Tokyo Ravens – Tome 2 Chapitre 1

Tsuchimikado Yakô avait deux serviteurs pour l’aider et le protéger.

L’un s’appelait Hishamaru, l’autre Kakugyôki.

Partie 1[edit]

Elle sut que c’était lui au premier coup d’œil. Au moment où elle le vit pour la première fois, elle ne put contrôler son battement de cœur intense.

Les beaux traits de son visage bien fait, sa tête aux cheveux noirs de jais ressemblant à ceux d’une fille, et tout particulièrement cette aura extrêmement concentrée… Il était indépendant, renfermé, mais il était difficile de dissimuler sa présence noble et majestueuse.

Chaque élève de l’Académie d’Onmyô était doué dans certains domaines en magie, mais cette personne excellait en tout. Sa présence restait parmi les plus puissantes chez les nouveaux élèves.

Le descendant du grand onmyôji Abe no Seimei.

L’héritier de la famille onmyôdô Tsuchimikado.

La réincarnation de Tsuchimikado Yakô ― dont on disait qu’il était l’ancêtre de l’onmyôdô moderne, tabou parmi la communauté magique ― Tsuchimikado Natsume.

Personne dans la classe ne connaissait l’histoire de sa vie donc il avait son lot d’attention. Mais en même temps, personne n’exprimait le désir de prendre l’initiative pour se rapprocher de lui donc son existence ne passait pas inaperçue. Il semblait avoir réalisé la situation autour de lui et sa propre position très tôt, donc il restait délibérément à l’écart des autres, adhérant toujours à une attitude snob.

Il était toujours seul.

Peut-être que cela avait été la même chose par le passé aussi.

« …… Oui. »

Donc quand elle s’asseyait devant lui, elle savait que chaque élève de la classe reprenait sa respiration mais elle s’en fichait. Même si tous les étudiants gardaient leurs distances vis-à-vis d’elle plus tard, elle l’accompagnerait toujours. Elle en avait décidé ainsi depuis le jour où ils s’étaient faits une promesse de nombreuses années auparavant.

Il remarqua que quelqu’un approchait et leva la tête. En lui jetant un coup d’œil, elle vit que son sourire était tellement beau qu’il ne ressemblait pas à celui d’un homme, une grande différence comparée à l’impression qu’il lui avait donnée par le passé, mais peut-être étaient-ce les vagues souvenirs dans son propre cœur qui avaient changé.

Son cœur battait avec une intensité anormale.

Elle sourit joyeusement et dissimula son pouls en accélération.

« Ça, Ça faisait longtemps, Natsume-kun…… Est-ce que tu te souviens ecore de moi ? »

Le doute et la méfiance apparurent dans les deux yeux qui la regardaient, donnant l’impression qu’il ne se rappelait pas. Non, il était possible qu’il ne la reconnût pas.

Elle fit de son mieux pour dissimuler l’attente et l’anxiété qui rugissaient dans son cœur, disant : « Je suis Kurahashi Kyôko, de la famille Kurahashi…… »

Elle réalisa en son for intérieur qu’il s’agissait déjà de souvenirs d’enfance datant de nombreuses années. Même si elle ne pourrait jamais les oublier, peut-être ne ressentait-il pas la même chose.

Mais elle pria tout de même, espérant qu’il était comme elle, espérant qu’il se souvenait encore des événements de ce jour unique.

Mais au moment où il ouvrit la bouche pour dire “Ah, c’est toi–“, pour une raison ou pour une autre, son visage était pâle et son ton précipité, comme s’il essayait d’arranger les choses.

Sa voix était anormalement perçante et claire, comme celle d’une fille.

Sa voix changea soudain par rapport à ses souvenirs.

« T, Tu es de la famille Kurahashi ― n’est-ce pas ? Alors ? En quoi as-tu besoin de moi ? »

Son ton paraissait un peu agité, fâché, même.

Il avait vraiment oublié.

Elle ne pouvait l’en blâmer. Elle comprenait, dans son cœur, mais le choc n’en fut pas moindre pour elle. Particulièrement du fait de son attitude froide et du regard qu’il lui destinait comme s’il observait un ennemi.

Même si elle avait réalisé depuis longtemps qu’il était possible qu’il l’eût oubliée, elle ne s’attendait pas à ce qu’il ait ce comportement. Elle réussit à contrôler ses émotions, fermant inconsciemment la bouche.

Le silence était tel le tranchant d’un couteau pénétrant sa peau.

Plongé dans ce silence, il était de toute évidence désespéré et détourna le regard.

« S, S’il n’y a rien, pourrais-tu partir, s’il te plaît ? Je veux ― Laisse-moi rester seul. »

Il se leva après avoir dit cela, la laissant comme s’il s’enfuyait.

Elle ne le poursuivit pas mais se tint là, sidérée, tout en supportant les regards des élèves de la classe, la tête complètement vide.

Avant d’entrer à l’académie, elle n’avait même pas vu cette scène en songes…

Mais c’était la réunion dont elle avait rêvé.

Partie 2[edit

« Hein, ici ? C’est ce bâtiment ? C’est vraiment ici ? »

« Ouais. »

Tsuchimikado Harutora ouvrit la bouche avec une expression incrédule quand il regarda le bâtiment qui le dominait. Son bon ami Ato Tôji afficha un peu de curiosité à côté de lui, levant les yeux pour regarder le bâtiment depuis le couvert de son bandana

L’apparence élégante et raffinée du bâtiment dégageait clairement un style différent des autres.

Le mur d’enceinte en granit brillant du bâtiment était original, les cadres des fenêtres bien alignés étaient peints en un rouge écarlate vif pour ajouter une touche de beauté à l’extérieur massif, créant l’impression d’ensemble. L’immeuble présentait un style moderne concis et affichait en même temps l’atmosphère solennelle d’un temple.

L’institution développant une bonne quantité d’Onmyôji Nationaux, l’Académie d’Onmyô.

Le bâtiment scolaire de cette dernière culminait actuellement devant eux.

« …… J’ai entendu dire que c’était une “Académie”, donc je pensais que ce serait très vieux, et plus important, ce n’était pas une école historique…… ? »

« L’Académie d’Onmyô a environ un demi-siècle d’histoire, mais c’est un nouveau bâtiment scolaire achevé tout juste l’année dernière. »

« En d’autres termes, tous les équipements à l’intérieur sont neufs ? Le revenu des onmyôji est assez élevé, en fait, hein ? »

« Qui sait.»

Comparé à Harutora qui était légèrement choqué, Tôji était exactement comme d’habitude et répondait avec indifférence.

Tous deux se tenaient devant le bâtiment de l’académie, portant le même uniforme.

Cependant, ces derniers étaient assez différents de la plupart des étudiants, puisqu’ils portaient des uniformes d’un noir sombre ― la couleur d’un plumage noir ― conçus sur le modèle des vêtements impériaux de l’ère Heian auxquels avaient été apportés quelques changements.

Ils portaient l’uniforme de l’Académie d’Onmyô et tous deux y seraient élèves à partir de ce jour.

« …… J’ai toujours l’impression d’être un profane. »

« Tu ferais mieux de préparer ton cœur. »

« Je suis prêt à devenir un onmyôji depuis longtemps…… probablement ? »

« Tu ne viens pas juste de te corriger ? » pointa froidement Tôji.

Impossible de dire si son corps était plus adapté ou si l’uniforme était fait pour des gens plus grands, mais Tôji n’était pas passé inaperçu la première fois qu’il avait porté l’uniforme de l’Académie d’Onmyô.

De l’autre côté, Harutora, qui n’y était pas encore habitué, tripotait son corps d’un air gêné dans son uniforme tout neuf.

« Puisque que j’ai le pouvoir de voir les esprits et que je suis le shikigami de Natsume, je me suis bien sûr préparé il y a longtemps. Ou peut-être devrais-je dire que je n’avais pas d’autre choix que d’accepter docilement mon destin…… »

Il porta inconsciemment ses sens sous son œil gauche tout en disant cela.

Il y avait un pentagramme à cet endroit, tel un tatouage. C’était la preuve qu’il avait juré de devenir le shikigami de Natsume ― on pouvait dire que c’était la marque d’une incantation.

Harutora et Natsume étaient tous les deux nés dans une famille historique de l’onmyôdô ― la famille Tsuchimikado. Ils étaient amis depuis qu’ils étaient petits. Les shikigami pouvaient être décrits comme des “serviteurs” pour les onmyôji et la tradition des Tsuchimikado depuis de nombreuses générations dictait que les membres de la famille secondaire deviendraient des shikigami pour servir la famille principale.

Cependant, Harutora, membre de la famille secondaire, n’avait aucune qualification pour devenir praticien contrairement à Natsume, membre de la famille principale, qui avait fait montre de son génie à un âge tendre. Parce qu’il n’avait jamais développé le pouvoir de voir l’aura ― la capacité de vision spirituelle ― il avait naturellement ignoré la tradition qui attendait de lui qu’il devienne le shikigami de Natsume, devenant à la place un lycéen ordinaire étudiant dans un lycée médiocre.

Pourtant, un jour d’été ― il n’y avait pas plus d’un demi-mois, en fait ― Harutora avait été traîné dans une espèce d’affaire provoquée par des onmyôji et avait perdu une bonne amie. Afin de venger cette dernière, il était devenu le shikigami de Natsume et avait décidé de suivre la voie d’un onmyôji.

En tant que successeur de la famille principale, Natsume était entrée à l’Académie d’Onmyô à la fin du collège mais Harutora n’avait suivi ses pas que six mois plus tard et intégrait l’académie aujourd’hui.

Ceci dit…

« …… C’était vraiment chargé à ce moment-là. Une fois les événements terminés, je me suis désespérément préparé pour l’examen d’entrée et le temps que je puisse vraiment intégrer l’Académie d’Onmyô pour devenir onmyôji, j’ai l’impression que c’était un rêve…… »

« Tu m’as l’air effrayé. »

« Tu ne peux pas dire ça avec un peu plus de tact ? »

La famille Tsuchimikado avait en fait été au point culminant des onmyôji nationaux dans un passé lointain mais elle s’était détériorée depuis longtemps à ce jour, perdant sa gloire, ses devoirs et ses responsabilités passées. Même si son père était un docteur d’onmyô, Harutora lui-même avait vécu une jeunesse éloignée des onmyôji.

Jusqu’à il y a quinze jours, quand son destin avait pris un autre tournant.

Maintenant, il avait été transféré à Tokyo, portait l’uniforme de l’Académie d’Onmyô et se tenait devant le bâtiment de cette même école. Le changement soudain d’environnement ― ou peut-être de “vie” ― le rendait encore perplexe, peu importe sa résolution.

« Ça en a fait, du chemin, pour arriver ici…… »

« Mais tu viens d’arriver. »

La réplique de Tôji était aussi dure que d’habitude, contrastant avec Harutora et ses sentiments mitigés.

Mais en parlant de cela, Tôji était aussi transféré à l’Académie d’Onmyô même si sa position était différente de celle de Harutora.

Par le passé, Tôji avait été impliqué dans un désastre causé par des esprits ― à savoir un désastre spirituel ― et à cause des effets secondaires dont il souffrait toujours, il devait suivre le traitement d’un docteur en onmyô…… qui était le père de Harutora. Affecté par la décision de Harutora d’entrer dans le monde des onmyôji, il avait aspiré à en devenir un à ses côtés afin de pouvoir s’occuper de lui-même.

« Nous ne nous tenons que sur la ligne de départ pour le moment, donc c’est beaucoup trop tôt pour avoir peur…… Et puis Harutora, tu n’as pas du tout l’air de saisir dans quelle position tu te trouves. Si tu n’es pas un peu plus prudent, tu pourrais te faire “bouffer”. »

« Quoi ? Qu’est-ce que tu veux dire par “bouffer” ? »

Harutora fronça les sourcils en entendant ces paroles aux airs de menace.

Tôji sourit, arborant un rictus suffisant.

« Écoute bien. Même si tu es de la famille secondaire, tu es né en tant que Tsuchimikado, après tout. Ici, c’est l’Académie d’Onmyô, où se rassemblent des élèves de tout le pays dans le but de devenir des onmyôji. C’est différent de notre ancienne école et tout le monde réagira immédiatement en entendant ton nom. C’est probablement déjà la pagaille ici du fait de ton transfert et tu as sans doute attiré l’attention de tout le monde avant même d’entrer à l’académie. »

« M, Mais Natsume est ici, elle aussi. Puisque même l’héritière de la famille principale a intégré cette école, même si un membre de la famille secondaire comme moi arrive aussi maintenant…… »

« Ne sois pas naïf ! » le réprimanda fermement Tôji, répondant à son ami troublé.

« Réfléchis-y attentivement, dans quelle position se trouve l’héritière de la famille principale à l’Académie d’Onmyô ? C’est l’héritière de la famille principale et elle a le titre de “prodige”. Tu ne crois pas qu’elle serait connue de tous et très admirée ? »

« Euh, ça, ça paraît logique…… »

« Et maintenant, toi, un membre de la famille secondaire et non pas de la principale, tu es tout à coup transféré à l’Académie d’Onmyô ― et à cette période, ce qui n’est pas normal. En tout cas, personne dans le milieu n’ignore le nom des Tsuchimikado, et ce nom est aussi “réputé”, donc les réponses ne seront pas très amicales. Tu me suis ? »

« Euh, mais…… »

« Il y aura des gens ici qui feront montre d’une pure curiosité à l’égard de la famille Tsuchimikado, mais il y aura aussi des jaloux ainsi que d’autres qui veulent montrer leur pouvoir en battant un Tsuchimikado, ou même des idiots qui essaieront de s’attacher à toi…… Parmi tout ça, il en aura sans doute quelques uns qui se diront : “puisque le génie de la famille principale est hors de portée, je devrais essayer avec le nouveau type de la famille secondaire” ― tu ne crois pas ? »

« ………… »

Harutora voulait vraiment le nier en criant “c’est faux”, mais non seulement en était-il incapable, il était même persuadé que la probabilité que cela arrive était très élevée.

La profession d’onmyôji était très connue en cette ère moderne déchirée par les désastres spirituels.

Malgré tout, c’était quand même un profession curieuse. Pour des besoins de qualité, la communauté des onmyôji était fermée et fortement exclusive. Cela ne se limitait pas aux onmyôji en fonction mais s’étendait aussi aux élèves ou apprentis de ce monde comme Harutora et Tôji, qui allaient y entrer à partir de ce jour.

En passant, Harutora avait une confiance totale en sa malchance.

« Mais je suis juste un profane ! »

« Quelle importance, puisque tout ce dont ils se soucient, c’est du nom “Tsuchimikado”, » répondit calmement Tôji à Harutora, pâle et effrayé.

Son ami avait autrefois été un délinquant juvénile. Il avait beau être dur en apparence, c’était en fait un type bien. Harutora était sûr que Tôji l’aiderait s’il se faisait happer par le danger.

« Très bien, inutile d’avoir peur, je suis certain que tu t’en sortiras, Harutora.”»

« …… C’est la chose la moins convaincante que tu aies sortie cette année. »

Harutora fixa Tôji d’un œil torve. Son anxiété et sa confusion, à l’origine ignorantes, avaient été changées en véritables sentiments de danger et de tension par les remarques de Tôji.

Même s’il était le shikigami de Natsume, ce n’était en fait que de nom et il avait simplement fait un vœu plutôt qu’accepter des entraves magiques, donc son pouvoir spirituel n’avait pas augmenté de façon visible. Il restait un profane, exactement comme par le passé.

Mais–

« …… Je ne peux que le supporter, » murmura Harutora, regardant une fois de plus l’Académie d’Onmyô qui le dominait.

Il avait déjà fait une promesse à Natsume. Et puis–

Tu vas voir, Hokuto, murmura-t-il pour l’amie qui avait disparue sans une trace ― mais qui était encore là, quelque part.

« …… Cet uniforme. »

« Oui ? »

« J’aurais vraiment aimé pouvoir le porter pour le montrer à Hokuto. »

« ………… J’imagine. »

Pour une raison ou pour une autre, Tôji ne répondit qu’après un long moment, gaieté, impuissance, culpabilité et sourire désabusé se mélangeant subtilement sur son visage. Cela avait l’air assez complexe mais Harutora n’y prêta pas attention.

« Très bien, inutile de rester ici à bailler aux corneilles, allons-y ! »

Tout en disant cela, Harutora et Tôji pénétrèrent ensemble dans le hall d’entrée de l’académie.

Deux jeux de portes automatiques étaient positionnés à l’entrée de l’Académie d’Onmyô, installés de telle sorte que cela ressemblait plus à un immeuble d’entreprise à la mode qu’à une école.

Mais…

« Ça ne m’étonne pas de la part de l’Académie d’Onmyô, ils ont des sorts de sécurité haut de gamme, » dit tout à coup Tôji devant les portes et Harutora répondit avec un “en effet”, exprimant son accord.

Tôji ne parlait pas d’une sécurité ordinaire, mais plutôt de sorts de sécurité magique. Les bases de la magie consistaient en la manipulation de l’aura omniprésente qui existait en chaque être. Celle-ci était régulière et plus importante à l’intérieur qu’à l’extérieur du bâtiment de l’académie. Bien qu’il ne comprît pas comment cela fût possible, cela semblait être une sorte de mécanisme créé par magie.

Natsume avait jeté un sort qui lui donnait la capacité de voir les esprits quand elle avait fait de Harutora, à l’origine insensible à cela, son shikigami. Il était par conséquent capable lui aussi de sentir le “sort de sécurité” dont avait parlé Tôji.

« C’est vrai, la sensation était à peu près la même chez Natsume. »

« Ouais, sans parler de la demeure de la famille principale, tous les grands immeubles sont équipés de ces systèmes de sécurité contre la magie de nos jours, puisqu’il y a tout le temps des désastres spirituels à Tokyo maintenant. »

Tout en disant cela, Tôji traversa le premier jeu de portes automatiques et pila tout à coup alors que le second s’ouvrait.

« Regarde. »

« Des komainu[1] ? »

Des statues de pierre ressemblant à des chiens ou a des lions étaient placées à gauche et à droite du jeu de portes à l’intérieur. Elles étaient semblables aux komainu installés dans les temples de part leur forme et leur style. À première vue, tous deux paraissaient incompatibles avec le style moderne du bâtiment, mais ils s’y fondaient étonnamment bien après une longue observation.

« Euh, ça correspond pas mal à l’environnement de l’Académie d’Onmyô. »

« Ne les touche pas imprudemment, ils pourraient mordre. »

« Ha ha, on est à l’Académie d’Onmyô, après tout, donc ce ne serait pas surprenant qu’ils puissent bouger et parler. »

« Oui, effectivement, je peux bouger et je peux aussi parler, » dit le komainu tout en remuant.

Harutora bondit par réflexe vers l’arrière et même Tôji, qui plaisantait, écarquilla les yeux de surprise.

« I, Il a bougé ! Ce truc a vraiment parlé ! »

« Pourquoi paniquez-vous autant, ne venez-vous pas de dire qu’il ne serait pas étonnant que nous puissions bouger et parler ? » répondit calmement le komainu, son attitude contrastant avec Harutora, abasourdi.

Il parlait d’une voix profonde et l’autre komainu acquiesça.

Tôji se reprit et observa les statues, demandant : « …… Des shikigami ? »

« C’est exact, mais ne nous considère pas comme n’importe quels shikigami ordinaires. »

« Nous sommes des shikigami artificiels de haut rang en qui la magie de la principale elle-même a été personnellement insufflée. Nous répondons aux noms d’Alpha et Oméga. Nous avons été en charge depuis l’ouverture de l’Académie d’Onmyô sur ordres de notre maître. »

Les deux komainu redressèrent la tête avec fierté. Même s’ils avaient l’apparence de deux statues de pierre, ils avaient apparemment la capacité de se fléchir et de se courber.

« Lequel de vous est Alpha et lequel est Oméga ? »

« Je suis Alpha. »

« Je suis Oméga. »

Le komainu à gauche puis celui à droite répondirent chacun leur tour à la question de Harutora. En d’autres termes, le shikigami du côté droit était donc Alpha et l’autre Oméga. Si l’on faisait attention, on pouvait remarquer qu’une petite corne sortait de la tête d’Oméga.

Harutora secoua la tête, ébahi.

« Impressionnant, même la famille de Natsume n’a pas ce genre de trucs. »

« Qu’appelles-tu “trucs”, petit ? Reste poli. »

« Ce genre de shikigami est effectivement très rare et ils résident ici même s’ils appartiennent au principal, pas vrai ? Se pourrait-il que vous ayez été fabriqués comme des modèles mécaniques ? »

« Oh, tu es plutôt bien informé. Mais il est naturel que vous ayez au moins ce genre de connaissances puisque vous êtes élèves ici, » répondit le komainu à Harutora et Tôji avec une attitude assez détendue.

Même s’il utilisait un discours bien construit et arrogant, peut-être était-il étonnamment amical en termes de personnalité.

« Il y a un instant, j’avais l’impression de venir pour un entretien en entreprise, mais maintenant c’est tout à coup devenu une école de magie. »

« On dirait qu’il y aura pas mal de trucs semblables ici, c’est assez intéressant. »

Tôji adressa un large sourire à Harutora qui secouait la tête.

Alpha corrigea ensuite sa position.

« … Nous avons déjà appris ce qui vous amenait ici, mais nous devons remplir la mission que l’on nous a confiée. Tout d’abord, annoncez vos noms. »

« Ah, d’accord, je suis Tsuchimikado Harutora. »

« Et moi, Ato Tôji. »

Tous deux donnèrent chacun leur tour leur nom complet et les deux komainu s’immobilisèrent comme s’ils redevenaient des statues de pierre.

Mais cet état ne dura pas longtemps et, après une pause momentanée, les komainu ouvrirent à nouveau la bouche :

« Les empruntes vocales et auras de Tsuchimikado Harutora et Ato Tôji ont été confirmées et enregistrées. »

« Bienvenue à l’Académie d’Onmyô. Apprenez bien avec l’aide des autres élèves afin de vous améliorer et de devenir d’excellents onmyôji. »

Les voix d’Alpha et d’Oméga étaient solennelles. Harutora et Tôji paraissaient avoir obtenu l’entrée dans le système de sécurité magique du bâtiment scolaire.

« Nous avons également enregistré votre shikigami, mais la prochaine fois, vous devrez vous nommez vous-même. »

Pourtant, Alpha ajouta ces paroles.

Harutora sauta presque de surprise, se retournant pour regarder Tôji et vérifier qu’il n’avait pas mal entendu. Cependant, Tôji haussa les épaules, tout aussi perplexe.

Harutora se retourna vers Alpha.

« Avez-vous dit mon shikigami ? »

« C’est exact. »

« Mon shikigami a déjà été enregistré ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Je n’ai aucun shikigami. »

Harutora savait très bien qu’il était un profane, et le fait qu’il ait été accepté à l’Académie d’Onmyô relevait pratiquement du miracle. Bien évidemment, il n’avait jamais eu son propre shikigami.

« Harutora, peut-être qu’il parle du fait que tu sois le shikigami de Natsume. »

« Vraiment ? Mais cette façon de le dire est trop bizarre. Alpha, est-ce que tu peux le dire clairement ? »

Alpha ouvrit la bouche, sur le point de répondre à la question de Harutora– « Attends. » Mais Oméga, à leurs côtés, interrompit leur conversation.

Il ne bougea pas d’un millimètre comme quelques instants plus tôt, comme si son âme s’était dispersée. Après un long moment, il se remit en mouvement.

Au final, c’était une statue de komainu donc aucun changement n’était visible dans l’expression qu’arborait le visage d’Oméga.

Mais il informa malgré tout Harutora et Tôji sur un ton soigneusement calme :

« Notre maître nous a notifié que vous deviez vous diriger directement vers le bureau du principal. »

« Ce sont eux ? »

« Il semblerait, en effet. »

Il s’appuya contre le mur, se tenant dans un angle-mort invisible depuis l’entrée près du couloir du rez-de-chaussée et regarda les deux élèves prendre l’ascenseur, un intérêt sincère dans les yeux.

« …… Qu’ils ont l’air ennuyeux. »

« Ne dis pas ça, regardons d’abord ce qui se passe. »

Un sourire léger se dessina sur ses lèvres, puis il détacha son corps du mur, s’éloignant lentement.

Partie 3[edit]

Le bureau du principal se trouvait au sommet du bâtiment de l’académie.

Après être sortis de l’ascenseur où ils n’avaient entendu aucun bruit mécanique, Harutora et Tôji marchèrent jusqu’au bout du couloir.

Le bâtiment de l’académie était parcouru par de longs couloirs décorés simplement et un peu monotones. Avec les ornements qui avaient l’air d’objets maudits ou d’outils magiques, il ressemblait pas mal à un musée. Sur le mur, il y avait des armures, des bâtons d’étain sales, des tenues de funérailles, des katana rafistolés, et d’autres choses qui avaient l’air d’être des artefacts rares aux yeux de Harutora. Tous attiraient son attention.

En plus, il n’y avait pas une trace de saleté sur les vitrines en verre abritant ces objets, pas un grain de poussière sur le sol et on avait même pris un soin méticuleux des plantes ornementales à côté.

« …… Se pourrait-il que des shikigami soient responsables du nettoyage des locaux ? »

« C’est fort possible. »

Après tout, ce bâtiment avait les shikigami komainu pour gardes de sécurité. Harutora se sentit très intéressé, imaginant la scène d’une équipe manipulant des shikigami pour faire le ménage en secret en pleine nuit.

« Je pensais que les shikigami étaient utilisés pour le combat, comme le dragon et le cheval que Natsume avait…… Les shikigami dont se servaient les Enquêteurs Mystiques avaient la même fonction, mais se pourrait-il qu’il y ait en fait des shikigami à usage domestique qui sont doués pour laver les vêtements et nettoyer ? »

« Il y a des shikigami généraux vendus sur le marché qui ont des fonctions illimitées, utiliser une magie de première classe comme celle-ci requière des qualifications considérables. En d’autres termes, seuls des exorcistes spécialisés peuvent s’en servir. Ils ne sont pas donnés non plus, donc s’il y avait vraiment des shikigami “domestiques”, je ne pense pas que beaucoup de monde trouverait l’argent pour les acheter. »

« ……Excuse-moi, Tôji, c’est quoi la magie de première classe ? »

La question de Harutora fit lever le front de Tôji qui ne put s’empêcher de soupirer.

« …… Je suis surpris que tu aies pu entrer à l’Académie d’Onmyô comme ça. Ce sont les instructions de l’onmyôdô formulée par l’Agence d’Onmyô ― pour faire simple, c’est la magie reconnue officiellement comme étant efficace. »

La magie moderne était divisée en deux types : la magie de première classe que l’Agence d’Onmyô reconnaissait comme étant vraiment efficace et la magie de classe inférieure qui n’entrait pas dans cette catégorie. L’ancienne “magie interdite” et la plupart des techniques de divination appartenaient à la seconde.

L’utilisation de la plupart des magies de première classe requérait les qualifications d’onmyôji officiel ou, pour être plus précis, la réussite aux examens d’onmyô de première ou deuxième classe organisés par l’Agence d’Onmyô. Harutora et les autres intégraient l’académie afin d’obtenir ces qualifications officielles.

« Quant à la magie de première classe… Même des shikigami, on n’en voit pas tous les jours puisque l’utilisation de l’onmyôdô est finalement extrêmement limitée. »

« Euh…… Pourquoi donc ? »

« C’est ainsi qu’ont été édictées les lois, set » expliqua Tôji, mine de rien, les mains toujours fourrées dans les poches.

Tôji s’était intéressé pendant longtemps à l’onmyôdô puisque le désastre spirituel avait laissé des effets secondaires sur son corps. Il se reposait que ses connaissances amassées en autodidacte à l’inverse de Harutora, qui ne vivait pas avec de telles préoccupations mais était habitué à entendre parler de cela.

« Je vois, donc autrement dit, l’Académie d’Onmyô est une exception avec des shikigami partout ? »

« Tout compte fait, c’est un endroit établi et conçu spécialement pour accueillir des onmyôji. »

« Se pourrait-il que même les professeurs soient des shikigami ― ça ne pourrait pas aller aussi loin, si ? »

« Je sais au moins qu’il y a des shikigami parmi les élèves. »

« Hein ? Vraiment ? »

« Ouais, et c’est même un idiot. »

Tôji sourit malicieusement et Harutora pencha la tête en émettant un son interrogateur. Quand le shikigami un peu bête remarqua enfin à qui son ami faisait référence, tous les deux étaient déjà arrivés devant le bureau du principal.

Il y avait un simple écriteau suspendu sur une porte banale ― “Bureau du Principal”.

Tôji ignora Harutora qui recommençait à être tendu, frappant calmement à la porte du bureau.

Personne ne répondit.

Il leva la main, sur le point de continuer à frapper, quand– « Entrez. » Une réponse arriva à ses pieds.

Harutora cria comme un enfant surpris et Tôji fit un pas en arrière, dissimulant également sa surprise. Un chat les avait approchés à un moment donné et levait à présent les yeux vers eux.

C’était un chat calicot au pelage souple et il fixait Harutora et Tôji de son regard acéré, frappant légèrement à la porte avec sa longue queue.

« C’est ouvert, entrez. »

Il semblait qu’après les komainu doués de parole, c’était au tour du chat de parler.

« …… Est-ce que c’est le passe-temps de la principale ? Ou est-ce que toutes les établissements liées aux onmyôji sont comme ça où que tu ailles ? » demanda Harutora avec lassitude.

« Comment le saurais-je ? » répondit Tôji avec une expression tout aussi amère.

Le chat s’arqua avec un peu d’impatience, miaulant comme un félin normal. Il avait l’air de les presser d’ouvrir la porte.

« … Excusez-nous, » dit-il en direction du bureau du principal.

Aussitôt qu’il eut ouvert la porte, le chat se glissa vite entre leurs pieds, courant dans la pièce sans la moindre présence.

… Quoi ?

Dès qu’il fut entré dans le bureau, Harutora murmura doucement sa surprise. L’atmosphère de la pièce était extrêmement différente de celle de l’extérieur.

Une ambiance calme et nostalgique flottait dans le bureau, comme dans un café de l’ère Taisho.

Les murs était d’un jaune passé et pâle, le sol était recouvert d’un tapis d’un rouge profond. Il y avait aussi un porte-manteau en métal ainsi qu’un cloisonnage en verre teinté derrière lequel se trouvait un espace meublé de fauteuils de coin et d’une table de couleur brune pour recevoir des invités.

Cependant, ce qui était le plus visible dans la pièce, c’était la bibliothèque couvrant deux murs. Une quantité surprenante de livres était soigneusement disposée sur les étagères et on pouvait dire au premier coup d’œil qu’elles avaient été organisées. Étaient gardés sur ces étagères de la littérature japonaise ainsi qu’étrangère, et même de la littérature ancienne et des documents.

Et tout au fond de la pièce…

Il y avait une grande table en bois rouge placée devant une large fenêtre vitrée ainsi qu’une petite silhouette assise silencieusement sur la chaise se trouvant derrière.

Harutora et Tôji se regardèrent, puisque tous deux avaient supposé que le principal était un homme. Or, la personne assise sur la chaise était une vieille femme élégante.

Le chat s’assit sur la table, sautant avec agilité sur les genoux de la vieille femme. Cette dernière posa le livre qu’elle lisait, caressant doucement le chat.

Puis elle leva la tête, ôta les lunettes perchées sur son nez et regarda Harutora et Tôji.

« Bienvenue, je vous attendais depuis un bon moment. »

Sa voix était exactement la même que celle du chat.

Ses cheveux descendant à hauteur d’épaule étaient gris et même si elle était âgée, sa position assise était assez droite et ne trahissait absolument pas son âge. Elle portait un kimono marron qui lui allait si bien qu’il avait l’air de faire partie de son corps.

« Tsuchimikado Harutora-san et Ato Tôji-san. Bonjour, je suis la principale de ces lieux, Kurahashi Miyo. »

« B, Bonjour. »

« ………… »

Harutora la salua et Tôji inclina aussi respectueusement la tête. Ensuite, tous deux répondirent à la requête de la vieille femme ― Kurahashi Miyo, et s’approchèrent de la table.

Peut-être était-ce parce qu’il n’était pas encore habitué à l’uniforme ou bien à cause l’atmosphère que dégageaient la pièce et la principale, mais Harutora eut plus l’impression d’être un enfant montrant un nouvel uniforme à une grand-mère qu’il voyait rarement que de rencontrer la principale pour la première fois.

Les yeux de cette dernière les observèrent sans vaciller et elle rayonna soudain. « Je vois, » murmura-t-elle de manière suggestive.

« Alors vous êtes le Hishamaru et le Kakugyôki de Natsume-san. »

« Quoi ? » s’empressa de demander Harutora, surpris.

Tôji regarda silencieusement la principale. Il avait l’air d’essayer de déterminer ce qu’elle avait en tête.

Cependant, la principale changea rapidement de sujet avec un sourire chaleureux.

« D’après mes souvenirs, il a déjà été mentionné que vous n’aviez pas eu l’occasion de toucher à l’onmyôdô dans vos vies normales. »

Elle parlait sur un ton cordial tout en caressant le chat sur ses genoux.

« Vous devriez déjà avoir rencontré Alpha et Oméga au rez-de-chaussée. En plus d’eux, ce chat est aussi mon shikigami. Vous ont-ils surpris ? »

« Euh, un, un peu…… »

« Alors je suis vraiment désolée, mais je vous prie de vous y habituer aussi vite que possible, parce que vous vivrez dans “ce monde” à partir de maintenant, » déclara la principale, le regard dirigé vers eux.

« Ato Tôji-san, le père de Harutora-san m’a déjà parlé votre condition. Votre détermination est assez remarquable, donc travaillez dur pour gagner contre les effets secondaires dont vous souffrez, » elle s’adressa d’abord à Tôji.

Puis elle se tourna vers Harutora.

« Tsuchimikado Harutora-san, j’ai aussi entendu vos parents parler de vous et j’ai eu quelques informations de la part de Natsume-san. »

« Natsume ? Qu’a dit Natsume ? » demanda Harutora, surpris, et la principale sourit légèrement tout en acquiesçant.

« Oui, cet enfant est bien poli. Après que vous avez décidé d’entrer dans l’académie, il est venu me dire que vous suiviez la tradition de la famille Tsuchimikado et que vous étiez devenu son shikigami. Et à vrai dire, j’ai des relations à l’Agence d’Onmyô donc j’avais déjà appris des choses concernant l’incident provoqué par Dairenji Suzuka cet été. »

Harutora et Tôji échangèrent un rapide coup d’œil en entendant la principale dire cela. L’onmyôji qu’avait mentionnée la principale ― Dairenji Suzuka ― avait changé leur vie à tous les deux, ce qui leur avait offert l’opportunité d’entrer à l’Académie d’Onmyô.

Mais l’incident l’impliquant n’avait pas été rendu public. En apparence, c’était à cause de son âge, mais c’était en réalité en raison de considérations politiques visant à essayer de réduire le plus possible l’effet que cela aurait sur l’opinion public. Dairenji Suzuka était une Onmyôji Nationale de Première Classe ― l’un des “Douze Généraux Divins”, la crème de la crème des onmyôji. L’Agence d’Onmyô voulait naturellement étouffer autant que possible le désastre causé par ce membre de l’élite.

Les Enquêteurs Mystiques qui avaient été chargés de s’en occuper avaient également strictement ordonné à Harutora et à Tôji de ne rien dire les concernant elle ou l’affaire, et seule une petite partie des membres de l’Agence d’Onmyô elle-même connaissait clairement les détails.

« Peut-être vous demandez-vous tous les deux, vous qui êtes essentiellement des profanes, pourquoi vous avez été admis à l’Académie d’Onmyô. J’ai personnellement fait une exception pour vous et vous ai autorisés à intégrer l’établissement, l’une des raisons étant que je reconnais votre contribution dans cette affaire. »

« …… C, Comme je le pensais…… »

« Oui, c’est aussi ce que je me disais. »

Tôji ouvrit la bouche pour la première fois, l’air assez calme à côté de Harutora, qui lui était surpris.

Les onmyôji potentiels venant de toute la nation se rassemblaient à l’Académie d’Onmyô, et y entrer était sujet à une forte concurrence. Même pour un membre de la famille Tsuchimikado ou quelqu’un qui avait appris en autodidacte, ce n’était pas si simple ― et ils n’étaient même pas passés par les procédures officielles jusqu’à ce qu’ils arrivent sur le pas de la porte de l’académie. Harutora et Tôji avaient aussi légèrement senti qu’un secret quelconque se cachait derrière tout cela.

« Vous voulez sceller complètement notre bouche ― est-ce là la principale raison ? » demanda Tôji sur un ton de défi.

Harutora tourna vers lui des yeux plein de reproches mais son bon ami ne regarda même pas.

Cependant, la principale conserva son expression enjouée, l’admettant même tout à fait : « Je ne peux nier cette réflexion. »

« Mais malgré cela, vous ne manquez pas en qualités. Par exemple, Harutora-san, êtes-vous conscient que votre énergie spirituelle est bien plus importante que la moyenne ? »

« Ah ? Oh, maintenant que vous le mentionnez je m’en souviens : l’examinateur m’a dit que je n’étais assez doué qu’en termes de puissance brute pendant mon examen…… »

Harutora se remémora les événements de ce jour. Il n’avait pas entendu cela comme un compliment à moment-là, mais avait plutôt cru qu’il se faisait réprimander pour être effroyablement mauvais.

« Permettre à des étudiants non talentueux d’intégrer l’établissement ne ferait au mieux que les effrayer. À mon avis, vous possédez tous les deux du talent pour devenir d’excellents onmyôji et vous êtes donc autorisés à entrer dans l’école. Bien sûr, la possibilité que mon jugement ait été erroné n’est pas inexistante. Malgré tout, vous avez déjà officiellement intégré l’Académie d’Onmyô et ce qui arrivera après cela dépendra de votre propre travail acharné. »

« Euh…… »

… Cette femme parlait sans détours.

En opposition avec son comportement élégant, la principale s’exprimait sans tourner autour du pot. Mais plutôt que de dire qu’elle parlait simplement, peut-être l’Académie d’Onmyô traitait-elle ses étudiants avec une attitude différente de celle d’une école ordinaire.

Alors que Harutora était perplexe, Tôji, à côté de lui, jaugeait la principale. Franchement, Harutora était déjà certain que son ami s’adapterait à l’Académie d’Onmyô comme un poisson dans l’eau.

… L’école qui conviendrait à ce type n’était certainement pas trop normale.

Qu’en était-il de lui ? Harutora était un peu anxieux.

« Oh, oui, il y a une chose de plus. Prenez cela comme un petit avertissement venant d’une vieille femme comme moi. »

Son comportement changea du tout au tout puisqu’elle arbora un air prudent ― mais aussi intéressé ― en fixant Harutora et Tôji.

« Vous devez tous les deux connaître les “rumeurs” concernant Natsume-san, n’est-ce pas ? »

La principale était directe au-delà de ce qu’ils avaient imaginé.

Tôji reprit rapidement son expression normale, mais Harutora fixa la principale sans s’en rendre compte. Inutile de le dire, tous les deux connaissaient très bien le contenu de ces “rumeurs”.

La principale voulait parler des rumeurs comme quoi Natsume était la réincarnation de Tsuchimikado Yakô.

La vieille femme restait toujours de marbre, même après avoir vu les poses de Harutora et Tôji se rigidifier à nouveau.

« À cause des rumeurs, Natsume-san reçoit beaucoup d’attention à l’académie et cela pourrait vous affecter aussi en tant que vieilles connaissances. Si vous avez le moindre problème, je vous invite à venir me trouver à tout moment. Et si m’en parler est gênant pour vous, vous pouvez aussi discuter avec votre professeur principal ― je vais bientôt vous présenter à Ohtomo-sensei. Nous vous assisterons du mieux que nous pourrons, » déclara-t-elle, ignorant leur réaction.

« Ça veut dire que…… »

Harutora voulut dire quelques chose mais la principale avait déjà reprit la parole :

« Mais ― j’espère vous vous habituerez à cette situation aussi vite que possible. »

« S’y, S’y habituer ? »

« Oui, puisque après tout, ces histoires viendront toujours vous ennuyer à l’avenir. »

Harutora ferma la bouche en entendant cette phrase. La principale avait dit vrai, mais à aucun moment n’avait-il imaginé le genre de situation que cela pourrait être.

Natsume avait dit qu’au longtemps qu’elle y avait prêté attention, elle avait vu les adultes qui l’entouraient la regarder sous l’angle des rumeurs. Pendant l’événement de cet été, Suzuka en avait aussi eu après Natsume à cause des effets de la rumeur. À l’heure qu’il était, Natsume devrait être incapable de se défaire de l’enchevêtrement de la rumeur.

… Être né dans la famille principale des Tsuchimikado était déjà suffisamment ennuyant.

Il ne pouvait l’ignorer et espérait pouvoir plus ou moins aider Natsume et partager son fardeau près d’elle. Cette pensée avait également été un facteur déterminant en ce qui concernait la décision de Harutora de devenir un shikigami.

… Je ne peux que l’endurer……

Harutora pensa une fois de plus, en silence, aux mots qu’il avait murmurés en entrant dans le bâtiment.

La principale regarda les nouveaux élèves, un sourire gentil émergeant sur son visage.

Puis elle demanda d’un ton détendu :

« Et maintenant, je suis curieuse ― quelles sont vos impressions à propos de Tsuchimikado Yakô ? »

« Nos impressions ? À propos de Yakô ? Franchement, je n’ai pas d’impression particulière à part qu’il a vécu il y a longtemps. C’est comme un parent célèbre…… Mais après ce qui s’est passé, j’ai l’impression que c’était un fauteur de troubles. »

« Je comprends. Qu’en pensez-vous, Tôji-san ? »

« …… Je pense que c’était un grand homme dans la communauté magique et qu’il a accompli beaucoup d’exploits impressionnants. De plus…… »

« Oui ? »

« C’était un génie, sans aucun doute, » répondit Tôji avec calme et assurance.

Tsuchimikado Yakô…

Un demi-siècle après le début du déclin de la famille Tsuchimikado, après la restauration de Meiji, était apparu un magicien de génie pendant le déclenchement mouvementé de la guerre du Pacifique au Japon.

Yakô revitalisa l’onmyôdô sur requête de l’armée. Il y intégra les légendes et magies du Japon, construisant un tout nouveau système de magie : l’Onmyôdô Impérial, la base de l’Onmyôdô Moderne adopté actuellement.

Cependant, à l’après-guerre du Pacifique régnait une forte atmosphère de défaite et l’armée japonaise ordonna à Yakô d’exécuter une cérémonie magique de grande ampleur qui malheureusement échoua ― c’est ce que crut la majorité des citoyens ordinaires. Affecté par l’échec de la cérémonie, l’aura de Tokyo devint chaotique, ce qui mena à la survenue de désastres spirituels qui se produisaient encore souvent, même aujourd’hui.

Le Japon était actuellement la seule nation du monde qui reconnaissait et permettait officiellement l’usage de la magie. C’était en fait pour lutter contre les désastres spirituels ― la malédiction qu’avait laissée Yakô.

Mais pour étouffer les interminables désastres spirituels, ils se reposaient sur un puissant onmyôdô ― la bénédiction qu’avait laissée Yakô.

Le développement de l’onmyôdô était étroitement lié aux désastres spirituels et ce n’était que parce que ces derniers se produisaient que l’onmyôdô n’était pas mort et enterré. Et en remontant jusqu’aux racines, onmyôdô comme désastres spirituels avaient été apportés au monde par le même génie. L’œuvre de Tsuchimikado Yakô avait jeté les bases de la communauté magique japonaise.

… Un génie ayant changé le monde attirerait forcément l’attention.

Natsume elle-même ne savait même pas si elle était vraiment la réincarnation de Yakô et absolument personne n’en était certain. Elle avait effectivement du talent en tant qu’onmyôji mais on ne pouvait toujours pas déterminer si elle était l’égale de Yakô. Elle n’avait aucun souvenir d’une vie passée et on ne pouvait voir en elle aucune similarité évidente avec Yakô.

Mais Dairenji Suzuka, des Douze Généraux Divins, pensait que Natsume était Yakô et elle n’était probablement pas la seule à en être fermement persuadée.

Natsume se souviendrait-elle de sa vie passée un jour et réaliserait-elle qu’elle était Yakô ? Quand ce jour arriverait vraiment, quel genre de changement adviendrait en Natsume ? En tant que shikigami, que ferait-il de tout cela ?

Alors même que Harutora réfléchissait, impuissant…… La principale dit tout à coup : « … Il aimait beaucoup jouer au shogi[2]. »

« Pardon ? » demanda Harutora en réponse et Tôji arbora lui aussi un de ses rares airs surpris.

Cela ne dérangea pas la principale, qui continua à parler :

« Mais il était vraiment mauvais, peut-être par manque de talent ? Il était mauvais en shogi, pourtant il aimait défier les autres à ce jeu ― mais il boudait une fois qu’il avait perdu, donnant mal à la tête à la personne qui jouait contre lui. Mais je lui ai toujours été très reconnaissante de m’avoir enseigné le shogi avec persévérance, je n’aurais probablement pas su ce qu’était ce jeu de toute ma vie, autrement. »

Elle souriait avec nostalgie tout en parlant. Harutora resta perplexe pendant un petit moment, mais la lumière se fit en un éclair dans l’esprit de Tôji. Ses yeux s’écarquillèrent sous son bandana.

« …… Vous avez vu Tsuchimikado Yakô quand il était vivant ? »

« Oui, j’étais encore une enfant à l’époque. »

La principale révéla volontiers ce fait. Tôji ferma la bouche en l’entendant mais Harutora ouvrit la sienne.

« Vraiment !? Vous avez rencontré Yakô ? »

« Bien sûr que oui. Peut-être pensez-vous, vous, les jeunes, que c’était quelqu’un des temps anciens – mais n’oubliez pas que le Japon n’était enveloppé par les flammes de la guerre qu’il y a un demi-siècle. »

La principale sourit, l’air de dire que cela n’avait rien d’incroyable.

Mais Harutora ne parvenait toujours pas à dissimuler son choc.

… La principale avait rencontré Yakô…… Je vois, donc il reste encore des gens qui ont vu Yakô de leurs propres yeux…… !

Yakô était un personnage historique du point de vue de Tsuchimikado Harutora, mais quelqu’un qui avait vraiment interagi avec ce personnage “historique” se tenait juste devant lui. Il ne put s’empêcher de ressentir une atmosphère anormale d’alourdissement, se retrouvant incapable de parler pendant un moment.

… Mais…… Dire cela comme s’il n’y avait rien d’inhabituel là-dedans……

La personne en face de lui avait déjà vécu une assez longue vie avant de devenir “principale de l’Académie d’Onmyô“. Elle avait eu une jeunesse, tout comme lui, avait fait l’expérience de la guerre, avait grandi, avait eu une famille ― en fait, elle avait vécu de nombreuses et longues années. Harutora l’avait auparavant regardée sous son identité de “principale” plutôt qu’en tant que “Kurahashi Miyo”.

La principale s’adressa ensuite à Harutora, resté muet, comme si elle avait fouillé dans ses pensées : « Il en allait de même pour Yakô, Harutora-san. »

« Tsuchimikado Yakô était aussi dans la même situation que vous : né dans la famille Tsuchimikado, il a grandi dans une famille traditionnelle puis a brillé avec éclat avant de finir englouti par l’époque. Sa vie a effectivement été atypique, mais il pouvait pleurer et rire, exactement comme une personne ordinaire. »

« Une personne ordinaire…… »

« Oui, mais il y a aussi des gens qui ne comprennent pas cela. En tant que Tsuchimikado, peut-être considérez-vous Yakô comme le coupable du déclin de votre famille ― une tache sur la communauté magique, mais vous le savez, n’est-ce pas ? Il y a effectivement des gens qui pensent tout le contraire. »

« Qui pensent tout le contraire…… Comment ça ? »

« Il y a un groupe qui voit Yakô comme un héros et le dépeint aux couleurs d’un dieu…… Ce sont les fanatiques adorateurs de Yakô. »

Harutora lança un coup d’œil interrogateur à Tôji à la mention de ce nom qu’il n’avait encore jamais entendu, mais il semblait que ce fût aussi une première pour son ami.

« Ils ignorent l’humain ordinaire en Yakô et l’idolâtrent aveuglément…… Malheureusement, l’affaire concernant Natsume-san a aussi atteint leurs oreilles et ils ont même déjà essayé de le contacter. »

« Ils, Ils sont venus trouver Natsume ? Comment…… »

Il n’en avait pas entendu parler. En résumé, Natsume se faisait épier par un groupe de fanatiques fous.

« La situation à laquelle je veux que vous vous habituiez tous les deux inclut également ces dangers. Ces gens sont convaincus que les rumeurs sont vraies. Je sais que cela a l’air absurde, mais c’est la réalité. »

La principale les avertit, le visage sévère. Harutora était sans voix.

« Les impressions sont aussi une forme de magie…… Mais également une malédiction. » La principale parla lentement :

« Il en va de même pour les rumeurs. Cette forme de magie ensorcelle les cœurs humains…… La magie que l’onmyôdô ne reconnaît pas comme vraiment efficace est communément appelée magie de seconde classe, mais peu importe qu’elle soit de première ou de deuxième classe, la magie reste de la magie. Qui plus est, cette magie absolument terrifiante et puissante est classifiée strictement en seconde classe, mais peut-être est-ce trop dur pour que vous compreniez. »

« ………… »

Harutora et Tôji étaient silencieux et le chat sur les genoux de la principale bailla, comme pour dire impatiemment : “Qu’est-ce qui est dur à comprendre là-dedans ?”

« …… Harutora-san, Tôji-san, il se peut que vous rencontriez un grand nombre de difficulté à l’avenir, alors travaillez dur et surmontez-les pas à pas. J’ai hâte de voir vos performances futures, en tant qu’individu ainsi qu’en tant que principale. »

Tout en disant cela, la principale sourit.

À ce moment exact, le bruit d’un frappement retentit derrière eux, comme si la personne l’ayant produit avait remarqué que la conversation dans la pièce s’était arrêtée. « Excusez-moi…… » Sur ces mots, un homme glissa la tête à l’intérieur.

« Principale ? L’heure prévue est déjà passée, avez-vous encore besoin d’un moment ? »

« Oh là là, je vous ai fait attendre, je suis désolée. Nous venons de terminer. »

« Ah, c’est parfait. »

Un homme dégingandé pénétra dans le bureau de la principale.

Il paraissait relativement jeune, mais pas très énergique. Il avait les cheveux en pagaille et portait une paire de lunettes mondaine. Il était vêtu d’une vieille chemise et d’une cravate couvertes par une veste bon marché assortie d’un pantalon fripé. Un léger sourire apparut sur son visage fin, donnant l’impression qu’il était plus “faible” que “doux”.

Mais la portion de son corps attirant le plus l’attention était sans aucun doute la canne dans sa main droite. Quand il était entré dans la pièce, il s’appuyait sur celle-ci pour avancer, traînant les pieds ― en baissant les yeux, on voyait qu’il y avait un bâton en bois dans le prolongement de la jambe droite de son pantalon.

C’était une fausse jambe, qui plus est une qui ne pouvait pas apparaître dans cette ère moderne ― une fausse jambe d’époque, comme ce qu’utilisaient les pirates médiévaux.

Peut-être parce qu’il avait remarqué leur regard, l’homme sourit cordialement, levant sa fausse jambe droite.

« Oh ? Ça ? C’est cool, pas vrai ? Je suis un professeur de cette académie mais je suis aussi onmyôji, donc je dois bien vanter mon prestige. »

Ce qui était stupéfiant, c’était que l’homme parlait avec énormément de vivacité de gaieté.

Ils n’avaient aucune idée de ce dont il était fier ― de plus, ils ne comprenaient pas quel genre de prestige cette fausse jambe pouvait vanter, mais il était assez enthousiaste et parlait avec un accent du Kansai.

… Quelle étrange personne……

Réalisant qu’il était impoli, le visage de Harutora se contracta quand même légèrement.

« Voici votre professeur principal, Ohtomo Jin-sensei. Ne le jugez pas à son apparence, il est extrêmement compétent, » dit la principale en souriant.

« Comment pouvez-vous dire ça, principale. Ah, peu importe, c’est comme ça, de toute façon. J’espère qu’on s’entendra bien. »

Ohtomo arbora un large sourire tout en disant cela. Même s’il avait l’air extrêmement faible et peu fiable en apparence, son sourire était plein de vigueur.

« Alors allons-y, tout le monde vous attend dans la classe, tous les deux – Principale, je vais vous laisser. »

Ohtomo baissa la tête pour la saluer, conduisant Harutora et Tôji à l’extérieur du bureau de la principale.

Le chat ronronna, comme pour les prévenir : “Travaillez dur.”

Partie 4[edit]

« Elle ne faisait pas peur~ ? » murmura Ohtomo à Harutora et Tôji une fois qu’ils furent rendus dans le couloir, comme s’il racontait de mauvaises choses en secret.

« Hein ? Quoi donc ? »

« La principale, bien sûr…… Vous ne le saviez pas ? Cette vieille femme a des airs de patronne d’entreprise, mais c’est en fait une grosse pointure dans les coulisses de ce milieu. »

« Quoi ? Vous parlez de la principale ? »

« Exactement…… Mais au fait, est-ce que tu n’es pas un Tsuchimikado ? Comment peux-tu ne même pas connaître ce petit détail ? »

Ohtomo était perplexe mais Harutora ne comprenait pas ce qu’il voulait dire et était perdu.

« Ah. »

Les mots d’Ohtomo firent réagir Tôji, à côté de Harutora.

« Alors c’était cette Kurahashi…… » murmura-t-il.

« C’est ça, » répondit Ohtomo.

Apparemment, seul Harutora qui n’y connaissait rien était mis à part et il adressa à Tôji un regard insatisfait. Ce dernier, en revanche, lui en rendit un signifiant : “Je t’expliquerai plus tard”.

« Vous devriez faire attention, les shikigami de la principale sont partout dans cette académie, donc vous vous ferez prendre dans la seconde si vous osez sécher les cours. Mais si vous devez faire l’école buissonnière pour quelque chose, vous pouvez venir me demander. Comme je l’ai dit tout de suite, je suis un spécialiste, donc je peux vous donner des tuyaux pour éviter les yeux et les oreilles de la principale. »

Un professeur de ce genre qui parlait ouvertement de sécher les cours la première fois qu’il rencontrait ses élèves n’avait pas l’air de quelqu’un sur qui on pouvait compter. Harutora fit un “oui” indifférent et Tôji fronça aussi les sourcils. Mais il semblait avoir cette réaction parce qu’il n’était pas sûr du genre de personne qu’était ce professeur.

« En tout cas, la principale m’a déjà parlé de votre situation. Si vous avez des ennuis, n’hésitez pas à m’en parler, » dit gaiement Ohtomo, l’air pas ennuyé le moins du monde.

Comme on pouvait s’attendre de l’Académie d’Onmyô, la principale et les professeurs étaient incontestablement uniques.

… À ce titre, se pouvait-il que les élèves d’ici soient tous des excentriques ?

Harutora baissa les yeux comme s’il envisageait cette possibilité.

Tout à coup, il ouvrit la bouche pour demander : « Ah, c’est vrai, sensei, est-ce que je peux vous demander quelque chose ? »

« Oui ? Tu as trouvé des ennuis si vite que ça ? »

« Non, je ne peux pas appeler ça un ennui ― la principale a dit quelque chose d’étrange quand elle nous a vus pour la première fois, savez-vous à quoi “Hishamaru” et “Kakugyôki” font référence ? »

Quand Ohtomo, qui boitillait devant eux penché sa canne, entendit cela, il s’arrêta.

Il se retourna, le visage plein d’étonnement ― il jeta un coup d’œil à Harutora, arborant un air curieux.

Il tourna ensuite des yeux perplexes vers Tôji.

Tôji haussa les épaules, disant :

« Vous n’avez pas entendu parler de notre situation ? Ce type est un Tsuchimikado mais, pour résumer, il n’y connait en fait rien en onmyôdô. »

« … Quoi ? Comment tu peux dire ça, Tôji ? Se pourrait-il que tu le saches ? » demanda Harutora.

Mais Tôji acquiesça naturellement pour répondre. Ohtomo murmura : « …… Je vois. » Il avait compris après les avoir vus interagir tous les deux.

Puis son visage prit un air quelque peu sérieux.

« Harutora-kun, Hishamaru et Kakugyôki font référence aux noms de shikigami. »

« Des shikigami ? »

« Exactement, c’étaient les shikigami de Tsuchimikado Yakô. »

« Quoi ? »

Harutora eut le souffle coupé et Ohtomo arbora un sourire sombre un peu différent du précédent.

« On dit de Yakô qu’il gardait au moins un millier de shikigami, mais parmi eux, il y avait deux serviteurs qui étaient toujours à la gauche et à la droite de leur maître…… Hishamaru et Kakugyôki. »

« Les serviteurs de…… »

Harutora comprit enfin la signification des paroles prononcées par la principale.

Les Hishamaru et Kakugyôki de Natsume.

Non seulement la principale avait-elle comparé Natsume à Yakô, elle avait aussi évalué Harutora et Tôji de la même façon.

En d’autres termes……

… La principale pensait aussi que la rumeur était vraie ?

Un frisson glacé parut monter dans son dos.

« …… Les deux serviteurs sont devenus des officiers d’onmyô dans l’ancienne armée japonaise et même en temps de guerre, les shikigami possédaient un rang et un traitement exceptionnel. Mais les pouvoirs des deux serviteurs étaient puissants et ils font toujours l’objet d’admiration, aujourd’hui encore. »

Après ses explications, Ohtomo se remit en marche avec sa jambe boiteuse. Harutora s’empressa de le suivre et Tôji commença aussi à marcher à grandes enjambées en silence.

Après cela, Ohtomo, pourtant bavard, ne dit plus le moindre mot.

Ils prirent l’ascenseur pour descendre, parcourant les couloirs selon la direction d’Ohtomo.

Peu de temps après ― « Nous y sommes. » Ohtomo s’arrêta devant une porte.

Un sentiment d’agitation leur parvenait de derrière la porte, une agrégation claire de jeunes d’âges similaires, dégageant l’atmosphère particulière d’une “salle de classe”.

… C’était ici.

Harutora connaissait bien ce sentiment, ce qui n’était pas le cas pour les autres zones de l’Académie d’Onmyô, mais cela fit grandir davantage sa tension. C’était une espèce de “tension d’élève transféré”. Harutora avait vécu au même endroit depuis qu’il était petit, donc il n’avait jamais eu à faire l’expérience d’un changement d’école depuis le primaire.

Il jeta un discret coup d’œil à Tôji, remarquant qu’il avait toujours la même indifférence apparente. Il essaya aussi d’afficher un air serein, mais il ne put réprimer les battements accélérant rapidement dans sa poitrine.

Ohtomo posa la main sur la poignée, se retourna et dit avec un sourire : « Vous êtes prêts ?! »

Quand il ouvrit la porte, une explosion de bruit se déversa instantanément de la salle de classe ― et puis elle s’éteignit.

« Très bien~ Désolé pour l’attente, j’ai amené les élèves transférés tant attendus~ »

Ohtomo entra dans la salle tranquillement et Harutora le suivit, mal à l’aise.

La salle de classe était assez spacieuse et vaste, le plafond était plutôt haut, la configuration de la pièce étant complètement différente de celle de son lycée public. Le sol était penché de telle sorte qu’il était élevé au fond et les bureaux et chaises fixes s’ouvraient en éventail, donnant à Harutora l’impression que la salle de classe était une petite salle de concert.

Puis–

Des garçons et des filles d’à peu près le même âge portant l’uniforme de l’Académie d’Onmyô et assis dans les rangs de sièges surélevés les observaient.

L’uniforme masculin était noir de jais et celui des filles d’un blanc pur. Peut-être était-ce ce style unique qui donnait l’étrange impression d’être face à un groupe de corbeaux noirs et blancs.

… Ouah !

On lui lançait des regards depuis les quatre coins de la pièce.

Même si ce n’étaient que des regards, il y en avait tant rassemblés que cela lui donna même une sensation de poids. Lui qui utilisait normalement un bouclier d’indifférence pour protéger le paresseux qu’il était avait maintenant l’impression qu’on l’avait obligé à enlever ses armes et poussé désarmé sous les yeux d’un grand nombre de personnes.

« Ok, regardez par ici tout le monde~ Voici les deux élèves qui rejoindront cette classe à partir d’aujourd’hui, Tsuchimikado Harutora-san et Ato Tôji-san. Ok, saluez tout le monde, s’il vous plaît. »

« …… Je, Je m’appelle Tsuchimikado Harutora. »

« Je m’appelle Ato Tôji. »

« Hmm… Eh oh, c’est tout ? La première impression est très importante, vous devez vous exprimer un peu plus. »

Ohtomo secoua la tête, il avait l’air de s’ennuyer. Peut-être cela ne posait-il pas de problème pour Tôji, mais Harutora se sentait impuissant. Ces regards qui le fixaient ainsi que les nombreux élèves de l’académie derrière eux l’inquiétaient.

… “Fais attention de ne pas te faire “bouffer”.”

L’avertissement de Tôji passa en un éclair dans son esprit. Harutora n’était jamais capable de juger quel genre de regard l’observait ― s’ils étaient emplis de malice ou de curiosité, ou alors simplement en train de scruter de nouveaux visages. Mais l’avertissement s’accrochait à son esprit et ces yeux avaient aussi l’air de contenir de la méchanceté.

En outre, cette classe était pleine d’élèves de tout le pays s’étant fixé comme objectif de devenir des onmyôji. Comment un amateur comme lui pouvait-il bien se comparer à pareils adversaires ?

Ses genoux tremblaient nerveusement.

Sa gorge était incroyablement sèche.

C’est alors que……

Bakatora !

… Quoi ?

Il avait l’impression d’avoir entendu une voix, mais bien sûr, personne n’avait parlé. En fait, il avait juste entendu les murmures des élèves et la voix insouciante d’Ohtomo.

Mais au même moment, il remarqua également ce regard.

Ces deux yeux qui l’observaient et ce regard sincère et chaleureux.

Il leva les yeux et la vit ― Natsume.

Natsume était ous ses yeux.

Elle était assise sur une chaise à un angle de la pièce, le dos droit et les yeux fixés sur lui. Elle se tenait simplement là silencieusement mais elle attirait tellement l’œil qu’il s’étonna de ne pas l’avoir remarquée plus tôt.

Ses cheveux noirs et soyeux étaient noués avec un ruban rose et sa beauté était telle celle de fleurs fraîchement cueillies placées sous la lumière du soleil, couvertes d’une ombre pâle et onirique.

D’un autre côte, il voyait immédiatement l’esprit, la fierté et les qualités nobles cachés profondément en elle. Natsume dégageait également un sentiment unique comparé aux autres élèves dans la salle, comme si son existence était différente de celle des autres.

… C’est vrai, ici……

Au début, il s’était dit que c’était un endroit avec des ennemis de tous les côtés où ne se trouverait pas une personne qui n’était un étranger qu’il n’avait jamais rencontré.

Mais ce n’était pas le cas.

Natsume était à l’Académie d’Onmyô.

C’était l’amie d’enfance de Harutora, le maître qu’il servait en tant que shikigami.

Entrer à l’Académie d’Onmyô équivalait à venir aux côtés de Natsume. Tandis qu’il se disait cela, son corps et son esprit tendus se détendirent tout à coup, comme par magie.

D’un autre côté, qu’avait-elle donc, à faire ce genre d’expression ?

Elle n’avait fait aucune autre action remarquable et était juste assise sur sa chaise, regardant Harutora et Tôji qui se trouvaient sur l’estrade.

Cependant, ses yeux ronds étaient brillants ― d’une lumière claire et vive. Son visage blanc était légèrement rouge et il pouvait voir qu’elle respirait bien vite.

C’était comme lorsqu’elle était jeune ― Elle était une enfant qui ne pouvait cacher sa joie à l’idée d’être enfin réunie avec son compagnon. Harutora oublia sa position pendant un instant, souriant ironiquement.

Cette demi-année, Natsume avait enduré toute seule les regards qui lui étaient adressés, tout cela pour accueillir ce moment ― pour saluer son “compagnon”.

À cause de cela, Natsume, habituellement calme, était très joyeuse et manifestement excitée.

… Je t’ai fait attendre.

Harutora rendit son regard à Natsume avec ce genre de sentiments. Peut-être était-il hypersensible, mais il lui sembla remarquer que la lumière dans les yeux de son amie devenait plus magnifique encore tandis que ses narines s’élargissaient doucement. Bien sûr, s’il lui demandait plus tard, elle le nierait à coup sûr, le visage rouge : “Il ne s’est rien passé de tel !”

Mais–

Il n’était vraiment pas habitué à la voir habillée ainsi.

L’amie d’enfance en face de lui, son maître, Natsume.

C’était juste que son apparence était différente de la Natsume que Harutora connaissait bien.

La fille de la famille principale portait à présent un uniforme noir ― l’uniforme des garçons, les cheveux noués en une queue de cheval. C’était la deuxième fois qu’il la voyait vêtue de cette façon de ses propres yeux.

… Alors il y avait vraiment ce genre de tradition……

L’héritier des Tsuchimikado devait se comporter comme un homme devant les étrangers.

Tout comme la tradition dictant que “les membres de la famille secondaire devaient devenir des shikigami de la famille principale” que Harutora devait suivre, cela semblait être une tradition de la famille principale. Natsume était liée par la tradition, intégrant l’Académie d’Onmyô en tant que garçon tout en cachant son propre sexe. Harutora avait appris cela le jour même de son arrivée à Tokyo ― tout juste la veille.

… Comment avait-elle fait pour ne pas cracher le morceau ? Et elle avait même gardé ses cheveux aussi longs……

Il ne dirait pas la vérité à Natsume, même menacé de mort, mais malheureusement, son corps élancé actuel n’était pas ce que la plupart des gens considérerait comme “féminin”. Cependant, son visage était plus fin que celui d’un homme et si elle parlait avec sa voix d’origine, cela ferait naître à coups sûrs des soupçons. Et elle utilisait même un ruban rose pour attacher ses cheveux, donc il ne comprenait vraiment pas comment son déguisement pouvait ne pas avoir été percé à jour d’une manière ou d’une autre.

En fait, en apparence, Natsume avait l’air d’une “fille prétendant être un garçon”, peu importe la façon dont les yeux dans le secret de Harutora la regardaient, lui donnant l’air d’une lycéenne essayant désespérément de se fondre dans une école pour garçons, avec une tenue ne paraissant pas vraiment naturelle.

… C’était probablement parce que Natsume n’avait aucun bon ami ici.

La Natsume que Harutora connaissait était extrêmement timide et manquait de sociabilité. En ajoutant à cela la rumeur comme quoi elle était la réincarnation de Yakô, elle n’avait probablement absolument aucun ami, donc son vrai sexe n’avait pas été mis à jour.

Combien de temps pourrait-elle continuer à le cacher ?

Natsume était effectivement une fille androgyne, mais elle n’avait que seize ans et grandirait de plus en plus en féminité à l’avenir, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur, il en était sûr. Pourrait-elle vraiment continuer à dissimuler son secret comme cela ? Un sentiment perturbé différent du précédent grandit tout à coup dans le cœur de Harutora.

« Ils sont entrés une demi-année après tous les autres et il se pourrait qu’ils n’arrivent pas à suivre le rythme de la classe au début, donc je vous prie de faire bien attention à eux, vous tous, » dit Ohtomo avec un large sourire détendu.

En tout cas, les présentations s’arrêtaient là pour le moment.

Mais alors même que la voix d’Ohtomo baissait, un bras blanc comme la neige se dressa vers le plafond.

Une main se leva au milieu de la salle de classe.

Le regard de Harutora fut attiré ailleurs, se détachant de Natsume.

… Oh, qu’elle est mignonne.

Une élève vêtue de blanc levait silencieusement la main.

Ses cheveux châtains légèrement bouclés étaient attachés, des mèches pendant doucement de chaque côté de son visage. Son regard était clair et acéré, ses fins cils courbés et son visage maquillés d’une touche de rouge à lèvres brillant qui allait bien avec sa peau saine, ce qui dégageait une sensation adorable mais sûrement pas tapageuse.

Son visage était petit, ne perdant pas même face à celui de Natsume et son corps avait l’air plus gracieux grâce à cela. Comparée à la silhouette androgyne de son amie, elle était une fille d’une beauté complètement féminine et il n’aurait pas été exagéré de la comparer à un membre d’un groupe d’idoles ― ou même à leur leader.

« Ohtomo-sensei, j’ai une question, » demanda la fille avec une jolie voix et un ton clair.

Ohtomo répondit joyeusement : « Kyôko-kun ? »

Apparemment, son nom était Kyôko.

« N’hésite pas à leur poser des questions, comme leurs mensurations…… En fait, peu importe les mensurations d’un homme, choisis quelque chose comme ce qu’ils aiment ou s’ils ont des petites-amies…… »

Ne répondait-il pas un peu imprudemment ? Harutora regarda Ohtomo de travers.

Mais–

« N’est-ce pas très étrange qu’ils soient transférés à cette période ? Cela viole le règlement de l’Académie d’Onmyô. Normalement, n’attendraient-ils pas l’année prochaine pour être admis ? »

La fille ― Kyôko ― le formula aussi sévèrement qu’un grand coup de fouet.

Une claire méchanceté transpirait dans son ton ― Non, ce n’était pas ce genre de sombre méchanceté mais un sentiment agité de mécontentement.

… Ah, cette personne.

L’une d’elle s’était montrée, se dit Harutora. Tôji s’était attendu depuis longtemps à ce que des élèves réagissent ainsi. Harutora trembla mais un sourire froid émergea sur le visage de son ami.

D’un autre côté, Ohtomo était toujours insouciant, son expression ne montrant aucun embarras.

« C’est vrai, en fait, la situation est un peu compliquée, ce qui les oblige à entrer à cette période particulière. »

« Puis-je demander de quel genre de situation il s’agit ? »

« Tu sais, c’est ce genre de situations. »

« Est-ce une situation qui ne peut être rendue public ? »

« C’est ça. »

Ohtomo arbora un sourire en coin et les joues de Kyôko rougirent instantanément.

« Nous avons réussi à intégrer l’Académie d’Onmyô en travaillant désespérément pour l’examen qui ne se tient qu’une fois par an ! Comment ces personnes peuvent-elles y entrer si facilement pour une raison quelconque qui ne peut être rendue public ? »

« Ils on aussi passé l’examen. »

« Quand bien même, l’examen n’a-t-il pas été arrangé spécialement pour eux deux, dans ce cas ? Ce n’est pas juste du tout ! »

« Au final, la chance est aussi une forme de force. »

« Je vous prie de ne pas m’ignorer en faisant une blague ! »

Kyôko le réprimanda avec ressentiment. Ensuite, elle respira profondément comme si elle avait remarqué qu’Ohtomo la menait par le bout du nez, recouvrant son calme.

Même si cela n’avait duré qu’un moment, le regard avec lequel elle fixait Ohtomo s’était tout à coup tourné vers Harutora. Leurs yeux se croisèrent et elle se détourna immédiatement, une expression non déguisée d’indifférence sur le visage, pour dévisager à nouveau le professeur.

Puis elle demanda d’une voix forte et calme : « …… Est-ce parce que c’est un Tsuchimikado ? »

L’atmosphère dans la salle de classe se tendit instantanément à cause de ces mots.

« Les membres de la famille Tsuchimikado peuvent avoir un traitement particulier ? N’est-ce pas injuste ? »

… Comme prévu……

Les choses s’étaient développées comme l’avait prédit Tôji. Harutora était immédiatement devenu le centre de la discussion et ne pouvait s’empêcher de vouloir pleurer.

Il jeta un coup d’œil à l’expression de Tôji et il se trouva que tous deux se regardaient. Il savait sans demander qu’il arborait clairement un air moqueur, semblant dire “oh, mais de rien”. En y réfléchissant attentivement, même si Tôji lui-même n’était pas un Tsuchimikado, il devrait malgré tout être profondément troublé par cette discussion, mais cet air dégageait comme de l’excitation à l’idée d’attiser les problèmes à peine arrivé. Quelle insouciance.

… Mais……

Ce n’était pas comme si Harutora ne comprenait pas la déclaration de Kyôko. Le traitement spécial qu’ils avaient reçu, Tôji et lui, était vraiment déplaisant aux yeux des élèves qui avaient travaillé si dur pour préparer l’examen d’entrée pour l’Académie d’Onmyô.

Mais même s’il savait qu’elle était suffisamment insatisfaite pour mettre cela en doute délibérément devant la classe entière, il ne savait vraiment pas comment répondre et il aurait été préférable qu’elle aborde ce sujet avec lui en privé.

… Que devrait-il faire ?

Dès que le nom des Tsuchimikado sortit, le brouhaha dans la classe cessa. Ohtomo marmonna silencieusement, embêté et se demandant comment répondre. En tout cas, il devrait d’abord nier le fait que ce fût injuste ! C’est ce que se dit Harutora, mais peut-être l’homme sentait-il en son for intérieur que les choses étaient intéressantes.

Apparemment, c’était à lui de se justifier. Alors même que Harutora pensait cela……

« Ne va pas trop loin. » Une voix moralisatrice s’éleva dans le bruit envahissant la salle.

La voix venait de Natsume.

Elle se leva, les mains placées sur la table. Harutora n’était pas le seul surpris puisqu’il en allait de même pour Kyôko et les autres élèves. Tout le monde dans la classe ― Ohtomo inclus ― se tourna vers l’angle de la salle de classe, surpris.

Mais Natsume ne prêta pas attention aux réactions qui l’entouraient.

« Kurahashi Kyôko, puis-je te demander pour quelles raisons tu évoques les Tsuchimikado ? En tant que Tsuchimikado moi-même, je dois clarifier le fait que ma famille ne requière aucune accommodation spéciale de la part de l’Académie d’Onmyô. Si tu ne fais que dire cela à la légère, c’est une grande insulte envers Harutora et moi. Je te prie de retirer ce que tu as dis et de lui présenter tes excuses. »

Son ton était énergique mais pas particulièrement impoli, comme l’entaille d’une épée affûtée. La salle de classe devint silencieuse, chacun des élèves retenant son souffle.

Devant les remarques de Natsume, le visage de Kyôko perdit sa couleur, comme si elle avait été attaquée.

Mais elle ne revint pas sur sa position.

« Qu, Quoiqu’il en soit, je te prie d’expliquer clairement la situation. »

Elle passa à l’offensive à la place, fixant Natsume.

« Il n’y en a aucune de convaincante ! Si vous ne pouvez l’expliquer, la plupart des gens ne seraient-ils pas persuadés que le pouvoir de la famille Tsuchimikado est à l’œuvre en coulisses ? Et puis– »

Kyôko se leva tout à coup, fixant Natsume tout en pointant Harutora du doigt sur l’estrade.

Harutora était sur le point de parler mais elle prit l’initiative et continua à parler :

« Natsume-kun, n’est-il pas ton shikigami ? Tu lui as tout spécialement permis d’intégrer l’Académie d’Onmyô pour que ton shikigami puisse être avec toi ― tout le monde ne devinerait-il pas cela ? »

La façon de parler de Kyôko ramena le brouhaha dans la salle de classe et Harutora fut lui aussi surpris. Il avait toujours pensé que seuls Natsume, Tôji et lui-même savaient qu’il était le shikigami de Natsume.

« C’est bien trop dépassé de prendre des humains pour shikigami, mais c’est bien quelque chose que feraient les Tsuchimikado, » déclara Kyôko, arborant délibérément un sourire froid.

Cette apparence était extrêmement imposante et à ne prendre pas à la léger, quoi qu’il arrive.

Mais Natsume n’en était pas moins imposante elle-même.

« C’est complètement absurde, Harutora est mon shikigami mais cela ne prouve pas qu’il a utilisé des moyens déloyaux pour intégrer l’Académie d’Onmyô. N’est-ce pas naturel ? Après tout, pourquoi l’Académie d’Onmyô donnerait-elle une dérogation spéciale à un élève tout ce qu’il y a de plus ordinaire ? C’est mon shikigami, c’est effectivement une des raisons pour lesquelles il est entré dans l’école, mais cela n’explique en rien pourquoi il arrive maintenant. Ça suffit, maintenant, avec tes bêtises. »

Natsume avait l’air cohérente et impassible. Kyôko se leva à nouveau, son expression disant qu’elle ne laisserait pas Natsume tranquille.

« Un élève tout ce qu’il y a de plus ordinaire ? Tu es l’héritier de la famille Tsuchimikado– »

« Alors permets-moi de me corriger en reprenant tes mots. Pour le “simple héritier de la famille Tsuchimikado”, n’est-ce pas ? Crois-tu que l’établissement le plus important du pays en matière d’entraînement d’onmyôji aiderait tout spécialement un élève qui ne le mérite pas et détruirait sa propre réputation ? Tu devrais également savoir que la famille Tsuchimikado actuelle a décliné. Si tu doutes vraiment, alors ta propre famille devrait être la plus grande suspecte, n’est-ce pas ? » argua froidement Natsume.

Le visage de Kyôko prit une couleur de cendre.

« Ce que je demandais, c’est quel genre de secret il a pour arriver ici à une période aussi étrange ? »

« N’as-tu pas entendu ce qu’a dit sensei ? Il a déjà expliqué qu’il ne pouvait nous en informer. »

« Je ne peux accepter cela ! »

« Le choix ne te revient pas. De plus, que tu l’acceptes ou non ne nous regarde pas, pas plus que cela ne regarde l’Académie d’Onmyô. Cette histoire n’a absolument aucun lien avec toi et tu n’as pas le droit de la connaître. »

« Quo…… ! »

« Si tu gènes à nouveau notre classe avec de telles spéculations infondées, je te prie de quitter la salle. L’Académie d’Onmyô est un endroit pour apprendre l’onmyôdô, donc ne l’utilise pas pour satisfaire tes propres désirs. »

Aux oreilles d’un observateur extérieur comme Harutora, c’était une dénonciation assez intense. Même s’il était heureux qu’elle le défende ainsi, il ne pouvait malgré tout pas s’empêcher d’être sidéré et de se dire : “pas étonnant qu’elle ne puisse pas se faire des amis.”

… Qui plus est, cette idiote avait aussi l’impression d’avoir “gagné” et arborait un air d’autosatisfaction……

Même si Natsume prétendait être calme, Harutora pouvait voir du premier coup d’œil qu’elle était anormalement excitée. En particulier, cette engueulade qu’elle avait poussée afin de le défendre semblait avoir provoqué l’effet contraire depuis l’extérieur, équivalant à faire de lui un ennemi collectif juste après son arrivée.

Harutora se tourna vers Ohtomo comme s’il s’était souvenu de quelque chose.

« …… Vous n’allez pas les arrêter ? »

« Hein ? …… Oh là là ! J’ai oublié ! »

Ce professeur n’était pas seulement peu fiable, il ne prêtait même pas attention à quoi que ce soit. Harutora put jeter un regard furtif au seul compagnon qui lui restait, Tôji. Même s’il affichait délibérément une attitude indifférente, il arborait en fait un air d’excitation contenue tout en se tenant sur la ligne de touche.

L’avenir s’annonçait pénible.

Harutora regarda les deux filles qui se disputaient assez pour envoyer des étincelles ― l’une d’elle était aussi une fille portant des vêtements de garçon ― et sentit une perspective lugubre du futur.

Références[edit]

  1. Jump up Littéralement “chiens-lion”. Ce sont des sculptures en pierre installées à l’entrée des temples japonais. https://fr.wikipedia.org/wiki/Komainu
  2. Jump up Échecs japonais.

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