Tokyo Ravens – Tome 1 Chapitre 5

La lune brumeuse était visible à travers un trou dans un groupe de nuages.

Le typhon venait tout juste de s’éloigner, le vent et la pluie avaient cessé et la lune illuminait les nuages environnants, leur donnant l’air d’être larges et brumeux. La douce lumière de la lune brillait sur les arbres, faisant scintiller l’humidité laissée par la pluie sur les feuilles. La vaste rizière sombre ressemblait à un miroir d’argent.

Actuellement, Harutora se dirigeait vers l’autel de la “Colline Impériale” avec Natsume.

Natsume avait marché de la Salle des Campanules à la cour de la maison, sortant un vieux charme et invoquant un shikigami qui se présenta sous la forme d’un cheval blanc. C’était le cheval le plus majestueux que Harutora eût vu de sa vie. Son corps portait une selle noire et des rênes rouges et c’était un cheval assez prestigieux pour que s’il eût été dédié aux dieux, personne n’en aurait été surpris.

C’était le shikigami des Tsuchimikado ― Yukikaze.

Vu par “l’Onmyoudou Général”, c’était un shikigami artificiel de haut niveau, mais ses origines dataient de bien avant ce dernier. Elles étaient bien plus anciennes même que “l’Onmyoudou Impérial”.

Natsume monta en premier sur le cheval et Harutora s’assit derrière elle. Ensuite, Natsume fit claquer les rennes, et Yukikaze bondit rapidement du sol, galopant comme s’il ne sentait pas leur poids à tous les deux. En fait, ce n’était pas vraiment exact puisque les sabots de Yukikaze ne touchaient pas même le sol.

Yukikaze fit une boucle de la cour jusque devant la maison, sautant par-dessus l’entrée principale et descendant à toute allure les marches de pierre sans toucher terre. Quand ils arrivèrent en bas, la distance par rapport au sol augmenta encore un peu.

Yukikaze resta à une altitude d’environ dix mètres, galopant tel le vent au-dessus d’une route entre les forêts et les rizières. Le paysage proche était complètement visible grâce à leur hauteur, mais Harutora ne regarda en bas que quelques fois. Les mains enroulées autour de la taille de Natsume, devant lui ― avant que Yukikaze n’eût sauté par-dessus l’entrée, il avait hésité quant à la marche à suivre ― et s’était accroché à Natsume comme à une bouée de sauvetage.

« Hum, ah, c’est, c’est assez joli ! »

« Harutora, tes mains n’ont pas arrêté de trembler. »

« Ne, ne fais pas attention à moi ! Par contre, la Colline Impériale est loin ? »

« Non, avec la vitesse de ce petit, nous y serons en un rien de temps. »

Natsume resserra solennellement sa prise sur les rênes. Une ceinture écarlate attachait ses vêtements blancs, dévoilant ses bras fins. Son apparence imposante ne ressemblait pas à celle d’une jeune fille de temple, mais plutôt à une jeune guerrière.

Un cheval blanc galopant dans l’air illuminé par la lune et la fille qui le montait ― on aurait dit le paysage pittoresque d’un rêve peu importe l’angle sous lequel on regardait les choses. Malheureusement, l’addition d’un shikigami dont le corps entier tremblait alors qu’il s’agrippait ferment à la fille détruisait le tableau ― voilà ce que Harutora pensait tandis que son corps tout entier était secoué, tenant étroitement Natsume.

Mais Harutora avait aussi ses responsabilités. En ce moment-même, il portait sur son dos une malle utilisée pour les praticiens ― un genre de malle en bambou tissé. L’intérieur était plein d’outils ancestraux des Tsuchimikado. Il portait également une épée à la taille et un arc pendait sur son épaule.

Tous étaient des équipements que Natsume avait préparés pour affronter une bataille magique avant leur départ. Harutora était un fantassin accompagnant le général et il portait également sa propre boîte de charmes.

Il avait aussi contacté Touji.

Il ne réalisa que juste avant de quitter la maison que son téléphone était plein d’appels de Touji qui étaient tous arrivés quand il courait vers la demeure. Peut-être Touji avait-il remarqué que Harutora ne décrochait pas ― sachant qu’il ne pouvait pas prendre d’appels dans les circonstances actuelles, il avait plutôt opté pour les sms, lui envoyant l’information importante sous forme de texte.

Touji était d’abord allé au site de construction devenu un champ de bataille, avait réveillé les Enquêteurs Mystiques puis contacté à nouveau la police. Les Enquêteurs Mystiques étaient temporairement incapables de remplir leurs fonctions car leur pouvoir spirituel avait été volé. Le typhon était parti plus tôt que ce qui avait été initialement prévu, alors l’assistance envoyée de Tokyo semblait en route pour arriver ce soir.

Il devait être inquiet et fâché que Harutora ne l’ait pas contacté, mais ses sms ne contenaient rien le mentionnant.

Harutora était reconnaissant envers son ami et lui envoya un message de confirmation, qui ne contenait que : “Désolé, je t’ai causé beaucoup de soucis, tu peux faire une pause, maintenant.” Après l’avoir envoyé, il éteignit immédiatement son téléphone.

Ensuite.

« … ! Harutora-kun. »

Natsume l’appela et il leva rapidement la tête. Un camion qui lui paraissait familier était arrêté devant eux.

Le camion avait négligemment été abandonné sur le bord de la route et sa remorque était pleine des restes d’un conteneur. Il y avait des traces d’arbres dévastés partout sur la route menant du conteneur à la colline au loin.

C’étaient les traces laissées par ce Tsuchigumo ― le “Soldat Démoniaque Blindé”. On pouvait donc en déduire que la colline mondaine et inintéressante était l’emplacement de l’autel établi par les Tsuchimikado, la “Colline Impériale”.

« Oui, c’est ça ! Tu as vu ce monstre araignée ? »

« Non, on dirait qu’elle est déjà partie pour l’autel. »

« Suivons-la ! »

« D’accord, nous allons nous diriger directement vers l’autel. »

Allez hue ― Natsume émit un son adorable mais brave, agitant les rênes du cheval. Le shikigami bondit rapidement telle une flèche en recevant l’ordre de sa maîtresse, chargeant sur le flanc de la colline et avançant vers la Colline Impériale. Ils volaient au-dessus de la cime des arbres, suivant la piste du Tsuchigumo.

Puis un son clair et cassant retentit en provenance de la poitrine de Natsume. Le troisième miroir qu’elle avait placé là s’était aussi brisé.

« … On dirait que la dernière barrière a aussi été détruite. »

« Je sais. Mais…… C’est droit devant ! »

Alors même que Natsume était pleine de remords, le sommet de la Colline Impériale devant eux apparut dans la nuit.

Il y avait un champ d’herbe circulaire au sommet dont les arbres avaient été enlevés. Le champ était entouré de hauts arbres, mais une place en pierre avait été installée au centre, encerclée par des torii sur les quatre côtés.

C’était l’autel de la Colline Impériale. Des feux avaient été allumés aux quatre coins de la place, apparemment par Suzuka.

Il y avait deux formes humaines se préparant pour une cérémonie près de l’autel et également une petite silhouette donnant les ordres.

Ils pouvaient distinguer Suzuka, le shikigami simple portant un costume noir, et le shikigami à usage général “Asura” que Suzuka avait manipulé au festival.

« Trouvée ! »

Cria Harutora. Il semblait que Suzuka ne l’avait pas entendu hurler, mais elle se retourna pour regarder dans sa direction.

Ce dernier se demanda si ses yeux ne lui jouaient pas des tours en voyant à nouveau la silhouette de la fille. De l’aura sortait en masse du corps de Suzuka, comme un ouragan tourbillonnant autour d’elle.

Intense et brillante ― mais une aura unique et visiblement déséquilibrée. Harutora pouvait voir les esprits depuis très peu de temps, mais il put directement sentir qu’elle était très puissante. C’était l’aura que dégageait l’un des Douze Généraux Divins, “l’Enfant Prodige”.

L’aura de Suzuka vacilla intensément dès qu’elle regarda Harutora et Natsume, comme si elle sursautait.

« Pourquoi es-tu…… venu ? »

Suzuka grinça des dents, son visage enfantin se tordant et arborant une colère triste, et lança vigoureusement sa main droite sur le côté.

Ce ne fut pas Harutora ou Natsume qui sentit le danger juste à temps, mais plutôt Yukikaze, le vétéran qui avait servi la famille Tsuchimikado pendant de nombreuses années.

Ce dernier bondit avant d’entrer dans le champ, se contorsionnant ― Natsume elle-même fut presque éjectée du cheval, sans parler de Harutora. Un pilier en métal vola tel un canon à la position que Yukikaze occupait à l’instant.

Tsuchigumo, le Soldat Démoniaque Blindé d’acier, venait de les attaquer. Il avait caché son corps dans la forêt pour tendre une embuscade, prêt à attaquer à tout moment.

« Yukikaze ! En arrière ! »

Natsume tira frénétiquement sur les rênes et Yukikaze bondit prestement dans les airs, galopant vers le haut.

L’attaque de Tsuchigumo échoua et son corps émergea dans le champ en se balançant.

Son corps de métal semblait lisse et brillant dans la lumière des flammes. Il était immense mais sa structure ne convenait pas aux attaques vers le haut, donc il n’allait pas être difficile d’éviter ses attaques tant qu’ils faisaient attention aux toiles d’araignée qu’il lançait depuis l’intérieur de son armure.

Mais–

« Natsume, on ne pourra pas s’approcher de l’autel, à ce rythme-là ! »

« ………… »

Natsume fronça les sourcils et sonda le terrain.

Tsuchigumo ne les pourchasserait pas si Yukikaze s’échappait au-dessus des arbres, mais s’ils s’approchaient témérairement du terrain, Tsuchigumo réagirait intelligemment et les écarterait. Peut-être avait-il reçu l’ordre d’interdire l’accès du terrain à quiconque, et il ne serait pas facile de détruire ses défenses d’acier.

Suzuka se tenait sur la place en pierre, regardant férocement Harutora et Natsume, mais les deux shikigami derrière elle s’affairaient à préparer l’autel.

Harutora ne pouvait pas voir clairement la situation dans son ensemble à cause de la distance qui les séparait de l’autel. La seule chose qu’il voyait, c’était qu’une table avait été installée dessus sur laquelle avaient été posées plusieurs offrandes. Il y avait des pièces d’argent dans un bol écarlate, des rouleaux de soie blanche, une selle de cheval, et du papier. Il voyait aussi des tambours taiko et des instruments placés à côté.

Un gros paquet fin avait été placé au centre de l’autel.

Un frisson glacé parcouru tout à coup l’échine de Harutora quand il vit ce paquet dont l’extérieur était couvert de charmes. Ce dernier était tout juste de la taille d’un enfant.

« Ça ne peut pas être…… »

Ce devait être le frère décédé de Suzuka.

Suzuka essayait de reproduire une cérémonie ancienne, mais aux yeux de Harutora, sa maîtrise de la cérémonie paraissait immature, comme si elle jouait à la dînette, mais avec le corps de son frère en lieu et place de la poupée. Le jeu auquel elle jouait était laid, ridicule et brisait le cœur.

… Bon sang……

« Dairenji Suzuka ! »

Hurla Harutora sans crier gare. Natsume, qui tenait les rênes, sauta presque de surprise, regardant derrière elle, choquée.

« Je te l’ai dit ! Même si tu ressuscites ton frère, ça ne te rendra pas heureuse. Ne sois pas aussi obsédée par ça, réveille-toi ! »

« La ferme ! J’ai aussi dit que je te tuerai sans faute la prochaine fois ! »

Suzuka redressa son petit corps, criant avec force.

« Tu es vraiment barbant ! Ma vie m’appartient, et ni mes parents ni personne d’autre ne peut me dire quoi en faire ! Je déciderai si j’ai envie de mourir ou pas ! Tu ne m’arrêteras pas quoi que tu puisses dire, je ressusciterai mon frère ! »

Sa colère devint aura, comme si elle canalisait une flamme infernale, mais sa rage folle ne brûlait que Suzuka et personne d’autre.

L’intense flamme enfla dans le petit corps de Suzuka, et peut-être que bientôt la flamme s’étendrait jusqu’à sortir de son corps, devenant de gigantesques langues de feu pour engloutir les autres.

Mais–

« Tu ne peux pas faire ce genre de choses, non, tu ne devrais même pas essayer ! »

La remarque de Natsume était claire et ferme.

La lune illumina faiblement son visage. Harutora la regarda, et Suzuka tourna aussi brusquement son regard brûlant vers elle.

Natsume ne tressaillit pas, son attitude restait sérieuse.

« … L’Onmyoudou moderne interdit la magie ayant trait aux âmes, et évidemment, le désastre spirituel provoqué par Yakou en est une cause, mais plus important encore, on ne devrait pas approfondir notre relation avec une telle magie. Les gens ne devraient pas interférer avec l’âme des autres, car ce n’est pas le territoire de l’homme ! »

Le visage de Suzuka était irrité, et elle regarda férocement Natsume, qui avait fait ces remarques depuis le dos de Yukikaze.

« …… Tu es aussi une Tsuchimikado ? Je ne sais pas d’où tu sors, mais tu es aussi venue m’arrêter ? »

Tsuchigumo n’avait pas bougé. Natsume fixa Suzuka sans ciller, continuant à parler sur un ton ferme :

« Par le passé, les gens nourrissaient du respect envers les dieux, ressentant une gratitude et une peur naturelles dans leurs cœurs, ayant une confiance irrationnelle en ces entités au-delà de la compréhension humaine. Ils croyaient en leurs prières, donc elles fonctionnaient. Non, on devrait dire qu’ils ont créé la prière. Cette magie n’était efficace que parce qu’elle était exécutée par les gens de cette époque, et ceux qui vivent dans le monde d’aujourd’hui ne réussiront pas en se contentant de copier la cérémonie ! »

Natsume prédit l’échec de Suzuka sans même réfléchir. Harutora la regarda, extrêmement surpris.

À cet instant, il remarqua enfin quelque chose.

… Bien sûr, cette personne était une “Onmyouji”.

Évidemment, Natsume était juste une élève de l’Académie d’Onmyou, et elle n’était pas encore une Onmyouji officielle.

Mais, en oubliant l’accréditation officielle pour le moment, et en oubliant aussi la compétence en magie, qu’était un Onmyouji au sens le plus basique ? Il n’avait pas pensé une seule fois à ce problème par le passé, mais la silhouette de son amie d’enfance telle qu’elle était à présent le fit considérer la question.

D’un autre côté.

« Espèces de parasites…… »

Suzuka, sur le sol en dessous, serra perceptiblement les dents en entendant le discours de Natsume. Le feu à côté d’elle rayonnait de lumière, jetant des ombres menaçantes sur son corps.

« La famille Tsuchimikado a toujours été responsable de la tenue du Rituel Taizan Fukun, et c’est aussi cette famille qui a ressuscité la cérémonie. Est-ce que vous dites que les Tsuchimikado peuvent le faire et pas moi ? Arrêtez de plaisanter ! »

La voix de la fille était fragile, comme si elle allait s’écrouler à tout instant.

Alors que ses mots retentissaient, l’Asura et l’homme vêtu de noir qui préparait jusque là silencieusement la cérémonie arrêtèrent de bouger.

La cérémonie était déjà prête.

« Dairenji Suzuka ! Arrête le rituel immédiatement ! »

« La ferme, je vais mieux exécuter la cérémonie que vous autres, Tsuchimikado, vous allez voir ! Partez si vous ne voulez pas mourir ! »

Puis Suzuka commença à chanter une incantation. Les mots qu’elle psalmodiait n’étaient pas pour le rituel, c’étaient des incantations d’Onmyoudou.

Le shikigami simple en forme d’homme en noir devint mou du fait de son incapacité à supporter la pression dégagée par l’énergie magique, sa forme extérieure se désagrégea.

L’Asura qui se tenait à côté de lui absorba la forme extérieure du shikigami vêtu de noir en train de s’effriter et les deux shikigami fusionnèrent pour n’en former qu’un, de longues ailes d’insecte poussant même dans le dos d’Asura.

Les yeux de Natsume s’écarquillèrent de surprise.

« Comment est-ce possible !? Tu peux librement changer le shikigami artisanal produit par l’Agence d’Onmyou ? »

Harutora n’y connaissait rien, mais tout ce qu’il savait, c’est qu’il ne fallait en aucun cas sous-estimer la force de Suzuka.

L’Asura fusionné se ramassa sur lui-même, sautant puissamment dans le ciel nocturne et volant droit vers Harutora et Natsume.

« Bon sang ! Natsume ! »

Brailla Harutora à Natsume, et cette dernière manipula attentivement les rênes.

Ils esquivèrent l’Asura volant dans le ciel, mais le shikigami bondit vers une position encore plus haute que celle de Yukikaze et déchaîna une attaque tout en maintenant cette altitude. Natsume dut faire descendre le cheval.

« C’est pas bon, Natsume, ils veulent nous attaquer par en haut et par en bas ! »

L’avertissement de Harutora arriva une seconde trop tard. Tsuchigumo, qui était prêt à intervenir en bas balança sa jambe pour attaquer quand il vit Yukikaze descendre. Natsume tira frénétiquement les rênes, mais le geste restreignit le mouvement de Yukikaze, le faisant glisser en plein ciel.

— Merde !

Ils ne pouvaient pas éviter cela. Une fois qu’il vit la jambe de Tsuchigumo attaquer, Harutora dégaina rapidement l’épée à sa taille.

Il se pencha en avant, comme s’il essayait de se jeter du cheval, et agita l’épée avec force en direction de Tsuchigumo qui attaquait d’en bas.

Avec un coup, l’épée absorba toute l’aura de son corps.

L’aura se rassembla dans la lame puis sortie en flèche de sa pointe. La patte de Tsuchigumo fut tranchée, envoyant des étincelles voler, et repoussant l’épée.

Harutora sentit une puissante force de recul dans son bras. La jambe d’acier avait été ouverte, et l’épée avait taillé une trace dessus ressemblant à une brûlure. Même si c’était lui qui avait frappé l’ennemi avec l’épée, Harutora ne put malgré tout s’empêcher d’être décontenancé.

« Qu, Qu’est-ce que c’est ? C’est super puissant ! »

« C’est une “Épée de Protection” ! C’est une épée spirituelle ancestrale forgée dans ce seul but ! »

« Hein ? Vraiment ? Elle vient d’être abîmée par le coup, là–”

« C’est pas vrai !? »

« Ah, mais juste un peu ! Un tout petit peu ! »

« Uuu…… C, Comme c’est une situation de crise, ce n’est pas grave si tu la casses ! »

Natsume réussit à crier avec colère. Mais cela ne dérangeait-il vraiment pas qu’elle se casse ? À la tête de Natsume quand elle s’était retournée pour prononcer les mots “c’est pas vrai”, c’était assez grave.

L’ennemi continua à attaquer, et Natsume manipula les rênes pour sauver leurs vies, une scène apparaissant de toute évidence comme incroyablement dangereuse à quiconque regardait. Harutora tomba presque du cheval à plusieurs reprises, et coup après coup, les dégâts s’accumulèrent sur l’Épée de Protection.

Cette dernière avait l’air d’un outil puissant, puisqu’elle pouvait déchaîner un fort pouvoir même si c’était un profane comme Harutora qui l’utilisait. Seulement, elle absorbait une grande quantité de son aura à chaque coup, et l’épuisement qui continuait à s’accumuler n’était pas rien. Quand Harutora le remarqua, il était déjà fatigué et haletant.

« On ne peut pas continuer comme ça, Natsume ! Je ne peux plus m’en occuper tout seul ! »

« Je le sais ! »

« Alors tu dois combattre aussi ! »

« Ne me parle pas pour le moment ! »

Natsume ne se retourna pas. Elle était de toute évidence en train de lutter pour faire face aux attaques combinées d’Asura et Tsuchigumo. Des sueurs froides éclatèrent dans le cœur de Harutora.

… Hé oh, se pouvait-il qu’elle soit mauvaise en combat réel ?

Son attitude différait de son calme habituel et une anxiété visible était apparue dans l’expression de Natsume. Le fait qu’il vît ce côté inattendu de son amie d’enfance dans une telle situation était bien ironique.

Alors–

Crash. Un bruit donnant l’impression de vouloir briser l’air se propagea en provenance de la place en pierre.

Suzuka avait frappé le tambour taiko installé sur l’autel, produisant un bruit étrange qui semblait faire vibrer le sang lui-même. Suzuka continua ensuite à agiter les baguettes de tambour et le taiko gronda, résonnant à travers la Colline Impériale plongée dans la nuit.

Suzuka frappa le taiko six fois et souffla ensuite dans une corne dont le son profond contrastait avec le bruit pénétrant du taiko. L’air trembla et la poussière inutile sur la place en pierre vibra, nettoyant cette dernière.

Harutora, qui pouvait maintenant voir les esprits, savait que le son contenait de l’énergie magique et il ne put s’empêcher de sentir un frisson en entendant le bruit de la corne qui annonçait le début de la bataille.

« Oh non, la cérémonie commence ! On doit vite l’arrêter ! »

« Attends, Natsume. En haut ! »

Natsume était concentrée sur l’autel et tout à coup, Asura attaqua par dessus. Elle tira rapidement sur les rênes, volant une nouvelle fois la liberté de mouvement de Yukikaze.

Les deux shikigami attaquaient à tour de rôle.

Yukikaze leva prestement ses antérieurs, se penchant en arrière tout en se tenant sur ses postérieurs pour éviter l’attaque d’Asura.

À ce moment-là, Natsume s’accrochait aux rênes mais Harutora, qui agitait l’épée, n’avait nulle part où se tenir. Il fut éjecté avec un “waaah”.

Il tomba.

Natsume remarqua que Harutora tombait du cheval et hurla, mais Harutora avait déjà commencé à chuter vers le sol avant d’avoir pu émettre le moindre son.

Mais–

« Hokuto ! S’il te plaît ! »

« … Hokuto ? »

Une lumière brilla à côté de Yukikaze en train de galoper avant même que Harutora ait eu le temps de douter de ce qu’il venait d’entendre. L’éclat se répandit vers l’extérieur comme un fluide, coulant tranquillement en plein ciel.

Une bande d’or aveuglante flotta dans le ciel nocturne.

C’était un dragon.

Un dragon était apparu dans la voûte étoilée en réponse à l’invocation de Natsume.

« … Quoi…… ? »

Le corps du dragon faisait près de dix mètres et il arborait deux protubérances en forme de cornes sur la tête, avec un long museau et des écailles dorées couvrant tout son corps. Même si ses quatre membres étaient courts, ils avaient les serres acérées d’un aigle. Le dragon devant Harutora n’était aussi grand que ce qu’il s’était imaginé mais en dehors de la taille de son corps, ce “dragon” était identique aux bêtes mystiques décrites dans les mites du folklore japonais.

Le dragon se retourna après son apparition, se glissant sous le corps de Harutora. Ce dernier jeta prestement l’Épée de Protection, saisissant le corps du dragon.

Les écailles du dragon étaient dures, mais elles étaient lisses au toucher. Un être doux mais dur s’agitait entre ses bras.

… Un… Un shikigami !?

C’était évidemment un shikigami. Il n’y avait pas d’autre possibilité.

Mais même si c’était un shikigami……

« Hokuto ? Il s’appelle Hokuto ? Eh, Natsume, est-ce que ce dragon…… !? »

Harutora leva la tête, criant sur Natsume qui montait Yukikaze.

Natsume était déjà mise à rude épreuve à essayer de s’occuper des attaques d’Asura, mais elle répondit malgré tout à la question de Harutora après avoir évité une attaque de justesse.

« Elle est ma dernière carte maîtresse ! Le familier qui a servi des générations de chefs de famille et la bête gardienne des Tsuchimikado, l’un des rares véritables dragons modernes ! »

« Un, un véritable dragon…… »

Harutora oublia inconsciemment le problème du nom, contemplant le dragon auquel il se tenait.

Ceux qu’on appelait des shikigami serviteurs étaient différents des shikigami artificiels répandus de “l’Onmyoudou Général”, puisqu’il s’agissait de divinités, d’esprits ou de bêtes ― plus précisément quelque chose qui avait possédé l’un de ces noms par le passé ― dont on avait fait des shikigami. En d’autres termes, Hokuto n’avait pas été créée par des humains mais s’était formée naturellement. C’était une existence similaire à une divinité matérialisée.

L’aura qu’il sentait émaner du corps de Hokuto était effectivement forte et violente. En fait, c’était une sensation vraiment terrifiante. Le long corps de Hokuto dégageait une sensation de vigueur perceptible et particulière, extrêmement différente de celle d’un animal.

… Mais pourquoi s’appelait-elle Hokuto ?

La plupart des gens associeraient la Grande Ours au nom Hokuto[1] et la constellation était souvent comparée à un “dragon” possédant des liens étroits avec les étoiles que l’Onmyoudou idolâtrait. Cela paraissait incroyablement naturel que l’on donnât à un shikigami dragon le nom Hokuto.

Mais aux oreilles de Harutora, ce nom apparaissait comme une extrême coïncidence.

« Pourquoi tu n’as pas invoqué ce truc dès le début !? »

« Je ne peux pas complètement la contrôler ! Elle n’écoute pas mes ordres, même si elle a accepté de devenir mon shikigami. »

Natsume fixa Hokuto avec une pointe de ressentiment tout en parlant. Le dragon ignora les mots de sa maîtresse et regarda le Soldat Démoniaque Blindé et l’autel sous son nez.

Le dragon était clairement exubérant et son apparition ne semblait pas avoir été motivée par son esprit combatif, mais plutôt parce qu’il avait vu comme un jeu drôle et intéressant. Sans parler de sa longue queue qui remuait à droite à gauche comme celle d’un chiot excité. Harutora grimaça.

« …… Effectivement, même si ce truc a du courage, il n’est pas tendu le moins du monde. »

« Hokuto ! Je t’ordonne de vaincre le shikigami ennemi, tu devrais en être capable, non ? »

Natsume donna son ordre, l’air sérieux ― mais Hokuto secoua la tête avec incompréhension, regardant Natsume comme pour demander : “quel ennemi ?”

Mais Asura attaqua à nouveau avant que Natsume ait eu le temps de dire à Hokuto de quoi s’occuper.

Yukikaze bondit sur le côté sans attendre les ordres de Natsume, paniquée, esquivant l’attaque d’Asura.

Hokuto fut surprise par l’attaque d’Asura. Elle se retourna, prenant vite la position de Yukikaze, négligeant complètement la personne se tenant sur son dos. Harutora hurla, glissant le long du dragon jusqu’au niveau de ses pattes arrières.

« Uwaaaah ! »

« H, Hokuto ! »

Natsume réprimanda Hokuto depuis le cheval, mais le dragon n’y fit pas attention, se précipitant dans le ciel nocturne comme adversaire d’Asura, tous deux se préparant à une bataille en plein ciel.

Apparemment, l’attaque d’Asura l’avait excitée, puisqu’elle parut tout à coup clairement motivée.

« Ce, Ce shikigami est tellement puissant, mais est-ce que sa personnalité n’est pas un peu trop puérile !? »

« C’est dangereux ! Harutora, saute par ici ! »

« Aie un peu de considération pour moi ! »

Juste au moment où il s’écriait, Hokuto bifurqua brutalement, et Harutora fut éjecté du corps du dragon par la force centrifuge.

C’était la deuxième fois qu’il tombait du ciel aujourd’hui. Natsume ― Yukikaze, en fait ― se précipita rapidement vers lui.

« Uwaaaah ! »

« H, Harutora-kun ! »

Natsume ouvrit les bras, attrapant Harutora.

Le petit corps délicat de la fille tint Harutora de toutes ses forces. Elle ne pouvait pas supporter la force de la chute de Harutora et dégringola presque avec lui. Ce dernier tendit frénétiquement la main pour saisir les rênes de Yukikaze et réussit de justesse à éviter la crise.

« H, Harutora-kun, Harutora-kun ! »

« Natsume, arrête de crier ! Tu peux me lâcher, aïe, eh, tu n’as pas besoin de te cramponner aussi fort !? »

Natsume utilisait toutes ses forces pour empêcher Harutora de tomber au sol, mais ce dernier faisait tout ce qu’il pouvait pour les garder tous les deux sur le dos du cheval. Leurs corps s’enchevêtraient, détruisant l’équilibre, et Yukikaze chuta tandis qu’il rassemblait la force de se rééquilibrer.

Juste à ce moment-là, Tsuchigumo attaqua avec sa patte.

… Enfoiré !

Harutora venait à peine de laisser tomber l’Épée de Protection, et il avait maintenant les idées claires, plongeant immédiatement la main dans sa boîte de charmes puis, faisant sauter de ses doigts le couvercle pour l’ouvrir, il en sortit fluidement un charme protecteur.

Autrefois, il s’était entraîné au lancer de charmes chaque jour devant le miroir, et ces mouvements étaient toujours imprimés dans son corps même après qu’il avait abandonné cet entraînement.

« Order ! »

Harutora cria tout en jetant le charme de toutes ses forces. L’incantation signifiait “applique rapidement en tant que loi”[2], l’Onmyoudou que les Enquêteurs Mystiques avaient souvent utilisé, eux aussi ― le mot courant vastement utilisé dans les techniques de charmes.

L’énergie magique de Harutora s’écoula dans le charme protecteur, créant une barrière de lumière brillante.

La patte du Soldat Démoniaque Blindé transperça violemment la barrière, mais cela offrit assez de temps à Yukikaze pour récupérer son équilibre. Ce dernier bougea son dos, leur permettant à tous les deux de se rasseoir correctement, et esquiva de justesse la patte de Tsuchigumo qui vint se fracasser contre la barrière et la traversa.

Ils descendirent pour rester au sol, mais baisser leur altitude équivalait à entrer dans le périmètre d’attaque de Tsuchigumo. Le coup suivant arriva en conséquence, ne leur donnant pas le temps de reprendre leur souffle.

Harutora décrocha Natsume qui l’étreignait encore fermement, se rasseyant sur la croupe du cheval, puis il tendit les bras en avant comme s’il voulait enlacer son amie.

« Ah ! H, Harutora-kun… ? »

« Natsume, je vais contrôler les rênes, je te laisse t’occuper de l’ennemi ! »

« Hein ? Euh, d’accord ! »

« Yukikaze, je compte sur toi ! »

Harutora agrippa le corps de Yukikaze avec ses jambes, agitant les rênes. En fait ce fut l’unique fois où il les contrôla, tout le reste résultait du jugement propre de Yukikaze.

Une fois que Yukikaze eut le contrôle, il fit immédiatement montre d’une agilité toute autre. Il sauta adroitement au travers des attaques en chaîne de Tsuchigumo tout en les portant tous les deux. Quand Natsume, tendue, pressée entre les bras de Harutora remarqua cela, elle se raidit involontairement sur le dos du cheval.

« H, Harutora-kun, qu’est-ce que tu as fait ? »

« Je n’ai rien fait du tout, ou plutôt, je ne fais absolument rien. »

Avec Natsume paniquée et Hokuto obstinée, le plus fiable des individus ici présents ― Harutora inclus ― était sans aucun doute Yukikaze. Qu’il soit un cheval ou un shikigami, peu importait, il avait besoin d’une marge de manœuvre.

Harutora leva les yeux au ciel. Hokuto et Asura se battaient toujours à mort là-haut.

Des deux, Hokuto avait un avantage écrasant. Ses mouvements étaient aussi libres que ceux d’un poisson dans l’eau, et ses écailles dorées réfléchissaient les feux au sol, les faisant apparaître comme de la poussière étincelante éparpillée dans le ciel nocturne.

Avec cela, il se pouvait que Harutora et Natsume puissent se concentrer sur la lutte contre Tsuchigumo.

« Je n’ai pas le temps de chercher l’épée que j’ai laissé tomber par terre pour le moment ! Natsume, tu peux faire quelque chose pour maintenir ce Tsuchigumo à distance ? »

« Ou, Oui ! Harutora-kun, donne-moi l’arc ! »

Après avoir entendu son ordre, Harutora enleva rapidement l’arc pendu à son épaule et le donna à Natsume.

« Et les flèches ? »

« Je n’en ai pas besoin. C’est “l’Arc de Pêcher”, un arc exorcisant en bois de pêcher imprégné de magie, et j’ai juste à lâcher la corde en visant l’ennemi pour attaquer. Mais ça ne pourra au mieux que le retenir puisque l’armure du Soldat Démoniaque Blindé a une puissante résistance magique. »

Il n’y avait aucun outil dont l’effet se révélerait vraiment efficace devant le shikigami militaire, le Soldat Démoniaque Blindé. S’ils voulaient sérieusement le battre, ils auraient au moins besoin d’un équipement de niveau militaire, et ce qui était plus important, c’était que “l’Arc de Pêcher” était à l’origine un outil pour l’exorcisme, un équipement pour s’occuper des désastres spirituels.

Mais…

« Alors nous devons juste le maintenir à distance, il est inutile de le vaincre. Natsume, tu t’en charges, et Yukikaze, fonce vers l’autel si tu en as l’occasion, puisque quoi qu’il arrive, nous devons à tout prix arrêter la cérémonie. »

Bien sûr, la menace posée par Suzuka n’était pas simplement limitée à Tsuchigumo, et la probabilité de gagner contre elle dans un assaut frontal était très faible.

Mais même si elle était un Général Divin, elle devait quand même concentrer son esprit sur l’exécution du Rituel Taizan Fukun, et s’ils empêchaient la cérémonie, les choses ne seraient pas complètement désespérées.

« Com, Compris. Mais Harutora-kun, tu es mon shikigami, alors ça devrait être à moi de donner les ordres– »

« Je sais ! Natsume, Yukikaze, allons-y ! »

Harutora ignora le grommellement de Natsume, criant avec force et secouant les rênes.

Celles-ci remuèrent et Yukikaze se précipita instantanément droit devant avec témérité vers le Tsuchigumo géant plusieurs fois plus gros que lui.

Natsume, surprise, leva frénétiquement l’arc, mais les bras avec lesquels Harutora s’agrippait aux rênes bloquaient le devant de son corps, donc elle était incapable de bander l’arc.

« Baisse les bras ! »

Tout en disant cela, elle se mit debout sur les étriers, tendant le haut de son corps dans l’espace entre les bras de Harutora et les rênes. Ses cheveux noirs claquèrent comme une bannière tandis qu’elle se levait sur le cheval.

Juste à ce moment-là, de la toile d’araignée sortit en flèche de la zone de la tête de l’armure de Tsuchigumo.

Yukikaze recula prestement, faisant tomber Natsume vers l’arrière. Harutora resserra sa prise sur les rênes, s’accroupit et retint la taille de Natsume par derrière alors qu’elle tombait.

« Ah ! Ce, ce sont mes fesses ! »

« Ne t’en fais pas pour ça, tire ! »

« …… Uuu. »

Le visage rouge, Natsume se mit en position de tir et lâcha la corde de l’arc en visant Tsuchigumo qui approchait.

L’Arc de Pêcher fit un son agréable.

Schlaaak ― L’air trembla tandis que l’énergie magique de Natsume fonçait vers Tsuchigumo. La vague de l’énorme énergie magique devint une flèche invisible lancée dans Tsuchigumo.

Avec ses yeux maintenant capables de vision spirituelle, Harutora vit l’armure repousser facilement l’énergie magique, mais une fois le Tsuchigumo frappé par l’onde de choc venant de l’Arc de Pêcher, il montra effectivement de la prudence pendant un moment. Le corps d’acier ne bougea pas, mais il semblait qu’à l’intérieur, il souffrait d’effets de “lag” et ceci se répercutait dans ses mouvements.

« Ça a marché !? »

Yukikaze saisit l’occasion pour accélérer son galop, voulant faire le tour de Tsuchigumo par le côté et se diriger directement vers l’autel.

Malheureusement, Tsuchigumo tendit sa jambe arrière, bloquant leur avancée.

Yukikaze tourna à angle droit ― Tsuchigumo se décala sur le côté, les pourchassant tout sabrant continuellement avec ses pattes d’araignée. Après que Yukikaze se fut éloigné de Tsuchigumo, il fit à nouveau demi-tour, galopant une fois de plus vers l’autel.

Natsume relâcha la corde de l’Arc de Pêcher.

Cette fois, son dos était droit, dans une belle position d’archère. La corde lâchée contenait une énergie magique plus forte que la fois précédente. Tsuchigumo prit l’attaque de plein fouet et ses mouvements ralentirent comme s’il avait été court-circuité. Mais l’ennemi avait appris pour la deuxième attaque. Avant que les mouvements de Tsuchigumo ne deviennent lents, l’armure de samouraï vomit de la toile d’araignée.

Cette dernière vola vers eux de front, et ils n’avaient nulle part où fuir. Harutora jeta un charme juste à temps, repoussant la toile d’araignée avec la barrière d’un charme protecteur.

Harutora rassit Natsume en la tirant de la main avec laquelle il avait lancé le charme, et Natsume toucha durement la selle. Au même moment, Yukikaze déroba son corps, passant par dessous Tsuchigumo.

« … Est-ce qu’on a réussi !? »

Il se retourna, regardant vers l’arrière. Ils avaient dépassé Tsuchigumo qui bougea rapidement ses huit pattes, faisant demi-tour en vitesse. Un regard féroce les fixa à travers l’armure de samouraï qui n’avait pas réussi à chasser l’ennemi.

Alors même que Tsuchigumo se préparait à les poursuivre, un lumière dorée descendit en piqué du ciel.

C’était Hokuto. Elle mâchait Asura entre ses dents acérées, donc il semblait que Hokuto avait gagné le combat aérien.

Hokuto mit Asura en pièces à coups de dents, changeant de cible pour s’attaquer à Tsuchigumo. Elle ne semblait pas le moins du monde inquiète à l’idée d’affronter le Soldat Démoniaque Blindé et même le shikigami militaire dut s’arrêter face à l’aura violente que dégageait le dragon.

« Incroyable ! Ce truc est assez fort ! »

« Bien sûr ! Même si cette petite est obstinée, il y a une énorme différence de niveau entre elle et un shikigami ordinaire ! »

Le ton de Natsume était lui aussi rempli d’excitation. Après tout, les rôles étaient maintenant inversés et Tsuchigumo essayait à présent de franchir Hokuto, cette dernière le bloquant, ne le laissant pas approcher l’autel. Ne serait-ce qu’avec la situation devant eux, les deux côtés étaient clairement équilibrés, maintenant.

… Saisis l’occasion !

Harutora se prépara à charger à pied vers l’autel sur la place en pierre.

Il y avait des feux aux quatre coins de l’autel, crachant des étincelles dans la nuit noire de jais. Des torii étaient positionnés de tous les côtés, leurs couleurs variant du noir pour le nord, bleu pour l’est, rouge pour le sud, au blanc pour l’ouest.

Suzuka, agenouillée devant le corps de son frère, était au centre de l’autel.

Il y avait une opportunité. Harutora se pencha inconsciemment en avant.

Mais.

« … Vous êtes trop naïfs. »

Murmura Suzuka d’une voix froide, la tête toujours baissée sur le corps de son frère.

Immédiatement après, les charmes couvrant le cadavre se décollèrent tous ensemble, s’éparpillant dans toutes les directions.

La scène donnait l’impression que le corps avait explosé. À première vue, les charmes dansaient dans les airs comme des confettis, mais ils attaquèrent en fait Harutora comme un banc de poissons.

Natsume attaqua frénétiquement avec l’Arc de Pêcher, et la vague d’énergie magique entra en collision avec la rafale de charmes. Ceux de devant furent frappés par la vague et tombèrent au sol en conséquence.

Mais seuls les charmes qui subirent le plus gros de la vague tombèrent à terre. Harutora, Natsume et Yukikaze avaient depuis longtemps été engloutis dans l’essaim de charmes avant que ceux frappés par l’Arc de Pêcher ne fussent complètement tombés.

« Pouah ! »

Harutora et Natsume furent éjectés du dos de Yukikaze, passant l’un après l’autre par-dessus sa croupe, comme frappés par une lance à incendie. Ils tombèrent du cheval, leurs corps couverts de charmes. Heureusement, ces derniers absorbèrent la force de l’impact, mais ils ne pouvaient pas bouger à cause d’eux. Yukikaze fit prestement demi-tour, mais sa maîtresse était devenue un otage, donc il ne pouvait rien faire. Comme il avait aussi été recouvert de charmes, il fut secoué et garda ses distances de l’autel.

« Bon sang ! Natsume !? »

« Je, je ne peux pas, je n’arrive pas à les enlever ! »

Tous deux étaient pressés contre le sol et essayèrent de se décoller de l’herbe mouillée, mais malheureusement la masse des charmes ne leur permit pas de bouger.

Les charmes avaient à l’origine été collés au corps du frère de Suzuka, mais ils étaient maintenant sur Harutora et Natsume afin de les empêcher d’agir pour gêner la cérémonie de résurrection. Harutora fut le premier à remarquer que les incantations sur ces charmes semblaient être écrites avec du sang.

… Impossible !

À première vue, il y avait au moins un millier de charmes devant lui, et tous étaient écrits avec le sang de Suzuka. On pouvait dire de ces charmes qu’ils étaient la manifestation de son obsession.

Ce qui avait été enveloppé avec les charmes se montrait maintenant, allongé devant Suzuka.

C’était un enfant qui lui était semblable ― non, il était probablement mort à un âge plus tendre que celui de Suzuka. La peau du corps était d’une couleur de cendre, mais son expression était sereine, comme s’il dormait profondément.

Suzuka se releva lentenement, disant :

« Onmyouji, Dairenji Suzuka. Je demande à m’offrir au Taizan Fukun, le seigneur des enfers… »

Partie 2[edit]

En des temps anciens, l’Onmyouji Abe no Seimei avait exécuté le Rituel Taizan Fukun pour sauver la vie de Chikou, moine du Mii-dera[3], offrant la vie de son disciple Shoukuu afin de prolonger sa vie.


Sa seule lumière, sa seule chaleur dans le monde sombre et froid était le sourire de son frère.

Son frère lui montrait toujours son sourire, peu importe la douleur, les cicatrices ou la fatigue.

Les enfants n’avaient jamais eu de jouets ni de livres d’images et comme ils coupaient toujours du papier en morceaux plus petits, ils jouaient avec des origami ensemble.

Regarde, Suzuka, c’est un nouvel ami.

Les doigts agiles de son frère pliaient beaucoup de choses et son sourire chaleureux les dotait de vie. Ce n’était seulement le papier mais aussi la vie de Suzuka qui semblait dépendre du sourire de son frère.

C’était la seule magie à qui Suzuka accordait de la valeur malgré son profond dégoût pour cette discipline.

Donc–

Suzuka lut l’incantation qui était écrite sur un rouleau, dégageant une formidable énergie magique.

Cette dernière emplit l’autel sur la place en pierre, se déversant du somment de la Colline Impériale.

L’aura environnante sembla faire écho à l’incantation, changeant intensément et formant un espace que l’on pourrait prendre à tort pour un autre monde.

Taizan Fukun était une déité de l’Onmyoudou – le seigneur de la mort, considéré comme le dieu qui gérait la vie et la mort humaines.

Maintenant, Harutora pouvait en effet sentir “cette chose”. Il ne pouvait ni la voir, ni l’entendre, mais avec la capacité de vision spirituelle qu’il avait obtenue, il sentit vraiment “l’existence” de cette chose.

Il y avait une puissante force descendant sur l’autel.

C’était une existence dépassant la compréhension humaine.

« N, Natsume ! C’est…… !? »

« …… Je ne sais pas ! Mais ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas un dieu… »

Harutora l’interrogea avec précaution et Natsume secoua la tête avec impuissance. L’autel était rempli d’une aura qui était descendue du ciel, et tous deux fixèrent intensément le centre de la place en pierre.

Le rouleau que Suzuka avait lu fut soufflé comme du coton dans la brise, s’éloignant des mains de la fille en flottant avec légèreté.

Le parchemin, s’agitant, produisit un bruit doux de plissement en s’ouvrant. Quand elle lut les derniers mots, une flamme bleue jaillit soudain, incinérant instantanément le rouleau comme si la chaleur de l’aura s’écoulant dans l’autel l’avait fait s’enflammer.

Puis–

« …… Aah, onii-chan…… »

Suzuka ne put contenir son excitation, laissant échapper une voix joyeuse.

Le corps reposant sur la place de pierre bougea lentement.

Harutora retint son souffle et les yeux de Natsume s’écarquillèrent. Le frère de Suzuka ouvrit les paupières qui n’avait plus bougé depuis de nombreuses années tandis que la progéniture des Tsuchimikado observait.

« Onii-chan ! »

En entendant l’appel de sa sœur, le jeune tourna lentement le regard.

« …… Suzuka. »

Il s’assit avec hésitation et Suzuka se précipita sur lui, le serrant de toutes ses forces.

« Onii-chan, onii-chan, onii-chan, onii-chan…… »

Suzuka hurla comme une petite fille. En comparaison, le corps de Harutora ne pouvait s’arrêter de trembler et le visage de Natsume était livide. Il pouvait même l’entendre réprimer sa voix tandis que ses lèvres exsangues murmuraient : « Comment…… »

Le frère autrefois mort et sa sœur avaient été réunis.

Ça aurait dû être une réunion touchante.

Mais Harutora sentit qu’une sorte de terreur inexplicable se répandait dans son corps.

Il n’était pas effrayé mais se sentait dégoûté.

Ce sentiment venait probablement du fait que ce fût tabou, un sentiment venant de quelque chose de blasphématoire auquel les humains n’étaient pas censés toucher. La scène devant lui faisait sonner une alarme à travers tout son corps.

Mais Harutora la fixa quand même.

… C’est……

La magie de l’âme oubliée.

La magie ― du prodige, Tsuchimikado Yakou.

Mais……

« … ? »

Pour une raison quelconque, Harutora eut tout à coup un sentiment étrange. Immédiatement après, il vit le frère empoigner soudainement le bras fin de sa sœur pour se dégager de son étreinte.

Un air surpris et désorienté émergea sur le visage larmoyant de Suzuka.

« O, Onii-chan ? »

Le jeune tourna la tête vers sa sœur.

« Suzuka…… »

« Qu, Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Ce n’est pas assez…… »

Le jeune ouvrit ses yeux secs sans ciller et fixa intensément Suzuka. Puis il tendit la main maladroitement mais étonnamment rapidement pour saisir l’épaule de sa sœur.

« Onii-chan ? »

Suzuka recula par réflexe, mais les doigts du jeune plongèrent profondément dans son épaule, ne lui permettant pas de faire un pas en arrière.

Le jeune regarda avec insistance Suzuka, paniquée, ses doigts se déplaçant de son épaule à son cou, étranglant avec force la nuque fine ornée d’un collier.

« Pas assez…… Ce n’est pas assez, Suzuka…… »

Des veines saillirent de ses mains, ses doigts plongeant profondément dans la peau du cou de Suzuka.

Le visage de cette dernière pâlit instantanément.

« Att, Attends, onii-chan ! Je vais te donner…… Je vais t’offrir ma vie, alors attends, s’il te plaît…… ! »

Suzuka lutta avec impuissance. Elle plaça la main sur le bras de son frère, mais elle ne put se libérer.

Elle avait anticipé la résurrection de son frère dans son cœur, mais son corps refusait d’accueillir la mort. Son visage vira au rouge foncé en un clin d’œil, son dos n’arrêtait pas de trembler.

« Attends encore un peu…… S’il te plaît…… »

Haleta-t-elle douloureusement, une larme roulant du coin de son œil. Ce n’était pas une larme de joie mais de choc, de douleur, de tristesse mêlés.

C’était une larme versée par la gamine que Harutora haïssait.

C’était une larme versée par l’ennemie qui avait tué Hokuto.

« …Ugh ! »

Harutora serra étroitement les dents.

Dans son cœur, il se disait qu’elle n’avait que ce qu’elle méritait. Si cette personne n’était pas venue ici, Hokuto ne serait pas morte et ils auraient pu continuer leur joyeuse visite des festivals comme d’habitude, passer les vacances d’été comme d’habitude et vivre chaque jour comme d’habitude.

Suzuka avait tout détruit.

Cette Suzuka qui avait tout détruit avait le cœur brisé et en pleurait.

Bien fait pour toi ! Au début, Harutora avait eu l’intention de continuer à regarder–

« …… Bon sang ! Cette sale gosse ! »

Rugit-il, se tendant pour tordre son corps entravé. Il secoua la tête, tourna les épaules, mit les genoux contre le sol et se souleva avec frénésie.

Alors qu’il faisait cela, les charmes qui venaient d’être collés étroitement à son corps commencèrent à tomber l’un après l’autre. Apparemment, quand un praticien était mourant, son énergie magique s’affaiblissait en conséquence.

« Uoooooooooo ! »

Un rugissement bestial jaillit de la gorge de Harutora.

Il rassembla jusqu’à la dernière once de force de son corps.

Ses vêtements et les charmes se déchirèrent et même sa peau s’arracha avec. Malgré tout, Harutora se soulevait quand même de ses bras, déchirant les charmes de force.

Juste à ce moment-là.

« Retiens ta respiration ! »

Cria Natsume. Harutora fit rapidement ce qu’elle lui demandait.

« Incinère les symboles hérétiques, Order ! »

Il semblait que Natsume fût aussi en train d’essayer de se débarrasser de ses chaînes de quelque manière que ce fût. Elle tendit sa main droite qui avait recouvré la liberté, lançant un charme d’élément feu vers Harutora. Une flamme violente jaillit et un brasier tourbillonna autour des charmes, engloutissant le corps de Harutora.

La chaleur cuisante caressa sa peau, ébouriffant ses cheveux. Elle ne brûla pas son corps, il eut à la place l’impression d’être sous la brise d’été, ce qui apaisa son cœur. La magie de la maîtresse ne blessa pas le shikigami, brûlant exclusivement les charmes de Suzuka.

« … Parfait ! »

Harutora bondit hors des flammes, se précipitant droit devant.

La pression de l’aura se répandant depuis l’autel monta de plus en plus haut, et au-dessus d’elle se trouvait le frère inexpressif étranglant le cou de sa sœur ainsi que cette dernière pleurant pour accepter tout cela.

La main que Suzuka avait posée sur le bras du jeune glissa, dépourvue de forces.

« Sale gamin ! »

Harutora rugit, courant vers le jeune.

Ce dernier ne le regarda même pas, étranglant juste avec force le cou de la fille comme s’il essayait d’essorer sa vie jusqu’à la dernière goutte.

Harutora allait le frapper et les séparer tous les deux.

Mais avant cela, son corps sentit une forte chaleur, comme celle d’un charme d’élément feu.

La chaleur venait de sous son œil gauche, du pentagramme que Natsume avait dessiné.

La silhouette du jeune était reflétée dans son œil gauche, ainsi que l’aura venant de son corps. Une aura était absorbée par le ciel. Il y avait une connexion avec les cieux au-dessus de la tête du garçon, produisant un pouls d’aura anormale.

Le jeune ne pouvait se mouvoir en toute liberté qu’à cause de cette veine d’aura.

Il devait couper la veine.

Mais comment pouvait-il faire cela ?

… Ce genre de choses……

Le corps de Harutora se tordit vers l’arrière et il arracha la boîte de bambou de son dos, tenant la bretelle entre ses mains.

« Comment je pourrais le savoooiiiiir ! »

Il leva haut les mains, abattant la boîte de bambou sur la tête du jeune ― la fracassant dans la veine d’aura reliée au ciel.

La boîte de bambou contenait des objets ancestraux des Tsuchimikado.

Le Rituel Taizan Fukun était une cérémonie tenue par la famille Tsuchimikado pendant des générations.

Dans ce cas…… Peu importe ce qui était bien, peu importe ce qui se passait d’inattendu, d’erroné ou d’accidentel, c’était suffisant s’il coupait cette veine d’aura et faisait obstacle à la cérémonie.

Il pensait qu’il manquait étrangement de chance.

Mais puisque les Tsuchimikado étaient des Onmyouji notables–

Autant voir cela comme une célébration pour la naissance d’un nouveau shikigami des Tsuchimikado ce soir.

« Allez ! »

C’était la première fois que Harutora priait de tout son cœur et la première fois qu’il faisait un vœu sur son sang.

À ce moment, de la lumière couvrit l’autel.

L’immense force qu’il avait sentie auparavant l’approchait rapidement.

C’était une ancienne entité suprême que les Onmyouji nommaient jadis Taizan Fukun ― ou peut-être était-ce la force d’un “phénomène” que les humains pouvaient observer.

Une aura géante et aveuglante, un dieu éblouissant, ondula.

Les âmes flétrirent.

La lumière projetée par le ciel couvrit le monde–

Une lune magnifique s’était levée dans le ciel.

Un homme était assis au bord d’une résidence, contemplant la voûte céleste.

Sa main tenait une coupe de sake et la douce odeur d’alcool se dissolvait dans la nuit.

« Yakou-sama. »

Dans la demeure, entourée des faibles ombres que le clair de lune ne pouvait atteindre, une voix appela doucement.

« N’avez-vous toujours pas changé d’avis ? »

Demanda la voix. L’homme qui avait été nommé Yakou arbora un sourire en coin, posant près de lui sa coupe de sake.

Il répondit : « Non. » tout en souriant.

Ensuite, il poursuivit avec un : « Désolé. », le sourire disparaissant de son visage.

Le bruit des insectes pénétra dans la demeure, soulageant légèrement le silence installé entre eux deux.

L’autre personne observa silencieusement depuis l’ombre son maître absorbé par la lune.

Puis elle adopta elle aussi une position assise, baissant lentement la tête.

« J’attendrai jusqu’à ce que les pierres deviennent poussière, car je suis ― votre shikigami. »

Les insectes ne s’arrêtèrent pas, comme si c’était là le dernier orchestre brillant de leur vie.

Le son de la fin prochaine de l’été.

… Hein ?

On dirait que j’ai vu quelque chose.

Non, on dirait que j’ai vu quelqu’un.

C’était un passé extrêmement distant gravé dans le cœur de Harutora.

Il n’avait jamais vu cette scène, mais il s’en rappelait bel et bien.

Son cœur bondit intensément et les cellules de son cerveau firent des étincelles, de l’électricité se propageant dans tout son corps.

L’existence de cette chose dépassait le concept de temps que connaissait Harutora. À “cet instant”, le Harutora de seize ans se troubla momentanément, volant instantanément, et ensuite–

« Ban, Un, Taraku, Kiriku, Aku ! Connecte les cinq éléments, Order ! »

Natsume cria avec force.

Juste au moment où la conscience de Harutora déclinait, cinq charmes descendirent au-dessus de sa tête. De la lumière les connecta, dessinant un pentagramme brillant dans les airs et formant un mur rigide qui bloqua la lumière se déversant, ramenant la conscience de Harutora à la réalité.

« …… Ah. »

Recouvrant ses esprits, Harutora se tenait au centre de l’autel, tenant la bretelle de la boîte de bambou entre les mains. Suzuka avait perdu connaissance, mais son frère était étendu à ses pieds, immobile.

Juste à ce moment-là, Natsume sauta sur lui depuis le côté.

Elle le renversa, le dos tourné vers le ciel et s’accroupit, enfouissant la tête de son ami d’enfance dans sa poitrine.

« N, Natsume ? »

« Ne regarde pas ! Ton âme serait emportée ! »

Cria désespérément Natsume.

Le mur formé par le pentagramme isolait l’autel de cet “autre monde”, mais il ne pouvait arrêter les fortes ondulations. Harutora n’avait aucun moyen d’imaginer ce qui se trouvait en ce moment même au-dessus de lui ou ce que cela faisait. Son âme donnait l’impression d’être choquée ― ce fut la douce présence de Natsume qui lui permit de se calmer un peu.

Cet instant sembla durer une éternité.

Au cours de cet interminable moment, tous deux se reposèrent l’un sur l’autre, chacun tenant le corps de l’autre pour le soutenir.

C’était la seule chose que la jeune Onmyouji et le nouveau shikigami pouvaient faire devant un dieu.

Quand Harutora le remarqua, la pression de l’aura avait déjà complètement disparu.

Il ouvrit ses paupières closes, clignant des yeux depuis le sol où il était étendu après que Natsume l’eut renversé.

Cette dernière tenait toujours la tête de Harutora contre sa poitrine, et le shikigami observa les alentours depuis les espaces entre ses bras.

Le mur en pentagramme avait déjà disparu, et le sentiment de l’étrange monde n’était plus présent. Tout ce qu’il y avait devant lui, c’était une antique place en pierre installée au sommet d’une colline.

Harutora observa Natsume. Elle reposait sur le sol, embarrassée. Une fois qu’elle remarqua son regard, elle se rendit rapidement compte qu’elle étreignait toujours la tête de son ami d’enfance et la lâcha en vitesse.

Le parfum qui entourait Harutora s’éloigna en flottant, se dissipant dans l’air.

« …… C’est fini ? »

« Je…… Je crois, non ? »

Harutora et Natsume se posèrent l’un l’autre ces questions, tous deux clairement un peu impuissants.

À côté d’eux, Suzuka se redressa lentement, leur faisant un choc.

Mais.

« … Yukikaze !? »

Le cheval, qui avait été loin de l’autel, était revenu, l’Épée de Protection dans la bouche. On aurait dit qu’il était parti chercher l’épée en courant pour sauver son maître. Harutora recouvra enfin ses esprits à ce moment.

Yukikaze secoua la tête, laissant tomber l’Épée de Protection. Harutora se leva rapidement et la ramassa tout en regardant aux alentours.

Il pointa l’épée sur Suzuka qui était assise par terre, prêt à lui dire d’abandonner toute résistance, quand–

« …… Pourquoi ? »

Murmura Suzuka pour elle-même.

Sa voix était vide. Harutora décontracta son bras et le bout de l’épée tomba, sans force.

Suzuka n’était plus l’ennemie de Harutora. Il abaissa la lame, observant la fille en silence.

Il sentit tout à coup quelque chose près de sa tête et vit Hokuto apparaître en plein ciel dès qu’il leva les yeux.

Qu’est-il arrivé à la chose surprenante de tout à l’heure ? … Hokuto regardait Harutora avec ce genre de confusion et d’incompréhension. Quelle créature calme. Les lèvres de Harutora se courbèrent en un sourire.

Il se retourna, vit que Tsuchigumo ne bougeait plus du tout et il ne semblait pas qu’il ait fait des dommages à Hokuto non plus. Il devina que l’énergie magique de Suzuka avait peut-être été vidée jusqu’à l’épuisement, ou peut-être Tsuchigumo avait-il été complètement purifié par Taizan Fukun.

Suzuka sanglota silencieusement, tenant le corps immobile de son frère. Elle poussa un gémissement clair, la tête enfouie dans la poitrine de son frère.

Harutora regarda à nouveau Natsume, l’air amer. Après que leurs regards se furent croisé, il tourna silencieusement les talons comme s’il se rappelait quelque chose.

N’ayant nulle part où décharger ses émotions, Harutora leva les yeux vers le ciel.

La lune flottait haut dans le ciel nocturne dégagé.

Partie 3[edit]

Quand Harutora alluma son téléphone et contacta Touji, ce dernier répondit d’un ton anormalement calme. Cette voix tranquille et pourtant agitée était ce qui prouvait le mieux qu’il était en colère. Harutora s’excusa et expliqua la situation générale.

Quand Touji apprit que Hokuto était morte, il fut clairement un peu choqué. Remarquant que son ami était sidéré et incapable de parler, Harutora ne put s’empêcher de se sentir peiné lui aussi.

Après un silence relativement long–

“…… Vraiment ?”

Normalement, Touji ne demanderait jamais confirmation ainsi. Harutora répondit à l’affirmative d’une voix rauque.

« Dis, Touji. Tu ne le savais pas déjà, si ? C’est, euh…… »

“Le fait qu’elle ne soit pas humaine ?”

« ………… »

Harutora ferma la bouche.

“En fait, je n’étais pas sûr.” répondit honnêtement Touji. “Je n’ai jamais vérifié auprès d’elle, et plus important, c’était Hokuto, quoi qu’elle puisse avoir été.”

« Touji…… »

Harutora serra les dents en entendant la dernière phrase. Elle semblait avoir un peu soulagé le vide laissé par la mort de Hokuto.

“J’arriverai là-bas avec les Enquêteurs Mystiques dans un moment, les renforts sont sur le point d’arriver. Attends là encore un petit peu. »

« …… Compris. Touji… »

“Quoi ?”

« Merci. » À l’autre bout du fil, Touji souffla légèrement puis raccrocha. Il était encore calme et fort, comme d’habitude. Harutora expira comme s’il allait entièrement vider son corps, fermant le téléphone.

Après que Harutora lui eut appris que les Enquêteurs Mystiques avaient été contactés, Natsume acquiesça en silence.

Tous les deux descendirent de l’autel sur la place en pierre, se tenant sur l’herbe.

Suzuka était toujours près de l’autel. Elle s’était assise à côté du corps inconscient de son frère et avait tenu ses genoux pendant tout ce temps. Elle n’avait clairement aucune intention de résister, ignorant simplement tout ce qu’ils lui avaient dit.

Natsume avait préconisé d’utiliser la magie pour l’attacher, mais Harutora avait maintenu une opinion contraire, pensant qu’ils devraient d’abord la laisser un peu seule en silence. En fait, si Suzuka se montrait sérieuse ― même s’il semblait que son pouvoir spirituel eût été épuisé ― Natsume n’était pas sûre de pouvoir réussir à l’attacher. Au final, ils décidèrent de suivre l’avis de Harutora, restant à côté à regarder pour le moment.

« …… Bon, je compte sur toi à partir de maintenant. »

« Oui, je sais. Mais je ne pense vraiment pas pouvoir expliquer clairement. »

« C’est pareil si c’est moi qui explique. Les gens qui n’étaient pas là ne comprendront pas, peu importe à quel point l’explication est détaillée. »

Harutora était tout à fait d’accord avec Natsume. Pour être honnête, même eux, qui avaient vraiment fait l’expérience des événements, n’étaient pas très sûrs de ce qui s’était passé à ce moment-là.

Expliquée en utilisant “l’Onmyoudou Général”, la situation était que l’âme soupçonnée d’être celle du frère de Suzuka était en fait un esprit persistant et Taizan Fukun un genre particulier de désastre spirituel. Exactement comme quelque chose d’idolâtré par le passé comme la foudre ou le Mont Fuji, mais qui n’était maintenant qu’un simple phénomène électrique ou un parc national. Même si c’était la même chose, les impressions des gens étaient différentes. La différence entre le passé et le présent pouvait être la “prière” dont Natsume avait si sincèrement parlé.

Mais seul Harutora accueillerait l’inspection des Enquêteurs Mystiques. Natsume quitterait la Colline Impérial avant leur arrivée.

Quand il lui demanda pourquoi, elle répondit juste brièvement : “…… C’est une tradition familiale.” Sans donner plus d’explications, elle baissa la tête comme pour cacher l’embarras apparu sur son visage.

Honnêtement, Harutora était un peu mécontent en son for intérieur, mais en ce moment, il était le shikigami de Natsume et il devait obéir aux ordres de sa maîtresse. Plus important, il ne pouvait rien dire de plus puisque c’était ce que dictait la tradition.

D’après ce que Harutora savait, il n’y avait qu’une seule tradition dans la famille secondaire, mais la famille principale des Tsuchimikado semblait avoir un bon nombre de traditions et de coutumes complexes qui devaient être respectées. En y repensant, quand ils s’étaient retrouvés sur le pont, plus tôt, Natsume avait également dit qu’elle était embêtée par une tradition.

« Enfin bref. Ça ira si je me convaincs juste que c’est quelque chose que je ne connais pas. »

« …… Désolée. »

Natsume baissa la tête, elle avait l’air sincèrement contrit. Harutora dit ironiquement : “ne t’inquiète pas”, regardant tranquillement le ciel nocturne.

Ce dernier était dégagé et ne présentait pas de nuages.

Une humidité moite s’attarda dans l’air, trempant la peau sans être chaude pour autant.

« …… Tout est terminé. »

« Ouais. »

En entendant les pensées s’échappant de la bouche de Harutora, Natsume exprima également son assentiment à côté de lui.

Cette affaire avait laissé une triste fin, mais elle était enfin terminée.

Harutora sortit des poches de son pantalon le charme de shikigami qui avait formé Hokuto. Il se sentait toujours déprimé, mais sa tristesse avait légèrement diminué.

« …… Je pourrais voir ça un moment ? »

Demanda Natsume et Harutora ne put s’empêcher d’être surpris.

« Tu peux le réparer ? »

Il lui donna le charme, s’enquérant avec un éclat d’espoir. Mais Natsume secoua la tête, impassible.

« Je suis désolée, ce charme de shikigami ne contient plus d’aura, et avec de tels dégâts, il ne peut pas être réparé. »

Comme il s’y attendait ― les épaules de Harutora s’affaissèrent de solitude.

Cela avait été un vieux charme depuis le début, il montrait des traces de réparation. Maintenant, non seulement le charme avait-il été endommagé, il avait aussi été taché par l’eau de pluie et la boue, délabré. Même un profane pouvait dire que ce charme de shikigami ne pouvait plus être réparé.

Mais Natsume le tenait avec énormément de précautions, peut-être par respect pour la bonne amie de Harutora, mais ce dernier eut l’impression que pour une raison ou pour une autre, même son regard était affectueux, comme si elle regardait un enfant.

« Cette personne…… Hokuto, est-ce qu’elle est morte ? Ou est-ce que les shikigami n’ont pas ce qu’on appelle “une vie” ? » Harutora ne put s’empêcher de le lui demander en voyant le regard de Natsume.

En fait, il était très effrayé de découvrir la réponse à cette question. Il ne voulait vraiment pas que quoi que ce soit vienne nier ou interférer avec leur relation, à lui et Hokuto.

Mais la réponse de Natsume excéda grandement ses attentes.

« Harutora, la personne appelée Hokuto devrait encore être en vie. »

« …… Quoi ? »

Il ne comprit pas pendant un moment. Natsume vit son air sidéré et changea de formulation.

« Plus précisément, le praticien qui a utilisé l’identité de ce shikigami, Hokuto, pour communiquer avec toi vit encore quelque part en ce moment-même. À en juger par la magie de cette personne, ce shikigami est contrôlé directement par le praticien, donc en d’autres termes, cette forme est un shikigami, mais uniquement un “récipient”. Quelqu’un quelque part dans le monde contrôlait les actions de ce récipient et sa véritable personnalité est ailleurs. »

« ………… »

Harutora ouvrit largement la bouche, incapable de parler pendant un long moment.

Hokuto était un shikigami contrôlé directement par un praticien, ou en d’autres termes, le corps de Hokuto était un shikigami mais son cœur appartenait au praticien. Tout cela n’avait été que le praticien agissant et parlant à travers ce corps.

… Cette personne…… Cette personne vivait encore quelque part ?

Mais dans ce cas, une nouvelle question apparaissait.

« Pourquoi ? Pourquoi est-ce que Hokuto ― ce praticien a fait quelque chose comme ça ? »

« Je, Je ne sais rien de tout ça, mais cette personne devait avoir ses raisons, tu ne crois pas ? »

Harutora ne put sonder la réponse de Natsume.

« Ses raisons ? Je ne comprends pas pourquoi elle voulait interagir avec moi. On n’a rien fait de spécial, on a juste joué normalement ensemble…… On n’a fait que parler de bêtises ennuyeuses…… »

« Est-ce que je n’ai pas dit que je ne savais pas ? Mais je pense que Harutora-kun le sait certainement mieux que moi. »

« Moi ? Pourquoi ? Je ne savais même pas que c’était un shikigami…… »

« Mais n’étiez-vous pas de bons amis ? »

Les paroles de Natsume firent taire Harutora pendant un moment. Il pinça les lèvres, affichant un air troublé.

Je t’ai menti, je suis désolée de t’avoir toujours trompé.

Il pensa au visage de Hokuto avant qu’elle ne soit sur son lit de mort. En y repensant attentivement, des choses étranges s’étaient produites l’une après l’autre depuis qu’ils s’étaient rencontrés, mais malgré tout, Hokuto était restée bonne amie avec lui.

Harutora avait honte de lui pour n’avoir jamais imaginé qu’il y ait eu quelque secret caché derrière Hokuto. Mais peu importe quels secrets se dissimulaient en elle, Hokuto était Hokuto et cela ne changerait pas. Hokuto était sa bonne amie ― ce n’était assurément pas faux.

Elle vivait toujours. Il n’y avait rien de plus joyeux que cela.

« Un jour…… »

« Hein ? »

« Un jour, est-ce qu’elle se montrera devant moi ? »

Harutora se gratta le nez tout en souriant.

Pendant un bref moment, Natsume afficha un air complexe et difficile à décrire.

Mais.

« … Oui, c’est certain. »

Après avoir dit cela, elle rendit avec légèreté le charme à Harutora.

Après que Touji l’eut notifié par sms que les renforts étaient arrivés, Natsume laissa Harutora, quittant l’autel sur Yukikaze.

« …… Tu es vraiment un idiot. »

Suzuka ouvrit tout à coup la bouche après que le cheval blanc eut disparu, galopant dans la nuit. Le cœur de Harutora bondit de surprise.

« Ah, tu…… Tu es réveillée ? »

« …… Je ne dormais pas. »

Suzuka étreignait toujours ses genoux, regardant Harutora. La moitié de son petit visage était derrière ses genoux et il ne voyait pas bien son expression.

« …… Tu n’as pas un peu trop imprudent ? Tu sais, je pourrais facilement te tuer. »

Sa voix était terriblement terne. Harutora fronça les sourcils sans fuir, mais en se tournant plutôt pour faire face à Suzuka.

« Tu veux me tuer et t’enfuir ? »

« ………… »

« Tu ne ferais pas ça, si ? »

« …… Sur quoi tu bases cette affirmation ? »

« Je ne sens pas d’envie de meurtre. »

« ………… »

« Ok, j’ai menti. Je ne peux pas sentir les trucs comme les envies de meurtre, c’est juste une impression. »

Répondit honnêtement Harutora. Il ne pensait pas que Suzuka finirait par s’abaisser au meurtre, et même s’il n’avait pas de preuve, c’était une espèce d’intuition.

À cause de la réponse de Harutora, Suzuka enfouit plus profondément son visage dans ses genoux.

« …… Pourquoi tu m’as sauvée ? »

« Sauvée ― quand tu te faisais étrangler ? »

« ………… »

« J’empêchais juste la cérémonie de se poursuivre, je ne l’ai pas fait dans le but de te sauver. Après tout, je suis aussi un membre de la famille Tsuchimikado, maintenant. »

« …… Même si je l’ai tuée, elle ? »

“Elle”, donc Hokuto. Le corps de Harutora trembla légèrement après la question claire de Suzuka, mais il détendit tout de même doucement et délibérément son corps un peu tendu.

« …… Je me suis dit que j’allais me contenter de regarder, à un moment. »

Il inspira profondément et expira, parlant lentement quand sa voix ne trembla plus.

« Mais en y réfléchissant bien, j’avais tort. Ce n’est pas toi qui as tué Hokuto, elle m’a sauvé. »

S’il n’avait pas entendu l’explication de Natsume, peut-être n’aurait-il pas été capable de répondre comme cela. C’était ce que Harutora ressentait en ce moment, et peut-être que quelqu’un rirait en constatant ses pensées égoïstes ― mais qu’y avait-il de mal à être égoïste s’il pouvait arrêter de se détester à cause de cela et tout résoudre calmement ? Hokuto comprendrait, il en était sûr.

« C’était vraiment une super amie, pas vrai ? »

« …… Bande d’abrutis. »

Murmura Suzuka.

Ensuite, elle ne regarda plus Harutora, laissant tomber sa tête et l’enfouissant profondément derrière ses genoux.

Des sanglots courts et faibles se firent entendre et Harutora écouta en silence.

Mais il n’avait qu’une chose à dire.

« …… Écoute, n’oublie pas de donner à ton frère des funérailles convenables. »

Le son des sanglots devint plus fort, elle ne les cachait plus, et de faibles gémissements atteignirent ses oreilles.

Elle répondit doucement au milieu de ses pleurs :

« …… Oui. »

Harutora l’entendit bel et bien.

Les larmes de Suzuka ne se tarirent pas.

Touji et les autres arrivèrent une demi-heure plus tard.

Partie 4[edit]

Le classement de l’affaire fut annoncé le jour suivant l’arrestation de Suzuka par l’Agence d’Onmyou.

Mais même avec cette diffusion, le nom de Suzuka ne fut pas rendu public.

Les parents de Harutora rentrèrent de Tokyo le matin suivant.

À ce moment, Harutora était encore interrogé par les Enquêteurs Mystiques. Au final, il fut retenu pendant la nuit entière.

Cette affaire atteignit les oreilles de ses parents. Quand ils vinrent chercher Harutora, ils le réprimandèrent férocement, rapidement et aveuglément. Cependant, quand ils virent le pentagramme sur la joue de leur fils, leurs visages changèrent et ils en perdirent la voix de surprise, ne pouvant que rester bouche bée en silence.

Au final, à quel point ses parents avaient-ils attentivement veillé sur lui pendant qu’il grandissait, ces dernières années ?

Harutora n’apprit la réponse à cette question que beaucoup, beaucoup plus tard.

Harutora et Touji se retrouvèrent l’après-midi suivant.

Il expliqua tout en détail et mit tout à plat, tout ce qui concernait la mort de Hokuto, le fait qu’il fût devenu le shikigami de Natsume et la bataille ainsi que les événements sur l’autel de la Colline Impériale.

Bien sûr, il parla aussi de la remarque qu’avait faite Natsume à propos de Hokuto.

La Hokuto qu’ils connaissaient tous les deux avait disparu, mais “cette personne” vivait toujours.

Touji posa quelques questions entre deux sujets, saisissant la cause et l’effet de ce que lui disait Harutora. Son attitude montrait qu’il était encore plus attentif que d’habitude.

« …… Je vois, donc j’avais tort, finalement. » Après avoir écouté tout ce que Harutora avait à dire, il murmura calmement quelques mots.

« Tort ? À propos de quoi ? »

Les paroles soudaines de Touji conduisirent Harutora à s’enquérir de leur signification.

« J’ai beaucoup réfléchi après que les choses se sont produites, moi aussi. » déclara Touji en guise d’introduction tout en haussant les épaules. « …… Yakou s’est réincarné, non, supposons qu’il se soit réincarné. »

« Oui. »

« Alors où sont passés ses shikigami ? »

« Les shikigami de Yakou ? Ah, est-ce que tu parles de la personne de la famille secondaire ? »

Dans ce cas, Touji avait aussi mentionné cela avant le festival.

Mais.

« …… Oui, je suppose. Yakou devrait avoir eu de nombreux shikigami à l’époque, le membre de la famille secondaire inclus. Je me disais juste, on ne sait pas ce qui est arrivé à ces shikigami après la réincarnation de Yakou. »

« Oh…… Et ? »

« Quand j’ai entendu dire que Hokuto était un shikigami, j’ai cru qu’elle était l’un d’eux. »

La mâchoire de Harutora se décrocha quand Touji dit tout cela.

« Att, Attends une seconde ! Tu n’as pas pu croire que Hokuto était le shikigami de Yakou, si ? »

Les yeux de Harutora s’écarquillèrent pour former une expression sidérée. Touji haussa juste les épaules, l’air assez calme.

« C’était juste une spéculation…… À en juger par ce qu’a dit cette successeur de la famille principale, on dirait que j’ai mal deviné. Un shikigami manipulé directement est comme un jouet téléguidé, pas vrai ? Comme c’est un jouet qui a besoin de son contrôleur, c’est impossible que Hokuto ait été le shikigami de Yakou. »

« Bi, Bien sûr. Comment aurait-elle pu avoir un rôle aussi important ? »

« Dans ce cas, le problème concernant ce qui est arrivé au shikigami de Yakou n’a toujours pas été résolu. »

« Je n’en sais absolument rien, moi ! …… Après tout, leur maître est mort, donc ils devraient être mort, eux aussi ― ou peut-être qu’ils ont été libérés de tous leurs engagements et qu’ils sont allés on ne sait où pour vivre leur propre vie, libres et sans entraves ? »

Il était toujours à dire ce genre de choses déroutantes et incompréhensibles. Harutora expira profondément, grommelant quelques mots. Touji l’entendit et un sourire insondable émergea sur son visage.

« …… Peut-être qu’ils cherchent toujours leur maître. »

« …… Et ? Maintenant, ils vont se tourner vers Natsume ? Les malheureux. »

Répondit-il avec indifférence, incapable de s’empêcher de sourire avec Touji. C’était la première fois qu’il avait arboré un sourire après avoir raconté à Touji ce qui s’était passé.

Touji s’appuya sur le dossier de sa chaise, haussant légèrement les épaules.

« La fille mystérieuse a été un mystère jusqu’au bout. »

Son ton était aussi dur que d’habitude, mais il avait l’air de contenir quelques différences comparé à avant.

Le bruit des cigales s’éleva quelque part.

Les journées d’été étaient toujours torrides, mais peut-être ces dernières s’étaient-elles terminées là pour eux trois, Harutora, Touji et Hokuto.

Tous les deux restèrent silencieux pendant un long moment, regardant le soleil d’été se coucher.

Le temps passa lentement.

Quand les courtes vacances d’été se termineraient, Natsume rentrerait à Tokyo.

Le jour suivant, Harutora dit à ses parents qu’il voulait quitter son lycée actuel et partir étudier à l’Acédémie d’Onmyou.

Partie 5[edit]

« …… Elle est trop lente, combien de temps Natsume a-t-elle l’intention de me faire attendre…… »

Harutora faisait face au groupe de voyageurs affairés qui était venu à Tokyo, la main soutenant un sac de sport, un grand sac à dos sur les épaules, alors qu’il attendait amèrement au bord de la route.

L’Académie d’Onmyou était au centre de trois grandes rues de Shibuya, et Harutora attendait Natsume à l’entrée de la gare de Shibuya.

Après que les choses furent terminées, Harutora et Natsume s’étaient envoyés plusieurs sms et avaient aussi parlé directement au téléphone. De toute façon, Harutora était maintenant le shikigami de Natsume et le pentagramme qu’elle avait tracé sur son visage était toujours sur sa joue gauche, comme un tatouage.

« Harutora, écoute, tu dois venir à Tokyo aussi vite que possible puisqu’un shikigami doit être aux côtés de son maître à tout moment. »

Natsume lui avait ordonné cela, une fois, au téléphone. Son ton était autoritaire, peut-être pour couvrir sa timidité ― Harutora se dit que ce serait bien que cela soit vrai. Il avait légèrement l’impression de ne pas être traité comme un shikigami mais plutôt comme un employé ou un servant.

Mais.

« …… J’ai fini par venir. »

Quand il avait parlé en tête-à-tête à ses parents de son souhait d’entrer à l’Académie d’Onmyou, ils ne s’étaient pas opposés à lui. Après cela, il avait été occupé à préparer son départ. Il devait demander à quitter l’école pendant les vacances d’été et devait également passer l’examen des admissions en transfert pour l’Académie d’Onmyou. Il n’y avait eu aucun étudiant transféré récemment et Harutora ne savait pas si c’était le nom des Tsuchimikado ― en tout cas, il n’avait plus aucune raison de se poser la question ― qui avait œuvré en coulisse ou si c’était peut-être parce que l’événement impliquant Dairenji Suzuka lui avait donné du crédit.

Mais en tout cas, Harutora se fichait de l’histoire ayant mené à son admission.

Il était un shikigami et il devait juste faire ce qu’il pouvait pour aider Natsume.

Le 31 août.

Les vacances d’été, qui avaient semblé si éternelles et pourtant si courtes se terminèrent comme cela, tout simplement.

« …… Elle est beaucoup trop lente, qu’est-ce que Natsume fabrique…… »

Il avait envoyé un message en atteignant la gare de Shibuya disant à Natsume qu’il était déjà arrivé. Une heure entière était déjà passée depuis et des gens allaient et venaient, mais il n’avait pas vu Natsume. Harutora soupira, regardant le ciel.

Le soleil était déjà presque complètement couché. Le ciel estival changeait rapidement de couleur, se teignant en un pur bleu cobalt.

À l’instant où le soleil tomba sous l’horizon, dans le court moment magique durant lequel la lumière n’a pas totalement disparu, les couleurs du jour étaient particulièrement vives, et rien qu’en les regardant, tous les sentiments négatifs de Harutora s’évanouirent complètement. Pour une raison quelconque, un sourire émergea sur son visage–

« Bakatora ! »

Au début, il crut que c’était une hallucination.

Son regard fut naturellement attiré vers la source du son et il vit quelqu’un courir droit vers lui. Cette personne attirait particulièrement l’attention parmi la foule, pas seulement à cause de sa belle apparence, mais aussi parce que les vêtements qu’elle portait étaient uniques.

Elle portait l’uniforme de l’Académie d’Onmyou, habillée tout en noir.

Mais–

« Ça, Ça faisait longtemps, même si ça ne fait que deux semaines…… As-tu attendu longtemps ? Je n’étais moi non plus…… pas certain de ce que je devais faire, mais bon, ça va maintenant, j’ai déjà pris ma résolution. »

Une élève de l’Académie d’Onmyou se tenait devant un Harutora frappé de stupeur. Elle faisait de son mieux mais était incapable de cacher son embarras et sa tension, son visage complètement rouge.

C’était l’amie d’enfance de Harutora.

Mais elle portait un uniforme de garçon et sa façon de parler était également celle d’un garçon ― comme si c’était une enfant.[4

Ses longs cheveux noirs n’étaient pas lâches derrière son dos comme d’habitude, mais attachés en une queue de cheval qui tombait par-dessus son épaule jusque sur le devant de sa poitrine.

Un ruban rose nouait ses cheveux, comme un cas de déjà-vu.

Harutora était sidéré.

« …… Natsume, qu’est-ce que tu fais ? »

« Que, Qu’est-ce que tu veux dire par là ? Je suis venu te chercher ! »

« …… C’est quoi cette façon de parler ? »

« Qu’est-ce que tu racontes, bien sûr, c’est…… Hein ? … Attends, attends une minute, est-ce que tes parents ne t’ont rien dit !? »

Elle attachait ses cheveux et portait un uniforme de garçon ― une fille déguisée avec des vêtements du sexe opposé. Natsume agita tout à coup les mains dans tous les sens, montrant sa personnalité inhérente. Harutora secoua la tête, l’air ébahi, et elle se redressa pour venir mettre son visage près de l’oreille de son shikigami.

Son attitude changea et elle reprit la voix à laquelle Harutora était habitué pour dire :

« “L’Héritier des Tsuchimikado doit apparaître comme un homme dans le monde extérieur.” C’est une tradition de la famille principale ! Harutora, est-ce que tu n’en as vraiment absolument pas entendu parler ? »

« Non. »

« C’est quoi cette histoire !? J’ai demandé à tes parents de t’expliquer clairement les choses avant ! »

« …… Je, Je vois. Je pense…… qu’ils ont sans doute oublié. »

Il était fort probable qu’ils aient oublié et même si ce n’était pas le cas, il avait vraiment été occupé à mort ces derniers jours et n’avait eu aucun temps libre.

Harutora parla d’un ton embarrassé et le visage de Natsume rougit instantanément.

Il semblait, comme Harutora l’apprit après coup, que son plan original était que son shikigami coopère avec Natsume déguisée en garçon. Alors qu’elle lui expliquait, elle avait clairement été inquiète, raide de la tête aux pieds.

Harutora comprit enfin, après tout cela, pourquoi Natsume n’avait pas voulu qu’il prononce son nom. C’était parce que “Tsuchimikado Natsume” était un “garçon” pour les étrangers. C’était une tradition familiale pédante, mais Harutora, qui était finalement devenu un shikigami, n’avait pas le droit de la remettre en question.

Les deux amis d’enfance se regardèrent en silence.

Harutora était mal-à-l’aise et la bouche de Natsume tremblait légèrement comme si elle se sentait profondément honteuse, prête à se creuser un trou et à ramper dedans. Il apparaissait qu’elle n’était vraiment pas douée pour s’adapter aux changements.

« … En, Enfin bref ! C’est comme ça, donc tu ferais mieux de coopérer comme il faut, Harutora ! Compris ? N’oublie pas que tu es mon shikigami et que tu dois écouter mes ordres, c’est clair ? Si oui… » Natsume parla fort et avec nervosité, très éprouvée jusqu’au dernier moment par la panique.

Harutora répondit tranquillement “d’accord”. Natsume pinça les lèvres, le visage toujours rouge.

« Je comprends. Désolé de te déranger à nouveau, Natsume. »

« ………… »

Il répondit calmement et Natsume écouta en silence.

Après cela, elle demanda confirmation d’un ton prudent :

« Est-ce que tu comprends vraiment ? »

« Je ne viens pas juste de le dire ? »

« …… Est-ce que tu comprends tout ? »

« Je comprends tout. »

Natsume observa Harutora et ce dernier lui rendit son regard. Il y eut un accord tacite entre eux, une joie silencieuse apportée par leur “réunion”.

Les yeux noirs de Natsume reflétèrent la silhouette de son ami d’enfance.

« …… Je suis désolée. »

« Pardon ? »

« …… Je t’ai menti. Je suis désolée de t’avoir toujours trompé. »

Elle baissa la tête et s’excusa calmement. Le ruban noué dans ses cheveux noirs se balança doucement avec ses mouvements.

« Au début…… je ne faisais que m’entraîner, m’entraîner à une nouvelle magie et aux paroles ainsi qu’aux actions masculines. Une fois, j’ai pensé à te dire la vérité, mais Harutora-kun, tu m’as dit : “inutile de dire quoi que ce soit”, donc je n’ai rien dit de plus. J’avais peur d’être une nouvelle fois séparée de toi si je le disais…… »

Natsume se mordit légèrement la lèvre.

Harutora sourit.

« Tu dramatises trop, tu n’as pas à t’excuser pour ce genre de choses. »

« Harutora-kun…… »

Natsume leva la tête, un air soulagé émergeant sur son visage. Ses joues étaient teintes d’un rouge différent de celui de tout à l’heure tandis qu’elle fixait chaleureusement les yeux de Harutora.

« Ce n’est pas comme si tu m’avais menti exprès, pas vrai ? Maman et Papa ont juste oublié de m’en parlé, et je ne me séparerais pas de toi juste parce que tu es déguisée en garçon. » dit gaiement Harutora.

« ………… »

Natsume cligna des yeux, surprise.

« …… Quoi ? »

Harutora ne remarqua pas la réaction de Natsume, poursuivant :

« Mais quand est-ce que je t’ai dit : “inutile de dire quoi que ce soit” ? Est-ce que je t’ai déjà dit ça ? »

« ………… »

De la confusion passa momentanément dans l’expression sérieuse de Natsume et quand elle se rendit compte que tous les deux parlaient de toute évidence de choses différentes, son cœur s’emmêla davantage encore et elle s’énerva soudain.

« …… Harutora, se pourrait-il que tu n’aies pas remarqué ? »

Elle tripota délibérément ses cheveux attachés, touchant le ruban.

L’air absent, Harutora demanda : « Quoi donc ? »

« N’as-tu pas dit que tu avais tout compris ? »

« Est-ce que ce n’est pas juste une tradition familiale ? On ne peut rien y faire, puisque tu es tellement sérieuse, après tout. »

« ………… »

Harutora répondit en faisant montre d’une attitude tolérante, faisant des mimiques d’impuissance.

L’expression sur le visage de Natsume se calma lentement.

« …… Menteur. »

« Quoi ? Pourquoi ? »

« Espèce de gros menteur ! Pourquoi tu es toujours comme ça ! Tu ne comprends rien, arrête de plaisanter, Bakatora ! »

« Hein, attends, quoi ? Pourquoi tu es fâchée, tout à coup ? »

Natsume battit l’air de ses poings, écrasant Harutora d’un regard qui donnait l’impression qu’elle était sur le point de pleurer plutôt que de s’énerver. Les piétons qui passaient par là les regardèrent tous les deux avec des yeux étranges mais elle ne s’arrêta pas, cognant poing après poing Harutora qui portait ses bagages.

Juste à ce moment-là.

« …… Alors c’était ça. Je ne peux vraiment pas vous supporter, tous les deux. »

Un jeune avec un sac marin jeté sur son épaule apparut devant eux. Cette personne se tenait loin, regardant tout ce qui s’était passé et arborant un air de stupéfaction du plus profond de son cœur.

Les yeux de Natsume s’écarquillèrent de surprise en voyant le jeune.

Mais Harutora ouvrit la bouche pour dire :

« Eh, Touji. Tu as tout fini avec tes amis d’ici ? »

« Je n’ai rien fini, je disais juste bonjour et leur annonçais que j’étais de retour à Tokyo. Mais je n’ai pas imaginé une seule seconde que tu pourrais encore être devant la gare. »

Tout en disant cela, Touji observa Natsume d’un regard perçant.

Harutora expliqua en vitesse :

« Ah, voici le prodige de la famille principale dont je parle tout le temps, Tsuchimikado Natsume. Ne te trompe pas parce qu’elle est habillée comme ça, c’est vraiment une fille. Elle doit prétendre être un garçon à cause des traditions familiales, donc ne le dis pas aux autres, s’il te plaît. Ensuite, Natsume, voilà mon ami– »

« …… Pourquoi est-ce que Touji est ici ? »

Chuchota Natsume, sidérée. Harutora ne comprit pas.

« Est-ce que j’ai parlé de Touji ? Tu es plutôt attentive. C’est Ato Touji, il a toujours ce bandana sur la tête, c’est sa marque de fabrique ― Guwah ! »

Avant que Harutora eût fini de parler, Natsume le tira fort.

Elle empoigna la poitrine de Harutora à deux mains tremblantes.

« Je te demande pourquoi il est ici ? »

« Euh, bah, il entre aussi à l’Académie d’Onmyou avec moi…… Je ne l’ai pas dit avant ? »

« Je n’en ai jamais entendu parler ! Et il va entrer à l’Académie d’Onmyou ? Comment c’est possible ! Touji n’est pas un profane !? »

Harutora ne comprenait absolument pas l’agacement de Natsume et ne put que la fixer, les yeux grands ouverts.

Touji, qui les avait regardés tranquillement et calmement, ouvrit la bouche et dit :

« Je vois les esprits depuis le début. »

Natsume resta bouche bée pendant un moment, fixant Touji d’un air ébahi.

Ce dernier haussa juste les épaules d’un air décontracté.

« C’est un effet secondaire de mon implication dans un désastre spirituel, il y a quelque temps. Je reçois toujours un traitement dans une clinique d’Onmyouji, aujourd’hui encore. J’ai l’intention de saisir l’avantage de cette opportunité pour devenir Onmyouji. Je pourrai ainsi m’occuper de moi tout seul à l’avenir. »

La bouche de Natsume s’ouvrit largement de surprise.

« …… Depuis le début ? Attends, alors tu veux dire que…… ? »

Demanda précautionneusement Natsume, et Touji lui retourna un regard et un sourire mauvais.

« Je peux assez bien faire la différence entre les humains et les shikigami, et ça devient en particulier plus facile à mesure que je passe du temps avec eux. Mais ne parlons pas de ça. Ravi de te rencontrer, Natsume. Ce ruban te va à ravir. »

« ………… »

Les lèvres de Natsume tremblèrent légèrement et sa main lâcha la poitrine de Harutora, sans vie.

Le shikigami fut stupéfié par sa réaction.

« Euh…… Il s’est passé quelque chose ? »

En entendant la question innocente de Harutora, Natsume hurla mais Touji secoua la tête avec impuissance.

« Harutora. »

« Quoi ? »

« Le surnom “Bakatora” te va vraiment à merveille. »

Après que Touji eut dit cela, Natsume cria d’une voix perçante, le visage rouge, comme si elle ne pouvait en supporter davantage.

« Peu importe ! Bakatora et toi, l’autre personne, venez avec moi ? Pour votre information, vous serez mes kouhai à l’Académie d’Onmyou donc vous feriez mieux de vous y préparer !”

Après avoir lâché ces mots, elle tourna les talons, lançant ses cheveux sur son dos et marchant à grandes enjambées dans la foule.

Les yeux de Harutora étaient écarquillés.

« …… Qu’est-ce qu’elle a ? Désolé, Touji, elle n’est pas comme ça, d’habitude.”

« Si, elle est toujours comme ça. »

Touji sourit et suivit rapidement Natsume.

Le cerveau de Harutora était déboussolé à l’extrême.

Natsume n’était pas la seule à être très étrange, c’était le cas de Touji aussi, et il avait même l’air un peu excité. Même s’il ne comprenait pas ce qui se passait, Harutora eut l’impression d’être abandonné, et ce n’était pas qu’en termes de location mais aussi d’atmosphère générale.

Il se sentit désemparé mais s’il était distancé dans ce genre d’endroits, il y avait de bonnes chances qu’il se perde, ne connaissant pas bien les lieux. Harutora ramassa à nouveau ses bagages, poursuivant les silhouettes de ses amis en train de disparaître.

« Eh ! Natsume, Touji, vous me cachez quelque chose, pas vrai ? Vous me cachez quelque chose ! »

À chaque fois qu’il parlait derrière elle, Natsume marchait plus vite et le ruban sautillant avec ses cheveux se balançait à gauche et à droite en conséquence.

En voyant le ruban, Harutora sentit quelque chose passer en un éclair dans son esprit.

— Hein ?

Cela fut bref. Harutora y réfléchit alors qu’il donnait la chasse à Natsume et Touji de toutes ses forces.

Le ruban de la maîtresse se balança légèrement, guidant le nouveau shikigami à travers la foule des passants.

L’histoire des Tsuchimikado se remit une fois de plus en marche.

Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *