Tokyo Ravens – Tome 2 Chapitre 2

« Harutora, comme tu n’avais pas tort, tu n’as pas à t’en faire pour elle. »

« Comment est-ce que je…… »

Les cours de la matinée s’étaient terminés, Harutora se sentant encore embarrassé après sa présentation désastreuse. Ses épaules étaient fatiguées et lourdes, comme si elles étaient en pierre, ce qui le fit s’écrouler d’épuisement sur le bureau de la classe.

C’était la pause du midi. Les nombreux élèves ― Kyôko incluse à l’instant ― quittèrent la salle, se glissant dehors pour manger. Évidemment, personne n’osa discuter avec Harutora qui avait provoqué du tumulte dès son entrée dans la classe.

Un seul garçon faisait exception.

« Haaaah… »

Tôji esquissa un sourire non dissimulé, étant lui-même à moitié un profane.

« Tu te fais remarquer dès ton arrivée, c’est tout simplement parfait, Harutora. »

« Comment ça, “parfait” ? Tout est fini. »

« Pas du tout, faire montre de son pouvoir au début pour jauger la réaction des autres compte comme une manière de chercher des gens forts, ce n’est pas mal. »

« Bon sang, je ne peux pas croire que tu aies ce genre d’attitude insouciante… Tout d’abord, je n’étais pas le seul à faire montre de mon pouvoir. »

En temps normal, Tôji aurait sans aucun doute été le plus remarqué, jamais Harutora, mais cette fois, il avait été complètement éclipsé par le “duo Tsuchimikado”. Il avait été jusqu’à dire : « Comme ça, c’est beaucoup plus facile de bouger, alors j’approuve. »

« J’oubliais, Natsume. Est-ce que cette élève, Kyôko, est toujours comme ça ? Elle a l’air de profondément haïr la famille Tsuchimikado, » demanda Tôji, mais Natsume secoua gravement la tête.

« Non…… Elle ne laisse pas passer les occasions pour m’attaquer, mais elle affiche rarement son opposition envers moi comme elle l’a fait aujourd’hui. Grâce à elle, je me suis aussi sentie un peu enflammée. »

« …… À mes yeux, ce n’était pas qu'”un peu”. »

« De quoi es-tu mécontent ? Harutora, je t’ai défendu. En même temps, il est tout naturel que je protège mon propre shikigami. »

Natsume parla avec noblesse et fierté, et Harutora s’écroula sur le bureau. Les coins de sa bouche tombèrent.

Quant à Tôji, il était assis sur la table, plongé dans ses pensées.

« …… Se pourrait-il qu’on ait fait quelque chose qui l’ait offensée ? »

« Je ne sais pas, je n’en ai même pas la moindre idée. »

« Quand tu l’as appelée Kurahashi Kyôko, tout à l’heure, est-ce que ça pourrait être “ces” Kurahashi ? Dans ce cas, peut-être que ça a un rapport. »

« Elle vient effectivement de cette famille, mais malgré tout je ne vois pas pourquoi. Mon père les a rencontrés, mais je n’ai presque jamais été en contact avec la famille Kurahashi, » répondit Natsume, arborant une expression embarrassée.

Harutora leva tout d’un coup la tête en entendant à nouveau le nom “Kurahashi”.

« Ah oui, sensei vient de le mentionner, alors est-ce que cette Kur… Attendez, Natsume, Tôji, est-ce que vous n’êtes pas un peu trop familiers l’un avec l’autre ? Vous ne vous êtes pas rencontrés pour la première fois hier ? » demanda Harutora, déconcerté, et le corps de Natsume trembla visiblement en entendant sa question.

Harutora et Tôji avaient été dans le même lycée et tous les deux s’entendaient déjà bien avant, depuis l’époque où le père de Harutora avait soigné Tôji. Mais ce dernier avait vu Natsume pour la première fois quand il était arrivé à Tokyo avec Harutora la veille. À ce moment-là, Harutora avait même dit que Natsume était en fait une fille ― après tout, il avait souvent parlé de la fille avec qui il avait joué pendant son enfance à son ami avant de connaître la tradition de la famille principale. Mais tous les deux n’avaient rien échangé de plus qu’un simple bonjour.

Mais, mis à part Tôji, pourquoi Natsume, d’ordinaire timide, discutait-elle maintenant aussi énergiquement avec lui ?

« Euh, eh, eh bien…… »

Le visage délicat de Natsume se figea et ses paroles se hachèrent tandis que son regard se baladait à droite à gauche.

Contrairement à elle, Tôji paraissait imperturbable.

« Tu ne savais pas, Harutora ? Les gens ne peuvent tout simplement pas s’empêcher de venir me parler, je suis un type tellement charmant. »

« …… Dire que tu déclares ce genre de choses alors que tu étais autrefois un délinquant juvénile. »

Harutora leva la tête du bureau, fronçant les sourcils d’un air interrogateur. Tôji sourit et posa la main sur la tête de son ami, lui ébouriffant les cheveux.

« Allez, ne t’inquiète pas pour ça. Pour une raison ou pour une autre, j’ai l’impression que ce n’est pas la première fois que je rencontre cette personne, c’est sûrement parce que nous sommes très sociables. Pas vrai, Natsume ? »

« Oui, exact ! C’est ça, Harutora. Nous sommes sociables ! Et le chat que j’avais avant s’appelait Tôji, alors je me sens tout particulièrement proche de lui et je ne le considère pas du tout comme un étranger ! »

Touji feignit un sourire, mais Natsume se força à éclater de rire. Harutora eut l’impression qu’il se jouait entre eux, devant lui, une espèce de comédie, et son froncement de sourcil s’accentua encore.

Mais Natsume et Touji n’avaient effectivement pas pu se rencontrer avant, alors il ne pouvait que croire leurs affirmations. Plus important, secrètement, il avait craint que les personnalités de ces deux personnes ne se mélangent pas très bien, mais au contraire, une telle scène se déroulait face à lui… Il se sentit soulagé en voyant que tous les deux étaient tout à coup en telle harmonie.

« Se pourrait-il que tu sois jaloux ? »

« Dis donc, toi… »

« Natsume et toi avez été séparés pendant longtemps, mais nous avons sympathisé en un instant, alors que tu sois jaloux ne serait pas– »

« …… D’accord, j’ai compris. Franchement, ça m’ennuierait que vous vous battiez. »

En entendant la question espiègle de Tôji, Harutora ne put qu’abandonner son enquête avec réticence.

La fatigue de Harutora ne pourrait qu’augmenter si tous deux se battaient, alors il ne pouvait qu’espérer qu’une telle crise ne se produirait pas à l’avenir.

Ensuite, il se tourna vers Natsume, comme s’il lui donnait son approbation : « Alors, je suppose qu’il en est ainsi. Natsume, tu peux faire confiance à Tôji. Si tu as besoin de quelque chose, tu peux le trouver pour parler, lui aussi, pas seulement moi. »

« ……… » Mais Natsume ne répondit pas pendant un moment.

Harutora, qui avait à l’origine l’intention de se rallonger fit “Nn ?” en se tournant pour regarder Natsume. Il remarqua que cette dernière se tenait immobile, les yeux écarquillés, les joues légèrement teintées de rouge.

« …… Qu’y a-t-il, Natsume ? »

« Euh, rien…… »

« Ah bon ? Se pourrait-il que tu n’aies pas confiance en Tôji ? »

« Ce, Ce n’est pas ça…… C’est juste que, eh bien…… Tu, Tu n’as pas à t’en faire…… d’accord ? Tôji et moi ne sommes pas si amicaux…… »

Elle se comportait timidement et ne parlait pas clairement. Harutora ne put s’empêcher de froncer les sourcils.

« Qu’est-ce que tu essayes de dire ? »

« Je, Je veux dire, je fais confiance à Tôji, mais…… La plus…… eh bien…… La personne la plus p-proche de moi, c’est toi, Harutora, promis…… » murmura-t-elle doucement sans même regarder Harutora.

Ce dernier ne comprit pas le sens de ses paroles et se retourna pour demander d’un regard de l’aide à Tôji, mais celui-ci regardait le plafond pour une raison ou pour une autre. Harutora, dont l’expression était aussi abasourdie qu’auparavant, avait l’impression de regarder une comédie burlesque.

« En, Enfin bref ! »

Natsume changea frénétiquement de sujet.

« Tout se passera bien entre Tôji, Harutora et moi ! Alors vous n’avez pas besoin de vous soucier des autres élèves, pas même de cette fille. Tant que vous travaillez dur et sérieusement, je suis sûre qu’elle ne dira rien de plus. Si elle ose vous chercher pour causer plus de soucis, elle ne s’en tirera pas à si bon compte. »

After calling out with a red face, Natsume suddenly regained her seriousness, and then said:

« En tout premier lieu ― nous sommes venus à l’Académie d’Onmyô pour pouvoir travailler en toute indépendance dès que possible, et uniquement pour cela. »

« Natsume…… »

Ces paroles révélaient le style de vie qu’avait Natsume à l’Académie d’Onmyô et Harutora se redressa par réflexe sur sa chaise en entendant cela.

Sur cette même note, Natsume avait également déclaré auparavant qu’elle n’avait pas à craindre d’être regardée de haut tant qu’elle montrait son pouvoir à l’Académie d’Onmyô.

Cette façon de dire les choses équivalait à déclarer ouvertement qu’elle ne se souciait pas des autres élèves et qu’elle admettait être isolée dans la classe, sans un seul ami. Cela prouvait les prédictions et les inquiétudes de Harutora.

… Mais Natsume.

Ce n’était pas une bonne chose. La situation de Natsume était complexe et difficile à comprendre, mais il pensait malgré tout que se renfermer sur soi-même n’était pas la bonne solution.

Alors même que Harutora hésitait à faire part de ses inquiétudes…… « Tsuchimikado-kun ― Ah, je cherche Natsume-kun. » Un élève appela depuis le devant de la classe.

C’était un élève portant des lunettes. Harutora et les autres se retournèrent en même temps, le faisant se figer pendant une seconde.

« Euh ― cette personne est là. »

Il indiqua la porte de la classe en disant cela.

Un jeune homme habillé d’un costume se tenait dans le couloir en dehors de la classe. Son corps était grand et fin, et d’apparence il était assez beau. Il sourit tranquillement en remarquant que Harutora et les autres le regardaient, inclinant légèrement la tête en guise de salutations.

Harutora était juste déconcerté quand ― « Oh non ! J’ai oublié. Désolée, Harutora, je dois y aller, » s’exclama Natsume.

« Qu’y a-t-il ? Qu’est-ce qui s’est passé ? »

« Euh…… Je, j’ai un cours particulier tout de suite, alors j’ai aussi cours pendant la pause du midi…… Sais-tu où se trouve la cafétéria des élèves ? »

« Oui, je devrais trouver. »

« Alors vous pouvez aller manger tous les deux, je reviendrai probablement juste avant le début des cours de l’après-midi. »

Elle descendit les escaliers en vitesse après avoir dit cela, se précipitant vers la porte de la salle.

Mais elle s’arrêta tout d’un coup en plein milieu, revint rapidement vers eux et se pencha sur la table.

Ensuite–

« Harutora, Tôji, faisons de notre mieux. »

« … Ah, ok. »

« Ouais. »

Harutora et Tôji répondirent l’un après l’autre à ces yeux clairs et ce regard direct.

Natsume rit joyeusement comme une enfant, se retourna presque comme si elle dansait et quitta finalement la salle de classe. Elle dit quelques mots à l’homme qui l’attendait dans le couloir et disparut immédiatement.

Après que Natsume eut soudainement disparu, le corps entier de Harutora se détendit, mais Tôji dit ironiquement : « Elle est vraiment excitée. »

« Excitée…… hein ? »

Harutora fixa d’un regard complexe le couloir par lequel Natsume avait disparu.

« …… C’est peut-être parce qu’elle porte un uniforme de garçon, mais sa personnalité a changé. Comment dire…… elle fait plus enfant. »

« Oh. »

« Mais ce qui est étrange, c’est que ça ne fait pas du tout inattendu. C’est plutôt comme si j’y étais déjà habitué…… »

« Oh, pas étonnant, » murmura Tôji avec un sourire en entendant le marmonnement de Harutora.

Son air voulait clairement dire : “donc elles sont pareilles toutes les deux, après tout”.

« Mais…… Est-ce que ce type qui est venu chercher Natsume est aussi professeur ici ? »

« Tu veux le savoir ? »

« Un peu…… »

« Peut-être que c’est le petit copain qu’elle a rencontré ici. »

« Qu, Qu’est-ce que tu racontes comme stupidité ? Natsume fait semblant d’être un garçon ici. »

« Et alors ? »

« Eh, qu’est-ce que tu veux dire ?! »

Finalement, Harutora venait d’une zone rurale et quand Tôji, qui avait grandi à Tokyo, dit ceci, il crut presque que “ce genre de choses” n’étaient pas inhabituelles par ici. Son bon ami sourit avec bonhomie en voyant l’air paniqué de Harutora.

« En tout cas, Natsume est partie pile au bon moment. J’ai l’opportunité de commencer à faire de la reconnaissance secrète après avoir fait une reconnaissance de puissance ― attends-moi ici. »

Quand Harutora voulut se renseigner, Tôji avait déjà fourré les mains dans ses poches et s’éloignait tranquillement à grandes enjambées.

Puis ― « Salut, merci pour tout à l’heure. » Il parla amicalement à l’un des élèves qui étaient restés dans la salle de classe, celui qui venait de dire à Natsume que quelqu’un était là pour elle.

Il avait l’air de faire partie du groupe qui amenait son propre panier-repas à l’école. Il était assis à sa place, sur le point d’ouvrir sa boîte quand Tôji le rejoignit. Ses yeux s’écarquillèrent de surprise quand l’élève transféré ― et déjà centre d’attention ― l’interpella sans crier gare.

« Tu te souviens de mon nom ? Je suis Ato Tôji, ravi de te rencontrer. Et toi ? »

« Ah, oui, je m’appelle Momoe, Momoe Tenma… »

« Tenma, ça c’est un nom facile à retenir. Tu peux m’appeler Tôji. »

« Ah, d’accord, alors…… »

Harutora voyait que l’élève appelé Tenma était assez tendu, même de loin. Il s’assurait d’être poli en parlant, même si Tôji la jouait proche.

Son corps était assez petit et fin et il avait une coupe de cheveux traditionnelle conservative et générique. Son visage portant des lunettes faisait montre d’une immaturité de collégien et à première vue, il avait l’air d’un jeune enfantin mais cela lui donnait aussi l’air affable.

… Alors voilà de quelle reconnaissance il parlait……

Apparemment, Tôji avait l’intention de tirer avantage de l’absence de Natsume pour recueillir quelques informations auprès des élèves. Cependant, aux yeux de Harutora qui regardait de loin, on aurait dit un jeune délinquant qui harcelait un garçon de courses.

Tôji souleva par la suite trois raisons pour expliquer pourquoi il avait choisi Tenma comme objet de sa collecte d’informations.

D’une, il avait bien voulu dire à Natsume que quelqu’un la cherchait, montrant qu’il ne lui vouait aucune méchanceté particulière et prouvant aussi qu’il était quelqu’un qui ferait honnêtement ce qu’on lui demanderait de faire.

De deux, il était sur le point d’ouvrir son panier repas. En d’autres termes, il n’avait aucune raison valable de partir donc il lui aurait été difficile de s’échapper.

De trois, il avait l’air très “facile à duper”.

Même si Harutora fut abasourdi en entendant cela, Tôji avait déjà observé les réactions de tous les élèves de la classe quand Natsume et Kyôko s’étaient battues pendant les présentations, ciblant les candidats à cuisiner pour obtenir des informations.

« Tu allais manger ? Je peux t’embêter une seconde ? »

Tôji avait d’abord anticipé la réponse de Tenma ― en fait, il formula bizarrement sa requête. Il dit ne pas vouloir l’embêter mais sourit naturellement en voyant la place libre à côté de Tenma.

Comme s’y attendait Tôji, Tenma arbora vraiment un sourire bon enfant, répondant : « Bien sûr. »

« Super. Je viens juste d’arriver donc je ne connais pas très bien cet endroit, je peux te demander quelques petites choses ? »

« Je, Je vois. Vas-y, si tu veux. »

« Merci bien. Ah, ne t’en fais pas pour moi, continue à manger. »

Ce qui était effrayant à propos de Tôji, c’est qu’il avait clairement été un délinquant juvénile par le passé mais avait des manières aussi sophistiquées. En fait, quand ils avaient été en première année de lycée, Harutora avait vu beaucoup de filles se faire avoir par son apparence sombre et sa douce attitude.

« L’Académie d’Onmyô est vraiment un endroit incroyable, non seulement les installations sont-elles neuves, il y avait même deux komainu à la porte. »

« Tu parles d’Alpha et Oméga, hein. Après que tu t’es habitué à eux, ces deux shikigami sont assez intéressants. »

« Des shikigami, hein. Évidemment, je ne sais pas comment me servir de shikigami, mais est-ce que tu peux déjà en utiliser ? »

« Euh, je, je peux plus ou moins utiliser des shikigami artificiels…… Au final, les interfaces de contrôle actuelles pour les shikigami sont excellentes. »

Tenma était un peu tendu mais il discutait malgré tout avec Tôji. Même si ce dernier avait dérangé son repas, il ne grimaça pas, donc il semblait être aussi gentil que le suggérait son apparence.

Tôji fit silencieusement un signe à Harutora alors qu’il bavardait avec Tenma, probablement pour expliquer qu’ils pouvaient se rapprocher de cette personne. Harutora se leva avec réticence et marcha vers les sièges de Tôji et Tenma.

« Je peux me joindre à vous ? »

« Euh, ah– »

« Eh, tu n’as pas à avoir si peur. Je ne sais pas comment se comporte Natsume, mais on est inoffensifs. Puisqu’il y a deux Tsuchimikado dans la classe, tu peux m’appeler Harutora. »

Harutora ne s’attendait pas à effrayer Tenma davantage que Tôji. Il encaissa le léger coup, fit le tour pour atteindre le siège devant Tenma et s’assit.

« Ce type est assez embêté, lui aussi. C’est un Tsuchimikado, c’est vrai, mais il vient d’une famille secondaire et il ne sait rien de l’onmyôdô. Lui et moi étudiions tous les deux dans un lycée normal jusqu’à cet été. La raison pour laquelle on a pu intégrer l’Académie d’Onmyô n’est pas si incroyable, en fait. Tu as entendu parler du gros incident d’onmyôji d’il y a quelque temps ? En fait, on a été entraînés dedans à ce moment, » expliqua Tôji avec un grand sourire à un Tenma tendu.

« Eh, Tôji. »

Harutora l’interrompit prestement mais Tôji répondit avec insouciance : « Tout va bien. »

« Franchement, l’onmyôji qui a causé l’incident était apparentée à quelque grosse pointure de l’Agence d’Onmyô, cette partie n’a même pas été dévoilée aux médias et nous, deux personnes normales, avons fini par être impliqués dans le “milieu” ― voilà ce qui s’est passé. »

« Tu veux parler de cet incident ? Donc voilà l’histoire. »

Tenma était visiblement choqué. Apparemment, il avait aussi entendu parler de l’incident de cet été puisque ce dernier avait fait les titres nationaux.

Tôji hocha solennellement la tête, poursuivant :

« Le nom Tsuchimikado est sorti d’une manière ou d’une autre et Harutora s’est résolu à endurer la pression qu’il recevait des autres ― mais il ne s’attendait pas aux critiques publiques qu’il vient de subir, donc il a été démoralisé toute la matinée. »

Ses paroles avaient l’air désobligeantes, mais il désigna Harutora d’un coup de menton affectueux. Cette remarque n’était pas fausse du tout mais sa rhétorique était assez intelligente.

Les yeux de Tenma s’écarquillèrent de surprise en entendant l’explication complète. « C’est donc ça. » Il accepta ce que lui avait dit Tôji. De la sympathie émergea même dans ses yeux qui observaient Harutora. Ce dernier était reconnaissant mais il eut l’impression que Tôji exagérait un peu les choses, il ne pouvait donc s’empêcher d’être un peu hésitant.

Tôji haussa les épaules.

« Mais j’imagine que c’est ce qu’on voulait et j’ai décidé de devenir onmyôji à cause de ça, par contre…… Comme l’a dit Tôji, je suis effectivement un peu embêté. »

« Je vois, c’est vraiment malheureux. »

Tout en parlant, Tenma arbora un sourire cordial. Il avait un visage assez mignon et Harutora eut enfin l’impression de discuter avec un “camarade de classe”.

« …… Enfin voilà, on voulait se renseigner un peu sur la “situation de la classe”. Même si tu n’en sais pas grand-chose, pas de problème – Cette élève, ce matin, elle s’appelait “Kurahashi”, si je me souviens bien ? »

Tôji se pencha en avant comme pour parler directement à l’oreille de l’élève et en venir au fait, pensant peut-être que c’était la parfaite opportunité. Tenma murmura : « Ah, » comprenant rapidement ce que voulait dire Tôji.

« C’est ça, c’est la princesse de la famille Kurahashi. Mais ce n’est pas une fille aussi coincée, elle fait même preuve d’ouverture quand elle me parle. »

« …… Mais ses prises de parole étaient assez acérées aujourd’hui. »

« Oui, elle se met dans cet état à chaque fois que ça implique Natsume-kun…… On dirait qu’elle a fait de lui son rival. »

Le sourire doux de Tenma gagna légèrement en amertume. Apparemment, la réaction de Kyôko dans la marinée ne reflétait pas l’opinion générale de la classe, c’était juste une rancune personnelle.

Cependant, ce n’était pas ce qui préoccupait Harutora.

« Ah oui, en parlant de “Kurahashi”, je voulais le demander tout à l’heure, qu’est-ce qu’elle a de si important, la famille Kurahashi ? Elle est célèbre ? »

En entendant cette question, Tenma eut la même réaction qu’Ohtomo plus tôt, ses yeux s’écarquillèrent énormément.

« Tu vois, il n’y connaît vraiment rien au milieu. »

Tôji s’avança en vitesse, n’ouvrant la bouche que maintenant pour expliquer à Harutora :

« La famille Kurahashi est comme la famille Tsuchimikado, c’est une célèbre famille de l’onmyôdô. Kurahashi, c’est le nom au sommet depuis le déclin des Tsuchimikado. Tu as entendu celui de la principale, pas vrai ? Kurahashi miyo, cette vieille mamie est la chef de la famille Kurahashi. »

« Célèbre ? Alors c’est pour ça que sensei a dit qu’elle était un personnage “dans les coulisses”, hein…… A, Alors Kyôko aussi ? »

« Ouais, elle est aussi de la famille Kurahashi et ce n’est pas tout, c’est aussi la petite-fille de la principale Kurahashi. De plus, le chef actuel de l’Agence d’Onmyô est le fils de la principale, donc aussi le père de Kyôko. »

L’explication supplémentaire donnée par Tenma sidéra Harutora.

« C’est tellement énorme ! Mon père est juste un docteur d’onmyô rural et celui de Natsume…… J’ai oublié ce qu’il faisait mais ce n’est absolument pas un important agent du gouvernement. C’est fou ! Quelle famille de dingues ! »

« Qu’est-ce que je te disais ? » répondit froidement Tôji à un Harutora surpris.

« Mais peu importent les puissances actuelles, la famille Tsuchimikado a l’histoire et l’ascendance de son côté, c’est pour ça que Kurahashi-san est tellement hostile à Natsume-kun, même si c’est à sens unique – C’est probablement ce que tout le monde pense sans le dire, » dit Tenma avec un léger sourire.

« À sens unique ? »

« Ça…… Il suffit de regarder pour s’en rendre compte, » déclara Tenma sur un ton d’excuse.

C’était facile à croire en comparant le comportement froid de Natsume à la réaction colérique de Kyôko.

« Mais ce n’est pas étonnant qu’elle s’en soucie tant puisque ce sont les deux meilleurs élèves de la classe. »

« …… Se pourrait-il que Kyôko soit dans la même situation que Natsume et ait reçu un entraînement basique en onmyôdô depuis l’enfance ? »

« Ce ne serait pas étonnant, effectivement, puisque c’est la princesse de la famille Kurahashi. »

Peut-être Kyôko était-elle une puissante onmyôji. Harutora se fit l’avertissement silencieux de ne certainement pas s’énerver et de ne pas s’empresser d’accepter s’il était défié.

« Mais les cours de première année se concentrent principalement sur les cours magistraux, donc personne n’est vraiment sûr de leur puissance, c’est juste que tous les deux réussissent à la perfection pendant les rares entraînements pratiques et apparemment, ce sont les seuls de cette année à avoir des shikigami de type défensif, » expliqua Tenma.

« Ça veut dire quoi “de type défensif” ? » La question de Harutora surprit une nouvelle fois Tenma – « Ferme-la pour l’instant. » À côté de lui, Tôji lui couvrit la bouche. En les voyant agir avec une totale impolitesse, Tenma rit, se détendant visiblement un peu.

« Mais j’ai été vraiment surpris, ce matin, et je ne suis pas le seul. D’autres ont probablement été étonnés aussi. »

« Pourquoi ? N’étaient-ils pas comme l’huile et l’eau à l’origine ? »

« Oui, Kurahashi-san provoque activement Natsume-kun, mais il riposte rarement aussi férocement, ça ne lui ressemble vraiment pas…… »

Tout en disant cela, Tenma réalisa que ses deux interlocuteurs étaient proches de Natsume et leur adressa un regard interrogateur. Tôji le remarqua et lui dit : « Ne t’en fais pas, parle librement. » Tenma arbora une fois de plus un air désolé et poursuivit :

« Il ― Natsume-kun est normalement très calme, et ce n’est peut-être pas bien de dire ça, mais il a l’air très indifférent aux choses qui l’entourent, il donne toujours l’impression d’écouter en silence. Donc quand il a agi comme ça devant tout le monde ― comment dire ? C’était vraiment inattendu qu’il se querelle aussi passionnément avec quelqu’un. Si Kurahashi-san était aussi en colère ce matin, c’est parce que la réaction de Natsume-kun lui a fait peur. »

Tenma exprima sincèrement ses sentiments et Harutora ainsi que Tôji se regardèrent par réflexe en écoutant. Vu le comportement naïf que Natsume avait eu l’instant, il était vraiment difficile d’imaginer la “Natsume normale” dont avait parlé Tenma.

Mais–

…… En y réfléchissant bien, cela était effectivement plus proche de son tempérament.

Harutora s’était dit que Natsume habillée en garçon paraissait plus puérile, mais la Natsume d’avant ― la fille de la famille principale dont il avait été proche depuis qu’il était petit ― donnait aux gens cette même impression décrite par Tenma. Elle portait le lourd fardeau d’héritière de la famille Tsuchimikado et voulait de tout cœur devenir une onmyôji exceptionnelle sans se soucier de quoi que ce soit d’autre. Elle était fière et stricte avec les autres, voilà le genre de fille qu’elle était.

Bien sûr, sa personnalité ne pouvait pas faire volte-face même si elle était habillée en garçon et si elle avait été aussi agitée et excitée aujourd’hui, c’était parce que–

« Tu es très important pour Natsume-kun. »

« ………… »

Le regard de Tenma ne contenait pas d’autre signification et Harutora se détourna pour dissimuler son embarras.

Natsume avait fait de gros efforts pour le défendre, mais elle n’avait absolument pas considéré les effets que cette vigueur aurait autour d’elle.

Tout ce que Harutora souhaitait, c’était faire son trou avec le moins de heurts possible tant pour lui que pour Natsume à l’Académie d’Onmyô. Parce que Natsume elle-même avait peut-être à démontrer sa volonté de se rapprocher de ses camarades de classe autres que Tôji et lui.

« …… Ne t’en fais pas pour ça, “faisons de notre mieux”. »

Harutora restait sans voix et Tôji parla comme s’il avait lu dans ses pensées. Harutora hocha lourdement la tête devant un Tenma interrogateur.

Partie 2[edit]

« C’est pratiquement une insulte ! Bakatora, c’est vraiment une honte ! » se plaignit Natsume dans un rugissement.

Cependant, Harutora, affalé sur le bureau, avait perdu depuis longtemps l’énergie de répondre, une fumée noire invisible s’échappant de sa tête. Tôji, assis à côté de lui, ne vint pas à sa rescousse, regardant plutôt de loin.

« J’ai toujours pensé que tu étais un idiot, mais je ne pensais pas que tu serais bête au point de ne rien savoir ! C’est à se demander comment tu as même pu entrer à l’Académie d’Onmyô ! Même si je ne suis pas Kurahashi Kyôko, je me demande encore si tu ne t’es pas glissé à l’intérieur par la porte de derrière ! »

« Arrête de répéter que je suis idiot, c’est juste que je ne sais pas…… »

« C’est pour ça que je te traite d’idiot ! Ton but est de devenir onmyôji mais par je ne sais quel prodige, tu ne connais même pas les types de shikigami, ça prouve juste que tu es un véritable et monumental idiot ! »

Les cours de l’après-midi étaient terminés et il était temps pour la classe de rentrer.

Si Natsume était aussi en colère, c’était à cause des cours de l’après-midi. En fait, il ne s’était rien passé de particulier, ce qui devait arrivé était simplement arrivé.

Pour faire simple, il était enfin apparu que Harutora n’avait absolument aucune connaissance en tout ce qui avait trait à l’onmyôdô.

« Quels sont les types de shikigami à usage général ? Quelle est la différence entre le rikujin-shikisen et le rikujin à usage général ? Quelle relation y a-t-il entre l’échelle d’un désastre spirituel et le niveau de danger ? »

« …… Euh, bah…… »

« Comment ça, “euh, bah” ?! Mais qu’est-ce que tu fichais avant ?! » cria-t-elle avec hystérie sans même entendre Harutora répondre : « J’étudiais dans un lycée normal…… »

Les professeurs en charge des cours avaient d’abord cru que Harutora plaisantait et donnait délibérément de mauvaises réponses. Au final, il restait un Tsuchimikado même s’il était nouveau, donc certains professeurs pensèrent même qu’il était en colère.

Mais ils avaient peu à peu froncé les sourcils, stupéfaits, choisissant finalement d’ignorer l’existence de Harutora. Tous les professeurs de l’après-midi avaient eu des réactions similaires et le visage de Natsume avait pâli de plus en plus jusqu’à ce qu’elle fixât férocement Harutora, le visage rouge d’une honte absolue.

« Il a bachoté avant d’entrer ici donc il a tout oublié après le test. »

Harutora était avachi sur la table. Il jeta à Tôji un regard plein de ressentiment après avoir entendu son ton indifférent et sans pitié. « Et puis– » Tôji ne se rétracta pas pour autant et poursuivit :

« L'”Onmyôdô Général” classe les shikigami en deux types. L’un inclut les déités, les esprits et les bêtes ― ces genres d’esprits traditionnels qui existent en tant que shikigami sont appelés des shikigami serviteurs, mais maintenant, la plupart des shikigami modernes sont faits en insufflant du pouvoir magique dans un réceptacle artificiel. De plus, les shikigami artificiels sont divisés en deux catégories : les artificiels simples, qui sont créés purement par le pouvoir magique du praticien, et les artificiels standards, qui peuvent contenir un pouvoir magique extérieur. Les artificiels simples doivent être contrôlés directement ou se voir attribuer des ordres au préalable, mais les artificiels standards peuvent agir en autonomie jusqu’à un certain point. En particulier, il y a aussi un type d’artificiels de haut-niveau qui peuvent penser tous seuls. On peut dire d’eux qu’ils ont une personnalité indépendante. »

« …… Pourquoi est-ce qu’un enfant normal venant d’une famille ordinaire comme toi sait autant de choses…… »

« Parce que je ne suis pas un idiot. »

« A, Alors qu’est-ce que ça veut dire, shikigami défensif, général ou domestique ? »

« Ce sont des méthodes de création ou des modes d’utilisation et les shikigami domestiques n’existent pas. »

Mais à part Tôji, les autres élèves qui l’avaient vu comme un “nouvel étudiant de la famille Tsuchimikado” avaient tous été extrêmement surpris quand il avait montré son amateurisme. Ils avaient eu la même réaction que les enseignants : ils avaient d’abord été surpris, puis s’étaient demandés s’il était sérieux, avaient été de plus en plus abasourdis, grandement déçus et enfin tellement stupéfaits qu’ils n’avaient même plus été capable de rire ou de se mettre en colère. Même Tenma était ébahi et cela avait vraiment durement frappé Harutora.

Mais inutile de le dire, c’était Kurahashi Kyôko qui avait le plus changé l’atmosphère de la classe. Elle avait naturellement lancé un regard méprisant plein de dérision au maître du shikigami et Natsume s’était ratatinée, humiliée, la tête baissée.

« Je n’ai jamais eu aussi honte de toute ma vie…… » marmonna-t-elle douloureusement, le visage livide et les épaules tremblantes.

Son ton était assez sombre et l’atmosphère tendue qu’elle dégageait ne portait aucune trace d’un détendu “ha ha ha, tu exagères”.

« Des cours intensifs…… Tu dois prendre des cours intensifs et ce devront être des cours intensifs ciblés à t’en faire cracher tes tripes ! Tu dois rattraper ton retard de six mois, non, des seize ans de ta vie. D’abord, ce sera “Introduction à l’Onmyôdô Général” et tous les ouvrages de référence touchant à “L’Onmyôdô niveau deux” ainsi que “La Théorie moderne des shikigami“, “L’Histoire étendue du Yin et du Yang”…… Il y a aussi les classiques, tu dois lire “Les Travaux de Kinugyokuto”, tous les tomes des “Arts de la divination” et aussi les très basiques “Cycles de changement”, “Principes des cinq éléments”, “Essais sur l’onmyôji nouveau” et plusieurs tomes de “Directive impériale”…… »[1] grommela interminablement Natsume, et cela avait l’air d’incantations aux oreilles de Harutora, incantations ayant même des attributs “diaboliques” ou “ténébreux”.

« …… Harutora, tu habites au dortoir, c’est ça ? »

« Euh, oui. »

« Alors on commencera tes cours intensifs au dortoir. »

« Euh, mais c’est un dortoir pour garçons…… »

« Moi aussi je suis “un” élève. »

« Euh, mais…… »

« Tu n’as pas à t’inquiéter, je connais une magie qui te permettra de rester éveillé même pendant toute la nuit et elle peut durer une semaine si on ignore les effets secondaires. »

Elle regarda sérieusement Harutora, des éclairs d’une folie dangereuse sans intention aucune de plaisanter passant dans ses yeux. Même Harutora, pourtant épuisé, s’immobilisa par réflexe tandis que son corps se raidissait.

Mais juste à cet instant……

« … Natsume, le type de ce midi est revenu. » Les paroles de Tôji eurent l’effet d’un baquet d’eau froide.

L’homme en costume qui était apparu à la pause du midi agitait la main dans leur direction depuis le couloir, à l’extérieur de la salle. Natsume émit un petit cri surpris, son ton redevenant normal.

« Oh non, j’ai oublié que c’était aussi prévu après les cours…… »

« Je, Je vois, c’est vraiment dommage mais on va devoir remettre ces cours intensifs à plus tard– »

Harutora comptait proposer qu’ils oublient cela, mais Natsume le fixa tout à coup, le faisant taie comme si on lui avait cousu les lèvres.

Natsume sortit un bloc-note et griffonna le nom des livres à l’aide d’un porte-mine.

« … Voilà. La bibliothèque devrait avoir tous ces livres, donc va les emprunter pour le moment. »

Après avoir écrit cela, elle arracha la page et la donna à Harutora tout en rangeant prestement ses affaires.

« Je rentrerai au dortoir plus tard, donc commence par parcourir ces livres. Non, tu dois les terminer, c’est un ordre ! »

Sur ces paroles résolues, Natsume se précipita hors de la salle, sa silhouette disparaissant dans le couloir avec l’homme. Abandonné, le shikigami n’eut pas même la chance de prononcer un mot de protestation.

Il baissa les yeux sur le papier. Dans toute la colonne d’ouvrages de littérature et de référence, il y avait des mots qu’il n’avait jamais vus. Il apparut donc qu’il devrait commencer par apprendre à les prononcer.

« Super, Harutora, Natsume-sensei a l’air très motivée. »

« Tôji, ne me dis pas que toi aussi, tu as déjà lu tous ces livres ? »

« Malheureusement, à cause de problèmes physiques, je fais de l’anémie dès que je lis quoi que soit datant d’avant l’ère Heisei.[2] »

Le ton frivole de son bon ami permit enfin à Harutora de relâcher ses épaules tendues dans un soupir.

En parlant de notes, Harutora avait à l’origine été l’éminent roi de l’échec et il avait souvent dû suivre des cours de rattrapage dans son précédent lycée. Ce n’était pas étonnant qu’il rencontrât des obstacles en entrant à l’Académie où l’on attendait de lui qu’il étudie un domaine aussi spécifique que l’onmyôdô.

« Est-ce que tous les élèves d’ici ont lu et mémorisé ces livres ? »

« Les élèves qui ont réussi l’examen d’admission de l’Académie d’Onmyô ont dû les avoir plus ou moins lus. »

« Est-ce que tous les cours vont être comme ça à partir de maintenant ? »

« Tenma n’a-t-il pas dit que tous les cours de première année étaient focalisés sur les leçons théoriques ? »

Harutora s’effondra une nouvelle fois sur la table et Tôji regarda au loin tout en se caressant le menton. Les pupilles de leurs yeux étaient voilées et ils avaient perdu depuis longtemps l’énergie de s’énerver.

« J’ai l’impression que je tiens bon de justesse…… »

« Les cours d’ici sont plus fatigants que ce que j’imaginais. »

« Est-ce qu’il existe une magie pour améliorer le cerveau ? »

« C’est quoi cette magie idiote ? »

Ils ouvrirent leurs paupières alourdies et parlèrent de sujets stupides. Après avoir discuté, tous deux se turent, regardant sans le voir l’estrade devant eux.

Les élèves avaient tous l’air trop occupés pour bavarder et il ne restait qu’eux deux dans la salle.

Peu de temps après, Harutora commença à plier nonchalamment le papier.

Il le plia en deux pour en faire un avion en papier. Puis il balança le bras avec légèreté. Tôji et lui regardèrent silencieusement l’avion quitter sa main et traverser lentement la classe en volant, toucher le tableau et tomber sur le bord de l’estrade.

« …… J’ai tellement faim. »

« Moi aussi j’ai faim. »

« …… Allons-y. »

« Ça marche. »

La prédiction de Harutora était correcte. L’avenir serait effectivement difficile.


L’Académie d’Onmyô avait prévu un dortoir tout spécialement pour que les élèves de tout le pays rassemblés ici puissent y vivre.

Le dortoir était divisé en deux bâtiments : un pour les garçons et un pour les filles. Le premier était situé à une dizaine de minutes de marche de l’académie. Il était différent du bâtiment de l’académie récemment construit et même en additionnant les âges de Harutora et Tôji, le résultat était bien inférieur à l’histoire de ce dortoir.

Le mur extérieur du dortoir était bâti en briques rouges. Après avoir franchi l’entrée, d’un côté se trouvaient un coin-repas ainsi qu’une salle de repos et on tombait sur les douches et la zone de bain en continuant droit devant. Harutora s’était vu attribuer la deuxième chambre du premier étage et Tôji était une chambre en dessous.

Il restait encore du temps avant le dîner.

Tôji et Harutora se séparèrent dans le couloir et le shikigami monta au premier étage à pas lourds.

La chambre de dortoir faisait dix mètres carrés. Les tatamis qu’avait laissés l’élève précédent étaient encore dans la pièce sans avoir été changés.

Après être rentré dans sa chambre, Harutora poussa un profond soupir tout en se roulant sur le sol sans enlever son uniforme.

Il était arrivé au dortoir la veille au soir et avait d’abord défait ses bagages, mais à part les vêtements de rechange fourrés dans son sac, il n’avait emmené que de la literie. De plus, le seul meuble dans la chambre étant une table pliante, rien n’indiquait que la pièce était habitée.

La chambre vide reflétait fidèlement l’état actuel de Harutora – le Harutora qui voulait devenir onmyôji.

« Je suis épuisé…… » murmura-t-il, les yeux vides fixés sur le plafond.

Le plafond était complètement différent de celui auquel il était habitué chez lui et son environnement avait effectivement changé.

… Je suis vraiment à Tokyo……

C’était la première fois qu’il venait à Tokyo et aussi la première fois qu’il vivait seul, même si c’était dans un dortoir. Malheureusement, le sentiment grisant de libération qu’il avait ressenti la veille au soir avait disparu en un seul jour.

« Je suis vraiment complètement inutile…… »

Les visages stupéfaits des professeurs, ce n’était pas grand-chose. Leur attitude après coup, comme si Harutora n’existait pas, avait été la plus dure à supporter. De plus, il n’avait pas senti profondément les regards froids et les sourires entendus de ces camarades qu’il ne connaissait pas pendant les cours. Il n’avait reconnu qu’après avoir quitté l’académie et maintenant qu’il était seul combien ce coup excédait ce qu’il avait imaginé.

… Il avait l’impression d’être exclu.

Mais cette situation était bien meilleure que celle prédite par Tôji au début. Jusqu’à présent, Kurahashi Kyôko avait été la seule à être absorbée par le fait que Harutora fût un Tsuchimikado. Cela n’avait donc pas grand-chose à voir avec le sentiment de détresse et d’aliénation qui rongeait Harutora.

Le problème venait de Harutora lui-même.

« Bon sang…… »

Il avait étudié une seule fois avant l’examen d’entrée de l’Académie d’Onmyô ― il croyait que ce travail pouvait être considéré comme sérieux. Mais il ne réalisait que maintenant qu’il était véritablement là combien ses pensées avaient été naïves à ce moment-là. Il avait étudié au mieux pendant six mois et il craignait que Natsume n’eût pas exagéré en disant qu’il avait gâché les seize années de sa vie.

Malgré tout…

… “C’est un ordre !”

« …… Tch. »

Il ne put s’empêcher de faire claquer sa langue.

« Je suis allé jusqu’à abandonner le lycée pour venir ici…… »

Il avait décidé lui-même d’être transféré, donc il ne pouvait pas s’attendre à un traitement de faveur.

Mais… l’idée qu’il était venu tout spécialement pour elle refusait de quitter ses pensées. Il avait abandonné sa vie passée pour venir aux côtés de Natsume ; cependant, elle n’avait été heureuse qu’au début et en remarquant l’ignorance de Harutora ― en fait, elle aurait dû s’en être douté il y a longtemps ― elle l’avait immédiatement trahi et avait crié qu’elle n’avait “jamais eu aussi honte” de sa vie. Quelle blague, c’était lui qui avait été humilié, Natsume s’embarrassait juste toute seule.

« D’ailleurs, se pourrait-il qu’elle me prenne pour un animal de compagnie, moi, son shikigami ? »

Il n’avait jamais été en contact avec le monde des onmyôji de sa vie, il était donc naturel qu’il y ait beaucoup de choses qu’il ne connût pas. Elle aurait plutôt dû vouloir le consoler en voyant son ami d’enfance aussi peiné, le rassurer en lui disant d’une voix tendre, le regard doux : « Ne t’en fais pas, Harutora-kun, je suis là… »

« … Impossible. »

Il essaya d’imaginer la scène mais il eut beau essayer, il en fut incapable. Si Natsume était une fille aussi mignonne, il n’aurait pas laissé leur relation devenir aussi distante au collège.

Alors qu’il réfléchissait encore et en encore, le visage d’une amie décédée émergea tout à coup dans son esprit.

« … Hokuto. »

Il se remémora les moments joyeux où Tôji, Hokuto et lui s’amusaient ensemble. Même à présent, son cœur se serrait quand il pensait à cette époque qui ne reviendrait jamais.

Non, même si Hokuto ― le shikigami à l’apparence de jeune fille ― avait disparu, le praticien qui la contrôlait devait encore se trouver quelque part dans le monde et il n’était pas impossible de récupérer ces moments emprunts de nostalgie. Peut-être pourrait-il voir la vraie Hokuto, celle qui en avait le contrôle. C’était l’une des raisons ayant poussé Harutora à entrer dans ce monde.

Il voulait voir Hokuto.

Il voulait la voir et parler librement avec elle. Que penserait Hokuto si elle savait qu’il était entré à l’Acédémie d’Onmyô et y souffrait ? Serait-elle heureuse pour lui ? Et l’encourageait-elle ?

Peut-être serait-elle aussi sidérée par son inutilité, mais même si c’était le cas, elle rirait malgré tout et lui dirait ensuite de ne pas se laisser abattre. Elle avait la langue bien pendue, mais elle était totalement différente de Natsume qui pensait qu’une telle performance rejaillissait sur elle.

« Ah, Hokuto m’avait dit il y a longtemps que je devrais demander à mon père de m’apprendre les bases de l’onmyôdô, » marmonna Harutora en remuant sur le sol.

Puis il se redressa tout à coup.

« Une seconde… »

Il se souvint que son père lui avait donné un cadeau d’adieu avant qu’il quitte la maison.

C’était un shikigami ― ou plutôt un talisman de shikigami.

Il se précipita vers son sac de sport plein à craquer de vêtements.

« J’avais oublié, occupé comme je l’étais hier… ! »

Puisque ton but est de devenir un onmyôji, tu es un membre de la famille “Tsuchimikado”.

Voici ce qu’avait dit son père en lui donnant le talisman alors qu’il était sur le point de partir. Il se rappela que c’était la première fois que son père mentionnait le nom “Tsuchimikado” en s’adressant à lui.

Harutora ne savait même pas de quel genre de shikigami il s’agissait et il n’avait pas pensé à demander des clarifications. Mais son père lui avait donné ce shikigami en mentionnant tout spécialement le nom “Tsuchimikado”, donc même s’il ne s’attendait pas à découvrir un formidable serviteur comme le dragon de Natsume, Hokuto, il ne pouvait s’empêcher d’espérer avoir un shikigami peut-être aussi utile et prestigieux que Yukikaze, le cheval blanc. De plus, comme la famille principale était un dragon, la famille secondaire était naturellement un tigre. Il se pouvait même qu’il s’agisse d’un serviteur puissant pour que les professeurs et les élèves l’admirent. Un shikigami extrêmement fort, instillant la peur…

« Trouvé ! »

Il sortit une enveloppe en papier de la taille d’une carte à jouer. Le papier était fin comme celui d’un charme de protection vendu par un temple et le dos était scellé à la cire. Le mot “Tsuchimikado” était inscrit devant ainsi qu’un pentagramme, la marque de la famille. À l’intérieur se trouvait un charme de shikigami, ce qu’un serviteur utilisait comme réceptacle. Mais…

« … Mince, je ne sais pas comment ça marche. »

Il avait déjà utilisé des charmes de guérison ainsi que des charmes de protection par réflexe lors des derniers incidents. En dehors des charmes, il s’était aussi servi une fois de la puissante “Épée de Protection” ― bien qu’il se soit contenté de l’agiter dans tous les sens au hasard.

Mais c’était la première fois qu’il touchait à un charme de shikigami.

Peut-être Natsume saurait-elle comment l’utiliser, mais après avoir vu son attitude, il voulait la surprendre s’il pouvait.

« … Se pourrait-il qu’il y ait un manuel d’utilisation ? »

Harutora en avait le faible espoir et décida d’ouvrir le sceau au dos de l’enveloppe.

À ce moment-là, un picotement parcourut brusquement le pentagramme sur sa joue.

Partie 3[edit]

Pour être plus précis, c’était une sensation d’aura.

Et ce qui l’émettait était juste derrière lui.

Harutora se retourna par réflexe, remarquant un petit enfant agenouillé. Il était penché en avant, les deux mains placées sur le sol.

« Quoi ? »

Il ne put s’empêcher de douter de ce qu’il voyait.

Il ne pouvait voir clairement son visage puisqu’il avait la tête baissée, mais il apercevait une petite tête peignée avec soin ― même s’il y avait deux protubérances de chaque côté. L’enfant portait des vêtements semblables à l’uniforme de l’Académie d’Onmyô, mais ils ressemblaient plus à son style originel, une tenue impériale de l’ère Heian avec un hakama pour bas. Les habits étaient visiblement lâches et l’enfant semblait avoir l’âge d’un élève de primaire. Non, peut-être plus jeune encore.

« … »

Confronté à cet événement soudain, Harutora resta bouche bée un moment.

Dans un coin de sa tête, Harutora se demandait quand cet enfant avait pu entrer dans la pièce, mais un autre coin se dit calmement qu’il n’aurait pas pu ne pas le remarquer si quelqu’un était entré dans une chambre aussi petite. Au final, il ne savait absolument pas d’où venait l’enfant, pourquoi il était dans sa chambre ou pourquoi il se prosternait devant lui.

« Euh, eh… »

Harutora ouvrit prudemment la bouche.

Juste au moment où il parla, le dos de l’enfant trembla tout à coup comme s’il avait été aspergée d’eau chaude. Harutora ne put s’empêcher de tressaillir lui aussi, ravalant les mots qu’il n’avait pas prononcés.

Cependant, à cet instant, quelque chose d’autre retint l’attention de Harutora. Quand l’enfant avait tremblé, il lui avait semblé que quelque chose avait fouetté derrière son corps prosterné ― en d’autres termes, près de son derrière. Quand il la remarqua, les yeux de Harutora s’écarquillèrent de surprise.

C’était une queue.

Une queue en forme de feuille drapée de poils doux et lisses. Harutora sursauta presque de surprise, ramenant son regard sur la tête de l’enfant. Ces choses légèrement tremblantes sur sa tête n’étaient pas des formations capillaires naturelles mais des bouts de fourrure semblables à sa queue, des oreilles triangulaires et pointues.

« Toi, tes oreilles… et ta queue… ! »

Au moment où Harutora ouvrit la bouche, sous le choc…

L’enfant leva la tête.

C’était une petite fille.

Le visage de l’enfant était encadré d’une frange nette, sa peau était si blanche qu’elle en paraissait poudrée. Son physique respirait une jeunesse correspondant à son âge et elle avait l’air d’une poupée, ses détails même semblant assez raffinés.

Ce qui le marqua le plus profondément furent les yeux clairs qui le fixaient.

Ils dégageaient une lueur bleue.

Les yeux de la petite étaient d’un bleu beau comme le verre, profond comme le ciel et Harutora les observa avec stupéfaction, oubliant complètement les nombreuses questions qu’il se posait à propos de l’enfant.

Après qu’ils se furent fixés l’un l’autre un moment…

Tout à coup…

Des larmes perlèrent des yeux bleus de la fille et ce ne fut qu’alors que Harutora recouvra ses esprits, paniquant un moment.

« Quoi ! Eh ! Pourquoi tu pleures, tout à coup ! Et tant que j’y pense, qui es-tu ? … Ah, peu importe, on s’en fiche, ne pleure pas s’il te plaît ! »

Harutora tendit les bras mais ne put que les agiter de manière désordonnée dans les airs, n’osant pas toucher le corps de la petite. L’enfant regarda sa réaction affolée sans ciller et ses yeux embués s’écarquillèrent.

Peu après, elle se mordit la lèvre et essuya rapidement ses larmes avec sa manche. Elle baissa ensuite la tête une nouvelle fois, élevant la voix :

« C’est un p-p-p, plaisir de faire votre connaissance… »

Elle avait beau élever la voix, cette dernière était très faible à l’origine et elle devait rassembler ses forces pour se faire entendre. Son intonation était tout aussi enfantine que son apparence et le cerveau de Harutora resta vide.

« … Hein ? Tu, Tu as dit quoi ? Qu’est-ce qui se passe ? »

« Je-Je-Je, Je me nomme Kon, je suis une descendante de la renarde ancestrale Kuzunoha, a-a-assignée aux services de Tsuchimikado Harutora-sama, s-s-si cela vous sied… »

Tout en balbutiant, elle s’aplatit sur le sol. Bien évidemment, Harutora était déjà trop abasourdi pour parler.

… Que, Qu’avait-elle dit ? Une renarde ancestrale ? Descendante ? Vous sied… Qu’est-ce qui était censé lui seoir ?

“Rester sans voix” correspondait parfaitement à ce genre de situation. C’était le chaos total dans l’esprit de Harutora, ses pensées tournoyaient en tout sens et il finit par revenir sur le choc visuel.

En d’autres termes, ces oreilles et cette queue.

Ce n’était pas des accessoires puisqu’elles pouvaient bouger et elles avaient l’air assez réelles. Plus important encore, le corps de cette fille ne pouvait pas être doté de vraies oreilles comme celles-ci ou d’une vraie queue.

Elle n’était pas humaine.

Autrement dit, c’était…

« Ah ! Un, un shikigami ! Se pourrait-il que tu sois un shikigami ? »

Quand Harutora demanda confirmation, la fille ― Kon ― acquiesça rapidement et énergiquement.

À ce moment-là, Harutora comprit enfin. C’était un shikigami, un shikigami qui avait l’apparence d’une petite fille. Mais alors…

« Est-ce que tu ne serais pas… C’est ça ? Ce talisman… Le shikigami que mon père m’a donné, c’est… ! »

Kon acquiesça à nouveau, un air d’extrême prudent émergeant sur son visage délicat.

« M, Mais je n’ai rien fait ? Comment as-tu pu apparaître tout à coup ? » demanda Harutora d’un air ébahi.

« En, En tant que serviteur, je me dois de garder mon maître à chaque instant. Je v-vous ai entendu m’invoquer tandis que je vous protégeais dans l’ombre… » expliqua Kon d’une toute petite voix, ses membres tremblant de surprise.

« Quoi ? T, Tu veux dire que tu es à mes côtés depuis que mon père m’a donné ce talisman ? Mais tu n’étais pas là ! Je ne t’ai pas vue du tout ! »

« Co, Comme mon maître ne m’a pas appelée, je me suis dissimulée dans les environs. »

« Dissimulée ? Tu t’es cachée ? Tu étais toujours là même si je ne pouvais pas te voir ? »

« O, Oui. »

Harutora demanda confirmation une troisième fois et Kon se contenta de courber la tête tout en aplatissant sa queue pelucheuse.

Elle avait l’air tendue et extrêmement effrayée. Harutora recouvra un peu de son calme en notant sa raideur anormale.

« Je vois… Je, Je comprends. En tout cas, commence par relever la tête, tu te prosternes tellement que je ne sais pas quoi faire et c’est dur de parler. »

Kon releva immédiatement la tête quand Harutora lui dit de le faire. Son visage infantile était encore tendu et elle se montrait toujours prudente. Ses oreilles tremblaient de temps en temps comme si elle ne pouvait pas camoufler sa tension.

« … Maintenant que j’y pense, Alpha a aussi dit quelque chose d’étrange ce matin, comme quoi mon familier avait été enregistré… Alors il parlait de toi. »

Harutora s’assit en tailleur en face de Kon, jaugeant une nouvelle fois le shikigami qui se trouvait devant lui. La petite fille se tendit davantage sous le regard de son maître, se faisant à nouveau toute petite et fixant elle aussi Harutora, les mains toujours placées sur le sol.

Si l’on ignorait pour le moment les oreilles et la queue, Kon avait l’air d’une fille ordinaire, mais elle semblait effectivement plus matures que les filles ― ou plutôt les enfants ? ― de son âge apparent. Mis à part cela, elle n’était pas différente d’un véritable humain. Ses traits étaient un peu trop parfaits mais ses yeux au regard franc, le doux contour de son visage et ses petites lèvres étaient tous clairement “ordinaires”, c’étaient ceux d’un enfant adorable et “ordinaire”.

… C’était un shikigami ? Une aussi petite fille était d’une façon ou d’une autre un shikigami ?

Si Natsume avait été là, peut-être aurait-elle tout simplement expliqué qu’il était habituel que les shikigami apparaissent sous forme d'”enfants”, mais Harutora, qui ne savait rien de tout ça, ne voyait vraiment pas quel genre d’attitude adopter face à une petite fille respectueuse et révérencieuse.

« … Papa t’a confié à moi ? »

Kon acquiesça fermement.

« J’ai, J’ai aussi servi des générations de la famille secondaire des Tsuchimikado par le passé… » ajouta-t-elle, remarquant peut-être que le simple fait d’acquiescer ne résolvait rien à la confusion qui habitait le cœur de Harutora.

« Quoi ? Quand ça ? Mon père, peut-être ? »

« Mes, Mes souvenirs passés n’existent plus, mais j’ai effectivement servi plus d’une génération de la famille secondaire. »

« Tu veux dire que tu as servi la famille secondaire pendant des générations ? Je vois. »

Tout comme Yukikaze pour la famille principale ― Harutora accepta cette explication. En d’autres termes, la famille secondaire possédait des shikigami qui la servaient comme le cheval blanc et son père lui avait donné l’un d’entre eux. Dans ce cas, il n’était pas étrange que ce dernier ait tout spécialement mentionné le nom “Tsuchimikado”.

« Euh, donc tu… » commença Harutora.

Kon s’écria immédiatement, trépidante et hésitante :

« M, Maître, je vous en prie, appelez-moi directement par mon nom. »

« Maître… Je, Je comprends, alors que dis-tu de ne pas m’appeler “maître” ? Tu peux m’appeler Harutora, ça ne me dérange pas. »

« H, H-H-H, Ha, Ha, Haru-t-t-tora…sama ! »

  1. Jump up Le traducteur anglais prévient qu’il ne faut pas s’attendre à de la précision en ce qui concerne ces noms.
  2. Jump up L’ère Heisei a commencé en 1989.

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