Tokyo Ravens – Tome 1 Chapitre 2

« Uh…… Pourquoi es-tu ici ? »

« …… Mes vacances d’été commencent aujourd’hui. »

« Oh, je vois, alors tu es rentrée ? »

« Oui…… »

Natsume répondait à chaque question que lui posait Harutora d’une voix raide.

Harutora et Natsume se tenaient côte à côte sur le pont dans le crépuscule, se penchant légèrement sur les rambardes tachetées de peinture.

Le vent leur souffla doucement dessus, amenant un petit coup de froid. Le soleil disparut à l’ouest et le vaste ciel fut rapidement teinté des couleurs de la nuit.

« Est-ce que tu seras là longtemps ? »

« …… Environ une semaine. »

« Oh, les vacances d’été de l’Académie d’Onmyô sont vraiment courtes. »

« …… En fait, elles ne sont pas si courtes. »

« Hein ? »

« J’ai beaucoup de choses à faire là-bas. »

« Uh, oh, je vois. »

Harutora se gratta la joue avec indifférence, jetant des coups d’œil à Natsume du coin de l’œil.

Sa tête était légèrement penchée et elle regardait ses propres pieds. Pour une raison quelconque, elle semblait un peu fâchée. D’un autre côté, le visage de Natsume avait toujours une petite trace de mécontentement, et cet air contrastait grandement avec sa beauté.

Elle était une fille à qui le mot “beauté” allait mieux que “mignonne”, il émanait d’elle une impression de calme et de tranquillité excédant son vrai âge.

Ses cils étaient longs, son nez retroussé et ses joues fines, avec de douces lignes allant de son menton à sa nuque comme une fleur en train d’éclore dans l’ombre, mais c’était au mieux une façade extérieure. Si quelqu’un la sondait plus en profondeur, il remarquerait la fierté et l’esprit pénétrant qui se cachaient dans son cœur. Les cheveux noirs qui flottaient dans le vent dansaient librement sans considération pour son image.

L’espace qui les séparait l’un de l’autre n’était que d’un mètre et ils tenaient une conversation un peu agitée, chacun cherchant des mots à dire.

Ils avaient également choisi des directions différentes vers lesquelles se diriger.

Ils se connaissaient bien mais ne se comprenaient pas ― cela rendait Harutora perplexe. Tous les deux ne s’étaient pas vus depuis longtemps, mais il n’avait rien à dire.

Ils n’avaient pas été de tels étrangers l’un pour l’autre quand ils étaient enfants, mais depuis qu’ils étaient entrés au collège, ils avaient gardé ce genre de relation. On attendait de Natsume, qui était née dans la famille principale, qu’elle devienne une onmyôji depuis qu’elle était petite et elle avait reçu l’entraînement basique approprié. Leur mentalité, à elle et aux personnes autour d’elle à ce propos était différente de celle d’Harutora, qui n’avait jamais eu le moindre talent de vision des esprits.

« Comment c’est, la vie à l’Académie d’Onmyô ? »

« …… Qu’est-ce que tu veux dire par là ? »

« Est-ce que c’est intéressant ? »

« …… Je ne sais pas, je ne suis pas sûre. »

« Je, Je vois. Uh, c’est différent d’un lycée normal, après tout. Est-ce fatiguant ? »

« Ce qui est fatiguant, ce n’est pas vraiment l’Académie d’Onmyou, c’est plutôt la “tradition” qui est…… »

Harutora était surpris. Ça faisait déjà un long moment qu’il n’avait pas entendu ce mot.

« Hein ? »

« Oh, ce n’est rien, rien du tout…… »

Natsume passa rapidement dessus et Harutora ne poussa pas les questions plus loin, cherchant maladroitement un nouveau sujet de conversation.

« Et Tokyo ? Est-ce que c’est pratique de vivre là-bas ? »

« …… C’est assez pratique. »

« Je, Je vois. Tu t’es probablement fait de nouveaux amis là-bas, pas vrai ? »

« Des amis, dis-tu ? »

« Hein ? Tu ne t’es pas fait de nouveaux amis ? »

« …… Je ne suis pas vraiment sûre. »

Le ton de Natsume était vague et sa réponse terne. Aux yeux de quelqu’un qui ne la connaissait pas, son attitude aurait pu paraître froide et dépourvue d’émotions.

En fait, Natsume avait toujours été extrêmement timide et ce depuis qu’elle était petite. À présent, elle était encore plus réticente, mais comme son interlocuteur était Harutora, elle parlait déjà plus que lorsqu’elle s’adressait à d’autres personnes.

« Ha ha, comme c’est inquiétant, tu n’as jamais été très sociable. »

« Oui. »

« Tu ne te ferais pas harceler, par hasard… »

« Tu n’as pas à t’inquiéter pour ça. Tant que tu as du pouvoir, là-bas, tu n’as pas à craindre d’être regardé de haut. »

La manière dont elle avait parlé était raffinée, mais les mots qu’elle avait prononcés n’étaient pas le moins du monde timides. La façon de répliquer qu’avait Natsume n’avait pas changé du tout par rapport à quand elle était petite et Harutora ne put s’empêcher de sourire avec ironie.

« Tu es aussi directe qu’avant. »

« …… Parce que c’est la vérité. »

« Mais tu ne te feras pas d’amis comme ça. »

Il exprima avec insouciance ses véritables pensées.

Il remarqua alors que l’humeur de Natsume débutait l’un de ses rares basculements, comme si la colère débordait du masque sur son visage.

Il essaya de s’arrêter, mais malheureusement, il était trop tard.

« …… Alors, Harutora-kun ? »

« Quoi ? »

« Laisse-moi te demander : après que tu es entré au lycée, quels amis utiles t’es-tu faits ? »

« U, Utiles…… Les amis n’ont rien à voir avec le fait d’être utiles ou pas, pas vrai ? »

« Vraiment ? »

« Oui. Si tu t’entends volontiers très bien avec quelqu’un, alors vous êtes amis. »

Harutora essaya de ne pas faire de vagues, répondant à la déclaration provocante de Natsume avec un sourire.

Cependant, Natsume continua de parler sur un ton froid :

« Les amis sont ceux contre qui tu concoures et de qui tu apprends. »

« Un, Un ami ne peut pas se résumer à ça, n’est-ce pas ?

« Non, tu ne le crois pas parce que tu te la coules douce tous les jours, voilà pourquoi un groupe de bons-à-rien s’agglutine autour de toi. »

« …… Hé. »

Le ton de Harutora devint sec à cause d’une colère qu’il ne pouvait plus retenir.

À ce moment-là, un éclair de regret apparut dans les yeux de Natsume.

Mais l’instant suivant, ses yeux dégageaient une lumière encore plus agressive, comme pour dissiper son remords.

« …… Harutora-kun, tu dois être au courant de la condition actuelle de la famille Tsuchimikado, n’est-ce pas ? Je suis la prochaine héritière de la famille. J’ai un devoir en tant que sa future chef et je n’ai pas le temps de passer des jours vains ni de traîner toute la journée avec des amis inutiles. »

Son air calme s’effondra, comme tranchée par une lame aiguisée. Il n’y avait pas de rage dans son ton, mais c’était comme un katana qu’on dégainait, rempli d’une calme résolution.

De plus.

« … Je ne suis pas comme toi. »

Alors qu’elle disait ces derniers mots, un sourire froid de dédain émergea même sur son visage. Il ne pouvait vraiment pas contre-attaquer face au comportement de Natsume.

Harutora savait qu’elle avait raison, tous les deux étaient vraiment différents. Non, il ne se sentait fâché que parce qu’ils étaient différents.

« …… Tes mots sont aussi acerbes que d’habitude. »

« Parce que c’est la vérité, comme je l’ai dit à l’instant. »

« Tu es bien un prodige, même les mots que tu prononces sont différents de ceux des autres. »

« Exposer la vérité n’a rien à voir avec le statut de prodige ou de médiocrité. »

Harutora faisait une demi-tête de plus que Natsume. Il baissa les yeux, mais Natsume regardait vers le haut, la tête levée, et leurs regards à tous les deux s’entrechoquèrent en plein milieu, projetant des étincelles sans formes.

Mais Harutora comprit que la situation lui était défavorable. Il “devait quelque chose” à Natsume. Même s’il ne sentait pas qu’il avait une quelconque responsabilité, il la plaignait vraiment.

Alors…

« …… Tu n’es vraiment pas mignonne du tout. »

Il riposta avec ces mots et se retourna rapidement comme s’il voulait fuir.

La réponse de Natsume après avoir entendu ces paroles était très loin de l’attitude conflictuelle qu’elle arborait à l’instant. Comme Harutora s’était retourné, il ne remarqua pas ― les yeux de son ancienne camarade de jeu avaient rougi.

« …… Ne t’inquiète pas. »

Natsume réprima désespérément le léger tremblement dans sa voix et dit à Harutora :

« Je ne te demanderai pas de changer ta façon actuelle de vivre, tu peux poursuivre tes jours heureux. Je garderai les Tsuchimikado ― notre famille ― moi-même. »

Différents du faible coup avec lequel le fils de la famille secondaire avait riposté, les mots de Natsume frappèrent Harutora avec force.

Harutora ne pouvait rien répondre, et Natsume récupéra vite sa maîtrise d’elle-même quand elle vit le silence de Harutora.

Elle inclina légèrement la tête avec des manières qui pouvaient être décrites comme excessivement polies.

« … Bonne soirée. »

Après avoir dit cela, elle fit un demi-tour soigné, traversant le pont.

Après que ses magnifiques cheveux noirs étaient retombés sur son dos, elle partit sans se retourner.

Sentant de l’anxiété et du dégoût dans son cœur, Harutora se prit la tête dans les mains.

Il ne pouvait pas bouger les pieds et se contenta de regarder silencieusement Natsume partir.

« …… Tch. »

Il claqua la langue.

« … Menteuse. »

Harutora devait l’admettre, il devait vraiment quelque chose à Natsume.

Le lendemain, il faisait beau, une bonne météo appropriée à la tenue d’un festival de feux d’artifice.

Le festival se déroulait dans un temple en dehors de la ville, auquel s’ajoutait la berge de la rivière derrière le temple. Peut-être à cause des nombreux stands ou de l’enthousiasme dégagé par les participants, la chaleur de la journée ne semblait pas avoir diminué le moins du monde. Des bruits animés éclataient souvent et le soleil estival était mélangé à l’air, comme si on pouvait goûter le parfum de l’été juste en inspirant.

« …… Tu n’avais pas vu le prodige de la famille principale pendant six mois, et vous vous battez dès que vous vous voyez. »

Tôji s’adossa à l’énorme mur de pierre encerclant le temple, parlant avec incrédulité ainsi que malice.

Harutora et Tôji avaient fini les cours de rattrapage et ils attendaient à l’endroit convenu. Hokuto était en retard et ne s’était pas encore montrée.

Tandis qu’ils attendaient son arrivée, Harutora avait révélé l’affaire s’étant déroulée la veille à Tôji. Il n’avait pas prévu d’en parler, mais les yeux de Tôji étaient vifs et ils avaient vu que le comportement de Harutora était différent de celui de la veille. Et étonnamment, ce camarade de classe était un maître de la persuasion. D’une manière ou d’une autre, Harutora avait non seulement dévoilé la conversation sur le pont, mais avait aussi parlé de fond en comble de sa relation avec Natsume.

« Qu’en penses-tu franchement ? »

« Tu es nul. »

« …… Tu es trop honnête…… »

« Vous ne pouvez pas parler du tout, tous les deux. La prochaine fois que je vais draguer des filles, tu as intérêt à ne pas venir avec moi. »

Tôji sourit froidement sous son bandana. Harutora s’accroupit par terre et le regarda avec contrariété.

Harutora prenait toujours une attitude aussi gentille que possible, mais au final, il n’y avait pas beaucoup de numéros de filles dans son téléphone ― ce nombre étant suffisamment faible pour pouvoir être compté sur les doigts d’une main ― et il serait très difficile pour lui de tenter une approche plus complexe.

« J’admets que j’ai été un peu puéril à la fin…… Mais elle m’a provoqué d’abord. »

« Peu importe qui a commencé, tu ne pourrais jamais parler avec des filles. »

Tôji était complètement serein alors qu’il parlait impitoyablement, mais Harutora ne pouvait pas même rassembler la force de répliquer.

« Mais comme on pouvait s’attendre de la part d’une grande famille, même la famille secondaire doit respecter la tradition et devenir un shikigami de la famille principale…… »

Tôji ne prêtait pas attention à Harutora, abattu, et murmurait sarcastiquement.

Shikigami” correspondait aux servants que les onmyôji manipulaient, “shiki” signifiant “servitude”, et “shikigami” étant “des esprits qui servaient le praticien”.

Par exemple, “l’Onmyôdô Général” que l’Agence d’Onmyô adoptait officiellement utilisait principalement des shikigami artificiels, qui étaient créés par l’insertion d’énergie magique dans un “noyau” qui servait de réceptacle. Il y avait des shikigami simples que le praticien pouvait utiliser directement, ainsi que toutes sortes de shikigami créés individuellement.

La “tradition” des Tsuchimikado, c’était que la famille secondaire devait servir la famille principale en tant que shikigami.

« Eh, attends une seconde, dans ce cas, Yakô avait-il aussi des shikigami comme ça ? »

« Je ne sais pas. Il a dû en avoir, oui, même si je ne suis pas vraiment sûr. »

« Les shikigami de Yakô, Hishamaru et Kakugyouki…… Se pourrait-il qu’ils aient été humains ? »

« Je viens de dire que je ne savais pas. »

Tôji faisait preuve d’une forte curiosité, mais Harutora la rejeta juste nonchalamment.

« Tant que j’y pense, peu importe l’époque de Yakô, tu ne penses pas qu’il est trop sévère de devoir se plier à ces “traditions” maintenant ? C’est trop pétant. »

« …… Tu ne voulais pas plutôt dire “pédant” ? »

Le regard de Tôji se refroidit. Le visage de Harutora rougit et il protesta : “Ça veut dire la même chose !”

« En tout cas, c’est dépassé, tout ça ! Pas étonnant que mon père m’ait dit de ne pas trop m’inquiéter. »

« Vraiment ? »

« Tu ne penses pas ? Réfléchis, forcer les gens à devenir des shikigami, est-ce que ce n’est pas ignorer les droits de l’homme, purement et simplement ! Ce genre de tradition ne voit pas du tout les gens comme des humains ! »

La plupart des gens penseraient à la manipulation de shikigami et à l’utilisation de charmes quand on leur demanderait ce qu’étaient les techniques magiques les plus représentatives des onmyôji.

Cependant, les shikigami étaient les partenaires et les gardes du praticien, et pour le dire crûment, ils étaient des serviteurs ou des esclaves, des “outils”, même.

Pourtant…

« Il y a eu beaucoup de situations durant lesquelles des gens sont devenus des shikigami. »

« Ne dis pas de bêtises, les shikigami peuvent disparaître où et quand ils veulent. »

« C’est une métaphore. Dis simplement, les shikigami sont en fait des subordonnés qui agissent selon les ordres de leur maître. Par exemple, les ninjas en service pendant la période Sengoku étaient des sortes de shikigami. »

« …… Dans ce cas-là, c’était le passé. »

« D’un point de vue moderne, la relation entre le praticien et le shikigami est à peu près la même qu’entre un entraîneur et un athlète…… Hum, c’est un peu différent en ce qui concerne l’obéissance absolue. »

« Qu’est-ce que tu veux dire par “un peu différent” !? C’est la partie la plus importante ! »

Harutora repensa à la conversation de la veille, sur le pont. L’obéissance absolue aux ordres de Natsume ? Impossible. Il ne pouvait pas le faire. Ce n’était même plus une question d’avoir des talents pour être onmyôji ou non.

« …… D’un autre côté, si je pouvais voir les esprits, il est fort probable que j’aurais fini comme ça…… »

D’après le ton de Natsume hier, il se pouvait qu’elle soit étonnamment dévouée à la résurrection de la famille Tsuchimikado. Était-ce à cause de sa position ou de sa personnalité ? Quelle qu’en soit la raison, aider son amie d’enfance à tenter de réaliser cette grande ambition ne l’intéressait pas.

« Comment ça, “amis inutiles”, comment ça, “devoir en tant qu’héritière de la famille”…… Ça ne la fatigue pas, de dramatiser les choses ? »

« Elle est assez directe. »

« Comment ça, directe ? Ha. »

« “Je me sens seule”… C’est ce que la prochaine héritière de la famille principale voulait vraiment dire, pas vrai ? »

Tôji regarda Harutora, et son regard brilla momentanément d’une lumière perçante. Harutora ne s’attendait absolument pas à entendre ces paroles, et il resta bouche bée un moment.

… Cette Natsume, me montrant de la faiblesse ? Mais…… Comment est-ce que……

Mais ce n’était pas impossible. Les gens qui voulaient devenir des onmyôji spécialisés se rassemblaient à l’Académie d’Onmyô où Natsume étudiait et bien sûr, ces étudiants connaissaient la relation entre la famille Tsuchimikado et Tsuchimikado Yakô. Natsume, seule, s’associait à ces gens et étudiait l’onmyôdô.

De plus, Natsume était douée et il était fort possible que cela mène à de la jalousie ou à du ressentiment. Étant donnée sa personnalité, il était très difficile de l’imaginer trouver un joyeux groupe d’amis ou effacer ses émotions négatives. Dans ce cas, se pouvait-il qu’elle passe chaque jour à Tokyo sans être heureuse ?

« ………… »

Harutora fronça les sourcils, l’air déprimé, et resta silencieux. Tôji baissa la tête pour regarder Harutora avec intérêt, comme s’il le considérait comme simple et facile à comprendre.

« …… D’accord, tu as juste été rejeté, ne sois pas fâché, ce n’est pas la fin du monde, si ? » le regard de Tôji se dirigea vers un point derrière Harutora alors qu’il parlait tout en haussant les épaules.

Harutora sortit de ses pensées profondes, levant les yeux avec une expression cette fois ennuyée.

« Tu as dit que qui s’était fait rejeter ? »

« …… Qui a été rejeté ? »

Une voix terrifiante qui ressemblait à un volcan sur le point d’entrer en éruption sonna.

C’était Hokuto.

Tôji sourit et Harutora, qui était accroupi sur le sol, s’empressa de se lever. Harutora se retourna comme s’il voulait dissiper le malentendu, mais se figea alors même que les mots étaient sur le point de quitter sa bouche.

Ses yeux s’écarquillèrent, vides d’expression.

Voyant la réaction de Harutora, Hokuto dit : « … Quoi… » et tourna la tête, jetant des coups d’œil à Harutora du coin de l’œil. Elle prétendait être calme, mais son visage était rouge d’attente et de tension, et ses orteils traçaient des cercles sur le sol avec anxiété.

Tôji toussa légèrement.

Harutora s’exclama en hâte :

« T, Tu es en retard, Hokuto. »

« …… Désolée. »

Tôji toussa à nouveau.

« Hum, non, ce n’est rien…… Bon…… Qu’est-ce qui s’est passé pour que tu sois habillée comme ça ? »

Cette fois, Tôji ne toussa pas, mais soupira légèrement à la place. Hokuto, tendue, gonfla lentement les joues.

« Rien ! J’ai juste mis un yukata parce que j’allais à un festival, ça te pose un problème ?! »

Hokuto portait un yukata.

C’était un yukata noir, décoré de pivoines blanches et de papillons près du col, avec une ceinture rose élégante. Son corps tout entier dégageait un air traditionnel et mature, comme si elle était une personne complètement différente de la veille.

« Non, non, désolé ! C’est…… En te voyant habillée ainsi, j’ai eu l’impression que ça ne te ressemblait pas…… Je, j’ai vraiment été surpris parce que je ne m’attendais pas du tout à ce que tu portes des vêtements comme ça, alors je n’en croyais pas mes yeux…… »

L’activité volcanique dans le cœur de Hokuto devenait de plus en plus vive à chaque fois que Harutora, troublé, ouvrait la bouche, donnant l’impression que la lave pouvait surgir du cratère à tout moment. Les yeux remplis d’excitation avec lesquels elle avait fixé Harutora se remplirent progressivement de larmes. Tôji, se tenant derrière Harutora, se couvrit le visage parce qu’il ne pouvait supporter de voir ça.

Mais…

« Mais… ça te va bien. Ça m’a vraiment surpris. »

Juste avant que le volcan n’explose, la colère de Hokuto disparut.

« …… V,Vraiment ? »

« Oui, comment dire…… Ça fait rafraîchissant et plus mature que d’habitude. »

Harutora n’était pas non plus vraiment certain de ce qu’il avait à dire, et parlait avec hésitation, déclarant honnêtement ses pensées sincères.

Hokuto détourna le regard, comme si elle espionnait l’expression de Harutora. Il n’avait rien fait de particulier, mais les battements de son cœur accélérèrent.

Peu après, Hokuto montra sa satisfaction, se détendit et reprit son calme.

« …… Merci. »

Elle faisait semblant d’être calme, empêchant les coins de sa bouche de former un sourire, et le remercia doucement.

Tous les deux se plongèrent dans le silence.

Le regard de Hokuto se baladait de droite à gauche, avec timidité semblait-il, et Harutora se tenait immobile, dévoilant une apparence tout aussi agitée et anxieuse. Tous les deux avaient l’air de vouloir ouvrir la bouche, mais ils ne parvenaient pas à en saisir l’opportunité.

Le silence se poursuivit.

Tôji compta sans un mot jusqu’à cent.

Après quoi il décida de ne plus continuer à attendre.

« Bon, puisque Hokuto est là, elle aussi, on devrait être parés à aller jeter un coup d’œil, pas vrai ? »

Harutora et Hokuto acquiescèrent légèrement tous les deux, comme soulagés.


Malheureusement, l’air mature de Hokuto ne dura pas longtemps.

« Après, les barbes à papa ! Je veux manger de la barbe à papa ! »

« …… Pourquoi tu ne manges pas d’abord la pomme caramélisée que tu as dans la main droite et la banane au chocolat que tu tiens dans la gauche ? »

« Harutora, il y a des masques ! Dis, lequel est bien ? Lequel est bien, à ton avis ? »

« Le clown…… Non, je plaisante ! Je plaisantais, ne me donne pas de coup de pieds avec tes sandales ! »

« Je vois des poissons rouges ! Ouais ! »

« Attends ! Ne cours pas à droite à gauche avec un yukata ! Quel genre de personne court aussi vite avec un yukata !? »

Elle était excessivement joyeuse, tellement excitée qu’elle fit même peur à un groupe de primaires marchant à côté d’elle. Elle avait complètement récupéré son comportement habituel de garçon manqué.

Tôji était sidéré.

« …… Elle était comme ça l’année dernière aussi ? »

« Elle était pire encore l’année dernière. »

Harutora répondit avec un sourire sec dans le dos de Hokuto.

Hokuto était d’ordinaire puérile à l’occasion, mais une fois qu’elle posait le pied à cet événement, c’était comme si elle était vraiment devenue une enfant. « Harutora, regarde ça ! », « Harutora, viens ici ! » ― Ses yeux étincelaient de lumière alors qu’elle tirait le bras de Harutora, pointant du doigt les stands ordinaires l’un après l’autre.

En fait, Harutora avait parfois l’impression qu’il ne pouvait plus le supporter, mais une fois qu’il voyait le sourire insouciant de Hokuto, il avalait complètement cette colère et ses mots moqueurs. C’était une joie que de voir le visage sincèrement heureux des autres.

De plus, quand il était avec la naïve Hokuto, il n’avait pas à se souvenir du passé.

Il y a longtemps, quand il était encore un petit enfant, à chaque fois qu’il allait voir la famille principale, son amie d’enfance était transportée de joie, son visage était rouge de bonheur.

Elle écoutait tout ce que disait Harutora, le suivait toujours partout……

Harutora se posa une question par inadvertance.

… Était-il possible qu’elle participât au festival ?

Il n’arrivait pas à se l’imaginer. D’abord, il était probable que Natsume ne sût même pas ce qu’était s’amuser, puisqu’elle avait été enchaînée sans le savoir au nom des Tsuchimikado, et avait vécu sa vie en étudiant et en s’entraînant tous les jours.

Alors que lui s’amusait en ce moment même, que faisait-elle-

Juste à cet instant……

« …… Harutora ? »

Tôji l’appela silencieusement et Harutora se calma en vitesse, surpris.

« Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Hum…… Rien, peu importe. »

Harutora sourit, passant sur ces choses et permettant à sa conscience de revenir au festival se déroulant devant lui.

Le soleil se couchait à l’ouest et les lumières suspendues aux stands aussi que les rangées de lanternes illuminèrent les environs. Le spectacle de feux d’artifice commencerait bientôt.

Juste à ce moment-là, Hokuto, qui était jusque-là agenouillée au sol à regarder les yeux grands ouverts les petits globes oculaires des poissons rouges, se releva.

« Ah ! C’est quoi ça ? Je n’en avais jamais vu ! »

« Oh, c’est un stand de tir, quelle nostalgie. »

Alors que Harutora lui répondait, Hokuto s’était déjà précipitée sur le stand avec le jeu de tir.

Harutora s’empressa de la suivre, et Tôji suivit également en retrait. Un couple de ce qui semblait être des étudiants prenait part au défi, et Hokuto se tint sur le côté après avoir couru devant, les observant avec attention.

« …… Alors c’est comme ça qu’on joue, tu utilises ce faux fusil pour faire tomber les prix qu’il y a là-bas, pas vrai ? Et ensuite, tu peux avoir les prix que tu as touchés…… »

« Tu n’y as jamais joué ? »

« Est-ce que je ne viens pas juste de dire que je n’en avais jamais vu ! »

Tout en disant cela, Hokuto paya pour une partie (deux cents yen) au gérant du stand.

Le gérant lui donna un fusil.

« …… Comment ça marche ? »

Elle regarda Harutora, et ce dernier lui prit le jouet des mains, tira le ressort et enfonça la balle en liège dans la gueule du canon.

« Ensuite, tu dois juste appuyer sur la détente. »

« Merci ! Alors, voyons voir, quels prix devrais-je viser ? »

« Écoute, Hokuto, tu ne peux pas obtenir tous les gros prix que tu veux dans ce genre de jeux. Non seulement tu ne pourras pas les toucher, mais même si tu y arrives, les prix ne tomberont pas parce qu’ils sont trop lourds. En théorie, tu devrais choisir ta cible sur la rangée placée au tout premier plan, ce sont les prix relativement légers– »

« Ah, raté. »

« Écoute-moi ! »

Hokuto commença à tirer toute seule et ne toucha pas une seule fois un prix. Elle pointait courageusement le pistolet sur la plus haute rangée, sur laquelle se trouvait une boîte entourée d’un ruban, sans tenir compte le moins du monde de la proposition de Harutora.

Tôji mâchait le calmar grillé qu’il avait acheté à un moment donné, se joignant aux festivités dans un coin. L’odeur de friture de la sauce de soja mettait l’eau à la bouche.

« Ouille, ah la la, je les ai tous manqués ! »

« Tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même. »

« Harutora, je veux ce prix. »

« Ne sois pas pénible. »

« Et toi, Tôji ? Tu donnes l’air d’être doué à ce genre de jeux. »

« Pas intéressé. »

En entendant leurs réponses froides, Hokuto arbora un air de reproche et dit : “que vous êtes inutiles”. Ensuite, elle paya à nouveau deux cents yen, et défia à nouveau l’attraction.

Évidemment, sa cible était la boîte au ruban sur la plus haute rangée. Elle se penchait en avant autant que possible, tendant le canon du fusil, et le bas de son yukata remonta beaucoup, faisant rougir Harutora.

Mais le résultat fut le même, aucune balle ne toucha. Hokuto était tellement hors d’elle qu’elle tapait du pied par terre.

« C’est tellement agaçant ! Je ne l’ai même pas touchée ! »

« J’ai dit qu’il était inutile de viser les gros prix. »

« Encore une fois ! »

« Abandonne. »

« Non ! Je veux ça ! »

C’était vraiment une enfant. “Harutora.” Tôji se tenait derrière lui et lui souffla nonchalamment un mot, comme s’il voulait qu’il trouve une solution. Murmurant dans son cœur : “Qu’est-ce que ça a à voir avec moi”, Harutora accepta le fusil que lui tendit Hokuto et paya deux cents yen.

« Mais je suis vraiment nul à ce jeu…… »

Alors qu’il avouait cela, ses tirs déviaient l’un après l’autre.

La chance de Harutora était tout simplement la pire qu’on pouvait avoir et peu importait l’endroit où il visait, les balles volaient dans des directions improbables. La monnaie qu’il avait dans son porte-monnaie disparut en un rien de temps, mais malgré cela, Hokuto ne le laissa pas lâcher l’affaire et l’argent qu’il dépensa dépassa rapidement un millier de yen.

« Si la balle ne touche pas cette fois, abandonne. »

Après avoir dit ça, il chargea la dernière balle et se pencha en avant.

Le cœur de Hokuto bondit avec anxiété alors qu’elle regardait Harutora.

Puis elle rougit comme si elle avait pensé à quelque chose.

Harutora était à ce moment-là en train de viser. Hokuto semblait un peu hésitante, mais elle se baissa malgré tout, plaçant son visage près de l’oreille de Harutora.

« Dis, Harutora. »

« …… Ne me parle pas pour le moment. »

« Si tu obtiens ce prix…… »

« Ne me parle pas. »

« Je te donnerai un baiser. »

Il perdit le contrôle de sa main pendant un instant.

Le liège, qui n’avança clairement pas dans la même direction que le canon du fusil, traça un arc de cercle splendide et frappa la boîte au ruban pile en son centre. Le prix laissa échapper un bruit étonnamment creux et tomba de son support.

Hokuto sauta dans tous les sens, l’acclamant bruyamment. Tôji fourra le calmar grillé dans sa bouche, applaudissant tranquillement. Mais Harutora était tout aussi perturbé.

« H, Hokuto, tu…… ! »

« Hein ? Moi, quoi ? »

« Hum, ça, tu as dit…… que si j’obtenais le prix…… »

« Quoi ? Qu’y a-t-il, Harutora ? »

Hokuto feint une attitude décontractée, arborant un sourire adorable et secouant légèrement la tête. C’était clairement la tête d’une criminelle.

“Pff !” Harutora le regrettait, mais l’atmosphère actuelle n’était pas adéquate pour qu’il évoque ce qui venait juste de se passer ou pour poursuivre l’interrogation. En fait, si l’événement était passé en revu, cela causerait des problèmes à Harutora.

« …… Quand est-ce que tu as appris à faire ça…… »

« Hmm ? Je n’ai rien compris à ce que tu viens de dire. »

Hokuto rit et se retourna. En regardant plus attentivement, ou pouvait remarquer que la moitié de ce qui était dissimulé était sa timidité. Il semblait que Harutora n’était pas le seul à craindre des risques inconnus.

Ce qui était stupéfiant, c’était que le gros prix que Hokuto avait insisté pour avoir s’avéra être une bouteille de savon et une tige avec un trou rond.

Un kit de souffle-bulles pour les enfants était installé dans la boîte et le fait qu’elle ait été placée sur la plus haute rangée était juste pour induire les clients en erreur.

« Pas étonnant qu’elle soit tombée en un coup. »

Tôji éclata de rire. Le visage de Harutora rougit alors qu’il regardait le résultat de son travail vain.

Mais Hokuto ne le prit pas du tout à cœur.

« Ce n’est rien, c’est ça que je voulais. »

Elle détacha le ruban noué autour de la boîte, l’attachant adroitement dans ses cheveux.

Le ruban était d’un rose magnifique, de la même couleur que la ceinture du yukata de Hokuto. Avec le ruban noué dans ses cheveux, on aurait dit qu’il avait été prévu pour cela dès le départ.

« Ah, » Harutora laissa échapper un murmure élogieux.

« Ça donne quoi ? »

« Tu as aussi adopté une mode stupide. »

Dit Harutora avec sarcasme, saisissant l’opportunité de répondre à la moquerie qu’il venait de subir.

Mais Hokuto ne changea pas d’avis. Elle fixa ses yeux dans ceux de Harutora, le visage sérieux.

« Est-ce que c’est mignon ? »

« ……… »

« C’est très mignon, pas vrai ? »

« ……… »

« Dis que c’est mignon ! »

« … D’accord, oui. Mignon, c’est mignon. »

« Vraiment ? »

« Je te l’ai dit, puisque tu me forçais à le faire… »

« ……… »

« Mignon ! C’est très mignon ! »

Harutora ne put que la complimenter encore et encore, toisé par un regard qui le menaçait de le frapper à tout moment. Hokuto sourit légèrement après avoir entendu ça, détendant son corps tout entier.

« J’ai gagné. »

« D’a, D’accord…… »

« Ah la la, Harutora est vraiment un Bakatora qui ne comprend pas le cœur des filles. Si tu avais dit comme il se doit que mon yukata était mignon quand tu l’as vu, nous n’aurions pas eu à gâcher autant d’efforts. »

« Eh, trente secondes. Tu as mis un yukata auquel tu n’es pas habituée et m’a fait dépenser mille yen à un jeu de tir pour avoir un ruban juste pour me faire dire le mot “mignon” ? »

« J’ai gagné. »

« …… Très bien, j’ai perdu. »

Harutora haussa les épaules, se sentant épuisé. Hokuto arbora un sourire étincelant, jouant avec bonheur avec le ruban.

« Je le chérirai. »

« Fais ce que tu veux, mais il est vraiment bon marché. »

« C’est bon, parce que… »

« Quoi ? »

« Non…… rien. »

Hokuto sourit timidement, sortant le kit de souffle-bulles.

Elle plongea le bout de la tige dans l’eau savonneuse puis serra ses lèvres, soufflant à travers le rond.

Des bulles brillant des couleurs de l’arc-en-ciel volèrent dans le ciel nocturne.

Plusieurs enfants qui étaient venus avec leurs parents s’exclamèrent l’un après l’autre en voyant les bulles. Ceux qui les acclamaient étaient un petit garçon et une petite fille encore plus jeune qui tirait la main du garçon, ils avaient tout l’air d’être frère et sœur. Peut-être la réaction des deux petits satisfit-elle Hokuto puisqu’elle souffla plus de bulles vers les deux enfants. La volée de bulles erra rêveusement, explosant et disparaissant sans un bruit.

… Cette gamine……

Hokuto était passée de l’adulte parlant de rubans à la grande sœur jouant avec les enfants, sans une seule trace de son caractère de garçon manqué habituel. Harutora fut d’abord stupéfait, puis se sentit de bonne humeur, incapable de s’empêcher de sourire.

Hokuto remarqua que Harutora lui souriait et souffla des bulles à son visage. « Eh, ne sois pas pénible ! » Harutora s’échappa en vitesse ― Hokuto le poursuivit et les enfants rirent encore plus joyeusement.

À un moment donné, des sourires avaient émergé sur les visages de tout le monde.

Peut-être cette scène discrète était-elle un souvenir d’été qui resterait longtemps dans les mémoires.

« Très bien…… Qu’est-ce qu’on devrait faire ensuite, Harutora ? On devrait passer à autre choses, non ? »

Tôji finit de manger son calmar grillé et après avoir regardé l’heure, il murmura à l’oreille de Harutora.

Il était presque l’heure du spectacle de feux d’artifice et même s’ils pouvaient le voir d’ici, ces derniers étaient tirés depuis la berge de la rivière, alors la vue était meilleure de là-bas.

À cet instant, Hokuto, qui avait quitté les enfants souriants, les appela : « Ah, attendez-moi ! Juste un moment, je reviens tout de suite ! » Elle se sépara de Harutora et de Tôji, et se mit tout d’un coup à courir. Harutora et Tôji se regardèrent, surpris.

« Qu’est-ce qu’elle trafique ? »

« Qui sait. »

Même s’ils ne comprenaient pas, ils pensaient qu’il ne serait pas bon d’attendre où ils étaient, alors ils haussèrent les épaules et suivirent Hokuto.

Hokuto avait couru vers l’intérieur du temple.

Ils montèrent une petite volée de marches, passant sous le torii[1]. Il n’y avait aucune lanterne décorative autour du temple, mais il y avait des lanternes en pierre qui illuminaient les environs.

Plus ils s’enfonçaient dans le temple, plus ils s’éloignaient de l’agitation et du remue-ménage. Le bruit des insectes pénétra leurs oreilles et la sensation d’une nuit d’été se faufila à travers les sombres environs ayant le temple pour centre.

Ils trouvèrent immédiatement Hokuto. Elle était absorbée dans sa prière devant le mur du temple où des ema[2] étaient suspendus.

« Qu’est-ce que tu fais ? »

« Ah… Je, Je ne vous avais pas dit d’attendre ? »

Hokuto couvrit prestement son ema une fois qu’elle entendit qu’on l’appelait soudain. Malheureusement, bien que la luminosité des lanternes de pierre fût faible, les mots sur l’ema étaient clairement visibles.

“Je souhaite que Harutora devienne un onmyôji.”

« …… Tu…… »

L’atmosphère à l’origine joyeuse gela en un instant et l’apparence passant presque inaperçue de Hokuto ainsi que le sujet qu’il ne s’attendait pas à voir apparaître à ce moment le mirent en colère.

« …… Hokuto, tu n’en as pas assez ? Je pensais que tu aurais laissé tombé dans ce genre de moment. »

« Mais…… »

« Il n’y a pas de mais ! Pourquoi est-ce que tu fais tout ce qui est possible pour me faire devenir un onmyôji, est-ce que tu détestes tant que je vive une vie normale comme celle-ci ?! »

« Je, Je n’ai pas dit ça, c’était juste pour le bien de Harutora- »

Hokuto le nia désespérément. Mais cette fois, le sujet qui le fatiguait et le sidérait d’habitude provoqua sa colère. Même lui en fut choqué.

Il comprenait pourquoi.

… “Je n’ai pas le temps de passer des jours vains, ni de traîner toute la journée avec des amis inutiles.”

Les mots de Hokuto résonnaient à ses oreilles comme les paroles remplies de critique de son amie d’enfance.

Mais ce n’était pas vrai. Ça n’avait rien à voir.

Il voulait que Hokuto, elle au moins, comprenne que ce n’était pas le cas.

« … Eh, Hokuto. »

Il réprima ses émotions agitées et ajouta, détachant bien ses mots :

« Peut-être que je vis bel et bien une vie ennuyante, insignifiante et molle en ce moment, mais j’aime ce genre de vie. J’adore ces jours sans restriction durant lesquels je peux traîner avec toi et Tôji et faire des choses stupides tous les jours. »

« Menteur. » Natsume lui avait fait un tel reproche, une fois.

Natsume avait dit vrai. Il avait rompu leur accord et n’avait pas respecté sa promesse comme quoi il la protégerait, à ses côtés, se réfugiant volontairement dans une vie normale avec des gens normaux. Il ne pouvait rien faire à propos du fait que Natsume lui en veuille pour ça.

Mais en ce qui concernait Hokuto ― Il ne voulait entendre Hokuto, qui vivait la même vie normale que lui, l’ouvrir pour nier sa vie normale.

« Hokuto…… »

Harutora avoua honnêtement ses pensées profondes, faisant un pas vers Hokuto. Tôji souffla : “Harutora” comme s’il voulait l’arrêter, mais il fut délibérément ignoré.

Hokuto arbora l’expression de quelqu’un acculé dans un coin et retint son souffle.

Harutora ne laissa pas Hokuto s’en aller, la regardant intensément dans les yeux.

« En ce moment, je ne veux pas aller voir un onmyôji quelconque ou la famille Tsuchimikado pour me faire des relations et détruire ma vie actuelle. Se pourrait-il que ce ne soit pas ton avis ? Hein, Hokuto ? »

Hokuto se mordit la lèvre.

Après un silence long et tourmenté….

Elle baissa les yeux, sans piper mot.

La réponse de Hokuto lui fit un choc inattendu et il se sentit même trahi.

« …… Oh, alors c’est ce que tu penses. »

Il sentit la colère bouillir en lui, mais il n’avait pas l’intention de la retenir. Il tendit la main derrière le dos de Hokuto, ignorant le cri et repoussant violemment le bras qui essayait désespérément de l’arrêter, et attrapa l’ema.

Il l’arracha et le jeta à terre.

Hokuto poussa un faible hurlement.

« Qu’est-ce que tu fais ! »

Elle se précipita vers l’ema gisant au sol, l’épousseta et le tint étroitement contre sa poitrine. C’était comme si elle accourait pour garder un bien précieux et c’était tout simplement intolérable aux yeux de Harutora dans son état actuel. Il se tourna avec arrogance, s’empêchant de regarder les yeux larmoyants de Hokuto.

« …… Harutora, espèce d’idiot ! »

Hokuto hurla et s’enfuit en courant. Son dos disparut en un éclair de l’autre côté du torii. Harutora ne se retourna pas. Le claquement des sandales s’éloignait petit à petit, mais il regardait obstinément droit devant lui.

Après un long moment.

« …… Elle est partie. »

Tôji regarda silencieusement les événements se dérouler, ouvrant calmement la bouche. Harutora ne pouvait plus retenir sa colère croissante, marmonnant amèrement : « …… Bon sang ! »

« Mon Dieu, quelle jeunesse, pas mal. »

Tôji parlait avec nonchalance, comme d’habitude, mais Harutora n’avait plus l’énergie pour répondre.

« …… Est-ce que tu penses que c’était aussi ma faute cette fois-ci ? »

« Non, franchement, Hokuto avait tort. »

Tôji répondit de façon inattendue. Harutora le regarda avec surprise, mais ne le vit que continuer à parler avec son calme habituel :

« Tu es juste “inutile”. »

Les paroles de Tôji piquèrent sèchement ses oreilles et Harutora ressentit un sentiment particulièrement profond en les entendant. Son énergie jusqu’alors excitée disparut et il s’effondra comme une balle dégonflée.

« Félicitations, tu as été rejeté deux nuits de suite. En regardant les choses sous cet angle, tu es un vrai Don Juan, Harutora. »

« Ferme-la. Franchement, je suis incroyablement frustré, là. »

« Il n’y a pas que la magie qui puisse mordre. »

« …… Qu’est-ce que ça veut dire ? »

« Ce que je veux dire, c’est que Hokuto, qui a été blessée, se sent très certainement pire que toi en ce moment. »

Harutora ne put s’empêcher de devenir plus sombre encore lorsqu’il entendit cela.

Juste à l’instant, des larmes avaient brillé dans les yeux de Hokuto. Harutora s’était fâché, l’avait blessée et puis ― il l’avait fait délibérément.

« Que vas-tu faire ? Est-ce que tu veux la poursuivre ? Si tu n’arrives pas à te décider, je te cognerai un peu. »

« Pourquoi est-ce que tu me cognerais ? »

« Pour t’encourager. Il est de mon devoir de faire ça dans ce genre de moments. »

Tôji sourit.

En ce moment, Tôji semblait tendre, mais il avait en fait été un violent délinquant qui se battait tout le temps, donnant des coups de poings et de pieds aux gens pour le petit déjeuner. Harutora leva les mains, déclinant sa proposition.

Il se calma un tout petit peu.

… J’en ai trop fait……

Il était possible que Tôji ait dit que Hokuto était en tort parce que c’était le jugement de son ami. Comparé à Harutora qui était un ami plus important, Hokuto n’était pas dans les environs, alors il avait pu dire qu’elle avait “tort”.

L’amitié n’était pas forcée. Pour voir les choses à l’extrême, il se pouvait que Hokuto ne voie pas Harutora comme un ami et elle était libre de penser ainsi.

Bien sûr, Harutora ne croyait pas que Hokuto le regardait de haut et tous les deux se connaissaient depuis longtemps. Mais, même si Harutora pensait que Hokuto était une précieuse amie, Hokuto n’avait pas à répondre à son avis par des pensées et une attitude similaires. Malgré la manière différente que chacun avait de voir l’autre, ce n’était pas une raison pour critiquer l’autre.

« …… Je vais la chercher. »

Harutora envisagea la vie se présentant à lui. Tôji et Hokuto étaient tous les deux des parties indispensables de sa vie.

À ce moment-là.

« … Attendez. »

Tout à coup, quelqu’un parla.

Celui qui leur avait adressé la parole était une personne qui semblait être sortie des ténèbres du temple, un homme portant un costume noir et des lunettes. Harutora et Tôji regardèrent les vêtements qui détonnaient vraiment dans un festival, et reculèrent inconsciemment d’un demi-pas.

« Désolé de vous interrompre, tous les deux, mais j’ai entendu votre conversation, à l’instant, et j’ai appris que quelqu’un de la famille Tsuchimikado se trouvait ici. »

L’homme baissa respectueusement la tête, comme s’il n’avait pas remarqué la réaction des deux amis.

Il s’adressa à un Harutora désorienté :

« En fait, je cherche la personne de la famille Tsuchimikado selon les ordres de mon maître. Pourriez-vous m’accorder un peu de votre temps et la rencontrer ? »

L’homme amena Harutora et Tôji près du stand où ils avaient joué au tir tout à l’heure.

À l’origine, Harutora avait l’intention de refuser quand l’homme leur avait fait sa proposition. Pour le moment, le problème avec Hokuto n’avait pas encore été résolu et même si cela ne l’avait pas dérangé, il ne voulait pas marcher avec cet homme étrange de toute façon.

Même si Harutora n’était pas vraiment d’accord, Tôji avait répondu sans lui demander son avis, et c’était pourquoi ils avaient quitté le temple et étaient actuellement en train de suivre l’homme.

« Qu’est-ce que je vais faire pour Hokuto ? »

« Je lui ai envoyé un sms pour lui dire d’attendre un peu. »

Demanda Harutora, peu convaincu, mais Tôji répondit de but en blanc.

Ils marchaient derrière l’homme tout en discutant.

« Je sais que tu t’inquiètes pour Hokuto, mais nous devons nous occuper en priorité de cette situation. Cette personne te cherche parce qu’il sait que tu es de la famille Tsuchimikado. Si tu t’échappes maintenant, ça pourrait devenir encore plus ennuyeux plus tard. »

« Pourquoi ? Ils veulent trouver quelqu’un de la famille Tsuchimikado, et est-ce que quelqu’un de la famille principale ou mon père ne serait pas plus adapté que moi ? »

« Ce serait vrai la plupart du temps, mais ils sont délibérément venus dans ce genre d’endroits, et t’ont trouvé toi, qui a complètement l’air d’un étudiant. Tu ne trouves pas que c’est étrange ? »

« Alors raison de plus pour que…… »

« Et il est très probable que cette personne ne soit pas humaine. »

« Quoi ? »

« Ça t’intéresse ? »

Tôji sourit devant un Harutora abasourdi.

Tôji était en fait un copain fiable, mais ce qui était ennuyeux, c’était qu’il adorait s’aventurer dans des endroits dangereux. Non, ce n’était pas vraiment correct, il détestait les choses ennuyeuses, et plus précisément, ce qu’il aimait, c’était l’aventure.

« …… Toi qui disais que tu aimais la paix. »

« J’aime la paix, mais j’aime encore plus l’excitation. »

Il répondit sur un ton calme, ses yeux regardant de chaque côté sans manquer le moindre recoin. Comparé à Harutora qui était assailli par un mauvais pressentiment, il semblait suffisamment joyeux pour commencer à chanter.

La foule s’écoulait vers le lit de la rivière, et le festival était encore extrêmement vivant. Les vêtements de l’homme contrastaient plus encore dans ce joyeux groupe de personnes.

L’homme conduisit Harutora et Tôji devant un stand vendant des hot dogs.

« …… J’ai amené la personne. »

Harutora ne fut pas le seul surpris quand il vit la personne qui se retourna, Tôji le fut aussi.

C’était une jeune fille.

Elle était clairement plus jeune que Harutora et semblait avoir l’âge d’une collégienne. Elle accepta un hot dog et pressant une grande quantité de ketchup (bien qu’elle ne jetât pas le moindre coup d’œil à la moutarde) avant de se tourner.

Ses yeux ronds examinèrent intensément les silhouettes de Harutora et Tôji de la tête aux pieds.

« …… Hm, alors c’est toi. »

Sa voix et son apparence extérieure semblaient enfantins, mais son attitude et son ton étaient autoritaires et orgueilleux.

Elle avait une chevelure dorée attachée en longues couettes. Ses vêtements étaient du style appelé loli goth. Elle portait en haut une veste brillante à carreaux rouge et blanc, mais elle avait en bas une minijupe ornée de beaucoup de dentelle et de babioles compliquées, avec des bottes en cuir peintes aux pieds.

Sa belle robe étrange ainsi que la sensation de manque de coordination qu’elle dégageait était comme une fleur d’une île du nord ayant éclos qui cachait un venin mortel.

Après que la fille eut confirmé leur arrivée, sa petite bouche mâcha bruyamment un bout du hot dog.

Elle mastiqua lentement, utilisant sa main libre pour claquer grossièrement des doigts.

La silhouette de l’homme disparut à ce signal.

Les yeux de Harutora s’écarquillèrent, mais il avait bien vu. À l’endroit où l’homme s’était évaporé ― à peu près à l’endroit où son cœur s’était trouvé ― un petit bout de papier apparut.

La forme du papier était semblable à celle d’un personnage bâton, avec un triangle dessiné sur la partie haute. C’était une forme similaire à une poupée ― un réceptacle de shikigami, une espèce d’outil.

« C’était un shikigami !? »

Murmura Harutora.

D’après ses faibles connaissances, l’homme à l’instant était un shikigami simple de type artificiel, que le praticien manipulait directement ou à qui il donnait des ordres à l’avance et le faisait agir selon ces derniers.

Mais un shikigami simple qui ressemblait autant à un humain était extrêmement rare. Tôji avait percé l’identité de l’homme à jour, mais Harutora avait complètement échoué à remarquer que l’homme avait été un shikigami depuis le début.

La fille regarda l’air choqué de Harutora, soufflant avec dérision.

« Qu’est-ce qui te fait peur, c’est facile à dire, et j’ai même posé une barrière. »

Après qu’elle eut dit ça, Harutora remarqua également qu’effectivement, la silhouette de l’homme avait tout d’un coup disparu, mais pas un seul des participants au festival du coin ne s’en étaient aperçu. Peut-être était-ce ce dont parlait la fille, une barrière imposant une sorte de magie qui détournait les yeux et les oreilles des gens avait été placée.

La fille récupéra la poupée d’un air calme et la mit dans sa poche.

« Tu, Tu…… »

Qui était-elle ? Tôji ouvrit la bouche avant que Harutora ait eu le temps de finir de parler :

« … Je t’ai vue dans un magazine. Tu dois être la plus jeune des “Douze Généraux Divins”, Dairenji Suzuka la “prodige”, pas vrai ? »

En entendant les paroles de Tôji, Harutora resta sans voix pendant un assez long moment.

… Les Douze Généraux Divins ? Cette petite fille ?

Harutora regarda avec de grands yeux la fille, qui fit “Oh ?”, et sembla disposée à leur faire face à tous les deux.

« Vous êtes assez bien informé, mais il est naturel que quelqu’un de la famille Tsuchimikado connaisse ce genre de choses. Exact, je suis Dairenji Suzuka, » dit la fille ― Suzuka ― en fixant Tôji d’un regard provocateur. « Bonjour et enchantée de faire votre connaissance. J’ai entendu des rumeurs à propos de vous, et ça faisait longtemps que je voulais vous rencontrer. »

Elle le regardait avec intimité, mais Tôji masqua son expression derrière un sourire calme.

Puis il haussa légèrement les épaules.

« Malheureusement, je suis juste quelqu’un de normal, et c’est lui le Tsuchimikado. »

« Quoi ? Ce type ? »

Suzuka cligna plusieurs fois des yeux, puis fronça les sourcils, fixant Harutora d’un air perplexe et le jaugeant.

Elle avait été jusqu’à vouvoyer Tôji quand elle s’était adressée à lui, mais elle appelait Harutora “ce type”. Harutora en fut mécontent, et il soutint le regard de Suzuka sans un mot.

En la regardant ainsi, elle avait vraiment l’air d’une écolière. Malgré le collier serré enroulé autour de son cou ou la veste qui découvrait ses épaules, elle dégageait une sensation de faiblesse et d’impuissance. En particulier, ses vêtements et son comportement arrogant lui donnaient l’air d’une enfant prétendant être une adulte.

En regardant plus attentivement, un monceau de takoyaki, des pommes caramélisées et des barbes à papa en sachet étaient fourrés dans le sac en plastique qui pendait à son coude. Elle mâchait aussi un hot dog. On aurait dit une enfant achetant des choses de façon désordonnée sans but précis.

Mais cette fille était bien celle qui manipulait le shikigami simple à l’instant. Non, si elle était vraiment l’un des Douze Généraux Divins, un shikigami simple n’était rien pour elle, après tout, elle était l’un des onmyôji possédant le plus haut rang en termes de pouvoir au Japon.

« Hmph, alors c’est toi…… C’est vraiment un peu inattendu. J’ai entendu dire que tu étais le dernier prodige en date après moi, mais à première vue, on ne dirait pas que tu vailles quoi que ce soit. Il est impossible que cette rumeur soit fausse, si…… ? »

La façon que Suzuka avait d’exprimer ses émotions était assez directe, et elle avait l’air extrêmement découragée, pour parler franchement.

« …… Eh, de quel “prodige” est-ce que tu– »

Harutora se sentait irrité et il était sur le point de poursuivre sur le sujet, mais Tôji posa tout d’un coup une main sur l’épaule de Harutora.

« Bon, calme-toi. Alors ça veut dire que ta célébrité est reconnue dans tout le milieu, pas vrai, Natsume ? »

« Hein ? ……Ah. »

Harutora était surpris et il regarda Tôji. Ce dernier lui fit un clin d’œil.

… Je vois, elle……

Suzuka avait pris Harutora pour Natsume. Avec ça, la question de savoir pourquoi son shikigami avait appelé quelqu’un étant de toute évidence étudiant comme Harutora ― la question que Tôji avait soulevée tout à l’heure ― était résolue. Il avait dit qu’elle cherchait quelqu’un de la famille Tsuchimikado, mais il n’avait pas dit que la personne qu’il cherchait était Tsuchimikado Natsume.

« Peu importe, que la rumeur soit vrai ou pas, je ne peux pas te donner de marge de manœuvre. »

Suzuka parla puis commença à s’éloigner, faisant montre d’une attitude laissant penser que Harutora et Tôji suivraient de toute évidence.

Harutora saisit l’opportunité pour discuter en hâte avec Tôji à voix basse.

« …… Elle ne sait pas que Natsume est une fille ? »

« …… On dirait que non, elle a même dit que c’était la première fois qu’elle la rencontrait. »

« …… Est-ce qu’on devrait la laisser continuer à se tromper ? C’est l’un des Douze Généraux Divins, tu sais ? »

« C’est son erreur à elle. »

Répondit Tôji, se comportant avec son calme habituel.

Harutora sentait que les choses ne s’annonçaient pas très bien. Juste à ce moment-là, Suzuka se retourna et demanda d’un ton brusque : « Qu’est-ce que c’est que ces messes-basses, les gars ? » Harutora jeta un coup d’œil à Tôji, vit que ses yeux lui disaient bien de jouer le jeu, et soupira légèrement.

Il suivit Suzuka.

« …… Est-ce que tu veux quelque chose à Nat…… Est-ce que tu me veux quelque chose ? »

« C’est stupide, pourquoi aurais-je besoin de faire la route entre Tokyo et ce genre d’endroit rural, autrement ? »

Suzuka continua à avancer sans se retourner, répondant avec une attitude arrogante.

« Mais heureusement que j’ai mis en place un réseau de recherche. La résidence des Tsuchimikado a vraiment un tas de barrières ennuyantes, et je réfléchissais à la manière de te faire sortir, mais je n’aurais jamais cru que je te croiserais dans ce genre de festival rural minable. Comme j’ai de la chance. »

Suzuka rit bruyamment. Peut-être que c’était de la chance pour elle, mais c’était extraordinairement mauvais pour Harutora. Mais ce genre de choses arrivait souvent.

« …… Désolé, tu as l’air de plutôt bien t’amuser même si c’est juste un festival rural minable. »

« La, La ferme ! C’est la première fois que je vais à un festival, alors c’est très nouveau. C’est juste de la curiosité intellectuelle, ça te pose un problème !? »

Elle semblait miser sur l’intimidation verbale, mais malheureusement, ses joues étaient rouges. Peut-être qu’elle était juste venue à cet endroit pour jeter un œil au festival.

Cette fille était-elle vraiment l’un des Douze Généraux Divins ? Harutora arborait un air perplexe, et il regarda Tôji à côté de lui, mais celui-ci cachait son expression comme tout à l’heure et se concentrait sur la surveillance de la fille.

« …… Alors ? Pourquoi me cherchais-tu ? »

« Un petit truc, je voulais que tu participes à mon expérience et que tu m’aides à quelque chose. »

« Une expérience ? Quelle expérience ? »

« Eh bien, c’est…… »

Suzuka s’arrêta, et fit un pas en avant une fois qu’elle se fut reprise.

« Je~ suis un prodige dans le domaine de la magie, mais comme je suis encore jeune, pour le moment, tous les départements de recherche me sont fermés. Même si ça n’a pas d’importance. »

Elle mâcha le hot dog, comme si elle papotait.

« …… Et ? »

« Mon sujet de recherche est en fait un aspect de l’onmyôdô de Tsuchimikado Yakô. »

Harutora en resta bouche bée pendant un moment en entendant cela.

Ce nom était tabou dans la famille Tsuchimikado ― non, dans la communauté magique japonaise toute entière.

« La magie moderne diffère énormément de la magie avant Yakô, tu sais évidemment tout ça, pas vrai ? »

« Elles, Elles diffèrent ? »

Harutora fut sidéré par la question soudaine. Contrairement à Natsume elle-même, Harutora était étranger à la magie.

Mais Suzuka ne prêta pas attention à la réaction de Harutora.

« C’est que dans les “techniques” magiques, nous excluons les dénominations religieuses. »

Harutora répondit par un son ambigu : « Uh…… »

D’un autre côté, Tôji sembla plus surpris par cette explication.

« Les dénominations religieuses ? Ce n’est pas à cause de la simplification et de la vulgarisation ? »

Suzuka entendit la réponse de Tôji et rit avec dédain.

« Ha ha ha, c’est la réponse dans les livres ? C’est vrai, c’était également une caractéristique majeure, mais le facteur le plus important à l’origine de cette caractéristique était “l’exclusion de la dénomination religieuse”. Ce n’est qu’en coupant complètement tous les liens unissant magie et religion que nous avons pu créer la propriété mystique de la magie de déformation de la réalité. C’était un grand pas pour le développement futur de techniques magiques. »

Suzuka les regarda tous les deux avec une expression entièrement satisfaite. Comme on pouvait s’attendre de quelqu’un de qualifié pour être un “Onmyôji National de Première Classe”, elle parlait éloquemment avec un ton plein de confiance.

« Mais, » Suzuka poursuivit ses explications. « D’un autre côté, faire cela a exclu des systèmes l’un des buts importants de la magie ― les techniques et la méthodologie d’une “certaine faction”…… Savez-vous de quoi il s’agissait ? »

Suzuka posa à nouveau une question. Harutora avait baissé les bras depuis longtemps, et Tôji ne parla pas cette fois non plus, attendant la réponse.

Suzuka arrêta de marcher et leur fit à nouveau face.

Juste à ce moment-là, son regard qui lui donnait l’air de plaisanter s’assombrit anormalement, et ses yeux devinrent féroces comme si elle voulait les transpercer de son regard perçant.

« La magie de l’âme, ayant trait à l’existence des âmes et au monde après la mort, » dit-elle d’un ton solennel.

« La magie…… de l’âme ? »

Harutora ne put parler pendant un moment, et un vif éclair passa dans les yeux de Tôji.

Juste à ce moment-là, le faible son d’une explosion résonna au loin.

Tout d’abord, un lourd “Boum !” déchira l’air, immédiatement après, un “Bang” secoua l’atmosphère, et des fleurs géantes commencèrent à éclore dans le ciel.

Des feux d’artifice.

Des couleurs telles le rouge, le vert, le jaune et le bleu fleurirent glorieusement sur la toile de fond qu’était le ciel de la nuit noire. Les participants au festival qui s’intéressaient à l’origine aux stands levèrent tous la tête, poussant des acclamations.

Des applaudissements et des cris joyeux se détachèrent des éloges. La lumière des feux d’artifice illumina le sol, projetant de magnifiques ombres fantastiques.

Suzuka regarda le ciel nocturne, en transe, tout comme les spectateurs.

C’était la première fois qu’elle allait à un festival, et il semblait que c’était la première fois qu’elle voyait des feux d’artifice.

« …… Hu, hu hu, ils sont assez splendides…… »

Son ton était dur, mais ses yeux étaient collés aux feux d’artifice, rappelant fort les réactions de Hokuto tout à l’heure. Ses grands airs de l’instant s’étaient changés en une attitude d’un âge lui convenant ― Non, plus jeune encore.

… Que manigançait cette enfant ?

Harutora se sentit désemparé pour une raison quelconque.

Il y avait une énorme différence entre son apparence quand elle regardait les feux d’artifice et l’expression effrayante qu’elle avait arborée quelques instants plus tôt. Harutora en fut incrédule. De plus, cette fille avait mentionné la magie de l’âme puis le monde après la mort, ce qui ne démontrait absolument aucun sens des réalités et lui donnait juste des poussées d’appréhension.

Les feux d’artifice brillèrent, semant des fils d’argent et d’or comme de la pluie.

Harutora toussa sèchement et Suzuka s’empressa de se reprendre.

« Qu, Quoiqu’il en soit, » elle recouvra rapidement son équilibre, continuant à parler comme si rien ne s’était passé : « “L’Onmyôdô Moderne” que je viens de mentionner ne signifie pas le “Général”. Dans le système de “l’Onmyôdô Général”, dont on peut dire qu’il est un synonyme de la magie moderne, il n’y a aucune magie liée aux âmes ou au monde après la mort. »

« …… Et alors ? »

« Quoi ? » Harutora posa sa question, et Suzuka produisit rapidement un son interrogatif, fronçant les sourcils.

« Tu es bête ? Est-ce que je ne viens pas juste de te parler de mon sujet de recherche ? Pour faire simple, l’onmyôdô qu’a achevé Tsuchimikado Yakô n’est pas ce que nous voyons en ce moment. »

« Hein, mais– »

Harutora était sur le point de demander, mais Tôji l’interrompit à nouveau.

« Est-ce que l’onmyôdô que Yakô a créé n’est pas le style “Général” largement utilisé de nos jours ? »

Tôji posa la question de Harutora avant lui. Peut-être avait-il considéré le fait que Suzuka prenait Harutora pour Natsume et que si celui-ci posait trop de questions faciles, il pourrait se trahir.

Comme il s’y attendait, Suzuka lui adressa rapidement un regard arrogant.

« Les profanes sont tellement ignorants ! Écoute, laissons de côté les concepts de base pour le moment, l’onmyôdô que Yakô a développé est différent du “Général”, il n’est pas aussi simple mais est plus complexe et il s’agit de l’original, qui est bien plus vaste ! Le “Général” maintenant laissé derrière constitue les bribes utilisées par les successeurs de Yakô pour compenser leur impuissance, et ils l’ont profilé, le réduisant à l’état de restes, un onmyôdô “facile à comprendre” au mieux. »

Suzuka pestait, mais le soupçon d’un sourire flottait sur son visage.

C’était un sourire de dérision, portant un froid dédain pour le monde. Le sourire sur le visage de la fille semblait particulièrement décalé sous le ciel nocturne éclairé par les feux d’artifice.

« Réfléchis-y, à l’époque, Yakô a accepté la requête de l’armée lui demandant de créer un nouvel onmyôdô et l’a terminé en un temps incroyablement court, alors naturellement, quelque chose de complexe, non consigné et incompréhensible serait produit au cours du processus, une ombre géante à laquelle l’onmyôdô actuel ne peut pas même être comparé, contenant une force bien plus puissante. Ce que Tsuchimikado Yakô a créé était “l’Onmyôdô Impérial”. »

Les feux d’artifice éclatèrent au-dessus de sa tête. Harutora retint son souffle, regardant la fille se tenant devant lui.

Il ressentait que le petit corps de Suzuka dégageait une présence diabolique, et ne put s’empêcher de douter quant au fait qu’il ne pouvait pas voir les esprits, puisqu’il avait l’impression de voir un fantôme. Un frisson et un tremblement inexplicables traversèrent silencieusement tout son corps.

Enfin, elle lança ces mots :

« Bien sûr, la magie liée aux âmes en fait partie, ainsi que des magies mystérieuses qui ont déjà été perdues. »

… Cette personne……

Harutora comprit enfin totalement que cette fille, devant lui ― cette fille plus jeune que lui qui paraissait faible et impuissante ― était vraiment une “onmyôji“. Ça n’avait rien à voir avec ses beaux vêtements et son comportement arrogant ― elle possédait en effet de la “force”.

Il déglutit.

« Tu viens de dire que tu voulais que je t’aide pour une expérience, c’est ça ? En d’autres termes, c’est…… »

Harutora demanda confirmation, et Suzuka acquiesça tranquillement.

« C’est ça, je veux que tu m’aides à réaliser la magie de réincarnation de l’âme que j’exécuterai. Mais tu n’as pas à avoir peur, tant que tu suis docilement mes instructions, tu ne seras pas blessé. »

Ses paroles n’étaient clairement pas une requête, mais un ordre, et pouvaient même être considérés comme une menace. Dans l’esprit de Suzuka, l’assistance de Harutora ― plus précisément celle de Natsume ― avait déjà été décidée.

Mais il avait toujours un doute.

« …… Je, Je comprends la plupart de ce que tu dis. Mais pourquoi est-ce que tu as besoin de l’aide de Na- de mon aide ? Comme tu es l’une des Douze Généraux Divins, tu devrais pouvoir trouver de l’aide auprès d’autres onmyôji beaucoup plus doués, non ? »

Natsume avait beau être un prodige, elle n’était qu’étudiante. Quiconque était devenu un Onmyôji National de Première Classe pouvait utiliser tout son soûl des onmyôji spécialisés.

La réponse de Suzuka à la question de Harutora fut très étrange.

Son expression se refroidit l’espace d’un instant.

« …… Je ne suis pas d’humeur à m’amuser, tu vas faire l’idiot encore longtemps ? »

« Qu, Qu’est-ce que tu as dit ? »

« Je ne t’ai choisi que pour une raison, c’est à cause de ta “vie antérieure”. »

« Quo…… »

Harutora ne comprit pas ce que Suzuka disait, et ressentit juste un frisson, fermant la bouche par mégarde. À côté de lui, Tôji arborait une expression sombre qu’on lui voyait rarement.

Des feux d’artifice s’entremêlaient superbement dans le ciel nocturne, chacun d’eux illuminant le sol, faisant passer le monde de la lumière aux ténèbres à une vitesse aveuglante.

« Le prochain héritier des Tsuchimikado, Tsuchimikado Natsume. »

Suzuka étrécit les yeux, fixant Harutora qui restait muet, et dit doucement :

« On dirait que les sources extérieures disaient vrai, tu n’as pas l’air d’avoir de souvenirs de ta vie antérieure. Ou peut-être la rumeur était-elle fausse, après tout…… Mais je vais quand même tenter le coup, puisque tu restes l’utilisateur ayant été couronné de succès de cette magie ― le “Rituel Taizan Fukun”. »

Suzuka fit un pas en avant, et Harutora sentit une profonde pression au même moment, alors que lui-même battait en retraite.

— Cette personne était très dangereuse !

Le dos de Harutora était couvert de sueurs froides.

Juste à ce moment-là.

Une ombre fendit les airs dans le ciel brillant de feux d’artifice, les survolant.

L’ombre se glissa dans l’espace qui les séparait tous les deux, ignorant l’inertie et s’arrêtant tout en planant dans le vide.

C’était une hirondelle d’un noir bleuté.

Alors que les yeux de Harutora s’écarquillaient et que Tôji prenait rapidement une position prudente :

« — Pas un geste ! Dairenji Suzuka, en accord avec la loi d’Onmyou, vous êtes en état d’arrestation ! »

L’hirondelle parla, et juste quand sa voix sonna, son corps s’ouvrit.

Ses ailes ouvertes en grand, leurs plumes se projetèrent dans toutes les directions comme si l’oiseau explosait, se transformant en appendices longs et innombrables qui se tendirent comme les doigts d’une main et essayèrent de s’enrouler autour de Suzuka.

« C’est, c’est– »

« Un type d’entrave !? »

Cria Tôji à côté d’un Harutora choqué.

D’un autre côté, même si Suzuka se faisait attaquer par l’hirondelle, ses lèvres dessinèrent un rictus superficiel et suffisant. Elle souffla froidement, jeta le sac plastique qui pendait à son bras, et les tentacules essayant de l’attraper furent bloquées dans le vide.

Une silhouette humaine déformée émergea dans son dos.

Ce qui apparut devant eux semblait s’être matérialisé en provenance d’une autre dimension. Deux mètres de haut, trois longs bras de chaque côté de son corps, c’était un monstre mince qui semblait fait de métal.

C’était un Asura.[3]

« Pour, Pourquoi est-ce qu’il y a plus de shikigami ? »

Le shikigami portait un masque sur son visage inexpressif, et il ressemblait plus à une machine sur laquelle avaient été installés six bras mécaniques qu’à un être organique. C’était un shikigami rigide et inorganique qui dégageait un air intimidant.

Le shikigami attrapa les tentacules de l’hirondelle et les mit en pièce avec force. La forme de l’hirondelle fut détruite et celle-ci se transforma en un talisman déchiré ― c’était un shikigami artificiel. Le shikigami se brisa en d’innombrables morceaux de papier, virevoltant doucement jusqu’au sol.

La barrière que Suzuka avait déployée paraissait avoir été cassée, et les participants au festival qui remarquèrent le chaos crièrent l’un après l’autre, courant dans toutes les directions. Les responsables des stands abandonnèrent également leur poste avec hâte et fuirent les alentours.

Harutora et Tôji firent de même. Ils s’éloignèrent de Suzuka et du shikigami, se cachant dans un stand vendant des nouilles frites.

« C’était un shikigami artificiel créé par l’Agence d’Onmyou. Un shikigami modèle général multitâche, un “Asura M3”. »

Tôji ― même pendant pareille crise ― parlait avec excitation.

« Et cette hirondelle ? »

« Un “fouet-hirondelle WA1”, le shikigami d’entrave produit par la Corporation de Sorcellerie. »

« Ce n’est pas ce que je demandais, je voulais savoir qui la manipulait. »

Juste au moment où Harutora demandait, les contrôleurs apparurent.

« Plus un geste ! Nous avons déjà barricadé les alentours, rends-toi immédiatement ! »

Dix hommes portant des vestes ou des costumes apparurent devant eux, et ils tentèrent d’encercler Suzuka, pointant sur elle les pistolets qu’ils tenaient. Parmi eux, il y en avait aussi qui tenaient des talismans dans leurs mains.

Harutora et Tôji se cachèrent derrière la machine à frire en métal.

« Qu’est-ce qui se passe ? »

« Ce sont des Enquêteurs Mystiques ? »

Tôji parlait calmement à côté de Harutora qui paniquait.

Harutora connaissait également des Enquêteurs Mystiques ― c’étaient les enquêteurs des crimes magiques. Comme leur nom le suggérait, ils étaient chargés d’investiguer sur les utilisateurs de magie ayant commis des crimes ainsi que sur les onmyôji hors-la-loi. C’étaient des experts en magie anti-personnelle. Si on considérait les exorcistes comme les pompiers ou les sauveteurs de la communauté magique, les Enquêteurs Mystiques en étaient la police.

« Mais pourquoi les Enquêteurs Mystiques feraient-ils une chose pareille ? Cette fille n’est pas un des Douze Généraux Divins ? Est-ce qu’ils ne sont pas dans le même camp ? »

Pendant que Harutora exprimait sa confusion, les Enquêteurs Mystiques avaient déjà encerclé Suzuka sans laisser d’ouverture.

Ils fumaient d’envies de meurtre, et il était impossible de dire que ce groupe d’adultes avait affaire à une fille de l’âge d’une collégienne.

Suzuka commença à récupérer son expression arrogante.

« …… Vous êtes vraiment très ennuyants, les gars. Pourquoi est-ce que j’ai affaire à un nouveau lot de personnes, et qu’en plus, ce n’est que du menu fretin, comme avant ? Votre groupe n’apprend vraiment jamais. »

Suzuka répondit avec sarcasme, et le shikigami “Asura” attendait dans son dos.

Mais les Enquêteurs Mystiques n’en furent pas offensés.

« Dairenji Suzuka, même si tu es une Onmyôji Nationale de Première Classe, tu n’as aucune expérience de combat. Mes subordonnés ont beau avoir perdu contre toi dans les locaux de l’Agence d’Onmyou, pensais-tu pouvoir échapper à la chasse de la Deuxième Équipe d’Enquêteurs Mystiques ? Nous tirerons, alors ne résiste pas inutilement ! »

Plusieurs shikigami d’entrave “fouet-hirondelle” tournaient dans les airs, et la menace des pistolets ne semblait pas être une blague. Le visage de Harutora devint bleu et Tôji siffla légèrement.

Cependant.

« Ai-je dit que j’allais m’enfuir ? Ne me faites pas rire. »

Sur ce, Suzuka plaça tranquillement la main dans sa poche et en sortit un livre.

Les actes de la fille conduisirent les Enquêteurs Mystiques à réagir, et ils bougèrent. Ils récitèrent des incantations, lançant des charmes. C’était le symbole du bois, l’un des cinq éléments.

Les charmes lancés reçurent le pouvoir magique des praticiens, se tortillèrent et devint un filet d’épines. Asura se précipita aussitôt pour protéger son maître, mais ne put empêcher les ronces de s’enrouler autour de son corps, et ses mouvements furent arrêtés en l’espace de quelques secondes.

Cela fait, Suzuka perdit sa protection pendant un moment. Mais, profitant du temps qu’Asura lui avait fait gagner, le jeune Général Divin avait déjà préparé des contremesures.

Des deux mains, elle leva le livre qu’elle avait tiré de sa poche. C’était un livre à couverture rigide d’une taille à peu près normale ― un ouvrage avec une couverture rouge sang.

« Ne pensez-vous pas qu’il est inintéressant d’avoir un shikigami artificiel produit en masse pour adversaire ? C’est une bonne occasion pour vous permettre de rencontrer un shikigami spécial d’un Général Divin– »

« Lève-toi. » Elle invoqua le shikigami.

Un sourire diabolique émergea sur le visage de Suzuka alors qu’elle parlait aux Enquêteurs Mystiques.

Le moment suivant, une lumière qui noya les feux d’artifice dans le ciel nocturne jaillit de l’ouvrage dans ses mains. La couverture rouge sang s’ouvrit d’elle-même, comme sous l’effet d’un vent violent, et les pages furent arrachées l’une après l’autre, s’envolant dans les airs.

Les pages dansant dans les airs se plièrent, se rejoignirent et se chevauchèrent, créant des formes.

Il y avait des lions, des serpents, des aigles et des léopards.

Ces animaux étaient confectionnés comme des origamis vivants, mais leur taille était à peu près celle de leurs modèles et ils étaient pleins d’énergie, comme s’ils étaient de véritables animaux.

Ces animaux dégageant un air menaçant étaient des shikigami.

« … Allez-y. »

Suzuka donna un ordre court ― les shikigami lui obéirent.

Ils étaient plus d’une cinquantaine.

« C’est quoi ce bordel– !? »

Les visages de Harutora et Tôji pâlirent, et ils sautèrent sous le guichet en métal. Le grand groupe de shikigami se dirigea rapidement vers les stands du festival, bondit par-dessus le comptoir et continua à courir.

On aurait dit qu’une avalanche de papier se répandait parallèlement au sol, Suzuka en son centre. Les stands s’effondrèrent, les lanternes tombèrent et la nourriture fut piétinée. Alors que les lumières étaient brisées une à une, quand il semblait que les environs allaient plonger dans l’obscurité, des flammes se propagèrent aux stands renversés et des langues de feu dansèrent avec le vent, se mélangeant aux feux d’artifice dans le ciel nocturne.

Les Enquêteurs Mystiques battirent l’un après l’autre en retraite et contre-attaquèrent.

Du feu.

Les shikigami qui étaient touchés par les balles tremblaient et arrêtaient de bouger. Comme s’ils rencontraient des interférences radio, leur contour se troublait et leur silhouette disparaissait par intermittence, tandis que le réceptacle qui leur servait de cœur tombait en morceaux.

C’était le phénomène connu sous le nom de “lag”. Les shikigami ― et tout particulièrement les shikigami artificiels ― ne pouvaient pas supporter les impacts physiques.

Mais les lags n’arrêtaient les shikigami qu’un court instant. Les Enquêteurs Mystiques appelaient force shikigami variés, mais ces derniers étaient débordés rien qu’à garder leurs propres maîtres. Quelques Enquêteurs Mystiques utilisaient des charmes pour créer des flammes, brûlant les shikigami, mais en carboniser un ou deux ne résolvait pas la crise qu’ils avaient sous les yeux.

« Comment s’est-on retrouvés impliqués dans une guerre magique ? »

« Comme on pouvait s’attendre de ta part, Harutora, malchanceux à un degré choquant. »

« Moi ? C’est ma faute !? »

Tôji s’était dirigé vers le danger par curiosité, mais rejetait maintenant nonchalamment la faute sur Harutora.

En parlant de ça, ils ne pouvaient vraiment pas rire de la scène devant eux. Ils faisaient face à une situation de vie et de mort.

« Qu’est-ce qui ne va pas, tout le monde ? Puisque vous ne pouvez pas gagner avec des shikigami, peut-être que vous devriez essayer avec des charmes ? »

Suzuka taquinait la prestation honteuse des Enquêteurs Mystiques, riant bruyamment alors qu’elle tirait un talisman de sa poche.

« C’est parfait, puisqu’il fait assez chaud, aujourd’hui. »

Elle rit et jeta le charme.

C’était un charme de l’un des cinq éléments ― l’eau.

Le charme rougeoya et fit jaillir une grande quantité d’eau. Si les shikigami étaient une avalanche, cette fois, c’était une inondation.

« Wah– »

Harutora et Tôji furent englouti par l’inondation, et leurs bouches ouvertes pour crier se remplirent d’eau, rendant la respiration difficile. Ils agitèrent leurs bras et leurs jambes. Mais ils n’étaient pas mouillés du tout. Ce n’était pas de l’eau réelle mais de l’eau créée par magie.

« B, Bloque l’esprit de l’eau déchaîné ! La terre conquiert l’eau, Order ! »

Plusieurs Enquêteurs Mystiques se débattaient dans l’eau, se défendant avec des charmes.

Ils marchèrent sur des charmes d’élément terre, et le sol gonfla rapidement pour bloquer le flux liquide, alors que l’eau créée magiquement coulait également dans le sol en simultané.

Tous les Enquêteurs Mystiques lancèrent leurs charmes en même temps, conquérant enfin l’eau. Durant ce laps de temps, Suzuka se contenta de ricaner, ses shikigami étant complètement épargnés par l’inondation. Même un profane pouvait dire en un coup d’œil que les Enquêteurs Mystiques perdaient.

… Elle, elle est trop puissante…… !

Harutora était de la famille secondaire des Tsuchimikado, et avait également fait l’expérience de la vraie magie à plusieurs reprises, mais c’était la première fois qu’il voyait une magie d’une telle échelle de ses propres yeux. Tout comme dans la retransmission de la veille, les Douze Généraux Divins étaient vraiment un groupe extraordinaire parmi les onmyôji spécialisés.

« …… La situation ne s’arrange pas ! Harutora, trouvons une opportunité pour nous enfuir ! »

« Com, Compris ! »

Harutora approuva la proposition de Tôji sans plus de cérémonie.

Malgré tout, voler serait plus facile que de s’enfuir d’ici. Il pouvait voir que Tôji paraissait observer sérieusement la situation qui l’entourait, et il cherchait en fait désespérément un moyen de s’échapper.

Alors–

« À plus tard, Tôji. »

« Qu’est-ce– »

Harutora laissa Tôji, surpris, et se rua hors du stand.

Tôji l’appela dans son dos, mais il l’ignora. La cible de Suzuka, c’était Natsume, et elle croyait que Harutora était Natsume. Les chances pour que Tôji s’échappe avec succès étaient élevées si tous les deux ne restaient pas ensemble.

Il se précipita entre les stands, se faufilant dans les interstices entre les shikigami, s’obligeant à bouger.

Tôji ne le suivit pas, et c’était naturel. Dans ce genre de situation, même poursuivre Harutora serait vain. Il serait plus utile de s’échapper et d’appeler à l’aide. Tôji se soumit à ce jugement, mais il y avait bien sûr de l’anxiété et du remord dans son cœur.

« Ah ! »

Afin d’esquiver un stand en train de tomber, Harutora rentra dans un shikigami à l’apparence de buffle. Il évita rapidement ses cornes, mais il s’écrasa quand même contre son dos et tomba par terre.

Une fois au sol, il fut presque piétiné brutalement par un shikigami en forme de cheval. Il bondit prestement hors du passage, et un shikigami en forme de loup le dépassa en courant, la gueule ouverte. Il eut des sueurs froides, s’étant échappé intact de justesse.

Les shikigami de Suzuka ne semblaient considérer comme ennemis que les Enquêteurs Mystiques et leurs shikigami.Ils l’avaient attaqué par coïncidence, mais en même temps, le blesser ne leur posait pas de problème.

… En tout cas, pour le moment…… !

Harutora se cacha dans l’ombre, et Suzuka ne semblait pas l’avoir remarqué au milieu de la bataille magique. Si cette dernière se poursuivait, peut-être que Tôji et lui aussi pourraient s’enfuir facilement.

Malheureusement, les choses ne se passèrent pas comme il l’espérait. Il s’arrêta brusquement.

Derrière le stand renversé…

Deux enfants qui ne s’étaient pas enfuis à temps étaient accroupis là-bas.

« Eh, vous deux ! »

Les enfants entendirent la voix de Harutora et levèrent la tête. C’étaient un petit garçon et une petite fille plus jeune encore. Harutora poussa un cri de surprise. C’étaient le frère et la sœur qui avaient joyeusement acclamé Hokuto quand elle soufflait des bulles.

Les enfants parurent se souvenir de Harutora, ou peut-être étaient-ils simplement trop tendus, et ils se précipitèrent vers lui, abandonnant leur cachette dans un coin du stand.

Juste à ce moment-là–

« Idiots, esquivez-le ! »

Au moment où les enfants se ruaient hors du stand, un shikigami géant en forme d’ours bondissait sur le stand renversé.

Harutora rassembla son énergie et chargea. La sœur remarqua le danger et hurla. Elle trébucha en même temps et tomba à terre. Le visage du frère pâlit et le temps qu’il pense à aider sa sœur, l’ombre du shikigami était déjà tombée sur elle.

Il n’y arriverait pas à temps.

Harutora avait l’intention d’utiliser son corps pour protéger les deux enfants, mais malgré tout cela, le shikigami en chute libre se retransforma en papier sans avertissement aucun, devenant des bouts de papier qui flottèrent avec légèreté et tombèrent sur la tête de la fille.

Ce n’était pas tout, les autres shikigami redevinrent aussi du papier ― des feuilles du livre. Les Enquêteurs Mystiques parurent sentir que la scène se déroulant devant eux était inattendue, et un moment de silence enveloppa la zone.

« …… Pour, Pourquoi ? » Les yeux de Harutora s’écarquillèrent, et il murmura tout bas ― à ce moment-là, il avait entendu Suzuka gronder un mot.

Il se retourna pour regarder derrière lui et remarqua Suzuka qui regardait dans sa direction ― mais Harutora n’était pas dans ses yeux, c’étaient ces enfants immobiles au sol, sidérés, qui l’étaient.

–Cette fille.

Elle avait sauvé les enfants, non ? Harutora sentit que c’était un peu impossible, mais juste à l’instant, ses bras furent tout d’un coup tirés en arrière et il fut soulevé dans les airs.

« Qu’est-ce qui se passe !? » Il se retourna pour regarder, choqué. Le shikigami multitâche Asura que Suzuka avait appelé au début était derrière lui et le tenait.

« Ce n’est pas drôle, finissons-en. »

Sur ce, Suzuka jeta un nouveau charme de l’élément eau.

Cette fois, du brouillard apparut à la place d’une inondation. Il ne pouvait pas voir à un mètre devant lui, comme si l’épais brouillard d’un blanc laiteux avait momentanément volé la vision de tout le monde.

Les Enquêteurs Mystiques crièrent bruyamment.

« — Ah ! »

Asura porta Harutora, bondissant verticalement et sortant du brouillard qui continuait à se répandre. Le brouillard s’étendait vers l’extérieur en dessous de lui. Qu’il était haut. Il pouvait voir les nombreux stands ainsi que le vaste temple en un clin d’œil. “Bang.” Un feu d’artifice explosa au-dessus de sa tête, le dernier feu d’artifice qu’il verrait avant un moment.

« Par ici. »

Il tourna la tête vers le bruit, et Suzuka était également en l’air, montée sur un autre shikigami à l’apparence de bête qu’elle avait probablement invoqué.

Après avoir confirmé que c’était Suzuka, Asura sauta vite plus haut encore.

Ils bondirent dans le ciel, puis descendirent. Asura ne semblait pas comprendre la notion de vol, et se contentait de sauter ça et là tout en portant Harutora qui hurlait, accélérant constamment vers le sol. Le shikigami que Suzuka montait planait à côté d’Asura, continuant à avancer.

Ils approchèrent petit à petit de la forêt dans la zone du temple, traversèrent les branches, et volèrent à l’intérieur.

Ils atterrirent.

Le choc immense frappa son corps. D’intenses réactions de lag émergèrent dans le shikigami, et il tomba à genou sur le sol.

Asura était un shikigami général qui pouvait accomplir une variété d’ordres, mais ce genre de sauts répétés n’était pas dans ses fonctions, et il n’avait été capable de faire ce mouvement de saut qu’après que son maître Suzuka avait versé de l’énergie magique dedans.

« Ah, ahahaha…… »

Asura avait atterri dans le coin le plus reculé du temple, sur la berge opposée du lit de la rivière.

D’un côté, il y avait le mur de pierre qui encerclait la frontière, et de l’autre, une forêt. Le mur de pierre était à environ la même distance que la forêt. L’endroit était assez loin de la route sur laquelle ils étaient passés tout à l’heure, et le sol était couvert de mauvaises herbes poussant dans tous les sens.

Harutora se tint tranquille alors que Suzuka descendait tranquillement, perchée sur le shikigami.

Elle sauta du dos de sa monture.

« Ne te tiens pas bêtement là, on y va bientôt, ces gens continueront à coup sûr à nous pourchasser. »

« A, A, Attends une minute, j’ai encore la tête qui tourne…… »

« Quoi ? Que c’est pathétique. Tu es vraiment le prochain héritier de la famille Tsuchimikado ? »

Suzuka lui jeta sans pitié un regard méprisant. “Non.” Que ce serait relaxant de répondre ainsi. Non, une fois qu’il aurait dit une chose pareille, il serait à coup sûr abandonné ici, et peut-être qu’elle serait assez furieuse pour le tuer dès qu’elle remarquerait qu’elle s’était fait avoir.

Mais.

« D, Dis…… »

« Quoi ? Je te préviens, tu ne peux pas refuser– »

« Est-ce que tu as abandonné le combat tout de suite pour sauver ces deux gamins ? »

Suzuka serra les lèvres.

Harutora la regarda de plus près et elle gronda avec impatience comme pour le défier.

« C’est quoi, cette question ? Ça ne te regarde absolument pas. »

Répliqua Suzuka, mais c’était vraiment une réponse évidente, et sa colère servait à cacher son embarras, une attitude simple qui correspondait à son âge.

« Et tant que j’y pense, tu n’as même pas un charme sur toi ? Tu ne faisais que courir dans tous les sens tout à l’heure. Tu n’as pas la force pour sauver qui que ce soit, tu es trop présomptueux à propos de ta puissance ! »

« …… Alors tu les as sauvés pour moi, pour me sauver moi ? »

« … Ben. »

Suzuka se tut à nouveau. Une flopée de questions vint à l’esprit de Harutora quand il vit son comportement.

Suzuka était l’un des Douze Généraux Divins, mais elle était pourchassée par les Enquêteurs Mystiques. Ces derniers poursuivaient principalement les criminels liés à la magie. En d’autres termes, elle avait commis un crime ― ou se préparait à en commettre un.

Connectant ce crime supposé à la magie de l’âme dont elle avait parlé il y a un instant, elle avait sûrement pris quelques risques pour faire des expériences sur cette magie.

« …… Laisse-moi te demander, qu’est-ce que tu as l’intention de faire avec de la magie de l’âme ? »

Harutora était toujours entravé par Asura.

Mais il regarda quand même Suzuka droit dans les yeux, lui posant directement la question.

Le visage de Suzuka rougit un peu. À l’origine, elle avait l’intention de prendre une attitude semblable à celle de tout à l’heure et de répliquer, mais sous le regard de Harutora, ses lèvres entrouvertes perdirent petit à petit toute leur énergie.

Les yeux avec lesquels elle regarda Harutora changèrent, comme lorsqu’elle avait regardé les enfants tout à l’heure.

Le regard d’une fille innocente.

« …… Je veux ressusciter mon frère. »

Dit doucement Suzuka.

Le bruit des feux d’artifice résonnait à travers la forêt déserte, et les yeux de Harutora s’écarquillèrent sous le choc.

« R, Ressusciter…… Alors…… »

De quoi parlait-elle ? Harutora y réfléchit et il sentit que c’était incroyable. Suzuka ignora sa réaction, un air renfrogné se redessina sur son visage et elle tourna la tête.

Juste à ce moment-là–

« Harutora ! »

Harutora blêmit sur-le-champ.

Suzuka se retourna rapidement et Harutora se tourna lui aussi vers la direction d’où venait la voix. Une fille portant un yukata se rua hors de la forêt.

C’était Hokuto.

Harutora perdit son sens rationnel.

« Idiote, ne viens pas par ici ! »

« Non ! Laisse Harutora partir ! »

Hokuto cria, une volonté ferme dans les yeux montrant à quel point elle souhaitait anxieusement sauver Harutora. Elle semblait même ne pas avoir remarqué la silhouette du shikigami.

Et alors–

« …… Harutora ? »

Les joues de Suzuka tremblèrent et elle fixa méchamment Harutora. « Ah. » Ce dernier émit un son surpris, comprenant le sens de sa question.

« …… Qu’est-ce qui se passe ? Tu n’es pas Tsuchimikado Natsume ? »

« Non, ben…… »

« Réponds-moi ! »

Suzuka était extrêmement énergique. Puisque Hokuto était là, se montrer vague ne ferait qu’accroître le danger.

« …… N, Natsume est de ma famille. Je suis Tsuchimikado Harutora, un membre de la famille secondaire. »

« La fa, famille secondaire ? Qu’est-ce que tu me chantes ? Arrête de plaisanter ! »

Elle attrapa le torse de Harutora, toujours entravé, et serra les dents.

« Tu mens ! »

« Non, eh bien, tu t’es trompée d’abord. »

« La ferme, espèce de vermine ! Je vais te tuer ! »

Suzuka était vraiment folle de rage, et le bras fin qui tenait la poitrine de Harutora ne pouvait s’arrêter de trembler de colère.

Hokuto accourut en vitesse.

« Ne t’approche pas, laideron ! Si tu viens, je le tue ! »

Hokuto arrêta de bouger en entendant le hurlement enragé de Suzuka, mais elle n’abandonna pas, attendant une opportunité pour s’approcher, comme on pouvait le déduire d’un seul coup d’œil d’après son expression.

Hokuto ne connaissait pas la véritable identité de Suzuka et n’avait pas non plus vu la bataille magique s’étant déroulée à l’instant de ses propres yeux. Elle ne devrait pas plus savoir quel genre de créature était Asura. Harutora s’inquiétait plus parce qu’il connaissait la personnalité inflexible de Hokuto.

D’un autre côté, Suzuka tira sans ménagement le tee-shirt de Harutora.

Elle semblait être toujours en colère mais penser en même temps à quelle action entreprendre ensuite. Même si sa rage n’avait pas disparu, elle mit quand même ses sentiments de côté, réfléchissant à la manière de corriger son erreur.

Après un moment, Suzuka détendit ses mains et parla doucement :

« …… J’avais l’intention de résoudre ça de façon pacifique, mais bon…… Peu importe. »

En quoi ses méthodes de tout à l’heure étaient-elles pacifiques ― Juste au moment où les mots allaient se précipiter hors de sa gorge, Harutora les ravala frénétiquement.

Suzuka donna lentement un ordre à Harutora, qui n’avait aucun moyen de résister.

« Va avertir le véritable Tsuchimikado Natsume que je vais le trouver et l’attraper ― compris ? Assure-toi de lui faire passer personnellement le message. »

« …… Compris. »

Le ton de Suzuka était assassin et Harutora acquiesça avec réticence.

Elle fixa Harutora, un peu de colère couvant toujours dans ses yeux. Ensuite, elle regarda brusquement Hokuto.

« …… Cette fille, c’est ta petite amie ? »

« N, Non ! »

Harutora répondit anxieusement. Ce serait terrible que Suzuka passe sa colère d’avoir été bernée sur Hokuto.

« Menteur, elle n’a pas l’air d’être une amie normale d’après son attitude. »

« Je dis la vérité ! C’est juste quelqu’un qui s’est retrouvée à venir au festival avec moi ! »

Harutora réfuta frénétiquement ses paroles. Suzuka lui jeta un regard glacial et le fixa.

Tout d’un coup, un sourire malveillant émergea sur son visage.

« Je ne te mentirais pas à nouveau…… »

Un frisson glacé parcourut l’échine de Harutora et il ne put s’empêcher de vouloir crier “stop”.

Il n’avait pas encore crié quand son torse fut brutalement tiré au moment même où le visage de Suzuka s’approchait rapidement.

Une douce sensation toucha ses lèvres.

Les yeux de Harutora s’écarquillèrent et Hokuto haleta.

Suzuka ferma juste les yeux, plaçant ses bras autour de son coup comme si elle voulait serrer la tête de Harutora. “Nn……” Elle laissa doucement sortir un profond soupir.

Après qu’elle eut doucement et délibérément embrassé Harutora, elle le laissa partir.

Ensuite, Asura ouvrit à son tour la main et le corps de Harutora s’effondra au sol en conséquence.

Suzuka arbora un sourire, regardant Harutora qui était agenouillé à terre. Ensuite, elle et Asura montèrent ensemble sur le shikigami en forme de bête et s’enfuirent dans le ciel noir.

Elle hurla depuis les airs :

« Souviens-toi de lui dire, mon cœur. »

Après avoir dit ça, elle s’envola dans le ciel nocturne éclairé par les feux d’artifice.

Tout ce qui lui restait était une sensation sur les lèvres.

Alors qu’elle partait, elle envoya un coup d’œil malveillant à Hokuto.Frappe d’abord, pose des questions plus tard ― Harutora s’attendait à ce que ce genre de situation se présente, mais qui aurait pu deviner ce qui allait se produire ensuite.

Il secoua la tête, s’essuya le visage et courut vers Hokuto.

« Hokuto, est-ce que tout va bien ? »

Après que le shikigami de Suzuka avait disparu, Hokuto était restée pétrifiée sur le sol, comme si son âme lui avait été volée. Malgré tout, il ne pouvait pas être négligent. Harutora avait prédit ― ou plutôt il s’attendait à ce ― que Hokuto se change en démon à la seconde qui suivait, rugissant avec colère : “Espèce de gros pervers !”

Malheureusement, il avait mal deviné.

Hokuto se tourna lentement vers Harutora qui avait accouru à ses côtés.

Ensuite, elle commença tout d’un coup à pleurer.

« H, Hokuto ? »

La voix de Harutora devint rauque. Hokuto n’arrêta pas de pleurer, laissant silencieusement couler des larmes, puis sanglota et commença enfin à pleurer bruyamment. Cela bouleversa complètement Harutora.

« H, Hokuto ? Qu’est-ce qui ne va pas ? Tu es blessée ? Ou tu as eu peur ? Non, de toute façon, tout va bien, elle est déjà partie. Calme-toi, d’accord ? »

Harutora tournait sans savoir quoi faire devant Hokuto. Les feux d’artifice fleurissaient encore dans le ciel nocturne et les étincelles volantes ainsi que les éclats de lumière des feux d’artifice descendaient sur la terre comme une averse d’un après-midi d’été.

Sous l’éclatante lumière des feux d’artifice–

« Harutora, idiot ! »

Hokuto parla enfin.

Elle sanglotait, les mots hachés :

« C’est trop, Harutora…… Tu as jeté mon ema par terre et tu ne m’as pas poursuivie… Et Tôji m’a même envoyé un message…… J’ai attendu mais tu n’es pas venu. Ensuite, il y a eu du raffut, et tu étais en plein dedans…… J’ai, J’ai même pensé que ça irait quand j’ai vu que Tôji n’avait rien, mais je ne pensais pas qu’il allait dire que tu avais été emmené…… »

« Tu, Tu as vu Tôji ? »

« Oui ! C’est pour ça que j’étais aussi inquiète…… J’étais morte d’inquiétude, et je t’ai poursuivi comme une folle, je voulais te sauver ! Mais qu’est-ce que je vois ensuite ? Pourquoi est-ce que tu embrassais cette fille ?! Je t’ai vraiment mal jugé. C’est trop, c’est vraiment trop ! Uuu……. »

Hokuto sanglota bruyamment, affalée par terre, haletante, n’essuyant même pas les larmes qui débordaient de ses yeux.

Elle ouvrit la bouche, pleurant à nouveau avec douleur.

Harutora ne fit rien.

« Harutora, espèce de gros idiot ! Je te déteste, je m’en fiche…… Uu…… Je m’en fiche, de toi…… »

« Dé, Désolé de t’avoir inquiétée, je suis vraiment désolé. »

« Quelle…… Uu…… Quelle excuse, tu ne comprends même pas les sentiments des autres…… Uu…… T, Tu as même embrassé…… »

« Elle me taquinait délibérément, tout de suite ! Tu n’as pas vu, toi aussi ? Et puis, ce n’est pas toi qu’on a embrassé de force, c’était moi, pourquoi est-ce que c’est toi qui pleures ? »

Le cerveau de Harutora avait du mal à fonctionner devant une Hokuto en larmes, et au moment où ces derniers mots quittèrent sa bouche, le visage larmoyant de Hokuto se tordit de douleur.

Elle tendit les mains et poussa Harutora. Il chancela, regardant Hokuto, choqué.

« Bakatora ! »

Hokuto ouvrit la bouche pour hurler :

« Qui aimerait voir la personne qu’on aime en train d’embrasser quelqu’un d’autre ?! Est-ce que tu sais à quel point ce sentiment est douloureux, à quel point on se sent seul, à quel point c’est difficile !? »

Bang ― Une gerbe étincelante de feu d’artifice surgit dans le ciel nocturne.

La pluie de lumière illumina brillamment Hokuto.

Harutora resta bouche bée pendant un moment, gelé sur place.

Les yeux de Hokuto, remplis de larmes, regardèrent Harutora.

Ses yeux rouges, ses yeux larmoyants, une lumière forte et claire brillant tout au fond.

Hokuto telle qu’elle était à l’instant était la fille la plus splendide qu’il ait jamais vu.

Hokuto marmonna, comme si elle essayait de retenir ses larmes. Elle se couvrit le visage avec l’ourlet de son yukata, essuyant les larmes, et se retourna, fuyant Harutora.

« — H, Hokuto ! »

Harutora la poursuivit, mais il avait peur de trébucher et de tomber s’il la pourchassait, et il était incapable de courir de toutes ses forces.

Le dos de Hokuto disparut dans la forêt.

Harutora se tint seul, les feux d’artifice éclatant au-dessus de sa tête avant de disparaître.

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