Tokyo Ravens – Tome 1 Chapitre 4

Harutora et Hokuto s’étaient rencontrés pendant leurs premières vacances d’été suivant leur entrée au collège.

Cela s’était passé dans un petit parc près de l’arrêt du tram, sous un ciel bleu ensoleillé et dépourvu de nuages, où les feuilles vertes et fraîches brillaient telles des émeraudes sous la lumière du soleil.

La première fois qu’il avait rencontré Hokuto, il avait été incapable de détourner les yeux d’elle. Elle ressemblait à une starlette qu’il appréciait à cette époque, et avait à peu près le même âge que lui. Harutora l’avait observée au loin pendant un long moment, se demandant de quelle école venait cette fille.

Cette dernière était assise toute seule sur un banc du parc, et dès qu’elle remarqua le regard de Harutora, son corps sauta tout à coup comme un ressort. Ses yeux s’écarquillèrent, tournés dans sa direction, et elle resta bouche bée, tout cela produisant une réaction assez étrange. Après tout, il ne connaissait pas cette fille.

Harutora se dit que c’était bizarre, et il essaya d’approcher la fille. S’en rendant compte, celle-ci s’échappa vite du parc, disparaissant instantanément et sans une trace, laissant derrière elle un Harutora sidéré, se tenant immobile et hébété ― c’était la première rencontre entre Harutora et Hokuto.

Le garçon finit par revoir Hokuto ― en fait, “repérer” conviendrait mieux ― le deuxième jour après cette première rencontre au parc.

À partir de ce jour, Harutora eut toujours l’impression que quelqu’un l’espionnait. Il n’avait pas cette sensation quand il était à la maison, mais dès qu’il s’aventurait dehors dans la rue, il sentait que quelqu’un le regardait dans son dos. Pourtant, à chaque fois qu’il se retournait, il n’y avait personne.

Il se retournait fréquemment, se demandant s’il était suivi. Mais il ne pensait pas que ce fût vraiment le cas. Il remarqua l’autre personne par hasard, purement et simplement. À ce moment-là, il marchait près d’une voiture garée sur le bord de la route, et il vit son poursuivant dans le rétroviseur latéral.

C’était cette fille sur qui il était tombé dans le parc.

Il se retourna par réflexe, croisant le regard de Hokuto qui fut prise par surprise. La fille s’échappa en courant, et il la poursuivit. Malheureusement, la vitesse de Hokuto était ahurissante, et sa silhouette disparut très vite…… Pendant cette période, un événement semblable se produisait tous les trois jours, et bientôt, l’intervalle se réduisit à tous les deux jours. Au final, cette comédie eut lieu tous les jours. C’était la relation humaine la plus étrange que Harutora avait jamais vécue.

Harutora pourchassait, Hokuto courait, et ces jours se succédèrent pendant un moment.

Pourquoi me suit-elle partout ? Pourquoi court-elle ? Harutora réfléchissait mais ne comprenait pas et restait simplement perplexe.

Mais contrairement à ce que l’on pouvait penser, ce sentiment déroutant enflamma l’esprit combatif de Harutora.

Il réfléchit à plusieurs plans, mais Hokuto les perça à jour l’un après l’autre. Avant qu’il ait pu s’en rendre compte, il était déjà profondément captivé par ce jeu du loup. Il n’avait jamais passé de vacances d’été durant lesquelles il s’était tant creusé la tête, avait tant couru à droite à gauche, et avait tant transpiré.

Des jours vides de sens, chauds, excitants, et emplis de mystère.

Il s’absorba dans la chasse sous cette lumière du soleil estivale et nostalgique.

Mais au final, Harutora n’attrapa pas Hokuto une seule fois.

Le dernier jour des vacances d’été, il décida de changer de méthode. Tôt le matin, il alla au parc où ils s’étaient vus pour la première fois, et il attendit là pendant toute la journée. Il ne fit rien, il resta juste dans le parc et attendit comme un idiot. Cela lui fit se demander s’il n’était pas devenu fou. Il endura le tourment de la chaleur, transpirant presque jusqu’à la déshydratation, mais l’idée d’aller quelque part pour se rafraîchir ne lui traversa l’esprit à aucun moment.

Hokuto apparut au crépuscule.

À l’instant où le soleil tomba sous l’horizon, pendant le court instant où la lumière n’avait pas complètement disparu, quand le ciel était teinté d’un indigo magique–

Hokuto, l’air déterminé, marcha directement vers Harutora et ouvrit la bouche comme si elle allait tout expliquer.

Mais Harutora parla d’abord, avant même qu’elle ait pu faire un son :

« Inutile de dire quoi que ce soit, tu as gagné. »

Elle ferma la bouche, ses yeux observant Harutora de la tête aux pieds, comme si elle spéculait sur la signification de ces mots.

« Je ne t’ai pas attrapée, même à la fin, alors je pense que tu ne veux probablement pas que les gens sachent d’où tu viens, pas vrai ? »

Hokuto resta silencieuse, une expression maladroite sur le visage, mais Harutora arborait un sourire radieux.

« Tu es vraiment sacrément rapide, pour une fille. Mais laisse-moi au moins te dire mon nom. Je suis Harutora. »

Il se leva du banc tout en se présentant, tendant la main.

Hokuto regarda intensément la main de Harutora comme un petit animal voyant de la nourriture, puis ses yeux ― ses grands yeux légèrement baissés ― s’éclairèrent progressivement.

Elle tendit silencieusement la main, touchant timidement celle de Harutora, et la secoua ensuite fermement comme si elle ne voulait pas la lâcher.

Après cela, un sourire naïf et fleuri émergea sur son visage ― un sourire que Harutora verrait souvent par la suite.

Harutora comprenait vraiment très peu Hokuto. Une fille mystérieuse ― Touji l’avait appelée ainsi, mais Harutora s’en fichait, puisqu’au final, il aimait que Hokuto soit à ses côtés.

Ce jour d’été se termina, accueillant l’automne, l’automne céda sa place à l’hiver, et une année passa. La seconde année passa et tous les deux restèrent fidèles à eux-mêmes. Touji les rejoignit pendant la troisième année, et l’entourage de Harutora devint encore plus animé.

La fille secrète et le délinquant juvénile ― tout le monde semblait s’entendre à merveille et Harutora en était satisfait.

Alors il ne voulait pas détruire leur relation à tous les trois.

Alors il voulait continuer pour toujours ainsi.

Ce ne serait pas mal, pensait-il.

Harutora courait sur la route droite dans la nuit.

La forte pluie ne s’arrêtait pas, et le tonnerre commença même à gronder, des éclairs de foudre tranchèrent le ciel nocturne.

Oublieux de l’horrible météo, Harutora était parti seul en courant du site de construction qui s’était changé en champ de bataille magique.

Il courait pour pourchasser Suzuka.

En même temps, il courait pour arrêter Suzuka.

Son esprit était vide et il ne pensait à rien, il se contentait de courir droit devant. Sa respiration était erratique et il avait l’impression que son cœur était déchiré, une douleur intense parcourant son corps entier.

Il avait atténué la douleur avec un charme de guérison pour soigner les blessures et soulager la fatigue, et à chaque fois que ce dernier était usé, il le remplaçait par un nouveau charme, ne s’arrêtant de courir à aucun moment.

Il faisait sombre tout autour, les lampadaires d’un côté ou de l’autre de la route brillaient faiblement. Il ne pouvait presque pas voir la chaussée sous ses pieds sous cette averse torrentielle. La route se prolongeait dans les ténèbres, et il ne pouvait que vaguement apercevoir l’asphalte devant lui. Il avait oublié depuis longtemps combien de temps avait passé, il ne savait pas non plus sur quelle distance il avait couru, et tout ce qu’il entendait était le son résonnant du tonnerre et celui de son halètement essoufflé. Il courait constamment, à travers la pluie, à travers la nuit, à travers les éclairs, avançant sur une route inconnue.

Il ne s’arrêta pas de courir.

Sa main étreignait le charme que Hokuto avait laissé après avoir disparu.

Il fit un effort pour ne pas penser à Hokuto, et peut-être pouvait-on dire qu’il courait pour se changer les idées, pour que ces pensées s’en aillent.

Ses pensées s’éteignirent toutes seules en même temps que sa respiration chaotique, mais quand il trébucha, s’effondrant sur la route, ses souvenirs jaillirent l’un après l’autre comme des geysers, lui imposant des visions du passé.

L’apparence de Hokuto n’avait pas changé d’un iota depuis leur première rencontre. Son corps était fin, mais était incroyablement résistant et possédait une force dans les bras difficile à égaler. Elle courait vite et pouvait même attraper Touji quand il allait aussi vite qu’il pouvait. Elle n’aimait pas parler d’elle ― ils ne l’avaient jamais entendu mentionner sa famille ou ses amis.

À l’instant, quand elle avait été blessée mais n’avait pas laissé perler une goutte de sang, elle avait même bloqué la jambe d’acier de l’araignée tout en faisant simultanément de la magie. Elle avait disparu comme de la fumée quand elle reposait dans les bras de Harutora, laissant derrière elle des mots intimant à Harutora de s’enfuir. Elle n’était pas devenu un cadavre, mais un charme de shikigami à la place.

Penser qu’une telle chose pouvait se produire.

… Merde.

Harutora était hors d’haleine, hurlant “cette idiote” dans son cœur.

… Pourquoi était-elle un shikigami ?

La pensée qu’à l’instant, une fausse Hokuto était apparue et que la véritable Hokuto se trouvait ailleurs avait émergé à un moment, mais il ne pouvait pas se duper ainsi. “Je t’ai menti, je suis désolée de t’avoir toujours trompé.” C’est ce qu’avait dit Hokuto.

Se pouvait-il que tout avait été faux ? Son existence était fausse, et ses souvenirs aussi étaient faux ?

Tout ce temps qu’il avait passé avec elle, tous les mots qu’elle avait dits, tout n’avait été que mensonges ― Lui avait-on menti ?

Si on m’a menti…

Si l’existence de Hokuto avait été un mensonge depuis le début, si elle n’avait absolument jamais existé…

Se pourrait-il qu’elle ne soit pas morte ?

… “Harutora, je t’aime.”

La foudre frappa, et le tonnerre gronda.

Il voulait hurler aussi fort qu’il pouvait, mais haletant comme il l’était, il ne pouvait pas même crier les mots que contenait son cœur. Alors il marcha à grands pas, s’immergeant dans sa course, sprintant droit devant lui ― courant désespérément, pensant à courir jusqu’à la fin de la terre.

La pluie. La nuit. La foudre. Le tonnerre.

Sa vision se troubla, sa conscience faiblit, et il ne pouvait même plus sentir les mouvements de ses jambes, comme si son corps avait épuisé son énergie depuis longtemps et dépendait de l’assistance de son âme pour continuer à courir.

Dépendait de son âme……

Un éclair déchira l’atmosphère, suivi d’un claquement de tonnerre, et l’air trembla intensément.

C’est vrai, où était allée l’âme de Hokuto ? Elle aussi avait une âme, non ? Si elle en avait une ― si les shikigami aussi avaient une âme, il voulait la revoir même si elle était artificielle. Tout ira bien si je la vois, je veux lui demander clairement et comprendre. Si son âme vagabonde quelque part en ce moment même–

Puis.

Harutora s’arrêta.

Il ne savait pas pendant combien de temps il avait couru. Quand il recouvra ses esprits, il n’avait pas vu les lampadaires de chaque côté de la route depuis un long moment, puisque seule la pluie continuait à tomber sur le monde dans lequel toute lumière semblait avoir disparu.

Au bout des ténèbres, de l’autre côté, un faible point lumineux aux contours incertains brillait légèrement.

On aurait dit une âme.

« …… Hokuto ? »

Une voix rauque sortit de sa bouche.

Mais ce n’était pas une âme.

C’était la lumière d’une lanterne. Harutora savait qu’il avait atteint sa destination.

Une voie secondaire juste devant lui conduisait à une rampe en pente douce menant à la colline se trouvant derrière. Il y avait des marches de pierre montant la pente à côté de la route, ainsi que le toit d’un ancien temple en bois près de celles-ci, une lanterne suspendue au toit dispensait une lumière nébuleuse.

La foudre jaillit, illuminant la lanterne sous le toit.

Le blason de la famille en forme de pentagramme était imprimé sur la lanterne–

Ainsi que le mot “Tsuchimikado”.

Harutora se tint dans la nuit, récupérant son souffle et regardant la lumière. Ensuite, il s’en approcha comme pour chasser les ténèbres.

Il se tint à côté de la lanterne, regardant les marches de pierre. Les escaliers vertigineux donnaient l’impression d’être une ligne d’horizon dans les ténèbres, se fondant dans les arbres denses et sombres de chaque côté. Deux points de lumière brillaient tel un mirage au sommet, la lumière de lanternes.

Harutora gravit l’escalier en pierre.

La force de la pluie faiblit, le froissement des feuilles des arbres devenant à la place plus bruyant.

Il monta les marches de pierre l’une après l’autre, pas à pas. Il se rapprochait du ciel nocturne à chaque pas vers le sommet.

Appréhendant les nuages noirs et les éclairs aveuglants.

Il atteignit le sommet de la colline.

Il y avait une porte extérieure au bout des escaliers de pierre, des lanternes avec des étoiles similaires à celles d’en bas fixées dessus.

Il ouvrit la porte en grand depuis l’extérieur.

De l’autre côté se trouvait la demeure de la famille principale des Tsuchimikado, comme si elle était cachée de la nuit noire.

« ……… »

Il n’était pas venu là depuis longtemps. Il n’y avait pas de lumières électriques à l’intérieur, et il semblait n’y avoir personne dans la maison, mais il y avait une présence vivante, comme si la demeure elle-même respirait calmement.

Natsume était-elle arrivée saine et sauve chez elle ? Alors même qu’une légère anxiété perçait dans le cœur de Harutora……

« … Ferme la porte, je suis dans la Salle des Campanules… »

Pendant un moment, il crut avoir mal entendu. Mais il ne se trompait pas. Un papillon s’était posé sur le nez de Harutora, qui examinait la demeure, et une voix pure le guida dans l’atmosphère sinistre.

Le papillon devant lui était un shikigami, et la voix qu’il venait d’entendre était celle de Natsume. Elle avait vraiment réussi à rentrer.

Harutora tint fermement le charme de shikigami dans sa main, suivant le papillon dansant dans la maison.

Il pénétra dans l’entrée, traversant le couloir.

Cela l’embêtait un peu de rentrer dans la demeure absolument trempé, mais les environs étaient sombres, et il aurait eu du mal à allumer la lumière, sans parler de trouver une serviette pour se sécher. Seul le papillon guidant Harutora rayonnait de lumière dans l’obscurité. Il suivit le papillon, se reposant sur ses souvenirs pour se diriger dans la maison.

Après avoir marché un moment, il vit une faible lumière briller à travers l’interstice d’une porte coulissante donnant sur le couloir.

C’était une pièce parquetée que la famille Tsuchimikado appelait la “Salle des Campanules”. Le papillon plana devant la porte coulissante, et celle-ci s’ouvrit tandis que Harutora approchait.

La lumière se déversant de la pièce provenait de la lueur des bougies.

La salle faisait environ douze tatami[1]. Un autel était installé à l’intérieur ainsi qu’un yorishiro[2], un sakaki[3] et un gohei[4] pour le culte. Différents instruments étaient également visibles tout autour, des rouleaux suspendus sur lesquels étaient écrites des incantations, et plusieurs bougies dont les flammes ondulaient doucement sur l’autel éclairaient faiblement la pièce.

L’intérieur de la salle dégageait une odeur de moisi mélangée à celle de la chaleur et de la pluie, mais Harutora pouvait également sentir l’arôme élégant de l’encens qui se propageait.

Natsume était assise au centre de la pièce.

Harutora fut un peu surpris. Natsume avait ôté les vêtements qu’elle portait tout à l’heure, revêtant à la place le hakama japonais blanc immaculé et rouge de jeune fille de temple. Elle était agenouillée et préparait un talisman posé sur le sol. Le papillon vola devant Natsume, s’arrêta par terre, et redevint un petit charme de shikigami.

« …… Natsume. »

Natsume leva lentement la tête en entendant Harutora l’appeler. Ses cheveux noirs glissèrent sans bruit dans la lumière orange vacillante des bougies.

Le shikigami papillon semblait être un shikigami simple manipulé par Natsume, ou en d’autres termes…

« Tu as récupéré ton pouvoir spirituel ? »

« Oui. Je ne devrais avoir aucun problème pour passer la nuit, même si mon pouvoir n’est pas totalement revenu. »

« Alors tu veux dire que tu souhaites garder l’autel ? »

« ……… »

Natsume ne répondit pas. Cette réponse montrait encore plus clairement sa détermination à y aller.

Le silence régnait dans la pièce, même si le son de la pluie à l’extérieur restait faiblement audible. La salle était imprégnée d’une atmosphère d’isolement par rapport au monde extérieur.

La zone donnait l’impression d’être recouverte d’une couche de tranquillité, et à l’intérieur de cette barrière, l’écoulement du temps n’était visible que par le vacillement de la lumière des bougies et le son de l’encens qui brûlait.

« …… Harutora-kun, as-tu été blessé ? On dirait que oui… »

« Ah, je vais bien, je suis dans cet état parce que j’ai couru jusqu’ici. »

Natsume parut surprise quand elle entendit ces mots. Elle montra son choc, secouant la tête et prenant une serviette posée à côté pour la donner à Harutora. Ce dernier la prit, infiniment reconnaissant.

« …… Désolé de t’avoir fait rentrer seule chez toi dans un tel état. »

Harutora se frotta la tête avec la serviette, s’excusant auprès de Natsume.

Cette dernière parla rapidement d’un ton ferme, comme si elle lui en voulait : « Je sais. »

« Le chauffeur m’a expliqué dans quelle était la situation à ce moment-là. Quand je me suis réveillée dans la voiture, j’ai vraiment eu peur…… Je n’ai pas pu me calmer après avoir entendu l’explication du chauffeur. Je t’ai parlé au café, alors pourquoi fallait-il que tu viennes ici ? »

Elle semblait vraiment en colère, ses paroles étaient aussi acérées que d’habitude.

En ce moment, Harutora acceptait avec reconnaissance, du plus profond de son cœur, les réprimandes de Natsume. Il venait de l’écouter au café, mais cela paraissait avoir eu lieu il y a anormalement longtemps.

Un sentiment amer d’autodérision traversa sa poitrine.

S’il n’était pas allé là-bas, Hokuto ne serait pas morte, et les jours à présent perdus pour toujours auraient pu se poursuivre.

« …… Je suis vraiment inutile. »

« …… »

Harutora murmura avec impuissance et Natsume, en colère, pinça les lèvres par inadvertance en voyant cela.

Ensuite, son visage se détendit légèrement.

« N’étais-tu pas resté derrière pour apprendre qui de “l’Enfant Prodige” ou des Inspecteurs Mystiques avait gagné ? À en juger par ton expression, on dirait que l’issue n’a pas été des meilleures. »

« …… Ouais…… »

Harutora répondit sourdement, assis lourdement sur le sol.

Il n’était pas d’humeur à regarder Natsume. Il garda la serviette sur sa tête pour couvrir son visage et raconta la bataille magique à laquelle il venait d’assister.

L’échec des Inspecteurs Mystiques. Suzuka invoquant le “Soldat Démoniaque Blindé”. Le contenu de la conversation qu’il avait eue avec Suzuka, et l’histoire complète de la manière dont il avait essayé de la persuader.

Même s’il était hésitant, il narra malgré tout l’événement avec Hokuto.

Pour éviter une longue histoire, il parla sincèrement de tout ce dont il avait été témoin.

Ainsi que de ce qui était arrivé à l’une de ses plus importants amis.

Natsume écouta silencieusement sans interrompre le récit de Harutora.

La bougie brûlait derrière son dos et comme elle était en contre-jour, des ombres tombaient sur son visage. Des ombres vagues ondulaient sur son beau visage, et ses yeux brillaient d’un éclat mystérieux.

L’expression de Natsume n’avait pas changé depuis le début, et elle écouta tout calmement, n’acquiesçant qu’une fois que Harutora avait fini de parler.

« …… Je vois, elle a sorti un “Soldat Démoniaque Blindé”…… »

« Tu connais cette chose ? »

« Seulement de nom. Elle a probablement pris le shikigami qui était conservé pour la recherche. À l’origine, ce n’était pas un shikigami qu’une personne seule pouvait manipuler…… Un exploit digne de “l’Enfant Prodige”. »

Natsume parla doucement, et son ton était anormalement gentil, peut-être par égard pour les sentiments de Harutora.

« Y a-t-il un moyen de le vaincre ? »

« Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c’est que ce serait extrêmement difficile. »

« …… Malgré ça, tu vas assumer ta “responsabilité” autant que possible ? »

« …… Oui. »

Natsume répondit sur un ton clair et bref, sans une once d’hésitation.

Natsume, qui avait à peu près le même âge que lui, l’ennuyait à cause de cela. Pourquoi Natsume était-elle aussi différente de lui ? Quand ils étaient petits, Harutora avait toujours pris la tête du duo, mais maintenant, elle était déjà si forte.

Sa responsabilité en tant que membre de la famille Tsuchimikado. Son devoir d’héritière.

Mais était-ce tout ?

La raison pour laquelle Natsume était aussi forte, et celle pour laquelle elle confirmait fermement sa “responsabilité”.

Pouvait-ce être parce qu’elle était la réincarnation de……

… Tch.

Harutora ferma étroitement les yeux, secoua la tête, combattant sa confusion.

Il n’avait jamais été quelqu’un qui gardait les choses pour lui. Il prit sa décision, arrachant la serviette drapée autour de sa tête et regardant Natsume. Cette dernière cligna des yeux avec surprise devant les mouvements soudains de Harutora.

« Qu, Qu’y a-t-il ? Laisse-moi d’abord dire que peu importe ce que tu dis, tu ne m’empêcheras pas d’exercer mon devoir d’héritière. C’est ma responsabilité, puisque je suis membre de la famille Tsuchimikado. »

« …… C’est tout ? »

« Quoi ? B, Bien sûr, parce que le Rituel Taizan Fukun est une cérémonie dangereuse, et je ne peux pas permettre…… »

La voix de Natsume se fit de plus en plus faible sous la pression exercée par le regard ferme de Harutora.

« Natsume, tu es aussi définitive à propos de ta “responsabilité” parce que tu es la réincarnation de Yakou, pas vrai ? »

Demanda Harutora, les yeux fixant intensément Natsume.

« Ha…… »

La réaction de Natsume fut intense.

Ses grands yeux en forme d’amande clignèrent, et son choc momentané disparut rapidement, son corps entier dégageant une présence ferme mais tout de même affectée.

Elle redressa son dos, une expression sincère émergeant sur son visage. Peut-être avait-elle toujours craint qu’on lui posât cette question même si elle s’y attendait depuis longtemps.

Elle rendit directement le regard de Harutora, lui donnant une réponse.

« …… Harutora-kun, moi aussi, j’ignore si je suis la réincarnation de Yakou. »

Harutora acquiesça en entendant la réponse de Natsume.

Il était sérieux. Puisque son amie d’enfance avait choisi de répondre sincèrement à cette question présomptueuse, il devait faire montre de la même sincérité.

« Tu n’as absolument aucun souvenir relatif à Yakou ? »

« C’est ça. De plus, la magie actuelle ne peut pas prouver que Yakou s’est vraiment réincarné ou non, elle ne peut pas non plus découvrir si je suis sa réincarnation…… Tu as déjà entendu parler de ces rumeurs me concernant ? »

Vérifia Natsume. Harutora acquiesça, émettant un “mm”.

« En fait, je n’ai appris cette rumeur qu’aujourd’hui, alors je ne suis pas vraiment au clair à ce sujet. »

« Je ne sais pas bien non plus combien de personnes sont au courant ou combien y croient vraiment. J’ai demandé à mon père, mais il a refusé de me le dire. Mais cette rumeur circulait déjà au moment de ma naissance. »

« Au moment de ta naissance ? Les rumeurs ne se sont pas répandues après que les gens ont appris, pour ton extraordinaire talent ? »

« Non, mon talent n’y est pas pour grand-chose. Ne te méprends pas, je considère mes efforts comme extraordinaires, et je suis une petite célébrité. Franchement, la rumeur s’est changée en tumulte à cause de ça…… Du moins, de ce que je sais, il n’y a que des rumeurs qui font de moi la réincarnation de Yakou. »

« …… Je vois…… Voilà la situation. »

Marmonna Harutora, répondant avec ambiguïté.

Il n’avait appris le secret de son amie d’enfance que maintenant. Natsume n’était pas seulement un successeur de la famille principale, le fardeau qu’était la “réincarnation de Yakou” l’avait accompagné depuis le jour de sa naissance.

Il se souvint des mots qu’il venait tout juste de prononcer à Suzuka. “Toute la société élèvera la voix pour condamner ton frère ― pas seulement l’Agence d’Onmyou, et il devra survivre pitoyablement avec ça.”… Une chose le peinait : ces mots avec lesquels il avait dissuadé Suzuka ne pouvaient-ils pas également s’appliquer à Natsume ?

« …… Née dans la famille principale des Tsuchimikado, choisie pour hériter de la famille, réincarnation “possible” de Yakou ― voilà qui je suis. Alors je ne peux pas la laisser faire, puisque si je la laissais avoir ce qu’elle désirait, cela reviendrait essentiellement à nier ma propre existence et ma position. »

Natsume arbora un sourire vide après avoir dit cela. Elle sourit comme si elle laissait tomber tous les fardeaux de ses épaules, avec franchise et sincérité.

Mais c’était un sourire plein d’autodérision qui se dessina sur son visage.

« …… On pourrait dire que je suis dénuée “d’égo”. Ma position est compliquée, je n’ai aucune volonté, aucun désir qui m’appartienne, et peut-être suis-je une forme sans âme comme un shikigami. »

« Natsume…… »

Le sourire vide sur le visage de son amie d’enfance pinça profondément le cœur de Harutora.

Un shikigami sans âme, rien qu’une forme. Ces mots firent surgir l’image de Hokuto dans l’esprit de Harutora.

Hokuto était un shikigami. Mais il n’avait jamais pensé que Hokuto n’avait pas d’âme.

D’un autre côté, Natsume était une personne, mais se croyait dénuée d’âme.

Une personne telle un shikigami, un shikigami tel une personne.

Cependant–

« Je ne comprends vraiment pas. »

« …… Quoi ? »

Natsume trembla de surprise ― parce que le regard de Harutora la fixait farouchement.

« Je ne comprends vraiment pas, y a-t-il une si grande différence entre shikigami et humains ? Hokuto, que je viens de mentionner, était en fait un shikigami. Malgré tout, Hokuto est Hokuto. C’est la même chose pour toi, pas vrai, Natsume ? Tu es toi. Ou est-ce que tu es en train de dire que tout ce temps pendant lequel je t’ai connu n’est que mensonges ? Que c’était imaginaire ? »

« H, Harutora-kun…… »

Harutora se mit en colère contre Natsume, muette ― « Non. » Il continua à parler :

« Si tout était un mensonge, alors peu importe, puisque je suis un idiot et que je ne comprends pas ce qui est vrai et ce qui est un mensonge ― Plus important, réel ou faux, faux ou réel, la partie la plus important, n’est-ce pas que tu existes, que tu sois réelle ou fausse ? »

Harutora s’attela à exprimer ses véritables pensées, et la moitié des ces mots étaient adressés à lui.

Quand il avait couru ici, un doute l’avait continuellement tourmenté. Il avait enfin choisi de regarder ce doute, de confronter directement le problème, de réfléchir attentivement, et d’accepter la réponse qu’il obtenait.

Avant qu’il s’en rende compte, lui-même avait les yeux gorgés de larmes.

C’était la première fois qu’il pleurait depuis que Hokuto avait disparu. Quelque chose de brûlant se déversa de son corps gelé, coulant le long de sa joue.

« Harutora-kun…… »

Même si Natsume ne savait pas ce qui n’allait pas, son regard était toujours fermement dirigé vers Harutora.

Elle n’avait pas détourné les yeux par inquiétude pour les sentiments de Harutora. Elle se focalisa sur son ami d’enfance confus, hésitant, qui trébuchait mais avançait, comme si elle se disait qu’elle ne pouvait pas regarder ailleurs.

Harutora avait fait s’inquiéter cette fille. Il se força à sourire, essuyant ses larmes.

« E, En tout cas, comment peux-tu dire que tu n’as pas “d’égo” ? Tu es têtue et tu te fâches tout le temps et tu donnes toujours des leçons ― est-ce que tu vas nier ça à cause de ta position ? Alors tu mentirais, et jusqu’où peux-tu te mentir à toi-même ? »

« Je, Je ne suis pas…… ! »

Natsume ouvrit la bouche pour le nier. Ses joues étaient rouges, mais elle ne réfuta pas ces paroles avec force, alors il semblait qu’elle avait vraiment une certaine conscience d’elle-même.

Harutora sourit sans le cacher, trouvant cela un peu humoristique. Natsume, qui croisa son regard, fut aussi touchée par son sourire, en arborant un léger elle-même.

Il remarqua que la distance entre Natsume et lui avait diminué.

Quand ils jouaient tous les deux ensemble ― C’était une petite fille qui suivait toujours Harutora partout, écoutant la moindre de ses paroles.

Après avoir compris beaucoup de choses, les images de cette petite fille de jadis et de la fille en face de lui se chevauchèrent dans l’esprit de Harutora et se connectèrent. Le passé et le présent se mélèrent pour ne faire plus qu’un, et l’amie d’enfance à l’origine oubliée devenait à présent plus claire que jamais à ses yeux.

« …… Mais j’ai quelque chose à dire. Née dans la famille principale des Tsuchimikado, choisie pour en hériter, réincarnation possible de Yakou ― ce n’est pas tout ce que tu es, mais plutôt des parties de ce que tu es. Tu es inquiète de ne pas avoir d’égo, têtue, tu te fâches tout le temps, tu donnes toujours des leçons…… Ça, c’est tout toi, et il y a certainement beaucoup d’autres parties que je ne connais pas, et celles-ci continueront à se multiplier à l’avenir. Natsume au complet n’est faite qu’en additionnant toutes ces parties. »

Harutora parla tout en acquiesçant pour Natsume.

Celle-ci le fixa sans ciller, prononçant sincèrement le doux son : “mm……”

À l’origine, Harutora ne savait pas que Hokuto était un shikigami, mais même s’il connaissait sa véritable identité, l’ancienne Hokuto ne disparaîtrait pas simplement comme ça.

C’était la même chose pour Natsume. Même s’il connaissait les rumeurs qui l’entouraient, Natsume, l’amie d’enfance irritable et entêtée ne disparaîtrait pas d’un coup. Et puis, Natsume n’était-elle pas en face de lui en ce moment même ?

L’encens fit un bruit subtil dans la lumière des bougies.

Harutora expira profondément.

Il ferma les yeux, redressa son dos, et se tint la tête haute.

« Natsume, j’ai quelque chose à te demander. »

Le ton de Harutora était sérieux et Natsume se mit en alerte, son visage se tendant à nouveau.

« …… C’est inutile. Même si tu m’arrêtes, j’irai quand même à l’autel, parce c’est ainsi que “je” suis. »

« J’ai compris, je ne t’arrêterai pas. Ce n’est pas ce que je veux te demander. »

« Je, Je ne te permettrai pas non plus de venir avec moi, n’as-tu pas échoué à la convaincre ? Je te suis reconnaissante de t’inquiéter autant pour moi, mais t’amener– »

« Natsume. »

Harutora interrompit le ton contrit de Natsume, donnant voix à sa requête.

« Laisse-moi devenir ton shikigami. Natsume resta bouche bée, choquée.

Le regard de Harutora était sérieux, et il répéta à nouveau sa demande. Il énonça clairement les mots qu’il avait cru ne jamais prononcer ― les mots sur lesquels il avait médité pendant de nombreuses années.

« S’il te plaît. Laisse-moi devenir ton shikigami immédiatement. »

C’était tout ce qu’il pouvait faire, répéta Harutora dans son cœur.

Natsume n’avait pas l’intention d’emmener un profane sur le site d’une bataille magique. Mais comme elle s’était résolue à se sacrifier pour ses responsabilités envers la famille Tsuchimikado, il était impossible qu’elle ne tienne pas compte de Harutora s’il évoquait la tradition de la famille secondaire. Harutora voulait agir avec Natsume, c’était sa seule option.

Natsume se figea, déglutissant bruyamment.

Sa nuque était raide et ses yeux écarquillés, regardant le visage de Harutora. Elle resta hébétée un moment avant de se forcer à détourner son regard intense de son ami, le dirigeant plutôt vers le sol.

« …… Tu t’en souviens encore ? »

« Hein ? B, Bien sûr. Est-ce que tu ne m’as pas aussi traité de menteur– »

« …… En d’autres termes, tu comprends la signification de ces paroles ? »

« B, Bien sûr…… »

Juste à ce moment-là, Natsume se leva violemment avec fracas. Harutora sauta presque de surprise et leva la tête pour regarder son amie d’enfance.

Les cheveux noirs de Natsume était en pagaille, et ses yeux fixaient férocement Harutora comme s’ils allaient lancer des flammes.

« …… Dans ce cas, pourquoi, pourquoi est-ce que, maintenant…… ! »

À cause de son agitation excessive, elle ne pouvait même pas parler clairement.

Ses lèvres se serrèrent, ses mains se fermèrent pour former des poings, ses doigts devenant blancs à cause de la force qu’elle y mettait. Elle se retourna et son dos fit face à Harutora, comme si elle avait peur de continuer à regarder, comme si elle aurait été incapable de contrôler ses émotions.

La douce lumière des bougies illumina le profil de son amie d’enfance.

Son dos couvert de blanc trembla intensément.

Harutora ne put rien dire pendant un moment, puisqu’il ne s’était pas attendu à ce que Natsume réagisse aussi intensément.

Mais–

— Natsume, tu……

Pourquoi tu ne le dis que maintenant ?

Ces paroles poignardèrent douloureusement le cœur de Harutora.

Natsume avait toujours porté la responsabilité incombant à l’héritier de la famille Tsuchimikado, et ce n’était pas tout, puisque les rumeurs sur la réincarnation de Yakou l’avaient toujours harcelée. Dans ce genre de situation, Harutora avait accepté de devenir le shikigami de Natsume, mais avait ensuite brisé l’engagement de son propre chef.

De toute façon, ce n’étaient que des jeux d’enfants…… Il ne pouvait s’empêcher de reconnaître que son attitude par rapport au sujet avait été assez irresponsable.

Mais Natsume était différente. Elle avait enduré la pression qui l’entourait, restant fermement ancrée sur ses certitudes, continuant à attendre.

Le reproche que Natsume lui avait fait en le traitant de “menteur” avait fait culpabiliser Harutora, mais il n’avait jamais pensé aux genres de sentiments que l’indomptable Natsume pouvait abriter alors même qu’elle l’appelait ainsi des larmes plein les yeux.

… Alors c’est pour ça qu’elle m’a critiqué……

Peut-être avait-elle dit vrai, et qu’il évoquait vraiment cette histoire trop tard.

Mais même si c’était le cas–

Même si c’était trop tard, il ne pouvait pas se rétracter.

« …… Écoute-moi, Natsume. »

Harutora redressa son dos et fit une promesse.

« J’aime vraiment ma vie actuelle. Je vais à l’école tous les jours et passe des jours vains et quelconques, et j’aime ce genre de vie. Comme je ne vois pas les esprits, mes parents ne se sont pas plaints eux non plus, et puisque j’avais des amies aussi détendus que moi, je pensais que ça irait comme ça. »

Il parla avec un peu d’agitation au dos de Natsume. Il réorganisa les mots qu’il avait adressés à Hokuto tout en les prononçant.

« Mais j’avais tort. Même si je ne vois pas les esprits et que je suis né dans la famille secondaire, je reste un membre de la famille Tsuchimikado. Tout ce qui est arrivé cette fois résultait de mon choix de me cacher de moi-même. Ce que je t’ai dit à l’instant s’applique aussi à moi-même, Tsuchimikado Harutora ― c’est moi, sans aucun doute. »

C’était quelque chose dont il avait parlé à Hokuto, quelque chose à propos duquel elle s’était battue avec lui, et quelque chose qu’elle lui avait fermement dit.

« En ce moment, je le comprends enfin, je pense que je l’ai enfin accepté. »

Je veux venger Hokuto.

Je veux stopper la malveillance de Suzuka.

Je veux faire tout ce que je peux ― même si j’ai une force de mouche ― pour protéger Natsume.

Le cœur de Harutora ne contenait que ces pensées.

« Alors Natsume, laisse-moi devenir ton shikigami, et j’assumerai les responsabilités qui me sont dues. »

S’il te plaît ― demanda Harutora en direction du dos de son amie d’enfance.

Quand tu fais ce que tu crois juste, si tu crois avoir fait une erreur, corrige-la.

Dans ce monde compliqué, faire ainsi pourrait s’avérer infiniment difficile même si cela paraît simple. Mais au final, il n’y avait pas d’autre moyen que d’y faire face avec un travail acharné.

Essaye encore et encore, et continue d’échouer.

Et après y avoir à nouveau réfléchi, trouve ta propre réponse.

Après un long moment…

Le dos de Natsume ne tremblait plus, et son corps se détendit peu à peu.

Elle murmura doucement le mot : « … Bakatora. »

« Hein ? »

Natsume s’était exprimée doucement et furtivement, et en entendant Harutora s’enquérir à ce propos, elle répondit simplement « …… Rien », se retournant lentement pour lui faire face.

Le dos de Natsume était du côté de la faible lumière de bougie, et son visage était à nouveau voilé d’ombre. Des yeux clairs regardèrent son ami d’enfance depuis son visage éclairé par derrière.

Les cheveux noirs de la jeune fille de temple vêtue de blanc glissèrent tandis qu’elle s’agenouillait devant Harutora.

« …… Tu en es sûr ? »

« Oui. »

« Tu deviendras un shikigami des Tsuchimikado ― mon shikgami ― pas seulement pour maintenant, mais pour toute la vie, en as-tu la résolution ? »

« Oui. »

Qu’il soit humain ou shikigami, Tsuchimikado Harutora était Tsuchimikado Harutora, et les jours qu’il avait appréciés par le passé ne disparaîtraient pas.

« Je ne mentirai plus, » dit Harutora.

Natsume ferma les yeux en entendant ces mots.

Après un moment de silence, les coins de sa bouche se levèrent pour former un léger sourire, et ses yeux s’ouvrirent.

« …… Évidemment, un shikigami sera puni s’il ment, après tout. »

Tout en disant cela, Natsume regardait Harutora, arborant un air contenant à la fois de la tendresse et de la férocité. Harutora ne lui avait jamais connu cette expression, et son cœur fit un bond.

Ensuite, son regard devint sérieux.

« Compris. Dans ce cas ― Harutora-kun, je vais à présent te nommer comme shikigami. »

Natsume déclara solennellement cela, tendant la main vers ses vêtements et en sortant un petit couteau. Harutora tressaillit, surpris par ce geste soudain.

La lumière des bougies dansa sur l’acier.

Natsume leva le petit couteau à sa bouche, l’embrassant légèrement et laissant la lame glisser le long de ses lèvres.

« N, Natsume !? »

« …… Ferme les yeux. »

Le ton de Natsume était sérieux, et du sang humidifia ses lèvres roses. Malgré son incroyable anxiété, Harutora suivit ses ordres et ferma les yeux.

Le son du couteau que l’on posait sur le sol atteignit ses oreilles tout comme le doux bruit de vêtements se frottant entre eux, puis la sensation que Natsume s’approchait. Le rythme cardiaque de Harutora s’accéléra, et il garda les yeux fermés avec force.

Ensuite, il entendit Natsume murmurer.

Une incantation.

La voix claire et vive de son amie d’enfance donnait l’impression qu’elle lisait les paroles d’une prière, produisant une ancienne mélodie. C’était une mélodie étrange qui lui faisait tourner la tête mais lui donnait l’impression d’avoir l’esprit clair comme du cristal. Sa voix devint des doigts dessinant sur le corps de Harutora et entrant en lui.

« … Au nom de l’ancêtre Abe no Seimei, moi, Tsuchimikado Natsume, te nomme toi, Tsuchimikado Harutora, comme shikigami… »

Natsume acheva l’incantation sur un ton extrêmement sérieux.

Était-ce fini ? Harutora se le demandait, mais ce n’était en fait pas encore terminé. Il sentit des doigts fins tenir légèrement ses jours, et cette fois, c’étaient de vrais doigts, pas seulement une sensation. Ensuite, il sentit Natsume s’approcher rapidement.

Les délicates lèvres teintes de sang l’approchèrent.

Elles étaient juste devant son œil gauche. Natsume tint le visage de Harutora en place des deux mains, embrassant son œil gauche fermé. Le corps de Harutora se tendit inconsciemment en réalisant cela.

À moins de dix centimètres de distance de Harutora, un sourire apparut silencieusement sur les lèvres de Natsume. Sa langue lécha la coupure ouverte par le couteau.

Elle tendit timidement sa langue ensanglantée, touchant la joue de Harutora juste sous son œil gauche.

Il sentit la chair de poule surgir sur tout son corps.

Son esprit se focalisa complètement sur la petite sensation humide et tendre. Natsume bougea légèrement et lentement la langue, traçant un motif.

Un pentagramme.

C’était un symbole magique représentant les cinq éléments du yin et du yang, connu en Onmyoudou sous le nom de “marque de l’étoile”, “marque de Campanule de Seimei”, ou “marque de Seimei”. Après avoir été utilisé par Abe no Seimei, il devint plus tard le blason de la famille Tsuchimikado.

Sa présence demeurait sur son visage. Elle n’avait pas éloigné sa langue, traçant lentement le pentagramme avec précaution, et elle ne laissa sa langue quitter le visage de Harutora qu’une fois qu’elle avait véritablement dessiné le trait final et achevé le motif en pentagramme.

Un fil de salive mêlée de sang s’étira entre eux deux, et le visage de Natsume rougit instantanément dès qu’elle s’en rendit compte, l’enlevant prestement. Harutora s’arrêta presque de respirer pendant ce temps.

Sa joue gauche arborait un pentagramme fraîchement dessiné juste en-dessous de son œil gauche.

« …… C’est fait. »

« …… Me, Merci…… »

N’ayant jamais pensé que ce genre de cérémonie fût nécessaire pour devenir un shikigami, le cœur bondissant de Harutora ne pouvait pas se calmer, et il n’osa pas regarder directement le visage de Natsume.

Cette dernière se recula et appela :

« … Harutora-kun. »

« O,Oui. »

« Avec ceci, tu es mon shikigami. »

La lumière des bougies vacilla, brillant dans les ténèbres légèrement humides.

Son visage était encore rouge, sa tête regardait vers le haut. Elle prononça ces paroles comme si elle savourait un fruit qu’elle avait enfin cueilli.

Tout à coup, Harutora pensa à son enfance, il y a longtemps, et il se sentit mal-à-l’aise, comme s’il avait avalé un bonbon de la taille d’un poing.

Lourd, douloureux, et impossible à recracher–

Une sensation dangereuse et douce.

Harutora était dans un état d’hébétude distraite, et Natsume toussa.

« Alors…… Harutora-kun, peux-tu “voir” ? »

Natsume cacha sa timidité, changeant de sujet. Harutora était profondément perplexe, et il ne remarqua pas le changement avant d’être sur le point de demander.

Il la vit.

Il sauta de surprise. Il vit la claire aura irradiant du corps entier de Natsume. Non, il n’était pas vraiment correct de dire qu’il pouvait la voir, mais il pouvait plutôt sentir l’aura.

La scène se reflétant dans ses yeux était un peu différente comparée à avant, et ses yeux ne pouvaient pas encore voir la couleur ou la forme de l’aura du corps de Natsume, mais il savait. Il pouvait percevoir avec un sens différent de la vue qu’il y avait de l’aura à cet endroit.

« C’est, est-ce que ce serait…… ? »

« Oui, j’ai utilisé la magie pour que Harutora puisse voir les esprits. Tu peux la voir, pas vrai ? C’est un succès. »

Harutora ne put s’empêcher d’être choqué, il était bouche bée.

Il fixa, sidéré, son amie d’enfance qui était encore un peu embarrassée comme si c’était la première fois qu’il la voyait. Fixée aussi ouvertement, Natsume se tassa davantage.

« C’est ça, la vision spirituelle ? »

Le processus était beaucoup plus simple que ce qu’il avait cru. Ou devrait-il dire que le pouvoir de Natsume était frappant ? Le talent qui avait troublé Harutora pendant tant d’années était à présent logé dans son œil gauche.

« …… Magnifique. »

« — M, Magnifique !? »

« Alors l’aura est aussi belle. »

« …… Ah…… Oh, c’est ça…… »

Il ne savait pas pourquoi Natsume avait dit ces mots avec léthargie et une pointe de colère, mais Harutora n’y prêta pas attention. Il s’était d’abord senti surpris, puis peu à peu ému.

L’apparence de la Salle des Campanules dans laquelle ils se trouvaient était immensément différente comparée à l’instant précédent. Il remarqua que la pièce toute entière était emplie d’une aura sacrée, une aura harmonieuse, stable et solennelle. Le monde dont il avait entendu parlé mais n’avait jamais vraiment senti était maintenant clairement placé devant lui.

C’était le monde de ceux qui voyaient les esprits.

C’était le monde des Onmyouji.

… Alors ça ressemble à ça, je……

Il pensa par inadvertance au vœu que Hokuto avait écrit sur l’ema la veille.

“Je souhaite que Harutora devienne un Onmyouji.”

Personne ne savait si le vœu de Hokuto se réaliserait ou pas, mais au moins, il se tenait sur la ligne de départ.

Il n’avait fait le premier pas que maintenant, après que Hokuto avait disparu.

… Je suis désolé, Hokuto.

Il sentit ses yeux s’humidifier, mais serra la mâchoire, se disant de ne pas pleurer à nouveau.

Juste à ce moment-là, le miroir rond placé sur l’autel derrière Natsume se fêla, produisant un bruit.

Le visage de Natsume se tendit une fois de plus, et Harutora regarda l’autel avec surprise. Il y avait trois miroirs sur l’autel, et sans compter le miroir de tout à l’heure, un autre était déjà fêlé.

« Que se passe-t-il ? »

« …… Ce sont les barrières que j’ai placées pour garder l’autel avant d’aller te retrouver au café aujourd’hui. Deux des miroirs sont fêlés, maintenant, ce qui veut dire qu’il ne reste qu’une barrière. On devrait y aller aussi vite que possible. »

Suzuka resserrait l’étau sur le temple. Harutora se prépara.

Tous les deux se regardèrent, se levant en même temps.

« …… Allons-y. »

Dit Natsume, et Harutora acquiesça silencieusement.

À un certain moment, le son de la pluie avait laissé place au silence.

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