourrait-il qu’elle soit membre d’une organisation magique souterraine ? »

« Et dire que tu commences même à penser au souterrain. »

Tôji jeta un coup d’œil froid à Harutora qui était plongé dans ses pensées alors que des idées inutiles lui passaient par la tête.

« Et toi, qu’en penses-tu, Harutora ? »

« Hein ? À propos de quoi ? »

« À propos des onmyôji. Veux-tu en devenir un ? »

« Hé, comment se fait-il que même toi, tu dises des trucs pareils ? Ne viens-tu pas juste de dire que je n’en avais pas le talent ? »

« Peu importe que tu aies le talent ou non, je t’ai demandé si tu étais intéressé. »

Demanda Tôji d’un ton taquin. Tôji avait toujours la mauvaise habitude de parler de sujets ridicules sur un ton sérieux.

« …… Honnêtement, quand j’étais petit, je pensais que je deviendrais un onmyôji à coup sûr dans le futur…… Je l’ai vraiment pensé. »

« Vraiment. »

« Mais ce n’était pas parce que je le voulais, plutôt parce que c’était simplement la “tradition”, alors je n’avais pas le choix ― c’est tout ce que je pensais. »

« La tradition ? »

« Ouais, on peut dire que c’est une “tradition familiale”…… J’imagine. »

Répondit vaguement Harutora.

« Mais tout ça, c’était quand j’étais petit. J’ai demandé à mon père, une fois, et la “tradition” ne semble être qu’une ancienne coutume. Il m’a également dit avant que je ne décide d’étudier dans ce lycée que l’ère actuelle était différente, et que je pouvais décider par moi-même. »

Quand il était enfant, il avait admiré Abe no Seimei, et avait joué de bon cœur à des jeux d’onmyôji. Jusqu’à son entrée au collège, il s’était entraîné chaque jour à effectuer les mouvements pour sortir des talismans d’une boîte et les lancer, et il avait pris des poses en se tenant devant le miroir. C’était un passé qu’il ne pouvait pas dévoiler à Tôji, quitte à en mourir.

Après avoir appris qu’il n’avait aucun talent, cet enthousiasme s’était également peu à peu dissipé, et il avait commencé à penser à d’autres choses ― des choses extrêmement normales.

Ce genre de changements n’était pas étrange. Il y avait pas mal d’enfants qui voulaient devenir athlètes ou astronautes, mais la grande majorité d’entre eux oubliait vite leurs rêves d’enfant.

« …… Si j’avais le talent, peut-être les choses auraient-elles été différentes…… »

Si lui, le fils de la famille secondaire, avait été capable de voir les esprits, sa vie aurait probablement été largement différente de celle qu’il menait aujourd’hui. Il ne savait pas si c’était une bonne ou une mauvaise chose.

Juste au moment où il y pensait…

« …… J’ai l’impression que tu as du talent. »

Dit nonchalamment Tôji. Harutora fut surpris, et ne put s’empêcher de sourire amèrement.

« Qu’est-ce que tu racontes, ça craint. Ne me réconforte pas. »

« Je ne fais que dire la vérité. Ne peux-tu pas utiliser des talismans ? »

« Des talismans ? Est-ce que tu parles des charmes de guérison ? Je ne fais qu’imiter les mouvements de mon père. La seule incantation que je connaisse est le “Order” de base, et ce qui est plus important, c’est que je ne peux même pas voir les esprits, alors je ne ferais que des bêtises. »

“Quoique j’ai étudié les positions à prendre,” ajouta secrètement Harutora en son for intérieur.

Il avait été renversé par des voitures douze fois, et s’était depuis longtemps habitué aux blessures. Quand il était blessé, il volait discrètement quelques charmes de guérison dans la salle de soins de son père de temps en temps. Les charmes qu’il volait étaient utilisés pour soigner les blessures, et même une personne normale pouvait voir des résultats si l’énergie spirituelle de l’utilisateur ou de la cible était forte.

« …… Mais ils sont assez efficaces. »

« Mais non, c’est normal. »

Harutora sourit, secouant légèrement la main. Tôji le regarda pensivement sans dire un mot.

« Même un Bakatora reste un tigre…… »

« Tôji, pourquoi m’appelles-tu Bakatora, toi aussi ? »

Harutora s’énerva, et Tôji ricana.

Après qu’ils eurent quitté la rue commerçante, ils atteignirent la station de tram. « Au revoir. » Tôji agita la main, sortant du tourniquet.

La maison de Harutora était de l’autre côté de la station de tram, et il se dirigea vers le pont enjambant les voies après avoir dit au revoir à Tôji.

Il monta les escaliers, marchant sur le pont.

Le tramway passa sous ses pieds dans un bruit métallique.

Il n’y avait pas beaucoup de grands bâtiments dans le coin, et la vue depuis le sommet du pont était dégagée sur le paysage urbain au crépuscule. Même les vastes champs et les arêtes montagneuses au loin étaient visibles.

À cette heure, la lumière du soleil auparavant vigoureuse avait également perdu en intensité comparée à ce qu’elle avait été dans l’après-midi.Le vent balayant le pont et soufflant dans son dos en sueur était incroyablement agréable.

Tôt le lendemain, il devrait à nouveau aller en cours de rattrapage, mais le festival n’était que dans la soirée. Des takoyaki, des nouilles frites et des pommes d’amour. Une Hokuto excitée et un Tôji détendu.

Il semblait que ça allait être très amusant.

… Ce n’était pas mal.

Harutora se détendit inconsciemment, profitant du crépuscule du coucher de soleil estival, traversant tranquillement le pont.

Il marcha jusqu’à l’escalier de l’autre côté, et était sur le point de descendre, quand il tomba sur une piétonne qui montait les marches.

Il sursauta.

La piétonne leva la tête, remarquant peut-être quelque chose d’étrange au-dessus d’elle – puis ses pieds se figèrent sur les marches comme si elle avait été pétrifiée.

Une paire d’yeux magnifiques s’écarquilla.

La fille portait une robe noire simple dont la poitrine était décorée d’un lacet. Elle tenait un petit sac à main, auquel pendait un chapeau de paille brun assorti d’un ruban orange.

Le chapeau de paille dansait sous l’assaut du vent fort soufflant sur le pont. Une bourrasque fit voler ses longs cheveux, dessinant un arc de cercle dans les airs. Elle ne bougea pas du tout, fixant silencieusement Harutora. Celui-ci faisait de même.

Elle aurait dû être à Tokyo.

Pourquoi était-elle ici ?

Juste au moment où Harutora se posait la question…

« Ça, Ça faisait longtemps, Harutora-kun. »

Son amie d’enfance portant le même nom de famille que lui le salua doucement, sans se défaire de son air surpris.

Harutora acquiesça silencieusement en réponse, se tenant immobile et sans dire un mot.

Le jeune de la famille secondaire et la jeune fille de la famille principale–

Tsuchimikado Harutora et Tsuchimikado Natsume, séparés pendant très longtemps, se rencontrèrent à nouveau

Elle l’avait enfin terminé.

Ses nerfs tendus se relâchèrent et la fille expira profondément.

Elle était restée seule dans le laboratoire de recherche personnel qu’elle avait spécialement préparé et un large sourire victorieux se dessina sur son visage. Devant elle se trouvait une vitrine d’un mètre cube, placée sur une grande table, dans laquelle un chat noir faisait impatiemment les cent pas.

Tout juste une heure auparavant, le chat noir était à l’état de cadavre.

Ce n’était qu’une expérience, mais elle avait déjà parfaitement saisi la procédure, et tout ce qu’il restait à faire était de remplir toutes les conditions.

En d’autres termes ― elle devait juste préparer l’autel et le prêtre.

Elle tendit la main vers le téléphone du laboratoire de recherche, demanda une ligne extérieure, souhaitant appeler la cible avec un prétexte quelconque inventé de toutes pièces.

Mais elle ne s’attendait pas à la réponse qui arriva depuis l’autre bout du fil.

« En vacances d’été ? »

Ses lèvres se serrèrent inconsciemment. Elle avait vécu isolée du monde pendant si longtemps qu’elle n’avait pas eu le temps de prêter attention à l’emploi du temps de sa cible.

Après avoir raccroché le téléphone, elle se retourna pour regarder dans un coin de la pièce. Il y avait là-bas une grande boîte sur lequel était placée une puissante magie, mais ce n’était pas une simple boîte ordinaire.

C’était un cercueil.

Le couvercle était étroitement fermé. Une légère trace d’émotion traversa les profondeurs des yeux de la fille.

Juste à ce moment-là, il y eut un faible bruit dans son dos. Elle se retourna, et le chat noir dans la vitrine s’était à nouveau effondré.

Elle avait échoué. Elle serra fermement les dents, s’encourageant.

« Il n’y a pas de problème…… Je réussirai coûte que coûte. »

Lorsque tout à coup–

Les portes du laboratoire de recherche furent enfoncées et un groupe d’hommes vêtus de costumes se précipita à l’intérieur.

Ils tenaient des pistolets et des talismans.

« Ne bougez plus ! Vous êtes en état d’arrestation pour suspicion d’usage de magie interdite ! »

L’homme qui faisait office de chef pointa son pistolet sur la fille, montrant la preuve de son identité. Ils étaient des enquêteurs de crimes magiques ― connus sous le nom d’Enquêteurs Mystiques. Ils avaient dû la mettre sous surveillance secrète prolongée pour avoir surgi à ce moment précis.

Les coins de la bouche de la fille se relevèrent pour dessiner un sourire arrogant.

« …… Pour qui vous prenez-vous ? »

À ce moment-là, la fille mit en marche les plans qu’elle avait préparés pendant très longtemps.

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