Tokyo Ravens – Tome 1 Chapitre 3

Le désordre provoqué par les Onmyouji au festival de feux d’artifice ce soir-là fit rapidement les gros titres.

Il y avait eu une tendance à la hausse des crimes magiques au niveau national cette année, mais la majorité d’entre eux avaient été résolus “en interne” et la plupart des citoyens n’en savaient rien. D’un côté, cette situation montrait l’excellence de l’Agence d’Onmyou, mais de l’autre, ceci prouvait que la portée de l’activité Onmyouji ― autre que les activités liées au repoussage des désastres spirituels ― était essentiellement hors du cadre de la société ordinaire.

L’Onmyoudou actuel était basé sur des techniques inventées pour le combat, et de ce fait, leur utilisation était soumise à de lourdes restrictions. À l’exception de quelques unes possédant une commodité et une polyvalence exceptionnelles, les contributions utiles de la plupart à la société étaient extrêmement limitées.

Tout comme les désastres spirituels, l’Onmyoudou actuel était l’héritage laissé par Yakou. Peu importe combien il était limité et contrôlé, l’Onmyoudou ― ainsi que les Onmyouji ― était occasionnellement pris de folie, devenant féroce et incontrôlé. On pouvait dire de l’événement s’étant produit cette fois-ci qu’il était typique d’une telle situation.

Deux heures après qu’il s’était produit, l’Agence d’Onmyou et la police locale avaient conjointement tenu une conférence de presse. Durant cette dernière, il avait été rapporté que de nombreuses personnes avaient souffert de blessures mineures et qu’aucune n’en avait reçu de graves ou était morte, et une déclaration avait été faite comme quoi la Deuxième Équipe d’Enquêteurs Mystiques était actuellement à la recherche du criminel, et également que de l’aide leur avait été envoyée.

Les média questionnèrent l’omission de l’Agence d’Onmyou, mais les représentants présents à la conférence de presse déclarèrent qu’ils remédiaient à la situation de toutes leurs forces. Après quoi ces représentants accueillirent les questions des journalistes sans exprimer la moindre hésitation, commençant par déclarer fermement qu’ils captureraient le criminel quoi qu’il arrive.

Une seule question fit exception.

Quand le reporter demanda quel suspect avait provoqué cette affaire, le représentant de l’Agence d’Onmyou avait fait une pause de plusieurs secondes avant de donner une brève réponse.

« Un chercheur. »

Le festival de feux d’artifice s’était déroulé le jour précédent et le ciel était gris et brumeux, le temps magnifique de la veille en était complètement absent.

Un typhon semblait graduellement approcher et on s’attendait à ce que ses effets soient à leur apogée de la soirée à l’aube. D’épais nuages remplis d’humidité étaient tout proche, et le vent gagnait en intensité, soufflant sans merci dans les cheveux des piétons.

À onze heures de la matinée, avant le déjeuner, dans un fast-food désert…

Harutora et Touji étaient assis devant la fenêtre du premier étage.

Les cours de rattrapage d’été avaient toujours lieu comme d’habitude pendant ce genre de journées, mais ce jour-là, ils avaient été libérés de l’école très tôt. Ils étaient assis sur des chaises bon marché, se regardant l’un l’autre chacun d’un côté de la table. Une atmosphère pesante à laquelle la météo ne faisait pas d’ombre les entourait.

« Donc– »

Touji tripotait son bandana, fixant Harutora.

« Tu n’as pas contacté Hokuto après ça ? »

« …… Ouais, je lui ai envoyé un sms mais je n’ai pas reçu de réponse, et elle n’a pas décroché au téléphone. »

« Mais tu as confirmé qu’elle allait très bien. »

« …… Au moins, c’est ce qu’il semblait la dernière fois que je l’ai vue. »

Répondit Harutora, le regard commençant à s’éloigner de Touji.

Ce dernier leva la tête, comme si tout avait été résolu.

« Alors c’est bon. »

Il dit cela, puis tendit la main vers le café glacé sur la table.

« C’était vraiment une nuit orageuse, et le typhon n’était même pas encore arrivé. »

« ………… »

Harutora baissa la tête, n’ayant rien à dire.

En effet, la nuit dernière avait été épouvantable. Même si Harutora pensait que sa malchance était vraiment pire que celle des autres, la nuit dernière pouvait être qualifiée de pire nuit de sa vie.

Tout d’abord, il s’était battu avec Hokuto, puis avait été confondu avec quelqu’un d’autre, menacé par un Général Divin, et même impliqué dans un combat magique. Enfin, il avait échangé un baiser cauchemardesque ― et le premier de sa vie ― sur lequel était tombée Hokuto, qui s’était déclarée à lui en sanglotant. Il voulait vraiment hurler “qu’est-ce que j’ai fait de mal ?”.

… Hokuto……

Les sanglots de Hokuto résonnaient toujours dans les oreilles de Harutora.

Il ne connaissait pas grand-chose en amour. En fait, même après une nuit, il ne savait toujours pas comment voir l’aveu de Hokuto.

Harutora aimait bien Hokuto, évidemment, mais ces sentiments n’étaient pas de l’amour véritable. La façon de parler de son amie ressemblait à celle d’un garçon et Harutora en était naturellement venu à la considérer comme un ami garçon.

… Non, on dirait que c’est un peu différent.

En y repensant maintenant, il n’avait pas sérieusement réfléchi pour savoir si l’amour qu’il éprouvait pour Hokuto était véritable ou non. Intentionnellement ou pas, il n’avait pas essayé de démêler la vérité parce qu’il avait été satisfait par sa situation.

Tout du moins, c’était ainsi qu’avaient été les choses jusqu’à la veille.

… Qu’en était-il, à présent ?

Il se le demanda, mais n’avait aucun moyen d’obtenir facilement la réponse. Malheureusement, son cerveau n’était pas très bon, et plus il pensait à lui et Hokuto, plus il avait l’impression que son cerveau était en grosse pagaille, et la réponse devenait peu à peu floue.

Tout ce qu’il savait, c’est qu’il ne voulait pas perdre Hokuto.

À cause de la scène de la nuit dernière, la relation qu’ils avaient tous les deux pourrait bien changer à l’avenir. Peu importe le changement qui surviendrait, il voulait que Hokuto soit toujours avec lui.

Ce sentiment était totalement authentique.

… Oui.

Harutora releva la tête, faisant passer ses pensées à autre chose.

Il n’avait pas parlé du baiser ou de la déclaration de Hokuto à Touji, il lui avait juste dressé le tableau général, et avait dit à Touji que l’arrivée de Hokuto avait mené à la découverte de son identité. Suzuka l’avait libéré à cause de cela, et puis Hokuto et lui s’étaient disputés avant de se séparer, mécontents.

L’affaire générale avait quelques portions déraisonnables, et Touji semblait vaguement conscient qu’il y avait quelques nouveautés. Harutora se sentit incroyablement reconnaissant envers son ami qui ne lui avait pas posé de questions détaillées.

« …… Mettons de côté Hokuto pour le moment. Tu n’as pas contacté cette amie d’enfance non plus ? »

« Je lui ai envoyé un sms. C’est pareil avec elle, elle n’a pas répondu ou décroché le téléphone. »

« Cette diablesse arrogante ne te laissera pas t’en tirer facilement, et on dirait qu’elle ne se fera pas arrêter. »

« Oui, c’est aussi ce que je pensais. »

Natsume avait dû entendre parler de cette histoire. Les informations n’avaient pas du tout rendu public l’identité de Suzuka, mais il lui avait déjà parlé par sms de l’avertissement que le Général Divin avait laissé. Pourtant, il voulait quand même la voir et lui expliquer clairement en personne.

Harutora et Natsume avaient été réunis le soir précédent, mais tous deux avaient été en désaccord, s’étaient disputés, et à cause de cela, il se pouvait qu’elle n’eût même pas ouvert son téléphone pour regarder ses sms alors même qu’il lui en avait envoyé beaucoup.

« Elle ne devrait pas encore être rentrée, donc j’irai chez la famille principale plus tard, pour vérifier. »

Malheureusement, les parents de Harutora étaient absents pour affaires, et ils étaient actuellement à Tokyo. À cause de cela, il ne pouvait donc pas contacter la famille principale ― personne n’avait décroché leur téléphone ― et il n’y avait nulle part ailleurs où il pouvait demander de l’aide. Avec tout cela, il avait encore plus l’impression qu’il devait prévenir Natsume d’être vigilante aussi vite que possible.

« Ce serait mieux que tu y ailles, puisque cette petite diablesse a l’air d’être quelqu’un sans scrupules. »

« Sans scrupules, hein…… »

Murmura doucement Harutora en entendant les mots de Touji. Ce dernier regarda Harutora avec curiosité, comme s’il avait remarqué l’éclat de doute caché dans sa voix.

« Qu’y a-t-il ? »

« Euh…… Eh bien…… »

Avec le regard interrogateur de Touji et l’état chaotique des pensées de Harutora, il était préférable pour lui de mettre en lumière ses réflexions internes.

« Cette personne ― Dairenji Suzuka, quand elle avait affaire aux Enquêteurs Mystiques, elle avait un gros avantage, mais elle s’est enfuie tout à coup, pas vrai ? En fait, c’était pour empêcher deux gamins qui ne s’étaient pas enfuis à temps de se retrouver mêlés au chaos. »

— “…… Je veux ressusciter mon frère.”

Les mots que Suzuka avait prononcés la nuit dernière passèrent en un éclair dans l’esprit de Harutora. Peut-être avait-elle vu celle qu’elle était avant dans ce frère et cette sœur qui avaient presque été impliqués.

« Elle m’a dit qu’elle voulait ressusciter son frère. Je ne pensais pas que c’était possible, mais elle voulait utiliser Natsume pour essayer. »

« …… À en juger par la situation actuelle, c’est exact. »

« Mais…… »

« Quoi ? Si tu as quelque chose à dire, dis-le. »

Harutora souleva honnêtement les doutes présents dans son cœur.

Bien sûr, il croyait qu’il devait faire tout ce qu’il pouvait pour empêcher Natsume d’être impliquée, sans prendre en considération le fait qu’il lui dût quelque chose ou pas, et il ferait évidemment tous les efforts possibles une fois qu’elle serait en danger ― même si cela ne servait absolument à rien ― pour arrêter la tentative de Dairenji.

C’était juste que Harutora avait vu de ses yeux la Suzuka que tout les autres avaient vu, et l’avait aussi vu fuir le combat pour aider les enfants. Il avait également remarqué son vague malaise tandis qu’elle déclarait vouloir ressusciter son frère. Il ne savait pas quels crimes avaient conduit les Enquêteurs Mystiques à la prendre en chasse, mais il était sûr que le but qu’elle voulait atteindre ― la résurrection de son frère ― ne devrait pas être condamné.

Touji écouta et ne répondit pas immédiatement à la question de Harutora.

« …… Franchement, j’ai aussi enquêté un peu après coup. »

Il s’appuya contre le dossier de sa chaise et poursuivit calmement :

« Tout d’abord, exactement comme le “Général”, “l’Onmyoudou Impérial” qu’a mentionné cette gamine est souvent appelé “Impérial”. Cet “Impérial” est un ancien système magique qui n’est plus enseigné officiellement. Cette personne l’a aussi dit, même s’il est ancien, il était principalement utilisé à des fins militaires, et la majorité de ce qu’il contient est de la magie extrêmement puissante pour de véritables guerres. Il y a un bon nombre de magies dans ce système qui sont désignées comme interdites, mais certaines survivent encore aujourd’hui. »

« La magie de l’âme est incluse là-dedans ? »

« Non, c’est encore autre chose. »

Un sourire froid passa rapidement sur le visage de Touji et Harutora pencha la tête, perdu.

« Est-ce que la magie de l’âme est vraiment si puissante ? Est-ce qu’interagir avec des fantômes n’est pas quelque chose que ferait un Onmyouji ? »

« C’est une situation sortant des contes populaires et des légendes. Tout du moins, dans la magie actuelle, il n’y en a pas ayant trait aux âmes. Un pilier basique du “Général” est que nous “ne savons pas” si les âmes existent. »

L’explication de Touji surprit Harutora.

« Vraiment ? Mais est-ce qu’il n’y a pas des trucs comme l’aura et les désastres spirituels ? »

« C’est vrai, et cette portion est ce qui est communément appelé la zone grise. Les “esprits” dont le “Général” se préoccupe n’a pas de rapport avec les âmes, mais avec le “flux” qui compose tout ― ou peut-être que tout contient. “L’aura” et le “miasme” dont nous parlons tout le temps sont ce genre de “flux”. Ce que l’on nomme “désastres spirituels” sont en fait des désastres provoqués par un “flux” chaotique.

Le fondement de l’Onmyoudou était les “cinq éléments de l’Onmyoudou”, et cette doctrine avant-guerre et post-guerre ― l’Onmyoudou passé et actuel ― interprétaient les choses différemment, avec de grandes disparités, mais cela formait toujours la base de l’Onmyoudou.

« Le monde est composé du Yin et du Yang, eux-mêmes divisés en cinq flux : le bois, le feu, la terre, le métal et l’eau ― je pense que ce serait plus clair si tu interrogeais ton amie d’enfance à propos de ça. »

Tout en disant cela, Touji haussa les épaules.

« En ce qui concerne les âmes, bien sûr, les humains sont inclus dans les choses formées par le “flux”, et donc le “Général” reconnait que les corps humains possèdent un esprit ― ce sont des corps possédant un “flux”. Ce qui est mitigé, c’est qu’il y a aussi des gens qui appellent ça des âmes, et parmi eux, il y en a qui parlent d’esprits résiduels ― il a déjà été prouvé que pendant un temps après qu’une personne meure, l’âme continue de persister dans le monde humain, et ce genre de choses équivaut en fait pas mal à un fantôme. »

Touji but son thé glacé, expliquant cela en torrent. À l’origine, il avait particulièrement compris l’Onmyoudou et la communauté magique à cause de ce qui lui était arrivé personnellement, et il semblait qu’il avait aussi fait pas mal d’efforts pour enquêter cette dois-ci.

« Même si le “Général” propose des définitions pour les esprits et les esprits résiduels, c’est tout autre chose quand ça touche aux “âmes humaines”. Au final, ils ne résolvent pas la question “que sont les âmes”, donc c’est impossible de dériver de la magie affectant les âmes alors qu’on “ne sait pas ce que sont les âmes”.

« Mais Dairenji Suzuka a parlé de magie de l’âme– »

« C’est ce que je dis, ce n’est pas du “Général”, c’est une magie appartenant à “l’Impérial”. J’ai plus particulièrement enquêté sur cette portion, mais malheureusement, je n’ai pas obtenu de résultat concluant, même de l’intérieur. »

« P, Pourquoi ? »

« Peut-être que beaucoup d’érudits pensent que la magie de l’âme existe dans “l’Impérial”, mais il ne reste aucune archive le prouvant. Ce n’est pas tout, l’Onmyoudou actuel bannit la recherche magique liée aux âmes. »

« Il la bannit ? »

« C’est ça, et ce n’est pas pour des raisons éthiques, il y a plus de considérations pratiques. »

Alors qu’il disait cela, un large sourire acéré émergea sur le visage de Touji.

Ce genre de sourire joyeux et froid était ce que Touji arborait quand il était excité. Harutora avait un mauvais pressentiment.

« …… Qu’est-ce que tu veux dire par “pratique” ? »

« Harutora, tu es au courant, pour la dernière cérémonie que Tsuchimikado Yakou a exécutée, pas vrai ? »

« Hein ? Je, Je sais, c’était dans les manuels, parce que la famille Tsuchimikado avait été évincée, l’échec de la cérémonie a causé l’apparition de désastres spirituels à Tokyo– »

Harutora se tut, remarquant la signification cachée dans les paroles de Touji.

Ce dernier le regarda, acquiesçant, un sourire froid sur les lèvres.

« Les profanes semblent penser que la cérémonie était celle-ci. »

Harutora restait sans voix.

Il ne restait en fait aucune donnée à propos de la dernière cérémonie de Yakou. Si c’était une magie liée aux âmes, il pouvait comprendre pourquoi la recherche dans ce domaine était bannie, et pouvait aussi comprendre pourquoi Suzuka était pourchassée par les Enquêteurs Mystiques, puisqu’il était normal que cela se produise. Les désastres spirituels qui se produisaient sans cesse à Tokyo étaient une calamité provoquée par la cérémonie que Yakou avait tenue.

« …… Et beaucoup d’Onmyouji pensent que Yakou n’a pas échoué. »

« P, Pourquoi ? Yakou n’a pas perdu la vie à cause de cette cérémonie ? »

« Les Onmyouji qui pensent que Yakou a réussi sa cérémonie préconisent que “l’Onmyouji prodige Tsuchimikado Yakou a tenu la dernière magie de grande envergure de sa carrière, permettant à son âme de se réincarner”. »

« Quoi ? »

Haleta Harutora.

— Yakou s’était réincarné ?

C’était la première fois qu’il en entendait parler. En tant qu’Onmyouji actifs ― même s’ils étaient des membres de la famille secondaire, ils restaient des Tsuchimikado ― ses parents n’avaient même pas parlé de cette histoire avec lui, ce qu’il trouvait un peu difficile à croire.

Il n’avait pas encore reçu le vrai choc.

Touji regarda un Harutora sidéré, se calmant tout à coup.

Une lumière acérée brilla dans ses yeux fins.

« Tu as toujours une mauvaise faculté d’observation ― Harutora, réfléchis attentivement à ce qu’a dit cette gamine. »

Son ton était bas et solennel. Le battement du cœur de Harutora s’accéléra.

Les mots qu’avait prononcés Suzuka.

Elle avait dit……

… ” Je ne t’ai choisi que pour une raison, c’est à cause de ta “vie antérieure”.”

… “On dirait que les sources extérieures disaient vrai, tu n’as pas l’air d’avoir de souvenirs de ta vie antérieure. Ou peut-être la rumeur était-elle fausse, après tout…… Mais je vais quand même tenter le coup, puisque tu restes l’utilisateur ayant été couronné de succès de cette magie ― le “Rituel Taizan Fukun”.”

« Ah…… »

Harutora frissonna, ses yeux s’écarquillèrent.

Touji le fixa, disant lentement :

« …… Ton père ne te l’a probablement pas dit exprès. C’est une rumeur plutôt célèbre dans le milieu. Il est dit que la réincarnation de Tsuchimikado Yakou ne s’est pas produite au temps où il y avait un puissant sentiment d’échec dû à la guerre, mais arriverait quand l’Onmyoudou qu’il a créé serait répandu ― il se dit qu’il se réincarnerait dans l’enfant Tsuchimikado qui hériterait de sa lignée. Bien sûr, ce genre de choses ne repose sur absolument aucune preuve, ce sont juste des on-dit. »

« Ah…… »

Harutora se sentit aveuglé, il serra les dents.

Natsume était…… la réincarnation de Yakou ?

Il avait l’impression que ce n’était pas réel mais n’arrivait pas à se sentir confiant quant à ce déni.

Natsume était effectivement douée, et en réfléchissant bien, il avait bien été décidé trop tôt qu’elle serait l’héritière. Dans l’immédiat, elle n’était évidemment pas au niveau de Yakou en termes de puissance en Onmyoudou…… Alors la Natsume actuelle était-elle légèrement inférieure au Yakou de seize ans ?

Harutora avait entendu beaucoup de nouvelles à propos de Natusme, mais au final, il ne connaissait en fait rien de particulier à son talent.

Plus important, Suzuka croyait à cette rumeur. Suzuka, l’une des Douze Généraux Divins, une chercheuse sur Yakou, et celle qui avait récupéré la magie de l’âme avait jugé ― Natsume était la réincarnation de Yakou.

Son jugement pouvait-il être erroné ?

Harutora ne pouvait le dire. Touji était silencieux et ne pipait mot, sirotant son café glacé avec une paille. Un lourd silence se répandit dans l’espace entre eux deux.

Juste à ce moment-là, le téléphone de Harutora sonna.

C’était un sms. Il vérifia par réflexe qui l’avait envoyé.

« C’est Hokuto ? » demanda vivement Touji.

« Non…… »

C’était un message de Natsume. Il n’avait pas pu entrer en contact avec elle depuis la nuit dernière, et ce message arriva à un tel moment qu’on aurait dit qu’elle était à côté d’eux à les surveiller.

Les doigts de Harutora pressèrent les boutons, ouvrant le message. Le contenu de ce dernier était très bref.

“Il y a quelque chose dont je veux te parler, tu es libre ce soir ?”

Les premières gouttes de pluie avant le typhon s’écrasèrent légèrement contre la fenêtre du premier étage.

La pluie avait commencé dans l’après-midi et était petit à petit devenue plus forte à mesure que le temps passait.

Natsume le retrouva à l’intérieur d’un vieux café. Il replia son parapluie, se précipitant dans le magasin, et la cloche de l’entrée produisit un tintement vif.

Il était cinq heures de l’après-midi. Une faible lumière passait à travers le store, illuminant les décorations intérieures rustiques du magasin. À cause de la météo et de ses effets, il faisait sombre à l’intérieur de la boutique. Harutora parcourut la pièce du regard, remarquant Natsume dans un box.

« Tu as attendu longtemps ? »

« …… Non, pas du tout. Eh bien…… Je voulais m’excuser de t’avoir fait sortir le jour d’un typhon. »

« Ne t’inquiète pas, je voulais aussi te parler en tête à tête. »

Après que tous deux se furent salués, l’employée de la boutique passa pour les aider à commander. Harutora choisit une tasse de café glacé au hasard, mais Natsume fixa silencieusement le thé noir sur la table.

Elle portait une robe en mousseline de soie noire et cette dernière, mature et chic, convenait très bien à son élégante beauté. Ses longs cheveux noir de jais, ne semblait pas du tout avoir été ébouriffés par le vent, et peut-être avait-elle pris un taxi jusqu’ici. Le thé noir avait l’air d’avoir déjà refroidi, mais elle n’en prit pas même une gorgée.

« ………… »

Il se sentait tendu, puisqu’après tout, il venait d’écouter ce dont Touji avait parlé, et la dispute sur le pont deux jours auparavant le rendait également toujours mal-à-l’aise. Il avait été extrêmement anxieux quand il n’avait pas pu la contacter, mais il ne pouvait rien dire une fois qu’il l’avait retrouvée.

… Était-elle vraiment la réincarnation de…… ?

L’apparence de Natsume n’avait pas changé beaucoup depuis la dernière fois qu’il l’avait vue.

… Non, ce n’était pas ça.

Elle n’était pas complètement inchangée non plus, et Harutora remarqua qu’il y avait une différence dans l’apparence de Natsume.

Cette dernière était habituellement mature et calme, mais aujourd’hui, elle était inexplicablement impatiente, assise avec gêne. Pour une raison ou pour une autre, son visage était rouge et elle refusait de regarder directement Harutora. En parlant de cela, elle avait clairement été anormalement tendue aussi quand elle l’avait salué à l’instant.

Que se passait-il ? Harutora ne pouvait s’empêcher de se le demander.

« J’ai regardé le message, je suis désolée. »

Natsume s’excusa tout à coup, s’inclinant profondément. Les yeux de Harutora s’écarquillèrent.

« Hein ? Q, Quoi ? »

« Tout était de ma faute, je t’ai mis en danger au festival d’hier. »

« A, Attends, pourquoi est-ce que c’est de ta faute ? »

« On est venu te trouver parce que l’autre personne t’a pris pour moi, n’est-ce pas ? »

Harutora compris enfin pourquoi Natsume s’excusait quand il l’entendit dire cela. C’était parce qu’il avait été mêlé au danger à sa place.

« Tout va bien, tu n’as pas à me présenter des excuses, et plus important encore, je n’ai pas dit clairement les choses dans le message. C’était en fait de ma faute si cette personne a continué à se méprendre, puisque quand elle s’est trompée la première fois, j’ai suivi le mouvement et ai prétendu être toi. En tout cas, c’est cette fille qui est principalement à blâmer, ce n’est pas de ta faute. »

Harutora expliqua en vitesse et Natsume masqua sa surprise en l’entendant.

« Tu as prétendu être moi ? Pourquoi as-tu fait ça ? »

« Euh, parce que cette personne a dit qu’elle voulait que tu participes à son expérience, et je voulais savoir ce qu’elle manigançait…… »

Harutora parla avec hésitation.

« C’est vraiment…… » Natsume arbora un air de reproche pendant un moment. « Tu savais aussi qu’elle était une des Douze Généraux Divins ― une Onmyouji Nationale de Première Classe, pas vrai ? C’était vraiment trop imprudent de ta part d’oser la duper. »

« C’est pour ça que j’étais tellement inquiet, j’ai senti que c’était très dangereux…… »

« Comme tu avais remarqué le danger, raison de plus pour ne pas faire ça ! Tu es un profane, et si tu te retrouves impliqué dans un conflit entre Onmyouji et qu’il se passe quelque chose ― en fait, tu as vraiment fini par être en danger, et c’est une chance que rien ne soit arrivé. Tes actions sont bien trop irréfléchies ! »

Natsume le réprimanda, tout comme une présidente de classe reprochant à ses camarades leur manque de bon sens. « Désolé…… » Harutora lui présenta ses excuses, abattu.

Au début, Harutora avait eu l’intention d’arrêter le danger avant qu’il n’atteigne son amie d’enfance. Mais il ne pouvait rien répliquer si on lui reprochait d’avoir eu les yeux plus gros que le ventre. Si c’était Natsume qui avait été mêlée à cette même crise, elle aurait certainement pu y faire face bien plus ingénieusement.

Voyant Harutora aussi déprimé, Natsume ferma prestement la bouche.

Elle baissa les yeux, embarrassée.

« …… D, Désolée, tu ne t’es retrouvé mêlé à cette affaire qu’à cause de moi. »

« Est-ce que je viens pas juste de dire que ce n’était pas du tout ta faute ? »

Harutora souleva une fois de plus cette affirmation, mais Natsume ne partageait pas ses sentiments. Elle serra les poings, les approchant de ses genoux, son visage vira au rouge et ses lèvres s’amincirent.

Elle avait été aussi têtue depuis bien longtemps. Harutora réalisa clairement qu’elle croyait avoir à porter le fardeau entier pour ce qui s’était passé.

… Quelqu’un d’impulsif.

Murmura Harutora en son for intérieur. Juste à ce moment-là, le café glacé fut servi, mais il n’avait aucunement l’intention de tendre la main vers la tasse.

« …… Tu devrais t’inquiéter pour ta propre sécurité. Peut-être que ce n’est pas très convaincant si c’est moi qui le dis, mais cette Dairenji Suzuka est vraiment très puissante. »

Une fois que le nom de Suzuka eut quitté sa bouche, la tête et les épaules de Natsume tremblèrent tout à coup.

« …… Oui, je sais. »

Le ton de la réponse était bien différent de celui qu’elle employait habituellement.

Harutora fut un peu surpris. Sa voix donnait l’impression qu’elle était encore plus en colère que Harutora lui-même, qui avait été mêlé à cette crise.

« Vous ne vous connaissez pas… Si ? »

« Évidemment que non ! »

« Al, Alors pourquoi est-ce que tu…… »

« C’est, C’est parce que…… J’ai entendu parler des évaluations de son niveau de la bouche d’autres personnes. Je reconnais qu’elle a en effet le pouvoir d’une Onmyouji Nationale de Première Classe, mais en ce qui concerne sa personnalité ― c’est une fille extrêmement désagréable. »

Expliqua Natsume, débordante de colère.

Harutora fut vraiment effrayé à ce moment. C’était la première fois qu’il entendait Natsume dénigrer quelqu’un ainsi, alors cela montrait à quel point l’opinion que les autres avaient de Suzuka était mauvaise.

Mais.

« …… Mais c’est la plus jeune à atteindre le rang “d’Onmyouji National de Première Classe”, connue sous le nom de “l’Enfant Prodige” Onmyouji. Si elle me trouvait, je serais impuissante. Je veux prendre des contre-mesures aussi vite que possible. »

« Impuissante…… Ce serait pareil même si c’était toi qui l’affrontais ? »

« Bien sûr, l’adversaire est une Onmyouji possédant un pouvoir parmi les meilleurs de la nation. »

« Ah, ouais, c’est vrai…… »

Mais tu es la réincarnation de ― Harutora ravala ces mots qu’il avait presque prononcés. Le regard perplexe de Natsume erra vers lui et il toussa légèrement quelques fois avec empressement, arrangeant les choses.

« Que vas-tu faire spécifiquement ? Tu en as parlé aux membres de ta famille ? »

« Non…… Mon père est à Tokyo en ce moment. »

« Ton père aussi ? C’est bête, c’est la même chose pour ma famille. »

« …… Mon père est allé à Tokyo avec ma tante et mon oncle. »

« Hein, ah, ah bon ? »

La tante et l’oncle dont parlait Natsume étaient les parents de Harutora. Ce dernier ne savait absolument rien de ce voyage, et son visage rougit légèrement.

« C’est donc pour ça que je suis rentrée. »

Elle parla avec honnêteté. Harutora resta muet un moment, incapable de répondre quoi que ce soit.

La mère de Natsume étant décédée, son père était donc le seul parent qui lui restait. Jusqu’à ce qu’elle parte pour Tokyo, elle n’avait toujours vécu qu’avec son père.

Cependant, Natsume et son père ne semblaient pas entretenir de bonnes relations. En fait, Harutora n’était pas vraiment au clair sur la situation, mais il entendait occasionnellement une chose ou deux venant de ses parents. Il avait entendu dire qu’ils ne s’étaient quasiment jamais parlé depuis qu’ils avaient commencé à vivre ensemble.

Malgré tout, la situation actuelle était plus critique que d’habitude.

« Comme toute notre famille est à Tokyo, il serait plus sûr pour toi de retourner là-bas aussi vite que possible. »

« Je ne peux pas…… »

« Eh oh, réfléchis à ta situation en ce moment. Tu as beau mal t’entendre avec ton père, c’est trop dangereux de rester ici. »

« N, Non, ce n’est pas à cause de ça…… »

Une fois que Harutora eut dit cela, Natsume sembla perplexe pendant un moment. Elle avait l’air de ne pas savoir quoi dire.

« Elle… “L’Enfant Prodige” a dit qu’elle allait exécuter le “Rituel Taizan Fukun”, n’est-ce pas ? »

« Hein ? Oh, je n’ai pas très bien entendu…… Attends, ne me dis pas que tu sais ce que c’est ? »

« Si. »

« Sérieusement !? Mais elle a dit que c’était de la magie de l’âme, c’est interdit, non ? C’est célèbre ? »

Demanda Harutora, surpris, et Natsume lui rendit son regard, ne s’attendant pas à cela.

« À l’origine, le “Rituel Taizan Fukun” était un rituel tenu par la famille Tsuchimikado. »

« …… Quoi ? »

Ces paroles inattendues sidérèrent Harutora.

Natsume poursuivit :

« Le Rituel Taizan Fukun est né d’un rituel tenu par Abe no Seimei, l’ancêtre de la famille Tsuchimikado, et est après devenu un secret national détenu par les nôtres pendant de nombreuses années. Cette fille doit avoir l’intention d’exécuter le “Rituel Taizan Fukun Impérial”, qui a subi des changements drastiques, mais tous deux sont fondamentalement semblables. »

« S, Semblables ? »

« Oui, dans la cour, derrière chez moi ― assez loin, en fait ― il y a une colline que nous connaissons sous le nom de “Colline Impériale”, et l’autel pour le Rituel Taizan Fukun est là-bas, où il a été gardé par des générations de la famille Tsuchimikado. Elle tiendra probablement le rituel là-bas. Dans ce cas, en tant que membre de la famille Tsuchimikado, je dois garder l’autel et je ne peux donc pas partir d’ici. »

« Quoi…… »

« Exécuter le Rituel Taizan Fukun requière de prendre de grands risques et je ne peux en aucun cas lui donner cette opportunité. »

De grands risques. Harutora ne put s’empêcher d’avoir un mouvement de recul en entendant cela. Le “Rituel Taizan Fukun Impérial” avait en effet provoqué de gigantesques désastres spirituels par le passé et Natsume le savait elle aussi, bien sûr.

Bien que ce fût le cas…

« Il n’empêche que tu ne peux pas garder l’autel comme une armée à un seul homme, pas vrai ? Tu ne viens pas juste de dire que tu ne pouvais pas affronter un Général Divin, aussi ? »

« …… Ça n’a rien à voir avec le fait que je le puisse ou pas, c’est une question de responsabilité. Mon père n’est pas là en ce moment, donc moi seule peux assumer la responsabilité de garder l’autel. »

« Attends, ça ne résout absolument pas le problème. Comme tu ne peux pas le garder, est-ce que ce n’est pas du pareil au même que tu sois présente ou non ? »

« Ça veut juste dire que je n’aurais pas rempli mon devoir en tant que descendante de la famille Tsuchimikado. »

Natsume était un peu hautaine et proclama cela avec indignation. Harutora était bouleversé mais ne pouvait rien faire.

Peut-être était-ce le courage d’un membre de la famille principale, mais si elle ne pouvait au final pas garder l’autel, cela ne pourrait pas être considéré comme “remplir son devoir”, se dit Harutora.

D’un autre côté, cela donnait d’autant moins de raisons d’agir à la légère. Ce n’était pas comme s’il ne pouvait pas comprendre la position de Natsume.

Depuis qu’elle était petite, les sens de la justice et du devoir de Natsume étaient plus forts que la moyenne, et elle était le genre de personne à proclamer sérieusement que quelquefois, on devait mener des batailles sans une chance de victoire. S’il l’avait entendu dire ce genre de choses, Touji aurait probablement rit froidement et dédaigneusement, mais Harutora aurait acquiescé pour exprimer son accord.

En particulier, si Natsume était vraiment la réincarnation de Yakou, le Rituel Taizan Fukun était un rite lié à son destin. Si elle-même connaissait cette rumeur, alors ce n’était pas étonnant qu’elle essaye d’arrêter la tenue du Rituel Taizan Fukun par tous les moyens possibles.

« Nn…… »

Harutora croisa les bras, fronça les sourcils et fixa le plafond.

Puis.

« …… Je sais. Mais je dois quand même te persuader de retourner à Tokyo. »

« Harutora-kun, combien de fois dois-je te le dire pour que tu le réalises, c’est– »

« La cible de Dairenji Suzuka, c’est toi. Et puis, tu es nécessaire à l’exécution du rituel, pas vrai ? Te contenter de garder l’autel est inutile, ta sécurité doit être préservée tout autant que celle de l’autel. »

Harutora parla prudemment, et Natsume, distraite, se tut. Son manque de riposte immédiate prouva qu’elle trouvait que les mots de Harutora étaient raisonnables.

« Mais…… Si on néglige l’autel comme ça…… »

« Je le garderai. »

Les yeux de Natsume s’écarquillèrent quand elle entendit Harutora parler.

Depuis combien de temps une telle expression n’était-elle pas apparue sur le visage de Natsume ? Normalement, elle arborait toujours un air glacial comme si elle était légèrement en colère, mais une fois prise au dépourvu, elle pouvait afficher une expression enfantine.

Harutora continua à parler, un peu embarrassé :

« C’est dangereux, après tout, et puisqu’un descendant des Tsuchimikado doit garder l’autel, je le ferai pour toi. »

« …… Toi, de quoi est-ce que tu parles ? Tu ne connais pas la magie…… »

« L’adversaire est un Général Divin, et même toi tu n’as aucune chance de gagner, non ? Dans ce cas, peu importe qui garder l’autel, ça revient au même. À moins que tu aies un moyen quelconque pour le défendre face à un Général Divin ? »

Harutora parla calmement ; les lèvres de Natsume tremblèrent tandis qu’elle restait muette.

Natsume était autoritaire quand il s’agissait des instructions strictes, mais elle avait étonnamment beaucoup de mal à faire face aux autres attaques inattendues et était particulièrement perdue quand elle comprenait le raisonnement qui y avait mené. Cette faiblesse d’enfance n’avait pas du tout changé quand elle avait grandi et Harutora ne put s’empêcher de sourire.

« Toi, évacue, je resterai derrière pour m’occuper d’elle. Comme ça, non seulement on pourra empêcher Dairenji Suzuka de tenir la cérémonie, mais on assumera aussi notre responsabilité de garder l’autel. On verra comment évoluent les choses. Peut-être qu’il n’y a pas de grandes chances de protéger l’autel sans difficultés, mais c’est mieux que si tu finissais capturée en restant le garder. »

« Mais…… »

« Allez, arrête de t’inquiéter. Plus important, tu n’as pas le temps de t’en faire pour les autres dans l’immédiat. Dairenji Suzuka est en train de se diriger vers l’autel et elle essaiera probablement de te trouver d’abord, donc tu es aussi en danger. »

Après avoir dit cela, Harutora sortit un étui en cuir attaché à sa taille.

C’était une boîte de charmes publicitaire plusieurs fois plus grande qu’un étui de téléphone portable, une boîte que Harutora avait récupérée chez lui avant de venir ici.

Il ouvrit la lanière au-dessus de la boîte, sortit les charmes se trouvant à l’intérieur et les plaça sur la table.

« Ce sont des charmes de guérison que j’ai pris dans la clinique de mon père et il y a aussi quelques talismans à l’intérieur. Ce sont tous des charmes coûteux fabriqués avec soin par l’Agence d’Onmyou et je ne suis pas sûr de la manière de les utiliser, mais les avoir devrait t’être très utile. »

S’ils affrontaient Suzuka en face-à-face, les chances de gagner étaient faibles. Mais puisque la situation avait atteint les informations, l’Agence d’Onmyou réfléchirait certainement à un moyen d’apaiser la crise et Harutora ainsi que Natsume avaient juste à échapper sans soucis à la poigne de Suzuka.

Juste au moment où Harutora pensait que cette méthode pouvait marcher……

« …… Harutora-kun, tu es trop retord. »

Natsume baissa silencieusement la tête et murmura, incapable de répliquer.

« …… Tu ne te considères comme un Tsuchimikado que dans ce genre de moments. »

Tout en disant cela, elle leva la tête, ses yeux fixant Harutora avec ressentiment. Sa petite voix contenait une gêne rare chez elle, elle était différente de son ton habituel et ressemblait vraiment à la voix colérique d’un enfant. L’entendre sidéra Harutora.

… D’abord, elle me traite de menteur et maintenant elle dit que je suis retord.

Il sentait qu’il se pouvait bien qu’il soit vraiment quelqu’un de retord après l’avoir entendu dire cela. Mais c’était différent de la fois où elle l’avait traité de menteur, puisque Natsume n’avait aucune intention de blâmer Harutora à présent. Ce dernier ressentit une joie pure face à cette différence.

« …… Je suppose que tu peux dire ça, mais ce serait plutôt parce que nous sommes dans ce genre de moment critique. »

En disant cela, il arbora un léger sourire.

C’était un sourire qui ne pouvait absolument pas être comparé à celui de Touji et ne convenait pas à son visage, mais Natsume se fendit d’un sourire à son tour.

Pour une raison quelconque, il sentit que ses joues étaient un peu chaudes après avoir vu le sourire de Natsume, ce qui n’était pas arrivé depuis si longtemps, et il détourna prestement le regard.

« En, Enfin bref ! Ne t’en fais pas pour moi, je n’ai pas de chance, mais j’arrive toujours à éviter le pire. Écoute, est-ce que je n’ai pas été entraîné dans une bataille magique hier ? Mais j’en suis rentré sain et sauf, non ? »

Il parla avec légèreté.

« … Oh, et puis cette Dairenji Suzuka n’a pas l’air aussi terrible que le disent les rumeurs. C’est vrai qu’elle est têtue et arrogante, mais en fait, elle a aussi des côtés adorables. Si elle vient vraiment à l’autel, je pense que je devrais pouvoir la convaincre et rester en vie– »

Crash ― Une bruit sourd retentit et Harutora ferma hâtivement la bouche, effrayé.

En y regardant de plus près, la main droite de Natsume qui était à l’origine placée sur ses genoux avait martelé la table à côté du thé noir, étroitement serrée en un poing.

« …… Je vois, donc elle est assez mignonne, hein ? »

Une voix anormalement froide suinta de sa bouche. Harutora était totalement sidéré, mais avec sa tête baissée, il ne pouvait pas voir son expression derrière sa frange.

Natsume sortit tout à coup son téléphone.

« …… Allô, j’ai demandé une voiture, tout à l’heure. Je quitte la boutique maintenant, pourrais-je vous demander de me récupérer à l’entrée ? …… Très bien, merci. »

Après avoir fini de parler, elle raccrocha le téléphone.

« Quoi ? Tu pars ? »

« En effet, puisqu’il serait inutile de continuer à parler. »

Harutora sentit que le ton de Natsume était particulièrement lourd quand elle prononça le mot “inutile”. Son visage ne put cacher sa confusion devant le changement soudain.

« Euh…… Mais je ne connais toujours pas la location précise de l’autel…… ? »

« Je ne veux pas te déranger avec ça, n’interviens pas, s’il te plaît. »

« Quoi, attends, je n’allais pas garder l’autel ? »

« Qui a dit que je laisserais un profane tel que toi garder le sanctuaire des Tsuchimikado ? Je te prie de ne pas considérer la proposition que tu as toi-même énoncée comme la réponse. »

Non seulement la situation avait-elle fait complètement marche arrière, Natsume était emplie d’une espèce de force imposante et inaccessible.

La jeune fille posa son téléphone et sortit son porte-monnaie, plaça sa part de l’addition sur la table et se leva silencieusement.

« Eh. »

Inconsciemment, Harutora se leva aussi, mais il fut considéré avec un regard glacial qui pouvait congeler au moindre contact.

Il ressentit clairement un frisson. Comparée à Suzuka qu’il avait rencontrée la nuit dernière, au moins cette dernière était-elle une enfant. Il avait l’impression que ses mains et ses pieds étaient raides et ses joues tendues. Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? Le sentiment intimidant que dégageait Natsume le fit presque réfléchir sur sa propre vie.

Natsume fixa Harutora, figé.

« …… Elle doit être compréhensive parce qu’elle est assez mignonne ? Ça ne ferait que causer plus d’ennuis si on te laissait garder l’autel avec cette attitude timide. Tu devrais juste te tenir tranquille à la maison. »

Elle réprima de force ses émotions, mais sa voix parut s’attarder, en suspens. Ses cheveux noirs de jais se balancèrent quand elle quitta sa place, marchant vers l’entrée du café. Il savait que Natusme dégageait assurément une forte aura en ce moment, même s’il ne pouvait pas voir les esprits.

Mais il ne pouvait pas la laisser partir comme cela.

« Une seconde ! Attends, parlons calmement, Natsume ! »

Harutora se précipita à sa suite comme s’il bondissait hors du box, criant désespérément dans le dos de Natsume qui avait une main sur la poignée de la porte–

Juste à ce moment-là, quelque chose d’étrange arriva à son corps.

… Hein ?

Harutora n’avait pas remarqué, c’était une “première” pour lui. Depuis qu’il était entré dans la boutique ― plus précisément depuis que Suzuka et lui s’étaient séparés la nuit dernière ― c’était la première fois qu’il appelait Natsume par son nom.

Même s’il ne s’était pas rendu compte de sa présence à l’origine, il remarqua la magie maintenant. Après que les conditions fixées eurent été remplies, une volonté dormant au fond de son corps se réveilla rapidement.

Tortillement.

Il tituba et tomba sur le sol. L’employée de la boutique hurla et Natsume se retourna par réflexe.

… Qu, Quoi, qu’est-ce qui se passe…… ?

L’anormalité soudaine le prit de court. Il lutta pour émettre un son et fit sortir de force une toux intense de sa gorge. Il était allongé sur le sol, tenant sa poitrine, et quelque chose se débattait en lui.

« …… Harutora-kun ? »

Natsume appela Harutora, et son ton n’était pas empli de la colère de tout à l’heure, peut-être parce qu’elle remarqua son mauvais état. Aah, c’est super ― même dans cet état, il ne put s’empêcher de laisser cette pensée lui traverser l’esprit.

À ce même moment.

Tousse– !

Harutora cracha quelque chose. Non, quelque chose avait volé hors de son corps.

C’était un morceau de papier.

C’était le coin froissé déchiré d’une page du texte sacré. Au moment où elle se précipita hors de son corps, la page trempée se tordit comme une créature vivante, se pliant en une “forme”.

La page devint une abeille.

Les yeux de Harutora s’écarquillèrent.

— Cette fille !

« Un shikigami !? »

Natsume adopta immédiatement une position défensive.

Malheureusement, le shikigami fut un poil plus rapide.

Le shikigami en forme d’abeille dansa dans les airs comme une flèche, approchant silencieusement et se glissant dans l’angle mort de Natsume en un instant, enfonçant ensuite son dard dans son cou aussi doux que la soie.

« — Uuu ! »

Natsume tapa par réflexe avec sa main, mais l’abeille esquiva rapidement, sortant en volant par l’entrebâillement de la porte que Natsume avait à moitié ouverte, vers la forte averse hors de la boutique où la petite silhouette disparut. Tout s’était produit en un clin d’œil.

— Merde !

Harutora toussa tout en se relevant et vit Natsume tituber et s’effondrer.

« Natsume ! »

Le visage de Natsume était pâle, et sa robe s’étalait vers l’extérieur alors qu’elle chutait délicatement contre la porte. Ses yeux étaient groggy et ne pouvaient faire le point. Harutora courut frénétiquement vers elle.

« Natsume ! Tiens bon ! »

« H…… Harutora-kun…… »

Le corps de Natsume trembla légèrement et Harutora tint son épaule, se maudissant lui-même pour être aussi effrayé.

Bon sang, cette abeille !

Cette abeille ne pouvait pas avoir été empoisonnée, pas vrai ? Natsume parut remarquer les pensées de Harutora et tendit la main, touchant doucement son bras.

« …… Mon pouvoir spirituel…… a été volé…… »

« Natsume, tu vas bien ? Ton pouvoir spirituel a été volé ― alors qu’est-ce qu’on fait ? »

« Ne t’inquiète pas pour ça pour le moment…… Ce shikigami, à l’instant, c’était…… »

Demanda péniblement Natsume. Harutora ne put pas répondre et Natsume connaissait la réponse longtemps avant de poser la question.

… Ils s’étaient fait avoir.

C’était le shikigami de Suzuka et Harutora avait complètement fait son jeu.

Harutora paya l’addition et porta Natsume, à moitié inconsciente, dans le taxi qu’elle avait appelé.

Quand le pouvoir spirituel de quelqu’un disparaissait totalement d’un coup, la résistance à la magie était significativement réduite et même si sa vie n’était pas directement en danger, il lui faudrait très longtemps pour redevenir normale.

La résidence de la famille principale possédait apparemment un outil pour récupérer son pouvoir magique et après que Harutora eut appris cela, il décida d’accompagner Natsume chez elle.

Le typhon se rapprochait petit à petit et une scène orageuse émergeait à l’extérieur. De grosses gouttes de pluie éclaboussaient aléatoirement le pare-brise, et la voiture tremblait parfois à cause de la furie du vent, comme si elle exprimait l’état d’esprit de Harutora.

… C’est de ma faute. J’ai blessé Natsume……

Au début, il avait cru que Suzuka ne l’avait embrassé que pour narguer Hokuto, pour la rendre malheureuse. Mais cela n’avait pas du tout été aussi simple et Suzuka avait en fait utilisé de la magie à ce moment-là, préparant un piège.

En y repensant maintenant, Suzuka l’avait prévenu de façon très étrange. Elle avait délibérément répété trois fois de s’assurer “de lui faire passer personnellement le message”. Au final, Harutora n’y avait pas beaucoup réfléchi et avait amené le shikigami de l’ennemi juste devant Natsume.

Cette dernière n’était toujours pas capable de parler facilement. Des perles de sueur se démarquaient sur son front pâle, et ses yeux toujours acérés étaient à moitié recouverts par ses paupières. Sa personne tout entière paraissait extrêmement faible. Son visage avait perdu sa couleur et son corps s’enfonçait dans le siège tandis qu’elle respirait faiblement.

… Merde.

L’apparence endolorie de son amie d’enfance lui fit grincer des dents. Il avait été aveuglé par sa stupidité.

« …… Je ne m’en suis pas rendue compte…… C’est de ma faute…… » dit Natsume, comme pour consoler Harutora.

Natsume n’avait pas ouvert la bouche depuis et ces mots firent se redresser Harutora en hâte.

« Désolé, tout est à cause de moi– ! »

« …… Non, c’est un Général Divin…… Même si tu étais piégé par son sort, ça aurait été difficile à dire…… »

« Mais ! »

« Oublie ça pour le moment…… Avec ça, elle “m’a” obtenue. Nous devons l’empêcher…… d’atteindre l’autel. »

Suzuka avait dit qu’elle voulait que Natsume participe à son expérience. Vu qu’elle avait saisi son pouvoir spirituel, il était très probable qu’elle n’eût pas besoin de Natsume elle-même mais uniquement de celui-ci. Puisqu’elle l’avait, peut-être Suzuka allait-elle se diriger immédiatement vers l’autel pour tenir la cérémonie.

« Nous devons vite rentrer…… et nous préparer au combat…… »

« I, Idiote, comment peux-tu combattre dans cet état ? »

« ………… »

Natsume ne répondit pas. Il semblait que la courte conversation qu’elle venait d’avoir avait complètement épuisé ses forces et elle ferma les yeux d’épuisement.

Son visage pâle avait d’une manière ou d’une autre récupéré son air inflexible habituel. Même si elle savait que c’était une guerre qu’elle ne pouvait gagner, elle voulait quand même se battre jusqu’au bout. Cette forte volonté n’avait pas besoin d’être exprimée avec des mots, puisque son air ferme l’affichait déjà.

… Que devrait-il faire ?

Juste au moment où Harutora était troublé, son téléphone sonna.

“Harutora, ça va là-bas ? Tu t’es occupé de ton amie d’enfance sans difficultés ?”

L’appel venait de Touji. Il pouvait entendre le bruit strident du vent sifflant derrière lui, donc il était probablement à l’extérieur.

Harutora jeta un coup d’œil à Natsume. Ses yeux étaient fermés, la tête reposant sur le siège.

Elle avait l’air profondément endormi, et même si sa respiration était encore laborieuse, elle s’était enfin stabilisée. Harutora expliqua la situation aussi silencieusement et rapidement que possible sans réveiller Natsume.

Touji, perspicace, saisit la situation très rapidement.

“Je vois.”

Il prononça ces mots doucement, un peu d’excitation perceptible dans sa voix. Peut-être ses mauvaises habitudes perçaient-elles, puisqu’il montrait clairement de la joie à travers son attitude.

“Pas étonnant que cette gamine t’ait laissé partir aussi facilement. Ou peut-être qu’elle est juste extrêmement prudente, ou tu es extrêmement stupide…”

« Les deux. Mais peu importe, j’ai quelque chose à te demander. Tu pourrais appeler l’Agence d’Onmyou ou d’autres unités qui y sont liées et leur dire, pour les Enquêteurs Mystiques d’hier ? Je ne sais pas s’ils nous croiront, mais je pense qu’ils ne t’ignoreront pas si tu évoques le nom des Tsuchimikado. »

Comme l’exprimaient les informations, l’Agence d’Onmyou déployait de l’assistance supplémentaire depuis Tokyo, mais en ce moment, seule l’équipe de la veille était présente. Il se pouvait qu’ils ne soient pas suffisants pour s’occuper de Dairenji, mais ils seraient beaucoup plus utiles que Natsume dans son état actuel et lui.

Mais…

“En fait, je t’ai appelé à propos des Enquêteurs Mystiques. On dirait qu’ils ont trouvé la gamine et ils ont déjà commencé à entrer en action, à l’instant.”

« Quoi ? Vraiment ? Pourquoi est-ce que tu sais ça ? »

“Eh bien, comment dire, j’ai un ami stupide qui a été entraîné dans cette histoire, après tout, donc j’utilise quelques réseaux pour voir si je peux l’aider.”

Répondit calmement son ami depuis l’autre bout du fil.

Harutora ne put s’empêcher de sourire amèrement. Il avait dit que c’était pour lui, mais il était certain qu’il se plaignait en son for intérieur de ne pas être impliqué. Cependant, la puissance de ses actes était surprenante, puisque Harutora n’aurait jamais pensé qu’il puisse connaître les actions des Enquêteurs Mystiques. Comment y était-il arrivé ?

« Euh, mais d’abord, est-ce que les renforts de l’Agence d’Onmyou sont arrivés ? »

“Non. Ils pourraient être en retard à cause du typhon.”

« Dans ce cas, ils vont à coup sûr se faire battre à nouveau, pas vrai ? »

“Est-ce qu’ils sont aussi stupides ? Ce sont des professionnels et ils ne mènent pas de batailles ingagnables. Je dirais qu’ils ont préparé une embuscade après avoir découvert cette gosse.”

Touji avait beau être incroyable, il ne savait pas dans quel genre d’actions les Enquêteurs Mystiques s’étaient engagés. Mais Suzuka se dirigerait en toute logique vers l’autel et les Enquêteurs Mystiques le pourchassant devraient également se déplacer dans la même direction.

Après que Harutora eut donné son opinion, Touji exprima son accord depuis l’autre côté du téléphone.

“Ensuite, tout dépend de la manière dont les Enquêteurs Mystiques font leurs preuves. Et toi, qu’est-ce que tu vas faire ?”

« Je suis dans un taxi en direction de chez Natsume ― la maison de la famille principale, il parait qu’il y a un outil qui peut récupérer le pouvoir magique là-bas. »

“Je sais, mais est-ce que cette personne ne sera pas derrière la maison principale, à la recherche de l’autel ? Tu pourrais être à nouveau mêlé à une bataille magique.”

« Ne dis pas n’importe quoi, je ne peux pas être plus malchanceux– »

Avant qu’il eût fini, le taxi s’arrêta soudain dans un crissement de pneus.

Le chauffeur hurla et le son des frein leur vrilla les oreilles pendant que la voiture glissait sur la route mouillée.

Par réflexe, Harutora couvrit le corps de Natsume.

La chair de poule se dressa sur tout son corps et la terreur empoigna son cœur, mais heureusement, il n’y avait pas d’autres voitures et il n’y eut aucun désastre immédiat. Le taxi tournoya de quatre-vingt-dix degrés avant de finalement s’arrêter sain et sauf.

« Que se passe-t-il ? »

« Des, Des monstres ! »

Le chauffeur cria pour répondre à la question de Harutora, à la suite de quoi ce dernier vit également cette chose.

De l’autre côté de la fenêtre qui s’était embuée à cause de la température, il y avait un groupe de bêtes sur la route qui avait l’air d’être faites de papier.

C’était les shikigami de Suzuka. Harutora ne put s’empêcher de douter de ce qu’il voyait.

— Impossible !

Il jeta un coup d’œil à Natsume, sous lui. Le chaos ne l’avait pas réveillée, mais son visage était légèrement crispé et elle haletait profondément comme si elle faisait un cauchemard.

« Bon sang…… ! »

“Harutora, qu’est-ce qui s’est passé ?!”

Hurla Touji à l’autre bout du fil, remarquant que quelque chose n’allait pas. Le grand groupe de shikigami courait le long de la route, apparemment déchaîné……

Cependant, ils redevinrent tout à coup du papier sans aucun avertissement.

« …… Hein ? »

Harutora n’avait même pas eu assez de temps pour être choqué avant que les morceaux de papier fussent immédiatement plaqués au sol par le vent, comme si la scène de la veille se rejouait. Peu de temps après, tous les shikigami disparurent, devenant des bouts de papier éparpillés le long de la route en asphalte.

« …… Qu’est-ce qui se passe ? »

Harutora s’inquiéta pendant un moment, décidant finalement de laisser Natsume, toujours inconsciente, et il se leva seul du siège arrière du taxi.

La pluie battit son corps aussitôt qu’il sortit de la voiture. Cet endroit était à la périphérie d’une grande rizière et était très loin de la ville. Des nuages noirs se rassemblaient au-dessus de sa tête et une pluie forte tombait partout.

En ce moment, le soleil s’était déjà couché et les environs étaient sombres. Il y avait des lampadaires donnant une faible lumière de chaque côté de la route, se dressant parmi l’obscurité et la pluie. Sur sa droite se trouvait la rizière clapotant à cause des gouttes d’eau et sur sa gauche, il y avait des rails en fer rouillé avec un site de construction d’usine derrière. Les shikigami étaient apparus dans la direction de ce dernier.

Il entendait le bruit d’objets se cassant et des rugissements venant du site de construction au milieu du ruissellement de la pluie.

Harutora se rappela la bataille magique de la veille. Des gens étaient coincés dans une autre derrière le site de construction, et ceux qui se battaient étaient à coup sûr Suzuka et les Enquêteurs Mystiques.

Les inquiétudes de Touji étaient devenues réalité.

« …… Jusqu’où va ma malchance, vraiment ? »

Grommela-t-il avec des yeux vides alors qu’il se tenait là sous la pluie torrentielle.

En tout cas, il devait partir rapidement…… Harutora se disait cela–

— Non, une seconde !

S’échapper serait vain. La situation d’aujourd’hui était différente de celle de la veille et dans la position actuelle de Harutora, il devait faire tout ce qu’il pouvait pour mettre un terme aux actes de Suzuka, tout particulièrement parce que Natsume allait assurément insister pour qu’il ne s’en mêle pas et n’écouterait certainement pas Harutora s’il luttait pour la persuader.

Dans ce cas.

« ………… »

Harutora grimaça.

« …… Touji. »

“Harutora ? Qu’est-ce qui s’est passé ?”

« Je suis tombé sur elle. »

Touji eut un hoquet à l’autre bout du fil. Ce n’était pas surprenant, puisqu’il n’avait même pas rêvé que Harutora puisse vraiment tomber sur une autre bataille magique.

“…… Bon sang, es-tu sûr que tu n’as pas été maudit ?”

« Peut-être. Mais heureusement, Natsume va bien, j’ai l’intention de la faire rentrer chez elle dans le taxi d’abord et j’irai observer le résultat du combat. »

“Quoi ? Eh oh, ne dis pas de bêtises, qui irait se fourrer soi-même dans les ennuis ?”

« Tu es mal placé pour me dire ça. »

Au moment même où Harutora le faisait remarquer, il rassembla également ses pensées en vitesse.

Ce qu’avait dit Touji était vrai, les Enquêteurs Mystiques ne pouvaient pas avoir affronté une nouvelle fois Suzuka sans avoir réfléchi à quelques contre-mesures. Raison de plus pour qu’il aille confirmer l’issue de la bataille avant de s’enfuir. Bien sûr, il voulait que les Enquêteurs Mystiques gagnent, mais s’ils perdaient, il devrait le savoir aussi vite que possible pour pouvoir préparer les plans suivants.

Même s’il était en fait déjà impuissant.

“N’y va pas, Harutora. L’ennemi est une Onmyouji, que peux-tu faire ?”

« Rien, tout ce que je peux faire, c’est aller voir qui gagne. Et puis, même si Dairenji Suzuka sort victorieuse, peut-être qu’il y aura une opportunité si elle a épuisé ses forces et baisse sa garde. »

“Une opportunité pour quoi ?”

« …… Une opportunité pour se faufiler jusqu’à elle et lui coller une raclée. »

“Très bien, Harutora, je comprends que tu es idiot, maintenant écoute-moi et dégage de là.”

« La ferme, je plaisantais juste. »

Touji voulait de tout cœur arrêter Harutora, mais ce dernier lui donna juste brièvement sa destination et raccrocha.

Il retourna au taxi, demandant au chauffeur de la ramener à la maison. Ce dernier semblait être dévoué à la famille principale et avait beaucoup de relations avec elle. Même si son visage était pâle, il répondit malgré tout à la requête de Harutora.

« …… Natsume. »

Elle n’avait toujours pas repris connaissance et Harutora appela silencieusement son nom.

Voyant l’apparence actuelle de Natsume, il ne voulait en fait pas la quitter, mais considérant qu’il ne serait d’aucune aide à ses côtés non plus, il lui serait sans doute plus utile qu’il confirme qui avait gagné.

Il sortit un charme de guérison de sa boîte de charmes.

Ce dernier servait à guérir les blessures en utilisant le pouvoir spirituel et il ne pouvait pas le restaurer. Le pouvoir spirituel actuel de Natsume était faible, donc la magie du charme n’aurait pas beaucoup d’effets.

« …… J’aimerais utiliser ce truc…… »

Il était trop tard pour dire cela maintenant. Mais même si le pouvoir spirituel de Natsume était faible, le sien pourrait peut-être aider un peu. Harutora murmura une incantation, tenant étroitement le charme.

Natsume dormait toujours profondément. Harutora dit au chauffeur qu’il comptait sur lui après avoir collé le charme à la poitrine de Natsume et regarda le taxi partir.

Harutora traversa le rail en métal que les shikigami avaient écrasé, entrant sur le site de construction.

Des immeubles étaient alignés devant ses yeux, et le bruit devenait de plus en plus fort. Il pataugea maladroitement dans les flaques, son corps dégoulinant de toute part alors qu’il courait.

Il se précipita vers l’arrière du site de construction.

Il y avait un parking là-bas et un gros camion était arrêté là ainsi que deux véhicules blindés, feux allumés.

De plus, il y avait de grandes et de petites silhouettes humaines se battant dans la pluie.

Ces personnes étaient Suzuka et les Enquêteurs Mystiques qui s’étaient montrés la veille.

Il y avait une énorme différence entre l’état actuel de la bataille et celui de la veille, et Suzuka avait été étroitement encerclée. Seuls deux shikigami étaient présents ― des shikigami géants, d’environ trois mètres, manipulés par les Enquêteurs Mystiques. Le shikigami de Suzuka qui avait fait montre d’une puissance écrasante la veille n’était pas là.

Non, en regardant plus attentivement, il y avait des bouts de papier éparpillés couverts de boue sur la surface non pavée du parking. La scène près du taxi à l’instant avait dû avoir lieu ici à l’identique et on pouvait même voir aux pieds de Suzuka ce qu’il restait des écrits sacrés, battus par la pluie.

… Mais pourquoi ?

Harutora était un peu perplexe, mais il trouva vite la réponse à cette question.

Dix Enquêteurs Mystiques encerclaient Suzuka, et parmi eux, seuls deux combattaient directement Suzuka, les huit autres chantaient des incantations en continu tout en la cernant.

Une lumière intense s’élevait du sol autour des Enquêteurs Mystiques chantant des incantations. Le son qu’ils produisaient et celui du vent et de la pluie formaient une mélodie unique suivant les oscillations de la lumière.

« …… C’est une barrière ? Est-ce qu’ils l’utilisent pour sceller les shikigami ? »

Bien sûr, Harutora ne savait pas qu’elle était appelée “Barrière à Huit Points”, une puissante technique d’exorcistes qui était interdite en combats. Elle était principalement utilisée pour sceller les désastres spirituels de phase trois ou au-delà et ne serait normalement pas utilisée contre des humains. Cette fois, l’Agence d’Onmyou avait spécialement permis les responsables de prendre les mêmes mesures que pour un désastre spirituel afin de s’occuper de la rébellion d’une Onmyouji Nationale de Première Classe.

L’utilisation de cette technique interdite prouva que l’embuscade des Enquêteurs Mystiques avait été un succès. Suzuka avait utilisé Harutora et obtenu le pouvoir spirituel de Natsume, chose dans laquelle elle avait placé tous ses efforts, et les Enquêteurs Mystiques en avaient tiré avantage.

« …… C’est fini pour toi. Même si tu es “l’Enfant Prodige”, tu ne peux pas détruire la Barrière à Huit Points de l’intérieur. Écoute-moi et rends-toi. »

D’un ton strict, l’un des Enquêteurs Mystiques voulut persuader Suzuka.

Après quoi les deux shikigami géants se tenant des deux côtés des Enquêteurs Mystiques avancèrent. C’étaient les shikigami résistants d’application de la loi, les “Empereurs G1”, et ils semblaient colossaux comparés au petit corps de Suzuka.

… Avaient-ils gagné ?

Harutora se cacha derrière un bâtiment, retenant son souffle tout en regardant comment évoluait la situation.

« …… Ne croyez pas avoir gagné…… »

Murmura Suzuka à l’intérieur de la barrière.

Son voix était haletante et ses fines épaules se soulevaient et se baissaient. Elle était trempée et ses cheveux dorés auparavant attachés tombaient lourdement. Elle avait l’apparence d’un enfant abandonné par ses parents, se tenant là, sous la pluie.

Mais ses yeux ronds brillaient toujours de lumière et son petit corps dégageait un air dangereux.

« Dire que vous traitez des humains comme des désastres spirituels…… Mais malheureusement, vous auriez dû saisir l’opportunité pour m’abattre rapidement ou prendre d’autres mesures. Je vois que vous n’avez pas assez d’expérience en combat réel, les gars. »

La pluie dégoulina sur le visage de la fille.

Elle ne l’essuya pas mais émit un ricanement affligeant.

« Savez-vous ce qu’est ma spécialité de recherche ? Je vais vous permettre de faire l’expérience d’une création originale, pas la mienne, mais celle de Tsuchimikado Yakou ― le shikigami à usage militaire qu’il a créé ! »

Tout en disant cela, Suzuka se retourna, dirigeant le regard vers le camion garé sur le parking.

Elle cria au conteneur sur le camion :

« Libération du sortilège ! Viens, Tsuchigumo[1] ! »

Crash ― un son lourd retentit et le conteneur fut détruit de l’intérieur.

Crash, crash, le conteneur fut détruit, déchiré pour être ouvert, réduit en pièces et tomba sur le sol.

Immédiatement après cela, une forme étrange apparut dans la nuit.

C’était une araignée.

C’était une araignée géante faite d’acier. Elle avait huit longues pattes et son corps était bien plus grand que le conteneur. Une armure de samouraï était fixée sur la partie supérieure de son corps, autour de sa tête, de son abdomen et de la gueule des canons qui dépassaient de chaque côté.

Il portait un antique casque de samouraï conique avec un pentagramme doré étincelant sur le devant et une faible flamme brilla dans la pluie à l’emplacement des orbites à moitié couverts.

« …… Un, Un “Soldat Démoniaque Blindé” !? »

Les Enquêteurs Mystiques exprimèrent leur surprise l’un après l’autre et l’incantation scandée s’arrêta à cause de cela, la lumière de la barrière disparaissant en conséquence.

Suzuka rit bruyamment.

« Va. »

L’araignée d’acier bougea.

D’apparence extérieure, elle ressemblait à une lourde machine, mais ses mouvements étaient les mêmes que ceux d’un shikigami normal, comme si ce n’était qu’une araignée vivante. Elle bougea ses huit pattes, s’approchant pas à pas des Enquêteurs Mystiques.

« …… Ugh ! »

L’un d’eux ouvrit le feu sur Tsuchigumo. Les balles firent des étincelles et furent facilement repoussées. Les armes à feu étaient utiles contre des shikigami artificiels mais inutiles contre un shikigami en acier.

« Bon sang ! »

L’Enquêteur Mystique qui avait parlé à Suzuka un peu plus tôt envoya les deux Empereurs, essayant de réprimer les mouvements de Tsuchigumo.

Cependant, les mouvements d’un Empereur, shikigami moderne, étaient inférieurs à ceux du Soldat Démoniaque Blindé fabriqué pour la guerre. Tsuchigumo bondit, écartant un Empereur d’un coup de pied et transperçant le corps de l’autre.

Celui-ci devint de plus en plus flou comme si son corps avait été trafiqué, montrant des effets de “lag”. Le Soldat Démoniaque Blindé fendit une fois de plus l’air avec une énorme lame.

Celle-ci brilla dans la faible lumière.

Alors que le Soldat Démoniaque Blindé abattait le couteau, fendant le shikigami géant en deux, le charme du shikigami fut déchiré en deux, tombant sur le sol battu par la pluie. Tsuchigumo harponna l’autre Empereur dans un mouvement fluide.

Les Enquêteurs Mystiques étaient en plein désarroi.

Des coups de feu retentirent et d’innombrables charmes volèrent dans les airs, mais aucune de ces attaques n’eut d’effet.

« C’est quoi ce monstre…… »

Murmura Harutora, stupéfait.

Que ce soit du feu ou des shikigami générés autour de charmes, la magie devenait “ambigüe” en entrant en contact avec la matière, et même si les lois de la physique n’étaient pas capable de les affecter totalement, recevoir un fort impact extérieur blesserait la matérialité des shikigami et mènerait à un phénomène de “lag”.

Comme le Soldat Démoniaque Blindé avait un corps en acier, il était directement imprégné de “dureté” et les sortilèges gravés à l’intérieur de l’armure augmentaient sa forte puissance défensive contre les attaques magiques.

On lui avait conçu une “chair” faite d’huile et de métal, ce qui avait compensé son “ambigüité”. C’était un shikigami qui avait une force destructrice et un pouvoir défensif véritables.

Le Soldat Démoniaque Blindé était un shikigami militaire.

… C, Comment pouvaient-ils battre ce genre de trucs ?

Le parking du site de construction se changea en un brûlant champ de bataille magique.

Les flammes se propageaient et engloutissaient les ténèbres, des torrents d’eau balayaient la pluie, des fragments de métal dansaient dans les airs, et des pointes acérées de terre volaient du sol craquelé.

Les mouvements de Tsuchigumo étaient vifs, comme un véhicule blindé combattant une infanterie. Des munitions ne semblaient pas avoir été placées dans ses canons, mais même sans puissance de feu, il y avait une différence écrasante entre les deux puissances militaires opposées.

De la toile d’araignée jaillit du bec de l’armure de samouraï à l’air courroucé couvrant Tsuchigumo.

Les Enquêteurs Mystiques furent capturés l’un après l’autre par la toile d’araignée, devenant rapidement faibles et incapables de résister. C’était une scène similaire au moment où Natsume avait été piquée par le shikigami en forme d’abeille et il sut d’un coup d’œil que leur pouvoir spirituel avait été absorbé.

Tsuchigumo chassa la résistance de ses ennemis un à un, crachant en continu de la toile pour resserrer son étau sur les Enquêteurs Mystiques.

Ensuite, son pied frappa le sol avec force et le dernier Enquêteur Mystique s’évanouit.

Le bruit de la pluie devint plus évident dans le silence soudain qui tomba. Harutora serra les dents mais il ne pouvait absolument rien faire d’autre que se cacher dans les ténèbres.

… Qu’est-ce que c’était que ce bordel.

C’était vraiment la pire situation qui soit. Puisque les effectifs en renfort de Tokyo n’étaient pas arrivés à temps, ils avaient en gros annoncé qu’ils ne pouvaient plus arrêter Suzuka. Et évidemment, il était absolument impossible qu’il y ait une opportunité pour se faufiler jusqu’à elle et lui coller une raclée.

… Que devrais-je faire ?

Harutora ne pouvait penser à une seule idée tandis qu’il se tenait là sous la pluie, le regard vide.

Juste à ce moment-là, un téléphone sonna à nouveau. Il n’appartenait à personne d’autre que Harutora.

Le bruit animé de la sonnerie résonna à travers le parking de l’après-bataille, et il sentit vraiment son propre cœur faire un bond.

« Qui est là !? »

Demanda férocement Suzuka, et le Tsuchigumo à l’origine immobile commença simultanément à se réchauffer. Était-ce la faute de son manque de chance ou était-ce de sa propre faute, parce qu’il n’avait pas pensé à mettre son téléphone en silencieux ? Harutora ne put s’empêcher de fixer le ciel.

Néanmoins, il était maintenant coincé entre le marteau et l’enclume et il se montra dans le parking, déprimé.

L’air féroce de Suzuka disparut momentanément quand elle vit apparaître quelqu’un qu’elle ne s’attendait pas à voir.

« Tu es le type d’hier…… »

« …… Salut. »

Se manifesta Harutora à contre-cœur.

Il avait déclaré au café qu’il se proposerait pour combattre et il n’avait pas pensé qu’il avait renoncé à la vie, mais après avoir vu la manière dont Suzuka utilisait le shikigami en forme d’abeille et comment elle avait facilement résisté aux Enquêteurs Mystiques, la confiance dont il avait fait montre à ce moment avait déjà immensément vacillé.

Cependant, Suzuka ne lui réserva pas le même sort qu’aux Enquêteurs Mystiques.

Il ne pensait pas que communiquer avec Suzuka pourrait renverser la situation, mais c’était mieux que de s’asseoir là et d’attendre la mort. Plus important, il n’avait pas pensé à d’autres possibilités et un compromis de la part des deux partis était le meilleur moyen d’empêcher Natsume d’être entraînée dans la situation.

Suzuka n’arrêtait pas de jauger Harutora, le regard empli de soupçons.

Harutora vérifia son téléphone qui sonnait sans cesse. Il ne put s’empêcher d’afficher un sourire sec en voyant sur l’écran l’identité de la personne qui l’appelait.

C’était Hokuto.

… Vraiment, elle était tellement bruyante.

À en juger par le timing, c’était probablement la faute de Touji. Il avait très certainement expliqué à Hokuto dans quelle situation se trouvait Harutora et son amie l’avait appelé par inquiétude. Même s’ils s’étaient disputés tous les deux en se séparant la veille au soir.

« …… Qui t’appelle ? Ça ne dérange pas que tu ne répondes pas ? »

Demanda froidement Suzuka. Harutora fit un “nn”, raccrochant sans répondre au téléphone.

Si Hokuto avait appris par Touji où il se trouvait… Si elle avait remarqué qu’on lui avait raccroché au nez, il était possible qu’elle se précipitât immédiatement ici malgré le typhon en cours. Touji devrait bientôt être là lui aussi. Il devait entrer en action aussi vite que possible, avant qu’ils n’arrivent.

… Mais d’un autre côté, de quelle action pourrait-il bien s’agir.

Il se moqua de lui-même tout en respirant profondément pour se calmer.

Il fixa Suzuka dans les yeux, réfléchissant aux mesures à prendre.

Tout d’abord……

« …… Sympa de ta part, de faire rester ton shikigami dans mon ventre pendant toute une soirée. Rien que d’y penser, ça me donne des frissons. »

« …… Hmph, laisse-moi te dire que c’était mon premier baiser, donc c’est un petit prix à payer. Pas vrai, darling ? »

Suzuka restait vigilante, mais son attitude face à Harutora était bien plus détendue qu’avec les Enquêteurs Mystiques. Le ton avec lequel elle répondit était aussi autoritaire que la veille, mais il était quelque peu intime.

« Mais ne te méprends pas, tu n’es plus utile. Je ne sais pas comment tu as trouvé cet endroit, mais si tu veux me suivre partout comme un pervers, je ne te pardonnerai pas. »

Plus utile ― le but de Suzuka était vraiment de saisir le pouvoir spirituel de Natsume et en d’autres termes, tout était déjà prêt à présent. Harutora jura en son for intérieur.

« En fait, tu n’étais pas la personne que je cherchais à l’origine. S’il y avait eu une photo dans la base de données du laboratoire de recherche, je n’aurais pas fait cette erreur scandaleuse. »

« …… Le laboratoire de recherche ? On dirait que tu t’enfermes tout le temps là-dedans, non ? D’après ton apparence au festival d’hier, tu n’as pas vraiment les pieds sur terre. »

« Quoi ? Tu es trop arrogant, tu ne comprends donc pas ta position ? »

« J’ai touché juste ? »

« Ugh…… Tu, Tu es vraiment exaspérant ! »

Suzuka étrécit les yeux. À sa tête, il avait vraiment touché juste. Mais elle parut se rappeler instantanément quelque chose, demandant :

« Ah oui ! Qu’est-ce qui s’est passé entre toi et ce laideron, hier ? Vous vous êtes battus ? »

« …… Grâce à toi. »

« Ha ha ! Bien fait pour toi, qui t’a demandé de jouer cette pièce de théâtre merdique. La bonne blague. »

Harutora resserra les paupières. Suzuka frappait des mains et l’acclamait tout en le regardant. Elle avait l’air de s’amuser, c’était maintenant au tour de Harutora d’être en colère.

« …… Tu n’es vraiment pas mignonne, comme gamine. »

« Quoi, tu es aveugle ? On ne trouve pas beaucoup de filles aussi mignonnes que moi dans ce monde. »

« Peu importe ton apparence, tu as une personnalité affreuse. »

« Ha ha, comment ça, “peu importe ton apparence” ? Tu es fâché parce que tu l’as remarqué, hein ? Comme c’est simple. »

« La ferme, laisse-moi te dire une chose, personne ne t’aimera à l’avenir, tu peux en être certaine ! »

« Comment ce serait possible, je suis une magnifique Onmyouji prodige, c’est certain qu’il y aura un grand groupe de personnes se ruant vers moi pour obtenir mes faveurs ! »

« Ne dis pas de bêtises, quasi-criminelle ! »

Il avait rugi sans le vouloir et Suzuka ferma tout à coup la bouche, peut-être parce qu’il avait touché juste . Zut, Harutora avait aussi recouvré ses esprits au même moment.

Il avait imprudemment exprimé les mots se trouvant dans son cœur, et si cela continuait, “avoir une discussion correcte” n’était plus qu’un projet chimérique. Si Touji avait été là, il aurait très certainement été en train de secouer la tête, l’air plein de pitié.

Mais cette conversation déraisonnable semblait avoir éliminé l’atmosphère tranchante dans les environs. Harutora rassembla son courage, approchant lentement Suzuka.

« …… Eh, pourquoi tu n’arrêterais pas tout ça ? »

« Quoi ? Qu’est-ce que tu me chantes ? Est-ce que tu es vraiment stupide ? »

« Je réalise que je suis stupide, mais toi aussi tu es bête. »

Répondit franchement Harutora, le formulant sans détours. La colère était clairement visible dans l’expression de Suzuka, mais elle ne l’interrompit pas, c’était donc une réaction décente.

« Tu as dit que tu voulais ressusciter ton frère, pas vrai ? »

Il demanda confirmation et Suzuka se raidit.

Harutora ne battit pas en retraite, continuant à parler :

« Je n’ai ni frère ni sœur, mais je peux comprendre ce que tu ressens. Après tout, c’est un souhait normal que de vouloir ressusciter sa famille décédée, mais tu ne devrais pas le faire. Même si ton frère revenait à la vie, toi et même lui deviendriez des criminels. »

« …… Tu es vraiment barbant, qu’est-ce que tu essayes de dire ? »

« Idiote, ce que je veux dire c’est que ton frère ne sera pas heureux même si tu le ressuscites comme ça. »

« Ne parle pas comme si tu comprenais mon frère, c’est moi qui le connais le mieux ! »

Brailla Suzuka, les yeux rivés directement sur Harutora.

Derrière elle, Tsuchigumo frappa le sol de ses huit pattes, répondant à l’agitation émotionnelle de sa maîtresse. Le shikigami était affreusement imposant d’aussi près. Harutora retint son souffle mais il ne pouvait pas abandonner maintenant.

« Tu l’as dit à tes parents ? Ils ne se sont pas opposés à ce que tu fasses ça ? »

« Hmph ! Je n’ai pas de parents, je ne les reconnais absolument pas comme tels. Ces deux types n’ont fait que nous utiliser comme des ordures, mon frère et moi. »

« Eh, ne parle pas comme ça de tes propres par– »

« Ils ne sont même pas humains ! Comment crois-tu que je sois devenue Général Divin à cet âge ? Depuis que je suis née ― non, depuis avant ma naissance, ils m’ont torturée ! Ils ont jeté des sortilèges interdits sur mon corps et c’est comme ça qu’ils ont tué mon frère ! »

Le visage de Suzuka se tordit tandis qu’elle hurlait avec force. Harutora ne sut momentanément pas comment répondre en entendant les accusations dévastatrices de la jeune fille.

En d’autres termes, Suzuka avait été transformée en produit expérimental par ses parents ― qui avaient probablement été tous les deux des utilisateurs de magie. Ils avaient lancé différentes magies sur son corps afin de la faire devenir une excellente magicienne sans se soucier de ses désirs.

Depuis qu’elle était née, on l’avait forcée à porter une énorme obscurité. C’était différent de lui, qui ronchonnait à cause des traditions familiales.

Harutora fut pris d’angoisses mais il sentit qu’il y avait des choses qu’il devait dire.

« …… Je n’aurais pas dû parler inconsidérément sans rien savoir. Désolé, je m’excuse pour ça…… »

« Arrête de plaisanter ! Je n’ai pas besoin de ta compassion ! »

« …… C’est aussi ce que je me suis dit. Mais écoute, comme tu détestes autant tes parents, raison de plus pour ne pas faire la même chose qu’eux. »

Harutora s’avança à nouveau à grands pas en disant cela. Il avait peur, mais le sentiment qu’il ne pouvait pas la laisser seule devenait de plus en plus intense.

« Est-ce que la magie de l’âme n’est pas bannie ? Si tu exécutes cette magie, est-ce que tu ne seras pas comme tes parents ? »

« La ferme, qu’est-ce que tu en sais !? »

« Je sais au moins une chose ― tu as l’intention de tenir la dernière cérémonie de la vie de Yakou, pas vrai ? Tu sais combien de personnes seront sacrifiées s’il se reproduit la même chose ? Faire ça, c’est la même chose que piétiner d’innombrables vies humaines ! »

« Personne ne sera sacrifié ! Je suis une spécialiste qui s’est dédiée à la recherche sur Yakou et j’ai enquêté de fond en comble sur le Rituel Taizan Fukun il y a longtemps. Si je paie le juste prix, ça ne provoquera pas de désastres spirituels ! » insista Suzuka.

Elle cria avec force, comme un chat blessé cherchant à intimider quelqu’un qui l’approche. Mais même si ce chat avait été blessé, il pouvait encore griffer les gens à mort. Harutora réprima la peur lui serrant le cœur et approcha Suzuka.

Mais–

« En fait, tu n’as pas vérifié, pas vrai ? »

« C’est pour ça que je dois faire une expérience ! »

« C’est trop désordonné. Et puis quel est le prix correct ? »

« C’est ma vie ! »

Harutora s’immobilisa brusquement.

Suzuka montra enfin un sourire satisfait en voyant l’expression surprise de Harutora.

« …… Exactement, je vais donner ma propre vie à mon frère…… Alors ? Tu es toujours inquiet ? »

Harutora avait du mal à y croire et il observa Suzuka ― il observa cette fille encore plus jeune que lui, et puis il comprit. Elle ne mentait pas, elle avait vraiment l’intention de sacrifier sa propre vie.

Une lumière presque folle passa dans les grands yeux de Suzuka tandis qu’elle se délectait de l’acte sublime du sacrifice de soi. Peut-être cette réaction prouvait-elle que son esprit n’était pas totalement mature, mais elle essayait vraiment de se sacrifier.

Une Onmyouji Nationale de Première Classe était en train de détruire les règles, empiétant dans la magie interdite et avait même l’intention de sacrifier sa propre vie.

Une folie juvénile la conduisait à faire ça ― ainsi que sa famille. Cette dernière l’avait en particulier rendue incapable de faire machine arrière.

Mais.

« …… Raison de plus pour arrêter. »

Harutora insista.

Le regard hautain de Suzuka se figea un moment en entendant Harutora dire cela. Au début, elle avait cru qu’il avait déjà été convaincu et pendant un temps, elle ne put comprendre ce que ses mots voulaient dire.

Une fois qu’elle l’eût compris, sa rage éclata instantanément et elle ouvrit la bouche, se préparant à rosser l’homme stupide devant elle avec des mots venimeux.

Mais Harutora réagit d’abord, disant d’un ton calme :

« Tu as l’intention de partir en premier et de faire porter le crime que tu auras commis à ton frère ? Te sacrifier ? Ce serait plutôt pitoyable pour ton frère qui se retrouvera tout seul dans ce monde. »

« C’est…… »

Pour une fois, un air timide pointa dans les yeux de Suzuka.

« …… C’est n’importe quoi, c’est impossible, c’est certain que mon frère serait…… »

« Tu crois qu’il serait heureux de te voir comme ça ? Sacrifier sa sœur pour sa propre vie ― tu crois qu’il te serait reconnaissant ? Sans parler de l’après-résurrection, il serait traité comme produit expérimental d’une magie interdite. Si la cérémonie provoque bien à un désastre spirituel, toute la société élèvera la voix pour condamner ton frère ― pas seulement l’Agence d’Onmyou. Est-ce que tu as le cœur à faire vivre pitoyablement ton frère, à lui faire porter ton erreur tout seul ? Vas-tu encore dire que tu fais ça pour ton frère ? »

Harutora prononça chaque mot lentement et clairement.

Les lèvres roses de Suzuka tremblèrent. Elle voulait fixer Harutora mais ne souhaitait pas que leur regard se croisent, donc elle ne pouvait que grincer des dents.

« …… Quoi, comment oses-tu me faire la leçon…… »

Dans son cœur, Suzuka niait désespérément les paroles de Harutora, ne remarquant plus les Enquêteurs Mystiques ou la tension de la situation et sentit à la place l’hésitation de son cœur et ses propres défauts.

La pluie tombait à flots, chahutée par le vent, battant durement le corps des deux personnes se tenant sous le déluge.

Harutora regarda la fille, secouée.

« …… Ta vie sera encore assez longue, donc tu n’as pas à te précipiter pour prendre une décision. Réfléchis-y encore un peu. »

Suzuka hésita, regardant timidement Harutora. Son corps semblait déjà tétanisé vu son visage pâle et ses lèvres serrées.

Ce n’était plus l’une des Douze Généraux Divins qui se tenait devant lui et c’était la première fois que Harutora sentait une sensation de proximité avec Suzuka.

Au final, elle et lui étaient semblables, juste des gamins acculés par la réalité. Harutora réalisa à quel point ils étaient différents puisque Suzuka avait choisi la destruction. Il n’avait pas la capacité de résister, mais c’était son cas à elle, et elle en avait fait usage.

Harutora diminua lentement la distance le séparant de Suzuka sous la pluie. Son corps tout entier tremblait ― mais elle n’essaya pas de s’échapper.

La distance entre eux se rétrécit, et tout ce qui restait était la même distance que lorsqu’ils s’étaient affrontés pour la première fois.

Malheureusement, ils étaient déjà aussi près l’un de l’autre que ce qu’ils pourraient se permettre.

« …… En, Entrave-la ! Order ! »

Suzuka fut attaquée.

Un Enquêteur Mystique, à terre, jeta un charme, essayant de remplir son devoir avec ses dernières parcelles de pouvoir spirituel alors qu’il pouvait à peine rester conscient.

Le charme d’élément bois devint une vrille en plein ciel, s’enroulant autour de Suzuka qui se tenait debout sous la pluie. La vrille formée par magie attacha Suzuka en un instant et son petit corps tomba en conséquence.

L’Enquêteur Mystique se leva laborieusement devant Harutora qui était mort de peur. L’homme était comme Natsume : il avait la conscience floue à cause de la perte de pouvoir spirituel.

D’un autre côté, Suzuka, qui avait été attaquée, était couverte de boue de la tête aux pieds et était furieuse.

« Bon sang ― Ne joue pas avec moi ! »

Rugit-elle, furieuse, les yeux injectés de sang. Le shikigami réagit directement à la rage de sa maîtresse, leva la patte d’acier qui venait de transpercer les Empereurs et l’abattit, impassible, sur l’Enquêteur Mystique vacillant en dessous.

La boue et l’eau giclèrent sous les baskets de Harutora.

Son corps avança, courant tout en trébuchant. Les mouvements de Tsuchigumo semblèrent extrêmement lents à cet instant et la patte d’acier s’approcha doucement de la tête de l’Enquêteur Mystique.

Harutora prit appui sur le sol, utilisant la force de son corps tout entier pour écarter l’Enquêteur Mystique. Ce dernier fut projeté dans les airs, s’effondra sur le sol et perdit une nouvelle fois connaissance.

Mais tout était fini. Harutora tomba à terre après avoir poussé l’homme.

La boue éclaboussa son visage et l’eau gicla partout. Un hurlement retentit sur le côté, probablement celui de Suzuka. Harutora n’avait pas le loisir d’écouter ce cri alors qu’il se mettait sur les genoux avec difficulté. Il venait d’avoir l’idée de se lever quand la sensation de quelque chose en approche lui vint d’au-dessus de lui.

Harutora se dit calmement qu’il allait mourir.

Douze accidents n’avaient pas emporté sa vie, mais il ne s’était jamais attendu à mourir écrasé par une araignée. C’était beaucoup trop misérable. Un vide déferla dans son esprit alors qu’il maudissait sa malchance.

Lentement, il remarqua qu’il n’y avait pas d’impact.

Son corps pouvait encore bouger. Il se replaça correctement en vitesse, se retournant à moitié et levant la tête.

Cette fois, un vide total entra dans son esprit.

« …… Hokuto ? »

Hokuto se tenait devant lui

Elle utilisait son propre corps pour bloquer la patte de Tsuchigumo.

La scène incompréhensible se déroulant sous ses yeux interrompit ses pensées, le faisant se sentir détaché de la réalité. Il fixa machinalement la scène, les yeux vides.

Hokuto était entre Harutora, à terre, et Tsuchigumo qui avait abattu sa patte. Le bout de celle-ci transperçait profondément l’épaule gauche de son amie, directement à travers son cœur. Mais cela ne fit pas s’effondrer Hokuto. Elle avait empoigné le membre d’acier à deux mains, arrêtant l’attaque de Tsuchigumo. Ses yeux étaient grands et brillants et son adorable visage avait pâli, les dents serrées.

Qu’est-ce que c’était que cette blague ?

« …… Hokuto ? Tu…… »

« …… Va-t-en…… »

« Qu’est-ce que tu racontes, tu es…… »

« Va-t-en ! »

Hurla Hokuto.

Ensuite, ses doigts glissèrent le long de l’extérieur du membre d’acier la transperçant.

« Ban, Un, Taraku, Kiriku, Aku[2] ! Par les cinq éléments, détruis le mur intérieur ! »

À chaque nom qu’elle scandait, elle dessinait une ligne.

Un pentagramme[3].

C’était un symbole magique représentant les cinq éléments du yin et du yang, connu en Onmyoudou sous le nom de “marque de l’étoile”, “Marque de Campanule de Seimei”, ou “Marque de Seimei”. Après avoir été utilisé par Abe no Seimei, il était plus tard devenu le blason de la famille Tsuchimikado.

De la lumière émergea de la marque tandis qu’elle scandait tout en la dessinant. Tsuchigumo ― tout comme une véritable araignée craignant le feu ― sauta tout à coup en arrière, se débarrassant de Hokuto.

La patte transperçant l’épaule de Hokuto taillada sans pitié sa cage thoracique et son corps dessina un arc en volant comme une balle lancée en plein ciel.

Un hurlement perçant entra dans les oreilles de Harutora.

Il se leva, ne remarquant pas que cela avait été son propre cri.

Il poussa complètement ce qui concernait Tsuchigumo et Suzuka au fond de son esprit, tournant le dos à l’ennemi et courant vers Hokuto qui avait été jetée sur le côté.

Son corps bougea, son cœur commença à pomper son sang et sa rationalité commença peu à peu à accepter la situation que ses émotions refusaient de comprendre.

Hokuto s’était précipitée à cause de ce coup de téléphone, à l’instant. Oui, n’avait-il pas prédit tout cela ? Au final, tout se déroulait sous ses yeux en ce moment même. Impossible. Il devait y avoir une erreur quelque part. Sa rationalité essaya de sceller les émotions qui débordaient de sa gorge.

Ce qui se répandit ensuite avec force fut la terreur.

Une peur sans bornes commença à assaillir Harutora.

« Hokuto ! »

Sans force, les membres de Hokuto tombèrent sur le sol comme une poupée cassée.

La pluie battit son corps tremblant légèrement et la vision de Harutora s’assombrit tandis qu’il regardait la scène, son amie gravement blessée. Il rugit férocement, cria et ramassa Hokuto avec désespoir.

À cet instant.

Le corps de Hokuto vacilla soudainement comme si quelqu’un interférait avec son image.

Son profil se déforma et son corps devint transparent.

Un “lag”.

Harutora arrêta une fois de plus de penser quand il vit la scène entre ses mains et il oublia de respirer, son corps entier se raidissant.

Juste à ce moment-là, il remarqua enfin quelque chose.

Tsuchigumo avait taillé une énorme et profonde blessure de l’épaule gauche de Hokuto à sa poitrine, une blessure épouvantable.

Mais elle n’avait pas versé une seule goutte de sang. Seule la pluie constante mouillait son corps.

« …… Hoku… to…… ? »

L’appela doucement Harutora d’une voix pathétique et faible.

Hokuto le regarda depuis ses bras, la bouche dessinant un sourire solitaire.

« …… Bakatora…… Pourquoi tu n’as pas…… décroché…… »

« ………… »

Sa silhouette n’arrêta pas de vaciller pendant qu’elle parlait et son profil devint de plus en plus flou, quelques bruits d’interférence comme des sons parasites se mêlant à son murmure. La sensation qu’il avait de la tenir dans ses bras disparut aussi progressivement.

« Hokuto, tu…… tu…… »

Hokuto arbora un sourire en coin.

Elle afficha une expression triste, disant :

« …… Je t’ai menti…… Je suis désolée de t’avoir toujours trompé. »

« Idiote, qu’est-ce que ça signifie ? Qu’est-ce que tu racontes, pourquoi es-tu devenue comme ça, qu’est-ce qui se passe ? »

Harutora paniqua mais Hokuto regarda juste son ami confus et dans tous ses états avec un léger sourire.

Elle tendit une main tremblante, attrapant la poitrine de Harutora avec force.

« Harutora, je…… je t’aime, alors…… va-t-en…… Je te détesterai si tu meurs…… »

Hokuto sourit tout en parlant.

Ensuite, comme si son image éclatait ― Hokuto disparut.

Un vieux charme de shikigami couvert de traces de réparation flotta dans les mains de Harutora.

« …… Hokuto ? »

Une voix serrée venant du fond de son être s’échappa de sa bouche et l’énergie de son corps diminua sous la pluie.

« …… Tu es bête ? » dit Suzuka.

L’énergie magique dans le charme avait perdu son efficacité et elle s’était depuis longtemps débarrassée des vrilles la retenant.

Elle fixa Harutora à travers la pluie.

« Quoi, cette fille était un shikigami depuis le début ? Tu as fait de ton propre shikigami ta petite amie ? Ha ha, comme c’est stupide. Dire que tu fais des trucs aussi dégoûtants en privé tout en parlant comme un moralisateur ! »

La voix de Suzuka vacilla et on pouvait deviner une légère culpabilité dans sa voix tremblante, comme si elle avait peur d’être réprimandée. C’était comme si elle simulait sa force, essayant de balayer les choses d’un revers de la main.

Harutora se retourna lentement.

« De qui tu parles ? »

« De cette fille, bien sûr. Je n’ai pas immédiatement senti qu’elle était un shikigami, donc elle était assez bien faite, hein. C’est toi qui l’as faite ? Mais dans ce cas, tu devrais au moins en faire un un peu plus utile, non, peu importe, j’en ferai un pour toi, je t’en ferai un plus fort que ça– »

« ………… »

Harutora se leva lentement, décidant de ne plus écouter. Il parla d’une voix qu’il ne s’était jamais entendu utiliser auparavant :

« … Ferme-la. »

« …… Quoi ? »

« Ne dis pas un mot de plus. »

L’atmosphère dans l’air était en train de changer.

L’image de Harutora poignarda Suzuka.

Ses yeux dégageaient la lumière de la rage féroce d’un tigre, avec des crocs et des griffes qui pouvaient facilement mettre une fille en morceaux.

L’expression de Suzuka se crispa comme si elle avait été giflée.

« Quoi ? T, Tu te prends pour qui ? Tu sais à qui tu parles ? »

Suzuka répondit avec colère mais sa voix tremblait plus qu’avant. Son ton indigné et tranchant cachait une fragilité semblable à celle du verre.

Elle rendit le regard de Harutora, un éclat d’envie de meurtre mêlé à son regard.

Cependant, elle fut la première à détourner le regard. Elle fit balancer ses cheveux mouillés comme pour échapper au regard de Harutora, tournant les talons.

Elle fit claquer sa langue, courant vers le camion. Tsuchigumo suivit sa maîtresse et sauta sur la remorque du camion où les débris du conteneur demeuraient, repliant ses huit pattes dedans.

Suzuka invoqua le shikigami simple portant le costume noir, lui ordonnant de conduire tandis qu’elle ouvrait la porte du côté passager.

Enfin, elle se retourna et cracha ces mots :

« …… Je te tuerai à coup sûr la prochaine fois. »

Sur ce, elle monta dans le camion et ferma la porte.

Le moteur du camion démarra rapidement dès qu’elle fut entrée, quittant le parking. Harutora regarda le camion disparaître sur la route, seul sous la pluie.

La foudre illumina soudain le ciel dans le lointain et le bas grondement du tonnerre retentit au milieu des bruits du vent et de l’averse.

Le soleil s’était déjà couché.

La tempête ne montrait aucun signe d’interruption.

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